Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 8/8)
Part 30
CHÂTEAU DE GRENELLE.
En sortant de l'École militaire par la première grille à gauche du Champ-de-Mars, on trouvoit le château de Grenelle, situé dans la plaine du même nom. Ce château, qui n'offroit rien de remarquable que sa position, avoit haute et basse justice, relevant de l'abbaye de Sainte-Geneviève. Il dépendoit, ainsi que les maisons qui l'entouroient, de la paroisse Saint-Étienne du Mont[349].
[Note 349: Ce château, dont on avoit fait une poudrière au commencement de la révolution, sauta avec un grand fracas et d'horribles accidents, dans l'année 1793.]
HÔTELS.
ANCIENS HÔTELS DÉTRUITS.
HÔTEL DE NESLE, NEVERS, GUÉNÉGAUD ET CONTI (quai de Conti).
Cet hôtel, l'un des plus vastes et des plus magnifiques parmi ceux qui faisoient l'ornement de l'ancien Paris, occupoit une grande étendue de terrain: les rues de Nevers, d'Anjou et Guénégaud, ont été, en partie, percées et bâties sur son emplacement. Il se prolongeoit le long de la rivière, jusqu'à la porte et à la tour nommées _Philippe-Hamelin_, dites depuis _de Nesle_, et à la place desquelles on a bâti le pavillon gauche du collége Mazarin. En 1308, Amauri de Nesle le vendit 5000 liv. à Philippe-le-Bel; Charles V le donna au duc de Berri, son oncle, en 1380. Charles VI, qui confirma ce don en 1385, y joignit deux tuileries et deux arpents et demi de terre, pour agrandir _le séjour de Nesle_, maison de plaisance qui étoit séparée de l'hôtel par le fossé de l'enceinte de Philippe-Auguste[350]. On trouve ensuite qu'en 1446, Charles VII donna cet hôtel à François, duc de Bretagne, son neveu. Il passa ensuite en 1461 au comte de Charolois[351].
[Note 350: C'est ce séjour que le commissaire Delamare a pris pour l'hôtel de Nesle, qu'il place, par erreur, hors de la ville.]
[Note 351: Chamb. des comptes, mémorial L, fº 172, et K, fº 140.]
Henri II ayant ordonné, par un édit de 1552, que le pourpris, maison et place du _grand Nesle_, seroient vendus et délivrés par lots, portions et places aux plus offrants et derniers enchérisseurs, le duc et la duchesse de Nivernois en firent l'acquisition en 1580, et obtinrent de l'abbé de Saint-Germain qu'il fût érigé en fief, sous la condition de foi et hommage, et d'une redevance annuelle de 50 sols parisis. Jaillot dit avoir lu l'acte de foi et hommage rendu par le duc de Nevers le 3 août 1618, «pour _l'hôtel de Nevers_ anciennement appelé hôtel _de Nesle_[352].»
[Note 352: _Quartier Saint-Germain-des-Prés_, p. 68.]
Ce ne fut qu'en 1646, et sur la réquisition de M. de Guénégaud, secrétaire d'état, qui en étoit alors propriétaire, que l'abbé et les religieux de Saint-Germain consentirent à transiger pour l'extinction de ce titre de fief. Madame Anne-Marie Martinozzy, veuve d'Armand de Bourbon de Conti, en devint ensuite propriétaire en 1670. Les princes de Conti et de La Roche-sur-Yon l'augmentèrent en 1679, par l'acquisition qu'ils firent du petit hôtel Guénégaud. Enfin, en 1718, madame la princesse de Conti acheta, sur le quai, une maison joignant cet hôtel, et qui porta depuis le nom de _petit hôtel de Conti_. L'hôtel de Nevers étoit dès-lors connu sous ce nom, qu'il a porté jusqu'à sa destruction. Dans le temps qu'il appartenoit à M. de Guénégaud, il avoit été réparé et embelli, dans toutes ses parties, par François Mansart.
Depuis long-temps, le corps municipal désiroit pour ses assemblées un lieu plus vaste et plus commode que l'ancien hôtel-de-ville: il jeta les yeux sur le terrain qu'occupoit l'hôtel de Conti; et la permission de l'acquérir lui ayant été donnée par Louis XV, un arrêt du conseil, donné en 1750, en fixa le prix à 1,600,000 liv.; mais des obstacles forcèrent de renoncer au projet de bâtir en cet endroit une maison municipale, et l'on y éleva, comme nous l'avons déjà dit, l'hôtel des Monnoies, qui existe aujourd'hui.
Sur les deux vues que nous donnons de l'hôtel de Nesle, celle qui le représente du côté du jardin, copiée d'après une gravure ancienne et de la plus grande rareté, le montre sans doute tel qu'il étoit, après l'acquisition qu'en avoient faite les ducs de Nevers. On y reconnoît en effet le caractère de l'architecture du seizième siècle, et ce dessin donne l'idée d'un immense et somptueux édifice. L'autre vue, plus moderne, offre la porte à laquelle il avoit donné son nom, et la masse extérieure de ses bâtiments; mais il est difficile d'y reconnoître les constructions régulières tracées sur le premier dessin[353].
[Note 353: _Voyez_ pl. 206 et 207.]
HÔTEL DE LA REINE MARGUERITE (rue de Seine).
Cette princesse le fit bâtir, sur une portion du petit pré aux clercs, qu'elle avoit acquise, et quitta l'hôtel de Sens pour venir l'habiter. Ceux qui ont pu voir encore cet hôtel, dans le dix-septième siècle, disent qu'il étoit composé de trois corps de logis contigus, de jardins qui s'étendoient jusqu'à la rue des SS. Pères, et de plusieurs allées d'arbres plantés le long de la rivière, qu'on appeloit _le cours de la reine Marguerite_[354]. Sauval se trompe lorsqu'il avance que «la veuve de Jean-Baptiste de Budes, comte de Guébriant, maréchal de France, acheta un hôtel à la rue de Seine, bâti sur les ruines du palais de la reine Marguerite[355]». Les titres démentent cette assertion: 1º l'hôtel dont il s'agit n'ayant été bâti au plus tôt qu'en 1606, ne pouvoit être en ruine, trente-sept ans après sa construction. 2º S'il fut acquis par la veuve du maréchal de Guébriant, ce ne put être avant 1643, puisque le maréchal ne mourut que dans le courant de cette année; mais un rôle de taxes, fait en 1639 et cité par Jaillot[356], marque que les trois corps de logis, formant l'hôtel de la reine Marguerite, appartenoient à madame de Vassan, et qu'ils étoient alors occupés par le président Séguier. Cet hôtel fut acquis en 1718 par MM Gilbert de Voisins.
[Note 354: SAUVAL, t. 2, p. 250.]
[Note 355: _Ibid._, p. 157.]
[Note 356: _Quartier Saint-Germain_, p. 79.]
HÔTEL DE BEAUVAIS (rue de Grenelle).
Cet hôtel, qui, vers la fin du dix-septième siècle, fut changé en maison religieuse[357], est remarquable par deux particularités: l'une, qu'en 1685, il servit de logement au doge et aux quatre sénateurs de Gênes, lorsqu'ils vinrent faire au roi les satisfactions qu'il avoit exigées de leur république; l'autre que, dans la métamorphose qu'il éprouva, la salle de bal fut conservée et changée en église. Après que le monastère des Petites-Cordelières eut été supprimé, on vendit l'emplacement qu'il occupoit à des particuliers, qui y élevèrent de nouveaux bâtiments.
[Note 357: _Voyez_ p. 442.]
HÔTELS EXISTANTS EN 1789.
HÔTEL DE LA ROCHEFOUCAULD (rue de Seine).
Sauval, en parlant de cet hôtel, dit[358] «que Louis III de Bourbon, premier comte de Montpensier, qui devint dauphin d'Auvergne par son mariage, et ses descendants, avoient un hôtel dans cette rue, qu'ils vendirent à Henri de La Tour, duc de Bouillon, maréchal de France, et qui a passé ensuite au duc de Liancourt.» Ceci paroît exact; mais il ajoute que, «tant que ces princes logèrent là, leur hôtel fut appelé _l'hôtel Dauphin_, qui donna le nom à la rue; et bien que depuis, changeant de maître, il eût été appelé l'hôtel _de Bouillon_ et l'hôtel _de Liancourt_, la rue s'est toujours appelée et s'appelle encore la rue _Dauphine_.» Jaillot combat cette seconde partie de son récit, démentie par tous les plans de Paris, dont aucun, depuis quatre siècles, n'offre la rue de Seine sous le nom de rue Dauphine. Les titres ne présentent également rien qui puisse appuyer une semblable assertion.
[Note 358: T. 2, p. 67 et 120.]
M. François, duc de La Rochefoucauld, ayant épousé, en 1659, Jeanne-Charlotte du Plessis-Liancourt, fille unique du duc de Liancourt, devint, par ce mariage, propriétaire de l'hôtel dont nous parlons: on lui donna dès-lors le nom de La Rochefoucauld, qu'il n'avoit point cessé de porter jusqu'à ce jour[359].
[Note 359: Cet hôtel vient d'être démoli; et sur l'emplacement très vaste qu'occupoient les bâtiments, il vient d'être percé une rue nouvelle, dont les constructions ne sont pas encore entièrement achevées.]
C'étoit un édifice d'assez belle apparence qui, du côté de la cour, présentoit un carré de bâtiments décoré d'un ordre dorique en pilastres et bizarrement couronné de grandes croisées à la mansarde, avec tout le luxe d'ornement employé dans l'architecture du dix-septième siècle. Mais ce qui méritoit plus d'attention, c'étoit le jardin dessiné, dit-on, dans le siècle dernier, par le peintre _Robert_, et sans contredit l'un des jardins particuliers les plus agréables et les plus pittoresques qu'il y eût à Paris.
HÔTEL MAZARIN (quai Malaquais).
Cet hôtel appartenoit, dans l'origine, à la princesse de Conti, qui l'échangea pour l'hôtel Guénégaud. Il passa successivement aux ducs de Créqui, de La Trémouille et de Lauzun. On le voit rentrer ensuite dans la maison de Conti, par l'acquisition qu'en fit mademoiselle de La Roche-sur-Yon. Après sa mort, cet édifice fut loué pour les écuries de la dauphine; acquis depuis par le duc de Mazarin, il passa ensuite dans la famille de Juigné, dont il portoit le nom, au commencement de la révolution.
HÔTEL DE BOUILLON (même quai).
Cet hôtel, bâti pour un trésorier de l'épargne, nommé Macé-Bertrand de La Basinière, fut acquis depuis par M. de Bouillon. C'est un bel édifice, dans une très-belle position.
HÔTEL DE SALM (rue de Lille, ci-devant de Bourbon).
Cet hôtel, que l'on cite avec raison au nombre des édifices les plus remarquables de Paris, a plutôt les apparences d'un monument public que d'une habitation construite pour un particulier. Sa porte d'entrée, établie sur la rue, offre la forme d'un arc de triomphe, flanqué de chaque côté par une colonnade d'ordre ionique, laquelle s'appuie à des corps de bâtiments avancés, dont la masse est parallèle à celle de la porte, et qui, par leur attique orné de bas-reliefs, se rattachent à la décoration et au motif de l'ensemble.
La colonnade se réunit, dans l'intérieur de la cour, à celle des ailes ou parties latérales, et forme tout autour un promenoir couvert et continu qui aboutit à un frontispice en colonnes d'ordre corinthien, annonçant le corps de logis principal et donnant entrée au vestibule[360].
[Note 360: _Voyez_ pl. 208.]
La partie que nous venons de décrire, modèle de grâce et d'élégance, est aussi la plus parfaite de l'édifice. Le reste consiste en cours adjacentes et en un corps d'habitation, qui, se prolongeant sur le quai, se termine par une partie demi-circulaire et deux corps de bâtiments continus. On regrette que cette façade ne réponde, ni par sa décoration ni par son élévation, au reste du monument[361].
[Note 361: _Voyez_ pl. 211. L'administration de la Légion-d'Honneur est établie dans cet hôtel.]
AUTRES HÔTELS LES PLUS REMARQUABLES.
Il n'est aucun quartier de Paris qui en contienne un plus grand nombre. La plupart, bâtis dans le dix-septième siècle et au commencement du dix-huitième, sont vastes et magnifiques, mais plus remarquables par la solidité de leur construction, et par cet air de grandeur que présente la masse de leurs bâtiments, que par l'élégance ou la sévérité de leur architecture. La description de ces édifices, qui, généralement n'ont point à l'extérieur un caractère déterminé, et dont la décoration intérieure a subi tant de changements depuis la révolution, deviendroit embarrassante pour nous, et sans doute fastidieuse pour nos lecteurs: nous nous bornerons à en donner une nomenclature la plus exacte possible.
Hôtel d'Aiguillon, rue de l'Université. ---- Amelot, même rue. ---- d'Angennes, rue de Varennes. ---- des Archives de l'ordre de Saint-Lazare, rue de Monsieur. ---- d'Avaray, rue de Grenelle. ---- d'Avrincourt, rue Saint-Dominique. ---- de Bandeville, rue des Saints-Pères. ---- de Barbançon, rue de Babylone. ---- de Beaupréau, rue de l'Université. ---- de Benonville, rue Belle-Chasse. ---- de Bentheim, rue de Bourbon. ---- de Béthune, rue Saint-Guillaume. ---- de Béthune-Charost, rue de Bourbon. ---- de Béthune-Pologne, rue de la Chaise. ---- de Bezenval, rue de Grenelle. ---- de Biron, rue de Varennes. ---- de Bois-Geslin, même rue. ---- de Bréant, rue de Grenelle. ---- de Brienne, rue Saint-Dominique. ---- de Brissac, rue de Grenelle. ---- de Broglie, rue de la Planche. ---- de Broglie, rue Belle-Chasse. ---- de Broglie, grand et petit, rue de Varennes. ---- de Cassini, rue de Babylone. ---- de Castellane, rue de Grenelle. ---- de Castries, rue de Varennes. ---- de Caumont, rue de Grenelle. ---- de Chabannes, rue des Saints-Pères. ---- du Châtelet, rue de Grenelle. ---- de Châtillon, rue de Babylone. ---- de Choiseul, quai des Théatins. ---- de Choiseul Praslin, rue de Bourbon. ---- de Mademoiselle de Condé, abbesse de Remiremont, rue de Monsieur. ---- du prince de Conti, rue de Grenelle. ---- de Créqui, même rue. ---- de Croy, rue de Bourbon. ---- de Damas d'Anlezy, rue de Babylone. ---- de Dillon, rue Saint-Dominique. ---- des Écuries de la Reine, rue de Bourgogne. ---- des Écuries de Monsieur, rue de Monsieur. ---- des Écuries de la comtesse d'Artois, rue des Saints-Pères. ---- de Feuquières, rue de Grenelle. ---- de Galiffet, rue du Bac. ---- de Gensac, rue de l'Université. ---- de Goubert, rue de l'Université. ---- de Grammont, rue de Bourbon. ---- de Guerchi (deux), rue de Belle-Chasse. ---- de Guines, rue de Varennes. ---- d'Harcourt (deux), rue de Grenelle. ---- de Jarnac, rue de Monsieur. ---- de Jaucourt, rue de Varennes. ---- de Kunsky, rue Saint-Dominique. ---- de La Briffe, quai des Théatins. ---- de La Châtre, rue de l'Université. ---- de Lamoignon, rue de Grenelle. ---- de La Rochefoucauld, rue de Varennes. ---- de La Salle, rue de Grenelle. ---- de La Trémouille, rue de Belle-Chasse. ---- de Lautrec, quai Malaquais. ---- de Lignerac, rue Saint-Dominique. ---- de Ligny, rue du Bac. ---- de Luynes, rue Saint-Dominique. ---- de Maillebois, rue de Grenelle. ---- de Mailly, rue de l'Université. ---- de Matignon (grand), rue de Varennes. ---- de Matignon (grand et petit), rue Saint-Dominique. ---- de Maupeou, rue de l'Université. ---- de Maurepas, rue de Grenelle. ---- de Mesgrigni, même rue. ---- de Mirabeau[362], rue de Seine. [Note 362: Cet hôtel a été bâti sur les ruines de celui de la reine Marguerite.] ---- de Mirepoix, rue Saint-Dominique. ---- de Molé, rue de Belle-Chasse. ---- de Monaco, rue Saint-Dominique. ---- de Montboissier, rue de Verneuil. ---- de Montesquiou, même rue. ---- de Montmorenci, rue de Bourbon. ---- de Montmorenci-Tingri, rue de Varennes. ---- de Montmorin, rue Plumet. ---- de Mortemart, rue Saint-Guillaume. ---- de Narbonne-Pelet, rue de la Planche. ---- de Noailles-Mouchy, rue de l'Université. ---- de Novion, rue de la Planche. ---- d'Orsai, rue de Varennes. ---- de Périgord, rue de l'Université. ---- de Phelippeaux, rue de Grenelle. ---- de Polignac, rue des Saints-Pères. ---- de Pons, rue de Taranne. ---- de Queuille (la), rue de Babylone. ---- de Rochechouart, rue de Grenelle. ---- de Rohan, rue de Varennes. ---- de Rohan-Chabot, même rue. ---- de Rohan-Montbazon, rue de l'Université. ---- du Roure, rue Saint-Dominique. ---- du Roure, rue de Bourbon. ---- de Saumeri, rue de Belle-Chasse. ---- de Seignelai, rue Saint-Dominique. ---- de Senectère, rue de l'Université. ---- de Sens, rue de Grenelle. ---- de Seysseval, rue de Bourbon. ---- de Soyecourt (grand), rue de l'Université. ---- de Soyecourt (petit), rue de Belle-Chasse. ---- de Tessé, quai des Théatins. ---- de Valbelle, rue du Bac. ---- de Vaudecourt, quai des Théatins. ---- de Vaudreuil, rue de la Chaise. ---- de Villeroi, rue de l'Université.
HÔTEL DES MOUSQUETAIRES-GRIS (rue de Beaune).
On sait que la première compagnie de cette troupe fut créée en 1622, par Louis XIII, sous le nom de _Grands Mousquetaires du roi pour sa garde_. On les logea d'abord chez les habitants du faubourg Saint-Germain, tandis que l'on cherchoit un emplacement pour leur bâtir un hôtel. La halle du Pré-aux-Clercs, plus connue sous le nom de la _halle Barbier_, parut propre à l'exécution de ce projet: ce ne fut toutefois qu'en 1659 que le roi donna ordre à la ville d'acheter cette halle, qui comprenoit le carré borné par les rues de Beaune, de Bourbon, du Bac, et de Verneuil, ainsi que les vingt-six échoppes ou maisons bâties au pourtour, et d'y faire élever les bâtiments nécessaires. On voit ensuite, par deux arrêts du conseil de 1707 et 1715, que cet édifice, achevé seulement en 1671, commençoit déjà à menacer ruine. Il fut question alors d'en rebâtir un nouveau sur une grande place achetée par le roi, rue de Bourgogne, et sur le quai d'Orsai; mais ce terrain ne se trouvant pas assez spacieux, il fallut renoncer à ce projet, et l'on se contenta de rebâtir à neuf l'ancien hôtel, tel qu'on l'a vu jusqu'au commencement de la révolution[363].
[Note 363: Sur l'emplacement de cet hôtel on a construit un marché qui se nomme le marché _Boulainvilliers_.]
POMPE À FEU.
Cette pompe à feu, établie au Gros-Caillou, sur le bord de l'eau, est composée d'un corps de bâtiments décoré d'arcades, et offre dans sa masse un aspect peu différent de l'édifice du même genre, que nous avons décrit dans le premier volume de cet ouvrage. Elle fournit de l'eau aux Invalides, à l'École militaire, et aux maisons du faubourg Saint-Germain.
GROS-CAILLOU.
À l'extrémité du quartier Saint-Germain et le long de la rivière, est un terrain couvert de maisons et de jardins, que l'on nomme _le Gros-Caillou_. Piganiol dit[364] «que son nom très-ancien étoit _la Longray_, et que le moderne vient d'un caillou énorme qui servoit d'enseigne à une maison publique de débauche.» Jaillot[365], qui trouve avec raison cette opinion très singulière, surtout parce qu'elle est avancée sans la moindre preuve, observe que le Gros-Caillou n'occupe qu'une partie du terrain que l'on nommoit effectivement _la Longue Raie_, il y a trois ou quatre cents ans, parce qu'il s'étendoit depuis la rue de Bourgogne jusqu'à l'endroit où sont aujourd'hui les barrières, formant dans ce long espace une lisière très étroite. À l'égard de _l'énorme caillou_ qui servoit d'enseigne à une maison de débauche, il ne pense pas même qu'une semblable assertion mérite d'être réfutée, et se contente de dire que ce gros caillou étoit une borne naturelle qui servoit à distinguer les limites des seigneuries de Sainte-Geneviève et de Saint-Germain-des-Prés; ce qui est constaté par un plan manuscrit.
[Note 364: T. 8, additions, p. 339.]
[Note 365: _Quartier Saint-Germain_, p. 82.]
Le terrain du Gros-Caillou s'étant insensiblement couvert de maisons, et l'administration des sacrements y devenant, par la trop grande distance des lieux, également pénible pour le curé de Saint-Sulpice et pour ses paroissiens, on pensa à y faire construire une succursale entre les rues de Grenelle et de Varennes, ce qui fut définitivement arrêté dans une assemblée générale de la paroisse, tenue le 18 août 1652. Mais le terrain destiné à l'exécution de ce projet, et qui appartenoit à la fabrique, ayant été vendu en 1686 par arrêt du conseil, ce n'est qu'en 1735 qu'on put songer à la construction du monument, et qu'on obtint de l'archevêque et de l'abbé de Saint-Germain la permission définitive de faire bâtir une chapelle au Gros-Caillou. Toutefois, les moyens des habitants ne répondant point à leur zèle, ce projet eût encore échoué pour la seconde fois, si le roi ne leur eût permis une quête de trois ans, tant pour la construction de la chapelle que pour l'achat des vases sacrés et les honoraires du desservant. La première pierre en fut posée le 19 mars 1738, et l'Église fut achevée le 11 août suivant. Quoiqu'elle eût été bénite sous le titre de _l'Assomption de la Vierge_, et que les habitants lui eussent donné celui de _Notre-Dame-de-Bonne-Délivrance_, les registres de l'archevêché l'offrent sous la dénomination de _Saint-Pierre du Gros-Caillou_, succursale de Saint-Sulpice. Au commencement de la révolution on travailloit à la construction d'une Église plus grande, dont M. Chalgrin étoit l'architecte, et qu'on avoit le projet d'ériger en cure[366].
[Note 366: Les premières constructions de cette église, restées imparfaites, ont été depuis entièrement démolies. (_Voyez_ l'article _Monuments nouveaux_.)]
L'ÎLE MAQUERELLE OU DES CYGNES.
Vis-à-vis le Gros-Caillou, étoit une île assez grande, qu'un très petit courant d'eau séparoit du rivage, et qu'on y a réunie en comblant cet espace. Cette île s'étoit formée par la réunion de plusieurs autres, et par des atterrissements, que l'amas des sables et les dégradations de ces petites îles avoient occasionnés. On nommoit île _de Grenelle_ celle qui faisoit face à _la Longue Raie_; elle s'accrut depuis par l'adjonction de l'île _des Treilles_, qui étoit au-dessus, et de l'île _aux Vaches_, qui étoit au-dessous. Dès 1494, on l'appeloit île _Maquerelle_, nom dont on n'a pu découvrir jusqu'à présent ni l'origine ni l'étymologie[367]. Jaillot dit avoir lu, dans les archives de l'abbaye Saint-Germain, que la plus grande partie de cette île étoit en prés, et que les soldats alloient s'y exercer, ce qui causa un assez grand dommage pour que les religieux prissent la résolution de l'affermer à divers particuliers, qui séparèrent leurs portions par des haies, des fossés, ou des rigoles, ce qui formoit autant de petites îles. Ce lieu fut destiné, dans le seizième siècle, et par arrêt, à servir de sépulture aux pauvres décédés à l'Hôtel-Dieu; mais cet arrêt ne fut point exécuté. Le nom d'île des Cygnes lui vient de ce qu'au commencement de ce siècle, on y avoit placé quelques oiseaux de cette espèce[368].
[Note 367: Jaillot pense que cette île a pu servir de rendez-vous pour terminer par le duel des querelles particulières, et qu'elle a pu en tirer son nom; mais il observe qu'alors il faudroit écrire _Ma-Querelle_. Il auroit mieux fait, selon nous, de renoncer à chercher cette étymologie, que d'en présenter une aussi bisarre, et qu'il ne soutient d'aucune preuve.]