Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 5/8)

Part 32

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Le silence des anciens auteurs sur l'origine de cette église et sur l'époque de son érection en paroisse a répandu beaucoup de vague et d'incertitude sur ce qu'en ont écrit les modernes. Tout ce que Sauval dit à ce sujet[301], ainsi que sur le bourg Saint-Marcel, est rempli d'erreurs et d'inexactitude: il cite des chartes qui n'existent point ou qu'il n'a certainement pas lues; il transpose ou altère les noms; il brouille les dates. L'abbé Leboeuf, plus exact et plus judicieux, ne donne cependant que des conjectures adoptées par Jaillot, et d'où il résulte que, suivant les apparences, le bourg de Saint-Médard se forma sur la gauche de la Bièvre, à peu près à l'époque à laquelle celui de Saint-Marcel s'établit sur la droite; que l'éloignement où ceux qui l'habitoient se trouvèrent de Sainte-Geneviève, mit dans la nécessité d'y bâtir une chapelle, qui fut détruite par les Normands, et reconstruite lorsque ce bourg eut été repeuplé. Ce qui prouve sa dépendance de Sainte-Geneviève[302], c'est que, dans tous les temps, l'église de Saint-Médard a été desservie par un chanoine de cette abbaye, et qu'elle n'a pas cessé d'être à la nomination de l'abbé. Dès le douzième siècle on la trouve, ainsi que le bourg, sous la dénomination de _Villa et Ecclesia sancti Medardi_, en françois, sous celui de _Saint-Mart_, _Maart_ et _Mard_. L'abbé Leboeuf pense que ce nom vient de quelques reliques de saint Médard que les anciens chanoines de Sainte-Geneviève avoient rapportées du Soissonnois, où les ravages des Normands dans les environs de Paris les avoient forcés de se retirer avec le corps de leur saint patron.

[Note 301: Tom. I, p. 433.]

[Note 302: Le territoire de Saint-Médard, depuis la fondation de l'église des SS. Apôtres par Clovis, a été réputé compris dans la donation de ce prince faite à cette église. _Pons S. Medardi_ est marqué dans un état des biens de l'abbaye Sainte-Geneviève fait dans le douzième siècle, comme étant de ce côté-là les limites de sa justice, laquelle, du côté opposé, s'étendoit jusqu'à l'église Saint-Étienne dite _des Grès_, située sur le grand chemin d'Orléans..... On trouve aussi que l'abbaye Sainte-Geneviève avoit, dans le treizième siècle, à Saint-Médard, un pressoir pour ses vignes; que l'imposition de la taille des habitants de ce bourg, pour la guerre de Philippe-le-Hardi contre le comté de Foix, en 1372, alla en total à la somme de 30 sous.]

Dès le commencement du siècle dernier il n'existoit déjà plus rien dans cette église de ses premières constructions. Ce qu'il y avoit de plus ancien dans le bâtiment ne remontoit pas à plus de deux cent cinquante ans. Les deux bas-côtés de la nef, qui étoit très-étroite, plus modernes, n'avoient guère que deux siècles d'antiquité. Les désordres et les profanations que les huguenots exercèrent en 1561 à Saint-Médard, bien qu'ils n'eussent pas été punis aussi sévèrement qu'ils auroient dû l'être, devinrent cependant, par plusieurs circonstances que nous ferons connoître[303], une occasion d'agrandissement pour cette église, à laquelle on appliqua les amendes auxquelles quelques-uns des coupables furent condamnés, et les concessions que le zèle religieux fit faire dans cette circonstance. L'argent qui en provint servit à l'augmenter, en 1586, du choeur et du rond-point. On y fit, au siècle suivant, de nouvelles réparations, et le grand autel fut reconstruit en 1655.

[Note 303: _Voy._ l'article de la _maison du Patriarche_.]

Enfin, quelques années avant la révolution, on reconstruisit de nouveau et cet autel et la chapelle de la Vierge qui termine le rond-point; le tout sur les dessins de M. Radel, architecte. Ce maître autel étoit disposé à la romaine; quatre arcades soutenant une voûte plate formoient la grande chapelle. Tout cela existe encore, et n'a rien de remarquable[304].

[Note 304: _Voy._ pl. 143.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-MÉDARD.

TABLEAUX.

Dans la chapelle Saint-Denis, Notre-Seigneur au tombeau; par un peintre inconnu.

Dans la chapelle Saint-Charles, saint Charles-Borromée et plusieurs figures de Vertus, le tout peint en grisaille et imitant le relief.

Dans la première chapelle à droite, un très-ancien tableau, peint sur bois, et dont le fond étoit doré, représentant une Descente de Croix.

Dans la nef, plusieurs grands tableaux sans nom d'auteur.

STATUES.

Sur l'autel de la chapelle de la Vierge, sa statue en pierre, posée sur un nuage, et tenant l'Enfant-Jésus.

SÉPULTURES.

Dans cette église avoient été inhumés,

Clément de Rilhac, avocat du roi au parlement de Paris, mort au commencement du quinzième siècle[305].

Olivier Patru, de l'académie françoise, mort en 1681.

Pierre Nicolle, auteur des Essais de Morale, mort en 1695.

Jacques-Joseph Dugué, prêtre et auteur d'un grand nombre d'ouvrages de piété, mort en 1733.

Le célèbre diacre François de Pâris, mort en 1727, âgé de trente-sept ans. (Il étoit enterré dans le petit cimetière.)

Dans la chapelle Saint-Charles étoit la sépulture de la famille Davignon.

[Note 305: Il avoit fait construire dans cette église une chapelle, où plusieurs membres de sa famille furent depuis enterrés, et dans laquelle sa veuve fonda une chapellenie.]

CIRCONSCRIPTION.

On peut commencer le circuit de cette paroisse dans la partie la plus élevée de la rue de l'Oursine, un peu au-dessus du couvent des Cordelières, et suivre le rivage gauche de la Bièvre jusqu'au Pont-aux-Tripes. En cet endroit la paroisse s'étendoit au delà de la rivière jusqu'à la rue du Fer-à-Moulin, dont elle avoit le côté gauche, et tout ce qui suivoit du même côté, laissant à droite la rue de la Muette et la rue Poliveau, qui étoient de la paroisse Saint-Martin. Elle s'étendoit ensuite jusque vers les bords de la Seine, puis revenoit à gauche pour renfermer le jardin royal des Plantes. Elle avoit tout le côté gauche de la rue Copeaux en remontant; le même côté de la rue Moufetard en descendant; et quant au côté droit de cette dernière rue, elle ne le renfermoit que depuis la huitième maison, à partir du coin de la rue Contrescarpe. Elle entroit alors dans la rue Pot-de-Fer, dont elle avoit les deux côtés jusqu'à la rue Neuve-Sainte-Geneviève, où elle commençoit à n'avoir plus que le côté gauche. Au bout de cette rue Pot-de-Fer elle coupoit la rue des Postes, entroit dans la rue des Vignes, dont elle avoit le côté gauche, perçoit jusqu'aux murs du jardin du Val-de-Grâce, et revenoit par la cour Saint-Benoît regagner la rue de l'Oursine[306].

[Note 306: On voit que cette paroisse sortoit ainsi du quartier dans lequel elle est située. Elle n'est pas la seule qui offre de telles irrégularités.]

Cette église prétendoit posséder une relique de saint Pierre, que l'on conservoit dans la chapelle Saint-Charles.

L'HÔPITAL DE L'OURSINE,

AUTREMENT DIT COMMUNAUTÉ DE SAINTE-VALÈRE.

Il y a sur l'origine et sur l'auteur de cette fondation beaucoup d'incertitude et d'opinions contradictoires parmi les historiens de Paris. Dubreul paroît avoir rencontré plus juste[307] que les autres en disant que cet hôpital fut fondé par la reine Marguerite de Provence, veuve de saint Louis. Ce qu'il y a de certain c'est qu'au siècle suivant il appartenoit à Guillaume de Chanac, évêque de Paris, et ensuite patriarche d'Alexandrie, ce qui lui avoit fait donner le nom d'_Hôtel-Dieu du Patriarche_[308]. On ignore quand il reçut celui de _Saint-Martial et de Sainte-Valère_; mais il est probable que ce fut sous l'épiscopat de Guillaume de Chanac lui-même, ou du moins de Foulques son neveu. Tous les deux étoient Limousins de naissance, et devoient être par conséquent portés à étendre le culte d'un saint évêque de Limoges et d'une vierge qui souffrit le martyre dans cette ville.

[Note 307: p. 401.]

[Note 308: Il ne faut pas le confondre avec la _cour du Patriarche_, lieu assez vaste, et voisin de celui-ci, qui appartenoit au même prélat. Des actes rapportés par Jaillot prouvent évidemment que c'étoient deux édifices différents.]

Cet hôpital fut sans doute abandonné dans les siècles suivants: car on voit, par un arrêt du parlement de 1559, qu'il fut saisi sur un particulier nommé Pierre Galland, mis en la main du roi, et destiné à recevoir les malades attaqués du mal vénérien.

Dès l'année 1576, Nicolas Houel, marchand apothicaire et épicier, avoit demandé la permission d'établir un hôpital «pour un certain nombre d'enfants orphelins qui y seroient d'abord instruits dans la piété et les bonnes lettres, et par après en l'état d'apothicaire, et pour y préparer, fournir et administrer gratuitement toutes sortes de médicaments et remèdes convenables aux pauvres honteux de la ville et des faubourgs de Paris.» Il demandoit à cet effet que le roi lui abandonnât ce qui restoit à vendre de l'hôtel des Tournelles. Son projet fut agréé, et il reçut un édit favorable à sa fondation, qui fut placée, en 1577, dans la maison des Enfants-Rouges; mais dès 1578, soit que le terrain de cet hôpital ne fût pas assez vaste, soit qu'on trouvât de l'inconvénient à réunir dans un même local deux établissements différents, il fut ordonné que l'hôpital du sieur Houel seroit transféré dans celui de l'Oursine, «désert et abandonné par mauvaise conduite, tout ruiné, les pauvres non logés, et le service divin non dit ni célébré.» Ceci fut exécuté dans la même année; le nouveau fondateur fit construire une chapelle, et acheta vis-à-vis un terrain fort étendu, qu'il destina à la culture des plantes médicinales, tant indigènes qu'exotiques. Ce terrain fut agrandi depuis par l'acquisition de quelques maisons environnantes. C'est aujourd'hui le jardin des apothicaires.

L'hôpital du sieur Houel, indiqué dans les titres sous le nom de la _Charité chrétienne_, éprouva, après sa mort, quelques changements. Henri IV crut qu'il seroit plus convenable d'y placer les officiers et soldats blessés à son service; et plusieurs édits de ce prince, des années 1596, 1597, 1600, 1604, ordonnèrent que les pauvres gentilshommes, officiers et soldats, vieux ou caducs, seront mis en possession de la maison de la Charité chrétienne, et qu'ils y seront reçus, nourris, logés et médicamentés. Les dispositions que Louis XIII fit bientôt après en leur faveur permirent d'employer cet hôpital à d'autres pieux usages. On le voit successivement occupé par plusieurs petites communautés de filles, qui ne purent s'y maintenir; depuis, uni à l'ordre de Saint-Lazare, ainsi que les autres hôpitaux abandonnés, ensuite remis à l'archevêque de Paris, qui en fit présent à l'hôtel des Invalides, lequel en a joui jusqu'à la fin de la monarchie[309].

[Note 309: Cet hôpital n'existe plus. La chapelle, dédiée sous le nom de Saint-Martial et de Sainte-Valère, avoit été détruite long-temps avant la révolution.]

L'ÉGLISE COLLÉGIALE DE SAINT-MARCEL.

L'incertitude, où les anciens historiens nous ont laissés sur la véritable origine de cette église a fait naître parmi les modernes, malheureusement trop portés à tout expliquer, une foule de vaines conjectures. Presque tous ont répété, d'après Corrozet et Dubreul[310], que ce fut dans le principe une chapelle dédiée par saint Denis sous l'invocation de saint Clément; que depuis, saint Marcel y ayant été inhumé, le fameux paladin Roland, comte de Blayes et neveu de Charlemagne, la fit rebâtir et dédier une seconde fois sous le nom de ce dernier saint. Tous ces faits ne semblent appuyés que sur une simple tradition dénuée de preuves, et qui s'est perpétuée, faute de monuments assez authentiques pour la détruire.

[Note 310: Corrozet, l. II, fol. 112.--Dubreul, p. 392.]

Il est certain que saint Marcel, évêque de Paris, fut enterré en cet endroit vers l'an 436; mais on ne trouve nulle part qu'on y eût dès lors édifié une chapelle et formé un cimetière public. La coutume des Romains, que l'on suivoit encore à cette époque, étoit, comme nous l'avons déjà dit, d'enterrer les morts hors des villes et sur les grands chemins; et l'on trouve effectivement que le lieu de la sépulture de saint Marcel étoit sur le bord de celui qui conduit en Bourgogne. Tout ce qu'on en peut conclure, sans oser fixer aucune date, c'est que les chrétiens élevèrent sans doute par la suite une chapelle ou un oratoire sur son tombeau; que la dévotion des Parisiens et le concours des peuples, attirés par les miracles qui s'y opéroient, obligèrent bientôt d'y bâtir des maisons, et qu'ainsi se forma peu à peu le bourg que Grégoire de Tours appelle simplement le bourg de Paris, _vicus Parisiensis civitatis_[311].

[Note 311: _De Glor. confess._, cap. 89.]

Il faut également rejeter avec Jaillot l'opinion de Launoy, adoptée par Sauval, que l'église Saint-Marcel a été la première cathédrale. Pour le prouver il ne suffit point de supposer, et sans autorités suffisantes, que saint Denis y a célébré les saints mystères, et de rappeler l'_Ecclesia senior_ dont parle Grégoire de Tours[312], dénomination par laquelle il semble désigner l'église dont nous parlons. M. de Launoy convient lui-même que ce mot peut signifier également une _vieille_ église et l'église _mère_; et la preuve qu'on veut tirer de l'autre assertion est encore plus foible, ou pour mieux dire tout-à-fait nulle. L'opinion de Piganiol[313], qui veut que l'endroit où est située l'église Saint-Marcel fût un cimetière destiné aux évêques et aux clercs, de même qu'il y en avoit un pour les moines, situé sur l'emplacement occupé depuis par les religieuses de Saint-Magloire, et un autre pour le peuple aux SS. Innocents, n'est pas soutenue par de meilleures raisons, et par conséquent ne peut obtenir aucune autorité. Si les évêques et les clercs ont eu un lieu particulier pour leur sépulture, il est vraisemblable qu'on auroit plutôt choisi la montagne où avoit été enterré Prudence, prédécesseur de Marcel[314], qu'un coteau beaucoup plus éloigné, et séparé du faubourg par la rivière de Bièvre.

[Note 312: _Ibid._, cap 105.]

[Note 313: Tom. V, p. 223.]

[Note 314: À l'endroit où l'on bâtit, au siècle suivant, l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul, nommée depuis Sainte-Geneviève.]

Il faut donc en revenir à cette première opinion, beaucoup plus vraisemblable, qu'un oratoire aura été bâti sur la sépulture de Saint-Marcel, et qu'un bourg se sera formé autour par la suite des temps. Laissant ensuite de côté toutes les traditions vagues qui fixent la reconstruction de cette antique chapelle, les unes sous Charlemagne, les autres sous Louis-le-Débonnaire, il faut arriver au premier titre qui en parle d'une manière positive; c'est un contrat fait en 811[315] entre le chapitre de Notre-Dame et Étienne, comte de Paris.

[Note 315: _Hist. eccles. Paris. Tom._ I, p. 304.]

Une charte de Charles-le-Simple, de l'année 918, qui confirme aux _frères_ de Saint-Marcel la restitution et donation que leur avoit faite l'évêque Théodulphe de plusieurs maisons ou métairies (_manses_) situées autour de leur _monastère_, a fait penser à Piganiol et à dom Félibien que cette église avoit d'abord été desservie par des moines. Jaillot combat cette assertion, 1º en rappelant la remarque déjà faite, que le terme de monastère, _monasterium_, _coenobium_, a été souvent employé pour désigner une église collégiale, et même une paroisse; 2º que le nom de _frères_ s'appliquoit aux chanoines et aux prêtres qui vivoient en commun ainsi qu'aux religieux[316]; 3º enfin, et cette dernière preuve est péremptoire, qu'on ne trouve aucun acte qui fasse mention des moines de Saint-Marcel ni de l'époque à laquelle on leur auroit substitué des chanoines; que la charte même de Charles-le-Simple, confirmée en 1046 par Henri Ier, prouve contre cette assertion, puisqu'on y trouve le nom d'Hubert, _doyen_ de Saint-Marcel, etc. Une foule d'autres titres viennent à l'appui de celui-ci, et donnent à l'opinion de ce critique le dernier degré d'évidence.

[Note 316: On trouve souvent, dans les actes, les chanoines de Notre-Dame désignés sous le nom de _frères de Sainte-Marie_.]

Quant à la restitution faite à ces chanoines, la charte que nous venons de citer nous apprend qu'Ingelvin, évêque de Paris, mort en 883, leur avoit donné quinze maisons près de leur église; que les désastres causés par les Normands, lorsqu'ils assiégèrent la ville de Paris, forcèrent Anscheric, un de ses successeurs, à reprendre ces maisons, qu'il donna à l'un de ses vassaux; et qu'après sa mort Théodulphe jugea à propos non-seulement de les rendre, mais encore d'en ajouter une de son propre domaine. Cette propriété de terrains que les évêques de Paris avoient à Saint-Marcel pourroit faire présumer que ce saint lui-même y avoit sa maison de campagne, laquelle aura appartenu depuis à ses successeurs[317]. Ce qu'il y a de certain c'est que les évêques de Paris ont souvent demeuré au cloître Saint-Marcel. Il existe plusieurs actes qui sont datés de cet endroit; et anciennement on lisoit l'inscription _Domus episcopi_ sur la porte de la maison affectée au doyen de cette collégiale.

[Note 317: Ainsi s'expliqueroit aussi pourquoi il y fut enterré. Les Romains avoient souvent leur sépulture dans les jardins de leurs maisons de campagne ou sur le grand chemin qui avoisinoit ces maisons; et cet usage s'étoit conservé sous les premiers rois de la race Mérovingienne.]

Ce fut vraisemblablement sous l'épiscopat de Gozlin, mort en 886, que la crainte des profanations, qui marquoient partout le passage des Normands, fit transporter la châsse de saint Marcel à Notre-Dame. On croit qu'elle y est restée depuis ce temps, soit que l'on appréhendât de nouvelles incursions de la part de ces barbares, soit qu'ils eussent pillé et brûlé l'église d'où elle avoit été retirée. Il paroît que cet édifice fut rebâti au onzième siècle, et que depuis on n'a fait que le réparer.

C'étoit un monument qui, du reste, n'avoit rien de remarquable: sous le maître-autel étoit une chapelle souterraine soutenue sur six piliers, où il y avoit trois autels. La salle capitulaire étoit située sur la droite du choeur.

CURIOSITÉS.

SÉPULTURES.

Au milieu du choeur avoit été inhumé le célèbre Pierre Lombard, dit le maître des sentences, mort en 1164, ainsi que le marquoit l'épitaphe placée sur sa tombe[318].

[Note 318: Les licenciés en théologie étoient, dit-on, obligés de venir, pendant leur licence, chanter, le jour de Saint-Pierre, une messe dans cette collégiale, à six heures du matin.]

Le chapitre de Saint-Marcel avoit la préséance sur les deux autres, qui, comme lui, étoient qualifiés du nom de _filles_ de M. l'archevêque. Les canonicats étoient à la nomination de ce prélat. Le chapitre nommoit le doyen et les chapelains, et avoit en outre le droit de nommer aux cures de Saint-Martin, de Saint-Hilaire, de Saint-Hippolyte, et à celle de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, conjointement avec le chapitre de Saint-Benoît.

Sa juridiction s'étendoit autrefois sur le bourg Saint-Marcel, le mont Saint-Hilaire et partie du faubourg Saint-Jacques; on l'appeloit la _châtellenie Saint-Marcel_. Cette justice fut supprimée et unie au châtelet en 1674; mais en 1725 M. Colonne Du Lac obtint que le chapitre auroit la haute justice dans l'étendue du cloître, et la moyenne dans tout ce qui composoit sa seigneurie, laquelle s'étendoit assez avant dans la plaine d'Ivry. L'audience se tenoit dans une maison du cloître.

Le bourg qui s'étoit formé autour de l'église Saint-Marcel, et qui en avoit reçu le nom, étoit séparé de celui de Saint-Médard par la rivière de Bièvre. Des lettres de Philippe-le-Bel, données en 1287, prouvent qu'à cette époque ce lieu n'étoit point encore considéré comme faisant partie des faubourgs de Paris. Il s'accrut tellement par la suite qu'il en reçut le nom de _ville_, et c'est sous ce titre qu'il est désigné dans les lettres-patentes de Charles VI de l'année 1410[319]. Les faubourgs s'étant eux-mêmes considérablement augmentés dans le quinzième siècle et les suivants, et ceux qui régnoient de ce côté s'étant prolongés jusqu'au bourg Saint-Marcel, il commença à être mis lui-même au nombre des faubourgs de Paris. On le nomme vulgairement _Saint-Marceau_[320].

[Note 319: On ne doit cependant pas, dit l'abbé Lebeuf, entendre ce terme dans le sens qu'on lui donne aujourd'hui. _Voy._, sur l'origine des villes, la première partie du premier volume, p. 79 et 80.]

[Note 320: Le clocher de l'église de Saint-Marcel a été abattu, et l'on a fait une maison particulière d'une partie du bâtiment.]

L'ÉGLISE SAINT-MARTIN.

Cette petite église étoit située dans le cloître Saint-Marcel, et dépendoit de cette collégiale. La plupart de nos historiens, trompés par la date de la dédicace qu'en fit M. de Beaumont, évêque de Paris, s'accordent à dire qu'elle ne fut érigée en paroisse qu'en 1480. L'abbé Lebeuf a prouvé, par le Pouillé de 1220, que, dès ce temps-là, elle étoit église paroissiale. Quant à son origine, on ne peut en déterminer au juste l'époque. Le plus ancien auteur qui en fasse mention est le continuateur de la Chronique de Sigebert de Gemblours; il en parle à l'an 1129, et ne la qualifie que de petite église, _ecclesiola sancti Martini_; Albéric lui donne le même nom; et une bulle d'Adrien IV, de 1158, en fait également mention sous le simple titre de _chapelle_. En la considérant sous ce dernier rapport, il seroit possible qu'elle eût une plus haute antiquité: on sait que l'ancien usage étoit de construire des chapelles auprès des basiliques, et tout porte à croire que, peu de temps après la reconstruction de Saint-Marcel, on aura bâti celle-ci, et qu'on y aura mis un prêtre pour la desservir et pour y administrer les sacrements aux habitants du cloître[321].

[Note 321: Dans ce cloître la demoiselle d'Abra de Raconis avoit acheté une maison pour y établir un couvent de Cordelières. Elle la donna, sous cette condition, aux religieuses de cet ordre, établies rue de l'Oursine, par contrat du 13 décembre 1628. L'archevêque de Paris ayant accordé son consentement, elles y envoyèrent quelques religieuses; mais cette maison ne s'étant pas trouvée propre à recevoir une communauté, elles en sortirent peu de temps après, et formèrent un autre établissement, rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain.]

Le choeur de cette église fut sans doute reconstruit en 1544, car on voit que le 12 mai de cette année l'évêque de Mégare obtint la permission de la bénir. Elle fut considérablement augmentée en 1678[322].

[Note 322: _V._ pl. 148. Cette église a été détruite pendant la révolution.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-MARTIN.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, un tableau de l'école vénitienne, représentant l'Assomption de la Vierge.

Près la porte de la sacristie, une Adoration des bergers; copie de _Rubens_.

Dans la chapelle de la communion, une Résurrection; par un peintre inconnu.

L'ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-HIPPOLYTE.