Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 5/8)

Part 37

Chapter 373,758 wordsPublic domain

Le collége des Bons-Enfants n'avoit pas été excepté dans les lettres-patentes du 21 novembre 1763, qui ordonnoient la réunion au collége de l'Université de tous les colléges sans exercice. Mais le roi, par de nouvelles lettres du 22 avril 1773, ordonna que la principalité, la chapellenie et les terrains et bâtiments de cette maison demeureroient attachés à la congrégation de la Mission, réunissant les autres biens et les bourses du collége à celui de Louis-le-Grand, conformément aux lettres-patentes du 21 novembre 1763, et à l'arrêt du parlement du 8 mai 1769[383].

[Note 383: L'institution des _Jeunes-Aveugles_ a été établie depuis peu dans les bâtiments de ce collége.]

* * * * *

La bibliothèque, composée d'environ quinze mille volumes, avoit été en partie amassée par Julien Barbé, mort supérieur de cette maison.

_Collége de la Marche_ (rue de la Montagne-Sainte-Geneviève).

Ce collége reconnoît deux fondateurs, Guillaume de La Marche et Beuve de Winville. L'oncle du premier, nommé Jean de La Marche, avoit loué, en 1362, le collége de Constantinople[384], situé dans le cul-de-sac d'Amboise, et fondé dans le cours du siècle précédent; et cette maison, dans laquelle il n'y avoit plus alors qu'un seul boursier, prit dès ce moment le nom de _la Petite-Marche_. L'Université, qui avoit donné son consentement à cette location, consentit ensuite à céder à Guillaume de La Marche la propriété entière de ce collége, moyennant une redevance annuelle de 20 livres, dont 14 pour les cens et rentes dont il étoit chargé, et les 6 livres restantes pour les besoins des pauvres écoliers. Guillaume affectionna tellement cet établissement, qu'à sa mort, arrivée en 1420, il laissa la plus grande partie de ses biens pour l'entretien d'un principal, d'un procureur et de six boursiers. C'est alors qu'on voit paroître Beuve de Winville, nommé par lui son exécuteur testamentaire, et qui, joignant ses libéralités aux dons du premier bienfaiteur, acheta, la même année, les maisons que les religieux de Senlis avoient à la montagne Sainte-Geneviève, et y fit construire le collége de la Marche. Il y fonda également un chapelain et six boursiers; et les associant à ceux de la Petite-Marche, il les réunit tous dans cette nouvelle demeure. Les actes par lesquels tous ces arrangements furent approuvés sont datés de 1422 ou 1423[385], et nous apprennent que, parmi les six boursiers fondés par Guillaume, il devoit y en avoir quatre de la Marche, qui étoit son pays natal, et deux de Rosières-aux-Salines en Lorraine. Les boursiers de la fondation de Beuve de Winville devoient être de Winville ou Voinville, Buxieres et Buxereule, au bailliage de Saint-Mihiel. Les deux fondations réunies firent donner à ce collége le nom de la Marche-Winville.

[Note 384: Sur l'origine de ce collége plusieurs historiens ont prétendu que, peu après la prise de Constantinople, en 1204, le projet de réunir les églises grecque et latine ayant repris faveur, un des moyens qui parurent les plus efficaces pour parvenir à ce résultat fut d'envoyer des professeurs à Constantinople, et d'en faire venir des jeunes gens qu'on élèveroit à Paris; qu'en conséquence on fonda, en 1206, un collége qui fut nommé _Collége Grec_ ou _de Constantinople_. Jaillot trouve cette opinion plausible, mais en même temps entièrement destituée de preuves: c'est également sans aucune autorité que Sauval a dit «que sous Urbain V, qui tint le siége depuis 1352 jusqu'en 1362, le cardinal Capoci fonda, à la rue d'Amboise, un collége que quelques-uns nommoient le collége de Constantinople, d'autres de Sainte-Sophonie, d'autres de Sainte-Sophie, etc.» Il est certain qu'Urbain V ne fut élu pape que le 28 octobre 1362, que dès-lors le collége de Constantinople existoit, et que Jean de La Marche, qui l'avoit pris à loyer au commencement de cette même année, fit confirmer cette transaction par l'Université le 19 juillet suivant, lorsqu'Innocent VI occupoit encore le siége pontifical.]

[Note 385: _Gall. Christ._, t. VII, col. 145.]

Depuis cette époque, d'autres personnes y fondèrent des bourses nouvelles, au nombre de neuf à dix. Elles étoient toutes à la collation de l'archevêque, qui étoit en même temps proviseur de cette maison[386].

[Note 386: Les bâtiments de ce collége sont maintenant occupés par une pension.]

Sur l'autel de la chapelle étoit un très-bon tableau, offrant le sujet de la Présentation de Notre Seigneur au temple; par un peintre inconnu.

_Collége des Allemands_ (rue du Mûrier, ci-devant rue Pavée).

Ce collége, qui n'existe plus, fut fondé, suivant les historiens de Paris, en 1353. Il s'étendoit, suivant toutes les apparences, jusqu'à la rue Traversine, puisque Duboulai, Dubreul, Crevier[387], etc., avancent qu'il y étoit situé. Cependant, suivant Jaillot, il y a des preuves que ce collége existoit dès 1348, et qu'il étoit dans la rue Pavée. Le terrier de Sainte-Geneviève de 1380 énonce, à l'article de cette rue: «Les écoliers d'Allemaigne pour leur maison qui fut jadis Regnaut de Cusances.» Le censier de 1540 fait mention, au même endroit, «des écoliers de la province des pauvres Allemands;» et dans celui de 1603, on indique une maison, rue du Mûrier, tenant d'une part à la nation d'Allemagne.

[Note 387: Hist. univ., t. VI, p. 328.]

_Collége d'Arras_ (rue d'Arras).

Ce collége fut fondé par Nicolas le Caudrelier (_alias_ le Cauderlier et le Candelier), abbé de Saint-Vaast d'Arras en 1332, suivant tous les historiens de Paris, avant cette époque, suivant Jaillot[388], qui prouve cette antériorité par les actes mêmes dont ses devanciers se sont appuyés pour fixer cette date. Il prouve même que cet établissement existoit avant 1328. Voici du reste comment on en raconte l'origine: Nicolas Le Caudrelier étoit exécuteur testamentaire de plusieurs personnes qui l'avoient chargé de quelques legs dont il devoit disposer pour des actes de piété: il ne crut pouvoir mieux remplir l'intention des légataires qu'en procurant à quelques pauvres écoliers d'Arras les moyens de faire leurs études. Ayant joint à cet effet le fruit de ses épargnes aux sommes dont il étoit dépositaire, il établit son collége, acheta des terres pour la subsistance des écoliers, et les plaça dans une maison également acquise à leur intention, et qui étoit située rue des Murs (aujourd'hui d'Arras). On ne trouve rien qui puisse faire présumer que par une telle acquisition cet abbé ait eu en vue de se procurer un domicile à Paris, soit pour lui et ses successeurs, soit pour ses religieux; mais il étoit naturel qu'il en confiât la principalité à l'un d'entre eux, ce qui a subsisté jusqu'à la réunion de ce collége à celui de l'Université[389].

[Note 388: Quart. de la place Maubert, p. 6.]

[Note 389: Les bâtiments de ce collége sont habités par des particuliers.]

_Collége de Laon_ (rue de la Montagne-Sainte-Geneviève).

Divers changements survenus dans ce collége ont trompé plusieurs historiens sur la véritable date de son origine. L'inscription même placée sur la porte la fixoit mal à propos à l'année 1314. La vérité est qu'il fut fondé en 1313 par Gui, chanoine de Laon et trésorier de la Sainte-Chapelle, ainsi qu'il est prouvé par les lettres de Philippe-le-Bel, données au mois de janvier de cette année[390]. Elles nous apprennent que ce Gui de Laon et Raoul de Presle s'unirent ensemble pour faire cette fondation. Le premier donna 100 liv. de rente amortie et les maisons qu'il avoit rue Saint-Hilaire (rue des Carmes), ainsi que celles qu'il avoit ou pourroit avoir entre cette rue et celle du Clos-Bruneau, dite aujourd'hui Saint-Jean-de-Beauvais. Le second fit don de 200 liv. de rente; et tous les deux se réservèrent la disposition et l'administration de leur collége, qu'ils destinèrent à recevoir les pauvres écoliers des diocèses de Laon et de Soissons.

[Note 390: Hist. univ. Paris, t. VI, p. 167.--Du Breul, p. 666.]

Quelques différents qui survinrent entre ces écoliers provoquèrent, dès 1323, une séparation. Le collége de Laon occupa les logements de la rue du Clos-Bruneau, où fut depuis le collége de Lisieux. Le collége de Soissons ou de Presle fut établi dans le terrain qui donnoit sur la rue Saint-Hilaire, à la charge d'une redevance de 24 liv. de rente envers l'autre. En 1327, Gui de Laon établit dans le sien un principal, un chapelain et seize boursiers. Douze ans après, en 1339, Gerard de Montaigu, depuis avocat-général au parlement, légua aux écoliers de ce collége sa maison appelée l'_Hôtel du Lion d'or_, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. Ils y furent transférés en 1340, et l'on trouve qu'en 1342 Foulques de Chanac permit d'y célébrer le service divin.

Entre le couvent des Carmes et cet hôtel du Lion d'or, devenu le collége de Laon, étoit le collége de _Dace_, dont aucun de nos historiens ne nous fait connoître la fondation. Jaillot, sans rien donner de positif à ce sujet, nous apprend qu'il existoit dans le treizième siècle, et qu'il avoit été fondé pour les écoliers de _Dampnemarck_ (Danemarck), autrement dits _Suesses_; que dans le siècle suivant, ce collége tombant en ruine, et devenant presque inhabitable, les écoliers du collége de Laon s'en rendirent propriétaires, au moyen d'un arrangement fait avec les boursiers qui l'habitoient; et en rétrocédèrent probablement une partie aux Carmes, qui se trouvoient extrêmement gênés dans leur maison: car il est certain que ces religieux en possédèrent par la suite une partie. Du reste, ce fait, peu important en lui-même, est raconté assez confusément par ce critique, et ne mérite pas la longue discussion qu'il lui a consacrée.

Le collége de Laon, comme nous l'avons dit, avoit été fondé uniquement pour seize boursiers étudiant dans la faculté des arts; mais dans la suite on y ajouta des bourses pour des écoliers en théologie et en médecine. Vers le milieu du siècle dernier, il étoit composé d'un principal, qui réunissoit à cette place celle de procureur; de douze boursiers théologiens, du nombre desquels étoient les quatre chapelains, et de dix-sept boursiers humanistes et philosophes. Il fut réuni au collége de Louis-le-Grand, ainsi que les autres colléges sans exercice, conformément aux lettres-patentes de 1763[391].

[Note 391: On a fait de ses bâtiments un bureau de liquidation.]

_Collége de Navarre_ (rue de la Montagne-Sainte-Geneviève).

Ce collége, célèbre par le nom illustre de sa fondatrice, Jeanne de Navarre, épouse de Philippe-le-Bel, ne l'est pas moins par le nombre de grands personnages qu'il a produits. Ce fut huit jours avant sa mort, le 25 mars 1304, que cette princesse en ordonna la fondation par son testament, ratifié et approuvé le même jour par le roi et par Louis, son fils aîné. On voit dans les titres qui le concernent, qu'elle y avoit destiné son hôtel de Navarre, situé rue Saint-André-des-Arcs, et une somme de 24,000 liv., faisant le fonds de 2,000 liv. de rente[392].

[Note 392: Manusc. de S. Germain-des-Prés, coté 453, fol. 160.]

Suivant ce testament, il devoit y avoir dans ce collége soixante-dix pauvres écoliers, dont «vingt écoliers enfants, étudiants en grammaire, trente en logique et philosophie, et vingt en théologie ou divinité. Si aura chacun des Grammairiens, par semaine de sept jours, 4 sols parisis; li Artien, 6 sols; et li Théologien, 8 sols.» Il contenoit en outre diverses dispositions en faveur des maîtres et chapelains. L'évêque de Meaux et l'abbé de Saint-Denis, exécuteurs testamentaires de la reine, ayant jugé qu'il étoit plus avantageux de vendre l'hôtel de Navarre, et d'acheter avec son produit un emplacement plus commode, firent, en conséquence de cette nouvelle disposition, l'achat de maisons et jardins situés à la montagne Sainte-Geneviève, et c'est là que le collége de Navarre fut établi. Des statuts furent dressés pour cet établissement en 1315; le nombre des maîtres, des chapelains et des clercs fut augmenté; et vers le milieu du siècle suivant, on admit des externes et des pensionnaires à partager les leçons qu'y recevoient les boursiers. Quelques-unes des bourses furent affectées à l'abbaye Sainte-Geneviève et à la cathédrale, d'autres à la chapelle; en 1635 M. Fayet, curé de Saint-Paul, en fonda six en faveur des enfants de choeur de sa paroisse[393].

[Note 393: Les bourses de ce collége furent depuis réduites à trente, sans y comprendre celles de cette dernière fondation.]

Ce collége souffrit beaucoup des troubles qui désolèrent le règne de Charles VI; il fut alors presque entièrement ruiné. Charles VII ordonna qu'il fût rétabli, et Louis XI, en 1464, fit exécuter cette ordonnance. Depuis il n'a cessé d'être l'objet de la protection particulière de nos rois, Charles VIII daigna assister, en 1491, à l'un de ses exercices publics, et lui donna 2,400 liv. pour augmenter sa bibliothèque. Henri III et Henri IV, au rapport de Matthieu, y firent leurs études avec le duc de Guise, et Charles IX alla les y visiter. Louis XIII y réunit les colléges de Boncourt et de Tournay, dans l'intention d'y fonder une école de théologie; et la même année, le cardinal de Richelieu y établit une chaire de controverse. On voit ensuite Louis XIV y créer, en 1660, deux chaires nouvelles, l'une de théologie morale et de cas de conscience, l'autre qu'il déclara de fondation royale. Son successeur ne se montra pas moins libéral envers cette maison, dont il répara les bâtiments, et dans laquelle il créa la chaire de physique expérimentale, de manière que c'étoit le collége de l'Université qui présentoit le cours d'enseignement le plus complet. C'étoit aussi celui dans lequel les premières familles du royaume mettoient de préférence leurs enfants en pension; de manière que Mézerai a eu raison de dire[394], en parlant de la reine Jeanne, «qu'elle fonda le noble collége de Navarre et de Champagne, l'école de la noblesse françoise, et l'honneur de l'Université de Paris.»

[Note 394: T. V, p. 534.]

La chapelle, bâtie en 1309, ne fut dédiée que le 16 octobre 1373, sous le nom de saint Louis.

CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.

TABLEAUX ET SCULPTURES.

Près de l'autel, deux tableaux, dont l'un représentoit un _Ecce Homo_, l'autre une Mère de douleur; sans nom d'auteur.

Un grand candélabre à sept branches sur chaque face, et d'environ dix pieds de haut. Il servoit de lutrin.

Aux deux côtés de la porte de ce collége, on voyoit les deux statues de la reine Jeanne et de Philippe-le-Bel son époux.

SÉPULTURES.

Au milieu du choeur, sous la lampe, avoit été inhumé le fameux Clémengis, docteur de cette maison, recteur de l'Université, secrétaire de l'antipape Benoît XIII, mort vers 1430[395].

Dans la nef, on lisoit l'épitaphe de Jean Teissier, fameux grammairien, mort en 1542.

[Note 395: On lisoit sur sa tombe le vers suivant, lequel formoit un jeu de mots assez puéril:

_Qui lampas fuit ecclesiæ, sub lampade jacet._]

La bibliothèque, fondée par la reine Jeanne, successivement augmentée par diverses donations, et notamment par l'acquisition de la bibliothèque du savant Peiresc, étoit riche en manuscrits authentiques et en anciennes éditions.

Parmi les hommes célèbres qui sortirent de cette école, on distingue Jean Gerson, chancelier de l'Université dans le quinzième siècle, et Jacques Bénigne Bossuet, l'un des plus beaux génies dont elle puisse s'honorer dans le dix-septième[396].

[Note 396: Les bâtiments de ce collége sont occupés maintenant par l'École polytechnique.]

_Le Séminaire des Trente-Trois_ (rue de la Montagne-Sainte-Geneviève).

La fondation de cet utile établissement est due à M. Claude Bernard, dit le _Pauvre-Prêtre_, particulièrement connu par sa grande charité. Il l'avoit déjà souvent exercée envers quelques écoliers dont la bonne conduite et les talents annonçoient des dispositions heureuses pour l'état ecclésiastique, mais qui manquoient absolument de tous moyens d'existence. En 1633 il en rassembla d'abord cinq en l'honneur des cinq plaies de Notre Seigneur: ce nombre devint ensuite égal à celui des apôtres; enfin il trouva le moyen de le porter jusqu'à trente-trois, qui est celui des années que Jésus-Christ, suivant l'opinion la plus commune, a passées sur la terre. De là le nom qu'on leur donna des _Trente-Trois-Pauvres-Écoliers_. Ils furent d'abord placés au collége des _Dix-Huit_, ensuite dans celui de Montaigu, peu après dans une maison située vis-à-vis ce collége, et nommée l'_hôtel de Marli_. La reine Anne d'Autriche contribua, par le don qu'elle fit à ces pauvres écoliers de trente-trois livres de pain par jour, à soutenir cet établissement, et mérita par là d'en être nommée la fondatrice[397]. Il ne prit cependant une forme stable qu'environ vingt ans après. Plusieurs personnes pieuses étoient entrées dans les vues charitables de M. Bernard; et après sa mort, arrivée le 25 mai 1641, elles se réunirent encore pour soutenir cette bienfaisante institution. La somme que produisirent leurs libéralités fut suffisante pour acheter l'hôtel d'Albiac, situé rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, et le faire distribuer convenablement. Cette acquisition fut faite en 1654; et l'on obtint, trois ans après, la permission des grands-vicaires de l'archevêché pour l'érection de cette maison en séminaire ecclésiastique, permission qui fut confirmée par des lettres-patentes de 1658.

[Note 397: C'est ce que constatoit l'inscription suivante, gravée sur la porte: «Ce séminaire de la famille de Jésus-Christ fut fondé par Anne d'Autriche en 1638.»]

On y procuroit la subsistance et l'instruction à de pauvres écoliers françois et même suisses, jusqu'à ce qu'ils fussent en état d'être promus au sacerdoce. On n'exigeoit d'eux rien autre chose, sinon qu'ils fussent nés de légitime mariage, bien constitués, clercs tonsurés ou en état de l'être, assez avancés dans leurs études pour pouvoir faire la philosophie, et dépourvus de tous moyens d'existence. Ce séminaire étoit conduit par trois directeurs pour le temporel, trois pour le spirituel, et par un préfet qui étoit à la tête de la communauté[398].

[Note 398: Ce local est occupé aujourd'hui par une pension.]

_Collége de Boncourt_ (rue Bordet).

Ce collége fut bâti, suivant les apparences, sur l'emplacement de l'hôtel de l'évêque d'Orléans. Pierre de Bécoud, sieur de Flechinel, qui avoit acquis cet hôtel, en fut le fondateur. On voit par l'acte de fondation, daté de 1357[399], qu'il affecta sa maison située sur la montagne Sainte-Geneviève, et quelques dîmes qu'il avoit en Flandre, à l'établissement et dotation d'un collége «pour huit pauvres écoliers étudiants en logique et en philosophie, qui auront chacun quatre sous par semaine; lesquels doivent être pris et élus, toutes fois que le cas si offerra, en le évesquié de Thérouenne, excepté ce qu'il y a dudit évesquié au pays de Flandre.» Ces bourses devoient être à la nomination de l'abbé de Saint-Bertin, à Saint-Omer, et de celui de Saint-Éloi, au diocèse d'Arras. Le nom de ce fondateur fut depuis altéré et changé en celui de Beaucourd, Becourt, et enfin Boncourt.

[Note 399: Hist. de Paris, t. III, p. 440.]

Au mois de mars 1638, Louis XIII unit ce collége à celui de Navarre, qui n'en étoit séparé que par la rue Clopin. L'intention du roi étoit d'y établir une société de docteurs en théologie à l'instar de celle de Sorbonne; et en conséquence de cette union, il permit de fermer cette rue dans une longueur de soixante-quatre toises; mais les supérieurs de ce dernier collége ne jugèrent pas à propos de profiter de cette permission, et, pour laisser libre le passage de la rue, se contentèrent de faire construire une galerie de communication avec le collége de Boncourt.

Le célèbre Voiture avoit été élevé dans ce collége[400].

[Note 400: Des bâtiments considérables ont été ajoutés à ces deux colléges réunis; et l'on y a placé l'école polytechnique.]

_Collége de Tournay_ (rue Bordet).

Il étoit voisin du collége de Boncourt, et avoit d'abord servi d'hôtel aux évêques de Tournay. Aucun auteur ne rapporte, précisément la date de sa fondation; mais il est certain qu'il existoit au quinzième siècle, et qu'il y avoit alors une communication entre les deux colléges, au moyen de laquelle les écoliers de Tournay pouvoient assister à la messe qui se disoit au collége de Boncourt et aux leçons qui s'y faisoient. Il fut réuni, en même temps que ce dernier collége, à la maison de Navarre, et aux mêmes conditions.

_Collége des Écossois_ (rue des Fossés-Saint-Victor).

Ce collége reconnoissoit deux fondateurs: le premier fut David, évêque de Murrai en Écosse, qui, en 1323, consacra une certaine somme pour assurer la subsistance de quatre pauvres écoliers de sa nation, un théologien et trois artiens. Ces quatre boursiers furent d'abord placés au collége du cardinal Le Moine, qui, en conséquence de cet arrangement, fut mis en jouissance de leur dotation; mais il se démit dès 1333 de cette possession et de tous ces droits entre les mains du successeur de David, et les écoliers écossois furent alors placés dans la rue des Amandiers. Les choses restèrent dans le même état jusqu'au moment où, par l'effet du schisme d'Angleterre, on vit arriver en France un grand nombre de jeunes Écossois forcés d'abandonner leur patrie, où l'exercice de la religion catholique venoit d'être proscrit, du reste, dénués de tous moyens de subsistance, et n'en pouvant trouver que dans l'étude et les diverses carrières qu'elle mettoit à même d'embrasser. Touché de leur situation, Jacques de Bethwn, archevêque de Glascow et ambassadeur d'Écosse en France, sut intéresser en leur faveur la reine Marie Stuart: elle leur fit des pensions, ne cessa point de les protéger même pendant sa longue captivité, et mérita leur éternelle reconnoissance par le legs qu'elle leur fit au moment de sa mort. Jacques de Bethwn y ajouta le don de tous ses biens; et avant sa mort qui arriva en 1603, nomma les prieurs des chartreux directeurs et administrateurs de cette fondation, leur donnant pouvoir de choisir les boursiers, de se faire rendre les comptes, etc., ce qui s'est observé jusque dans les derniers temps.

Avant cette donation, et depuis l'an 1572, époque du décès du dernier évêque de Murrai, la nomination de ces quatre boursiers avoit été dévolue à l'évêque de Paris; et ces places avoient souvent été données à des prêtres écossois dont les études étoient déjà finies. Depuis, M. de Gondi, archevêque de cette ville, jugea plus utile de réduire les bourses à deux, et de les réunir à la communauté de l'archevêque de Glascow[401]; son décret, donné à cet effet en 1639, fut confirmé par des lettres-patentes enregistrées en 1640. Robert Barclai, principal de ce collége, acheta, en 1662, une place sur les fossés Saint-Victor, sur laquelle il fit bâtir la maison dont nous parlons. Elle fut achevée en 1665, et la chapelle en 1672. Cette chapelle est sous l'invocation de saint André, apôtre, patron de l'Écosse.

[Note 401: Nous parlerons par la suite de cette communauté.]

Cette maison n'étoit pas seulement fondée pour des étudiants; elle étoit encore destinée à former des missionnaires pour le royaume d'Écosse, de manière que c'étoit à la fois un collége et un séminaire. Quoique cet établissement ait toujours été sans exercice, il ne fut cependant point compris dans le nombre des colléges qui furent réunis, en 1763, au collége de Louis-le-Grand..

Il est à remarquer que les Écossois dont il étoit rempli étoient réputés vrais et naturels sujets du roi.

TOMBEAUX.

Dans une urne de bronze doré, élevée sur un monument de marbre, étoit renfermée la cervelle de Jacques II, roi d'Angleterre, mort à Saint-Germain-en-Laye en 1701. Ce monument, exécuté par _Louis Garnier_, étoit dû au zèle du duc de Perth, gouverneur de Jacques III, qui le fit ériger à ses frais. Il étoit accompagné d'une épitaphe que nous croyons devoir rapporter:

D. O. M. _JACOBI II._