Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8)
Part 22
L'Académie française jeta dans le dix-septième siècle un grand éclat; et elle le dut à l'honneur qu'elle avoit alors de posséder dans son sein les beaux génies qui ont élevé si haut la gloire littéraire de la France, que, sous ce rapport, aucune autre nation moderne ne peut lui être comparée. Dans le dix-huitième siècle, elle fut une coterie de petits impies et de petits factieux, dirigée par des rhéteurs et des hommes médiocres, coterie qui dans tout autre temps n'eût été que ridicule, et à laquelle l'esprit de vertige qui entraînoit à leur perte les hautes classes de la société donna la plus dangereuse influence, et une importance que l'on a peine à concevoir aujourd'hui. Cette coterie triompha de voir éclore enfin la révolution qu'appeloient tous ses voeux, que favorisoient tous ses travaux; et l'on peut dire que la révolution se montra bien ingrate envers elle en la détruisant, et en proscrivant quelques-uns de ses membres, ce qu'elle fit cependant dans les moments de sa plus grande brutalité. L'Académie française se releva pour ramper misérablement sous le tyran de la France, qui ne reçut d'aucune autre compagnie de plus basses et plus dégoûtantes adulations. Dans le dix-neuvième siècle, elle est redevenue une réunion d'hommes de lettres à laquelle personne ne fait attention; et par mille raisons qu'il est inutile de présenter ici, il ne paroît pas qu'elle puisse désormais sortir de l'obscurité profonde dans laquelle elle est tombée aujourd'hui.
ACADÉMIE ROYALE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
L'Académie royale des inscriptions et belles lettres commença en 1663. Dans son origine, ce ne fut qu'un démembrement de l'Académie française, dont M. de Colbert choisit quatre à cinq membres pour composer les inscriptions qui devoient être gravées sur les monuments consacrés à la gloire du monarque et à l'ornement de la ville et des maisons royales; ils étoient aussi chargés d'inventer des types et des légendes pour les médailles, des devises pour les jetons, etc. Cette assemblée, qui fut appelée d'abord la _Petite Académie_, se tenoit dans la bibliothèque du surintendant, rue Vivienne: on l'appela ensuite _Académie royale des inscriptions et médailles_. Ce ne fut qu'en 1701 que parut le réglement qui fixa son existence: elle fut confirmée par des lettres-patentes du mois de février 1713, et le nombre de ses membres également porté à quarante; mais comme le nom qu'on lui avoit donné ne renfermoit pas toutes ses attributions, le roi, par de nouvelles lettres du 4 janvier 1716, en changea le titre en celui d'_Académie des inscriptions et belles-lettres_.
L'Académie des inscriptions a rendu de grands services à la science; elle possède encore aujourd'hui un grand nombre d'hommes distingués dans toutes les branches des connoissances humaines; et la suite non interrompue de ses mémoires prouve qu'une institution si utile et si honorable à la France est loin d'avoir dégénéré.
ACADÉMIE DES SCIENCES.
L'Académie des sciences s'assembla pour la première fois en 1666, par l'ordre du roi, mais sans aucun acte émané de l'autorité royale. Elle reçut une forme régulière en 1699, par le réglement que S. M. lui accorda. Ses séances se tinrent d'abord dans la Bibliothèque du roi; depuis elle obtint comme les autres un lieu d'assemblée dans le Louvre; et ses prérogatives furent confirmées par des lettres-patentes du mois de février 1713.
Cette Académie a pour objet de s'occuper de tout ce qui peut favoriser les progrès des sciences exactes et naturelles, physique, chimie, mathématiques, médecine, etc., etc. Elle a offert de tout temps un grand nombre de savants hommes, qui ont sans cesse reculé les bornes de ces connoissances, purement matérielles, et dont la nature est de tendre sans cesse à un plus grand développement. Ceux quelle possède aujourd'hui tiennent en Europe le premier rang; et aucune autre société du même genre n'y peut être comparée à celle-ci.
ACADÉMIE ROYALE DE PEINTURE ET DE SCULPTURE.
L'Académie royale de peinture et de sculpture doit son origine aux contestations[357] qui s'élevèrent entre les maîtres peintres et sculpteurs de Paris, et ceux qui professoient les mêmes arts dans les maisons royales, sous le titre de _privilégiés_. Ceux-ci, à la tête desquels étoit le célèbre Lebrun, appuyés du crédit et de la protection du chancelier Séguier, formèrent le dessein d'établir une Académie indépendante, et y furent autorisés par un arrêt du conseil privé, du 20 janvier 1648: en conséquence ils dressèrent des statuts sur lesquels ils obtinrent des lettres-patentes. Le roi, à la sollicitation du cardinal Mazarin, protecteur de cette académie, lui en accorda de nouvelles en 1655, et lui permit de tenir ses séances dans la galerie du Collége royal. Elle ne put alors profiter de cette grâce; mais elle en fut amplement dédommagée par les glorieuses marques de faveur, par les priviléges et les revenus dont ce monarque la combla dès l'année 1663. Peu de temps après, elle obtint un logement au Vieux Louvre.
[Note 357: _Voyez_ p. 275, 1re partie.]
Lebrun étoit le chef de l'école, au moment de la création de cette académie; et le système vicieux qu'il avoit adopté, système qui n'étoit fondé ni sur l'imitation naïve de la nature, ni sur l'étude approfondie de l'antique, étant devenue la base des études, cette école ne cessa point de dégénérer jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, où elle étoit enfin tombée au dernier degré de la barbarie et du mauvais goût. L'étude de l'antique, à laquelle revinrent alors quelques artistes plus habiles et d'un meilleur jugement que les autres, la releva tout à coup et avec une rapidité qui fit bien voir que les heureuses dispositions pour ce bel art ne manquoient point en France, et que ce système fatal en avoit seul arrêté les progrès. Depuis cette heureuse révolution, l'école françoise n'a cessé de marcher de succès en succès; elle est sans aucune comparaison la première de l'Europe; elle produit à chaque exposition des chefs-d'oeuvre dans tous les genres de la peinture, et plusieurs de ses maîtres peuvent être mis en parallèle avec les plus renommés des plus beaux temps de l'art.
Nos sculpteurs ont suivi la même marche et sont arrivés presque aux mêmes résultats. Nous n'osons dire toutefois qu'il y ait encore une égalité parfaite: l'école imite peut-être trop servilement l'antique, lorsqu'il faudroit seulement s'en inspirer; et cette imitation scrupuleuse en rend la comparaison plus redoutable encore, même pour ses meilleures productions.
ACADÉMIE ROYALE D'ARCHITECTURE.
L'académie royale d'architecture fut projetée par M. de Colbert en 1671: elle prit, dès ce temps, la même forme que les autres académies; mais elle n'étoit point encore autorisée par lettres-patentes, lors de l'avénement de Louis XV. Ce fut ce prince qui confirma l'existence de cette société par celles qu'il lui accorda au mois de février 1717. Elle tenoit également ses séances au Louvre.
Ce que nous avons dit de la peinture et de la sculpture peut également s'appliquer à l'architecture: il s'est fait dans cette dernière école une révolution non moins heureuse; et on la doit également à l'étude que ne cessent de faire nos architectes des monuments de l'antiquité. Ceux qu'ils élèvent aujourd'hui doivent être considérés comme le plus bel ornement de Paris, et pour la noble simplicité du style, le bon goût et la pureté des ornements, le sentiment des convenances et l'harmonie des proportions, sont infiniment préférables aux constructions du siècle dernier. Toutefois il est vrai de dire que cet art n'étoit point tombé aussi bas que les deux autres, parce qu'il est fondé sur des règles plus simples, plus positives, et sur des traditions qu'il est plus facile de conserver.
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On doit probablement à l'établissement, dans le palais du Louvre, de ces célèbres compagnies, la conservation de quelques-unes des distributions intérieures qui y avoient été faites dans le principe, et les grandes et belles salles qui y existent encore, car dans les autres parties accordées pour logement aux artistes, aux hommes de lettres, et même à quelques personnes de la cour, toutes les anciennes constructions avoient été ou dénaturées ou détruites. On avoit divisé à l'infini les vastes galeries qui s'y prolongeoient de tous les côtés, pour en former une foule d'appartements; d'obscurs et étroits corridors conduisoient dans ces divisions inégales et irrégulières; et l'on peut dire que le désordre du dedans étoit plus grand encore que celui qui régnoit au dehors.
Parmi les pièces restées intactes dans le Vieux-Louvre, on remarquoit principalement, après la salle dite des _Cent-Suisses_, l'appartement des bains de la reine, lequel étoit de plein-pied avec cette salle, et décoré de belles peintures et de riches ornements. Il y avoit aussi, dans le pavillon qui joint la grande galerie à ce monument, des fresques estimées et de magnifiques décorations. Mais, quoique ce pavillon ait été construit en même temps que le Vieux-Louvre, il a une liaison si intime avec la galerie, que nous remettons à en parler lorsque nous décrirons le palais des Tuileries et ses dépendances.
LA CONGRÉGATION
DES PRÊTRES DE L'ORATOIRE DE N. S. J. C.
Cette congrégation doit son origine au cardinal Pierre de Bérulle, qui vivoit sous Henri IV et Louis XIII, et qui se rendit également illustre par son savoir et par ses vertus. Les malheurs des règnes précédents et la licence des guerres civiles avoient jeté la corruption dans tous les ordres de l'État; le clergé lui-même n'avoit pu s'en garantir, et l'intérêt de la religion demandoit une prompte réforme. L'objet que se proposa M. de Bérulle fut de s'associer quelques vertueux ecclésiastiques qui l'aidassent à former à la science et à la piété un certain nombre de jeunes élèves, de manière qu'ils pussent un jour remplir dignement le ministère des saints autels, instruire à leur tour la jeunesse dans les colléges ou les séminaires dont la direction leur seroit confiée, annoncer la parole de Dieu, offrir enfin sans cesse aux hommes l'exemple et la règle, cette règle qu'ils oublient si facilement si elle ne leur est remise à chaque instant sous les yeux. Cette congrégation, qu'il institua sur le modèle de celle que saint Philippe de Néri avoit fondée à Rome sous le nom de la _Vallicelle_, ne devoit avoir aucun caractère qui distinguât ses membres des autres prêtres réguliers, si ce n'est leur réunion et la vie commune et édifiante à laquelle ils se soumettoient volontairement: car il ne prétendit les astreindre à aucun voeu, et leur dépendance pouvoit cesser du moment qu'elle leur deviendroit trop pénible. C'est un corps, disoit Bossuet, _où tout le monde obéit et personne ne commande_, ce qui exprime parfaitement ce mélange heureusement tempéré de soumission et de liberté, qui étoit le premier principe de cette illustre société.
Un projet aussi utile, autorisé par M. de Gondi, alors évêque de Paris, ne pouvoit trouver d'obstacles; et les deux puissances se réunirent pour en faciliter l'exécution. M. de Bérulle avoit déjà rassemblé cinq prêtres aussi pieux que savants, presque tous docteurs de la faculté de théologie de Paris; et le 11 novembre 1611, il s'étoit logé avec eux au faubourg Saint-Jacques à l'hôtel du Petit-Bourbon, autrement nommé _le Séjour de Valois_, lequel occupoit l'endroit où est situé aujourd'hui le Val-de-Grâce. Dès le mois de décembre suivant, Marie de Médicis fit expédier des lettres-patentes[358] pour l'érection de cette congrégation, et la déclara de fondation royale dès le 2 janvier 1612. Cependant le fondateur, qui ne trouvoit la maison qu'il occupoit ni assez vaste ni assez commode pour s'y établir à demeure, cherchoit à se procurer un logement dans la ville: il fut d'abord question de lui donner l'hôtel de la Monnoie, qu'on vouloit transférer rue de Bussy; mais ce projet n'eut point d'exécution. Enfin, le 20 janvier 1616, il acheta, de Catherine-Henriette de Lorraine, duchesse de Guise, l'hôtel du Bouchage, situé rue du Coq, moyennant la somme de 90,000 livres.
[Note 358: On sera peut-être curieux d'avoir ici un détail circonstancié des formalités qui s'observoient en pareille circonstance, pour donner une sanction entière à de semblables établissements. Sur le consentement de l'évêque, du 15 octobre 1612, ces lettres-patentes furent enregistrées au parlement le 4 septembre d'après; l'année suivante, le pape Paul V l'autorisa par une bulle du 6 des ides de mai (le 10) 1613; et en conséquence des lettres de relief adressées à la cour des aides le 16 décembre 1618, celles de 1611 y furent enregistrées le 18 février 1619, et à la chambre des comptes le 10 avril 1629, en exécution de semblables lettres qui leur avoient été adressées au mois de janvier précédent.]
Dès qu'il en fut devenu propriétaire, il y fit bâtir une petite chapelle; et l'on vit cet homme apostolique, dans l'ardeur d'un zèle qui sembleroit aujourd'hui presque incroyable, et probablement ridicule, y travailler lui-même, portant la hotte comme un manoeuvre. Cependant le nombre de ses disciples grossissoit de jour en jour, et la proximité du Louvre attirant dans cette chapelle un grand concours de monde, elle se trouva bientôt trop petite: le fondateur se vit donc dans la nécessité de songer à en bâtir une plus grande. Plusieurs acquisitions que les prêtres de l'Oratoire firent dans les rues Saint-Honoré, du Coq et d'_Autriche_, autrement dite du Louvre, depuis 1619 jusqu'en 1621, lui en procurèrent les moyens; et la première pierre du nouvel édifice fut posée au nom du roi le 22 septembre 1621, par le duc de Montbazon, gouverneur de Paris. En 1623, un brevet lui donna la qualité d'Oratoire royal.
Ce monument fut commencé sur les dessins d'un architecte nommé Métezeau. Il en jeta les premiers fondements; mais on lui préféra dans la suite Jacques Lemercier, qui, dit-on, lui étoit fort inférieur. Celui-ci conduisit l'ouvrage depuis le chevet jusqu'à la croisée, où il s'arrêta. Les travaux ne furent repris que plusieurs années après, et achevés sur les mêmes dessins, à l'exception de la grande tribune et du portail, qui ne furent élevés qu'en 1745. L'architecte Caquier fut chargé de construire ces parties qui, après un siècle entier, terminèrent enfin cet édifice, lequel n'est cependant que d'une médiocre grandeur. C'est une remarque qu'on a pu déjà faire, et qui sera confirmée par la suite de cet ouvrage, que les édifices publics de Paris, sans même en excepter les palais des rois, n'ont presque jamais été le résultat d'un plan unique, exécuté par celui qui l'avoit conçu, mais le plus souvent ne furent achevés que difficilement et après de longs travaux sans cesse repris et interrompus; ce qui explique mieux que toute autre chose le mauvais goût de leur construction et l'incohérence de leurs diverses parties.
Cependant l'architecture de cette église n'est pas sans beautés. L'intérieur en est orné d'un ordre corinthien dont on estime la proportion, et l'on cite surtout le choeur qui en forme le chevet, pour la parfaite exécution de son plan elliptique. Le portail, quoique d'un style peu sévère, mérite aussi quelques éloges: il donne sur la rue Saint-Honoré, dont il ne suit point l'alignement, mais où il se présente dans une ligne diagonale qui fait qu'on peut l'apercevoir à une certaine distance, en entrant par la rue de la Ferronnerie. Le rez-de-chaussée en est élevé de plusieurs marches. Il se compose d'un avant-corps dorique, dont les colonnes sont isolées. L'architecture des deux arrière-corps est en pilastres du même ordre. Les deux petites portes carrées de ces arrière-corps sont surmontées de deux grands médaillons qui représentoient des sujets pieux, maintenant effacés; au-dessus de cet ordre dorique s'élève un ordre corinthien qui porte sur l'avant-corps; les deux entre-colonnements en étoient autrefois décorés de trophées en bas-relief. Le tout est terminé par un fronton d'une bonne proportion, et présente dans sa forme pyramidale un aspect assez imposant[359].
[Note 359: _Voyez_ pl. 47.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE L'ORATOIRE.
PEINTURES.
La Nativité, la Visitation, l'Annonciation, Saint-Joseph réveillé par un ange. Tous ces tableaux, qui jouissoient de beaucoup d'estime, étoient de _Philippe de Champagne_.
Près du choeur, saint Antoine, par Vouet; dans une chapelle sainte Geneviève recevant une médaille des mains de saint Germain, évêque d'Auxerre, par _La Grenée_ aîné.
Dans une autre chapelle, saint Pierre-ès-Liens, par _Châles_.
Dans la bibliothèque, les portraits de M. Achille de Harlay-Sancy, évêque de Saint-Malo, et du père Mallebranche.
SCULPTURES.
Dans le retable du maître-autel, un bas-relief en bronze doré, représentant la sépulture de N. S., morceau que l'on croit de _Girardon_, et qui avoit été donné à cette église par madame de Montespan. On estimoit la décoration de ce maître-autel, dont la forme offroit le modèle d'un petit temple circulaire d'une très-belle exécution.
Dans la bibliothèque, le buste en marbre du général de la congrégation, P. de la Tour.
SÉPULTURES.
Dans cette église avoient été inhumés: Le cardinal de Bérulle, fondateur de l'ordre, mort en 1629[360].
[Note 360: Sur un mausolée de marbre noir, le cardinal[360-A] est représenté à genoux, ayant devant lui un livre ouvert que lui présente un ange. Ce mausolée, remarquable parmi les monuments de la sculpture française, est de _François Anguier_. (Déposé pendant la révolution au musée des Petits-Augustins.)]
[Note 360-A: Ce prélat, digne des anciens temps, mourut en disant la messe, et au moment qu'il prononçoit ces mots du canon: _hanc igitur oblationem_; il fut ainsi lui-même la victime du sacrifice qu'il n'eut pas le temps d'achever. Cette circonstance est rappelée dans son épitaphe, et exprimée dans le distique suivant:
_Coepta sub extremis nequeo dùm sacra sacerdos Perficere, at saltem victima perficiam._]
Antoine d'Aubray, comte d'Offemont, lieutenant civil et frère de la célèbre empoisonneuse marquise de Brinvilliers, mort en 1670.
Charles de Moy, marquis de Riberpré, lieutenant-général des armées du roi, mort en 16..
Claude de Nocé, seigneur de Fontenay, sous-gouverneur du duc d'Orléans, mort en 1704.
Dans une des chapelles à gauche de la nef, étoit la sépulture de la famille des Tubeuf.
Cette congrégation, bien que formée sur le modèle de celle de la _Vallicelle_, n'en dépendoit en aucune manière: elle possédoit soixante-treize maisons en France et étoit gouvernée par un général à vie, lequel résidoit dans la maison attenante à cette église. Célèbre par le grand nombre de sujets excellents qu'elle a produits, elle compte des noms honorables dans presque toutes les parties des sciences divines et humaines, dans la théologie, la controverse, l'histoire sainte et profane, les belles-lettres, l'éloquence. Plusieurs de ses membres n'ont pas moins fait d'honneur à leur siècle qu'à leur congrégation, et souvent la dignité épiscopale a été la récompense de leur piété et de leurs travaux. Parmi ces hommes recommandables, nous citerons principalement le père Mallebranche, l'un des plus profonds métaphysiciens qui aient jamais existé, et l'illustre Massillon, justement placé au nombre de nos plus grands écrivains et de nos prédicateurs les plus éloquents.
La bibliothèque, composée seulement de vingt-deux mille volumes, étoit une des plus curieuses de Paris, tant par le choix des livres et des éditions, que par les précieux manuscrits qu'elle possédoit[361].
[Note 361: L'église de l'Oratoire a été concédée à des protestants qui y célèbrent leur culte; on a placé dans les bâtiments de la communauté les bureaux de la caisse d'amortissement.]
L'ÉGLISE SAINT-HONORÉ.
Les fondations d'églises étoient encore regardées au treizième siècle comme une des oeuvres les plus méritoires qu'il fût possible de faire pour opérer son salut; et de simples particuliers, poussés par ce louable motif, ne craignoient pas d'y consacrer la plus grande partie des biens qu'ils possédoient. C'est ainsi que fut fondée l'église Saint-Honoré. Renold _Chereins_ ou _Cherei_, et _Sibylle_ sa femme, en conçurent le projet dès l'an 1204. Ils possédoient près des murs de Paris et sur le chemin qui conduit à Clichy neuf arpents de terre dont ils consacrèrent le fonds et les revenus à cette pieuse entreprise[362]. Ayant obtenu en 1205 le consentement d'Eudes de Sully, évêque de Paris, et du curé de Saint-Germain-l'Auxerrois[363], ils y joignirent, la même année, un arpent qu'ils acquirent dans la censive de Saint-Martin-des-Champs, et de Saint-Denis-de-la-Chartre; et ce nouveau terrain fut employé à bâtir l'église, un cimetière et une maison pour le chapelain. En 1209, ils acquirent encore trois autres arpents[364]; et l'église étant finie, ils déclarèrent que leur intention étoit d'y placer des chanoines, et de fonder des prébendes pour lesquelles ils demandèrent le terme de sept années. L'évêque leur accorda encore leur demande, mais se réserva le droit de fixer le nombre de ces bénéfices. Par les mêmes lettres, datées du mois d'octobre 1208[365], il dispense de la résidence les premiers chanoines qui auront fondé eux-mêmes leurs prébendes. Il paroît par le même acte que la collation qui en fut laissée à Renold et à sa femme, tant qu'ils vivroient, devoit revenir après leur mort au doyen et au chapitre de Saint-Germain. En 1257, il y en avoit vingt et une de fondées; Renaud, évêque de Paris, les réduisit à douze[366]; et il fut convenu alors que la collation en appartiendroit alternativement à l'évêque et au chapitre, ainsi qu'il avoit été réglé par une sentence arbitrale de 1228[367]. La même convention portoit plusieurs autres réglements dont l'effet étoit de prévenir toutes les contestations qui jusque là s'étoient élevées au sujet de ces nominations. Le chantre étoit le seul dignitaire qu'il y eût dans cette collégiale, qui étoit une des _filles_ de l'archevêché[368]; mais, outre les douze chanoines, il y avoit deux chapelains, quatre vicaires, quatre chantres, et six enfants de choeur. Les membres de ce chapitre, dont les canonicats passoient pour être les meilleurs de Paris, desservoient tour à tour la cure, qui ne s'étendoit pas au-delà du cloître.
[Note 362: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 46.]
[Note 363: _Ibid._--et Dubreul, p. 802.]
[Note 364: _Hist. S. Mart. de Campis_, p. 200.]
[Note 365: Hist. de Par., t. V, p. 602.]
[Note 366: Huit sacerdotales, deux diaconales et deux sous-diaconales. (Petit Pastor., fol. 86.)]
[Note 367: Hist. de Par., t. III, p. 77.]
[Note 368: _Voyez_ p. 361, 1re partie.]
En 1579, on jugea à propos d'augmenter l'église Saint-Honoré, ce que l'on fit en ajoutant un peu à sa longueur, tant devant le clocher[369] que derrière, mais sans rien changer à l'ancienne élévation. Cette réparation imparfaite et de mauvais goût, qui même ne l'agrandit point suffisamment, la fit paraître alors beaucoup trop basse, et l'on se plaignoit qu'elle n'eût point la majesté convenable à une aussi riche collégiale.