Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 8/8)
Part 29
Le jardin du palais, auquel avoit été également réuni celui de l'hôtel de Lassai, étoit terminé par une terrasse de cent cinquante-une toises de long, qui régnoit le long de la Seine, et d'où la vue s'étendoit sur la plus belle partie de Paris et sur toutes les routes et promenades qui, de ce côté, y aboutissent.
Les petits appartements, avec leur jardin particulier, étoient situés à l'extrémité de cette terrasse, du côté des Invalides.
L'HÔTEL ROYAL DES INVALIDES.
Dès long-temps, la sollicitude de nos rois s'étoit étendue sur les vieux soldats qui, après avoir consumé leurs plus belles années au service de l'État, se trouvoient, par l'âge et par les infirmités, dans l'impossibilité de pourvoir à leurs besoins, et souvent réduits à mendier leur pain. Henri IV avoit projeté de former un établissement en leur faveur; et, sous son règne, on en plaça un certain nombre, rue de l'Oursine, dans la maison de la Charité chrétienne. Animé du même esprit, et voulant exécuter avec plus de grandeur le plan conçu par son père, Louis XIII y destina le château de Bicêtre, qui tomboit alors en ruine: en 1634 on y fit, par son ordre, des réparations considérables; on y ajouta de nouveaux bâtiments, et cette maison fut appelée la _commanderie de Saint-Louis_. La mort de ce prince, et les troubles qui la suivirent, arrêtèrent ce dessein, et Louis XIV disposa de cette maison en 1656 en faveur de l'Hôpital général[331]. Ce fut alors qu'il conçut l'idée d'une fondation encore plus vaste et plus magnifique; ainsi que nous l'avons déjà dit, il y eut, dans le plan de ce monument et dans son exécution, plus d'ostentation que de véritable utilité[332]. Les premiers fondements en furent jetés en 1671, au plus fort de la guerre; et cependant, dès 1674, il étoit déjà très avancé et en état de recevoir des soldats. Alors le monarque donna son édit de fondation, dans lequel cette maison fut qualifiée _d'hôtel royal des Invalides_. L'église, commencée presque en même temps, ne fut achevée que trente ans après, et dédiée en 1706 par M. le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, sous le titre et l'invocation de _Saint-Louis_. Deux architectes unirent leurs talents dans cet immense travail: Libéral Bruant construisit tous les bâtiments d'habitation et la première église; Jules-Hardouin Mansart éleva la seconde église ou le dôme.
[Note 331: Vers ce temps-là, M. et madame Berthelot avoient fait bâtir, rue de la Lune, une maison assez spacieuse, qu'ils consacrèrent à recevoir cinquante soldats estropiés. (_Voyez_ t. 2, 1re part., p. 526.) Il y avoit aussi dans la rue de Sèvre un hôpital destiné au même usage, mais seulement pour un très petit nombre d'individus.]
[Note 332: _Voyez_ 1re part. de ce volume, p. 80.]
Le vaste emplacement de l'hôtel des Invalides a dix-huit mille sept cent quarante-quatre toises de surface. Il est divisé sur la longueur, qui est de cent trente toises, et sur une profondeur de soixante-dix toises, en cinq parties principales: celle du milieu offre une grande cour de trente-deux toises de largeur sur cinquante-deux de profondeur; de chaque côté sont deux autres cours, chacune de quinze toises sur vingt-deux et demi, toutes entourées de grands corps de bâtiments, et au delà desquelles sont de vastes terrains servant de promenoirs. Le surplus de la profondeur de l'enceinte est occupé, au milieu, par les églises, qui sont isolées, et, de chaque côté, par des cours et jardins entourés de bâtiments, au-delà desquels sont encore de vastes terrains clos de murs.
Le premier corps de bâtiment, du côté de la rivière, est précédé d'une avant-cour fermée d'une grille et entourée de fossés. La grande face de ce bâtiment a cent deux toises de longueur et présente trois avant-corps: celui du milieu est décoré de pilastres ioniques, qui reçoivent un grand arc dans lequel étoit autrefois un bas-relief représentant la statue équestre de Louis XIV, accompagnée de la Justice et de la Prudence, par Coustou le jeune. La statue a été détruite[333]: on a laissé subsister les deux autres figures.
[Note 333: Elle a été rétablie.]
Cette façade présente trois étages de croisées au-dessus du rez-de-chaussée, dont les ouvertures sont en arcades; des deux côtés de la porte sont les statues de Mars et de Minerve, exécutées par le même sculpteur[334].
[Note 334: _Voyez_ pl. 200.]
La première cour, dite, avant la révolution, _cour royale_, est entourée, tant au rez-de-chaussée qu'au premier étage, de portiques ouverts en arcades, et formant des avant-corps au milieu de chacune des quatre faces et dans les angles. L'avant-corps du fond, qui conduit à l'église, est décoré de deux ordres de colonnes ioniques et composites, l'un sur l'autre, et couronnés d'un fronton. Toutes les autres faces des bâtiments, sur les cours et sur les jardins, sont régulièrement percées d'un grand nombre de croisées, sans autre décoration que l'entablement. Il y a, dans tout ce plan et dans son exécution, autant de grandeur que de simplicité[335].
[Note 335: _Voyez_ pl. 201.]
L'intérieur du grand corps de bâtiment, du côté de la rivière, est divisé de la manière suivante. Le pavillon du milieu offre, au rez-de-chaussée, un vestibule; au premier, une bibliothèque servant aussi de chambre de conseil; l'aile gauche est occupée par le gouverneur et l'état-major; la droite par les médecins et chirurgiens en chef; le surplus sert de logement aux soldats et officiers, ainsi qu'aux divers usages de la maison. Les réfectoires sont ornés de peintures à fresque par Martin, et de six tableaux de Parrocel, représentant des traits pris dans les diverses campagnes de Louis XIV.
La première église, destinée aux personnes de la maison, se compose d'une grande nef et de deux bas-côtés. Elle a un porche d'entrée, un sanctuaire et deux sacristies ou chapelles par lesquelles on communique à la seconde église: la nef est décorée d'un grand ordre de pilastres avec entablement corinthien: les bas-côtés sont du même ordre, mais beaucoup plus petits: les deux églises ont un autel commun.
Cette seconde église, dite le _dôme_, doit être considérée du côté du midi, si l'on veut jouir de tout l'effet qu'elle peut produire. Le portail de ce dôme a trente toises de largeur sur seize de hauteur; il est élevé sur un perron de plusieurs marches, et décoré des ordres dorique et corinthien, enrichis l'un et l'autre de tous les ornements qu'ils peuvent admettre. Un troisième ordre de quarante colonnes corinthiennes règne au pourtour du tambour de cette vaste construction, et supporte un attique qui reçoit la coupole. Cette dernière partie est elle-même surmontée d'une lanterne au dessus de laquelle s'élève une aiguille, terminée par une croix[336].
[Note 336: _Voyez_ pl. 202.]
Ce morceau d'architecture jouit en France d'une grande réputation; et l'on ne peut disconvenir que sa forme svelte et élégante ne se dessine agréablement à une très grande distance, et même lorsqu'on s'en rapproche assez pour jouir à la fois du dôme et du portail. Mais quel que soit alors l'effet imposant de l'ensemble, l'amateur éclairé reconnoît aussitôt que ce portail est d'une trop petite masse, et trop subdivisé dans ses parties pour servir d'empattement à une décoration d'une hauteur si colossale. C'est alors qu'il faut plus que jamais déplorer ce malheureux esprit de système qui égara, dans le dix-septième siècle, tant d'artistes doués des plus heureuses dispositions, leur fit dédaigner la route ouverte par les anciens, et préférer, à l'imitation de ces modèles uniques du grand et du beau, les productions froides et bizarres de leur imagination désordonnée. Ils prétendoient créer un goût _françois_, une architecture _françoise_, et gâtèrent ainsi à grands frais tout ce qu'ils firent, et même ce qu'ils avoient d'abord le plus heureusement conçu, par la manie de vouloir innover et perfectionner.
L'intérieur présente également un mélange de beautés et de défauts. C'est là surtout que Louis XIV prétendit déployer toute sa magnificence: il y employa les plus habiles artistes, voulut qu'on n'épargnât ni les soins ni la dépense; et en effet, la blancheur de la pierre, la profusion et le fini précieux des ornements de sculpture, les peintures du dôme, la richesse des marbres qui forment le pavement, le superbe baldaquin de l'autel, modèle de celui qui devoit être exécuté en bronze doré d'or moulu, frappent d'admiration tous les étrangers[337].
[Note 337: _Voyez_ pl. 203.]
La disposition du plan est ingénieuse; et l'effet des quatre chapelles que l'on aperçoit du centre de la rotonde a quelque chose de séduisant. On est également frappé de l'effet magique et extraordinaire que produit l'autel placé dans le sanctuaire élevé que l'on a pratiqué entre le dôme et l'église. Toutefois la réunion des deux édifices par cette ouverture commune établie à l'extrémité de l'église et à la circonférence du dôme auroit plus de grandeur, si elle étoit un peu moins resserrée.
Lorsqu'on arrive du côté de l'église, on est fâché que le sol du dôme soit aussi renfoncé, et l'on ne peut se dissimuler que cette construction, placée au centre, auroit encore plus de majesté. Si l'on entre au contraire par le dôme, on est étonné qu'il ne soit pas précédé d'une nef, ou du moins d'un très grand vestibule: de quelque côté qu'on se place, on ne peut jouir de l'ensemble; ce sont toujours deux monuments contigus qu'il faut considérer l'un après l'autre, ce qui laisse quelque chose à désirer. «On ne peut excuser cette disposition extraordinaire, dit un habile architecte[338], qu'en considérant l'église comme appartenant à la maison et formant la chapelle destinée aux vieux militaires qui l'habitent, et le dôme comme une chapelle royale où Louis XIV se plaisoit à joindre les actions de grâces qu'il rendoit au Dieu des armées, à celles de ses compagnons d'armes. Dès lors, on est moins surpris de trouver de ce côté un portail et des avenues superbes, puisque toute la pompe royale devoit se déployer avant d'entrer dans ce dôme, dont la porte ne s'ouvroit que pour le monarque.»
[Note 338: Feu M. Legrand.]
CURIOSITÉS DE L'HÔTEL DES INVALIDES.
TABLEAUX.
Dans la première voûte du dôme, distribuée en douze parties égales, les douze Apôtres peints à fresque; par _Jouvenet_.
Dans la seconde coupole, l'apothéose de saint Louis; par _Lafosse_.
Entre les arcs-doubleaux, les quatre Évangélistes; par le même.
Dans la voûte du sanctuaire, le mystère de la Trinité et l'Assomption de la Vierge; par _Noël Coypel_.
Dans les embrasures des fenêtres, des groupes d'Anges formant des concerts; par _Louis_ et _Bon Boulongne_.
Dans la chapelle Saint-Grégoire, divers événements de la vie de ce père de l'Église; par M. _Doyen_. (Ces peintures avoient été faites quelques années avant la révolution pour remplacer celles de _Le Brun_, que l'humidité avoit détruites.)
Dans la chapelle Saint-Jérôme, la vie, la mort et l'apothéose de ce saint; par _Boulongne_ aîné.
Dans la chapelle Saint-Augustin, les principaux événements de la vie de ce saint évêque; par _Boulongne_ le jeune.
Dans la chapelle Saint-Ambroise, les principaux événements de sa vie; par _Boulongne_ aîné.
SCULPTURES.
Sur le maître-autel, six colonnes torses, groupées trois à trois, entourées d'épis de blé, de pampres, de feuillages, et portant quatre faisceaux de palmes qui se réunissoient pour soutenir le baldaquin: les figures d'amortissement et les autres ornements par _Vanclève_ et _Coustou_ jeune.
Sur la face de cet autel, au midi, la Sépulture du Sauveur; par _Vanclève_.
Au dessus de l'entablement des vingt-quatre pilastres composites qui ornent l'intérieur du dôme, les portraits en médaillons de douze rois de France: Clovis, Dagobert, Childebert, Charlemagne, Louis-le-Débonnaire, Charles-le-Chauve, Philippe-Auguste, Saint-Louis, Louis XII, Henri IV, Louis XIII et Louis XIV.
Dans la chapelle Saint-Grégoire, la statue de ce saint, par _Le Moyne_; sainte Émilienne sa tante, par _Dhuez_; sainte Silvie sa mère, par _Caffieri_; au dessus de la porte, saint Louis servant les pauvres, bas-relief par _Le Gros_.
Dans la chapelle de la Vierge, sa statue par _Pigale_; la translation faite par saint Louis de la couronne d'épines, bas-relief par _Vanclève_.
Dans la chapelle Saint-Jérôme, sa statue, par _Adam_ aîné; sainte Paule, par _Granier_; sainte Eustochie sa fille, par _Dieu_; des groupes de prophètes, bas-reliefs, par _Coustou_ l'aîné; le pape bénissant saint Louis, bas-relief par l'_Espingola_; des Anges au dessus de la porte, par _Vanclève_.
Dans la chapelle Saint-Augustin, la statue du saint, par _Pajou_; saint Alipe, par _Mazière_; sainte Monique, par _François_.
Dans la chapelle Sainte-Thérèse, la statue de la sainte, par _Le Moyne_; deux anges en plomb, par le même et par _Lapierre_.
Dans la chapelle Saint-Ambroise, sa statue par _Slodtz_; saint Satyre son frère, par _Bertrand_; sainte Marcelline sa soeur, par _Le Pautre_.
Sur les portes qui communiquent du dôme dans les chapelles, quatre bas-reliefs représentant: 1º un Ange armé d'un bouclier, par _Coustou_ aîné; 2º un Ange portant un casque, par _Coyzevox_; 3º un Ange chargé d'un étendard, par _Vanclève_; 4º un Ange tenant la sainte ampoule, par _Flamen_.
Dans les niches de la façade méridionale, deux statues colossales: saint Louis, par _Coustou_ aîné, d'après un modèle de _Girardon_; Charlemagne, par _Coyzevox_[339].
[Note 339: Ces deux statues avoient été déposées, pendant la révolution, dans le jardin du Musée des Petits-Augustins.]
Sur la balustrade, les huit Pères des Églises grecque et latine: 1º saint Basile et saint Ambroise, par _Poultier_; 2º saint Jean Chrysostôme et saint Grégoire-le-Grand, par _Mazeline_; 3º saint Grégoire de Nazianze et saint Athanase, par _Coyzevox_; 4º saint Jérôme et saint Augustin, par _Hurtrelle_.
Sur le fronton et dans diverses parties du portail, plusieurs groupes de figures allégoriques: 1º quatre vertus couchées: la Justice, la Tempérance, la Prudence et la Force, par _Coyzevox_; 2º la Foi et la Charité accompagnant les armes de France; 3º quatre autres vertus: la Constance, l'Humilité, la Confiance et la Magnanimité, sans nom d'auteur.
La chaire, exécutée sur les dessins de _Vassé_, formoit une espèce de dais supporté par deux palmiers; l'amortissement offroit la couronne de France soutenue par des chérubins[340].
[Note 340: On avoit transporté dans les combles immenses de cet hôtel tous les plans déposés d'abord dans la grande galerie du Louvre, que l'on destinoit, dès avant la révolution, à former un Muséum.]
* * * * *
On compte dans cette maison environ trois mille soldats et officiers, tous nourris et entretenus convenablement suivant leurs grades et leurs infirmités. Deux compagnies, chacune de cent hommes, y montent journellement la garde.
Avant la révolution, le ministre de la guerre, ou, à son défaut, le contrôleur général, présidoit le conseil qui se tenoit tous les jeudis.
Les revenus de l'établissement se composoient de pensions que payoient les abbayes en raison de la renonciation faite par le roi au droit des _oblats_[341]: on y ajouta depuis trois deniers pour livre sur toutes les dépenses de la guerre.
[Note 341: Ces oblats, fort anciens dans l'église, étoient des moines-lais que le roi plaçoit dans chaque abbaye de sa nomination, pour y être nourris et entretenus. Cette faveur tomboit ordinairement sur des soldats estropiés.]
Une grande place en demi-lune précède l'entrée de l'avant-cour; et toute l'esplanade, qui s'étend jusqu'à la rivière, forme une promenade plantée d'arbres, dont on est redevable à M. le comte d'Argenson, ministre de la guerre. Les allées pratiquées sur l'esplanade méridionale, et qui se prolongent jusqu'à l'École militaire, ont été percées, peu de temps avant la révolution, sous la direction de feu M. Brongniart, architecte des Invalides.
Les PP. de Saint-Lazare gouvernoient le spirituel de cette maison, dont l'état-major étoit composé d'un gouverneur, d'un lieutenant du roi et d'un major[342].
[Note 342: Lorsque le roi entroit aux Invalides, la garde ordinaire cessoit ses fonctions, pour être relevée sur-le-champ par une compagnie de ces vieux soldats. Cela fut ainsi décidé, dès les premiers temps que Louis XIV alla visiter cet établissement. Les Invalides qui se pressoient autour de lui, se voyant repoussés un peu brusquement par la garde, parurent sensibles à cette espèce d'affront: le roi s'en aperçut, et avec cette bonté qui lui étoit naturelle, il déclara qu'il vouloit qu'on traitât plus doucement ses anciens serviteurs et qu'il étoit en sûreté au milieu d'eux. Ils composèrent dès ce moment sa garde, et cet usage s'est perpétué sous ses successeurs. (L'hôtel des Invalides n'a point changé de destination.)]
L'ÉCOLE MILITAIRE.
Ce monument fut construit par Louis XV, en faveur de la noblesse pauvre de son royaume. L'édit de fondation, donné au mois de janvier 1751, porte que S. M. établit l'hôtel de l'École royale et militaire en faveur de cinq cents jeunes gentilshommes, pour y être entretenus et élevés dans toutes les sciences convenables et nécessaires à un officier. Pour fournir aux dépenses de cette École, le monarque accorda le bénéfice d'une loterie, et y annexa les revenus de l'abbaye de Laon alors vacante; on choisit, dans la plaine de Grenelle, un vaste terrain[343], à peu de distance de l'hôtel des Invalides; et tandis que l'édifice s'élevoit sur les dessins de Gabriel, architecte du roi, l'École s'organisoit provisoirement dans le château de Vincennes. Quatre-vingts élèves y entrèrent en 1753; et dès 1756, ils purent être transférés, en beaucoup plus grand nombre, dans leur nouvelle et magnifique demeure. La première pierre de la chapelle fut bénite par l'archevêque de Paris, en présence du roi qui la posa au même instant. Ceci n'arriva qu'en 1769.
[Note 343: Ce terrain étoit anciennement une garenne appartenant à l'abbaye de Saint-Germain. De là est venu par corruption le nom de _Grenelle_, comme nous le dirons en son lieu.]
Toute l'étendue des bâtiments, cours et jardins, est comprise dans un parallélogramme de deux cent vingt toises de largeur sur cent trente de profondeur, précédé et entouré de grandes avenues plantées d'arbres: l'entrée opposée est par le Champ-de-Mars.
La façade de ce dernier côté est décorée d'un seul avant-corps de colonnes corinthiennes; au centre est un vestibule à quatre rangs de colonnes d'ordre toscan, ouvert de trois portes sur les deux faces. À gauche de ce vestibule, on trouve la chapelle, dont la voûte, en arc surbaissé, est portée par des colonnes corinthiennes, engagées dans les murs[344].
[Note 344: _Voyez_ pl. 205.]
Le principal corps de bâtiment, du côté de la cour, est décoré d'un ordre de colonnes doriques, surmonté d'un second ordre ionique. Au milieu s'élève également un avant-corps d'ordre corinthien, dont les colonnes embrassent les deux étages; il est couronné d'un fronton et d'un attique.
Deux cours, dont la première a soixante-dix toises en carré, et la seconde environ quarante-cinq, précèdent le principal corps de bâtiment: le reste consiste en cours adjacentes, jardins et constructions d'un goût plus simple, pour tous les besoins de ce vaste établissement[345].
[Note 345: _Voyez_ pl. 204.]
Dans les bâtiments en aile qui bordent la première cour, on éleva, en 1788, un très beau manége et un observatoire, qui existent encore et dont la construction fut dirigée par M. La Lande.
CURIOSITÉS DE L'ÉCOLE MILITAIRE.
TABLEAUX.
Dans la chapelle, onze tableaux représentant les principaux événements de la vie de saint Louis, savoir:
1º Saint Louis s'élançant du vaisseau à l'attaque de Damiette; par _Restout_ fils.
2º Saint Louis rendant la justice sous un chêne dans le bois de Vincennes; par _Lépicier_.
3º Saint Louis portant la couronne d'épines de Vincennes à Paris; par _Hallé_.
4º Le mariage de saint Louis; par _Taraval_.
5º Saint Louis remettant la régence du royaume à la reine Blanche sa mère; par _Vien_.
6º Saint Louis donnant à son fils les instructions nécessaires pour bien régner; par _Beaufort_.
7º L'entrevue de saint Louis et du pape Innocent IV à Lyon; par _Lagrenée_ aîné.
8º Saint Louis recevant les ambassadeurs du Vieux de la Montagne; par _Brenet_.
9º Saint Louis lavant les pieds aux pauvres; par _du Rameau_.
10º Le sacre de saint Louis; par _Carle Vanloo_.
11º Sur l'autel, saint Louis malade de la peste à Tunis, et recevant le Viatique; par _Doyen_.
Dans la chambre du conseil, le portrait de Louis XV; par _Carle Vanloo_.
Plusieurs tableaux de siéges, batailles et autres faits militaires, arrivés sous le règne de ce dernier monarque; par _Le Paon_.
Sur les frontons des deux faces des bâtiments en aile qui se prolongent jusqu'à la première grille, des grisailles à fresque; par _Gibelin_. La première représente deux athlètes, dont l'un arrête un cheval fougueux; l'autre, la figure allégorique de l'Étude avec ses attributs.
SCULPTURES.
Au milieu de la cour royale, la statue pédestre de Louis XV, tête nue et cuirassé; par _Le Moyne_.
Sur le grand escalier, les statues du grand Condé, par _Le Comte_; de Turenne, par _Pajou_; du maréchal de Luxembourg, par _Mouchy_; du maréchal de Saxe, par d'_Huez_.
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Une machine hydraulique, posée sur quatre puits, faisoit mouvoir quatre pompes, et fournissoit à la maison quarante muids d'eau par heure: elle existe encore.
Le réfectoire est immense et d'une belle construction. La bibliothèque, contenant environ cinq mille volumes, méritoit d'être vue.
La façade méridionale est fermée par une grille et un fossé en avant duquel on a planté, sur les dessins de M. Brongniart, une magnifique avenue qui croise celle des Invalides et se prolonge jusqu'à la rue de Sèvre.
L'état-major de cette maison se composoit d'un gouverneur, d'un inspecteur général des colléges du royaume[346], d'un directeur des études, d'un capitaine de la compagnie des cadets, d'un contrôleur général, etc. Elle étoit gardée journellement par une compagnie de cent vingt invalides.
[Note 346: Ces colléges ou écoles royales militaires étoient au nombre de dix: Sorèse, Brienne, Tiron, Rebais, Beaumont, Pont-le-Voy, Vendôme, Effiat, Pont-à-Mousson, Tournon. Il y avoit, en outre, au collége de La Flèche, un pensionnat dépendant de l'école de Paris, où les élèves étoient placés depuis huit ans jusqu'à quatorze.]
L'École militaire, quant au spirituel, étoit entièrement sous la direction de l'archevêque de Paris[347].
[Note 347: Cet établissement est aujourd'hui une caserne d'infanterie.]
CHAMP-DE-MARS.
C'est ainsi qu'on appeloit, et qu'on appelle encore aujourd'hui, une immense esplanade, entourée d'un fossé revêtu de pierres, qui, du côté de la rivière, sert d'avenue à l'École royale militaire et fait partie de la plaine de Grenelle; quatre rangées d'arbres plantés sur les côtés, tant en dedans qu'en dehors des fossés, y forment de longues et belles allées. Cinq grilles de fer en ouvrent les entrées. Ce champ, destiné aux évolutions des élèves de cette école, servoit également aux exercices du régiment des Gardes-Françoises: il peut contenir dix mille hommes rangés en bataille[348].
[Note 348: Le Champ-de-Mars n'a point changé de destination; il sert aux exercices militaires de toutes les troupes stationnées à Paris.]
HÔPITAL DES GARDES-FRANÇOISES.
Cet hôpital, vaste, commode et situé en bon air, fut établi en 1765 au Gros-Caillou, sous les ordres et par les soins de M. le maréchal duc de Biron, colonel des Gardes-Françoises. Il étoit spécialement et exclusivement destiné aux soldats de ce régiment.
Dans la chapelle, un tableau représentant saint Louis en adoration; par _du Rameau_.