Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 5/8)
Part 38
_Magnæ Britanniæ, etc. Regis. Ille partis terrá ac mari triumphis clarus, sed constanti in Deum fide clarior, huic regna, opes, et omnia vitæ florentis commoda postposuit. Per summum scelus à suâ sede pulsus, Absalonis impietatem, Architophelis perfidiam, et acerba Semei convitia, invictâ lenitate et patientiâ, ipsis etiam inimicis amicus, superavit. Rebus humanis major, adversis superior, et coelestis gloriæ studio inflammatus, quod regno caruerit sibi visus beatior, miseram hanc vitam felici, regnum terrestre coelesti commutavit._
_Hæc domus quam pius princeps labentem substinuit et patriæ fovit, cui etiam ingenii sui monimenta omnia, scilicet suâ manu scripta, custodienda commisit, eam corporis ipsius partem quâ maximè animus viget religiosè servandam suscepit._
_Vixit annos_ LXVIII. _Obiit kal. oct. anno salutis humanæ._ M. D. CCI. _Jacobus dux de Perth, præfectus institutioni Jacobi III, magnæ Britanniæ regis, hujus domûs benefactor, mærens posuit_[402].
[Note 402: On a établi une pension dans les bâtiments de ce collége.]
HÔTELS.
ANCIENS HÔTELS DÉTRUITS.
_Hôtel d'Amboise_ (rue du Pavé-de-la-Place-Maubert).
Cet hôtel, qui avoit pris le nom de la famille d'Amboise à laquelle il appartenoit, avoit été bâti dans un cul-de-sac qui reçut la même dénomination; il a subsisté jusqu'au quatorzième siècle.
_Hôtels des abbés de Saint-Vincent de Senlis et de la Couture_ (rue de la Montagne-Sainte-Geneviève).
On ne sait rien autre chose de ces hôtels, sinon qu'ils existoient tous les deux dans cette rue vers 1380.
_Hôtel d'Albiac_ (même rue).
Cet hôtel fut acheté par contrat du 7 mai 1654, pour servir de logement aux pauvres écoliers du séminaire des Trente-Trois.
_Hôtels de Bourbon, de Bavière, de l'évêque d'Orléans et de celui de Tournay_ (rue Bordet).
De ces quatre hôtels, le premier ne subsiste plus depuis long-temps. On trouvoit encore, au siècle dernier, des vestiges du second dans un grand logis habité par des artisans, lequel avoit conservé le nom de _cour de Bavière_. Les deux autres avoient formé les colléges de Boncourt et de Tournay.
_Hôtel des comtes de Bar_ (rue Clopin).
On le trouve situé, au treizième siècle, dans cette rue, et attenant la maison où l'on a bâti le collége de Boncourt, Sauval dit qu'il appartenoit encore aux seigneurs de cette maison en 1338. Les cartulaires de Sainte-Geneviève et de Sorbonne en font mention dès 1284 et 1285.
_Maison du Patriarche_ (rue Moufetard).
Ce n'est plus aujourd'hui qu'une cour environnée de vieux bâtiments, occupés par des artisans. Sauval et Piganiol se sont trompés en disant qu'elle appartenoit dans le principe à Simon de Cramault, cardinal et patriarche d'Alexandrie. Jaillot prouve que ses premiers propriétaires furent Guillaume de Chanac, fondateur du collége de ce nom, et Bertrand de Chanac, mort en 1404. Ce dernier en fit don au collége fondé par son parent: depuis l'on voit Simon Cramault, personnage considérable sous le règne de Charles VI, devenir possesseur de cette maison, qu'il avoit sans doute acquise, à titre de vente ou d'échange, des écoliers du collége de Chanac. Elle étoit considérable, et occupoit tout le carré que forment aujourd'hui les rues Moufetard, de l'Épée-de-Bois, du Noir et d'Orléans; aussi étoit-elle chargée d'une forte redevance envers l'abbaye de Sainte-Geneviève, sur le territoire de laquelle elle étoit située. Le propriétaire ayant cessé de la payer, la maison fut saisie et vendue. Elle passa, par succession de l'acquéreur, à MM. Canaye, à qui elle appartenoit en 1561. C'est alors qu'elle fut prêtée ou donnée à bail aux calvinistes, qui en firent le lieu de leurs assemblées, et qu'arriva l'événement désastreux de Saint-Médard, dont nous avons déjà parlé. Le lendemain, la populace irritée se saisit de la maison du Patriarche, brisa la chaire du ministre, rompit les bancs, brûla le prêche; et, sans l'activité des magistrats qui arrêtèrent ce désordre, le feu, qui se communiquoit déjà aux maisons voisines, auroit peut-être consumé tout le quartier. Jean Canaye, tout innocent qu'il étoit du tumulte arrivé, fit déclarer au parlement qu'il abandonnoit cette maison et ses dépendances, pour être vendue au profit des pauvres, ou employée à toute autre oeuvre de piété que la cour ordonneroit; «désirant que la mémoire de ce lieu fût à jamais éteinte et hors de sa famille.»[403] Il ne paroît pas que son offre ait été acceptée, car des titres postérieurs prouvent que dans le siècle suivant la maison du Patriarche appartenoit encore aux Canaye; du reste, cette famille possédoit plusieurs maisons et jardins dans le faubourg Saint-Marcel[404].
[Note 403: Hist. de Paris, t. IV, p. 806.]
[Note 404: Cette maison est presque détruite. La cour est devenue un marché public.]
_Le Séjour d'Orléans_ (rue d'Orléans).
Cette maison de plaisance, qui fut possédée par Louis de France duc d'Orléans, n'occupoit pas seulement, ainsi que l'a dit Piganiol, une partie de la rue à qui elle a donné son nom: tous les titres qui la concernent prouvent qu'elle s'étendoit jusqu'au cimetière Saint-Médard; de là, remontant en droite ligne à la rue Censier, elle se prolongeoit ensuite jusqu'à la Bièvre, et le long de cette rivière jusqu'à la rue Moufetard, reprenoit plus haut tout le côté gauche de la rue du Fer-à-Moulin, jusqu'à l'hôtel de Clamart qui alors en faisoit partie; enfin redescendoit vers la Bièvre, qu'elle côtoyoit jusqu'à la rue d'Orléans[405].
[Note 405: Il en résulte que ce qu'on appeloit encore, avant la révolution, _le fief du séjour d'Orléans_, comprenoit tout l'espace renfermé entre les rues d'Orléans, Moufetard, du Fer-à-Moulin, de la Muette et du Jardin du Roi, à la réserve du carré qu'occupent l'église, le cimetière Saint-Médard et les maisons voisines jusqu'à la Bièvre, et du terrain de l'hôtel de Clamart, lequel contenoit environ soixante toises carrées.]
Cet hôtel, au milieu du treizième siècle, appartenoit à Jean de Mauconseil, et s'appeloit l'hôtel de Carneaux. Vers la fin du quatorzième (en 1386), l'évêque de Beauvais, Milles de Dormans, qui en étoit alors propriétaire, le vendit à Jean, duc de Berri, qui le céda, l'année suivante, à Isabeau de Bavière. Cette princesse le donna bientôt en échange au duc d'Orléans, son beau-frère, pour la maison dite le Val-de-la-Reine. Ce prince l'augmenta par diverses acquisitions; et notamment par celle d'un hôtel voisin que possédoit aussi Milles de Dormans, et qui fut depuis l'hôtel de Clamart. Le séjour d'Orléans passa ensuite dans la maison d'Anjou-Sicile. Louis II, roi de Sicile, le possédoit au commencement du quinzième siècle. Ce domaine en sortit pendant quelque temps, y rentra[406], et fut enfin réuni à la couronne après la mort de Charles IV d'Anjou, neveu et successeur du roi René, lequel avait institué Louis XI son héritier universel. Ce prince donna, en 1483, le séjour d'Orléans à Jacques Louet, trésorier des chartes, pour en jouir sa vie durant[407]. La famille de Mesme le posséda ensuite, et en aliéna plusieurs parties. Enfin il devint, en 1649, la propriété d'un bourgeois de Paris, qui le vendit, en 1663, à l'abbaye Saint-Geneviève[408].
[Note 406: Marguerite d'Anjou, femme de Henri IV, roi d'Angleterre, s'y retira peu de temps après la mort de ce prince.]
[Note 407: Mémor. R. fol. 332.]
[Note 408: Il ne reste plus, depuis très-long-temps, aucun vestige de cet édifice.]
_Hôtels des comtes de Boulogne, de la comtesse de Forebelle, des comtes de Forez, de Hugues d'Arcies_ (rue du Fer-à-Moulin).
L'hôtel des comtes de Boulogne est le plus ancien des quatre que nous trouvons dans cette rue. Celui qu'habitoit la comtesse de Forebelle avoit été acheté par son père en 1221. Les comtes de Forez firent l'acquisition du leur en 1321[409]; ce furent les religieux de Sainte-Geneviève qui le vendirent: et dès 1371 il passa dans la maison de Bourbon, par le mariage d'Anne, dauphine d'Auvergne et comtesse de Forez, avec Louis II, duc de Bourbon. Enfin Hugues d'Arcies occupoit une maison dans cette rue, qu'il vendit, en 1378, à Roger d'Armagnac.
[Note 409: Sauval, t. II, p. 66.]
_Hôtel de Clamart_ (rue de la Muette).
Ce vaste bâtiment, qui embrassoit toute cette rue jusqu'au Pont-aux-Biches, avoit appartenu au comte d'Armagnac, ensuite à l'archevêque de Reims et à Philbert Paillard, président au parlement, qui le possédoit en 1378[410]. En 1423 cette maison s'appeloit l'hôtel de Coupeaux; on la laissoit dès-lors tomber en ruine, et en 1540 il n'en restoit plus qu'un pressoir, des masures et les jardins qui faisoient partie des dépendances de l'hôtel d'Orléans. On ignore quand ce bâtiment fut acquis par M. de Clamart dont il prit le nom; mais le terrier de l'abbaye de Sainte-Geneviève prouve qu'il le portoit dès 1646[411].
[Note 410: _Ibid._, p. 77.]
[Note 411: Cet hôtel est également détruit depuis long-temps.]
_Séjour de la Reine Blanche_ (rue de la Reine-Blanche).
Sauval dit[412] que la rue de la Reine-Blanche «fut ainsi appelée à cause qu'on la fit sur les ruines de l'hôtel de la Reine-Blanche, qui fut démoli en 1392, comme _complice_ de l'embrasement de quelques courtisans[413] qui y dansèrent, avec Charles VI, ce malheureux ballet des Faunes si connu[414].» Juvénal des Ursins et Corrozet l'avoient dit avant lui, et les historiens de Paris ont suivi cette opinion. Cependant Jean Le Laboureur, autre historien de Charles VI, dit positivement que ce fut à l'hôtel Saint-Paul que se donna le ballet des Sauvages, et nos écrivains les plus exacts ont adopté cette opinion. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il y a eu dans ce lieu un _séjour_ où des jardins appelés _de la reine Blanche_, et plusieurs titres en font mention. On ignore si ce nom venoit de Blanche de Bourgogne, femme de Charles-le-Bel, ou de Blanche d'Évreux, qui avoit épousé Philippe de Valois, ou enfin de la reine Blanche de Castille, mère de saint Louis. Cette dernière opinion a été soutenue dans un mémoire manuscrit fait en 1719 par un doyen de Saint-Marcel[415]. Il ajoute que cet hôtel fut ensuite possédé par une comtesse de Piémont.
[Note 412: Tome I, p. 161.]
[Note 413: Juven. des Urs. Hist. de Charles VI, p. 93.--Corrozet, fol. 134.]
[Note 414: _Voyez_ t. II, p. 516.]
[Note 415: M. Colonne du Lac.]
_L'hôtel Zone_ (rue de Lourcines).
Sauval[416] voulant expliquer le nom de cet hôtel, appelé par corruption l'hôtel _Jaune_, dit qu'on tient, par tradition, qu'un commandeur de Saint-Jean-de-Latran, curieux de porter ses pas jusqu'à la zone torride, le fit bâtir et le donna à sa commanderie. Ses copistes n'ont pas manqué de répéter ce conte, tombé aujourd'hui en discrédit, et qui n'a jamais eu le moindre fondement. Jaillot, cherchant aussi cette origine, trouve un acte portant la vente faite en 1182, aux frères de l'hôpital de Jérusalem, d'une grange près de l'orme de Lorcines. Cette acquisition, faite du consentement de l'abbé de Sainte-Geneviève[417], fut d'abord sous la seigneurie de cette abbaye, et soumise à plusieurs redevances envers elle jusqu'en 1445, qu'elle en céda le cens et la seigneurie aux chevaliers.
[Note 416: Tome I, p. 271.]
[Note 417: Cartul. 5. Gen. fol. 107 et 203.]
L'hôtel dont nous venons de parler se nommoit, à la fin du siècle dernier, l'hôtel du Fief, c'est-à-dire du fief de Saint-Jean-de-Latran. Il avoit communiqué sa franchise à plusieurs maisons qui en dépendoient, tant dans cette rue que dans quelques rues adjacentes[418].
[Note 418: Cet hôtel, qui existe encore en partie, est habité par des particuliers.]
_Maison Saint-Louis_ (rue Saint-Hippolyte).
Tel est le nom que Germain Brice donne à un vaste édifice situé vis-à-vis l'église Saint-Hippolyte, et dont il reste encore aujourd'hui des parties assez considérables et assez curieuses pour que nous ayons cru devoir en faire lever un dessein.
Ces débris sont composés de deux corps de logis qui communiquent l'un à l'autre par une galerie, au-dessous de laquelle est placée la porte d'entrée. La partie qu'on ne voit point dans la gravure se prolonge le long de la rue Saint-Hippolyte, sous la forme d'un carré long. Elle se compose d'une grande salle au rez-de-chaussée, et de plusieurs appartements au premier étage.
La délicatesse des sculptures gothiques qui ornent le perron et les portes du principal corps de logis, prouve qu'en effet la construction en remonte jusqu'au commencement du treizième siècle, époque la plus brillante de ce genre d'architecture. La tour carrée, le perron, le bâtiment en retour, tout est gothique, à l'exception des combles et de quelques parties supérieures. La forme carrée des croisées, laquelle se rapproche beaucoup de celle qui est usitée dans l'architecture moderne, est également une forme primitive; on peut conjecturer seulement que ces croisées ont été dépouillées des ornements de sculpture qui les environnoient. La même forme se retrouve dans celles de l'autre construction.
La rivière coule à l'autre extrémité, le long des murs de cette maison; et dans toute sa longueur le rivage est revêtu d'un quai dont la construction paroît également fort ancienne. Au milieu de la cour est une grande citerne depuis long-temps à sec, et dans laquelle on prétend que l'eau de la Seine entroit jadis par un canal souterrain: les caves encore existantes, et qui paroissent être du même temps que l'édifice, sont immenses, et peuvent, dit-on, contenir trois mille pièces de vin.
Saint Louis a-t-il eu effectivement un palais dans cet endroit? le témoignage de Germain Brice n'est pas appuyé d'autorités suffisantes pour qu'on puisse rien affirmer à ce sujet. Les traditions qu'on en conserve dans le quartier ne fournissent également que de bien foibles lumières; l'édifice y est vulgairement connu sous le nom de maison de la Reine-Blanche. Sur la porte principale au-dessus du perron, porte qui est également gothique, et du même temps que le reste, on voit plusieurs portraits dans des médaillons, et l'une de ces figures semble offrir les traits de saint Louis; l'architecture a bien certainement le caractère de celle qui régnoit dans le siècle de ce prince; voilà tout ce qu'il nous est possible de dire sur ce monument[419].
[Note 419: _Voy._ pl. 146.]
HÔTELS EXISTANTS EN 1789.
_Hôtel de Nesmond_ (quai de la Tournelle).
Cet hôtel, situé au coin de la rue des Bernardins et près de la maison des Miramiones, avoit été bâti sur trois quartiers de terre dépendants des chanoines de Saint-Victor. Ce terrain appartint ensuite à plusieurs propriétaires, parmi lesquels on compte les évêques de Paris et d'Arras, le comte de Boulogne, etc.; ce dernier le possédoit en 1372, et l'on y avoit déjà élevé une maison[420]. Cette propriété passa, dans le seizième siècle, à l'évêque de Beauvais, au duc de Montpensier, à M. Despesse, avocat du roi. En 1603 elle avoit pris le nom d'hôtel de Bar, à cause des ducs de Lorraine et de Bar qui l'avoient possédée. Nous passons sous silence plusieurs autres personnages à qui elle a appartenu, et qui sont trop obscurs pour mériter d'être cités. Enfin en 1636 c'étoit un jeu de paume, qui fut acquis peu de temps après par M. de Nesmond, et passa ensuite à ses héritiers[421].
[Note 420: Cens. de l'archev.]
[Note 421: Cet hôtel est maintenant habité par des particuliers.]
_Hôtel de Scipion_ (rue de la Barre).
Cet hôtel, bâti par Scipion Sardini, avoit été acquis, dans le siècle dernier, par l'hôpital général. On y avoit établi la boulangerie et la boucherie de ce grand établissement, et depuis cette époque il étoit connu sous le nom de Sainte-Marthe[422].
[Note 422: Cet édifice a encore aujourd'hui la même destination.]
_Clos Saint-Victor._
Il étoit situé vis-à-vis de cette abbaye et dans l'espace qui se trouve entre les rues Neuve-Saint-Étienne, des Fossés-Saint-Victor et des Boulangers. On le nommoit anciennement clos des Arènes; et Jaillot prétend que, du temps des Romains et de nos rois de la première race, c'étoit là qu'étoient les arènes et l'amphithéâtre. En 1641 on y plaça le cimetière de la Pitié; avant cette époque, ceux qui mouroient dans cet hôpital étoient enterrés dans le cimetière Saint Médard.
_Cimetière de Clamart._
C'étoit dans le principe un grand jardin situé vis-à-vis l'hôtel de Clamart. On en fit un cimetière, et il prit alors le nom de cet hôtel, ainsi que la croix et le carrefour situés au bout de la rue de la Muette[423].
[Note 423: On enterre encore aujourd'hui dans ce cimetière.]
_Rivière de Bièvre._
Cette petite rivière prend sa source à quatre lieues de Paris, aux environs d'un bourg dont on lui a donné le nom, et vient se jeter dans la Seine un peu au-dessus du jardin des Plantes, après avoir traversé le faubourg Saint-Marceau.
Cette direction est celle qu'elle avoit dans les temps les plus anciens; mais elle ne l'a pas toujours conservée. Saint-Bernard nous apprend lui-même[424] qu'Odon, abbé de Sainte-Geneviève, sur la demande qu'il lui en fit, permit que les religieux de Saint-Victor en détournassent le cours, la fissent passer dans leur enclos, et même y fissent construire un moulin[425]; sous la condition toutefois que cette construction ne porteroit aucun préjudice au moulin de Coupels (Copeaux), et qu'ils paieroient deux sous de cens à l'abbaye de Sainte-Geneviève. En vertu de cette permission, ces religieux firent creuser, à cent quarante toises du moulin de Couteaux, un canal qui traversoit leur enclos, et, se prolongeant le long du terrain qu'occupe aujourd'hui la rue de Bièvre, alloit aboutir aux Grands-Degrés. Ceci arriva entre 1148 et 1150.
[Note 424: _In not. ad Epist._ 410.]
[Note 425: Ce moulin subsistoit encore à la fin du siècle dernier, rue du Jardin du Roi, vis-à-vis la rue Censier: en 1636 on le nommoit le moulin _Bourgault_.]
La nouvelle enceinte que fit élever Philippe-Auguste ne changea rien à ce canal; et l'on voit qu'à la fin du treizième siècle il traversoit encore le terrain des Bons-Enfants et celui des Augustins. Mais les fossés et arrière-fossés qu'on fut obligé de creuser sous la régence et pendant le règne de Charles V, forcèrent enfin de lui donner une direction nouvelle, laquelle fut tracée entre la rue d'Alez, aujourd'hui détruite, et celle des Fossés-Saint-Bernard[426].
[Note 426: Les démolitions et l'excavation des terres que causa cette opération ayant apporté un notable préjudice aux religieux de Saint-Victor, Charles VI, pour les indemniser, leur accorda, en 1411, le privilége exclusif de la pêche dans les fossés qu'on avoit creusés sur leur territoire.]
On ignore à quelle occasion et pour quel motif Louis XII voulut faire reprendre à la Bièvre son ancien cours; mais on lit dans les registres de la ville[427] que le 19 janvier 1511 il donna ordre au prévôt des marchands et aux échevins de la faire repasser dans son premier canal. Cet ordre n'eut point alors son exécution, et les choses restèrent comme elles étoient jusque dans le dix-septième siècle: car le plan de Gomboust nous montre encore, en 1652, la Bièvre traversant l'enclos de Saint-Victor. Cependant un arrêt du conseil donné en 1672 en ordonna la suppression; et ce canal, qui avoit neuf pieds de large, fut enfin comblé en 1674.
[Note 427: Fol. 63.]
La Bièvre, à son entrée à Paris, prend indistinctement ce nom et celui de rivière des _Gobelins_, parce qu'elle passe dans l'enclos de cette manufacture.
FONTAINES.
_Fontaine d'Alexandre ou de la Brosse._
Cette fontaine, qui a reçu son nom d'une tour dont nous ne tarderons point à parler[428], est placée à l'angle que forment les anciens murs de clôture de l'abbaye Saint-Victor avec la rue de Seine, et donne de l'eau de l'aqueduc d'Arcueil. Sa composition présente une urne soutenue par des dauphins et posée sur un piédestal, au milieu duquel est un masque de bronze. Deux sirènes, depuis long-temps mutilées, accompagnent cette urne que surmontoient, avant la révolution, les armes de la ville. Celles du roi étoient placées dans le fronton brisé qui lui sert de couronnement.
[Note 428: _Voy._ p. 655.]
On lisoit sur l'attique les deux vers suivants, composés par Santeuil, et dans lesquels il faisoit une allusion assez ingénieuse à la bibliothèque de l'abbaye Saint-Victor.
_Quæ sacros doctrinæ aperit domus intima fontes, Civibus exterior dividit urbis aquas._
_Fontaine de la rue des Fossés-Saint-Bernard._
Cette fontaine, placée à l'entrée de la rue dont elle porte le nom, fournit également de l'eau d'Arcueil.
_Fontaine des Carmes de la place Maubert._
Cette fontaine, construite d'abord près du couvent de ces religieux, fut détruite en 1674, et rebâtie ensuite au milieu de la place Maubert. Les deux vers latins qui lui servoient d'inscription étoient aussi de Santeuil.
_Qui tot venales populo locus exhibet escus Hic præbet faciles, ne sitis urat, aquas._
BARRIÈRES.
L'extrémité orientale de ce quartier comprend cinq barrières, savoir:
La barrière de la Gare[429]. La barrière de Fontainebleau. La barrière de Gentilly[430]. La barrière d'Ivry. La barrière de Croulebarbe[431].
[Note 429: Elle a été reculée jusqu'au nouveau mur que l'on vient d'élever, et qui renferme une portion de terrain sur lequel s'étoit formé, depuis quelques années, un village que l'on nommoit village d'_Austerlitz_; il a été détruit et s'est reformé hors de la barrière d'Ivry, sous le nom de _Nouveau Monde_.]
[Note 430: Aujourd'hui barrière de Lourcine.]
[Note 431: Cette barrière est fermée.]
RUES ET PLACES DU QUARTIER DE LA PLACE MAUBERT.
Rue ou _place du Champ d'Albiac_. Elle aboutit d'un côté à la rue du Noir, de l'autre à celle de l'Épée-de-Bois. Son nom est dû au sieur d'Albiac, conseiller à l'élection, lequel avoit acquis en cet endroit un terrain assez considérable. Ce terrain occupoit la plus grande partie de celui qui est compris aujourd'hui entre les rues du Battoir, d'Orléans, Gratieuse et Coupeaux. Il est indiqué dans le troisième plan du commissaire Delamare comme le second _clos du Chardonnet_[432]; et l'on trouve qu'en 1554 la rue dont nous parlons étoit déjà habitée.
[Note 432: Trait. de la Pol., t. I, p. 79.]
_Rue du Champ de l'Allouette._ Elle aboutit d'un côté à la rue de Lourcine, de l'autre à la rivière de Bièvre et au moulin de Croulebarbe. Elle doit son nom à un champ très-vaste sur lequel elle fut ouverte. Il paroît qu'on l'appela d'abord rue Saint-Louis.
_Rue des Filles-Angloises._ Elle traverse de la rue de Lourcine dans celle de la Barrière. Son nom lui vient du monastère le long duquel elle régnoit.
_Rue d'Arras._ Elle aboutit d'un côté à la rue Saint-Victor, de l'autre à la rue Clopin. On l'appeloit anciennement _rue des Murs_, _vicus Murorum_, parce qu'elle régnoit le long des murs de l'enceinte de Philippe-Auguste. Au commencement du seizième siècle, elle changea ce nom en celui de _Champ-Gaillard_, qui étoit celui d'un terrain[433] auquel elle aboutissoit; enfin elle a pris sa dernière dénomination du collége qu'elle avoisinoit.
[Note 433: On le lui avoit probablement donné à cause des débauches qui s'y commettoient, et dont il est fait mention dans un arrêt du parlement du 4 décembre 1555.]
_Rue du Banquier._ Elle conduit de la rue Moufetard à celle du Gros-Caillou, vis-à-vis la tour ou moulin de la Barre. Au milieu du dix-septième siècle, ce n'étoit qu'un chemin qui conduisoit à celui de Villejuif; mais dès 1676 il portoit le nom de rue du Banquier. On ignore du reste les causes qui le lui ont fait donner.
_Rue de la Barre._ Elle traverse de la rue du Fer-à-Moulin dans celle des Francs-Bourgeois: son nom est dû à une barrière placée à l'endroit où étoit autrefois une des portes du bourg et du cloître Saint-Marcel, au bout de la rue des Francs-Bourgeois. Elle le portoit en 1540, et Dheulland l'a marqué sur son plan. Depuis on l'a quelquefois appelée _rue de Scipion_, à cause de l'hôtel que Scipion Sardini avoit fait bâtir dans cette rue, et dont l'hôpital général a fait depuis l'acquisition.