Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 8/8)
Part 32
_Rue de Belle-Chasse._ Elle aboutit au quai d'Orsai et à la rue Saint-Dominique. Ce nom est dû à un terrain situé en face de cette rue. Elle ne fut d'abord percée que pour communiquer du Pré-aux-Clercs à la rue Saint-Dominique, appelée alors le _chemin aux Vaches_. On l'a continuée depuis jusqu'au quai d'Orsai.
_Rue Saint-Benoît._ Elle commence au bout des rues Jacob et du Colombier, et aboutit au carrefour Saint-Benoît et à la grande rue Taranne. Cette rue n'étoit autrefois qu'un chemin qui longeoit le fossé de l'abbaye; lorsque ce fossé eut été comblé, et qu'on eut élevé des maisons sur le clos de ce monastère, on y conserva un petit fossé pour l'écoulement des eaux, ce qui lui fit donner le nom _des Égouts_ et de _l'Égout_, qu'elle conserve encore dans la partie qui aboutit à la rue du Four. Ce canal fut voûté et couvert en 1640. La rue fut alors appelée des _Fossés-Saint-Germain_; mais lorsque, l'année suivante, l'hôtel de Bourbon eut été aliéné, et qu'on eut ouvert une porte de l'abbaye dans les nouveaux murs de clôture, le carrefour et la rue reçurent les noms de Saint-Benoît, parce que l'abbaye étoit sous la règle de ce saint.
_Rue de Blomet_, voyez _rue Plumet_.
_Rue de Bourbon._ Elle aboutit à la rue des SS. Pères et à celle de Bourgogne. Cette rue fut percée, vers l'an 1640, sur le grand Pré-aux-Clercs, et ainsi nommée en l'honneur de Henri de Bourbon, alors abbé de Saint-Germain.
_Rue de Bourbon-le-Château._ Elle aboutit d'un côté à la rue de Buci, de l'autre à l'entrée de la rue Abbatiale. Son nom lui vient du cardinal de Bourbon, abbé de Saint-Germain, qui construisit en 1586 le palais abbatial, que le cardinal de Furstenberg fit depuis réparer. Sur un plan de 1652, elle est nommée _du Petit-Bourbon_.
_Rue de Bourgogne._ Elle aboutit à la rue de Varennes et à la Grenouillère ou quai d'Orsai. Louis XIV ordonna, par arrêt de son conseil du 23 août 1707, que cette rue seroit ouverte et nommée rue de Bourgogne: elle fut alignée et commencée peu de temps après, discontinuée ensuite, enfin reprise en exécution des arrêts du conseil du 1er décembre 1713 et 15 mars 1717, et prolongée dans sa longueur actuelle, en vertu de lettres-patentes du 18 février 1720.
_Rue des Brodeurs._ Elle va, d'un bout à la rue de Sèvre et de l'autre à celle de Babylone. Il en est fait mention dans un bail à cens, fait en 1642, et qui se trouvoit dans le cartulaire de Saint-Germain[382]. En 1644 on la trouve sous le nom de rue du _Lude_, et sous les deux noms, dans un plan de 1676. Dans le titre cité ci-dessus, elle est appelée de _Brodeval derrière les Incurables_. Est-ce une faute de copiste ou une appellation populaire? c'est ce qu'on ne peut décider. Cette rue se bornoit d'abord à la rue Plumet; mais, en vertu des lettres-patentes citées dans l'article précédent, elle fut continuée jusqu'à la rue de Babylone[383].
[Note 382: Fº 139.]
[Note 383: Dans cette rue, est un cul-de-sac situé en face de la rue _Plumet_, et qui porte le nom de cette dernière rue.]
_Rue Cardinale._ Elle donne d'un bout dans la rue de Furstenberg, et de l'autre dans la cour abbatiale. Nous avons déjà fait observer qu'elle devoit ce nom au cardinal de Furstenberg, qui aliéna, en 1699, plusieurs places vagues, dépendantes de son abbaye, à la charge d'y faire bâtir. Elle se nomme maintenant rue de Gunzbourg.
_Rue de La Chaise._ Elle traverse de la rue Grenelle dans celle de Sèvre. On l'appeloit anciennement _Chemin_ ou _petite rue de la Maladrerie_. Les copistes en ont défiguré le nom en écrivant _la Chèze_, _la Chaire_, _la Chaîne_; quelques plans l'indiquent sous le nom de rue des _Teigneux_, à cause de l'hôpital qui y étoit situé.
_Rue Childebert._ Elle a été percée dans l'ancien enclos de l'abbaye Saint-Germain. Les embellissements faits au palais abbatial, et les rues ouvertes par le cardinal de Furstenberg, ayant fait naître aux religieux le projet de tirer parti d'un terrain inutile qui rendoit leur cour irrégulière, ils firent élever, du côté de la rue Sainte-Marguerite, plusieurs bâtiments contigus et uniformes, qu'ils firent continuer en retour parallèlement à la rue Saint-Benoît, jusqu'à cette entrée de leur monastère, laquelle donnoit alors sur cette rue; ce qui forma trois rues nouvelles, dont la principale fut appelée Childebert, du nom du fondateur de l'abbaye. La première pierre de ces édifices fut posée par le cardinal de Bissi, abbé de Saint-Germain, le 11 avril 1715[384].
[Note 384: Depuis les changements faits dans tout ce terrain, la rue Childebert communique d'un bout à la rue Sainte-Marthe, de l'autre à la petite rue Sainte-Marguerite.]
_Rue des Ciseaux._ Elle traverse de la rue Sainte-Marguerite à la rue du Four. Ce nom vient d'un hôtel appelé _des Ciseaux_, dont il est fait mention dans les titres de Saint-Germain en 1453, et dans plusieurs actes postérieurs. Le procès-verbal de 1636 la nomme rue des _Fossés-Saint-Germain_.
_Rue du Colombier._ Elle commence à la rue de Seine, et finit au coin de celle des Petits-Augustins. Ce n'étoit anciennement qu'un chemin entre l'abbaye Saint-Germain et le Pré-aux-Clercs. Jaillot dit avoir vu quelques titres qui indiquoient une maison dite _le Colombier, près les murs de l'abbaye_[385]; et Sauval prétend que[386], suivant un registre du trésor des chartes, à l'année 1317 et suivantes, il est fait mention d'une maison et dépendances sises à Saint-Germain, au lieu nommé le _Colombier_; d'où l'on peut inférer que c'est de là que cette rue a tiré son nom. En 1585, on l'appeloit rue _du Pré-aux-Clercs_. Cette rue, ou plutôt ce chemin, étoit auparavant plus reculé du côté de la rivière, parce que Charles V ordonna de creuser des fossés autour de l'abbaye; mais comme par la suite ils furent jugés inutiles, les religieux les firent combler, excepté dans une longueur de cent toises, qu'ils réservèrent pour faire un vivier. C'est sur l'espace qu'avoit occupé ce vivier, et qui depuis fut aussi rempli, qu'en 1585 le bailli de Saint-Germain fit faire l'alignement d'un nouveau chemin. Il y eut d'abord à ses deux extrémités des portes qui se fermoient la nuit; et, le jour, les gens de pied pouvoient seuls y passer. On trouve depuis que les religieux permirent à des particuliers d'y bâtir; et peut-être furent-ils troublés dans la jouissance de ce terrain par les écoliers de l'Université; car, en 1641, le parlement rendit un arrêt pour que les bâtiments commencés fussent continués[387]. Ce sont les maisons que nous voyons dans cette rue et dans celle des Marais.
[Note 385: _Quartier Saint-Germain-des-Prés_, p. 36.]
[Note 386: T. I, p. 127.]
[Note 387: 2e invent., fº 48.]
_Rue Saint-Dominique._ Elle commence au haut de la rue Taranne, et finissoit jadis à la barrière des Invalides; mais depuis elle fut prolongée jusqu'à l'extrémité du Gros-Caillou. Avant que les religieux de Saint-Dominique vinssent s'y établir, on l'appeloit _Chemin des Vaches_, parce qu'on les conduisoit par-là, au Pré-aux-Clercs et à la plaine de Grenelle. Dans un titre de 1542 elle porte ce nom et celui de _la justice_, parce qu'alors celle de Saint-Germain étoit située à son extrémité. Les Dominicains obtinrent, en 1643, du bailli de Saint-Germain, la permission de mettre, aux deux bouts de ce chemin, un marbre avec cette inscription, _rue Saint-Dominique, jadis des Vaches_.
_Rue du Dragon_, voyez _rue du Sépulcre_.
_Cour du Dragon._ Elle est située à l'extrémité de la rue de l'Égout, presqu'en face de la rue Sainte-Marguerite, et donne de l'autre bout dans celle du Sépulcre. Au milieu du dix-septième siècle, il y avoit en cet endroit une Académie royale. Madame Crozat en ayant fait l'acquisition, y fit construire plusieurs maisons et ouvrir un passage de communication. On l'appela _cour du Dragon_, sans doute par allusion à celui que l'on voit sous les pieds de Sainte-Marguerite, et qu'on a sculpté au-dessus de la principale porte de cette cour; on la fermoit encore des deux côtés à la fin du siècle dernier.
_Rue de Durnstein_, voyez _rue de l'Échaudé_.
_Rue de l'Échaudé._ Nous avons déjà eu occasion de remarquer qu'on appelle ainsi une île de maisons en forme triangulaire, qui donne sur trois rues; aussi celle-ci aboutit-elle aux rues de Bourbon-le-Château, du Colombier et de Seine. En 1541, elle n'étoit désignée que sous le nom de «ruelle qui va du guichet de l'abbaye à la rue de Seine,» et en 1549, «ruelle qui descend de l'abbaye à la rue de Seine[388].» Malgré cette désignation, il faut observer qu'elle ne passoit pas alors la rue du Colombier, et que la partie qui se prolonge au-delà n'a été continuée qu'en 1586. Ce fut sur une place triangulaire, de cinq toises de long sur trois toises un pied de large, donnée à cens, dans cette même année, par le cardinal de Bourbon à un particulier nommé Geoffroy Lambert[389], qu'on permit, en 1608 seulement, d'élever les maisons dont elle est formée. On ignore quand cette rue a commencé à porter le nom de l'Échaudé; mais elle est ainsi désignée sur le procès-verbal de 1636. La plupart des plans ne la distinguent pas du cul-de-sac du _Guichet_, dont elle fait la continuation. Ce cul-de-sac tiroit son nom du guichet de l'abbaye, qui étoit situé à son extrémité. La rue et le cul-de-sac portent aujourd'hui le nom de _Durnstein_.
[Note 388: _Arch. de Saint-Germain._]
[Note 389: _Id._, 2e invent, fº 82.]
_Rue de l'Égout._ Elle aboutit au carrefour Saint-Benoît et à la rue du Four. Ce nom est dû à un égout, lequel y passe encore. Elle fut anciennement nommée rue _Forestier_, ensuite _de la Courtille_, parce qu'elle conduisoit à la Courtille ou clos de l'abbaye Saint-Germain. Au quinzième siècle, on l'appeloit rue de _Tarennes_, et ce nom lui venait de ce qu'elle régnoit le long d'une grande maison dite l'hôtel de _Tarennes_: on lui donnoit encore cette dénomination en 1523[390]. On l'appeloit rue de l'Égout, dès le commencement du dix-septième siècle.
[Note 390: _Arch. de Saint-Germain._]
_Rue d'Erfurt_, voyez _Petite rue Sainte-Marguerite_.
_Rue de Fréjus_, voyez _rue de Monsieur_.
_Rue de Furstenberg._ On avoit donné ce nom au passage qui conduit de la rue du Colombier au palais abbatial. Nous avons déjà dit que cette rue fut ouverte en 1699. On la nomme maintenant rue de _Wertingen_.
_Rue de Grenelle._ Elle commence à la Croix-Rouge, et finit à l'extrémité du Gros-Caillou. À l'endroit où étoit situé le château de Grenelle, et sur l'emplacement qu'occupe l'hôtel de l'École militaire, étoit anciennement une garenne appartenant à l'abbaye Saint-Germain. Les titres latins la nomment _Garanella_; les traducteurs ont corrompu ce nom en écrivant _Guernelles_, _Guarnelles_, _Guarnelle et Grenelle_. Lorsqu'on eut relevé et redressé ce chemin, on l'appela simplement le _chemin Neuf_, le _chemin de Garnelle_, enfin rue _de Grenelle_.
_Rue de Guénégaud._ Elle aboutit au quai de Conti et à la rue Mazarine. Le duc de Nevers ayant fait bâtir un hôtel sur une partie du terrain qu'avoit occupé celui de Nesle, la princesse Marie de Gonzague de Clèves, sa veuve, obtint, en 1641, des lettres-patentes portant permission de vendre le terrain et les matériaux de cet hôtel à des particuliers, pour y bâtir des maisons et pour y percer des rues. Henri de Guénégaud, ministre et secrétaire d'état, fut un des acquéreurs: il fit construire l'hôtel qui portoit son nom, et qui le donna ensuite à la rue, pratiquée le long de son jardin. Au bout de cette rue est un égout: c'est en cet endroit que passoit autrefois le mur de l'enceinte de Philippe-Auguste.
_Rue Saint-Guillaume._ Elle commence à la rue des Saints-Pères, et, retournant en équerre, aboutit à la rue Saint-Dominique, vis-à-vis celle des Rosiers. Cette situation lui a quelquefois fait donner, dans cette partie, le nom de _rue Neuve des Rosiers_: c'est ainsi qu'elle est indiquée dans le procès-verbal de 1636. Ce n'étoit autrefois qu'un petit chemin qui tournoit autour d'une butte, sur laquelle il y avoit en 1368 un moulin qui fut reconstruit en 1509: c'est pourquoi, sur un plan manuscrit, elle est nommée rue _de la Butte_.
_Rue de Gunzbourg_, voyez _rue Cardinale_.
_Rue Hillerin-Bertin._ Elle traverse de la rue de Grenelle dans celle de Varennes. On n'a pas moins varié sur le nom de cette rue que sur la manière de l'écrire. Elle est successivement indiquée dans les plans, rue _Villeran_, _des Bohêmes_, _Guilleri-Bertin_, _Hillorai_, _Hillorain-Bertin_, _Valeran Hillorain_, _de Saint-Sauveur_, _Villerin_. Son véritable nom est celui qu'elle porte; elle le devoit au sieur d'Hillerin, qui possédoit en cet endroit plusieurs pièces de terre, dont il vendit une partie au roi pour l'emplacement des Invalides.
_Rue Jacob._ Elle commence au bout de la rue du Colombier, au coin de celle des Petits-Augustins, et finit à celle des Saints-Pères. Plusieurs plans ne la distinguent point de la rue du Colombier, dont elle fait la continuation. Cette rue doit le nom qu'elle porte à l'hôtel de Jacob, que la reine Marguerite avoit fait voeu de faire bâtir. Le terrain sur lequel on l'ouvrit, s'appeloit anciennement _l'Oseraie_; il contenoit, en 1344, trois arpents, et étoit contigu à celui que l'on nommoit _la Saumonerie_, lequel s'étendoit le long de _la petite Seine_.
_Rue des Marais._ Elle traverse de la rue de Seine dans celles des Petits-Augustins. L'espace qu'elle occupe, faisoit partie du _petit Pré-aux-Clercs_, que l'Université aliéna en 1540. Comme ce terrain étoit couvert de marais, c'est-à-dire de jardins fruitiers et potagers, on en donna le nom à la rue qu'on y ouvrit.
_Rue Sainte-Marguerite._ Elle commence au carrefour des rues de Buci, des Boucheries et du Four, et finit à la rue de l'Égout. On la bâtit sur l'ancien fossé que l'abbé Richard avoit fait faire, en 1368, autour de l'abbaye, et qui fut comblé en 1636, en vertu d'une transaction passée entre les religieux et Henri de Bourbon, leur abbé. Ce concordat est du premier juillet 1635, et fut homologué au parlement, le 26 février de l'année suivante.
Avant l'existence du fossé remplacé par cette rue, il y avoit, sur ce même emplacement, une ancienne rue, dont Sauval a fait mention, et qui se nommoit rue _Madame la Valence_[391]. On la désignoit ainsi en 1412, et elle conservoit encore ce nom en 1368, lorsqu'on la détruisit. Piganiol, qui n'a point compris ici le texte de Sauval, l'accuse mal à propos d'erreur et de contradiction[392].
[Note 391: T. 1, p. 149, et t. 3, p. 126.]
[Note 392: T. 8, p. 86. JAILLOT, _quartier Saint-Germain_, p. 57.]
_Petite rue Sainte-Marguerite._ On a donné ce nom à l'espace qui conduit de la porte de l'abbaye Saint-Germain, rue Sainte-Marguerite, à celle de l'église. Elle fut bâtie en 1715, partie sur le jardin de l'abbé, partie sur le terrain qu'il avoit cédé aux religieux. On la nomme aujourd'hui rue d'_Erfurt_.
_Rue Sainte-Marie._ Cette rue traverse de la rue de Bourbon dans celle de Verneuil. Elle doit, sans doute, son nom à la chapelle de la Vierge qu'on voyoit en cet endroit, au siècle dernier, et sur l'emplacement de laquelle elle fut ouverte, avant 1674.
_Rue Sainte-Marthe._ C'est une de celle qu'on ouvrit en 1715, lorsqu'on fit à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés les changements dont nous avons parlé. Celle-ci commence à la porte située dans la rue Saint-Benoît, et retournant en équerre, finit à la rue Childebert. Le nom qu'elle porte lui fut donné par reconnoissance, en l'honneur de D. Denis de _Sainte-Marthe_, alors général de la congrégation de Saint-Maur.
_Rue Mazarine._ Elle aboutit d'un côté au carrefour des rues Dauphine, Saint-André, des Fossés-Saint-Germain et de Buci; de l'autre, à la rue de Seine. Elle prit le nom qu'elle porte du collége Mazarin, lequel en occupe une partie: auparavant, on l'appeloit rue _du Fossé_ ou _des Fossés_; c'est ainsi qu'elle est désignée, sur presque tous les plans du dix-septième siècle; cependant elle n'a pas été bâtie sur le fossé même de l'enceinte de Philippe-Auguste, mais sur le chemin qui le bordoit, et qu'on appeloit anciennement rue _des Buttes_. Ce nom lui venoit de plusieurs élévations, formées en cet endroit par les débris de deux tuileries voisines. On les aplanit ensuite, et l'on en fit un lieu d'exercice pour ceux qui apprenoient à tirer de l'arc. Le retour d'équerre que forme cette rue pour aboutir à la rue de Seine, est indiqué sous le nom de _Traversine_ dans un terrier de 1540; et dans le procès-verbal de 1636, il est nommé rue _de Nesle_ et petite rue _de Nesle_, parce qu'il conduisoit directement à la porte et à l'hôtel de ce nom.
_Rue de Monsieur._ Cette rue, ouverte depuis 1780, donne, d'un bout, rue de Babylone, de l'autre, rue Plumet. On la nomme aujourd'hui rue de _Fréjus_.
_Rue de Nevers._ Elle commence au quai de Conti, et aboutit à la rue d'Anjou. Ce n'étoit au treizième siècle qu'une ruelle qui servoit de passage aux eaux et aux immondices de la maison des frères Sachets, et du jardin du collége Saint-Denis. Dans un acte de 1571,[393] elle est simplement indiquée «ruelle par laquelle on entre et sort du quai et jardin de l'hôtel St.-Denis.» On la fermoit à ses deux extrémités, circonstance qui l'avoit fait nommer rue _des Deux Portes_. Dans le procès-verbal de 1636, on lui a donné le nom de _Nevers_, parce qu'elle régnoit le long des murs de l'hôtel qui portoit ce nom.
[Note 393: _Arch. de Saint-Germain._]
_Rue d'Olivet._ Elle aboutit à la rue de Traverse et à celle des Brodeurs. Plusieurs plans l'indiquent _petite rue de Traverse_. Le territoire dit _d'Olivet_, sur lequel elle est située, lui en a fait donner le nom.
_Rue Saint-Père_, vulgairement dite _des Saints-Pères_. Elle commence au quai Malaquais et finit à la rue de Grenelle. Son véritable nom est rue _Saint-Pierre_, qu'elle avoit pris, parce que la chapelle Saint-Pierre y étoit située: le peuple altéra ce nom en l'appelant _Saint-Père_, et par une seconde altération, des _Saints-Pères_. On voit, par les titres de Saint-Germain, qu'elle portoit, ainsi que la rue Saint-Dominique, et par la même raison, le nom de _Chemin_ et de rue _aux Vaches_. Dans plusieurs titres de la même abbaye, elle est nommée, avant le milieu du seizième siècle, rue de la _Maladrerie_, de _l'Hôpital de la Charité_, _de l'Hôtel-Dieu appelé la Charité_, alias la _Satinat_. Ce nom ne venoit pas de l'hôpital de la Charité que nous y voyons aujourd'hui, parce qu'il n'y étoit pas encore établi, qu'il n'étoit pas même institué; mais d'un hôtel-Dieu qu'on avoit commencé à construire sur le bord de la rivière, presque vis-à-vis cette rue. Il est marqué sur le plan de Saint-Victor, publié par d'Heuland. Le procès-verbal de 1636 désigne cette rue, sous la dénomination vague de «rue des Jacobins réformés, allant de la Charité au Pré-au-Clercs;» mais on la voit sous le nom de _Saint-Père_ dès 1643, sur le plan de Boisseau. En 1652, le plan de Gomboust lui donne déjà celui _des Saints-Pères_.
_Rue de la Planche._ Elle donne d'un bout dans la rue du Bac, de l'autre dans celle de la Chaise; sur les plans du dix-septième siècle, elle n'est point distinguée de la rue de Varennes dont elle fait la continuation. Son nom actuel lui vient du sieur Raphaël de La Planche, trésorier général des bâtiments de Henri IV, à qui ce prince avoit donné des lettres de privilége pour l'établissement d'une manufacture de tapisseries de haute-lice. Comme cette manufacture étoit située, en 1640, dans la rue de la Chaise, au coin de celle de Varennes, on donna le nom de la _Planche_ à la partie de cette dernière rue qu'occupoient ses ateliers: elle l'a toujours conservé depuis.
_Rue Plumet._ Elle commence à la rue des Brodeurs et aboutit aux nouveaux boulevarts. Sur les plans de la Caille et autres, elle est déjà nommée _Plumet_; et ce nom, répété dans des actes authentiques, est écrit encore aujourd'hui à ses deux extrémités; mais Jaillot prétend que le véritable nom est _Blomet_, et qu'elle est indiquée ainsi dans tous les titres de l'abbaye.
_Rue de Poitiers._ Elle aboutit au quai d'Orsai ou à la Grenouillère, et à la rue de l'Université. Elle ne fut ouverte qu'à la fin du dix-septième siècle; et on la trouve sous le nom de _Potier_ dans tous les plans de ce temps-là.
_Rue des Rosiers._ Elle traverse de la rue Saint-Dominique à celle de Grenelle. Il paroît qu'elle fut ouverte au commencement du dix-septième siècle. On la nommoit alors rue _Neuve des Rosiers_. Il est probable qu'elle fut percée sur un terrain où les roses étoient abondantes, ce qui lui en aura fait donner le nom. Elle a pris le nom de la _rue St.-Guillaume_, dont elle est la continuation.
_Rue Rousselet._ Elle donne, d'un bout dans la rue Blomet ou Plumet, de l'autre, dans celle de Sèvre. Ce n'étoit en 1672 qu'un simple chemin de traverse qu'on nommoit alors rue des _Vachers_ ou des _Vaches_. Elle porte encore ce dernier nom, en 1714, sur divers plans. Cette rue doit sa dénomination actuelle à un particulier nommé _Rousselet_, qui y fit bâtir des maisons.
_Rue du Sabot._ Elle aboutit à la rue du Four, et à la petite rue Taranne. Dès le quinzième siècle, il y avoit dans le carré qu'elle forme avec la rue de l'Égout un clos appelé le clos _Copieuse_ et depuis _l'Hermitage_. Ce nom de _Copieuse_ venoit des propriétaires de ce clos, ainsi nommés, et plusieurs fois mentionnés dans les titres de Saint-Germain. Ils l'avoient fait donner également au chemin qui régnoit le long de leur domaine. Dans le terrier de l'abbaye de 1523 on lit: «Maison rue du Four, faisant le coin de la rue _Copieuse_, où pend le sabot.» C'est de cette enseigne que lui vient le nom qu'elle porte aujourd'hui.
_Rue de Seine._ Elle va de la rue de Buci au quai Malaquais. Ce n'étoit autrefois qu'un chemin qui descendoit du bourg Saint-Germain à la rivière, dont cette rue a pris le nom. Après la clôture de Philippe-Auguste, on la nomma comme auparavant: «Chemin du Pré-aux-Clercs, chemin tendant de la porte de Buci au Pré-aux-Clercs, chemin de la porte de Buci à la Seine, rue qui tend du pilori au «Pré-aux-Clercs; enfin rue de Seine.» Elle fut percée en 1545, d'après deux arrêts rendus à ce sujet, à la réquisition du cardinal de Bourbon, alors abbé de Saint-Germain-des-Prés.
_Rue du Sépulcre._ Elle aboutit à la rue de Taranne et à celle de Grenelle. Ce nom lui vient d'une maison appelée _le Petit Sépulcre_, située à côté de l'hôtel Taranne, une ruelle entre deux. Elle étoit ainsi nommée, parce qu'elle avoit été donnée aux chanoines du Saint-Sépulcre, dès le commencement du quinzième siècle. On la nomme aujourd'hui _rue du Dragon_.
_Rue de Taranne._ Elle commence au carrefour Saint-Benoît et finit à la rue des Saints-Pères. Sauval[394] et Piganiol se sont probablement trompés, en la désignant, en 1531, sous le nom de rue _aux Vaches_, parce qu'elle faisoit la continuation de celle de Saint-Dominique. Jaillot trouve que, dès le quatorzième siècle, on la nommoit rue de la _Courtille_, parce que ce chemin régnoit le long de la courtille ou clos de l'abbaye Saint-Germain. On la trouve aussi sous le nom de _Forestier_. Au siècle suivant elle fut appelée _de Tarennes_, parce que Jean et Christophe de Tarennes y avoient plusieurs maisons et jardins, sur partie desquels fut construite la cour du Dragon dont nous avons déjà parlé.
[Note 394: SAUV., t. I, p. 163; PIGAN., t. 8, p. 293.]
_Petite rue Taranne._ Cette rue, qui aboutit à la rue de l'Égout et à celle du Sépulcre, doit aussi cette dénomination à l'hôtel de Tarennes; et c'est la ruelle, d'abord indiquée _sans nom_ qui séparoit cet hôtel de celui du Sépulcre.
_Rue de Traverse._ Elle est ainsi nommée, parce qu'elle traverse de la rue Plumet dans celle de Sèvre. Sur le second plan de Bullet elle est appelée _de Traverse_ ou _de la Plume_.
_Rue de Varennes_ ou _de Varanne_. Elle commence rue du Bac, au bout de la rue de la Planche, et finit au nouveau cours, en face des Invalides. Sur un plan manuscrit de 1651, on lit rue de _la Varenne_ ou _du Plessis_: c'est le nom d'un particulier.