Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 5/8)

Part 39

Chapter 393,665 wordsPublic domain

_Rue de la Barrière._ Elle aboutit d'un côté au Champ de l'Allouette, de l'autre au chemin de Gentilly. Une barrière qu'on y avoit placée lui avoit fait donner ce nom, qu'elle portoit dès 1536. On la nommoit auparavant _rue Payen_, à cause d'une maison et d'un grand clos appartenant à un particulier qui portoit ce nom. Ce clos existoit encore vers la fin du siècle dernier[434].

[Note 434: La partie de cette rue qui donne sur le boulevart se nomme _rue de la Glacière_, celle qui aboutit à la rue du Champ de l'Allouette est désignée sous le nom de _rue du Petit-Champ_.]

_Rue du Battoir._ Elle commence à la rue Coupeaux, et finit à celle d'Orléans.

Ce fut vers la fin du règne de François Ier que le clos du Chardonnet commença à se couvrir de maisons, et qu'on perça les rues que nous y voyons. L'abbé et les religieux de Sainte-Geneviève donnèrent d'abord une grande partie de ce clos, à titre de fief, à MM. d'Albiac et René d'Ablon: ce dernier fit ouvrir des rues en 1540, et construire vingt-quatre maisons; puis il céda le reste, à cens, à divers particuliers. Ce territoire reçut d'abord le nom de _la Villeneuve-Saint-René_, et depuis on en fit un bourg, dans lequel le fief d'Albiac se trouvoit enclavé. Ce terrain comprenoit tout l'espace renfermé entre les rues du Jardin du roi, d'Orléans, Moufetard et Coupeaux. Le chemin dont nous parlons, qui se nommoit, en 1588, _rue Neuve-Saint-René_, reçut d'une enseigne, en 1603, le nom de _rue du Battoir_.

_Rue des Bernardins._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Victor, de l'autre au quai de la Tournelle. Sauval dit qu'en 1246 elle s'appeloit rue Saint-Bernard, à cause du collége des religieux de Cîteaux, qui étoient venus s'y établir. Cette année est effectivement celle de leur établissement; mais Jaillot ne trouve point d'actes qui prouvent que ce nom ait été donné à la rue, laquelle ne fut ouverte que dans le courant de cette année. Guillot et le rôle de 1313 ne font point mention de la rue des Bernardins; ils n'indiquent que celle de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, dont elle étoit alors la continuation. Enfin on la trouve indiquée sous ces deux noms dans le compte des confiscations de 1427.

_Rue des Fossés-Saint-Bernard._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Victor, et de l'autre au quai de la Tournelle. On lui a donné ce nom parce qu'elle fut bâtie sur les fossés creusés, pendant la régence de Charles V, le long des murs de l'enceinte de Philippe-Auguste. Elle fut couverte de maisons, du côté de Saint-Victor, sous le règne de Louis XIII, et de l'autre, en vertu de lettres-patentes données en 1660, et enregistrées en 1672[435].

[Note 435: Hist. de Par., t. III, p. 218.]

_Rue du Pont-aux-Biches._ Elle aboutit d'un côté à la rue Censier, et de l'autre aux extrémités des rues de la Muette et du Fer-à-Moulin. Ce nom est dû au petit pont sous lequel passe la rivière de Bièvre. En 1603 elle ne faisoit qu'une seule rue avec la vieille rue Notre-Dame.

_Rue de Bièvre._ Elle communique de la place Maubert au quai de la Tournelle. Nous avons déjà dit quelle fut ainsi nommée parce que la rivière de Bièvre passoit anciennement en cet endroit, et alloit se rendre dans la Seine un peu au-dessous de celui qu'on appeloit _les Grands-Degrés: vicus de Breva_ en 1243 et _de Bievra_ en 1259[436].

[Note 436: Cart. de Sorbonne.]

_Rue Bordet._ Elle commencé à la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, près de la fontaine, et aboutit à la rue Moufetard, au coin de celle de la Contrescarpe. Suivant les cartulaires de l'abbaye Sainte-Geneviève, on l'appeloit, en 1259, _strata publica de Bordelis_. Dans les siècles suivants on la trouve sous les noms de _Bordelle_, _Bourdel_, _de la Bourdelle_, _Bourdelle_ et _Bourdet_. Ces noms, défigurés par les copistes, viennent de la famille de Bordelles, fort connue alors, et qui donna aussi son nom à la porte à laquelle cette rue conduisoit. Guillot l'appelle _rue de la Porte-Saint-Marcel_.

_Rue des Boulangers._ Elle descend de la rue des Fossés-Saint-Victor dans la rue du faubourg du même nom, vis-à-vis l'abbaye. Elle étoit connue, dans le seizième siècle, sous le nom de _rue Neuve-Saint-Victor_. On l'a appelée depuis rue des Boulangers, sans doute parce que la plus grande partie de ceux du faubourg Saint-Victor s'y étoit établie.

_Rue du Gros-Caillou._ Elle fait la continuation de la rue du Marché-aux-Chevaux, et aboutit à celle du Banquier. Elle est indiquée sans nom sur les plans du dix-septième siècle et du commencement du dix-huitième. Le premier où elle soit présentée sous le nom qu'elle porte est de 1737; on ne la connoissoit auparavant que sous celui de _Chemin de Gentilly_.

_Rue Censier._ Elle aboutit d'un côté à la rue Moufetard, de l'autre à celle du Jardin du Roi. Les géographes et les nomenclateurs la coupent en deux parties à l'endroit où les rues Vieille-Notre-Dame et du Pont-aux-Biches viennent s'y réunir. Depuis la rue Moufetard jusqu'à cette jonction, les uns la nomment _vieille rue Saint-Jacques_, d'autres _rue Centier ou Saint-Jean_; et depuis la rue du Pont-aux-Biches elle est appelée _rue Notre-Dame_, ou bien l'on n'en fait qu'une seule rue sous le nom de _vieille rue Saint-Jacques_ ou _Censier_. Sauval dit qu'autrefois elle se nommoit _rue des Treilles_, «et auparavant _rue Sans-Clef_, parce que c'étoit un cul-de-sac; et depuis _du Centier_, ou _du Censier_, ou _Censière_, à l'occasion d'un receveur des cens et rentes qui y a demeuré fort long-temps[437].» Jaillot pense avec plus de vraisemblance que la véritable étymologie de ce nom vient de ce que, dans son origine, ce n'étoit qu'un cul-de-sac, qu'on appeloit alors _rue Sans-Clef_, et par corruption _rue Sancée_, _Censée_ et _Censier_. Il cite en effet plusieurs titres dans lesquels elle est nommée _rue du cul-de-sac autrement dite Sancier_ ou _Sans-Clef_, _rue des Treilles_, _rue Sancier-Cul-de-Sac_[438].

[Note 437: Tome II, p. 121.]

[Note 438: À l'entrée de cette rue, du côté de la rue Moufetard, il y a une espèce de ruelle qui conduit à la rivière de Bièvre. Il y en avoit une autre vis-à-vis l'hôpital des Cent-Filles, qu'on nommoit, en 1588, _ruelle Jubin_ ou _rue Saint-Antoine_, et qu'on a abandonnée à cet hôpital.]

_Rue de la Clef._ Elle aboutit d'un côté à la rue Coupeaux, et de l'autre à celle d'Orléans. Sauval dit «qu'elle est appelée tantôt rue de la Corne, tantôt rue Neuve-Saint-Médard, et qu'on l'a même souvent confondue avec la rue Gratieuse et la rue Tripelet.» Jaillot convient qu'elle se nommoit, en 1587, rue Saint-Médard, qu'on la trouve même dans un terrier de Sainte-Geneviève sous celui de _rue Courtoise_ (ou Gratieuse), mais il nie qu'elle ait jamais été nommée _de la Corne_ ou _Neuve-Saint-Médard_. Du reste elle portoit, dès 1588, le nom qu'elle a conservé jusqu'à ce jour; et ce nom, elle le devoit à une enseigne.

_Rue Clopin._ Elle traverse de la rue Bordet dans celle des Fossés-Saint-Victor, et doit son nom à un logis appelé _la grande maison Clopin_, qu'on y bâtit en 1258[439]. Elle est ainsi désignée dans plusieurs actes du treizième siècle, et elle le portoit encore dans les deux siècles suivants; mais dès le commencement du seizième on la trouve indiquée sous celui _du Champ-Gaillard_ et _du Chemin-Gaillard_. On appeloit ainsi le chemin qui régnoit en cet endroit le long des murs, et la place où la rue Clopin aboutissoit.

[Note 439: Sauval, t. I, p. 126.]

Lorsqu'au dix-septième siècle on abattit les murs, et que l'on combla les fossés pour y construire des maisons, cette rue fut prolongée jusqu'à celle des Fossés-Saint-Victor, et nommée alors _rue des Angloises_, parce qu'elle aboutissoit vis-à-vis du couvent de ces religieuses: depuis elle a repris son premier nom dans toute son étendue.

_Rue Contrescarpe._ Elle aboutit d'un côté aux rues Bordet et Moufetard, de l'autre au coin de la rue Neuve-Sainte-Geneviève, et doit son nom à sa situation sur les fossés de l'Estrapade. Avant que ces fossés creusés entre les portes Saint-Victor et Saint-Jacques fussent comblés et couverts de maisons, ce terrain-ci étoit extrêmement élevé, et formoit un chemin difficile et pénible. M. de Fourci, prévôt des marchands, ayant conçu le projet de lui donner une pente plus douce, obtint, en 1685, un arrêt du conseil, confirmé par lettres-patentes enregistrées en 1686, lequel permettoit de démolir la porte Saint-Marcel, et de reprendre à quinze pieds sous oeuvre les maisons de la rue Contrescarpe, en indemnisant les propriétaires: ce qui fut exécuté[440].

[Note 440: Hist. de Par., t. 4, p. 273.]

_Rue Copeau_ ou _Coupeaux_. Jaillot pense que ce dernier nom est le véritable. Cette rue conduit de la rue Moufetard au carrefour de la Pitié. Son nom est ancien: il vient d'un hôtel sur l'emplacement duquel il y avoit une butte et un moulin à vent; à quelque distance de là étoit un autre moulin situé sur la rivière de Bièvre, et ce dernier se nommoit, au douzième siècle, _moulin de Cupels_; on en donna le nom au chemin par lequel on y alloit. Dans les anciens titres on le trouve sous celui de la _chauciée Coupeaulx_, et dans le procès-verbal de 1636 il est nommé _la grand'rue de Coippeaulx_.

_Rue des Trois-Couronnes._ Elle aboutit d'un côté à la rue Moufetard, de l'autre au carrefour Saint-Hippolyte. Son nom, dont l'origine n'est point connue, vient sans doute de quelque enseigne.

_Rue Creuse._ Elle traverse de la rue des Francs-Bourgeois à celle du Banquier. C'étoit un simple chemin sans nom, et qui n'a pris celui qu'il porte que depuis environ quarante ans[441].

_Rue Croulebarbe._ Elle commence à la rue Moufetard, près les Gobelins, et aboutissoit autrefois à un moulin dont elle avoit pris sa dénomination. Il est question dans plusieurs anciens titres[442] du moulin de _Crollebarbe_, et du lieu dit _les Plantes_ ou _Croulebarbe_. Le moulin est aussi nommé quelquefois _moulin de Notre-Dame_[443].

[Note 441: Elle se nomme, depuis la révolution, _rue des Cornes_; sa continuation, qui se prolonge maintenant jusqu'au boulevard, est nommée _rue d'Ivry_.]

[Note 442: Part. A, pages 715 et 782, et D, p. 323.]

[Note 443: Ce moulin existe encore, et sert à faire mouvoir des mécaniques.]

_Rue des Grands-Degrés._ Elle aboutit d'un côté à la rue du Pavé-de-la-Place-Maubert, et de l'autre côté à celles de Bièvre et de la Tournelle. Ce nom lui vient d'un grand degré par lequel on descendoit à la rivière, et qui n'a été détruit qu'à la fin du siècle dernier. Les titres de Sainte-Geneviève en font mention au treizième siècle: _Gradus... domus juxta Secanam prope gradum._ Cette rue faisoit partie du port que la ville fit faire en 1366; alors on la nomma _rue Saint-Bernard_; depuis _rue Pavée_, lorsqu'on y eut bâti les maisons qui forment aujourd'hui la _rue de la Tournelle_. Enfin elle a pris son dernier nom au commencement du dix-huitième siècle.

_Rue Dervillé._ Elle traverse de la rue du Champ de l'Allouette à celle des Filles-Angloises. Elle ne porte aucun nom sur les plans de Paris; et Jaillot dit l'avoir trouvée désignée, sans doute dans quelques actes, sous ceux de _ruelle_ ou _petite rue des Filles-Angloises_, et de _petite rue Neuve-Saint-Jean-de-Latran_. Elle a pris le nom qu'elle porte maintenant d'un particulier qui l'habitoit il y a environ cinquante ans.

_Rue de l'Épée-de-Bois._ Cette rue aboutit d'un côté à la rue Moufetard, et de l'autre au Champ d'Albiac. C'est parce qu'elle y conduit que plusieurs topographes la nomment _rue du Petit-Champ_, quoiqu'une enseigne de l'épée de bois lui en eût fait donner le nom long-temps auparavant. On la trouve ainsi indiquée dès l'an 1603.

_Rue Neuve-Saint-Étienne._ Elle aboutit d'un côté à la rue des Fossés-Saint-Victor, de l'autre, tournant en équerre, à la rue Coupeaux. Le plus ancien nom qu'elle ait porté est celui de _chemin du Moulin-à-Vent_, parce qu'elle conduisoit à un moulin situé sur une éminence où l'on bâtit depuis un manoir, appelé le _château de Montauban_. On trouve en 1539 cette rue désignée sous le nom _de Puits-de-Fer_ ou _des Morfondus_; 1º à cause d'un puits public qui avoit été construit au carrefour qu'elle forme avec la rue Contrescarpe et celle des Fossés-Saint-Victor; 2º parce qu'il y avoit dans cette rue une maison appelée _des Morfondus_ ou _des Réchauffés_. La partie en retour d'équerre qui va à la rue Coupeaux se nommoit _rue de Montauban_. Cette portion avoit été formée du reste d'une ancienne rue qui se terminoit au coude que fait la rue des Boulangers, et qu'on trouve dans plusieurs anciens titres sous la dénomination de _rue Tiron_, parce qu'elle conduisoit à un clos de ce nom. Lorsqu'elle fut fermée, on prolongea celle de Montauban pour la faire aboutir à la rue des Fossés-Saint-Victor; et depuis, cette dernière rue se confondit dans la rue Neuve-Saint-Étienne.

_Rue de Fer_ ou _des Hauts-Fossés-Saint-Marcel._ Cette rue commence au carrefour de Clamart, et aboutit à la rue Moufetard. Elle étoit jadis divisée en deux parties, dont la première, depuis le carrefour de Clamart jusqu'à la rue des Francs-Bourgeois, se nommoit _rue de Fer_, l'autre _rue des Fossés_ et _des Hauts-Fossés-Saint-Marcel_. Cette dernière dénomination provenoit de ce qu'elle avoit été bâtie sur les fossés qui environnoient le territoire de Saint-Marcel. Près de l'endroit où elle se réunit à la rue des Francs-Bourgeois étoit une porte nommée _de La Barre_, qui avoit donné son nom à une rue voisine; à l'autre extrémité, la rue de Fer touchoit à une autre porte qu'on appeloit dans les derniers temps la _fausse porte Saint-Marcel_, et qu'on trouve désignée, en 1304, sous le nom de _porte Poupeline_[444].

[Note 444: Sauval, t. III, p. 69.]

_Rue du Fer-à-Moulin._ Elle aboutit d'un côté à la rue Moufetard, de l'autre à celles de la Muette et du Pont-aux-Biches. Elle s'étendoit autrefois sous ce nom jusqu'au carrefour de Clamart. Le plus ancien nom qu'elle ait porté est celui de _rue du Comte de Boulogne_, parce que ces seigneurs y avoient leur hôtel. Suivant Sauval[445], elle a porté aussi le nom de _Richebourg_, et l'a communiqué à un petit pont sur la Bièvre nommé depuis le _Pont-aux-Tripes_. Les anciens titres désignent ce pont sous le nom de _Tripiers_ et de _Pont-Saint-Médard_. Quant à celui de _Richebourg_, il appartenoit au territoire sur lequel cette rue étoit située, et il le portoit dès le treizième siècle.

[Note 445: _Ibid._, t. I, p. 133.]

_Rue de la Fontaine._ Elle conduit de la rue d'Orléans à la place ou rue du Puits-l'Ermite. Sauval[446] met au rang des rues qui ne subsistent plus la rue _Jean-Mesnard_, appelée depuis _Jean-Mollé_, et, suivant d'autres, _Jean Mol_ et _Mole_. Cependant, si l'on consulte les plans du dix-septième siècle, on reconnoît que c'étoit la même que celle dont nous parlons. Elle doit ce dernier nom à une maison qui y étoit située, et que l'on appeloit _la Grande-Fontaine_.

[Note 446: Sauval, t. II, p. 66.]

_Rue Françoise._ Elle aboutit d'un côté à la rue de la Clef, et de l'autre aux rues Gratieuse et du Noir. Dans les titres de Sainte-Geneviève, elle est nommée, en 1588, rue Françoise, autrement dite _la Clef_; et en 1603, rue Françoise, autrement dite _le clos du Chardonnet_ ou _Villeneuve-Saint-René_[447]. On la désigne encore sous le nom de _carrefour du Puits-de-l'Ermite_. Tout ceci prouve qu'elle a été quelquefois confondue avec la rue de la Clef, et même avec la rue Gratieuse. Quant au nom qui lui est resté, elle l'a reçu pour avoir été ouverte sur le Champ d'Albiac vers la fin du règne de François Ier[448].

[Note 447: Terrier de Sainte-Genev., 1603, fol. 320 et 330.]

[Note 448: Cette rue a pris le nom de celle du Puits-l'Ermite.]

_Rue des Francs-Bourgeois._ Elle aboutit d'un côté au cloître Saint-Marcel, et de l'autre à la rue de Fer. Ce nom peut lui être venu, suivant Jaillot, de ce que les habitants de la _ville_ Saint-Marcel étoient exempts de payer les taxes auxquelles les bourgeois de Paris étoient imposés, ainsi qu'il fut décidé par un arrêt du parlement de la Toussaint 1296, lequel déclara que le territoire de Saint-Marcel ne faisoit point partie des faubourgs de Paris[449].

[Note 449: Dans cette rue est un cul-de-sac nouveau nommé _des Soeurs_; le cloître Saint-Marcel se nomme _place de la Collégiale_. La petite place qui est située vis-à-vis l'église a pris le nom de _place Saint-Marcel_. Les deux rues qui communiquent de la place à la rue Moufetard sont appelées _rue Pierre-Lombard_ et _rue Saint-Marcel_. (Voyez _rues nouvelles_).]

_Rue Gautier-Renaud._ Elle aboutit d'un côté a la rue des Hauts-Fossés-Saint-Marcel, de l'autre au chemin de Villejuif. Elle ne paroît sur aucun plan avant 1714. C'étoit alors un simple chemin qui faisoit la continuation de la rue Moufetard, et dont l'abbé de La Grive, dans son plan de 1737, a fait deux rues; l'une, sous le nom de _Gobelins_, qu'il fait aboutir aux Gobelins; l'autre, qui existe réellement, et qui a pris celui de Gautier-Renaud, du nom d'un particulier qui y avoit une maison.

_Rue de la Montagne-Sainte-Geneviève._ Elle commence à la place Maubert, et aboutit au carré Sainte-Geneviève. Au treizième siècle on la nommoit simplement _Sainte-Geneviève, vicus Genovefeus_. On l'a nommée ensuite _rue Sainte-Geneviève-la-Grant_, _du Mont_, et _de la Montagne-Sainte-Geneviève_. Le procès-verbal de 1636 lui donne le nom de _rue des Boucheries_, à cause de plusieurs étaux qu'on permit d'y établir à la fin du douzième siècle et dans le suivant.

_Rue des Gobelins._ Elle aboutit d'un côté à la rue du Faubourg-Saint-Marcel, de l'autre à la rivière de Bièvre, à l'extrémité de la rue des Marmouzets. Sur tous les plans du dix-septième siècle et même du commencement du dix-huitième, elle porte le nom de rue de Bièvre; cependant dès 1636 on l'appeloit aussi rue des Gobelins. Elle doit ce dernier nom à la manufacture dont elle est voisine.

_Rue Gratieuse._ Elle aboutit d'un côté à la rue Coupeaux, de l'autre à celle de l'Épée de Bois. Sauval prétend, par d'assez mauvaises raisons, que son premier nom étoit Courtoise; Jaillot n'en trouve aucune preuve. Dans le censier de 1646 elle est appelée _rue Gratieuse, alias du Noir_. «Le premier nom, dit ce critique, pouvoit venir des descendants de Jean Gratieuse, dont la maison étoit située en cet endroit en 1243[450], et le second, de la maison de Jacques Pays, avocat, où pendoit pour enseigne la Tête Noire. On a confondu quelquefois cette rue avec celles du Battoir et de la Clef[451].»

[Note 450: Cart. Sainte-Genev., fol. 1 et 12.]

[Note 451: En entrant dans cette rue par la rue Coupeaux on trouvoit autrefois à gauche une ruelle nommée _Sainte-Anne_, laquelle, suivant les apparences, faisoit la continuation de la rue d'_Ablon_, et étoit la même ou du moins sur la même ligne que la ruelle _Denys-Moreau_; celle-ci étoit parallèle à la rue Tripelet. Elles sont comprises maintenant dans les enclos de Sainte-Pélagie et de la Pitié.]

_Rue du Gril._ Elle traverse de la rue d'Orléans à la rue Censier. Plusieurs nomenclateurs la confondent avec la rue du Battoir, dont elle fait la continuation. Sur le plan de Boisseau, gravé en 1642, elle porte le nom _du Gril-Fleuri_, qui paroît avoir été celui d'une enseigne.

_Rue Saint-Hippolyte._ Elle conduit de la rue de Lourcine au carrefour et à l'église Saint-Hippolyte, qui lui a donné son nom. On voit par le plan de Dheulland qu'on l'appeloit rue _des Teinturiers_ dans sa plus grande partie, à cause des teintures des Gobelins, qui se faisoient sur la Bièvre, près de cette rue; mais dans sa partie supérieure elle conservoit l'ancien nom de Saint-Hippolyte.

_Rue du Jardin du Roi._ Elle commence au carrefour de la Pitié, et finit à celui de Clamart. Comme c'étoit le chemin de la butte, du moulin et du territoire de Coupeaux, elle en portoit d'abord le nom. Les papiers terriers de Sainte-Geneviève la nommoient, en 1603, _rue des Coipeaux_. Elle reçut sa dernière dénomination en 1636, époque à laquelle le jardin du Roi fut formé[452].

[Note 452: Vers le côté oriental du Jardin du Roi on a percé une rue nouvelle qui se nomme _rue de Buffon_. La place située vis-à-vis le jardin, du côté de la rivière, est nommée _place Valhubert_.]

_Rue de Lourcine._ On devroit écrire et prononcer _Lorcines_. Elle aboutit d'un côté à la rue Moufetard, de l'autre à la barrière de Gentilly. L'orthographe de ce nom a beaucoup varié: Sauval[453] écrit _Loursine_, _l'Oursine_ et _Lorsine_; Corrozet _l'Orsine_; Gomboust et Jouvin _de l'Ursine_; Dheulland la nomme _rue des Cordelières_. L'abbé Lebeuf[454] a trouvé dans les titres de Sainte-Geneviève cette rue désignée _in Lorcinis, de Laorcinis_ en 1248 et 1250, et _apud Lorcinos_ en 1260, d'où il conjecture «que ce nom a été fabriqué sur le françois Lorcines; car j'ai vu, dit-il, un titre de 1245, peut-être le plus ancien qu'on ait sur ce lieu, où il est nommé _Locus cinerum_.» Il se livre là-dessus à des idées assez singulières, dont Jaillot prouve le peu de solidité en citant un cartulaire de Sainte-Geneviève de 1243, dans lequel le _Locus cinerum_ et la terre de _Laorcinis_ sont énoncés comme deux endroits différents. Le nom de _Laorcinis_ lui semble même être le plus ancien, parce qu'on le trouve dans l'acte de vente que Thibauld le riche et Pétronille sa femme firent, en 1182, aux frères de l'hôpital de Jérusalem, d'une grange située _propè ulmum de Laorcinis_. C'est là que fut depuis l'hôtel du fief de Lorcines appartenant à Saint-Jean-de-Latran. Ce nom primitif de _Laorcinis_ s'est conservé dans ceux de _Lorcinis_ et _Lorcines_ ou Lourcine: celui de _Locus cinerum_ a subsisté long-temps dans le nom de _rue de la Cendrée_, appelée aujourd'hui Poliveau ou des Saussaies.

[Note 453: Tome I, p. 148.]

[Note 454: Tome I, p. 159 et 160; t. II, p. 414.]

_Rue Maquignonne._ Cette rue commencée la rue des Saussaies et finit au marché aux chevaux. Elle doit son nom aux maquignons qui se rendent à ce marché, et fut percée vers le milieu du dix-septième siècle.

_Rue des Marmouzets._ Cette rue aboutit d'un côté à la rue Saint-Hippolyte, de l'autre à celle des Gobelins. Elle portoit ce nom dès 1540, et le devoit à une enseigne. Vers la même temps on l'appela rue des _Marionnettes_, et La Caille lui donne encore ce nom.

_La place Maubert._ Elle est située au bas de la montagne Sainte-Geneviève. Le Maire et Piganiol cherchent l'étymologie de son nom dans une opinion populaire, qui dit que maître Albert _Groot_ (en allemand _Grand_), célèbre dominicain, ne trouvant point de salle assez vaste pour contenir le nombre infini de ses auditeurs, prit le parti de donner ses leçons dans la place publique; qu'en conséquence on l'appela _place de Maître-Albert_, et par contraction de _Malbert_ et _Maubert_. L'abbé Lebeuf[455] prétend que ce nom vient d'un évêque de Paris nommé Madelbert, à qui, suivant les apparences, la place appartenoit; et que les anciens manuscrits la nomment _platea Madelberti_. Jaillot au contraire trouve le nom de _platea Mauberti_ dans des titres qui remontent jusqu'en 1225, 1243 et 1248[456], et ne voit pas qu'on puisse prouver que le terrein en question ait appartenu à cet évêque, en tout ou en partie, ce qui seroit cependant nécessaire. Il croit plus naturel d'en attribuer l'origine à _Aubert_, second abbé de Sainte-Geneviève. Cette place étoit dans la censive et justice de cette abbaye; ce ne fut que dans le douzième siècle qu'on bâtit des maisons entre la montagne et la rivière; ce fut cet abbé Aubert qui permit de construire des étaux de boucherie en cet endroit; d'ailleurs l'évêque Madelbert étoit mort vers le milieu du huitième siècle, et par conséquent plus de quatre cents ans avant que ce terrein fût couvert de bâtiments; et nous prouverons par la suite que le clos Mauvoisin ou de Garlande, qui confine à cette place, ne fut bâti qu'en 1202.

[Note 455: Tome I, p. 190 et 191.]

[Note 456: Cart. Sorbon., fol. 37 et 140.--Gall. Christ., t. VII, col. 734.]