Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 2/8)

Part 10

Chapter 103,704 wordsPublic domain

_Rue de la Vieille-place-aux-Veaux._ Elle commence à la rue Planche-Mibrai, où étoit la place aux Veaux, dont elle a pris le nom, et aboutit en retour à la rue Saint-Jacques-de-la-Boucherie; elle se prolongeoit, dans le principe, jusqu'à la porte de Paris. La place _aux Veaux_ est ancienne: au treizième siècle on y brûloit les cochons, depuis on y vendit les veaux; et c'est de là qu'elle avoit pris son dernier nom. Au quatorzième siècle elle s'appeloit _la place aux Sainctyons_[172], une des premières familles de bouchers qui soient connues. La liste des rues du quinzième siècle l'indique sous le nom de _rue aux Veaux_; et Corrozet, sous celui de _place aux Veaux_. Il est probable que le surnom de _vieille_ ne lui a été donné que depuis qu'on a transféré cette place sur le quai des Ormes, en vertu d'un arrêt du 8 février 1646.

[Note 172: _Cens. S. Elig._]

_Rue de Venise._ Elle donne d'un bout dans la rue Saint-Martin, et de l'autre dans la rue Quinquempoix. Guillot l'appelle _Sendebours-la-Trefilliere_, et des titres de 1300 et 1313, rue _Hendebourc-la-Trefélière_. Cependant ce n'est point là le nom véritable: les titres de Saint-Méri la nomment, depuis 1250, _rue Erembourg_ ou _Herambourg-la-Trefélière_, et elle a gardé ce nom jusqu'au quatorzième siècle, qu'elle prit celui de _rue Bertaut-qui-dort_; c'étoit le nom d'une maison qui y étoit située[173]. Au seizième siècle, une enseigne de l'Écu de Venise lui fit donner la dénomination qu'elle porte encore aujourd'hui[174].

[Note 173: Arch. de S. Méri.]

[Note 174: À l'extrémité et en face de cette rue, dans celle de Quinquempoix, est un cul-de-sac qui porte le nom de Venise, parce qu'il semble en prolonger la rue. Il est fort ancien. Dès 1210 il s'appeloit _Vicus de Byeria_, rue _de Bièrre_, et de même en 1250[174-A]. Il y a eu depuis quelques variations dans l'orthographe jusqu'en 1601, qu'il fut nommé _rue Verte_, et enfin _cul-de-sac de Venise_. Ce cul-de-sac donne aujourd'hui dans la maison dite la _Cour batave_.]

[Note 174-A: Arch. de S. Méri.]

QUAIS.

_Quai de Gesvres._ Nous avons dit qu'en 1642 le marquis de Gesvres avoit obtenu du roi le terrain qui est compris entre le pont au Change et le pont Notre-Dame, sous la condition d'y faire bâtir un pont et ouvrir quatre rues. Les lettres-patentes portoient que ce quai seroit porté sur des arcades et piliers posés d'alignement et s'étendant de l'un à l'autre pont, et qu'il seroit revêtu d'un parapet de trois pieds de haut. En 1657, on permit d'y faire construire de petites boutiques à demi-pied de ce parapet; sur ces boutiques, on éleva depuis plusieurs étages, de manière que ce quai étoit couvert dans toute son étendue. Ces constructions ont été abattues.

MONUMENTS NOUVEAUX

ET RÉPARATIONS FAITES AUX ANCIENS MONUMENTS DEPUIS 1789.

Au milieu de la place nouvelle qui occupe une partie du terrain sur lequel étoit construit le Grand-Châtelet, on a élevé une fontaine d'un aspect très-élégant.

La base de cette fontaine se compose d'un piédestal carré, dont le dé est orné de deux aigles renfermés dans une couronne, et présente à ses quatre angles des cornes d'abondance chargées de fruits et terminées à leur partie inférieure par des têtes de monstres marins jetant de l'eau par les narines dans un grand bassin circulaire. Au-dessus de ce piédestal s'élève une colonne entourée de quatre figures qui se tiennent par la main: deux de ces figures (celles qui sont placées vers le pont au Change) soutiennent une épée appuyée sur une table qui porte cette inscription, CODE; pour attributs, elles ont à leurs pieds une lampe et un coq. Les deux autres, du côté de la ville, portent la massue d'Hercule entourée d'un serpent, et l'une d'elle est revêtue de la peau du lion. Le fût de la colonne jusqu'à la hauteur des figures est orné de glands et de feuilles de chênes: au-dessus, ses ornements se composent de feuilles non dentelées. Cinq bandes horizontales, bordées de couronnes de laurier, partagent cette colonne en cinq parties égales; et sur chacune de ces bandes sont inscrits les noms des batailles les plus fameuses qui se sont données pendant la révolution.

Enfin, au-dessus du chapiteau, qui se compose de feuilles de palmier, est posée une sphère entourée des figures des quatre vents; et sur cette sphère s'élève une figure de la victoire, à demie nue, les ailes éployées, et portant deux couronnes dans ses mains étendues. Cette figure est entièrement dorée, ainsi que le demi-globe sur lequel elle est appuyée. C'est un joli monument dont la composition fait honneur à M. _Bralle_, qui en est l'auteur, et dont l'exécution, confiée à M. Boizot, mérite aussi des éloges.

* * * * *

_L'église de Saint Leu._ L'intérieur de cette église a été réparé; plusieurs tableaux anciens tirés des dépôts du gouvernement lui ont été donnés et font l'ornement de sa nef et de ses autels; elle a obtenu, en outre, de la ville de Paris, un tableau nouveau représentant la femme adultère, peint en 1819 par M. _Delaval_.

_La cour Batave._ C'est un grand édifice que l'on a élevé sur l'emplacement de l'église du Saint-Sépulcre, et qui mérite d'être remarqué. La façade sur la rue Saint-Denis se compose de trois arcades et de huit colonnes ioniques. On entre par l'arcade du milieu, qui est couverte en terrasse et ornée de caissons, dans la cour dont la dimension présente un carré long entouré de colonnes et de pilastres ioniques, et composé de cinq arcades dans sa plus longue dimension. Ces arcades sont remplies par des boutiques[175]; et dans les cintres, qui sont ornés de figures allégoriques et de symboles du commerce, on a pratiqué des entresols.

[Note 175: Ces boutiques, qui obstruent ainsi la galerie formée par ces arcades, nuisent à l'effet que produiroit l'ensemble de cette cour, et gâtent le plan primitif de cette belle maison.]

Sur la partie la plus étroite du carré, et qui fait face à la porte d'entrée, s'élève une maison à trois étages, couronnée d'une corniche avec triglyphes et bas-reliefs moulés; une arcade en voûte qui occupe le milieu de cette maison, sert de communication pour entrer dans une cour plus petite que la première.

Enfin, dans une niche placée au milieu de la première cour et ornée aussi de caissons, est une fontaine qui se compose d'une statue de Cybèle, à demi nue, la tête couronnée d'une tour et assise au milieu de deux lions vomissant de l'eau dans un vaste bassin; des Tritons en bas-relief accompagnent, de chaque côté, cette composition; sur la clef de la niche est sculpté le caducée de Mercure; et les tympans sont ornés de deux figures moulées et tirées de la fontaine des Innocents[176]. Cette fontaine, que l'on aperçoit à travers les arcades dont se compose la porte d'entrée, est d'un bel effet, quoique l'exécution en soit médiocre.

[Note 176: Il se trouve que ces figures sont les mêmes que celles qui remplissent les tympans de l'arcade de la chambre des comptes (_Voy._ 1re partie, p. 406); et ainsi se confirme ce que nous n'avions présenté d'abord que comme une simple conjecture, que ces figures avoient été appliquées sur cette arcade par une opération de moulage.]

_NOTA._ Il existoit anciennement, à l'endroit que l'on nomme l'_Apport-Paris_, une fontaine qui portoit le nom du _Grand-Châtelet_. Auprès étoit une croix où le curé et le clergé de Saint-Germain-l'Auxerrois venoient tous les ans en procession, le dimanche des Rameaux. Après avoir chanté l'Évangile, ils se rendoient à la prison, et y délivroient quelques prisonniers détenus pour dettes.

QUARTIER

SAINTE-OPPORTUNE.

Ce quartier est borné à l'orient par le marché de l'Apport-Paris et par la rue Saint-Denis exclusivement; au septentrion par la rue de la Féronnerie, y compris les charniers des Saints-Innocents du côté de la même rue, et par une partie de la rue Saint-Honoré inclusivement, depuis ladite rue de la Féronnerie jusqu'au coin des rues du Roule et des Prouvaires; à l'occident, par les rues du Roule et de la Monnoie, et par le carrefour des Trois-Maries jusqu'à la rivière, le tout exclusivement; et au midi, par les quais de la Vieille Vallée-de-Misère et de la Mégisserie inclusivement.

On comptoit en 1789, dans ce quartier, vingt-neuf rues, deux places et deux culs-de-sac. On y voyoit, avant la révolution, une église collégiale et paroissiale, une chapelle, une prison et un grenier public.

En jetant les yeux sur la carte qui représente Paris tel qu'il étoit sous le règne de Philippe-Auguste, on voit que ce quartier est un des plus anciens de cette partie de la ville, et qu'il étoit déjà renfermé en entier dans l'enceinte que ce prince avoit fait élever.

Toutefois, et nous croyons devoir le répéter, si l'on veut se faire une idée exacte de ces premiers quartiers, à l'époque où furent bâtis les vieux monuments que nous décrivons, il faut en quelque sorte les dépouiller des constructions modernes qui en ont changé presque tout l'aspect, et se reporter à ces temps grossiers où les arts, encore dans l'enfance, et les besoins extrêmement bornés de nos simples aïeux, ne leur donnoient ni le pouvoir ni la volonté de rendre à la fois commode et agréable le séjour qu'ils habitoient. Quoique Philippe eût fait paver les principales rues de la ville, que les nouvelles murailles en eussent considérablement augmenté l'étendue, et que ce monarque vigilant n'eût rien négligé, autant du moins que le permettoient son siècle et ses moyens, pour la sûreté et l'embellissement de sa capitale; cependant c'est seulement sous ses successeurs que les vignes, les terres labourables, les prés renfermés dans la nouvelle enceinte furent couverts de maisons et d'édifices publics. D'un autre côté, la Seine n'étoit point encore entourée de cette longue suite de quais qui la forcent de couler dans son lit, et opposent une digue insurmontable à ses fréquentes inondations. Libre alors dans son cours, elle étendoit ses ravages sur ces bords, qu'elle rendoit souvent malsains et impraticables. Philippe-le-Bel fut le premier qui, pour remédier à ces inconvénients, ordonna, en 1312, de construire un quai depuis l'hôtel de Nesle jusqu'à la maison de l'évêque de Chartres[177]; ce qui fut exécuté les années suivantes. Il paroît, par un compte du payeur des oeuvres de la ville de Paris, que le quai[178] qui borde au midi le quartier que nous allons décrire ne fut bâti qu'en 1369, et que le port au Foin ne[179] fut pavé que l'année suivante. Le terrain qu'occupe ce quai alloit auparavant en pente jusqu'à la rivière; il formoit des basses-cours et des jardins; et, au sortir de la Cité, il n'y avoit d'autre chemin pour se rendre au Louvre que la rue Saint-Germain. Au bout du pont aux Meuniers, on ne comptoit alors que deux maisons en retour; elles étoient élevées sur un mur de neuf toises quatre pieds de long sur vingt-huit pieds d'épaisseur, qui servoit de borne à la rivière de ce côté[180]. Le terrain situé à l'extrémité de ce quai, du côté oriental, entre l'abreuvoir _Popin_ et la rue Saint-Leufroi, a été long-temps appelé la _Vallée-de-Misère_. On y tenoit le marché à la volaille; et c'est de là que Guillot désigne cet endroit sous le nom de la _Poulaillerie_. Sa partie occidentale étoit habitée, dès la fin du treizième siècle, par des gens qui préparoient les peaux, et qu'on nomment _mégissiers_[181]. Une sage police éloignoit dès lors du centre des villes ces sortes d'ouvriers, les tanneurs, les teinturiers et autres artisans dont les travaux pouvoient y répandre l'infection[182].

[Note 177: Les quais de Conti et des Augustins.]

[Note 178: Il fut nommé, dans le principe, quai de la _Saunerie_.]

[Note 179: Depuis, la place des Trois-Maries. (Sauval, t. III, p. 125).]

[Note 180: La ville avoit donné ce mur à bail en 1503; et la chambre des comptes, prétendant qu'il appartenoit au roi, en fit un nouveau bail le 10 octobre de la même année. Ces détails sont constatés par un réquisitoire de M. de Marillac, procureur-général, et par l'arrêt rendu en conséquence le 11 août 1550.]

[Note 181: C'est de là que lui est venu son dernier nom de _la Mégisserie_.]

[Note 182: Ils furent relégués sur le bord des rivières; mais il étoit encore à craindre que la saleté inséparable des préparations diverses qu'ils donnoient aux peaux, et l'usage qu'ils faisoient, dans leurs teintures, de drogues pernicieuses, n'ôtassent à l'eau sa salubrité: ces considérations déterminèrent à les transférer au faubourg Saint-Marcel et à Chaillot, ce qui ne fut exécuté cependant qu'en 1673.]

Tel étoit alors l'état de la partie de Paris connue sous le nom de _Ville_: des terrains vagues et déserts occupoient l'extrémité de son enceinte, et des marais fangeux la bordoient le long du cours de la rivière.

En sortant de la Cité pour aller au Louvre, le premier édifice public que l'on rencontroit étoit une espèce de château qui appartenoit à l'évêque, et qui n'a été détruit que vers la fin du siècle dernier.

LE FOR-L'ÉVÊQUE.

Ce bâtiment[183], qui n'existe plus, étoit situé au milieu de la rue Saint-Germain-l'Auxerrois. Les antiquaires ne sont d'accord ni sur la manière dont le nom doit en être écrit, ni sur l'usage auquel il étoit primitivement destiné. Quelques-uns écrivent _Fort-l'Évêque_, comme si c'eût été une forteresse; d'autres le _Four-l'Évêque_, parce qu'ils prétendent que le four banal, où les vassaux du prélat envoyoient cuire leur pain, occupoit une partie de cet édifice. Le savant M. de Valois avoit adopté cette dernière opinion: _Recentiores omnes scriptores_, dit-il, _ignari antiquitatis, Forum Episcopi vocant, quem Furnum Episcopi convenit appellari_[184]. Cependant ni l'une ni l'autre de ces étymologies ne nous semble la véritable, bien que dans un très-grand nombre de titres de l'évêché on lise en effet le _Four l'Évêque_. Le For-l'Évêque étoit le lieu où l'évêque faisoit exercer sa justice, _Forum Episcopi_. Cela est si vrai que, dans les registres du parlement de 1308 et 1310[185], le juge de l'évêque est appelé _Præpositus Furni Episcopi_, et qu'ensuite il est nommé bailli du Four-l'Évêque[186]. Le véritable sens de ce mot s'étoit même conservé jusque dans les derniers temps de la monarchie; et le peuple, dans son langage trivial, appeloit encore _four_ toute prison ou tout endroit où l'on mettoit en chartre privée ceux qu'on avoit enrôlés par surprise ou par force.

[Note 183: Il a été détruit vers 1780.]

[Note 184: _Vales. in Præf._, p. 17.]

[Note 185: _Olim._, Reg. 3, fol. 108; et reg. 4, fol. 169.]

[Note 186: Cet office de bailli de l'évêque étoit si important, que des personnes de qualité ne dédaignoient point de l'exercer. Un _Henri de Béthune_ l'étoit en 1303, et à la fin du même siècle, un _Henri de Marle_.]

La censive des évêques ayant toujours été fort étendue, il étoit nécessaire qu'ils eussent un officier préposé pour recevoir leurs droits, et un juge pour décider les affaires contentieuses qui pouvoient naître de cette perception, ou pour prononcer sur les peines dont étoient passibles les crimes commis dans l'étendue de leur seigneurie. Il est vraisemblable que ce tribunal fut d'abord placé dans la Cité; mais on ne trouve à ce sujet ni indice ni tradition. Depuis, la ville s'étant accrue du côté du nord, et le marché public ayant été établi sur le territoire de Champeaux, il est probable que l'évêque, qui se trouvoit, par ces accroissements, dans un conflit de juridiction avec le roi, jugea à propos de transporter sa justice de ce côté. On pourroit donc en fixer l'époque vers 1136, temps où l'évêque Étienne céda à Louis-le-Gros[187] les deux tiers de ce terrain de Champeaux, ou en 1222, date de l'accord que Philippe-Auguste fit avec Guillaume de Seignelai, qui gouvernoit alors l'église de Paris, au sujet de la justice et des droits qu'ils pouvoient respectivement exercer. Il est certain du moins que, depuis cette dernière époque, on ne voit point que la justice séculière de l'évêque ait été rendue ailleurs qu'en cet endroit; et dans les diplômes de ces deux princes, il est fait mention de l'officier du roi et de celui de l'évêque, sous le même nom de _prévôt_ (_præpositus_).

[Note 187: _Voyez_ 1re partie, p. 349.]

Les mêmes motifs furent cause sans doute de l'érection d'un tribunal du roi semblable à celui du prélat. On voit, par tous les titres qui en font mention[188], que le _For-le-Roi_[189] étoit aussi situé dans la rue Saint-Germain, vis-à-vis le For-l'Évêque.

[Note 188: Cens. de l'évêché, en 1372, etc.]

[Note 189: On lit dans Sauval que cet édifice existoit encore en 1432.]

Une inscription[190], gravée sur la porte de ce dernier monument du côté du quai de la Mégisserie, nous apprenoit qu'il fut rebâti depuis les fondements, en 1652, par Jean-François de Gondi, premier archevêque de Paris. Cependant il faut observer ou qu'il ne fut pas rebâti en entier, ou que l'on conserva le mur du côté de la rue Saint-Germain: car la porte qu'on y voyoit annonçoit une antiquité qu'on peut fixer au treizième siècle. Au-dessus étoient plusieurs sculptures remarquables: au milieu, un évêque et un roi de France vis-à-vis l'un de l'autre, et agenouillés devant une image de Notre-Dame, symbole de l'association à laquelle Louis-le-Gros fut admis, ou du traité de paix fait entre l'évêque et Philippe-Auguste; d'un côté, les armes de France à fleurs de lis sans nombre, traversées d'une crosse droite; de l'autre, un juge en robe et en capuchon, des assesseurs, et un greffier vêtu comme un homme d'église.

[Note 190: ........Forum Episcopi sæculare Nimiâ ædium vetustate collabens A fundamentis excitavit Johannes Franciscus de GONDY, Primus Parisiorum archiepiscopus, Pacis artes, jura, legesque meditans; Urbe armis incessâ, factionibus Turbatâ, Anno Domini 1652.]

Louis XIV, par son édit de 1674, ayant réuni au Châtelet toutes les justices particulières, transféra celle de l'archevêché, et l'unit au tribunal de la temporalité[191], situé dans la cour du palais archiépiscopal. Depuis ce temps, le For-l'Évêque fut destiné à servir de prison, principalement pour ceux qui étoient arrêtés pour dettes.

[Note 191: Ce tribunal avoit été accordé à l'archevêque pour connoître de toutes les affaires séculières concernant le duché de Saint-Cloud et ses dépendances.]

LE GRENIER À SEL.

Il étoit situé dans la rue Saint-Germain-l'Auxerrois, au coin de la rue des Orfévres[192].

[Note 192: Ce bâtiment, qui existe encore, n'a point changé de destination, et sert d'entrepôt à la direction générale des salines.]

Il y avoit anciennement, près le Châtelet, un édifice appelé maison _de la marchandise de sel_; et c'est de là que la rue de la Saunerie a pris son nom. Cet établissement fut ensuite placé dans la rue Saint-Germain, entre la place des Trois-Maries et l'Arche-Marion; il paroît qu'il étoit situé des deux côtés de la rue; mais les bâtiments n'étant ni assez vastes ni assez commodes, on fit acquisition, en 1698, d'une grande maison qui, dès le treizième siècle, appartenoit à l'abbaye de Joie-en-Val[193]. La manse abbatiale de ce monastère ayant été réunie à l'évêché de Chartres, comme une compensation des démembrements qu'on y avoit faits pour former l'évêché de Blois, cette circonstance parut favorable pour transférer le grenier à sel dans cette maison. C'étoit à cause de cette ancienne propriété et de cette aliénation qu'on avoit sculpté, sur la façade des bâtiments qui furent refaits, les armes de l'évêque de Chartres et celles de l'abbaye de Joie-en-Val, à côté de celles du roi. Les trois corps de l'édifice total étoient, par la même raison, désignés sous les noms de _Grenier-au-Soleil_, _Grenier-l'Évêque_, _Grenier-l'Abbaye_.

[Note 193: Petit cart. de l'évêché, c. 227, fol. 165, _verso_.]

Derrière le grenier à sel étoit la juridiction des officiers préposés à la distribution de cette denrée, dont la vente appartenoit exclusivement à l'autorité publique.

LA CHAPELLE SAINT-ÉLOI.

Cette chapelle[194], qui étoit située à l'autre extrémité de la rue des Orfévres, avoit été bâtie par les gens de cette profession vers la fin du quatorzième siècle. Sur la première origine de ce petit monument, on trouve dans les historiens de Paris[195] quelques erreurs qu'il est facile de réfuter. «À l'endroit, disent-ils, qu'occupe la chapelle de Saint-Éloi, il y avoit anciennement, à ce qu'on prétend, un hôpital avec une chapelle appelée la chapelle de la Croix-de-la-Reine; il en est fait mention dans les lettres d'Odon, évêque de Paris; et quoiqu'elles ne marquent pas précisément le lieu où elle étoit située, on voit que c'étoit dans le terrain de Saint-Germain-l'Auxerrois.» Les lettres d'Eudes de Sully, écrites en 1202[196], détruisent complètement cette opinion. On y voit qu'on avoit fondé depuis peu un hôpital et une chapelle près de la Croix-de-la-Reine, dont ces deux nouvelles fondations avoient pris le nom. Cette croix étoit alors placée hors des murs, au-delà de la porte Saint-Denis, à l'endroit où aboutissent les rues du Renard et Greneta; la fontaine qui est au coin de cette dernière étoit encore appelée, avant la révolution, _Fontaine-de-la-Reine_, et tous les titres de Saint-Martin-des-Champs et de Saint-Lazare ne permettent pas de la chercher ailleurs. Voilà donc le lieu précisément marqué: quant à l'hôpital, c'étoit celui _de la Trinité_, dont nous parlerons par la suite. Il faut en conséquence rejeter toute idée d'un hôpital et même d'une chapelle existant à l'endroit où étoit celle de Saint-Éloi.

[Note 194: Il existe encore quelques colonnes du portail de cet édifice, dont une partie a été convertie en maison particulière, et dont l'autre avoit été employée à l'agrandissement du grenier à sel.]

[Note 195: Félibien et Lobineau, t. II, p. 950.]

[Note 196: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 18, _verso_.]

Dans ces temps anciens, où un esprit de charité animoit toutes les classes de la société, les orfévres payoient chaque année à l'Hôtel-Dieu une somme assez considérable pour ajouter au soulagement qu'y recevoient les pauvres ouvriers de leur corps: ils pensèrent ensuite qu'il étoit plus convenable qu'ils prissent eux-mêmes ce soin; et dans cette vue ils achetèrent, en 1399, de Roger de la Poterne, un de leurs confrères, et de Jeanne sa femme, une grande maison située dans la rue des Deux-Portes, et appelée l'_hôtel des Trois Degrés_, parce qu'on y montoit par autant de marches. Il formoit un espace carré qui régnoit le long de cette rue et de celles de Jean Lantier et des Lavandières. Les anciens bâtiments furent démolis; on construisit à la place une grande salle où l'on mit des lits; on ménagea des chambres au-dessus et une petite chapelle dans le fond. Le 12 novembre 1403, Pierre d'Orgemont, évêque de Paris, permit aux orfévres d'y faire célébrer le service divin; et cette permission fut ratifiée, en 1406, par un décret du cardinal de Chalant, à cette époque légat en France. L'abbé Lebeuf dit qu'on y mit une cloche[197], et qu'alors le chapitre de Saint-Germain prétendit faire valoir un droit de patronage sur cette nouvelle fondation; mais il ne fait point connoître ce qui fut décidé à ce sujet. Par les archives de la communauté des orfévres, il paroît que toutes les contestations de ce genre furent toujours jugées en sa faveur.

[Note 197: T. I, p. 64.]