Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8)
Part 13
_Rue Courtalon._ Elle va de la rue Saint-Denis à la place du cloître Sainte-Opportune. Nous avons déjà observé que c'est celle que Guillot appelle rue _à petits Soulers de Bazenne_. Dans le siècle suivant, on ne la désignoit que sous le nom général de _cloître Sainte-Opportune_. On ignore si elle doit son dernier nom à une enseigne ou à Guillaume Courtalon, qui possédoit, vers le milieu du seizième siècle, deux maisons au coin de la rue des Lavandières.
_Rue des Déchargeurs._ Elle aboutit d'un côté dans la rue des Mauvaises-Paroles, et de l'autre dans celle de la Féronnerie. En 1300 et 1313, on la nommoit _le Siége aux Déchargeurs_, et depuis rue du _Siége_ et _du Viel Siége aux Déchargeurs_. À l'endroit de la rue de la Féronnerie, où aboutit celle-ci, étoit une place appelée anciennement _la place aux Pourciaux_, et ensuite _la place aux Chats_. Avant que la ville se fût accrue de ce côté-là, c'étoit un lieu plein d'immondices et une voirie. Elle s'étendoit assez loin, car on ne peut douter que la rue de la Limace et le cul-de-sac de la Fosse aux Chiens n'en fissent partie.
_Rue Étienne._ Elle commence dans la rue Béthisi, et vient aboutir à la rue Boucher. Elle fut percée en même temps que cette dernière, sur le même emplacement, et porte comme elle le nom d'un échevin.
_Rue de la Féronnerie._ Elle fait la continuation de la rue Saint-Honoré, et aboutit à la rue Saint-Denis. Sauval, et ceux qui ont écrit d'après lui sur les rues de Paris, ne sont ni clairs ni exacts dans ce qui concerne celle-ci. Il dit qu'en 1341 c'étoit la rue _de la Charonnerie_, _vicus Karonnorum_; et en 1432, la rue de la Féronnerie. Il est plus vraisemblable qu'elle prit le nom de la _Féronnerie_ lorsque saint Louis permit à de pauvres férons d'occuper les places qui régnoient le long des charniers; ce qui est antérieur de deux siècles à l'année 1432. Un acte tiré des titres de l'abbaye de Saint-Antoine-des-Champs lui donne déjà ce nom en 1229; et on le retrouve dans plusieurs autres du même siècle[230]. Elle prit ensuite le nom de la _Charonnerie_, dans sa partie orientale jusqu'à la rue de la Lingerie, et ne conserva l'ancienne dénomination que dans la partie occidentale. Cependant elles furent souvent confondues toutes les deux sous le dernier nom.
[Note 230: Jaillot, quart. S. Opport., p. 17 et 18.]
La rue de la Féronnerie est à jamais mémorable par l'horrible attentat qui enleva à la France l'un de ses plus grands et de ses meilleurs rois. Tout le monde sait que c'est dans cette rue que Henri IV fut assassiné par l'exécrable Ravaillac. Avant la révolution, on voyoit, vis-à-vis de la place où ce régicide fut commis, un buste[231] de ce prince, au bas duquel on lisoit l'inscription suivante:
_Henrici Magni recreat præsentia cives, Quos illi æterno foedere junxit amor._
[Note 231: Ce buste, abattu en même temps que toutes les statues de nos rois, a été remis à sa place.]
Cette rue étoit alors fort étroite, n'ayant pas la moitié de sa largeur actuelle. Les férons, à qui saint Louis avoit donné l'espace qui régnoit le long du cimetière des Innocents, y avoient bâti des boutiques. En 1474, Louis XI accorda cette même place aux marguilliers des Saints-Innocents, et leur permit d'y faire construire des édifices de la largeur des auvents qu'on y voyoit auparavant[232]. À ces constructions succédèrent bientôt des maisons qui obstruèrent cette rue, et la rendirent même dangereuse, parce que c'étoit un des principaux passages par lesquels on arrivoit aux halles. Ce ne fut qu'en 1671 que la rue fut enfin élargie, telle que nous la voyons aujourd'hui.
[Note 232: MS. de S. Germ., c. 453, fol. 285.]
_Rue des Fourreurs._ Elle aboutit d'un côté dans la rue des Déchargeurs, et de l'autre au cloître Sainte-Opportune. Son ancien nom étoit _la Cordouannerie_; elle le portoit au treizième siècle. Depuis on l'a nommée _Cordonnerie_ et _Vieille-Cordonnerie_; et c'est ainsi qu'elle est indiquée par Corrozet. Son dernier nom lui est venu des pelletiers qui s'y sont établis au dix-septième siècle.
_Rue des Fuseaux._ Elle va de la rue Saint-Germain-l'Auxerrois au quai de la Mégisserie. Les bâtiments qu'on a élevés successivement sur ce quai ont obligé de percer cette rue et celle des Quenouilles, qui lui est parallèle, pour ne pas ôter le jour aux maisons qui déjà y avoient été bâties. Telle est l'origine de la plupart des petites ruelles, et principalement de celles qui descendent des rues de la Mortellerie et de la Huchette à la rivière. Celle-ci a été appelée quelquefois _ruelle Jean du Mesnil_, du nom d'un particulier qui y demeuroit[233]; mais elle est indiquée sous celui _des Fuseaux_ dès 1372. Ce nom lui vient de l'enseigne d'une maison située entre cette rue et celle des Quenouilles, et qui s'appeloit la maison _des Deux Fuseaux_.
[Note 233: Cens. de l'évêché.]
_Rue Saint-Germain-l'Auxerrois._ Elle va de la place des Trois-Maries à la rue Saint-Denis. On peut faire remonter son origine jusqu'à celle de l'église qui lui a donné son nom, c'est-à-dire jusqu'au règne de Chilpéric Ier: car il est certain que, soit qu'il y eût ou non une clôture au nord, il existoit, à la sortie de la cité, un chemin qui conduisoit à cette église, et qui est représenté par cette rue. Il en est fait mention dans un diplôme de Louis-le-Débonnaire, de l'an 820. Guillot l'appelle rue _Saint-Germain-à-Couroïers_, peut-être parce qu'elle étoit alors habitée en grande partie par des corroyeurs. Avant qu'on lui eût donné le nom de _Saint-Germain-l'Auxerrois_, ce qui n'est arrivé que depuis environ trois cents ans, elle étoit indiquée sous celui de _Saint-Germain_ ou _grant rue Saint-Germain_. Jaillot croit qu'en 1262 le bout de cette rue qui vient finir à la rue Saint-Denis étoit distingué de l'autre, et que c'étoit la rue indiquée dans les titres sous le nom de _Jean de Fontenay_.
Il y avoit autrefois dans cette rue deux ruelles qui aboutissoient à la place du Chevalier-du-Guet. La première se nommoit _ruelle Deniau-le-Breton_[234] en 1336; en 1563, ruelle du _Chevalier-du-Guet_, et depuis ruelle _des Trois Poissons_. Elle est maintenant bouchée par des maisons. La seconde, qui faisoit face à la rue de la Saunerie, et qui n'étoit connue sous aucun nom, porte aujourd'hui celui de cul-de-sac du _Chevalier-du-Guet_.
[Note 234: Arch. de l'archevêché.]
_Rue la Harangerie._ Elle va de la rue de la Tabletterie à celle du Chevalier-du-Guet. Dès 1313 elle s'appeloit ainsi. Depuis on a dit _Vieille-Harangerie_. Sauval n'en a pas fait mention. On ignore d'où lui vient son nom[235].
[Note 235: L'abbé Lebeuf pense que ce nom pourroit lui venir du fief _Harenc_, qu'on sait, dit-il, avoir été voisin de Sainte-Opportune. Jaillot n'adopte point cette conjecture, parce que le fief _Harenc_ étoit situé près de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, donnant dans cette rue et dans celle du Crucifix, et qu'il n'y avoit dans la rue de la Harangerie, ni même dans le quartier Sainte-Opportune, aucune maison qui dépendit de ce fief.
Il y avoit en 1372, dans cette rue, une ruelle qui n'est désignée dans les titres sous aucun nom. Elle est devenue depuis un passage particulier.]
_Rue Saint-Honoré._ La partie de cette rue qui dépend de ce quartier prend depuis le coin des rues du Roule et des Prouvaires jusqu'à celle de la Lingerie. Depuis le coin de la rue Tirechape jusqu'à celle des Prouvaires et même jusqu'à la rue de l'Arbre-Sec, on la nommoit anciennement rue du _Châtiau fêtu_ et _Chasteau festu_, du nom d'une maison qui étoit dans la censive de l'abbaye Saint-Antoine (_Castellum Festuci_), et dont il est fait mention dans une infinité de titres qui remontent jusqu'à l'an 1227[236]. L'étymologie de ce nom, qu'elle portoit encore en 1313, est inconnue, ou du moins celles qu'on a voulu en donner ne sont point satisfaisantes[237].
[Note 236: Cens. de S Ant.--Gr. cart., fol. 82, 151, 171.--Petit cart., fol. 148.]
[Note 237: Nous ferons connoître, en parlant des rues du quartier du Louvre, celle qui paroît la plus vraisemblable.]
_Rue Jean Lantier._ Elle aboutit d'un côté dans la rue Bertin-Porée, et de l'autre dans celle des Lavandières. Le véritable nom de cette rue est _Jean-Lointier_. On le trouve écrit ainsi dans les actes des treizième et quatorzième siècles; elle est appelée _Philippe Lointier_ dans la liste des rues du quinzième. Au reste, Sauval, Gomboust, Bullet et autres ont plus ou moins défiguré le nom de cette rue.
_Rue des Lavandières._ Elle va de la rue Saint-Germain-l'Auxerrois au cloître Sainte-Opportune; et doit sans doute son nom à des blanchisseuses que le voisinage de la rivière avoit invitées à y fixer leur demeure[238]. Elle le portoit dès le treizième siècle.
[Note 238: Il y a dans cette rue un cul-de-sac appelé _Rolin-prend-gage_: anciennement on le nommoit ruelle _Baudoin-prend-gaige_. Il en est fait mention sous ce nom dans les registres du parlement à l'an 1311; et il paroît, par les censiers de l'évêché, qu'il le portoit encore en 1581.]
_Rue de la Limace._ Elle traverse de la rue des Déchargeurs dans celle des Bourdonnois. On croit que c'est celle dont Guillot parle sous le nom de la _Mancherie_. Elle faisoit anciennement partie de la place aux Pourceaux, dite depuis la _place aux Chats_. En 1575, on la trouve nommée rue _de la Place aux Pourceaux_, autrement dite _de la Limace_, et _de la Viels Place aux Pourceaux_[239]. Mais dès 1412, elle est indiquée sous le nom de la _Limace_, qu'elle a toujours conservé depuis.
[Note 239: Cens de l'évêché.]
_Rue des Orfèvres._ Elle aboutit d'un côté dans la rue Saint-Germain-l'Auxerrois, et de l'autre dans la rue Jean-Lantier. Le premier nom connu qu'elle ait porté est celui des _Moines de Joie-en-Val_, qu'on appeloit par corruption _Jenvau_. C'est ainsi que Guillot la désigne _la rue à Moignes de Jenvau_. On voit que, dès ce temps, cette rue étoit fermée par deux portes, ce qui lui fit donner le nom d'_entre Deux-Portes_, _aux Deux-Portes_ et _des Deux-Portes_; elle le portoit encore au commencement du quinzième siècle. Le procès-verbal de 1636 la nomme _rue de la Chapelle aux Orfèvres_, parce que la chapelle et l'hôpital qu'ils avoient fait bâtir y étoient situés.
_Rue des Mauvaises-Paroles._ Elle traverse de la rue des Bourdonnois dans celle des Lavandières. Nous avons déjà dit, en parlant de celle des Deux-Boules, qu'au douzième siècle on la confondoit avec celle-ci. On les trouve toutes les deux distinguées dans Guillot. Corrozet l'appelle rue des _Mauvaises-Paroles_, et ce nom n'a pas varié depuis.
_Rue Perrin-Gasselin._ Elle fait la continuation de la rue du Chevalier-du-Guet, et aboutit à la rue Saint-Denis. Ce nom, commun autrefois à tout cet endroit, n'est resté qu'à la petite partie de la rue qui le porte aujourd'hui, et ce n'est que depuis la fin du dix-septième siècle qu'il lui a été restitué; car sur les plans de Gomboust et de Bullet, elle est nommée, dans toute son étendue, rue du _Chevalier-du-Guet_.
_Rue du Plat-d'Étain._ Elle traverse de la rue des Déchargeurs dans celle des Lavandières. Sauval et l'abbé Lebeuf ont fait de longues dissertations sur cette rue, qu'ils ont confondue avec celle de _Rollin-prend-Gage_. Jaillot, qui a apporté une critique si minutieuse dans toutes ces matières, leur a prouvé qu'elle se nommoit d'abord _Raoul Lavenier_[240]. Elle doit le nom qu'elle porte à une enseigne. On lit qu'en 1489 l'hôtel du _Plat-d'Étain_ appartenoit à Simon et Étienne de Lille[241].
[Note 240: Jaillot, quart. S. Opport., p. 49.]
[Note 241: Cens. de l'évêché.]
_Rue des Quenouilles._ Elle va du quai de la Mégisserie dans la rue Saint-Germain-l'Auxerrois. Elle s'appeloit, au quatorzième siècle, ruelle _Simon Delille_; au suivant, ruelle _Jean Delille_, autrement _Sac-Épée_[242], et au seizième, ruelle _des Quenouilles_, _de la Quenouille_ et _des Trois-Quenouilles_.
[Note 242: _Ibid._]
_Rue de la Saunerie._ Elle va également du quai de la Mégisserie dans la rue Saint-Germain. Anciennement elle se prolongeoit en retour jusque dans la rue Saint-Denis, comme nous l'avons déjà remarqué; elle est nommée _Salneria in Vico S. Dionysii_ dans un titre de 1407[243]. Ce nom lui vient de l'ancienne maison de la marchandise du sel qui en étoit proche, et non du grenier à sel où elle conduisoit, et qui n'y a été placé que long-temps après. Elle le portoit dès le treizième siècle, et un titre de cette époque nous apprend que le terrain sur lequel elle étoit située étoit dans la censive de l'évêque[244].
[Note 243: Jaillot, quart, S. Opport, p. 50.]
[Note 244: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 67, _recto_.]
Cette rue a toujours conservé le même nom, cependant avec un changement dans l'orthographe, qui en détruit l'étymologie; car on écrit et on l'appelle rue de _la Sonnerie_ ou _Petite-Sonnerie_. Seroit-ce par aphérèse, dit Jaillot, et parce qu'on y vendoit du poisson? En effet, elle est nommée, dans le procès-verbal de 1636, rue _de la Petite-Poissonnerie_.
_Rue de la Tabletterie._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Denis, et de l'autre à la place et au cloître Sainte-Opportune. Elle s'appeloit tantôt de _la Hanterie_, tantôt de _Sainte-Opportune_, et quelquefois rue de _la Vieille-Cordonnerie_[245]. Le plus ancien de ces noms est _la Hanterie_, et elle est ainsi nommée dans une transaction de l'an 1218[246]. On la trouve, dans un acte de 1312, sous le nom de _Sainte-Opportune_, et nous avons remarqué que ce nom étoit commun aux rues qui environnoient cette église. Elle a porté aussi celui de _la Cordonnerie_, comme n'étant qu'une même rue avec celle des Fourreurs, qui en fait la continuation; et dans un censier de l'évêché de 1495, elle est énoncée sous le nom de _la Tabletterie_, _aliàs_, de _la Cordouannerie_ ou _Sainte-Opportune_. Dès 1300, Guillot la désigne sous ce dernier nom de _la Tabletterie_. On le trouve également dans la liste des rues du quinzième siècle, et depuis il ne paroît pas que ce nom ait changé.
[Note 245: Sauval., t. I, p. 163.]
[Note 246: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 75, _verso_.]
_Rue Thibaut-aux-Dés._ Elle commence à la rue Saint-Germain-l'Auxerrois, et finit à celle des Bourdonnois. Il est peu de rues dont le nom offre autant de variations dans l'orthographe. On trouve _Thibaut-à-Déz_ dans Guillot, _Thibaut-aux-Dez_ en 1313; et dans la liste du quinzième siècle, _Thibaut-Ausdet_, _Thibaut-Todé_, _Thibaut-Oudet_, _Thiebaut-Audet_. Ces derniers noms ne paroissent être que des fautes de copistes.
L'abbé Lebeuf a pensé aussi qu'il falloit écrire _Audet_; que c'est le nom d'une famille considérable de Paris, appelée _Odet_, et que Thibaut Odet, trésorier d'Auxerre sous saint Louis en 1242, ou son père, avoient donné leur nom à cette rue. Jaillot, tout en reconnoissant que cette étymologie n'a rien qui ne la rende très-vraisemblable, la conteste néanmoins par la raison qu'elle ne s'accorde point avec tous les titres de ce siècle qu'il a dépouillés. En 1220, il trouve _vicus Theobaldi ad Decios_; en 1295, _vicus Theobaldi ad Tados_, et rue Thibaud-aux-Dés dans un bail de la même année[247].
[Note 247: Jaillot, quart. S. Opport., p. 52, 53.]
_Rue Tirechape._ Elle donne d'un bout dans la rue Béthisi, et de l'autre dans celle de Saint-Honoré, vis-à-vis les Piliers des Halles. On trouve des monuments qui font mention de cette rue dès 1233; et l'on ne voit point qu'elle ait eu d'autre nom[248]. Jaillot, qui écrivoit en 1772, dit que si les Juifs qui occupoient cette rue et une grande partie des halles, étoient dans l'usage pratiqué par les fripiers de son temps de tirer les passants par leurs vêtements, pour les engager à venir acheter chez eux, l'étymologie du nom de cette rue ne seroit point difficile à trouver; et quoiqu'il ne donne point sérieusement une telle conjecture, il ne la croit point cependant dépourvue de vraisemblance.
[Note 248: _Cart. épisc._, _fol._ 399.]
_Rue des Trois-Visages._ Elle aboutit d'un côté à la rue Thibaut-aux-Dés, et de l'autre à la rue Bertin-Porée. Actuellement elle est fermée par des grilles de fer aux deux extrémités, et il n'y a plus d'indication de rue. L'ancien nom de cette rue est indiqué de différentes manières. Guillot écrit _Jean-l'Éveiller_; dans la taxe de 1313, on lit _Jean-l'Esgullier_; Sauval l'appelle tantôt _Jean-le-Goulier_ et tantôt _Jean-de-Goulieu_. Le véritable nom est, suivant les apparences, celui de _Jean-Golier_, qui avoit une maison dans la rue Saint-Germain-l'Auxerrois, laquelle aboutissoit à celle-ci en 1245[249]. On a dit depuis _Jean-le-Goulier_. En 1492, elle est indiquée _rue au Goulier_, dite _du Renard_[250]. Enfin, elle a pris le nom qu'elle porte, de trois têtes sculptées à l'angle d'une de ses extrémités.
[Note 249: Gr. cart., c. 135, fol. 90.]
[Note 250: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 12, _verso_.]
QUAIS.
_Quai de la Mégisserie._ Il va du pont Neuf au pont au Change. Le peuple l'appelle plus ordinairement quai de la _Ferraille_, parce qu'il est habité en grande partie par des marchands de fer. On le nomma d'abord quai _de la Saunerie_; et la dernière rue qui vient y aboutir lui avoit donné ce nom qu'elle conserve encore. La partie occidentale de ce quai étoit habitée, dès la fin du treizième siècle, par cette classe d'ouvriers qui préparent les peaux, et qui ont besoin, pour exercer leur industrie, du voisinage des eaux; et dès ce temps-là on l'appeloit la _Méguiscerie_ et la _Mégisserie_.
Le Marché aux fleurs, aux graines, aux arbrisseaux, etc, se tenoit sur ce quai avant la révolution; depuis il a été transporté dans la Cité. (Voyez première partie, p. 465.)
RUES ET PLACES NOUVELLES.
_Place Sainte-Opportune._ Cette place a été formée d'une portion des bâtiments du cloître de l'église Sainte-Opportune. L'autre partie de ces bâtiments existe encore.
QUARTIER DU LOUVRE.
OU
SAINT-GERMAIN-L'AUXERROIS.
Ce quartier est borné à l'orient par le carrefour des Trois-Maries et par les rues de la Monnoie et du Roule inclusivement; au septentrion par la rue Saint-Honoré, y compris le cloître Saint-Honoré inclusivement, à commencer depuis les coins des rues du Roule et des Prouvaires jusqu'au coin de la rue Froi-Manteau; à l'occident, par la rue Froi-Manteau jusqu'à la rivière inclusivement; et au midi, par les quais aussi inclusivement, depuis le premier guichet du Louvre jusqu'au carrefour des Trois-Maries.
On y comptait, en 1789, dix-neuf rues, trois culs-de-sacs, trois places, un palais, trois églises paroissiales, dont une étoit collégiale, et une communauté d'hommes.
PARIS SOUS LOUIS VIII, LOUIS IX (SAINT LOUIS), PHILIPPE III, PHILIPPE IV, LOUIS X, PHILIPPE V, CHARLES IV, PHILIPPE VI, JEAN.
Le Louvre n'avoit point été compris dans l'enceinte élevée par Philippe-Auguste; et ce fut seulement sous Charles V et Charles VI que de nouvelles murailles le renfermèrent dans Paris. On peut considérer le temps qui s'écoula entre ces deux constructions comme une troisième époque dans l'histoire de cette ville. Pendant plus d'un siècle, on la voit jouir, sous le règne de neuf rois, d'une tranquillité rarement troublée, au moyen de laquelle elle put continuer à s'enrichir de monuments nouveaux, accroître, de jour en jour, sa population, et prendre rang parmi les plus grandes et les plus belles villes qu'il y eût alors en Europe. Suivons les récits de ces premiers temps du règne des Capets: ils nous apprendront comment Paris s'accrut d'abord si lentement; comment ensuite cette ville devint si considérable, que son histoire se trouvera liée désormais à celle de la France entière, ou pour mieux dire, deviendra l'histoire même de la monarchie.
Il est hors de doute que nos rois des deux premières races étoient loin de réunir en eux tous les droits naturels de la royauté, de la posséder telle que nous la concevons et que nous l'avons connue dans nos temps plus civilisés: toutefois il est vrai de dire qu'ils étoient de puissants monarques, si on les compare à Hugues Capet et à ses premiers successeurs.
Les rois francs étoient propriétaires, et nous l'avons déjà dit, d'un immense domaine, d'un domaine divisé et répandu sur la surface entière de leur beau royaume. Ils en tiroient des revenus suffisants pour soutenir la majesté du trône et déployer dans leur cour toute la magnificence qui convenoit à leur rang suprême[251]. Ces vastes propriétés nourrissoient une population presque innombrable de vassaux, d'hommes libres, de serfs, qui ne dépendoient que d'eux et qui leur étoient entièrement dévoués; ils étoient protecteurs nés des _foibles_ et des _pauvres_; c'est-à-dire que les églises, les veuves, les orphelins, les sujets romains, les artisans, généralement toutes les classes inférieures de la société, à qui le port d'armes étoit défendu, et sans doute encore tous les hommes libres qui n'avoient point de propriétés, étoient, dans toutes les parties de la France, sous la protection des _justices royales_; et que c'étoit avec le roi qu'il falloit _composer_, chaque fois que l'on troubloit leur paix et qu'on leur causoit quelque dommage. En raison de cette protection et de ce droit de juridiction sur une portion si considérable de leurs sujets, ces monarques levoient des tributs sur les terres romaines et sur tous les biens municipaux, ce qui comprenoit les cités, les bourgs et leur territoire; outre ces tributs qui se payoient régulièrement, il existoit encore des amendes et des parties casuelles qui grossissoient considérablement leur trésor; leur maison militaire étoit si nombreuse qu'elle formoit une espèce de petite armée, suffisante pour défendre la cour d'une invasion subite et résister à toute attaque imprévue; et les hommes libres qui la composoient, subsistant la plupart des largesses de la couronne, devenoient, lorsque ces princes savoient se les attacher, leur appui le plus sûr contre les rebelles et contre leurs ennemis. On n'a point oublié que toute justice relevoit de leur justice suprême; que leurs officiers civils et militaires, comtes, vicomtes, baillis, sénéchaux, etc., étoient établis et reconnus partout; qu'en même temps que ces officiers gouvernoient en leur nom tous ceux qui étoient immédiatement sous la dépendance absolue de la couronne, ils exerçoient une continuelle vigilance sur ceux qui prétendoient n'en dépendre qu'à de certaines conditions; et qu'à de certaines époques, les _commissaires du roi_ parcouroient les provinces, y tenant des assises solennelles, où l'on réparoit tous les torts, où l'on appeloit de toutes les justices. Ajoutons enfin que si les rois francs n'avoient pas le droit de faire les lois générales qui régissoient la nation entière, personne ne leur contestoit celui de les faire exécuter; que s'il ne leur appartenoit point de décider de la paix et de la guerre, ils avoient du moins le précieux privilége de conduire leur brave noblesse aux combats et à la victoire, et qu'ils jouissoient alors, au milieu des camps, de toutes les attributions de la royauté.