Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8)

Part 23

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[Note 369: Ce clocher fut élevé vers l'an 1300, et l'abbé Lebeuf a trouvé dans un acte de 1424 que le chapitre acquit, moyennant seize sous de rente, un petit terrain dans la justice de l'évêque, et faisant le coin de la rue des Petits-Champs, pour y construire le portail. C'étoit ainsi que la plupart des anciennes églises se formoient de parties incohérentes, élevées successivement à de longs intervalles, ce qui d'ailleurs ne répugnoit point au système de l'architecture gothique. La représentation que nous donnons de celle-ci doit paroître d'autant plus curieuse qu'elle provient d'un dessin original, lequel est unique, et n'a jamais été gravé. (_Voy._ pl. 47.) Il ne reste plus d'autre vestige de cette église, qu'une petite portion du mur du portail; le reste a été remplacé par des maisons; et le cloître est devenu un passage qui donne de la rue des Bons-Enfants dans la rue Croix-des-Petits-Champs, et que croisent deux autres passages aboutissant à la rue Saint-Honoré et à la nouvelle rue de Montesquieu.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-HONORÉ.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, décoré d'un morceau d'architecture d'ordre corinthien, Jésus-Christ au milieu des docteurs, par _Philippe de Champagne_.

Dans la troisième chapelle à gauche, la Nativité, par _Bourdon_.

SÉPULTURES.

Dans cette église avoient été inhumés:

La fondatrice Sibylle, morte en....

Simon Morrier, que son épitaphe signaloit comme un factieux et un partisan déclaré des Anglois, sous le règne de Charles VII.

Le cardinal Dubois, premier ministre sous la régence du duc d'Orléans, et d'abord chanoine de cette église, mort en 1723[370].

[Note 370: Sur son tombeau, déposé pendant la révolution au musée des Petits-Augustins, cet homme trop fameux est représenté à genoux devant un prie-Dieu, sur lequel est posé le livre des psaumes ouvert à ces mots: _miserere mei Deus_, etc. Cette figure est de _Coustou_, habile sculpteur du siècle dernier; et l'on prétend qu'il y a parfaitement saisi les traits et la physionomie du ministre. Il l'a représenté la tête et les yeux tournés vers l'épaule gauche, du côté du peuple, et la légère altération qu'il a mise dans ses traits semble indiquer le repentir. Il n'y a pas moins d'adresse et de circonspection dans l'épitaphe qui étoit encore plus difficile à traiter que la figure. Elle est de M. _Couture_, recteur de l'université de Paris, et mérite d'être citée:

D. O. M.

AD ARAM MAJOREM.

_In communi Canonicorum sepulcreto situs est GUILLELMUS DUBOIS, S. R. E. cardinalis, archiepiscopus et dux Cameracencis, S. Imperii princeps, regi à secretioribus consiliis, mandatis et legationibus, publicorum cursorum præfectus, primus regni administer, hujus Ecclesiæ canonicus honorarius. Quid autem hi tituli? nisi arcus coloratus, et fumus ad modicum pariens. Viator, stabiliora solidioraque bona mortuo apprecare. Obiit anno 1723. Hoeredes grati erga regem et summum pontificem animi monumentum posuêre._]

HÔTELS

ET MAISONS REMARQUABLES.

ANCIENS HÔTELS.

À l'époque où nos rois commencèrent à habiter le Louvre, les grands vassaux, déjà moins indépendants, venoient plus souvent dans la capitale, tant pour leur rendre des hommages que pour participer à leurs faveurs. Ces petits souverains, devenus courtisans, se logeoient autant qu'il leur étoit possible auprès des maisons royales; et le quartier où étoit située celle-ci fut bientôt rempli d'hôtels magnifiques, sur lesquels nous allons recueillir les traditions des historiens: car il ne reste presque plus de vestiges de ces anciens édifices.

_Hôtel du Petit-Bourbon._

Il étoit situé dans la rue appelée d'_Autriche_, dont partie subsiste encore et forme celle qui étoit nommée dans le siècle dernier _cul-de-sac de l'Oratoire_. Cette rue se prolongeoit alors jusqu'au bord de la rivière; et l'hôtel dont nous parlons s'étendoit par-derrière jusqu'à la rue qui en a pris le nom, et qui faisoit alors la continuation de celle des Fossés-Saint-Germain. À côté de la chapelle de cet hôtel, il y avoit une autre rue qui alloit de celle d'_Autriche_ au cloître de l'église, et formoit une équerre; cette rue, qui n'existe plus, portoit, dans ses deux parties, ce même nom de _Petit-Bourbon_[371].

[Note 371: Elle fut ouverte en 1583.]

Il paroît que cet hôtel fut bâti peu de temps après que Philippe-Auguste eut fait construire ou augmenter le Louvre. Sauval tombe à ce sujet dans une étrange contradiction: après avoir dit que les ducs de Bourbon y logèrent dès le temps de Philippe-le-Bel, il avance plus loin qu'il ne fut construit que sous le règne de Charles V; et il en donne pour preuve les lettres C et V sculptées sur le portail de la chapelle. Il est évident que ces deux lettres ne prouvent autre chose, sinon que, dans ces temps-là, il y fut fait quelques augmentations ou embellissements; et l'on a une foule d'exemples de chiffres placés sur des édifices à de semblables occasions. Il existe en effet des titres antérieurs à cette époque, qui contestent l'existence de cet hôtel[372], et d'autres prouvent également qu'il fut agrandi sous Charles V. On trouve qu'en 1385 le duc de Bourbon acheta à cet effet la maison _du Noyer_, qui appartenoit au prieur et aux religieux de la Charité, et en 1390, la voirie de l'évêque[373]. Sauval lui-même dit que, depuis 1303 jusqu'en 1404, les princes de cette famille achetèrent de plus de trois cents personnes les maisons qui couvroient l'espace sur lequel cet hôtel fut construit[374]. Leur palais, ainsi augmenté et embelli de siècle en siècle, passoit pour un des plus vastes et des plus magnifiques qui fussent dans le royaume: du temps de l'écrivain que nous venons de citer, la galerie et la chapelle de cet hôtel existoient encore[375]; et il les décrit comme les édifices de ce genre les plus considérables et les plus somptueux de Paris. La galerie surtout étoit d'une dimension telle qu'on n'en connoissoit point de pareille dans tout le royaume, et qu'elle fut choisie pour la représentation des fêtes qui furent données à la cour, à l'occasion du mariage de Louis XIII. Louis XIV s'en servit également dans les commencements de son règne pour les bals et les comédies qui faisoient alors son principal amusement. Ce fut aussi dans cette galerie que se tint l'assemblée des États du royaume en 1614 et 1615.

[Note 372: _Arch. S. Germ. Autiss._, reg. 1, fol. 70.]

[Note 373: Arch. de l'archev.]

[Note 374: Elles n'avoient pas sans doute dix toises chacune; car tout l'emplacement du Petit-Bourbon n'en contenoit guère plus de deux mille huit cents. (JAILLOT.)]

[Note 375: Il avoit été en partie démoli en 1527, à l'occasion de la révolte et de l'évasion du fameux connétable de Bourbon. On sema du sel sur le sol qu'il occupoit; les armoiries du coupable y furent brisées, et le bourreau barbouilla les fenêtres et les portes qui restoient encore, de ce jaune infamant dont on barbouilloit les maisons des traîtres, et notamment des criminels de lèse-majesté.]

On abattit une partie des restes de cet immense édifice pour élever la colonnade du Louvre; cependant, dans le siècle dernier, il en subsistoit encore quelques portions, où étoient les écuries de la reine et le garde-meuble de la couronne. La démolition en fut enfin achevée pour découvrir le beau monument élevé sur l'autre partie de ses ruines.

_Hôtel de Clèves._

De l'autre côté de la rue d'Autriche[376] étoit l'hôtel de Clèves. Du temps de la Ligue il s'appeloit d'_Aumale_, et étoit occupé par Claude de Lorraine, duc d'Aumale, marquis de Mayenne. On ignore comment et à quelle époque il vint s'établir dans cette maison; quant au temps où elle fut construite, on a trouvé une ancienne notice qui prouve que ce fut par les ordres de Louis de France, fils de Philippe-le-Hardi, et chef de la maison d'Évreux. Catherine de Clèves, duchesse douairière de Clèves, s'y retira après la mort de son mari. Il passa depuis aux ducs de Grammont.

[Note 376: On la nommoit aussi rue du Louvre.]

_Hôtel de Clermont._

Il étoit situé, dit Sauval, auprès de l'hôtel de Clèves, et servoit de demeure à Robert de France, comte de Clermont et sire de Bourbon. Il avoit appartenu auparavant à la comtesse de Xaintonge et au prévôt de Bruges. Valeran de Luxembourg, comte de Saint-Pol, connétable de France, l'acheta en 1396: c'est sur l'emplacement qu'il occupoit, et sur celui des maisons adjacentes jusqu'à la rue du Coq, que furent bâties en partie l'église et la maison des pères de l'Oratoire.

_Hôtel de Joyeuse._

Dans cette rue du Coq et dans celle du _Louvre_ étoit situé l'hôtel de Joyeuse; il avoit autrefois appartenu à la maison de Montpensier dont il portoit le nom. Henri, dernier duc de Montpensier, le vendit à François de Joyeuse, cardinal, qui le nomma hôtel du _Bouchage_, du nom de sa famille. La proximité du Louvre engagea Gabrielle d'Estrées, duchesse de Beaufort, à louer cette maison, ce qui lui fit donner le nom d'hôtel _d'Estrées_; elle y demeuroit en 1594[377]. Cet édifice avoit repris le nom d'hôtel du _Bouchage_, et il le portoit en 1616, lorsque Henriette-Catherine de Joyeuse, duchesse de Guise, nièce et héritière du cardinal de Joyeuse, le vendit à M. de Bérulle pour y placer sa congrégation.

[Note 377: Sauval, qui cite pour garant un registre de l'hôtel-de-ville (t. I, p. 27 et 431; t. II, p. 237 et 260), prétend que ce fut dans cet hôtel que Henri IV fut blessé par Jean Châtel. Le chancelier de Chiverni dit, dans ses mémoires, que ce malheur arriva dans l'hôtel de Schomberg, depuis l'hôtel d'Aligre. D'autres historiens avancent que ce fut au Louvre.]

_Hôtel d'Alençon._

Cet ancien hôtel occupoit autrefois l'intervalle qui sépare la rue des Poulies du cul-de-sac de l'Oratoire, alors rue _d'Autriche_. Parmi plusieurs traditions contradictoires sur son origine et ses diverses révolutions, voici ce que nous avons trouvé de plus vraisemblable. Il paroît qu'il fut bâti vers 1250 par les ordres d'Alphonse de France, comte de Poitiers, frère de saint Louis, et qu'il prit le nom _d'Osteriche_, de la rue où il étoit situé. Ce prince l'agrandit si considérablement, au moyen de l'acquisition de dix maisons voisines, qu'après sa mort[378] Archambaud, comte de Périgord, en vendit la moitié à Pierre de France, comte d'Alençon et de Blois, cinquième fils de saint Louis. Ce fut alors que cet hôtel prit le nom d'Alençon. Enguerrand de Marigni en devint ensuite possesseur, on ignore à quel titre; il y fit encore de grandes augmentations, en y joignant plusieurs maisons et jardins situés du côté de la rue des Poulies, et qui appartenoient au chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois. Après sa mort, cet hôtel devint propriété royale; et quoique l'arrêt de sa condamnation eût ordonné que sa maison seroit démolie, il ne paroît pas que cet édifice ait été abattu. Il fut occupé depuis par Charles de Valois et Marie d'Espagne sa veuve, qui y demeuroit en 1347. On en distinguoit dès lors les deux parties sous les noms de _grand hôtel d'Alençon_ rue d'Autriche, et de _petit hôtel d'Alençon_ rue des Poulies. En 1421, on voit, par un compte rapporté par Sauval, que cet hôtel étoit vide, ruiné et inhabitable. Il passa des ducs d'Alençon à M. de Villeroi, qui le vendit, en 1568, à Henri III, alors duc d'Anjou. Ce prince, appelé au trône de Pologne, le laissa à la reine son épouse, et cette princesse en fit don à Castelan son premier médecin. Albert de Gondi, duc de Retz et maréchal de France, l'acheta en 1578 des enfants de ce dernier, et lui donna son nom, qu'il porta encore plusieurs années[379] après. Malgré les démembrements qu'on en avoit faits précédemment, cet hôtel étoit encore si vaste, que Marie de Bourbon, duchesse de Longueville, en acheta une partie en 1581, sur laquelle elle fit bâtir l'hôtel qui a porté son nom, et que depuis Henri de Longueville vendit à Louis XIV, qui vouloit agrandir la place du Louvre. Ce dessein n'ayant pas eu alors son exécution, l'hôtel de Longueville, loin d'être abattu, fut réparé en 1709, pour servir de logement au marquis d'Antin, directeur général des bâtiments, ce qui le fit appeler _l'hôtel de la Surintendance_. En 1738 on en reconstruisit une partie, qu'on disposa pour le service général des postes, et l'on y joignit encore une portion de l'hôtel de Retz, dont il avoit d'abord été formé. La moitié de cet édifice fut depuis achetée par Louise de Lorraine, seconde femme du prince de Conti, qui la fit démolir, et sur l'emplacement fit construire un nouvel hôtel qui porta son nom. Depuis le duc de Guise en vendit une partie au roi, l'autre fut acquise par M. de Villequier, et a porté le nom d'hôtel d'Aumont. Ces hôtels ont été depuis revendus, rebâtis, puis abattus dans le siècle dernier pour former la place du Louvre. Enfin une portion considérable de l'hôtel d'Alençon, du côté du Louvre, a formé, au milieu du siècle passé, l'hôtel de la Force et les jardins de l'hôtel Longueville, et est aujourd'hui représentée par les maisons qui font face à celle des pères de l'Oratoire[380].

[Note 378: En 1281.]

[Note 379: Ce fut dans cet hôtel de Retz que fut conduit l'exécrable Ravaillac après son attentat.]

[Note 380: Entre autres par l'hôtel d'Angeviller.]

_Hôtel du comte Ponthieu._

Il étoit situé dans la rue des Fossés-Saint-Germain, qui faisoit alors la continuation de la rue Béthisi: en 1359 on le nommoit la _cave de Ponti_ et la cour de _Pontiau_. Guillot appelle cette partie de la rue Béthisi, _la rue aux Quains de Pontis_, nom qu'elle portoit alors et que lui avoit donné cet hôtel.

_Maison du Doyenné._

Elle étoit située dans le cloître Saint-Germain-l'Auxerrois[381], vis-à-vis du grand portail de l'église et au coin du passage qui conduisoit à la place du Louvre. Cette maison est célèbre par la mort presque tragique de Gabrielle d'Estrées, duchesse de Beaufort et maîtresse de Henri IV. Voici comment cette histoire est racontée dans Saint-Foix, et dans les mémoires de Sully: «Elle vint loger chez _Zamet_: c'étoit un Italien fort riche, qui s'étoit qualifié, dans le contrat de mariage de sa fille, _seigneur suzerain de dix-sept cent mille écus_, et qui s'étoit rendu agréable à Henri IV par son caractère plaisant et enjoué. Se promenant dans son jardin, après avoir mangé d'un citron, d'autres disent d'une salade, elle se sentit tout à coup un feu dans le gosier, et des douleurs si aiguës dans l'estomac, qu'elle s'écria: _Qu'on m'ôte de cette maison_[382], _je suis empoisonnée_. On l'emporta chez elle[383]; son mal y redoubla avec des crises et des convulsions si violentes, qu'on ne pouvoit regarder sans effroi cette tête si belle quelques heures auparavant[384]. Elle expira la veille de Pâques 1599, vers les sept heures du matin: on l'ouvrit, et l'on trouva son enfant mort. Henri IV fit prendre le deuil à toute la cour, et le porta la première semaine en violet et la seconde en noir. La plupart des historiens, ajoute Saint-Foix, n'attribuent cette mort si frappante qu'aux effets d'une grossesse malheureuse.»

[Note 381: Elle a été depuis abattue, ainsi que plusieurs maisons de la rue du Petit-Bourbon, contiguë à ce passage, pour former une place devant l'église.]

[Note 382: On avoit déjà parlé de marier Henri IV avec Marie de Médicis; et comme Zamet étoit né sujet du duc de Florence, ses ennemis le soupçonnèrent d'un crime dont il n'y eut toutefois aucune preuve.]

[Note 383: Dans cette maison du Doyenné qu'elle occupoit, sans doute pour être à la proximité du Louvre et de sa tante la marquise de Sourdis, dont l'hôtel étoit situé dans un cul-de-sac, rue des Fossés-Saint-Germain.]

[Note 384: Sauval assure avoir connu des vieillards qui lui avoient dit qu'après sa mort on l'exposa dans la grand'salle de sa maison; qu'elle étoit vêtue d'une robe de satin blanc, et couchée sur un lit de parade de velours cramoisi, enrichi de dentelles d'or et d'argent.

Saint-Foix dit qu'il n'est pas vraisemblable qu'on ait exposé à la vue du public une personne à qui des symptômes terribles de mort avoient défiguré tous les traits et tourné la bouche jusque derrière le cou.]

* * * * *

Les deux seuls hôtels remarquables qu'il y ait maintenant dans ce quartier sont:

1º. L'hôtel d'Aligre, ci-devant de Schomberg, situé rue Baillet et rue Saint-Honoré. Le grand-conseil y a tenu long temps ses séances.

2º. L'hôtel d'Angeviller, situé rue de l'Oratoire, lequel sert maintenant de dépôt principal au _Musée Royal_.

FONTAINES.

Sous Philippe-Auguste, il n'y avoit encore que trois fontaines publiques à Paris: celles des _Innocents_, des _Halles_, et la fontaine _Maubuée_, située au coin de la rue qui porte ce nom et de la rue Saint-Denis.

Dans l'intervalle qui sépare le règne de ce prince de celui de Louis XII, on éleva successivement treize autres fontaines. Quatre de ces fontaines étoient hors de l'enceinte de la ville avant le règne de Charles V: c'étoient celles de Saint-Lazare, des Filles-Dieu, des Cultures Saint-Martin et du Temple; elles y furent alors renfermées, à l'exception de la fontaine Saint-Lazare.

Les neuf autres fontaines existant à cette même époque dans les divers quartiers de Paris étoient celles de la rue Salle-au-Comte (dite la fontaine de Marle), de la rue Saint-Avoye, de la rue Bar-du-Bec, de la porte Baudoyer ou Baudet, de la rue Saint-Julien, du Ponceau, de la Reine, de la Trinité et de la rue des Cinq-Diamants. Toutes ces fontaines étoient alimentées par les aquéducs de Belleville et du pré Saint-Gervais, et ne donnoient de l'eau qu'à la partie septentrionale de Paris[385].

[Note 385: Il est remarquable que la première fontaine qui fut élevée dans la Cité étoit alimentée par les eaux de l'aquéduc Saint-Gervais. Ce fut en 1605 et sur l'emplacement de la maison du père de Jean-Châtel, que le prévôt des marchands Miron la fit construire, après qu'on eut abattu la pyramide infamante qui d'abord avoit été bâtie sur les ruines de cette maison. On y lisoit ce distique latin qui rappeloit la mémoire de l'attentat du régicide, et de la destruction du monument destiné à en éterniser le souvenir:

_Hic, ubi restabant sacri monumenta furoris, Eluit infandum Mironis unda scelus._

Peu d'années après, cette fontaine fut transférée dans la cour méridionale du Palais de Justice, et elle y étoit déjà en 1724. Elle existe encore sous le nom de fontaine _Sainte-Anne_, et reçoit de l'eau de la pompe du pont Notre-Dame.]

Sous Henri IV ces deux aquéducs, depuis long-temps négligés, tomboient en ruine, et le volume d'eau qu'ils fournissoient n'étoit plus suffisant. Une ordonnance de ce prince établit une augmentation sur l'impôt que payoient les vins à leur entrée à Paris; le produit en fut destiné à la réparation de ces deux aquéducs, et de nouvelles fontaines furent élevées: celle du Palais et le bâtiment de la Samaritaine.

Cependant la partie méridionale de Paris manquoit toujours d'eau. Déjà, sous le règne de ce même prince, les vestiges qui restoient encore de l'aquéduc bâti de ce côté par les Romains, avoient fait naître l'idée de le rétablir. Des fouilles furent commencées en 1609 à travers la plaine de Long-Boyau du côté de Rungis, afin de découvrir la source d'où provenoient les eaux qui avoient été anciennement conduites au palais des Thermes: la mort de Henri IV interrompit ce projet. On le reprit lors de la construction du palais du Luxembourg; et alors il fut proposé de conduire les eaux de Rungis à Paris. Le projet ayant été accepté, Louis XIII et la reine Marie de Médicis posèrent, le 17 juillet 1613, la première pierre de l'aquéduc, qui fut élevé sur les dessins de Jacques Desbrosses et achevé en 1624. Une partie de cet aquéduc traverse le vallon d'Arcueil sur vingt-cinq arches; auprès sont des restes de l'ancien aquéduc romain, et cette construction moderne en soutient la comparaison. Elle a douze toises de hauteur sur deux cents de longueur; de distance en distance et depuis Arcueil jusqu'à Paris, on rencontre plusieurs autres petites constructions qui sont des _regards_ de la conduite des eaux. La longueur totale de cette conduite jusqu'au Château-d'Eau situé près de l'Observatoire est de 6600 toises.

En 1624, l'aquéduc étant achevé, on s'occupa de la distribution des eaux; et quatorze fontaines que l'on construisit, furent alimentées par cette source nouvelle.

Cependant la population de Paris ne cessant de s'accroître, les eaux fournies par les trois aquéducs et par la pompe de la Samaritaine devenoient encore insuffisantes; et l'abus des concessions que l'on faisoit trop indiscrètement à des corporations et à des particuliers augmentoit encore cette disette. Des recherches que l'on fit en 1551 aux environs du village de Rungis procurèrent un accroissement aux sources qui alimentoient la partie méridionale de Paris; et cet accroissement reçut le nom de _nouvelles eaux d'Arcueil_. En 1666 toutes les concessions particulières que la ville avoit faites sur les trois aquéducs furent supprimées par un arrêt du conseil et en 1669 on procéda à une distribution nouvelle des eaux de Paris.

Cette même année deux mécaniciens, Daniel Jolly et Jacques Demance, proposèrent d'établir sur le pont Notre-Dame des machines hydrauliques semblables à celle du pont Neuf: leurs propositions furent acceptées; ils exécutèrent simultanément deux mécanismes différents qui fournirent une masse plus considérable de beaucoup que celles que donnoient les trois aquéducs réunis. Ce travail ayant été achevé en 1671, un arrêt du conseil de la même année ordonna qu'il seroit établi de nouvelles fontaines; et l'on en construisit un assez grand nombre dans les divers quartiers de Paris, et jusqu'à la fin du règne de Louis XIV.

Cependant Paris recevoit sans cesse de nouveaux accroissements; et le besoin d'eaux plus abondantes se faisoit sentir de jour en jour davantage. On éleva encore sous Louis XV plusieurs fontaines, dont quelques-unes même furent remarquables par leur masse et par le luxe de leurs ornements; mais ni les aquéducs ni les pompes ne suffisoient pour les alimenter. Dans cet embarras extrême, il fut proposé en 1762 de conduire à Paris les eaux de la petite rivière de l'Yvette qui prend sa source entre Versailles et Rambouillet, et se jette dans la rivière d'Orge, un peu au-dessus de Juvisy. L'aquéduc que l'on auroit construit pour opérer cette dérivation auroit eu 17 à 18,000 toises de développement, et eût donné 1,200 pouces d'eau à la ville de Paris. Ce projet, long-temps discuté et reproduit plusieurs fois depuis cette époque jusqu'en 1775, fut enfin tout-à-fait abandonné, à cause des difficultés de son exécution.

Enfin l'établissement des pompes à feu résolut le problème dont on étoit si péniblement occupé et depuis si long-temps. Deux établissements de ce genre furent formés à Chaillot et au Gros-Caillou: et alors l'eau coula avec abondance non-seulement dans les fontaines publiques, mais encore dans les maisons des particuliers. La dérivation des eaux de la rivière d'Ourcq et leur conduite à Paris, grands et utiles travaux qui ont été opérés depuis la révolution, ont achevé de compléter cette partie si importante de l'administration dans une ville aussi immense; et l'eau y abonde maintenant de toutes parts, tant pour les jouissances du luxe que pour les besoins de première nécessité.