Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 5/8)
Part 40
_Rue du Pavé-de-la-Place-Maubert._ Elle commence au bout de la rue de la Bûcherie, et aboutit à la place dont elle porte le nom. Sauval l'a confondue avec la rue du Fouare, et d'autres avec le cul-de-sac d'Amboise, erreurs que Jaillot a rectifiées[457].
[Note 457: Dans cette rue est un cul-de-sac nommé d'_Amboise_, d'un hôtel qui y étoit situé, et que cette famille y a conservé jusqu'au milieu du quatorzième siècle.]
_Rue Neuve-Saint-Médard._ Cette rue, qui traverse de la rue Moufetard à la rue Gratieuse, se nommoit anciennement d'_Ablon_. Ce nom lui vient du territoire où elle étoit située, lequel est connu dès le douzième siècle. Vers la fin du règne de François Ier il fut couvert de maisons. Jaillot prétend n'avoir point trouvé de vestiges de l'hôtel d'Ablon, qui, selon Sauval, existoit au commencement du seizième siècle. Du reste ce lieu ne fut d'abord habité que par des gens de la plus vile populace, et il s'y passoit de telles abominations qu'après même qu'on eut fait cesser ces désordres infâmes, on voulut en éteindre jusqu'au souvenir en donnant un autre nom à la rue où ils s'étoient commis. C'est alors qu'elle reçut le nom de rue Neuve-Saint-Médard.
_Rue du Petit-Moine._ Elle aboutit d'un côté à la rue Moufetard, de l'autre à celle de la Barre. Elle devoit ce nom à une enseigne et le portoit dès l'an 1540[458], ainsi qu'il est prouvé par plusieurs actes de cette même année.
[Note 458: Rec. de Blondeau, t. XXIV, 1er cahier.]
_Rue Montigny._ Elle a été ouverte au côté oriental de la halle aux Veaux, lors de la construction de cet édifice[459].
[Note 459: On la nomme maintenant _rue de Poissy_.]
_Rue Moufetard._ Elle commence à la rue Contrescarpe, au bout de la rue Bordet, et finit aux Gobelins. Quelques nomenclateurs la font finir au Pont-aux-Tripes, et depuis cet endroit jusqu'aux Gobelins la nomment _rue du Faubourg-Saint-Marcel_. Sauval[460] et plusieurs autres suivent cette opinion; cependant tous les titres la désignent sous le nom de rue Moufetard. L'ignorance des copistes a extrêmement défiguré ce nom, tour à tour présenté sous les variantes suivantes: _Monfetart_, _Maufetard_, _Mofetard_, _Moufetart_, _Mouflard_, _Mostart_, _Moftart_, etc. Sauval et ceux qui l'ont copié disent que dès 1230 elle étoit déjà ainsi appelée: il seroit difficile d'en donner la preuve. Ce n'étoit au treizième siècle qu'un chemin qui traversoit un territoire nommé par les titres de ces temps-là _Mons Cetarius et Mons Cetardus_[461]. L'abbé Lebeuf en a conclu avec raison que le nom de _Mont-Cétard_ a été altéré et changé en celui de _Moufetard_. Dans les terriers de l'abbaye Sainte-Geneviève postérieurs à 1243, ce nom est écrit _Montfétard_. Il est bien question d'un particulier nommé Étienne _Moufetard_, et dans un autre endroit _Mouflard_, qui dans cette même année possédoit une maison _in Monte Cetardo_; mais la différence de ces deux noms prouve assez que le territoire[462] où elle étoit située existoit sous sa dénomination propre avant que ce particulier vînt l'habiter, et que c'est uniquement dans cette source qu'il faut chercher l'étymologie du nom de la rue. Elle a été aussi nommée, au commencement du dix-septième siècle, _rue Saint-Marcel_, _grande rue Saint-Marcel_ et _vieille rue Saint-Marcel_[463].
[Note 460: Tome I, p. 151.]
[Note 461: Cartul. de Sainte-Genev., fol. 9, et Cens., fol. 12.]
[Note 462: Tout ce territoire étoit partie en vignes, partie en terres labourées. Le vignoble situé entre les rues Moufetard et du Jardin du Roi, le long de la rue Copeau, s'appeloit le _Breuil_, _Brolium_.]
[Note 463: On trouve dans les titres du seizième siècle qu'il y avoit dans cette rue plusieurs maisons qui aboutissoient à celle de la _Planchette_. Cette dernière rue n'existe plus, et il paroît difficile de fixer sa véritable position.]
_Rue de la Muette._ Elle fait la continuation de la rue du Fer-à-Moulin, et aboutit au carrefour de Clamart. Elle se confondoit autrefois avec cette rue, et le plan de Gomboust est le premier qui la présente sous cette dénomination _de la Muette_, dont on ignore l'étymologie[464]. On la nomme aujourd'hui rue _Cendrier_.
[Note 464: Une tradition populaire, et rejetée par les bons critiques, prétendoit qu'elle la devoit au cimetière qu'on y a placé, attendu que les personnes mortes sont muettes. Il est certain qu'elle étoit ainsi appelée avant l'existence du cimetière qui est appelé _Clamart_, parce qu'il étoit situé vis-à-vis l'hôtel de ce nom. Cette rue a pris le nom de celle de Fer-à-Moulin.]
_Rue du Mûrier._ Elle aboutit d'un côté à la rue Traversine, de l'autre à celle de Saint-Victor. Sauval a avancé sur cette rue plusieurs assertions très-inexactes: il est certain que son premier nom étoit _rue Pavée_, _vicus Pavatus_, ce qui est prouvé par les cartulaires de Sainte-Geneviève de 1243 et 1249; et ce nom se trouve dans tous les terriers postérieurs, jusqu'au seizième siècle. Guillot l'appelle _Pavée-goire_. l'abbé Lebeuf a pensé que ce mot _Goire_ étoit peut-être le synonyme d'_Andouille_, parce qu'en effet cette rue a été nommée ainsi (_Pavée-d'Andouilles_); mais il paroît que c'étoit seulement un surnom que lui donnoit le bas peuple; car dans tous les actes elle est nommée Pavée, sans addition. On voit dans Corrozet que de son temps elle se nommoit déjà rue du Mûrier.
_Rue Saint-Nicolas._ Elle aboutit d'un côté, comme la précédente, à la rue Traversine, de l'autre à celle de Saint-Victor. Son nom est dû à l'église vis-à-vis de laquelle elle est située. Guillot l'appelle _rue Saint-Nicolas-du-Chardonnay et du Chardonneret_. On ne lui donnoit point de surnom au treizième siècle; et dans un cartulaire de Sainte-Geneviève de 1250[465] elle est simplement nommée _vicus Sancti Nicholai propé puteum_.
[Note 465: Fol. 29.]
_Rue du Noir._ Elle fait la continuation de la rue Gratieuse, et aboutit à la rue d'Orléans. Nous avons déjà observé qu'au milieu du dix-septième siècle on donnoit ce nom à la rue Gratieuse, et qu'il venoit d'une enseigne de la Tête Noire. C'est par cette raison sans doute que celle-ci est nommée dans un plan _rue du More_. On la trouve dans un autre sous la dénomination de _ruelle du Petit-Champ_[466]. Dès 1646 elle étoit appelée _rue du Noir_[467].
[Note 466: On trouve sur le plan de Gomboust une rue parallèle à celle-ci, sous le nom de _rue des Petits-Champs_. Il paroît que c'étoit un chemin que le public s'étoit frayé sur les ruines des jardins de la maison du Patriarche. Il n'a pas subsisté long-temps.]
[Note 467: Cette rue a pris le nom de la rue Gratieuse.]
_Rue Vieille-Notre-Dame._ Elle fait la continuation de la rue de la Clef, et aboutit à celle du Pont-aux-Biches, entre les rues d'Orléans et Censier. Les plans de Paris du siècle dernier la confondent tantôt avec cette dernière rue, tantôt avec les rues du Pont-aux-Biches et de la Clef. Quelques-uns la présentent sous des noms qu'elle n'a jamais portés. Cependant il est certain qu'elle étoit connue sous sa dénomination actuelle dès le commencement du dix-septième siècle.
_Rue de l'Orangerie._ Elle traverse, ainsi que la précédente, de la rue d'Orléans dans la rue Censier. Elle est également indiquée d'une manière très-fautive sur le plus grand nombre des plans du siècle dernier.
_Rue d'Orléans._ Elle va de la rue Moufetard à celle du Jardin du Roi. On voit, par les terriers de Sainte-Geneviève, qu'elle s'appeloit _rue des Bouliers_ et _aux Bouliers_, et quelquefois _de Richebourg_, à cause du territoire où elle étoit située. Un topographe, M. Robert, dit qu'elle se nommoit en 1163 _rue du Bouloir_. Jaillot n'a pu trouver, quelque recherche qu'il ait faite, aucun titre qui en fasse mention à cette époque; il est même probable qu'elle n'existoit point encore, le Richebourg couvert alors de terres labourables, de vergers et de maisonnettes, n'ayant été bâti et orné de jardins que dans le siècle suivant. Tous les chemins ou rues dont il étoit entrecoupé s'appeloient du nom général du territoire, _en Richebourg_, _in divite Burgo_. Elle tire le nom qu'elle porte aujourd'hui, ainsi que le dit Piganiol, de la maison de plaisance qu'y possédoit Louis de France, duc d'Orléans et frère de Charles VI.
_Rue du Paon._ Elle conduit de la rue Traversine à celle de Saint-Victor. Avant le milieu du treizième siècle, elle étoit connue sous le nom d'_Alexandre Langlois_, _vicus Alexandri Anglici_, et c'est ainsi qu'elle est connue dans tous les actes, jusqu'au seizième. En 1540 elle est déjà appelée rue du Paon, et c'est d'une enseigne qu'elle avoit pris ce nouveau nom, qu'elle porte encore aujourd'hui.
_Rue Perdue._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Grands-Degrés, de l'autre à la place Maubert. Cette rue est ancienne: Guillot en fait mention, ainsi que le rôle de 1313, et l'on ne trouve pas qu'elle ait porté d'autre nom. La principale porte du collége de Chanac étoit autrefois située dans cette rue.
_Rue Pierre-Assis._ Elle aboutit d'un côté à la rue Moufetard, et de l'autre au carrefour Saint-Hippolyte. Si l'étymologie de ce nom est vraie, et qu'elle vienne d'une enseigne de la chaire de Saint-Pierre, c'est bien mal à propos qu'on a écrit sur tous les anciens plans _Quirassis_, _Quiracie_, _Qui-Rassis_, _Pierre-Agis_ et _Pierre-Argile_. Jaillot pense que c'est la rue que les anciens titres appellent _Petite rue Saint-Hippolyte_.
_Rue de Poissy._ Voyez rue Montigny.
_Rue de Pontoise._ Voyez rue de Sartines.
_Rue Poliveau_ ou _des Saussaies_. Elle aboutit d'un côté au carrefour de Clamart, de l'autre au chemin qui règne le long de la Seine. L'ancien nom du territoire sur lequel cette rue a été ouverte est, selon Jaillot, le _locus Cinerum_, que l'abbé Lebeuf avoit confondu avec la rue de Lourcine. On ignore d'où vient ce nom de _lieu des Cendres_; mais les anciens titres prouvent qu'il existoit dès 1243. Dans le siècle suivant cette rue est nommée de _la Cendrée_, et ensuite de _Pont-Livaut_, dénomination que les modernes ont altérée en écrivant _Pouliveaux_, _Pouliveau_, _Polivau_. Ce nom vient d'un petit pont pratiqué sur la rivière de Bièvre. On voit ensuite dans un censier de Sainte-Geneviève de 1646, qu'on la nommoit alors _rue des Carrières_ alias _de la Cendrée_. Enfin on la trouve sous le nom _des Saussaies_ ou _Saussoies_. Bien que les titres fassent mention d'un certain _Renaud des Saussaies_, qui habitoit ce lieu au treizième siècle, Jaillot pense que cette rue doit ce dernier nom aux saules dont étoit couvert le terrein qu'elle traversoit[468]. Cette rue se prolonge maintenant jusqu'à la rivière.
[Note 468: Un petit ruisseau qui passoit le long de l'hôpital, et se jetoit dans la Bièvre, traversoit cette rue sous un petit pont nommé, dès 1380, le _poncel de la Saussoie_. Celui qu'on avoit pratiqué sur le grand chemin s'appeloit dans le même temps _le pont aux Marchands-sur-Seine_. Il y en avoit encore un au-dessous de l'endroit où l'on avoit creusé le canal dont nous avons déjà parlé, pour donner de l'eau à Saint-Victor. Ce dernier se nommoit le _pont Didier_.]
_Rue du Puits-l'Ermite._ Elle fait la continuation de la rue Françoise, et aboutit à celle du Battoir. C'est une espèce de petite place où il y avoit autrefois un puits: les titres et les anciens plans ne la distinguent pas de la rue Françoise. On ignore l'origine de ce nom; mais Jaillot trouve qu'au seizième siècle, Adam l'Ermite avoit une tannerie et des jardins dans ce quartier, et sans doute c'est à lui ou à quelqu'un de ses descendants que cette rue doit sa dénomination.
_Rue des Saussaies._--Voyez rue Poliveau.
_Rue du Bon-Puits._ Elle aboutit d'un côté à la rue Traversine, et de l'autre à celle de Saint-Victor. Son nom est dû à un puits public qu'on y avoit fait creuser, et n'a pas changé. Il paroît, par un arrêt de 1639, relatif aux colléges de Boncourt et de Tournay, que cette rue s'étendoit alors jusqu'à la rue Clopin[469]. Le censier de Sainte-Geneviève de 1540 en fait mention sous le nom de _rue de Fortune_. Sauval dit que la rue de Bon-Puits étoit habitée dès 1245, et se contredit ensuite en avançant dans un autre endroit que son nom pouvoit venir d'Étienne de Bon-Puits, dont les biens furent confisqués en 1413. Le fait est qu'elle le doit au puits dont nous avons parlé, lequel subsistoit dès 1250. Les cartulaires de Sorbonne en font mention en 1253, sous le simple nom de _vicus de Puteo_, et en 1265, sous celui de _Bono-Puteo_. Guillot, le rôle de 1313 et tous les actes postérieurs lui donnent le même nom.
[Note 469: Il est vrai qu'il y a encore dans la rue Traversine un cul-de-sac sans nom, qui, par sa situation en face de la rue du Bon-Puits semble annoncer que cette rue se prolongeoit anciennement, et qu'elle a été fermée; toutefois il faut dire que ce cul-de-sac existoit long-temps auparavant, et qu'il en est fait mention dès 1540.]
_Rue de la Reine-Blanche._ Elle aboutit d'un côté à la rue Moufetard, de l'autre à celle des Hauts-Fossés, et doit son nom à un séjour ou à des jardins de _la reine Blanche_, qui y étoient situés[470].
[Note 470: On voit sur plusieurs plans qu'au coin de cette rue, à droite en entrant par la rue Moufetard, il y avoit une chapelle sous le nom de Sainte-Apolline. On ignore par qui et quand elle avoit été bâtie, ni en quel temps on l'a détruite.]
_Rue de Sartine_[471]. Cette rue a été ouverte du côté occidental de la halle aux Veaux, en même temps qu'on a construit cet édifice.
[Note 471: Cette rue se nomme maintenant _rue de Pontoise_.]
_Rue de Seine._ Elle aboutit d'un côté au carrefour de la Pitié, de l'autre au quai Saint-Bernard. On ne l'appeloit anciennement que _rue_ ou _chemin devers Seine_. En 1552 on disoit simplement _rue derrière les murs de Saint-Victor_; ensuite on l'a nommée _rue du Ponceau_, à cause d'un petit pont situé vers le milieu de cette rue, sous lequel passoit la Bièvre lorsqu'elle traversoit l'enclos de Saint-Victor[472].
[Note 472: Il y avoit autrefois dans cette rue deux culs-de-sacs; le premier, qui existe encore, se nomme _cul-de-sac du Jardin du Roi_, et avoit eu autrefois le nom de _petite rue du Jardin-Royal_, et de _rue du Cochon_. L'autre, qui est maintenant fermé, et dont la situation est plus rapprochée de l'ancien cours de la rivière de Bièvre, est désigné dans les titres sous les noms _du Tondeur_, _des Tondeurs_ et _de Jean de Cambray_, parce que la maison de ce particulier y étoit située.
Piganiol dit «qu'au coin de cette rue il y a une tour où l'on enfermoit autrefois les enfants de famille débauchés; que le premier qu'on y mit s'appeloit Alexandre, et qu'on en donna le nom à la tour: il ajoute que Pierre Bercheur, religieux de Saint-Benoît, qui fut depuis prieur de Saint-Éloi, y avoit été renfermé; et que, comme il avoit composé un dictionnaire pendant sa détention, on l'avoit confondu avec Despautère, et qu'on avoit donné le nom de ce dernier à cette tour.» Ces petites anecdotes sont plus que suspectes; il est certain que la tour en question est désignée dans plusieurs actes sous le nom d'_Alexandre_; mais on ne trouve aucune preuve ni de l'antiquité qu'on lui donne, ni de l'usage auquel on prétend qu'elle a servi. Jaillot a seulement découvert qu'en 1576 la ville ordonna aux religieux de Saint-Victor de faire murer la porte d'Aleps et la rue de Seine, et de faire faire deux _tourelles à leur clôture_; ce qui fut exécuté.]
_Rue de la Tournelle._ On la confondoit assez souvent avec le quai de la Tournelle, quoiqu'elle en soit bien distincte. Elle commence au coin de la rue de Bièvre, et finit à la dernière maison du côté de la rivière, de l'autre côté au coin de la rue des Bernardins.
_Rue Traversine._ Elle est ainsi nommée parce qu'elle traverse de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève à celle d'Arras. Au treizième siècle et depuis on disoit rue _Traversaine_. Quelques nomenclateurs écrivent _Traversière_[473].
[Note 473: Dans cette rue, et vis-à-vis celle de Versailles, est un cul-de-sac qui porte le nom de cette dernière rue.]
_Rue Tripelet._ Elle traverse de la rue Gratieuse à celle de la Clef. Ce nom est fort altéré sur les divers plans de Paris. On lit: _Tripelle_, _Tripellé_, _Tripolet_, _Tripette_, _Tripotte_, _Triptet_, _Triperet_, etc. Ce qui doit faire préférer celui que nous lui donnons, c'est qu'on trouve qu'en 1540 un particulier nommé Jehan Tripelet possédoit trois arpents de terre précisément à l'endroit où cette rue est située[474].
[Note 474: Cens. de Sainte-Genev., an 1540, fol. 97.]
_Rue de Versailles._ Elle aboutit d'un côté à la rue Traversine, de l'autre à celle de Saint-Victor. Il paroît qu'elle portoit dès le treizième siècle le nom qu'elle porte encore aujourd'hui, et qu'elle le devoit à une famille distinguée, dont l'histoire fait mention dès le onzième; _Pierre de Versaliis_ y demeuroit en 1270. Guillot l'appelle rue de _Verseille_, et le rôle des taxes de 1313, rue de Versailles; depuis il n'y a eu aucune variation dans ce nom, qu'elle porte encore aujourd'hui.
_Rue Saint-Victor._ Elle commence à la place Maubert, et finit au coin des rues des Fossés-Saint-Victor et Saint-Bernard. Son nom est dû à l'abbaye Saint-Victor, à laquelle elle conduisoit. On présume qu'elle existoit avant le règne de Louis-le-Gros, mais qu'elle n'a pris ce nom que depuis l'époque de la fondation faite par ce monarque à Saint-Victor.
_Rue du Faubourg Saint-Victor._ Elle commence au coin des rues des Fossés-Saint-Victor et Saint-Bernard, et finit au carrefour de la Pitié. Cette rue se prolongeoit ci-devant jusqu'à la croix de Clamart; mais cette partie, comme nous l'avons dit ci-dessus, en fut séparée sous le nom de _rue du Jardin du Roi_[475].
[Note 475: Dans cette rue il y en avoit anciennement une autre appelée _rue d'Aleps_, qui se prolongeoit jusqu'au grand chemin le long de la rivière, et qui de ce côté se terminoit par une porte. En parlant de la rue de Seine, nous avons remarqué que les religieux de Saint-Victor avoient eu ordre de la faire murer. Les titres de cette abbaye nous apprennent que cette rue ou chemin coupoit un terrain labouré nommé d'abord _terre d'Alez_ ou _d'Aleps_, et ensuite _du Chardonnet_, et qu'il lui fut donné par Louis-le-Gros. Quelques historiens ont prétendu, mais sans en donner de preuve, que ce nom lui venoit d'Alix ou Adélaïde de Savoie, épouse de ce prince.]
_Rue des Fossés-Saint-Victor_[476]. Elle commence à l'extrémité de la rue Saint-Victor, où étoit une des portes de l'enceinte de Philippe-Auguste, laquelle fut rebâtie en 1570, et abattue en 1684, et finit à la rue Neuve-Saint-Étienne et à celle de Fourci. Son nom lui vient des fossés sur l'emplacement desquels elle a été bâtie. Depuis la rue Clopin jusqu'à celle de Fourci, on l'appeloit rue de la Doctrine-Chrétienne.
[Note 476: En face du collége des Écossois, situé dans cette rue, on en a percé une nouvelle qui donne dans la rue Bordet. Elle est encore sans nom.]
QUAIS.
_Quai de la Tournelle et quai Saint-Bernard._ Ce quai commence à l'endroit où finit la rue qui porte le même nom, et venoit aboutir autrefois à la porte Saint Bernard. Corrozet l'indique sous le nom de _rue et porte Saint-Bernard_, et il le portoit en effet dès 1380. Depuis on ne conserva le nom de _porte Saint-Bernard_ qu'à cette partie du quai qui commence à la rue de Bièvre: il n'y avoit point alors de maisons bâties en cet endroit; et à l'angle où elles se terminoient, il étoit désigné sous le nom de _port aux Mulets_. Tout ce quai n'étoit encore, au milieu du dix-septième siècle, qu'un terrain en pente, souvent inondé, et presque toujours impraticable, à cause des boues dont il étoit couvert. En 1750 il fut ordonné qu'il seroit pavé dans une largeur de dix toises; en 1758 il fut repavé, dégagé et agrandi par la suppression de trois maisons qui étoient situées vis-à-vis les Miramiones. Ce port sert de décharge aux vins qui arrivent journellement pour la consommation de Paris, au bois, à la tuile, à l'ardoise, etc.
_Quai de l'Hôpital._ C'est ainsi qu'est nommée toute la partie du rivage de la Seine qui s'étend depuis le jardin du Roi jusqu'à la barrière de la Gare.
_Antiquités romaines découvertes dans le quartier de la place Maubert._
En creusant la terre pour jeter les fondements d'une maison sur le quai de la Tournelle, on trouva, en 1735, à 10 pieds de profondeur, trois fragments de marbre représentant des figures en relief, et un mur de cinq pieds d'épaisseur, construit en pierres de taille d'une très-grande dimension, ce qui sembloit indiquer un édifice antique assez considérable. M. de Caylus a pensé que cet édifice pouvoit être un temple bâti par les négociants de Paris, vis-à-vis de l'autel qu'ils avoient élevé dans la Cité[477]: c'est là une simple conjecture dont on ne peut dire autre chose, sinon qu'elle n'a rien d'invraisemblable, encore qu'on puisse en élever mille autres, qui toutes auroient le même degré de vraisemblance.
[Note 477: Recueil d'Antiq., t. III, p. 398.]
MONUMENTS NOUVEAUX,
OU RÉPARATIONS FAITES AUX ANCIENS MONUMENTS DEPUIS 1789.
_Saint-Nicolas-du-Chardonnet._ On a rendu à cette église le tombeau de Charles Le Brun et celui de sa mère qui, pendant la révolution, avoient été déposés aux Petits-Augustins. Deux nouveaux tableaux décorent cette église: l'un représente la résurrection de la fille de Jaïre; l'autre Jésus-Christ sur la montagne des Oliviers.
_Halle aux Vins._ L'ancienne Halle aux Vins étoit depuis long-temps insuffisante aux besoins de Paris; et le projet d'en construire une nouvelle avoit été formé dès les premières années de ce siècle. La première pierre en fut posée le 15 août 1811, dans l'enclos de l'abbaye de Saint-Victor; et les travaux, commencés aussitôt sous la direction de M. Gaucher, architecte, furent conduits si activement que, dès le mois d'août 1813, le commerce étoit en possession de quatre halles du marché à gauche, et de sept halles du marché à droite. Ces travaux, suspendus un moment, furent repris depuis avec une nouvelle activité, bien qu'ils ne soient point encore aujourd'hui entièrement achevés.
Le terrain sur lequel s'élève la Halle aux Vins, a environ 134,000 mètres de superficie; il est clos de murs sur trois côtés, et fermé sur le quai Saint-Bernard par une grille de 404 mètres de développement. De ce côté, sont deux petits bâtiments destinés à l'administration, et six bureaux pour les commis à l'entrée et à la sortie des vins.
Cette Halle sera composée de cinq grandes masses de constructions, deux au centre, qui serviront de marché et seront divisées chacune en sept halles; deux autres, l'une à gauche et l'autre à droite, qui contiendront ensemble 42 celliers voûtés en pierre de taille, avec magasins au-dessus; enfin, du côté de la rue Saint-Victor, un cinquième corps de bâtiment, de 360 mètres de largeur, sur 88 de profondeur, contiendra encore 49 celliers, également voûtés en pierre de taille. Le magasin pratiqué au-dessus sera spécialement consacré au dépôt des eaux-de-vie. Ces halles, marchés et celliers pourront contenir ensemble environ 200,000 futailles, dont 27,600 de vins chauds, et 9,000 pipes d'eau-de-vie. Mais tous ces calculs ayant été faits dans la supposition que les fûts ne seroient gerbés que d'un seul rang, c'est-à-dire d'un rang au-dessus de celui à rez-de-chaussée, il en résulte qu'au besoin cet entrepôt pourroit contenir le double de ce qui vient d'être indiqué.
Sur l'inspection des parties déjà terminées de ce vaste monument, on peut, dès à présent, se faire une idée de la beauté de son ensemble, et de la distribution judicieuse de ses diverses parties. On y retrouve, de même que dans les autres édifices de ce genre, qui s'élèvent de toutes parts à Paris, un caractère de simplicité, auquel s'allie très-convenablement une sorte de richesse que l'on ne doit qu'à la beauté des matériaux et la recherche de l'exécution.
_Marché aux Chevaux._ Ce marché a été pavé depuis quelques années; au milieu s'élèvent deux fontaines qui se composent d'un piédestal carré, surmonté d'une lanterne. Des deux côtés, une tête de lion verse de l'eau dans un bassin circulaire.