Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8)
Part 12
Le chapitre de l'église de Sainte-Opportune n'étoit composé, dans son origine, que de quatre chanoines. Et d'abord il paroît qu'ils remplissoient tour à tour les fonctions curiales; mais, par suite, il n'y en eut qu'un seul chargé de ce soin. On ignore l'époque à laquelle ce nouvel ordre fut établi: on sait seulement que, vers le milieu du douzième siècle, le chapitre de Saint-Germain essaya de contester à ces chanoines le droit _ancien_ qu'ils avoient de nommer le curé ou _chefecier_, _jus longæ retentionis et possessionis_, et qu'ils y furent maintenus par Thibauld, évêque de Paris, en 1150, et par une bulle d'Adrien IV de l'année 1159. Un second accord, passé entre ces deux chapitres en 1225, fixa d'une manière immuable les droits et les charges de la cure de Sainte-Opportune[205].
[Note 205: Il fut convenu, 1º que la cure seroit annexée à une prébende indiquée par l'acte, et qu'ainsi celui qui jouiroit à l'avenir de cette prébende seroit curé ou _chefecier_; 2º qu'à chacune des trois autres prébendes on attacheroit trois vicairies pour un prêtre, un diacre et un sous-diacre qui seroient amovibles, et auxquels on paieroit, à chacun, 4 liv. par an; 3º que, si un chanoine vouloit assister aux heures canoniales, et faire l'office de son vicaire, il seroit dispensé d'en avoir un, jouiroit de la même rétribution, etc.]
Les choses étoient encore sur le même pied au milieu du treizième siècle. Quoique la culture des terres, ou _marais_, dont ce chapitre étoit propriétaire, et les droits qu'il y percevoit, eussent considérablement augmenté ses revenus, cependant il n'étoit encore composé que du chefecier, de trois chanoines qui ne résidoient pas, et de trois vicaires qui tenoient leur place. Alors Renaud de Corbeil, par ses lettres en forme de réglement, du mois de juin 1253, divisa chaque prébende en deux, accordant toutefois que cette division n'auroit lieu qu'après le décès des chanoines existants, et même après celui d'un ecclésiastique déjà nominé et reçu pour remplir le premier canonicat vacant. La prébende à laquelle la cure étoit annexée fut comprise dans cette division, qui devoit former huit canonicats, le chefecier compris. Il fut aussi statué que chaque chanoine résideroit personnellement pendant six mois, à moins qu'il n'y eût quelque empêchement légitime; et pendant les six autres mois, par un vicaire institué à cet effet[206]. On convint encore que la collation des nouveaux canonicats appartiendroit, comme celle des anciens, au chapitre de Saint-Germain-l'Auxerrois. Tels furent ces réglements que nous avons cru devoir citer comme un modèle d'équité, et de cet art délicat avec lequel il est permis de détruire un abus sans attaquer les droits des hommes, leur situation légitime dans la société, les rapports et les habitudes qui résultent de cette situation. Dans un acte aussi important, un siècle grossier se montre ici bien supérieur à celui qui s'est tant enorgueilli de ses lumières et de sa civilisation.
[Note 206: Il y avoit encore dans cette église une semi-prébende, dont l'origine est inconnue.]
En 1311 Guillaume d'Aurillac, évêque de Paris, établit dans cette église deux marguilliers laïques, auxquels il donna l'administration de la fabrique.
À l'égard des constructions diverses et successives qui composoient la masse de cet antique monument, on n'a aucun renseignement précis sur le temps où elles furent élevées. Un auteur a prétendu que la nef, qui existoit encore dans les derniers temps, étoit la même qu'Hildebrand avoit fait construire sous la seconde race, et que le choeur, qui avoit subsisté jusqu'en 1154, fut alors rebâti et tourné un peu plus vers l'orient. Cette dernière circonstance est vraie; mais l'abbé Lebeuf a prouvé que tout ce qui composoit cette église, sans même en excepter le grand portail, ne pouvoit être que du treizième ou quatorzième siècle[207]; et en effet, il y avoit une grande ressemblance entre son architecture et celle de plusieurs autres édifices connus pour être de ce temps-là. La tour, encore plus nouvelle, étoit curieuse par les ornements dont elle étoit couverte, tels que fleurs de lis, festons, cornes d'abondance, trophées, etc., lesquels étoient des marques éclatantes qu'elle avoit été bâtie par la munificence de nos rois. Aussi cette église étoit-elle qualifiée de royale; et, à ce titre, elle jouissoit du droit de _committimus_[208], ainsi que de toutes les autres prérogatives des églises de fondation royale. La cure des SS.-Innocents étoit à sa nomination.
[Note 207: Hist. du Dioc. de Paris, t. I, p. 66. (_Voy._ pl. 33.)]
[Note 208: C'étoit un privilége que le roi donnoit aux officiers de sa maison et à certaines communautés, de plaider en première instance, et dans de certains cas, aux requêtes du palais et de l'hôtel.]
Il paroît que le service de la paroisse de Sainte-Opportune se faisoit anciennement dans une chapelle qui, dès le quinzième siècle, se trouva trop petite pour la quantité des habitants. Pour remédier à cet inconvénient, on abattit, en 1483, l'auditoire et trois maisons attenantes; la nef fut agrandie, et l'on construisit la chapelle, qui, jusqu'à la destruction totale de l'église[209], a servi à l'office paroissial.
[Note 209: L'auditoire fut pour lors transporté aux Porcherons, dans la maison seigneuriale, qui existoit encore en 1789.]
Cette église possédoit plusieurs reliques renommées, et entre autres une côte et un bras de la sainte dont elle portoit le nom. Ce dernier ossement, qu'elle obtint, dit-on, en 1374, de l'abbé de Cluni, à qui appartenoit alors la terre de Moucy-le-Neuf, y fut apporté avec une pompe remarquable. Cette translation se fit du palais Saint-Paul à l'église _avec grands luminaires et grande suite de peuple_, à la tête duquel étoient Charles V et toute sa cour. Dès lors il fut ordonné que l'on feroit tous les ans, le premier dimanche d'après les Rois, jour de cette translation, l'office double de sainte Opportune, et que l'office du dimanche seroit remis à un autre jour.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINTE-OPPORTUNE.
TABLEAUX.
La Présentation au temple, par _Jouvenet_; une Mère de douleur, par _Champagne_.
SÉPULTURES.
La chapelle Notre-Dame-des-Bois étoit affectée depuis 1515 à la sépulture de la famille Perrot.
Dans l'église avoit été inhumé François Conan, maître des requêtes, mort en 1551, à l'âge de 44 ans[210].
[Note 210: Sa veuve, qu'il laissoit arec trois enfants, fut une espèce d'Artémise que rien ne put consoler de la perte de son mari: elle lui érigea un buste, et fit graver sur sa tombe cette épitaphe singulière, où ses regrets et son amour offrent une vivacité d'expression qui s'accorde peu avec l'austérité et les principes du christianisme. Elle est assez curieuse pour être rapportée.
_Uxor mæsta sui dùm cernit busta mariti, Tunc ternos amplexa, gemens, in funere natos: Quid me linquis, ait, miseroque dolore sepultam Deseris, ô conjux? Ah! si nunc cura jugalis Te tenet ulla tori, lacrymis gemituque tuorum Flecteris: hanc animam, quæso, rape, namque, perempto Te, superesse piget; nullâ fruar antè quiete, Quàm mihi fatales dissolvant stamina Parcæ. Jamque dolore amens tabeseo, et tempora vitæ Longa meæ nec erunt: primisque extinguar in annis. Mors mihi grata foret, posituræ morte labores. Et nos una duos tandem teget urna; meusque Spiritus æterno tecum potietur amore._]
On remarquoit encore dans cette église un candélabre à dix branches, d'un fort beau travail, que lui avoit donné l'empereur Charles-Quint, lors de son passage à Paris.
L'église Sainte-Opportune a été détruite et est remplacée par des maisons particulières.
HÔTELS DU QUARTIER SAINTE-OPPORTUNE.
MAISON DE LA COURONNE D'OR.
Dans la rue des Bourdonnois il existe un édifice gothique qui porte maintenant pour enseigne _la Couronne d'or_. Une tradition entièrement destituée de fondement, porte que Philippe-le-Bel demeuroit, en 1280, dans cette maison; mais il est certain qu'à la fin du quatorzième siècle elle étoit occupée par Philippe, duc de Touraine, et depuis duc d'Orléans, frère du roi Jean, qui en fit l'acquisition, par contrat du 1er octobre 1363, pour une somme de deux mille francs d'or[211]. Ce prince la vendit ensuite au fameux Gui de La Trémoille, qui l'habitoit en 1398. Cet hôtel, devenu la maison seigneuriale de cette famille, s'étendoit le long de la rue Béthisi jusqu'à la rue Tirechape. Il paroît, par un compte de la prévôté de Paris, que cette propriété fut de nouveau vendue après la mort de ce seigneur, et réclamée ensuite par Messire Jehan de La Trémoille, seigneur de Jonvelle, auquel elle fut rendue, et qui l'occupoit en 1421. Elle a passé depuis entre les mains de diverses personnes. Le chancelier Dubourg y a demeuré; elle a ensuite appartenu au président de Bellièvre, dont elle avoit pris le nom.
[Note 211: À peu près 16,000 livres d'aujourd'hui. Il acheta en même temps une maison voisine et la seigneurie qui en dépendoit.]
Nous avons cru devoir faire graver ce petit monument, qui conserve, au milieu des réparations modernes qui l'ont défiguré, plusieurs parties entières de son ancienne architecture, laquelle est du gothique le plus élégant. Nous ne connoissons même point à Paris d'édifice de ce genre qui offre des ornements travaillés avec plus de délicatesse[212].
[Note 212: _Voy._ pl. 32.]
HÔTEL DE VILLEROI.
De l'autre côté, entre les rues de la Limace et des Mauvaises-Paroles, étoit situé, vers le milieu du seizième siècle, l'hôtel des ducs de Villeroi; il a été acquis depuis par MM. Pajot, et a servi pendant quelque temps de bureau général des postes.
HÔTEL DE ROHAN-MONTBAZON.
C'est dans la rue de Béthisi, voisine de celle des Bourdonnois, que demeuroit Gaspard de Coligni, amiral de France; et c'est là qu'il fut massacré dans la nuit de la Saint-Barthélemi. Cette maison a été occupée depuis par les seigneurs de Rohan-Montbazon, dont elle portoit encore le nom en 1772. Elle est petite, à peine suffisante pour l'établissement du marchand qui l'occupe aujourd'hui, et n'a, dans son extérieur, rien qui annonce qu'elle ait été la demeure de personnages distingués.
HÔTEL DE ROYAUMONT.
L'abbé et les religieux de Royaumont avoient leur hôtel dans la rue Saint-Germain-l'Auxerrois. Cet hôtel avoit été amorti au mois de février 1248; mais en 1316, ils l'échangèrent, avec Jean de Dijon, pour une maison située rue _Raoul Roissole_ (aujourd'hui rue du Jour), près Saint-Eustache.
HÔTEL DE L'ABBAYE DE JOIE-EN-VAL.
L'hôtel des religieux de cette abbaye étoit situé dans la rue des Orfévres, qui, par cette raison, portoit anciennement le nom de la rue _aux Moignes de Jenvau_. C'est ainsi qu'elle est désignée par Guillot.
MAISON DU CHEVALIER DU GUET.
Cette maison étoit située dans une rue de ce quartier, désignée dans tous les anciens titres sous la dénomination commune à d'autres rues; de _le Perrin Gasselin_; et qui depuis a porté, et jusqu'à nos jours, le nom de rue du _Chevalier du Guet_. Il y a apparence que ce fut par suite d'une ordonnance du roi Jean, en date du 6 mars 1363[213], que cette maison fut achetée et destinée à être la résidence du chef de cette compagnie.
[Note 213: Liv. rouge du Châtelet, fol. 39.]
L'établissement de corps de troupes armées, chargé de veiller pendant la nuit à la sûreté des cités, se retrouve chez toutes les nations civilisées, tant anciennes que modernes. Les Gaulois reçurent des Romains cette institution salutaire[214], lorsqu'ils passèrent sous leur domination; les rois francs l'adoptèrent, après qu'ils eurent conquis les Gaules; et les plus anciennes ordonnances de ces princes nous prouvent que, dès le commencement de la monarchie[215], il y avoit un guet de nuit dans les principales villes du royaume. Au milieu des nombreux désordres que firent naître l'usurpation anarchique des fiefs, la corruption du gouvernement féodal, et les guerres continuelles que se faisoient entre eux tant de petits seigneurs qui s'étoient créés souverains, toutes les lois relatives au guet de nuit furent maintenues, même alors qu'on en violoit tant d'autres, parce que la sûreté de tous y étoit intéressée. Mais dans des temps plus heureux, et lorsque l'ascendant de l'autorité eut enfin rétabli l'ordre et le calme dans toutes les parties de la France, le service personnel que les habitants étoient obligés de faire pour la sûreté publique fut converti en une redevance au profit des seigneurs; et il ne resta plus de cette ancienne institution que les compagnies du guet de Paris, à 'l'imitation desquelles furent depuis créées celles de Lyon et d'Orléans.
[Note 214: _Cassiod._, _formul. 8, de Praf. Vigil. urb. Ravenn._, lib. 7.]
[Note 215: _Capit. Reg. Franc._, t. I, p. 10.]
Les titres les plus anciens[216] nous apprennent que ce service étoit partagé à Paris entre les bourgeois et une compagnie du guet entretenue par le roi, et composée de vingt sergents à cheval et vingt-six sergents à pied. Les communautés de marchands et d'artisans étoient obligées de fournir tous les jours et alternativement un certain nombre d'hommes, selon que l'avoit réglé le prévôt de Paris, à qui appartenoit la juridiction suprême de cette garde de nuit. De cette troupe urbaine on formoit plusieurs corps-de-garde fixes; et c'étoit là ce qu'on nommoit le _guet assis_. Le guet royal étoit seul chargé de faire les rondes.
[Note 216: _Olim_, IV, fol. 118.]
Le commandant de ce corps est nommé _chevalier du guet_ dans une ordonnance de saint Louis, de l'année 1254, et dans plusieurs autres titres de cette même époque; et Delamare, rejetant les diverses étymologies que l'on a voulu donner à cette dénomination, pense avec raison qu'il faut aller en chercher l'origine jusque chez les Romains, qui ne confioient un poste de cette importance qu'à un personnage d'une condition relevée, et qui le choisissoient toujours dans l'ordre des chevaliers.
Si nous examinons maintenant les divers changements et révolutions qu'a éprouvés le guet de Paris, nous trouvons que, par un édit de 1559, la compagnie du guet royal fut portée à deux cent quarante hommes, et qu'en même temps le _guet assis_ fut supprimé. Deux ans après, en 1561, au milieu des troubles que firent naître les guerres de religion, on voit la garde de Paris remise entièrement aux bourgeois, et le guet royal supprimé. Enfin, par l'édit de pacification de 1563, les bourgeois furent de nouveau entièrement déchargés du service, et le guet redevint ce qu'il avoit été en 1559. Depuis cette époque et jusqu'à la destruction de ce corps opérée dans la première année de la révolution, il n'a éprouvé d'autre changement que celui d'une augmentation successive, et proportionnée aux accroissements continuels de la capitale.
BUREAU DES MARCHANDS DRAPIERS.
Le corps des drapiers avoit son bureau dans la rue des Déchargeurs. C'est un monument assez digne d'attention par la richesse de son frontispice, exécuté vers le milieu du dix-septième siècle sur les dessins de Libéral Bruant, architecte qui jouissoit alors d'une grande célébrité. Il se compose d'une ordonnance dorique, dans laquelle on trouve des innovations et des omissions qui prouvent, comme on le remarque dans tant d'autres monuments, que les architectes de cette époque ne suivoient point de marche sûre, et étoient loin de s'astreindre à toute la sévérité des principes. Mais il offroit, dans l'exécution de diverses parties, et notamment dans celle des sculptures dont il étoit orné, assez de mérite pour justifier la longue réputation dont il a joui dans des temps où peu d'amateurs savoient apprécier les véritables beautés de l'art[217].
[Note 217: _Voy._ pl. 33. Il n'existe plus que des portions dégradées de ce monument, qui sert maintenant d'habitation à des particuliers. Les cariatides et tous les ornements de sculpture dont il étoit couvert ont été détruits; et la balustrade qui s'élevoit au-dessus du second fronton a été abattue.]
RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINTE-OPPORTUNE.
_Rue de l'Abreuvoir Popin._ Elle a son entrée dans la rue de Saint-Germain-l'Auxerrois, et, passant sous le quai de la Mégisserie, elle aboutit à la rivière. On est dans l'usage de dire et d'écrire, mais mal à propos, _l'Abreuvoir Pépin_. Tous les anciens actes l'appellent _Popin_ et _Paupin_. Elle tire ce nom d'une famille connue au douzième siècle, et qui possédoit un fief dans lequel cette rue est située. Il est fait mention de _Jehan Popin du Porche_ dans un acte de 1264[218], et dans un arrêt de 1268[219].
[Note 218: _Cart. Sorb._, fol. 142.--Hist. de Paris, t. I, p. 102.]
[Note 219: Le fief Popin s'étendoit en partie sûr les rues de Richelieu, des Petits-Champs, Sainte-Anne, Traversière, Clos-Georgeau; en entier sur les rues du Hasard et Villedot; et dix maisons relevoient de ce fief entre les rues Thibaut-aux-Dés, des Deux-Boules, Bertin-Poirée, et des deux côtés de la rue des Deux-Visages (Arch. de l'archev.). La place où est située la rue de l'abreuvoir Popin avoit été donnée par cette famille, dans le 12e siècle, à l'abbaye de Hautes-Brières, de qui la compagnie des marchands de l'eau l'acquit en 1170. (Traité de la Pol., t. II, pag. 653).]
_Rue de l'Aiguillerie._ Elle aboutit dans la rue Saint-Denis et au cloître Sainte-Opportune. Sauval l'appelle rué de l'_Escuillerie_. L'abbé Leboeuf et Robert ont cru reconnoître cette rue dans celle que Guillot appelle _Rue à petits soulers de Bazenne_; mais il est plus probable qu'il entendoit plutôt par cette désignation la rue _Courtalon_. Jaillot pense que c'est cette rue de l'Aiguillerie qui, dans plusieurs titres, est appelée rue _Alain de Dampierre_[220].
[Note 220: Jaillot, quart. S.-Opportune, p. 7.--Sauval dit encore qu'en 1449 on la nommoit le cloître Sainte-Opportune; et il est vrai que ce nom a été donné en général à toutes les rues qui environnoient cette église.]
La place _Gastine_ étoit à l'entrée de cette rue. Sur cette placé étoit auparavant la maison d'un protestant, nommé Philippe de Gastine, condamné à mort et exécuté en 1568, pour l'avoir fait servir au prêche de sa secte, contre la teneur des édits; et à l'endroit de cette maison, qui fut en même temps rasée, on érigea une croix, que depuis on enleva et transporta au cloître des Innocents, par suite de l'édit de pacification que Charles IX accorda aux réformés en 1570.
_Rue de l'Arche-Marion._ Elle va de la rue Saint-Germain-l'Auxerrois à la rivière, en passant sous le quai de la Mégisserie. Comme elle fait la continuation de la rue Thibaut-aux-Dés, on l'appeloit anciennement _l'Abreuvoir Thibaut-aux-Dés_, nom qu'elle portoit encore en 1300. On lui donna ensuite celui de _rue des Jardins_[221]; et vers la fin du quinzième siècle, elle fut nommée _ruelle qui fut Jean de la Poterne_, du nom d'un particulier qui avoit en cet endroit des étuves, que l'on nommoit _les étuves aux trois pas de degrés_[222]. En 1530, on l'appela _ruelle des Étuves_[223]. Enfin, on la trouve, dans un titre de 1565, sous la désignation de _l'Arche Marion_ et de _l'Abreuvoir Marion_, du nom de la femme qui tenoit alors ces étuves[224]. Elle est encore nommée quelque part _rue de l'Archer_.
[Note 221: Arch. de l'archev.--Sauval, t. III, p. 283 et 310.]
[Note 222: Cens. de l'évêché.]
[Note 223: _Ibid._]
[Note 224: _Ibid._]
_Rue Bertin-Porée._ Elle va d'un côté dans la rue Saint-Germain-l'Auxerrois, et de l'autre dans celle des Deux-Boules. Quelques-uns l'ont appelée _Martin-Poirée_; mais son véritable nom est _Bertin-Porée_. Elle le portoit avant 1240, et le tenoit d'un bourgeois qui y demeuroit[225].
[Note 225: Pet. Cart. de l'évêché, fol. 89. Cart. 107, gr. Cart., fol. 283.]
_Rue Béthisi._ Elle se termine d'un côté au coin des rues du Roule et de la Monnoie, et de l'autre à la rue des Bourdonnois. Cette rue se continuoit anciennement jusque dans la rue de l'Arbre-Sec, et, dès le treizième siècle, elle portoit deux noms. Elle étoit appelée _Béthisi_ dans toute la partie connue encore aujourd'hui sous ce nom; et depuis la rue de la Monnoie jusqu'à celle que nous venons de nommer, elle prenoit celui de rue au _Cuens_ ou au _Quains de Ponthi_, _au Comte de Ponthi_, et _Ponthieu_. L'entrée du côté de la rue de l'Arbre-Sec étoit appelée _le carrefour au Comte de Ponti_[226], parce que l'hôtel de ce comte y étoit situé. La division par quartiers, établie en 1702, en fit distraire cette dernière partie, que l'on nomma rue des _Fossés-Saint-Germain_. L'autre conserva son ancien nom, qu'elle tenoit de Jean ou Jacques Béthisi.
[Note 226: Sauval., t. II, p. 242.]
Le premier nom de cette rue étoit _la Charpenterie_, et c'est ainsi qu'elle est indiquée dans les censiers de l'évêché du quatorzième siècle; elle le portoit encore au milieu du siècle suivant, mais seulement depuis la rue _Tire-Chape_ jusqu'à celle des _Bourdonnois_. L'autre partie conservoit le nom de _Béthisi_.
_Rue Boucher._ Elle donne d'un bout dans la rue Thibaut-aux-Dés, de l'autre dans celle de la Monnoie. Cette rue, commencée en 1776, fut ouverte en 1778 sur l'emplacement de l'ancien hôtel des Monnoies. Elle porte le nom d'un échevin qui étoit en exercice dans l'année 1773.
_Rue des Deux-Boules._ Elle aboutit d'un côté au coin des rues des Bourdonnois et Thibaut-aux-Dés, et de l'autre à celle des Lavandières. Guillot et les anciens titres du treizième siècle la désignent sous le nom de _Guillaume Porée_[227]. Nous ne savons si jadis elle faisoit un retour d'équerre dans une partie de la rue qui lui est parallèle (la rue des Mauvaises Paroles); mais il est certain qu'aux douzième et treizième siècles elle s'appeloit rue _Mauconseil_ ou _Maleparole_[228]. Dans des actes postérieurs, et jusqu'en 1546, elle est appelée _Guillaume Porée autrement Maleparole_; _Guillaume Porée dite des Deux-Boules_. Ce dernier nom lui vient d'une enseigne.
[Note 227: Cens. de l'évêché.]
[Note 228: _Arch. S. Martin._]
_Rue des Bourdonnois._ Elle aboutit d'une part dans la rue Saint-Honoré, de l'autre au bout des rues _Béthisi_ et _Thibaut-aux-Dés_. Guillot l'appelle rue _à Bourdonnas_. Sauvai dit qu'en 1297 elle se nommoit rue _Adam Bourdon_ et _Sire Guillaume Bourdon_, et en 1300, la rue des _Bourdonnois_[229].
[Note 229: T. II, p. 125. Au bout de cette rue est le cul-de-sac de _la Fosse aux Chiens_. C'étoit anciennement une rue qui se prolongeoit jusqu'à la rue Tirechape. La place où ce cul-de-sac est situé étoit hors de la première enceinte, et servoit de voirie; ce qui a fait donner à tout cet endroit les noms de _Marché aux pourceaux_, de la _Place aux Chats_ et de la _Fosse aux Chiens_, qui en occupe une partie. Dès le commencement du quinzième siècle, c'étoit un cul-de-sac. Il se nomme aujourd'hui cul-de-sac des _Bourdonnois_.]
_Rue ou place du Chevalier-du-Guet._ Elle aboutit dans la rue des Lavandières, à la place du Chevalier-du-Guet et à la rue Perrin-Gasselin. En 1300 et jusqu'au milieu du seizième siècle, la place et ces deux rues n'étoient connues que sous ce nom général _le Perrin-Gasselin_. Celui que porte celle-ci vient d'une maison que le roi y avoit acquise pour loger le chevalier ou commandant du guet. On présume que ceci se passa en 1363, sous le roi Jean.