Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 5/8)
Part 36
Dans ce mouvement général des esprits, la philosophie elle-même étoit à la veille d'éprouver une grande révolution. Un homme d'un génie vigoureux, d'un caractère indomptable, Ramus osa s'élever contre Aristote et ses stupides adorateurs, et, dans un écrit très-fort, fit voir que cette stérilité dont l'esprit humain étoit frappé depuis tant de siècles, étoit un effet déplorable de l'admiration exclusive qu'on avoit vouée à ce philosophe, et de ce malheureux préjugé qui jusque là avoit enchaîné la pensée humaine dans les limites de la pensée et des systèmes d'un seul homme. Cette espèce d'attentat excita d'abord un soulèvement général: car depuis plusieurs siècles, pendant lesquels elle avoit été la seule règle des études, la philosophie d'Aristote s'étoit comme incorporée avec la théologie, et l'on ne croyoit pas qu'il fût possible de toucher à l'une sans ébranler l'autre. Le parlement et le roi lui-même furent obligés d'intervenir dans la querelle qui s'éleva à ce sujet, et Ramus courut des dangers. Mais après la mort de François Ier, il fit revivre avec plus de succès ses premières accusations; s'il ne parvint pas à chasser entièrement Aristote des écoles, il ouvrit du moins les yeux de quelques-uns sur les abus résultant de l'usage vicieux qu'on y faisoit de ses écrits, et prépara la révolution opérée par Descartes, lequel toutefois, sur beaucoup de points, ne fit que substituer des erreurs nouvelles à d'anciennes erreurs.
Les changements divers qu'éprouva le collége royal, trouveront naturellement leur place dans l'article qui doit le concerner; et quand à l'université, parvenue enfin à cet état fixe et permanent où elle s'est maintenue jusqu'à la fin, son histoire ne présente plus de faits assez importants, ou qui soient de nature à entrer dans un récit uniquement destiné à faire connoître les variations de ses doctrines littéraires et les progrès de son administration. Sous le rapport de ses doctrines politiques et religieuses, nous avons montré ce qu'elle fut sous Henri IV[365]: nous prouverons par les faits que nous ne l'avons point calomniée, et que, sous les règnes suivants et jusqu'à la fin de la monarchie, elle continua d'être ce qu'elle avoit été.
[Note 365: Avant ce règne, elle avoit déjà éprouvé plusieurs réformes, entre autres celle qui fut dressée en 1366 par les cardinaux Jean de Saint-Marc, et Giles Aicelin de Montaigu, sous l'autorité du pape Urbain V, et la réforme plus remarquable encore qu'y fit, dans le quinzième siècle, le cardinal d'Estouteville, assisté des commissaires du roi. Sous Henri IV on jugea nécessaire de lui en faire subir une nouvelle; et voici un exposé succinct de la situation de l'Université, depuis cette époque, jusqu'à celle qui a précédé la révolution.
Il y avoit deux chanceliers, l'un à Notre-Dame et l'autre à Sainte-Geneviève; tous les deux donnoient la bénédiction de licence, avec la puissance d'enseigner; mais celui de Sainte-Geneviève ne la donnoit que dans la faculté des arts. Il y avoit aussi des conservateurs des priviléges de cette compagnie. Les évêques de Beauvais, de Meaux et de Senlis étoient conservateurs apostoliques; le prévôt de Paris continuoit d'être conservateur des priviléges royaux; mais depuis le commencement du dix-septième siècle il n'est plus assujetti à prêter serment entre les mains du recteur.
L'élection du recteur se faisoit toujours de trois mois en trois mois, mais souvent il étoit continué. Il avoit l'honneur de haranguer le roi au nom de l'Université dans plusieurs cérémonies et dans les événements extraordinaires, comme entrées solennelles, mariages, morts de reines, avénements à la couronne, naissances, mariages et morts d'enfants de France, etc.
Ses habits de cérémonie étoient une robe violette, une ceinture de soie de même couleur avec des glands d'or; un cordon violet passé en baudrier de gauche à droite, d'où pendoit une bourse antique, appelée _escarcelle_. Cette bourse étoit de velours violet, et garnie de boutons et galons d'or. Il portoit en outre un mantelet d'hermine sur les épaules, et étoit coiffé d'un bonnet carré violet.
Les processions du recteur se faisoient quatre fois l'an, en mars, juin, octobre et décembre. Un _mandatum_ affiché dans toute la ville en indiquoit le jour. L'objet de ces processions étoit de faire des prières publiques pour la conservation du souverain et de sa famille, pour l'extirpation de l'hérésie, le maintien de la paix et l'union entre les princes chrétiens, la gloire de l'Église, etc.
Elles partoient de la chapelle du collége de Louis-le-Grand, rue Saint-Jacques, pour se rendre à l'église stationale indiquée par le mandement du recteur. Voici quel en étoit l'ordre: 1º la croix et les chandeliers portés par des religieux Augustins du grand couvent, après lesquels marchoient les étudiants des quatre ordres mendiants, _Cordeliers_, _Augustins_, _Carmes_ et _Jacobins_; 2º les maîtres-ès-arts en robes noires, et quelques religieux des abbayes qui étoient admises aux leçons de l'Université; ils étoient suivis des chantres; 3º les bacheliers en médecine et en théologie, ornés de la fourrure qui leur étoit particulière; 4º les docteurs régents de la faculté des arts, et les quatre procureurs ou chefs des nations, en robes rouges doublées d'hermine. Chaque procureur étoit précédé d'un massier; 5º les docteurs en médecine, en robes rouges et fourrures; les docteurs en droit, en robes et chaperons rouges; les docteurs en théologie, en fourrures; enfin le recteur, précédé de huit massiers ou bedeaux qui portoient devant lui des masses ou bâtons à têtes garnies d'argent, telles qu'on les portoit devant le roi et devant le chancelier de France. Il étoit accompagné des trois officiers généraux de l'Université, syndic, greffier et receveur, et suivi des cliens de l'Université, qui, sans être obligés à prendre les degrés, participoient à ses priviléges, tels que les imprimeurs, libraires, papetiers, parcheminiers, relieurs, enlumineurs, etc.
En arrivant dans l'église stationale, l'Université étoit reçue, au son des cloches et des orgues, par le clergé en chape, avec la croix, l'eau bénite et l'encens. La messe étoit célébrée par le curé, s'il étoit docteur en théologie, sinon par le doyen de la faculté. Après l'offrande, il y avoit sermon, également par un docteur en théologie. Un orateur, choisi dans la faculté des arts par le recteur, faisoit, après la messe, un remerciement en latin au célébrant; celui-ci lui répondoit dans la même langue; et la procession revenoit au collége de Louis-le-Grand à peu près dans le même ordre.
Les armes accordées à l'Université étoient une main qui sembloit descendre du ciel, laquelle tenoit un livre entouré de trois fleurs-de-lis d'or, sur un fond d'azur.
Pendant long-temps l'extrême pauvreté de cette compagnie avoit empêché que l'éducation n'y fût gratuite, ce qui étoit humiliant pour la première école du monde, et en même temps nuisible au progrès des lettres. Le projet de l'instruction gratuite, ébauché sous le cardinal de Richelieu, n'eut cependant son entière exécution qu'en 1719. C'est alors que, par un contrat passé entre le roi et la faculté des arts, cette compagnie obtint le vingt-huitième du produit effectif du bail des postes et messageries, pour la dédommager de la cession qu'elle faisoit à Sa Majesté des messageries dont elle étoit l'inventrice[365-A] et la propriétaire, et en considération de l'engagement qu'elle prenoit d'instruire gratuitement ses sujets.]
[Note 365-A: Les messagers établis par l'Université pour le service des écoliers devinrent peu à peu ceux du public, parce que l'on trouva commode de se servir de cette voie pour faire transporter d'un lieu à l'autre ses hardes, ses lettres, ses paquets. Ils jouirent pendant long-temps de ce privilége exclusif, dans lequel ils furent constamment maintenus par l'autorité, sans que les messagers royaux, institués en 1576 par Henri III, fussent même admis à les partager. (Ceux-ci ne pouvoient porter que les sacs et papiers de justice.) Cet état de choses dura jusqu'en 1632, que Louis XIII les autorisa à remplir les mêmes fonctions que les messagers de l'Université, mais seulement les mardis et vendredis.]
Il nous reste maintenant à dire un mot sur l'institution des nombreux colléges répandus dans les quartiers que nous allons décrire. Uniquement fondés d'abord pour servir de retraite à de pauvres écoliers, on trouva bientôt qu'il seroit utile d'en étendre l'usage à tous les élèves de l'Université. Ces jeunes gens, qui affluoient à Paris de toutes les parties de l'Europe, n'avoient eu jusque là d'autre ressource que de se loger chez les bourgeois; et l'on s'apercevoit depuis long-temps des inconvénients qui en résultoient pour la discipline et les bonnes moeurs. «Dans une même maison, dit un auteur du temps[366], au premier étage sont des écoles; et en bas des lieux de débauche.» L'extrême différence qui se faisoit remarquer entre la tenue des boursiers et celle de cette pétulante jeunesse ainsi livrée à elle-même, fit naître la pensée de réunir également sous un même toit et sous l'autorité d'un maître commun, les jeunes étudiants d'un même pays ou d'un même ordre. Alors les colléges commencèrent à se multiplier, lentement d'abord dans le treizième siècle, mais très-rapidement dans le suivant; et c'est de cette dernière époque que date le plus grand nombre de ces fondations.
[Note 366: Jean de Vitri.]
Consacrés d'abord uniquement à servir d'asile aux écoliers, les plus considérables d'entre eux devinrent, dès le commencement du quinzième siècle, des écoles publiques, où des régents, distingués du maître et du sous-maître, donnèrent des leçons aux boursiers et aux pensionnaires, leçons auxquelles on ne tarda pas à admettre même des externes. Le collége de Navarre est le premier dans lequel s'introduisit cette nouvelle pratique: l'exemple en fut bientôt suivi, et du Boullay assure que sous le règne de Louis XI il y avoit dix-huit colléges ouverts à tous pour les leçons de grammaire, de rhétorique et de philosophie. Il arriva de là que les écoles de la rue du Fouare furent moins fréquentées, et se virent enfin abandonnées au point de ne plus servir qu'aux exercices probatoires, nécessaires pour parvenir au degré de bachelier-ès-arts; usage qui toutefois se conserva long-temps, car dans le siècle dernier quelques nations y faisoient encore l'examen de leurs candidats.
COLLÉGES.
_Collége de Chanac_ (rue de Bièvre).
Ce collége se trouve aussi désigné sous les noms de Saint-Michel et de Pompadour. Du Breul dit[367] «qu'il fut fondé en l'honneur de saint Michel par Guillaume de Chanac, évêque de Paris, issu de la noble lignée de Pompadour.» Il est vrai que dans un arrêt de 1510[368], M. Antoine de Pompadour est qualifié _fondateur_ du collége de Chanac; mais loin que cette dernière famille dût son origine à la sienne, il est certain qu'il ne prenoit ce titre que comme descendant de Renaud-Élie de Pompadour, lequel épousa, en 1355, Galienne de Chanac, unique héritière de cette maison, dont elle lui transporta tous les droits.
[Note 367: Page 706.]
[Note 368: Hist. de Par., t. IV, p. 622.]
On ignore du reste la date de cette fondation, qu'aucun auteur n'a donnée, mais qui nécessairement a dû précéder l'année 1348, puisque Guillaume de Chanac décéda cette même année. Les termes de son testament annonçoient qu'il avoit destiné sa maison, sise rue de Bièvre, à l'établissement d'un collége dans lequel on placeroit dix à douze boursiers; mais la somme qu'il laissa étoit loin de suffire à l'exécution d'un tel dessein, et les statuts de 1404 prouvent qu'à cette époque le revenu des maîtres et des élèves étoit si peu de chose, qu'il étoit impossible qu'il fournît à leur entretien[369]. Leur extrême pauvreté porta un autre Guillaume de Chanac, évêque de Mende, et le cardinal Bertrand, patriarche de Jérusalem, à venir à leur secours: ils donnèrent chacun 500 livres, et ce dernier y ajouta sa maison du faubourg Saint-Marcel, appelée encore aujourd'hui _maison du Patriarche_.
[Note 369: Le maître n'avoit alors que 6 sous par semaine, le chapelain 4 sous, et chaque boursier 3 sous.]
Les bourses de ce collége, destinées aux parents du fondateur ou à des écoliers du diocèse de Limoges, furent suspendues en vertu d'une conclusion de l'Université du 16 juillet 1729, confirmée par arrêt[370]. Le trop fameux cardinal Dubois avoit été boursier dans cette maison.
[Note 370: Ce collége est maintenant habité par des particuliers.]
_Collége du cardinal Le Moine_ (rue Saint-Victor).
Il doit son nom et sa fondation à Jean Le Moine, cardinal, mal à propos qualifié évêque de Meaux par quelques historiens. Envoyé en France en qualité de légat par Boniface VIII, pour terminer la fameuse querelle survenue entre ce pontife et Philippe-le-Bel, il profita du temps que lui donna sa négociation infructueuse pour exécuter le projet qu'il avoit formé avant son départ, de fonder un collége à Paris. On a varié sur la date de cet établissement, qu'il faut fixer avec Jaillot en 1302, parce que c'est cette année que le cardinal fit acheter la maison, la chapelle et le cimetière que les Augustins avoient au Chardonnet, pour y loger ses boursiers; et que, dès l'année suivante, un autre acte, dont l'objet principal est d'augmenter leur dotation, prouve évidemment qu'ils étoient déjà établis dans leur demeure. Les lettres de Boniface VIII qui approuvent cette fondation[371] font voir qu'elle n'étoit alors composée que de deux maîtres en théologie et de quatre étudiants dans la faculté des arts; mais, par les statuts, le cardinal ordonna qu'il y auroit dans ce collége soixante artiens et quarante théologiens; qu'il seroit nommé _maison du Cardinal_; que la valeur des bourses seroit fixée en marcs d'argent[372]: enfin il obtint, en 1308, une bulle du pape Clément V, qui donnoit au chapelain de ce collége la charge des âmes de tous ceux qui l'habitoient. Cette place devoit être occupée par un boursier théologien qui la gardoit toute sa vie, conservoit sa chambre après l'expiration du terme fixé pour sa bourse, et recevoit alors des honoraires convenables.
[Note 371: Crevier, Hist. de l'univ., t. II, p. 214.]
[Note 372: Il eut égard, dans une telle mesure, aux changements qui pouvoient survenir dans la monnoie, et qui étoit alors très-fréquents, sage prévoyance, dont depuis les boursiers ne surent pas profiter. La bourse de chaque théologien fut fixée à six marcs d'argent pur, poids de Paris; celle d'un artien à quatre marcs.]
Dès le seizième siècle, il survint des changements dans ce collége. Le nombre des bourses y étoit alors réduit à quatorze pour les théologiens, et à quatre pour les artiens. En 1545 le parlement donna un arrêt de réglement pour y faire une réformation, par lequel il ordonna qu'outre le grand-maître, le prieur, le curé, les deux chapelains et les régents, il y auroit à l'avenir dix-huit boursiers théologiens et six artiens, ce qui a été maintenu jusque dans les derniers temps, si l'on en excepte la suppression faite en 1765 d'un chapelain.
En 1757 on avoit fait, à cette maison des réparations considérables; le portail de la chapelle fut reconstruit à neuf; on répara le maître-autel, et cette chapelle, dédiée d'abord sous le nom de saint Firmin[373], prit alors celui de saint Jean l'Évangéliste[374].
[Note 373: _Voyez_ pl. 148. Quelques historiens ont cru qu'elle étoit sous le titre de saint Remi, parce que l'église célébroit le même jour la mort de ce saint et la translation de saint _Fremi_ ou _Firmin_ son patron. Cette dernière fête étoit remarquable par des particularités assez singulières: un boursier, vêtu en Éminence, représentoit, pendant toute cette journée, la personne du cardinal, et dans cet affublement assistoit à l'office, suivi d'un aumônier qui portoit son chapeau rouge. La nation de Picardie y alloit célébrer la première messe, y recevoit une sportule, et venoit ensuite rendre ses devoirs au prétendu cardinal, qui lui prodiguoit les dragées et les confitures sèches; de là on se rendoit à l'église, où souvent celui-ci célébroit pontificalement la grand'messe. L'Éminence devoit ensuite donner un grand dîner, dans lequel on continuoit à lui rendre les mêmes honneurs, etc. Cette fête, connue sous le nom de la _solennité du Cardinal_, avoit été sagement abolie au commencement du siècle dernier.]
[Note 374: L'église a été détruite. Les bâtiments qui existent encore ont été changés en habitations particulières; et sur le terrain qui en dépendoit, il a été établi un chantier qui porte le nom de _Chantier de la Ville_.]
CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, la Vision de Saint-Jean, par Lagrenée.
À gauche de la grille du coeur, un Christ mort; sans nom d'auteur.
SÉPULTURES.
Le cardinal Le Moine et son frère André Le Moine, évêque de Noyon, y étoient inhumés dans le même tombeau.
Ce collége étoit une des quatre maisons de théologie de la faculté de Paris. Il possédoit un terrain très-spacieux, qui s'étendoit depuis la rue Saint-Victor jusqu'à la porte Saint-Bernard. Parmi les savants qui y ont professé, on distingue _Turnebe_, _Buchanan_ et _Muret_.
_Le séminaire Saint-Nicolas-du-Chardonnet_ (rue Saint-Victor).
Le séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet étoit situé immédiatement au-dessus de la principale porte de l'église du même nom. Ce n'étoit, dans le principe, qu'une société de dix ecclésiastiques, que l'un d'eux, M. Adrien Bourdoise avoit réunis en 1612 au collége de Reims, où il demeuroit. L'objet de cette petite communauté étoit de former des conférences pour l'utilité des jeunes gens qui se destinoient à la prêtrise. Il est remarquable que M. Bourdoise n'avoit point encore reçu les ordres lorsqu'il commença cet utile établissement; et ce ne fut que l'année suivante qu'il fut élevé à la dignité du sacerdoce, circonstance qui accrut son autorité parmi ses collègues. Il les avoit si bien choisis, et ils se montrèrent si disposés à favoriser son projet, qu'ils ne balancèrent point à le suivre dans les colléges du Mans, du Cardinal Le Moine et de Montaigu, dans lesquels il fut successivement transféré. Enfin, après plusieurs épreuves, ces ecclésiastiques se consacrèrent entièrement, en 1618, à l'instruction des jeunes clercs. On les voit s'établir, en 1620, dans la maison du sieur Guillaume Compaing, l'un d'entre eux, et la quitter en 1624 pour former un nouvel établissement au collége des Bons-Enfants. M. Georges Froger, alors curé de Saint-Nicolas, reconnoissant des services qu'ils rendoient à sa paroisse, résolut de se les attacher; et l'on peut lire dans Sauval[375] les conventions, sous signatures privées, qui furent passées entre eux le 26 juillet 1631, et rédigées en acte public le 11 octobre suivant. Cette institution ayant été approuvée par l'archevêque le 24 du même mois, et autorisée par lettres-patentes dans le mois de février suivant, ces prêtres acquirent en commun une maison et un jardin contigu, et cette acquisition fut confirmée par d'autres lettres-patentes du mois de mai de la même année[376].
[Note 375: Tome III, p. 183, 180.]
[Note 376: L'abbé Lebeuf, Piganiol et plusieurs autres se sont fondés sans doute sur la date de ces lettres pour placer l'origine du séminaire Saint-Nicolas en 1632; mais elle est plus ancienne, si l'on considère le temps et la réunion de ses premiers membres; et postérieure de douze ans, si l'on n'envisage que l'institution légale du séminaire.]
Ils obtinrent, en novembre 1643, des lettres-patentes qui les autorisoient à recevoir des legs et des donations. Ce fut peut-être le refus que fit alors le parlement d'enregistrer ces lettres, qui leur procura un établissement légal: le 20 avril 1644 l'archevêque ayant érigé cette communauté en séminaire, fit autoriser cette érection par lettres-patentes du mois de mai suivant. Le parlement, en les enregistrant, crut devoir y mettre quelques modifications; le roi en accorda de nouvelles le 21 mai 1661, qui en ordonnoient l'enregistrement simple, et le parlement fut forcé de s'y conformer le 25 du même mois.
Cette communauté, enrichie par quantité de donations, augmenta ses bâtiments, et fit élever, en 1730, une autre maison dans la même rue, sous le nom de petit-séminaire. On y recevoit, à titre de pensionnaires, les étudiants qui se destinoient à l'état ecclésiastique. Les dimanches et fêtes, ils faisoient partie du clergé de la paroisse[377].
[Note 377: Cartul. S. Magl. Lebeuf, t. II, p. 560.]
La bibliothèque étoit composée d'environ quinze mille volumes d'un bon choix. Il y avoit aussi un cabinet d'histoire naturelle.
_Le collége des Bons-Enfants_ ou _séminaire de Saint-Firmin_ (rue Saint-Victor).
Les historiens de Paris n'ont rien pu découvrir sur l'origine de ce collége. Leur incertitude et le défaut de monuments ne permettent pas de lui assigner une époque plus ancienne que le règne de saint Louis. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il existoit avant 1247, puisqu'on trouve dans un testament de cette année que la dame Geneviève fit un legs de 10 sous au collége des Bons-Enfants[378]. Les historiens de l'Église et de l'Université[379] rapportent une bulle d'Innocent IV donnée à Lyon le 8 des calendes de décembre, l'an 6 de son pontificat, ce qui revient au 24 novembre 1248, par laquelle le souverain pontife, à la réquisition de Gautier (de Château-Thierri), administrateur de la maison des Bons-Enfants, leur permet d'avoir une chapelle, et engage l'évêque à la leur accorder. Gautier, qui n'étoit alors que chancelier de Notre-Dame, fut élu évêque de Paris l'année suivante, mourut quelques mois après, et la permission ne fut donnée qu'en 1257 par Renaud de Corbeil, son successeur. Quelques années après, Mathieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, y fonda une chapellenie au nom et comme exécuteur du testament de Gui Renard, médecin du roi[380], et assigna au chapelain une rente de 15 livres. Une reconnoissance de 40 sous de rente que les Bons-Enfants devoient à l'évêque, et dont ils passèrent acte au mois de juillet 1314, prouve qu'il y avoit alors neuf boursiers dans ce collége[381].
[Note 378: Ce séminaire a été rendu à sa première destination.]
[Note 379: Hist. eccles. Paris, t. II, p. 414.--Hist. univ., t. III, p. 217.]
[Note 380: Grand cartul. de l'évêché, fol. 330, cart. 527 et 528.]
[Note 381: Le sieur Pluyette, qui en fut principal, y fonda deux bourses par son testament du 4 septembre 1478.]
Cette maison étoit presque abandonnée, lorsque la principalité et la chapellenie en furent données au célèbre Vincent-de-Paul le 1er mars 1624. C'est là qu'il jeta les premiers fondements de la congrégation de la Mission, à laquelle le collége fut réuni par décret du 8 juin 1627, confirmé par lettres-patentes du 15 septembre suivant. Dès-lors la maison de la Mission fut regardée comme un véritable séminaire, où l'on formoit de jeunes ecclésiastiques destinés à aller porter la parole de Dieu dans les campagnes[382]; mais il ne fut établi dans les formes légales que bien long-temps après, en 1707, par un décret d'érection de M. le cardinal de Noailles, confirmé par lettres-patentes du mois de janvier 1714.
[Note 382: Jean-François de Gondi, premier archevêque de Paris, qui avoit autorisé l'établissement des prêtres de la Mission, regardoit leur maison comme un véritable séminaire, puisque par son mandement du 21 février 1631 il obligea les jeunes élèves de son diocèse qui aspiroient aux ordres de faire au collége des Bons-Enfants une retraite de dix jours.]