Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 5/8)

Part 30

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[Note 264: On voit, par l'acte de cet établissement, que M. Philibert Brichanteau, évêque de Laon, leur avoit donné, le 11 mars précédent, 1000 liv. de rente. Jacques Duval, valet de chambre du roi et de la reine, et Catherine Oudin, sa femme, contribuèrent à leur dotation par un don de 600 liv. de rente qu'ils leur firent le 12 du même mois. Ce fut à la faveur de cette dotation que M. l'archevêque, suivant le commandement et instantes prières de la reine, permit leur établissement.]

M. Imbert Porlier, recteur de l'hôpital général, sous la direction duquel elles s'étoient mises, et qui demeuroit à la Pitié, ayant senti toute l'utilité de cet établissement, forma le dessein de placer ces religieuses dans le quartier qu'il habitoit. En conséquence, le 15 octobre 1673, il acquit la maison de Montauban, qui s'étendoit jusqu'à la rue du faubourg Saint-Victor, et, le 28 octobre de l'année suivante la communauté fut transférée dans cette maison, dont ce généreux protecteur leur fit présent par contrat du 18 avril 1681, ainsi que de quelques petites maisons et jardins qu'il possédoit déjà dans le quartier. L'année suivante elles acquirent une maison et un jardin contigu à leur terrain, et firent bâtir une église, qui fut bénite le 15 août 1688. Depuis, toutes ces acquisitions furent amorties par lettres-patentes du mois d'août 1692[265].

[Note 265: Cette maison est maintenant habitée par des particuliers.]

L'ABBAYE DE SAINT-VICTOR.

Il est peu de maisons religieuses dont la célébrité soit constatée par un plus grand nombre de monuments, et dont l'origine présente plus d'incertitude et d'obscurité. Les annales manuscrites de cette maison font mention d'un monastère existant avant le douzième siècle; la Chronique d'Alberic[266] parle d'un prieuré de moines noirs de Marseille; et l'on trouve dans un autre écrit très-ancien[267] que des chanoines réguliers étoient établis hors de la ville de Paris, dans un lieu où il y avoit une chapelle de Saint-Victor. On cite à ce sujet une charte de Philippe Ier, datée de l'an 1085, et souscrite par _Anselme_, abbé de Saint-Victor de Paris. Les historiens de Paris, et Duboulay[268] concluent, d'après cette charte, de l'existence de l'abbaye à cette époque. L'abbé Lebeuf[269], au contraire, va jusqu'à nier l'existence de la charte. La critique de Jaillot[270] a jeté de grandes lumières sur cette discussion. Il prouve d'abord, contre l'abbé Lebeuf, que cette charte existe bien réellement, ensuite, contre ses adversaires, qu'elle est absolument étrangère aux moines de Saint-Victor et qu'on peut même douter de son authenticité; mais que, dans tous les cas, la souscription du prétendu _Anselme_, abbé de ce monastère, ne peut avoir été apposée que sur une copie, parce qu'elle est accompagnée de celle de plusieurs autres personnages bien connus[271], qui ne vivoient que cent cinquante ans après cette date de 1085; et cette démonstration, qu'il pousse jusqu'à l'évidence la plus complète, lui sert même à rectifier le nom de cet abbé de Saint-Victor, mal à propos nommé _Anselme_ par une erreur de copiste, et qui se nommoit réellement _Ascelin_.

[Note 266: _Ad annum_, 129.]

[Note 267: La Chronique de Jumièges.]

[Note 268: Hist. de Par., t. I, p. 145.--Hist. univ. Paris, t. II, p. 24 et 39.]

[Note 269: Tom. II, p. 542.]

[Note 270: Quart. de la place Maubert, p. 161.]

[Note 271: Ces personnages sont frère André, abbé de Saint-Magloire, et frère Thibaut, abbé de Sainte-Geneviève. Or, il est aisé de prouver qu'en 1085 Hilgotus étoit doyen de Sainte-Geneviève, Haimon, abbé de Saint-Magloire, et qu'il n'y en avoit point alors à Saint-Victor. André étoit abbé de Saint-Magloire en 1248. On a une bulle d'Innocent IV, adressée, en 1249 à Thibaut, abbé de Sainte-Geneviève, et _Ascelin_ étoit, dans ce même temps, abbé de Saint-Victor.]

On ne peut donc rien avancer de positif sur la première origine de la chapelle Saint-Victor; mais il est certain du moins qu'elle existoit avant 1108, puisque Guillaume de Champeaux s'y retira cette même année, avec quelques-uns de ses disciples, et qu'il y jeta les premiers fondements de cette école célèbre, qui depuis produisit tant de grands hommes, dont plusieurs sont encore regardés aujourd'hui comme les lumières de l'Église. Quant à l'abbaye proprement dite, tout porte à croire qu'elle fut fondée par Louis-le-Gros: car on possède une charte de ce prince, datée de 1113, par laquelle il déclare qu'il a voulu doter des chanoines réguliers dans l'église du bienheureux Victor: _In ecclesiâ beati Victoris... canonicos regulariter viventes ordinari volui_[272]. L'existence de la chapelle avant celle de l'abbaye est donc bien constatée; mais on ne trouve aucune preuve de deux autres opinions adoptées successivement par beaucoup d'historiens; 1º qu'il y ait eu dans cet endroit des moines noirs de Marseille, c'est-à-dire des Bénédictins; 2º que Hugues de Saint-Victor leur ait substitué, par ordre du roi, des chanoines réguliers de Saint-Ruf, de la ville de Valence. Jaillot, qui les réfute avec beaucoup de solidité, rejette également une conjecture de l'abbé Lebeuf, qu'il est inutile de rapporter ici[273].

[Note 272: Dans l'épitaphe de ce roi, ce lieu est appelé _vetus cella_[272-A] (Dubreul, p. 405), et Robert du Mont, auteur contemporain, dit que Guillaume de Champeaux établit un monastère de clercs dans un endroit où il y avoit une chapelle de saint Victor martyr. (_De Immutat. ord. monarch._, cap. 5.)]

[Note 272-A: On appeloit _celle_, une petite maison, une ferme, une métairie appartenant à un monastère: on nommoit un religieux pour y résider, veiller à la culture, recueillir les fruits et percevoir les revenus. Comme quelques-unes de ces _celles_ étoient considérables, on donna alors des adjoints au religieux cellerier, pour l'aider dans ses travaux, et chanter avec lui l'office divin. L'assemblée d'Aix-la-Chapelle, tenue en 817, ayant ordonné par le vingt-sixième article (Pleury, Hist. ecclés., liv. 46, p. 18) qu'il y eût au moins six religieux ou chanoines dans cet établissement, les _celles_ devinrent de petits monastères, et le religieux qui étoit à leur tête prit le nom de _prieur de ses frères_. Ainsi, de simple agent ou procureur, il devint le chef de sa communauté. Telle est probablement l'origine de la plus grande partie des prieurés. À qui appartenoit la _celle_ de Saint-Victor? on n'en sait rien.]

[Note 273: Il faut également rejeter l'opinion qu'avant la fondation de Louis-le-Gros cette église ne fut qu'un _reclusoir_ où se renfermoient quelques personnes par zèle de dévotion. On parle effectivement d'une recluse nommée _Basilla_, qui se renferma dans une cellule près de Saint-Victor, y mourut et y fut inhumée. Mais cette tradition, déjà fort incertaine elle-même, ne prouveroit rien relativement à l'origine du monastère, puisque l'on sait qu'il y avoit de ces reclusoirs auprès de plusieurs autres églises de Paris.]

Au milieu de toutes ces traditions confuses ce que nous savons de certain, c'est qu'au douzième siècle il existoit une _celle_ et une chapelle de Saint-Victor, et que Guillaume de Champeaux choisit ce lieu pour s'y retirer avec quelques-uns de ses disciples. Il étoit archidiacre de Paris. Son éloquence et ses lumières l'avoient rendu célèbre, et il le devint encore davantage pour avoir été le maître d'Abailard, qui depuis fut son rival, et s'immortalisa à la fois, et très-malheureusement pour lui, par ses écrits et par ses amours. Nous aurons occasion de parler par la suite de cette rivalité fameuse et de ses effets: peut-être contribua-t-elle à dégoûter du monde Guillaume de Champeaux, à le faire renoncer à son archidiaconé, et à lui faire prendre, dans la maison de Saint-Victor, l'habit de chanoine régulier. Qu'il y ait été poussé par ce motif purement humain, ou par le désir de mener une vie plus tranquille et plus parfaite, il n'en est pas moins vrai qu'à la prière de plusieurs personnes considérables, qui gémissoient de voir d'aussi rares talents enfouis dans l'obscurité d'un cloître, il ne tarda pas à y reprendre ses anciens exercices scolastiques. De nouveaux disciples se portèrent en foule aux leçons d'un si habile maître; et telle fut la première source de la célébrité de la maison de Saint-Victor, dont les membres, formés dans son école, furent bientôt appelés de toutes parts pour instruire, éclairer, édifier et former des établissements nouveaux sur le modèle de cette congrégation. On voit ensuite, en 1113, Guillaume de Champeaux élevé par son mérite à l'épiscopat de Châlons; et la même année, dans cette même ville, Louis-le-Gros se déclara fondateur de la maison de Saint-Victor, la dota des biens énoncés dans la charte dont nous avons déjà parlé, biens qu'il augmenta depuis par un diplôme donné à Paris en 1125. À ces libéralités ce prince ajouta, en faveur des chanoines, le privilége de se choisir un abbé, sans requérir le consentement ni l'autorité du roi, disposition qui fut confirmée en 1114, par une bulle du pape Pascal II.

Piganiol[274] prétend que la chapelle de cette église, dédiée à _Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle_, étoit l'église qui fut construite par Louis-le-Gros, à l'endroit même où étoit l'ancienne chapelle de Saint-Victor. Jaillot, dont le texte est ici un peu obscur, semble faire entendre que ce monarque, dont les bienfaits furent le premier fondement de la prospérité de ce monastère, ne fut point cependant le fondateur de son église. Les Annales manuscrites de Saint-Victor, qu'il avoit lues, n'en faisoient point mention, et le Nécrologe de cette église en attribuoit l'honneur à Hugues, archidiacre d'Alberstat, chanoine de cette maison, et oncle de Hugues de Saint-Victor. Cette église, réparée en 1448 par Jean Lamasse, trentième abbé de Saint-Victor, et en partie par les libéralités de Charles VII, fut ensuite presque entièrement rebâtie sous le règne de François Ier. La première pierre y fut mise le 18 décembre 1517 par Michel Boudet, évêque de Langres; celle du choeur fut posée par Jean Bordier, alors abbé de Saint-Victor, qui fit réparer tous les anciens édifices de cette maison, et construire des murs autour de l'enceinte.

[Note 274: Tom. V, p. 262.]

L'église étoit un monument d'architecture gothique, dont la proportion eût semblé assez bonne, si la grande élévation et la largeur de la nef n'eussent pas présenté un contraste choquant avec les dimensions trop basses et trop étroites des bas côtés[275]. Elle n'avoit point été achevée du côté de l'entrée, et il y restoit deux arcades à construire, imperfection qu'on avoit essayé de masquer par un portail construit seulement en 1760. Cette composition bizarre, exécutée dans le plus mauvais goût de l'architecture alors en usage pour les édifices sacrés, faisoit regretter l'ancien portail, d'une construction gothique, mais hardie et légère, et que l'on avoit été forcé d'abattre, parce qu'il menaçoit ruine.

[Note 275: _Voyez_ pl. 139.]

Les parties de l'ancienne église conservées dans la nouvelle étoient la tour ou le clocher, et ce vieux portail dont nous venons de parler; deux arcades d'une chapelle placée derrière le grand autel; une chapelle souterraine, pratiquée sous celle-là, et dédiée à la Vierge. La chapelle Saint-Denis, qui existoit encore au fond du chevet, étoit d'un gothique élégant qui sembloit remonter jusqu'au douzième siècle, à l'exception du sanctuaire construit dans le quinzième. Elle étoit éclairée par deux croisées en ogives, hautes et étroites, offrant à leur sommet des arrières-voussures très-bien exécutées. Par ce mélange bizarre que l'on faisoit quelquefois dans le seizième siècle des divers genres d'architecture, le jubé de l'église étoit porté sur des colonnes corinthiennes cannelées, et en même temps flanqué de deux tourelles gothiques, formant des cages d'escaliers.

Le grand cloître, très-spacieux et ouvert d'un côté par d'étroites arcades, que portoient de petites colonnes groupées, offroit dans sa construction un travail de la fin du douzième siècle et du commencement du treizième. Au bout du second cloître on voyoit une chapelle dite de l'infirmerie, qui, par l'élégance de ses colonnades et le travail des vitrages du fond annonçoit également un gothique du treizième siècle: le réfectoire, les dortoirs, l'infirmerie étoient du seizième.

Le buffet d'orgue étoit estimé, ainsi que les cloches, que l'on comptoit au nombre des plus belles et des plus harmonieuses de Paris.

CURIOSITÉS DE L'ABBAYE SAINT-VICTOR.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, un très-bon tableau, représentant l'adoration des Mages; par _Vignon_.

Autour du sanctuaire, quatre tableaux, par _Restout_, représentant:

1º David obtenant, par ses prières, la cessation de la peste; 2º La résurrection du Lazare; 3º Melchisédech allant au-devant d'Abraham victorieux, et offrant pour lui le pain et le vin; 4º Une cène.

Dans l'ancien choeur, derrière le maître-autel, quelques paysages peints à fresque dans la manière du _Guaspre_. Ils étoient placés entre les vitraux qui terminoient le rond-point de cette église. Plusieurs de ces vitraux, et notamment ceux de la chapelle Saint-Clair, étoient estimés des amateurs de ce genre de peinture pour la vivacité des couleurs.

Dans deux chapelles collatérales, substituées vers les derniers temps au jubé, deux médaillons peints à fresque, représentant saint Louis et la Madeleine; par _Robin_.

TOMBEAUX ET SÉPULTURES.

Dans le choeur de l'église avoient été inhumés:

Maurice de Sully, évêque de Paris, mort en 1196. Étienne de Senlis, évêque de Paris, mort en 1141 ou 1142. Burchard, évêque de Meaux, mort en 1134. Étienne de La Chapelle, évêque de Meaux, mort en 1174. Geoffroy de Tressy, évêque de Meaux, mort en 1213. Jean, évêque de Paneade en Palestine, mort dans le douzième siècle.

Dans la chapelle Saint-Denis:

Pierre Le Mangeur, théologien célèbre, mort en 1185. Arnou, évêque de Lisieux, mort vers le même temps. Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris, mort en 1248. Renaud de Corbeil, évêque de Paris, mort en 1268. Pierre Lizet, premier président du parlement de Paris, mort en 1554.

Dans la chapelle de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle,

Odon, qui, de prieur de Saint-Victor, fut fait abbé de Sainte-Geneviève, lorsque la régularité s'y introduisit au milieu du douzième siècle.

Près de la porte d'entrée à droite,

Le célèbre Hugues de Saint-Victor, mort en 1140.

Dans la chapelle dite de l'infirmerie:

Guillaume Baufet ou d'Orillac, évêque de Paris, mort en 1319. Guillaume de Chanac, évêque de Paris, mort en 1348.--Sa statue, en marbre, étoit couchée sur son tombeau[276].

Dans le cloître,

Le fameux Santeuil, chanoine régulier de cette abbaye, et l'un des plus grands poëtes latins des temps modernes[277].

Plusieurs autres personnages illustres, entre lesquels on doit distinguer le Père Maimbourg, ex-jésuite, auteur de plusieurs ouvrages; Ismaël Bouillaud, également célèbre par son esprit et par sa science; Henri du Bouchet, conseiller au parlement, et l'un des bienfaiteurs de cette maison avoient aussi leur sépulture dans l'église ou dans le cloître.

[Note 276: Elle a été déposée depuis aux Petits-Augustins.]

[Note 277: Sa tombe étoit ornée de deux épitaphes, dont nous citerons seulement la première, composée par le célèbre Rollin.

_Quem superi præconem, habuit quem sancta poëtam Relligio, latet hoc marmore Santolius. Ille etiam heroas, fontesque, et flumina et hortos Dixerat: at cineres quid juvat iste labor? Fama hominum merces sit versibus æqua profanis: Mercedem poscunt carmina sacra Deum._

_Obiit anno Domini_ M. DC. XCVII. _nonis augusti. ætatis_ LXVI. _professionis_ XLIV.]

La bibliothèque de Saint-Victor n'étoit d'abord composée, comme celle des autres maisons religieuses, que de manuscrits des Pères de l'église et des auteurs scolastiques. Le P. Lamasse, abbé de cette maison, l'augmenta. Nicaise de Lorme, l'un de ses successeurs, y fit de nombreuses additions, et la plaça dans un nouveau bâtiment qu'il fit construire à cet effet en 1496. Elle devint ensuite publique, par les soins et par la libéralité de M. du Bouchet qui, par son testament du 27 mars 1652, légua sa bibliothèque à la maison de Saint-Victor, et laissa un fonds annuel pour son entretien, à condition que: «L'un des religieux se trouvera aux jours marqués à la bibliothèque, pour avoir soin de bailler et de remettre les livres après que les étudiants en auront fait[278].» Elle devint plus considérable encore par le don que M. Cousin, président de la cour des monnoies, fit de la sienne en 1707. Elle fut augmentée de nouveau par plusieurs autres donations, et spécialement par celle de M. du Tralage, qui l'enrichit d'un recueil immense de dessins, mémoires, cartes géographiques. Le tout formoit une collection remarquable par le choix et le nombre des livres, surtout par dix-huit à vingt mille manuscrits, parmi lesquels il y en avoit de très-précieux[279]. Peu de temps avant la révolution, on avoit construit un nouveau bâtiment pour placer cette bibliothèque; lequel a été détruit avant d'être entièrement achevé.

[Note 278: Le buste en marbre de ce bienfaiteur étoit placé à l'entrée de la bibliothèque, avec une inscription.]

[Note 279: On y voyoit une Bible manuscrite du neuvième siècle, un Tite-Live du douzième; beaucoup de manuscrits orientaux, entre autres un Alcoran, dont un ambassadeur turc reconnut l'authenticité dans le siècle dernier, en le baisant, et en apposant sur le premier feuillet un certificat écrit de sa propre main.]

Les jardins de cette abbaye étoient immenses. Sous le grand dortoir régnoit une salle basse, soutenue par des piliers gothiques, qu'on disoit être l'école où Abailard avoit enseigné la théologie. Une autre particularité digne de remarque, c'est que les évêques de Paris avoient, au treizième siècle, un appartement à Saint-Victor, où ils se retiroient chaque année, et demeuroient plusieurs jours: on en a la preuve dans les hommages qu'ils y ont reçus, et dans plusieurs de leurs actes qui sont datés _apud sanctum Victorem in aula episcopi_, ou _in domo episcopi ad S. Victorem_.

Enfin cette maison possédoit une grande quantité de reliques très-vénérées et très-authentiques, dont la liste a été donnée par l'abbé Lebeuf. Aucune maison religieuse de Paris n'étoit dans une relation plus intime avec la cathédrale, dont elle observoit toutes les coutumes: aussi le chapitre y faisoit-il plusieurs stations dans le courant de l'année, et de même les chanoines de Saint-Victor officioient plusieurs fois par an à la cathédrale, etc.[280].

[Note 280: L'abbaye Saint-Victor a été détruite entièrement pendant la révolution.]

LES NOUVEAUX CONVERTIS.

Le zèle pour la conversion des protestants étoit grand dans le dix-septième siècle, et fit naître plusieurs associations de personnes vertueuses et charitables, qui ne se contentoient pas de ramener aux lumières de la religion ces malheureux égarés; mais qui cherchoient encore à procurer des moyens d'existence à ceux qui en étoient dépourvus. Dès l'an 1632, le Père Hyacinthe, capucin, avoit conçu ce pieux dessein; et ses soins avoient formé une société dont le but étoit de se consacrer au soulagement et à l'instruction des hérétiques. Des vues si louables déterminèrent M. Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, à autoriser cette association, sous le nom de _Congrégation de la propagation de la foi_, et sous le vocable de l'_Exaltation de la croix_. Ses lettres furent données le 6 mai 1634; et cette société, formée en faveur des deux sexes, reçut l'approbation du pape Urbain VIII, le 3 juin de la même année. Des lettres-patentes du roi confirmèrent cet établissement en 1635. Les assemblées se tinrent d'abord au couvent même des capucins de la rue Saint-Honoré, dans une chapelle que l'on voyoit encore, avant sa destruction, dans la cour de ce monastère. Le succès en fut tel, que l'on pensa à séparer les hommes d'avec les femmes, ce qui forma deux communautés. Celle des hommes fut établie d'abord dans une maison qu'on loua dans l'île Notre-Dame. Il y demeurèrent jusqu'en 1656, qu'ils furent transférés dans la rue de Seine, en vertu d'un arrêt du Conseil; et là ils occupèrent deux maisons contiguës, dont ils avoient fait l'acquisition. Les bâtiments de cette communauté n'avoient rien de remarquable, et leur chapelle n'avoit d'autre ornement qu'un _Christ_ placé sur le maître-autel.

L'HÔPITAL DE LA PITIÉ.

La multitude innombrable de pauvres qui inondoit Paris au commencement du dix-septième siècle ayant fait naître de justes craintes que la tranquillité publique n'en fût troublée, Louis XIII donna, en 1612, l'ordre de les renfermer; et les magistrats s'occupèrent dès-lors d'exécuter cette mesure, et de se procurer des logements assez vastes pour contenir tous ces malheureux. Nous parlerons successivement de ces diverses acquisitions. La première qui fut faite est celle de l'hôpital dont nous parlons. On acheta d'abord une grande maison, jardin et jeu de paume, où pendoit pour enseigne la _Trinité_, entre la rue du Battoir et celle du jardin du Roi; on joignit par la suite à cet emplacement les maisons et jardins de la rue Sainte-Anne, situés entre ces deux rues, ainsi qu'une partie de la rue du Puits-l'Ermite. D'autres maisons de la rue Copeau, et qui étoient alors séparées de la rue Françoise par une ruelle nommée Denys-Moreau, furent aussi achetées et réunies à cet hôpital, de sorte que le terrain des _pauvres enfermés sous le nom de Notre-Dame-de-Pitié_, finit par former dans ce quartier une espèce d'île entre les rues du jardin du Roi, d'Orléans, des Fontaines, la place du Puits-l'Ermite et les rues du Battoir et Copeau. On y plaça d'abord de pauvres enfants des deux sexes, ensuite seulement des petits garçons qui y étoient élevés avec le plus grand soin. On leur apprenoit à lire et à écrire jusqu'au moment de leur première communion; et, après l'avoir faite, ils en sortoient pour être mis en apprentissage[281].

[Note 281: Cet établissement n'a point changé de destination.]

Cette maison pouvoit être regardée comme le chef-lieu de l'hôpital général; et c'est là que ses administrateurs tenoient leurs assemblées.

Le bâtiment, vaste et bien distribué pour un semblable établissement, n'a rien que de très-simple dans sa construction. L'église, également très-spacieuse, est composée de deux nefs qui font équerre.

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE DE LA PITIÉ.

TABLEAUX.

En face de la chaire, une Descente de croix, que l'on attribuoit à _Daniel de Volterre_.

Dans une chapelle, de petits enfants à genoux devant une sainte; par _Louis Boullongne_.

Sur le devant de la tribune de l'orgue, la Conversion de saint Paul, par un peintre inconnu.

SCULPTURES.

Sur le maître-autel, un groupe représentant la Vierge qui pleure sur le corps de son fils, dont un ange soutient la tête; sans nom d'auteur.

Le même sujet, dans un médaillon placé sur la porte de la sacristie.

JARDIN ET CABINET DU ROI.