Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8)
Part 18
Les costumes varièrent beaucoup, depuis l'habit long que nous rapportâmes des croisades, jusqu'aux pantalons étroits qui devinrent à la mode sous François Ier. Nous offrirons dans la suite de cet ouvrage le tableau de ces variations, et celui de beaucoup d'autres usages curieux et singuliers qui y trouveront naturellement leur place.
SAINT-GERMAIN-L'AUXERROIS.
Cette église royale et paroissiale est une des plus anciennes et des plus remarquables de Paris; et il n'en est aucune dont l'origine présente plus d'obscurité. Il est certain qu'elle existoit au septième siècle, puisque saint Landri, évêque de Paris, mort vers l'an 655 ou 656, y fut inhumé; mais c'est sans preuve suffisante que plusieurs historiens[299] ont avancé qu'elle avoit été fondée par Childebert et la reine Ultrogothe, qui l'élevèrent, disent-ils, en l'honneur de saint Vincent. Cette opinion n'est soutenue d'aucune autorité assez grave, et l'on ne peut à cet égard admettre comme des preuves suffisantes, ni les statues représentant un roi et une reine que l'on voit sous le porche ou vestibule de cette église, ni l'inscription qui porte: _C'est Childebert, roi chrétien, et Ultrogothe sa femme, qui fondèrent cette église_, ni l'usage où l'on a été long-temps d'y fêter saint Vincent comme premier titulaire. Ces représentations grossières d'un roi et d'une reine ne conviennent pas plus à Childebert et à Ultrogothe qu'à d'autres princes; d'ailleurs les figures et l'inscription, qui même n'a été gravée qu'après coup[300], n'ont pas cinq cents ans d'antiquité: car le portail sous lequel elles sont placées est d'une construction qui ne peut remonter plus haut que le siècle de Philippe-le-Bel. À l'égard du culte qu'on rendoit dans cette église à saint Vincent, l'abbé Lebeuf a si évidemment démontré qu'elle n'avoit jamais été sous l'invocation de ce saint diacre, que, malgré la tradition et l'usage, on en a supprimé le nom dans le _Propre_ de cette paroisse, imprimé en 1745.
[Note 299: Dubreul, Malingre, Belleforêt.]
[Note 300: Elle étoit écrite en petit gothique, et placée entre les deux statues: l'abbé Lebeuf ne lui donne que deux à trois cents ans.]
Nous pensons qu'au sujet de l'origine de cette église, l'opinion la plus solidement établie est celle de Jaillot[301], qui prétend qu'elle fut construite en entier par les ordres de Chilpéric Ier, pour y recevoir le corps de saint Germain, évêque de Paris. La preuve qu'il en donne est un testament de _Bertichram_ ou _Bertchram_ (que nous appelons Bertram ou Bertrand), évêque du Mans, dicté le 24 mars de la vingt-deuxième année du règne de Clotaire, dans lequel le testateur assigne un fonds pour desservir à perpétuité le lieu de la sépulture de saint Germain, d'abord dans l'église de saint Vincent[302], où son corps étoit alors déposé, _ensuite dans la basilique nouvelle que le roi Chilpéric venoit de faire construire_, s'il y étoit transporté[303].
[Note 301: Quartier du Louvre, p. 25.]
[Note 302: Depuis, l'abbaye Saint-Germain-des-Prés: le corps du saint étoit dans la petite chapelle Saint-Symphorien, qui faisoit partie de cette basilique.]
[Note 303: Voici les termes de cet acte:
_Basilicæ domni ac peculiaris patrini mei Germani episcopi qui me dulcissimè enutrivit, et suâ sanctâ oratione, ac si indignum, ad sacerdotii honorem perduxit, si_ SUPERSISTIT _in basilicâ domni Vincentii, ubi sanctum ejus corpusculum requiescit, dono inibi in honore sepulturæ suæ, villam Bobanæ quæ est in territorio Stampense super fluvio Colla, quam mihi gloriosus domnus Chlotarius rex suo munere contulit: quod jubeo eâ conditione ut si sanctum corpus ejus_ IN BASILICA NOVA _quam inclitus Chilpericus quondàm rex construxit, si convenerit, ut inibi transferatur, villa ipsa, ubi semper ejus corpus fuerit, semper ibi deserviat, et ipse sanctus pontifex pro meis facinoribus deprecari dignetur...... Die VI kal. aprilis, anno XXII regnantis gloriosissimi domni Chlotarii regis_. (Corvaisier--Hist. des évêques du Mans, p. 194.)]
Cependant cette église porte le nom de _saint Germain d'Auxerre_ et non celui de l'évêque de Paris; et l'on ne peut nier qu'il n'existe quelques traditions qui tendent à établir qu'elle a été bâtie sous le vocable du premier saint. Mais si on les examine avec quelque attention, l'on verra qu'elles se réduisent à de simples conjectures et à un diplôme de Charles-le-Chauve, lequel est au moins suspect en cette partie. «Je croirois, dit l'abbé Lebeuf, qui a fait une dissertation particulière sur l'antiquité de cette église, je croirois qu'il en faut attribuer la première origine à une chapelle qui aura été construite peu de temps après la mort de saint Germain d'Auxerre, en mémoire de quelque miracle qu'il aura opéré en allant de Paris à Nanterre, dans l'un ou l'autre des deux voyages qu'il fit dans la Grande-Bretagne; qu'au sixième siècle, l'évêque de Paris, qui portoit son nom, ne fut pas indifférent pour l'autel érigé sous l'invocation de ce grand prélat; et que ce pourroit bien être sous son épiscopat que fut bâtie la rotonde qui fit désigner dans la suite cette église sous le nom de Saint-Germain-le-Rond.»
À ces assertions dépouillées de preuves, et dans lesquelles on ne voit en effet que les conjectures d'un savant, qui hasarde une opinion qu'il ne peut établir d'une manière satisfaisante, Jaillot oppose le silence absolu de tous les écrivains contemporains sur les miracles de saint Germain d'Auxerre à l'endroit où fut fondée cette église, tandis qu'ils ont recueilli avec le plus grand soin tous ceux qu'il a opérés ailleurs, et qu'ils ont poussé l'exactitude jusqu'à indiquer les croix et les oratoires élevés dans les lieux devenus fameux par ces événements miraculeux, ou par les prédications du saint. Il ajoute (et ce fait, qui peut paroître aujourd'hui peu considérable, l'étoit beaucoup dans ce temps-là) que l'évêque de Paris, dont en effet la dévotion étoit grande au saint dont il portoit le nom, possédant une de ses reliques, en fit présent[304] à sainte Geneviève, dont il étoit contemporain, comme une marque de l'estime particulière qu'il avoit pour elle; ce qu'il n'eût point fait, s'il eût existé une chapelle ou un oratoire en l'honneur de ce saint: car, dans ce cas, il se seroit empressé de l'y déposer, etc. Quant au diplôme de Charles-le-Chauve, dans lequel il est question de l'église de Saint-Germain en ces termes, _Quod à priscis temporibus Autissiodorensis dicitur_, l'abbé Lebeuf lui-même pense avec raison que cette addition a été faite après coup, et insérée ensuite dans toutes les copies.
[Note 304: Cette relique étoit une portion de ses vêtements. Elle existoit encore dans le trésor de Notre-Dame en 1787.]
C'est en effet le seul titre où cette qualification lui soit donnée: tous les historiens, tous les diplômes qui ont parlé de cette église n'y joignent aucun surnom; elle est simplement appelée l'église de Saint-Germain; et ce ne fut que dans le neuvième siècle qu'elle reçut, en raison de sa forme nouvelle, la dénomination de Saint-Germain-_le-Rond_: Abbon est le premier qui la désigne ainsi dans son poëme,
«_Germani Teretis contemnunt littora sancti._»
Tant de témoignages réunis, où rien ne s'explique en faveur de saint Germain d'Auxerre, peuvent servir à confirmer les inductions tirées du testament de _Bertram_; cependant on demande pourquoi le projet attribué à Chilpéric, de transporter le corps de saint Germain dans la nouvelle basilique, n'eut point son exécution. Cette difficulté, plus grande que les autres, ne peut être résolue d'une manière satisfaisante; et le silence absolu que gardent à cet égard tous les auteurs contemporains ne permet de hasarder que de simples conjectures. On présume donc que Chilpéric, n'ayant survécu que huit ans à saint Germain, ne put faire achever la basilique qu'il avoit commencée; que Frédégonde, dont la vie fut si agitée, remplie de tant de crimes, de passions et de malheurs, ne s'empressa pas de la faire continuer; et que, d'un autre côté, les religieux de Saint-Vincent, jaloux de conserver les précieuses dépouilles dont ils étoient dépositaires, firent naître tous les obstacles qui pouvoient en empêcher ou en retarder la translation. Les troubles qui remplirent les derniers règnes de la première race durent favoriser leurs voeux et leurs projets; et lorsque Pépin monta sur le trône, il est probable qu'on ne pensa plus à les dépouiller d'un bien dont une si longue possession sembloit les rendre légitimes propriétaires. Ce prince, qui avoit besoin de se concilier tous les esprits, voulut au contraire, par une cérémonie éclatante, faire cesser toutes les craintes qu'ils pouvoient avoir encore à cet égard. Le 25 juillet 754, assisté de ses fils et des grands du royaume, il fit transférer avec la plus grande pompe le corps de saint Germain, de la petite chapelle de Saint-Symphorien dans le choeur de la grande église de Saint-Vincent, qui depuis fut appelée de _Saint-Germain_ ou de _Saint-Vincent et de Saint-Germain_. Alors l'autre église prit sans doute le surnom dont nous venons de parler[305], pour ne pas être confondue avec la première. Telles sont les conjectures imaginées pour expliquer cette difficulté; et l'on doit convenir qu'elles sont à la fois vraisemblables et ingénieuses.
[Note 305: _S. Germani Rotundi._]
Enfin cette basilique étoit la première église canoniale et paroissiale qui dût son origine à la cathédrale; et cette dépendance absolue où elle étoit de l'église mère[306], semble être une nouvelle preuve qu'elle avoit pour titulaire le saint évêque qui l'avoit gouvernée, et non celui d'Auxerre.
[Note 306: Les évêques de Paris possédoient, dans les environs de cette église, une grande étendue de terres labourables et de prairies, dont les démembrements ont formé plusieurs paroisses et les quartiers les plus populeux de Paris.]
L'église de Saint-Germain subsista telle qu'elle avoit été bâtie, d'abord, jusqu'au siége de Paris par les Normands. Ces barbares l'épargnèrent tant qu'elle leur parut utile à leur défense: ils la fortifièrent à cet effet d'un fossé dont on retrouve encore aujourd'hui la trace dans la rue qui en porte le nom; mais lorsqu'ils furent obligés de quitter Paris, ils la détruisirent de fond en comble. Helgaud, moine de Fleury, nous apprend que le roi Robert la fit rebâtir[307], et que c'est alors qu'on trouve pour la première fois des titres certains qui la présentent sous le nom de Saint-Germain-l'Auxerrois, celui de Saint-Germain-le-Rond ne pouvant plus lui convenir à cause de la forme nouvelle de l'édifice. On se détermina sans doute à lui donner ce vocable, parce qu'il la distinguoit pour toujours de l'abbaye de Saint-Vincent, désignée depuis long-temps sous celui de Saint-Germain-des-Prés.
[Note 307: Duchesne, t. IV, p. 77.]
Le même écrivain qui nous apprend que cette église fut rebâtie par le roi Robert, a jeté quelques auteurs, même modernes, dans une erreur assez grave, en la désignant sous le nom de _Monasterium_: ils en ont conclu qu'il y avoit anciennement des religieux à Saint-Germain. Il est vrai qu'on entend aujourd'hui par le mot de _monastère_ un lieu habité par des religieux et par un supérieur qui les commande; mais alors on appeloit aussi _monastère_ toute église collégiale ou paroissiale, parce que les chanoines et les prêtres qui les desservoient pratiquoient la vie commune: ils sont ainsi appelés, dit Dubreul, _propter convictum communem quem primitùs habebant_[308]. Il en est de même du nom d'_abbé_, qui, dans sa véritable étymologie, signifie _père_, et qui, depuis, a été affecté spécialement aux _archimandrites_ ou chefs et supérieurs des maisons religieuses. Dubreul soutient donc avec raison que l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois n'a jamais eu d'abbé, mais un doyen et un certain nombre de chanoines. D'ailleurs une charte authentique d'Imbert, évêque de Paris, donnée en 1030, et confirmée en 1108 par celle de Galon, un de ses successeurs, désignant les ecclésiastiques qui desservoient cette _église_, leur donne cette qualité de _Chanoines_; ce qui prouve que, quand bien même des religieux l'eussent desservie dans l'origine, son état étoit déjà changé sous Robert, malgré le titre de _monastère_ que lui donne l'historien de ce prince.
[Note 308: Le nom de _monastère_ s'est conservé long-temps pour les paroisses, dans le vieux mot _montier_ et _moutier_: _mener la mariée au moutier_. Dans la chronique de Cambrai, que cite l'abbé Lebeuf, la cathédrale d'Arras est appelée _monasterium S. Mariæ Atrebatensis_.]
Il est donc naturel de penser que, dans tous les temps, la communauté de Saint-Germain-l'Auxerrois a été composée de chanoines; et cette dépendance même où ils étoient de la cathédrale en est une nouvelle preuve, puisqu'à cette époque les religieux étoient déjà affranchis de la juridiction épiscopale. Dans les commencements, ces chanoines administroient le baptême et les autres sacrements, et étoient tour à tour chargés des fonctions curiales; mais là partie de la ville qui étoit sous leur gouvernement s'étant considérablement peuplée, surtout sous le règne de Philippe-Auguste, ils choisirent un vicaire pour remplir ces fonctions sous leurs yeux. Par là cette collégiale fut érigée en cure au commencement du treizième siècle; et l'on trouve en effet plusieurs actes dans lesquels, dès l'an 1202, le _prêtre_, c'est-à-dire le curé, est distingué des chanoines[309].
[Note 309: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 18, _verso_.]
L'église de Saint-Germain-l'Auxerrois est, après la cathédrale, la seule parmi les anciennes églises séculières qui ait eu une école; et cette école étoit tellement célèbre, que le nom en est resté à une partie de son territoire. Un passage de Grégoire de Tours donneroit à penser qu'elle existoit dès le temps de l'évêque de Paris saint Germain, et de Ragnemode son successeur: on ne peut douter du moins qu'elle ne fût déjà florissante sous le règne de Charlemagne, époque à laquelle on vit renaître les études si long-temps négligées. Cette école dut reparoître avec un nouvel éclat sous le roi Robert, qui rebâtit l'église, et qui s'intéressoit particulièrement à l'éducation des jeunes ecclésiastiques; mais le terrain où elle étoit située étant devenu depuis nécessaire pour les dépôts de la navigation, et l'université s'étant formée sur la montagne Sainte-Geneviève, les études cessèrent à Saint-Germain. C'est aussi la première église, en exceptant toujours la cathédrale, qui ait possédé de bonne heure une nombreuse communauté de clercs. Les chanoines l'établirent au douzième siècle, afin de donner plus de solennité à la célébration des offices; et Maurice de Sully, alors évêque de Paris, approuva cet établissement[310].
[Note 310: Lebeuf, Hist. du Dioc. de Par., t. I, p. 49.]
Son chapitre est de même l'un de ceux qui ont fourni à l'église de France les plus illustres personnages. Parmi ses doyens, dont on a la liste depuis sept à huit siècles, plusieurs devinrent évêques ou se distinguèrent par leur piété. Il possédoit d'ailleurs un grand nombre de prérogatives, entre autres, le droit de nommer à tous les bénéfices fondés sur son territoire, ce qui comprenoit presque tout le quartier occidental de la ville et des faubourgs de Paris[311].
[Note 311: À commencer au Grand-Châtelet inclusivement, et suivant la grande chaussée de Saint-Denis, pour ne se terminer que vers Saint-Cloud, dont Chaillot seul se trouvoit excepté. (LEBEUF, _ibid._)]
Cette paix et cette considération dont il jouissoit ne furent troublées que vers le commencement du siècle dernier. Il s'étoit déjà élevé plusieurs procès entre le chapitre et le curé; les chanoines avoient aussi des démêlés fréquents avec les marguilliers, et même avec les chapelains du choeur[312]. Ces divisions, et le mauvais état des affaires des chanoines de Notre-Dame, firent naître l'idée de réunir les deux chapitres. La proposition en fut faite en 1736; et après d'assez longues contestations relatives au rang et aux priviléges que demandoient les chanoines de Saint-Germain, cette église collégiale, qui pouvoit à juste titre se dire la fille aînée de celle de Paris, retourna en 1744 à la source d'où elle étoit sortie, onze à douze siècles auparavant; et la nomination des bénéfices auxquels elle présentoit revint à l'Ordinaire.
[Note 312: Il y avoit eu anciennement beaucoup de fondations de chapelles qui n'existoient plus dans le quatorzième siècle; et les plus anciennes de ce temps-là ne passoient pas le quinzième. L'abbé Lebeuf y compte une chapelle de Saint-Nicolas, dans la nef, établie dès l'an 1189; en 1317, une chapelle de Sainte-Madeleine; en 1328, une chapelle de la Trinité, fondée par Guillaume Des Essarts. Plusieurs chapellenies se trouvoient déjà établies en 1497, à l'autel des Cinq-Saints, situé dans la nef, etc., etc. (Le même, _ibid._, p. 50.)]
Le bâtiment de Saint-Germain-l'Auxerrois n'étoit pas moins illustre que la communauté qu'il renfermoit. Cette église, objet de l'affection particulière de nos rois, et bâtie à plusieurs reprises par l'ordre de ces princes, en avoit pris le nom de _royale_; et ce titre lui fut confirmé lorsqu'ils eurent fait du Louvre leur demeure ordinaire. Quant à l'antiquité de ses constructions, Piganiol s'est trompé en disant qu'il restoit encore quelques parties de celles qui avoient été faites du temps de Robert: ce qu'on y voit de plus ancien est le grand portail[313], qui paroît être du siècle de Philippe-le-Bel; le vestibule ou portique qui le précède ne fut construit que sous le règne de Charles VII. Cette façade de l'édifice n'a d'ailleurs jamais été terminée; et il est facile de voir sur l'élévation que toutes les parties supérieures et pyramidales y manquent entièrement[314].
[Note 313: _Voy._ pl. 47. La situation de ce portail, placé intérieurement, et précédé d'un vestibule, est cause sans doute que les figures dont il est orné ont échappé aux dévastations des brigands révolutionnaires. Elles sont au nombre de six, et représentent les deux personnes royales dont nous avons déjà parlé, un ecclésiastique orné d'une simple dalmatique, qu'on croit être le saint diacre Vulfran; sainte Geneviève, un ange et un évêque, que l'abbé Lebeuf dit être saint Landri. Le peuple de Paris s'imagine y voir la représentation de saint Germain; mais c'est une erreur: la statue de saint Germain étoit au trumeau qui séparoit les deux battants de la porte; elle en fut ôtée dans le dix-septième siècle, avec le pilier qui embarrassoit l'entrée, et enfouie en terre sous la première arcade du bas-côté, à droite. (LEBEUF, _ibid._, p. 42.)]
[Note 314: _Voyez_ pl. 35.]
Le choeur, autant qu'on pouvoit juger dans le siècle dernier, par sa structure et par les anciens vitraux qu'on y avoit conservés, paroissoit être du quatorzième siècle; les ailes, les chapelles, la croisée avec son double portail et la nef étoient d'une construction plus moderne au moins de cent ans[315]. En 1607, on construisit sur le terrain du cloître un réservoir pour les eaux de la Samaritaine, et une galerie couverte, voisine du grand portail, laquelle servoit de chapelle à la communion.
[Note 315: _V._ pl. 36. Le clocher, dont on a abattu la partie pyramidale, étoit d'un gothique qui annonçoit le douzième siècle. Sa situation singulière au côté méridional de l'entrée du choeur porte à penser qu'il y en avoit un autre au côté septentrional, pour établir un ordre symétrique, comme on le remarque dans un grand nombre d'églises.]
Dans le temps que le chapitre étoit à Saint-Germain, le choeur de cette église étoit fermé de toutes parts à la hauteur des arcades des bas côtés, et il n'y avoit d'ouvertures que par la porte principale et par les portes collatérales.
Le jubé, tel qu'il étoit alors, passoit pour un morceau d'architecture très-remarquable; il avoit été élevé sur les dessins de Pierre Lescot[316], et les sculptures étoient de Jean Goujon. Ce jubé étoit porté sur trois arcades; celle du milieu formoit la principale entrée du choeur, et dans la baie de chacune des deux autres étoit un petit autel renfermé par un balustre. Aux deux extrémités on voyoit, sur deux autels saillants, les statues en pierre de la Vierge et de saint Louis, d'un très-mauvais travail; les jambages de ces arcades étoient revêtus chacun de deux colonnes corinthiennes, et les cintres en étoient ornés de figures d'anges, tenant les instruments de la Passion. Sur l'appui du jubé et au-dessus des colonnes on avoit placé les statues des quatre évangélistes; mais ce qu'il y avoit de plus précieux dans cette décoration étoit un grand bas-relief, qui en occupoit le milieu, et qui représentoit Nicodème ensevelissant Jésus-Christ. Ce morceau, admirable, dit-on, sous tous les rapports d'ordonnance et d'exécution, étoit de la main du célèbre sculpteur que nous venons de nommer. Il fut détruit avec le reste, lors des changements qui s'opérèrent dans l'administration de Saint-Germain, par la réunion de son chapitre à celui de Notre-Dame.
[Note 316: Architecte de la partie du Louvre bâtie sous François Ier. Nous aurons bientôt occasion d'en reparler.
La construction de ce jubé fut accompagnée de riches embellissements faits intérieurement à cette église depuis 1607 jusqu'à 1623, en menuiserie, peintures, bronzes, marbres précieux et dorures. Toutes les voûtes furent peintes d'azur, semé de fleurs de lis d'or. Le grand autel surtout étoit d'une magnificence remarquable, orné de six colonnes de porphyre, enceint d'une balustrade de marbre blanc, etc.]
Le curé et les marguilliers pensèrent aussitôt à faire exécuter dans leur église les travaux convenables pour la rendre vraiment paroissiale[317]. Il fut décidé qu'on ouvriroit le choeur de tous les côtés: pour y parvenir, on abattit, en 1745, les lambris qui l'environnoient, et même le jubé qui régnoit sur la porte principale; le pavé de l'église fut relevé et réparé dans toute son étendue; et afin d'éviter de nouvelles dégradations, on pratiqua sous l'église de vastes caveaux pour les inhumations. Tous ces changements furent approuvés, à l'exception de la destruction du jubé.
[Note 317: Dans le temps que cette église étoit collégiale, l'office paroissial se célébroit dans une chapelle de la nef, que l'on appeloit chapelle de la paroisse.]