Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 5/8)

Part 31

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«Dès le temps de Henri IV, dit Fontenelle, on s'étoit aperçu que la botanique, si nécessaire à la médecine, devoit être étudiée, non dans les livres des anciens, où elle est fort confuse, fort défigurée et fort imparfaite, mais dans les campagnes; réflexion qui, quoique très-simple et très-naturelle, fut assez tardive. On avoit vu aussi que le travail d'aller chercher les plantes dans la campagne étoit immense, et qu'il seroit d'une extrême commodité d'en rassembler le plus grand nombre qu'il se pourroit dans quelque jardin, qui deviendroit le livre commun de tous les étudiants, et le seul livre infaillible. Ce fut dans cette vue que Henri IV fit construire à Montpellier, en 1598, le jardin des plantes, dont l'utilité se rendit bientôt très-sensible, et qui donna un nouveau lustre à la Faculté de médecine de cette ville. M. de La Brosse, piqué d'une louable jalousie pour les intérêts de la capitale, obtint du roi Louis XIII, par un édit de 1626, que Paris auroit le même avantage. Il fut fait intendant de ce jardin, dont il étoit proprement le fondateur[282].»

[Note 282: Fontenelle, Éloge de M. Fagon.]

Il faut donc rejeter ce que dit Germain Brice[283], sans en apporter aucune preuve, que le projet d'un jardin de plantes médicinales ayant été formé à Paris sous le règne de Henri IV, Jean Robin, aux soins duquel il avoit été confié, commença à le faire exécuter au lieu où nous le voyons aujourd'hui. Le fait est que ce jardin ne subsistoit pas même en 1626, comme l'avance cet auteur et plusieurs autres; seulement on trouve qu'au mois de janvier de cette année, Louis XIII accorda au sieur Herouard, son premier médecin, des lettres-patentes portant l'ordre de former un établissement de ce genre; mais cet acte ne donne pas même la désignation du lieu: il y est dit seulement qu'il sera construit «en l'un des faubourgs de cette ville de Paris ou autres lieux proche d'icelle, de telle grandeur qu'il sera jugé propre, convenable et nécessaire.»

[Note 283: Tom. II, p. 374.]

Ce projet n'eut point alors son exécution. Depuis, MM. Bouvard, premier médecin, et Gui de La Brosse, médecin ordinaire, ayant jeté les yeux sur le terrain de Coupeaux, le jugèrent convenable pour cet objet. Il consistoit alors en 14 arpents, y compris la butte qui s'étoit successivement formée par l'amas des gravois et des immondices qu'on y avoit anciennement transportés. Cette voirie, située d'abord au carrefour de Coupeaux, où elle étoit encore en 1303, avoit été reculée depuis jusqu'à l'endroit où se trouve cette butte qui en avoit été formée. En 1535 on en fit une autre à côté de celle-ci, à l'endroit où est aujourd'hui la terrasse. La voirie des bouchers étoit au bas de cette dernière.

Cette butte et ses dépendances, qui, dans le principe, appartenoit à l'abbaye Sainte-Geneviève, étoit devenue, par plusieurs mutations, la propriété d'un particulier nommé Voisin, et ne contenoit alors qu'un peu plus de deux arpents. Le roi en fit faire l'acquisition en 1633; celle des terrains voisins ne fut faite qu'en 1636. Alors Gui de La Brosse, qui, dès l'année précédente, avoit obtenu des lettres-patentes portant confirmation de l'établissement du jardin du Roi, fit construire les logements nécessaires et les salles convenables pour les démonstrations de botanique, de chimie, d'astronomie et d'histoire naturelle. Il obtint de l'archevêque, le 20 décembre 1639, la permission d'avoir une chapelle; elle fut accordée avec tous les priviléges dont jouissent celles des colléges de fondation royale ou particulière.

Telle est l'origine d'un établissement qui aujourd'hui n'a pas son pareil dans le monde. Ce fut en 1739 que le célèbre Buffon fut nommé intendant du jardin du Roi; on lui doit son accroissement et la plus grande partie des richesses qu'il renferme. Bientôt il l'étendit jusqu'aux bords de la Seine; le cabinet d'histoire naturelle, formé des cabinets de Tournefort et de Vaillant, fut successivement enrichi de productions nouvelles rassemblées des quatre parties du monde, et chaque voyageur se fit un honneur d'y déposer ce qu'il avoit pu recueillir de plus précieux.

Nous allons donner ici une courte description du jardin et du cabinet, l'espace ne nous permettant pas d'en tracer une notice détaillée, qui fourniroit elle seule la matière de plusieurs volumes[284].

[Note 284: Nous croyons devoir donner la description de ce jardin tel qu'il est aujourd'hui.]

_Jardin de Botanique._

En entrant par la rue de Buffon, dans une grande cour, on laisse derrière soi les bâtiments qui renferment le cabinet d'histoire naturelle, et l'on entre dans le jardin, fermé par une grille de fer. Il offre les dispositions suivantes:

À droite, plusieurs allées d'arbres étrangers qui se prolongent jusqu'au bord de la Seine.

À gauche, le jardin de botanique: il est classé selon la méthode de Jussieu[285]. À la suite de ce jardin, l'école pratique d'agriculture. Elle se compose, 1º des arbres fruitiers; 2º des plantes potagères ou qui concernent les arts. Toutes les grilles en fer qui entourent cette partie du jardin, sont sorties des forges de Buffon, et ont été faites aux dépens de Louis XV.

[Note 285: _Voyez_ pl. 140.]

À la suite de ce jardin on trouve la ménagerie, dont la construction grossière et le délabrement semblent indignes d'un aussi magnifique établissement.

Les serres et une orangerie sont séparées du jardin botanique par des fossés, où l'on a placé des ours de différentes espèces.

Au delà de ces fossés l'oeil se repose avec plaisir sur une espèce de jardin anglois, auquel on a donné le nom de _Vallée suisse_. On y a parqué un grand nombre d'animaux étrangers, tels que des buffles, des daims, des chameaux, etc. Ces animaux s'y promènent librement au milieu de leurs pâturages, ce qui donne à cet endroit une physionomie particulière. Une multitude d'oiseaux curieux y sont renfermés dans des volières, tandis que d'autres se baignent dans des pièces d'eau destinées à leur usage.

Auprès de la volière on a réuni quelques espèces de singes: ils sont renfermés dans des cages.

À la suite de la vallée suisse se présentent plusieurs maisons servant de demeures aux professeurs du jardin, et un cabinet d'anatomie comparée extrêmement curieux[286].

[Note 286: On y plaça, pendant quelques années, le corps du maréchal de Turenne lorsqu'il fut exhumé du monument que lui avoit élevé la France; et ce moyen fut le seul que l'on put trouver pour le sauver de la fureur des révolutionnaires.]

En sortant de la vallée suisse on trouve deux petites collines couvertes d'arbres toujours verts. Sur l'une d'elles s'élève le cèdre du Liban, planté, il y a environ cinquante ans, par Bernard de Jussieu. Il étoit contenu alors dans un petit vase, aujourd'hui il couvre une partie de la colline de ses vastes branches horizontales.

Un peu plus haut on rencontre une colonne élevée à la gloire de Daubenton, savant illustre, et qui, avec Buffon dont il étoit le collaborateur, a le plus contribué à l'avancement et à la gloire de la science.

Le sommet de cette colline est couronné par un kiosque, d'où l'on découvre une partie de Paris[287].

[Note 287: Ce kiosque, construit par M. _Verniquet_, architecte du jardin du Roi, est de forme circulaire, et dans une proportion de treize pieds de diamètre sur environ vingt-cinq de hauteur. Il est tout en fer, et revêtu de cuivre. Le dessous, entouré d'un appui, forme un belvédère. Huit lances y servent de piliers, et supportent un couronnement pyramidal. Sur la frise de la corniche on lisoit l'inscription suivante: _Dum lumine et calore sol mundum vivificat, Ludovicus XVI sapientiâ et justitiâ, humanitate et munificentiâ undique radiat._ M. DCC. LXXXVI.

Cette corniche est surmontée d'un amortissement avec panneaux en mosaïque à jour. Au-dessus est une lanterne composée de petites colonnes avec arcades, dont la frise de la corniche porte cette inscription:

_Horas non numero nisi serenas_,

inscription qui avoit rapport à un méridien très-ingénieux, que l'action du soleil mettoit seule en mouvement, et qui marquoit l'heure de midi par douze coups frappés sur un tambour chinois. Le marteau de ce méridien représentoit le globe de la terre, et étoit renfermé dans une sphère armillaire, posée sur un piédouche, laquelle couronnoit ce petit édifice.]

En rentrant dans le jardin de botanique on passe auprès des serres, et l'on visite le milieu du jardin, où sont cultivées, dans différents parterres, des plantes d'agrément et de curiosité. On y voit aussi plusieurs pièces d'eau peuplées de plantes et d'oiseaux aquatiques.

Ce jardin qui, avant la révolution, contenoit déjà quarante arpents, a été depuis considérablement augmenté.

CABINET D'HISTOIRE NATURELLE.

Ce cabinet est renfermé dans un vaste bâtiment qui forme l'entrée principale du côté de la rue du Jardin du Roi, et le fond de la perspective à partir de l'extrémité du jardin. L'architecture en est simple, noble et convenable de tous points à l'objet auquel il est destiné[288].

[Note 288: _Voyez_ pl. 141.]

_Premier étage._

En entrant à droite, plusieurs salles renfermant une des plus riches collections minéralogiques que l'on connoisse, classée d'après la méthode de M. Haüy.

À gauche, une partie de la collection des poissons et des reptiles, classée d'après la méthode de M. Lacépède.

La bibliothèque est ornée d'une statue de Buffon, de la main de M. _Pajou_.

_Second étage._

En entrant à droite, les singes, les quadrupèdes et la suite des poissons. On a suivi pour leur classification l'ordre que MM. Cuvier et Jeoffroi ont établi dans le tableau des animaux.

À gauche, les oiseaux et quelques quadrupèdes.

Au milieu des salles, dans toute leur longueur, sur des buffets dressés à cet effet, sont placés les insectes, les coquillages et les papillons[289].

[Note 289: Une grande partie des richesses du cabinet d'Histoire Naturelle reste cachée aux yeux du public, faute de place pour les mettre en évidence.]

LE MARCHÉ AUX CHEVAUX.

Le marché aux chevaux se tenoit autrefois près de la porte Saint-Honoré, dans un endroit qui depuis a formé une partie du jardin des Capucines; ce même lieu servoit aussi de marché aux cochons. Un particulier nommé Jean Baudouin obtint d'abord, en 1627, des lettres du roi qui lui permirent de transférer ce dernier marché sur la place dont nous parlons, laquelle se nommoit anciennement _la Folie Eschalart_. Cette translation éprouva des obstacles, fut arrêtée par des oppositions que levèrent de nouvelles lettres données en 1659, et enregistrées en 1640. Par ce dernier arrêt il étoit ordonné que le lieu destiné à ce marché contiendroit quatre arpents, qu'il seroit entouré de murs, et que l'impétrant feroit paver les rues qui devoient lui servir d'entrée.

Au mois d'avril de l'année suivante, le sieur Baranjon, apothicaire et valet de chambre du roi, obtint la permission d'établir au même endroit un marché aux chevaux le mercredi de chaque semaine, ce qui n'empêchoit pas qu'on ne continuât tous les samedis de conduire les chevaux au marché de la porte Saint-Honoré. Ce dernier fut bientôt supprimé, et depuis l'on n'a point cessé de le tenir dans le lieu dont nous parlons.

C'est un vaste terrain planté d'arbres, formant avenue, et dans lequel on entre d'un côté par le boulevard, de l'autre par la rue qui en porte le nom. À l'une de ses extrémités est un pavillon construit en 1760 par ordre de M. de Sartine, et qui servoit de logement à l'inspecteur de police chargé de présider à ce marché. On y vendoit des chevaux le mercredi et le samedi de chaque semaine[290].

[Note 290: _Voy._ pl. 142. Ce marché continue à se tenir au même lieu et aux mêmes jours qu'avant la révolution.]

MAISON DE SAINTE-PÉLAGIE.

Cette maison étoit destinée aux filles ou femmes débauchées, que les magistrats vouloient soustraire à la société, et à celles qui s'y retiroient volontairement. Les bâtiments habités par les premières portoient le nom de _Refuge_, et ceux qu'occupoient les _filles de bonne volonté_ furent désignés sous le titre de Sainte-Pélagie. C'est principalement au zèle et aux libéralités de madame de Miramion que l'on dut cet utile établissement. Elle avoit essayé de joindre la douceur à l'autorité, pour retirer du vice sept à huit filles dont la conduite étoit portée aux derniers excès du scandale. Munie de la permission des magistrats, elle les avoit placées d'abord dans une maison particulière au faubourg Saint-Antoine, sous la conduite de deux femmes pieuses, propres à faire revenir ces filles de leurs égarements. Cet essai réussit tellement, qu'il lui inspira le dessein d'ériger une maison publique destinée à ces retraites involontaires. Elle fut secondée dans des vues si louables par madame la duchesse d'Aiguillon, à laquelle se joignirent les dames de Farinvilliers et de Traversai. Chacune d'elle, à l'exemple de madame de Miramion, donna une somme de 10,000 liv. pour le nouvel établissement, qui, par des lettres-patentes du roi, accordées en 1665, fut établi sous le nom de Refuge, dans des bâtiments dépendants de la Pitié, et soumis à l'administration de l'Hôpital-général. Sa première destination fut d'abord uniquement pour les filles qu'on renfermoit par ordre des magistrats; mais madame de Miramion crut devoir y ouvrir un asile à celles qui d'elles-mêmes voudroient y mener une vie pénitente, ce qui donna lieu à cette distinction des _Filles de Bonne-Volonté_, qui bientôt se présentèrent en très-grand nombre, et auxquelles on assigna un logement séparé. Ce nombre devint même si considérable, que les bâtiments de la maison se trouvèrent insuffisants pour les loger, et qu'on se vit forcé de leur chercher une plus vaste demeure. Madame de Miramion les plaça au faubourg Saint-Germain, dans un édifice qu'avoit occupé la communauté dite _de la Mère de Dieu_; mais peu de temps après, au moyen de nouvelles dispositions qu'on fit dans la maison du Refuge, et sur la prière des administrateurs de cet établissement, la plupart de ces filles y retournèrent. Cependant le second asile, confirmé par des lettres-patentes de l'année 1691, continua de subsister jusqu'au moment de la révolution.

Jaillot fait observer que, malgré la destination de cette maison, l'on y a quelquefois fait enfermer des personnes qui n'étoient point coupables de débauches ou de libertinage, mais que des raisons particulières ne permettoient pas de mettre dans d'autres couvents, ni de laisser dans la société[291].

[Note 291: Cette maison étoit divisée en deux parties, celle du côté de la rue du Puits-de-l'Ermite servoit de refuge aux femmes ou filles renfermées par ordre du roi. On entroit dans l'autre, destinée aux femmes de bonne volonté, par la rue Copeau. Elles y payoient pension, et l'on y élevoit aussi de jeunes demoiselles.

La maison de Sainte-Pélagie est maintenant une prison où l'on renferme les débiteurs insolvables, et des criminels condamnés aux travaux. Ils occupent deux parties séparées dans cette maison; et, sous le règne de Buonaparte, une troisième partie étoit destinée aux prisonniers d'état pour lesquels il y avoit alors des prisons sur presque tous les points de la France.]

CURIOSITÉS DE SAINTE-PÉLAGIE.

TOMBEAUX.

Dans la chapelle, érigée pour le service des deux maisons, le mausolée de dame Madeleine Blondeau, veuve de Messire Michel d'Aligre, l'une des principales bienfaitrices de Sainte-Pélagie. Ce tombeau, de la main de _Coysevox_, se composoit d'un sarcophage en marbre, sur lequel étoit agenouillé le génie de la religion; derrière s'élevoit une pyramide, terminée par un enroulement ionique que surmontoit une urne en bronze[292].

Une épitaphe placée vis-à-vis annonçoit qu'Étienne d'Aligre, second président du parlement, son épouse et leur fille, avoient été inhumés dans cette même chapelle.

[Note 292: Nous ignorons ce qu'est devenu ce monument; il n'étoit point au musée des Petits-Augustins.]

LES PRÊTRES DE SAINT-FRANÇOIS-DE-SALES.

M. le cardinal de Noailles ayant supprimé, en 1702, une communauté de filles appelées les _Filles de la Crèche_, qui s'étoit établie vers l'année 1656 au carrefour du Puits-l'Ermite, destina la maison qu'elles occupoient à la communauté des prêtres de Saint-François-de-Sales. Elle avoit été formée depuis quelque temps[293] par M. Witasse, docteur de Sorbonne, en faveur des pauvres prêtres de son diocèse, auxquels la vieillesse et les infirmités ne permettoient plus de remplir les devoirs de leur saint ministère. M. le cardinal de Noailles, pour assurer la subsistance de ces prêtres infirmes, dont le nombre étoit assez considérable, non-seulement leur affecta les biens des religieuses de la Crèche, mais réunit encore à leur maison la mense priorale de Saint-Denis-de-la-Chartre, par son décret du 18 avril 1704, confirmé par lettres-patentes du même mois. Enfin, les religieuses Bénédictines d'Issi ayant été dispersées en 1751, et leur abbaye réunie à celle de Gersi, on donna aux prêtres de Saint-François-de-Sales la maison qu'elles occupoient. Ils en prirent possession en 1753, et conservèrent cependant celle du Puits-l'Ermite pour leur service d'hospice[294].

[Note 293: Cet établissement ayant été confirmé par lettres-patentes du mois de janvier 1700, les prêtres qui le composoient furent placés la même année sur les fossés de l'Estrapade, et en 1702 on les transporta au carrefour du Puits-l'Ermite, en vertu d'un décret du 1er mars de cette même année.]

[Note 294: Les bâtiments de cette communauté ont été réunis à l'hôpital de la Pitié.]

LES RELIGIEUSES HOSPITALIÈRES DE LA MISÉRICORDE DE JÉSUS,

DITES DE SAINT-JULIEN ET DE SAINTE-BASILISSE.

La charité chrétienne avoit fait établir, dans le quartier Saint-Antoine, une maison hospitalière destinée à servir d'asile et à fournir des remèdes et des secours aux pauvres femmes ou filles malades[295]. L'utilité de cet établissement fit naître à M. Jacques Le Prévost d'Herbelai, maître des requêtes, le dessein d'en former un entièrement semblable. Il fit à cet effet des propositions aux religieuses hospitalières de Dieppe; ces dames les ayant acceptées, il leur assura 1500 liv. de rente par contrat du 18 juin 1652, et leur procura une maison à Gentilli, où elles furent placées la même année, du consentement de l'archevêque de Paris. Des lettres-patentes données en 1655, et enregistrées en 1656, les autorisèrent à transférer leur domicile à Paris; dans les faubourgs Saint-Victor, Saint-Marcel, Saint-Jacques ou Saint-Michel. Elles avoient déjà acquis, dès 1653, du sieur Le Begue, la demeure qu'elles ont occupée jusqu'au moment de la révolution. Cette acquisition consistoit en deux maisons, accompagnées de cours et de jardins. On y construisit une chapelle et plusieurs bâtiments; mais comme au commencement du dix-septième siècle ils tomboient en ruine, le roi les fit réparer et augmenter à ses frais, sous la direction de M. d'Argenson, alors lieutenant-général de police. La chapelle de cette maison étoit sous l'invocation de saint Julien et de sainte Basilisse, dont ces religieuses prirent le nom.

[Note 295: _Voyez_ T. II, 2e partie p. 1244.]

Il y avoit dans cette maison trente-sept lits, dont une partie avoit été fondée par des particuliers, qui avoient le droit de les faire occuper _gratis_. On payoit pour les autres 36 fr. par mois[296].

[Note 296: Cet établissement est maintenant habité par des particuliers.]

CURIOSITÉS.

Sur le maître-autel de leur église, qui étoit petite mais propre, une Résurrection de Notre Seigneur, par un peintre inconnu.

LES FILLES DE LA CROIX.

Nous ayons déjà parlé de l'origine de cette congrégation[297], destinée à l'instruction des pauvres filles et à l'éducation des jeunes demoiselles. La maison qu'occupoient les Filles de la Croix, et dont il est ici question, faisoit partie du _Petit Séjour d'Orléans_. Jaillot dit qu'elles acquirent ce lieu, ainsi que la maison voisine, à titre d'échange, de Marie-Anne Petaut, veuve de René Regnaut de Traversai, par acte du 13 juillet 1656. Ces filles tenoient les écoles de charité de la paroisse Saint-Médard, et prenoient aussi des pensionnaires[298].

[Note 297: _Voyez_ t. II, 2e partie p. 1248.]

[Note 298: Cette communauté a été changée en maison particulière.]

L'HÔPITAL NOTRE-DAME DE LA MISÉRICORDE,

DIT LES CENT FILLES.

Louis XIII ayant donné, en 1612, sur la demande des magistrats, des lettres-patentes pour faire enfermer dans les hôpitaux les pauvres de tout sexe et de tout âge qui se multiplioient dans Paris d'une manière effrayante, il se trouva parmi eux un grand nombre de filles orphelines de père et de mère, et trop jeunes pour se procurer des moyens de subsistance. M. Antoine Seguier, président au parlement, magistrat aussi recommandable par ses lumières que par sa piété charitable, forma le projet d'établir un hôpital spécialement destiné à recevoir ces pauvres enfants. Il acheta, dans ce dessein, de madame de Mesmes, le 21 mars 1622, une maison appelée le _Petit Séjour d'Orléans_, parce qu'elle faisoit partie de l'ancien hôtel des ducs d'Orléans, dont nous parlerons par la suite; et, le 6 avril de l'année suivante, il obtint des lettres-patentes qui érigeoient cette maison en hôpital, sous le nom de _Notre-Dame de la Miséricorde_. L'inscription qui fut placée dans la chapelle portoit que «le 17 janvier 1624, Antoine Seguier fonda et fit bâtir cet hôpital pour cent pauvres filles, et le dota de 16,000 liv. de rente.» Il ne fut achevé qu'en 1627, trois ans après la mort du fondateur. Les filles qu'on y recevoit devoient avoir six ou sept ans au plus, être nées à Paris de légitime mariage, orphelines de père et de mère pauvres, et saines d'esprit et de corps. On leur faisoit apprendre un métier, et l'hôpital leur accordoit une dot, soit pour se marier, soit pour faire profession religieuse.

Louis XIV, voulant favoriser cet établissement, donna des lettres-patentes au mois d'avril 1656, enregistrées au parlement le 8 mai de l'année suivante, par lesquelles il ordonnoit que les compagnons d'arts et métiers qui, après avoir fait leur apprentissage, épouseroient les filles de cet hôpital, seroient reçus maîtres sans faire de _chefs-d'oeuvre_ et sans payer aucun droit de réception.

Ces priviléges furent de nouveau confirmés par d'autres lettres-patentes du mois d'avril 1659, enregistrées le 14 juillet suivant. Enfin le dernier sceau de l'autorité royale fut mis à cet établissement par de nouvelles lettres-patentes du mois d'avril 1672, enregistrées le 18 mai suivant, qui confirment les statuts et réglements faits pour cet hôpital.

Cette maison étoit administrée sous les ordres du premier président, du procureur-général et du chef mâle de nom et famille du fondateur, par une gouvernante et quatre maîtresses.

La reconnoissance fit mettre cette maison sous l'invocation de saint Antoine, patron du fondateur[299].

[Note 299: Cet hôpital a été changé en maisons particulières.]

CURIOSITÉS DE L'HÔPITAL DE NOTRE-DAME DE LA MISÉRICORDE.

SCULPTURES.

Dans l'église un buste en marbre représentant Antoine Seguier. On lisoit au-dessous son épitaphe[300].

[Note 300: Ce buste avoit été déposé aux Petits-Augustins.]

ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-MÉDARD.