Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 8/8)

Part 28

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Françoise Berteau de Freuville, femme du marquis de Coetenfao, morte en 1715.

Louis Le Gay, l'un des bienfaiteurs de cette maison, mort en 1732.

Maximilien de Bellefourrière, marquis de Soyecourt, mort en 1649.

Hyacinthe Serroni, archevêque d'Albi, mort en 1687.

Jacques de Fieux, évêque et comte de Toul, mort en 1687.

Henriette de Conflans, marquise d'Armentières, morte en 1712.

René de Bec-Crespin, Grimaldi, marquis de Vardes, mort en 1688.

Marie de Bellevenave, veuve du marquis de Clérembaut, dame d'honneur de Madame, morte en 1724.

Marguerite de Laigue, veuve du marquis de Laigue, morte en 1700[312].

[Note 312: Le tombeau de cette dame, exécuté sur les dessins d'_Oppenord_, n'avoit point été déposé aux Petits-Augustins.]

Ferdinand, comte de Relingue, lieutenant-général des armées du roi, mort en 1704.

François-Amable de Monestay, marquis de Chazeron, lieutenant des gardes-du-corps et des armées du roi, gouverneur de Brest, mort en 1719.

L'abbé Arthus Poussin, docteur en théologie, l'un des bienfaiteurs de cette maison, mort en 1735.

Barthélemi Mascarini, maître des requêtes, l'un des bienfaiteurs de cette maison, mort en 1698.

Charles Gigault, seigneur de Merlus, mort en 1644.

La bibliothèque de ces pères, composée de plus de vingt-quatre mille volumes, étoit ornée de deux globes de Coronelli. Ils avoient partagé leur terrain: le cloître et le jardin en occupoient une partie; l'autre étoit couverte de maisons qu'ils louoient à des particuliers[313].

[Note 313: L'église des Jacobins réformés a été rendue au culte, et est devenue une des paroisses de Paris sous le titre de Saint-Thomas-d'Aquin; les bâtiments du couvent sont habités par des particuliers.]

Parmi les religieux qui ont illustré cette maison, on distingue le P. Vincent Baron, docteur conventuel de l'Université de Toulouse, et considéré comme l'un des premiers théologiens du dix-septième siècle; le frère Jean André, peintre habile, et dont les tableaux faisoient le principal ornement de l'église et du monastère; le frère François Romain ingénieur et architecte très estimé. On lui doit le plan du pont de Maëstricht et une partie de sa construction. Louis XIV, qui l'avoit chargé de la conduite du Pont-Royal, fut si content de ses travaux, qu'il lui confia l'inspection des ouvrages des ponts et chaussées, et la réparation des bâtiments dépendants de son domaine.

LES THÉATINS.

Ces religieux étoient des clercs réguliers institués en Italie dans l'année 1524, par saint Gaëtan de Thiéne, Jean-Pierre Caraffe, archevêque de Théate, aujourd'hui Chieti, au royaume de Naples, Paul Consiglieri et Boniface de Colle. Leur institut, approuvé d'abord par Clément VII, sous le simple titre de _clercs réguliers_, prit celui de _Théatins_, lorsque l'archevêque de Théate, qui s'étoit démis de son siége pour entrer dans cette nouvelle congrégation, eut été élu pape en 1555, sous le nom de Paul IV. Le cardinal Mazarin, qui connoissoit cet ordre, ayant formé le dessein de lui faire avoir un établissement à Paris, acheta en 1642, sur le quai Malaquais, une maison qu'il fit arranger convenablement, et appela en France quatre religieux Théatins. Ils y vinrent en 1644; mais leur établissement légal n'eut lieu que quatre années après. Ce fut seulement en 1648 que, sur leur requête présentée à Henri de Bourbon, abbé de Saint-Germain, ils obtinrent toutes les permissions nécessaires. Le 7 août de la même année, le prieur de l'abbaye bénit leur chapelle, et le roi plaça lui-même la croix sur le portail de la maison, qui, d'après ses ordres, fut nommée _Sainte-Anne la royale_. Des lettres-patentes confirmèrent, en 1653, tout ce qui avoit été fait[314].

[Note 314: _Histoire de Paris_, t. 4, p. 160 et suiv.]

Le cardinal de Mazarin laissa aux Théatins une somme de 300,000 liv. pour bâtir une église, à la place de leur chapelle qui étoit beaucoup trop petite. Ils en confièrent l'exécution à un de leurs religieux nommé Camille Guarini, qu'ils firent venir exprès d'Italie, et qui passoit pour un grand architecte. Non seulement il fit un édifice du plus mauvais goût, mais il le construisit dans de si vastes proportions qu'il fallut en suspendre l'exécution. Cette église avoit été commencée en 1662, et le prince de Conti en avoit posé la première pierre au nom du roi: ce ne fut qu'en 1714 qu'il fut possible d'en reprendre les travaux, au moyen d'une loterie que Sa Majesté voulut bien accorder; et de toute l'ancienne, on ne conserva que la croisée. Elle fut bénite en 1720.

Le portail, sur le quai, fut érigé en 1747 par les libéralités du dauphin, père de Louis XVI, et à la sollicitation de M. Boyer, évêque de Mirepoix, qui avoit été religieux dans cette maison. Les dessins en furent donnés par M. Desmaisons, architecte; et tout médiocre qu'il est, ce portail passoit alors pour un morceau distingué, en le comparant à ce que produisoit le goût bizarre de cette époque[315].

[Note 315: _Voyez_ pl. 210. Les bâtiments des Théatins sont occupés par des particuliers; l'église a été convertie, d'abord en une salle de spectacle, depuis, en habitations particulières.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.

TABLEAUX.

Derrière l'autel, le Paralytique à la piscine; copie du tableau de _Restout_, qui se voyoit à Saint-Martin-des-Champs.

Dans la chapelle Sainte-Anne, la Visitation; sans nom d'auteur.

Dans la chapelle située vis-à-vis, saint Gaëtan; également sans nom d'auteur.

Dans le réfectoire, une Cène attribuée au _Titien_.

SÉPULTURES.

Dans cette église avoient été inhumés:

Le coeur du cardinal Mazarin.

Pompée Varesi, nonce du pape, mort en 1678.

Delorme, médecin célèbre, mort en 1678.

Edme Boursault, auteur comique, mort en 1701.

Louis d'Aubusson, duc de la Feuillade, mort en 1725.

Frédéric-Jules de La Tour-d'Auvergne, connu sous le nom de chevalier de Bouillon et du prince d'Auvergne, mort en 1733.

Dans la chapelle de la Vierge on voyoit le mausolée du marquis du Terrail, maréchal des camps et armées du roi, exécuté par _Broche_ jeune[316].

[Note 316: Ce monument n'avoit point été déposé au Musée des Petits-Augustins.]

* * * * *

La bibliothèque de ces pères étoit composée d'environ douze mille volumes.

Cette maison, la seule qu'il y eût en France de cet ordre, a produit plusieurs sujets d'un vrai mérite, et s'est toujours soutenue avec honneur, quoique la règle de son institut défendît, à la fois, à ses membres d'avoir aucune propriété, et de demander l'aumône. Ils se contentoient seulement de recevoir ce qu'on leur donnoit.

Parmi les personnages célèbres qui sont sortis des Théatins, il faut distinguer le P. Alexis du Buc, controversiste fameux; le P. Quinquet, et le P. Boursault, fils de l'auteur comique du même nom, tous les deux habiles prédicateurs; surtout le P. François Boyer, devenu successivement évêque de Mirepoix, membre des trois académies, aumônier de la dauphine, etc., etc. Ses talents pour la prédication, ses vertus religieuses, et les invectives des philosophes modernes, dont il ne cessa pas un seul instant de signaler les doctrines dangereuses, sont des titres sans doute suffisants pour rendre sa mémoire respectable à tous les gens de bien.

LE PONT ROYAL.

Jusqu'en 1632, on ne communiquoit, du faubourg Saint-Germain, au Louvre et aux Tuileries que par un bac établi en cet endroit. À cette époque, un particulier nommé Barbier fit construire un pont de bois que l'on nomma successivement le pont Barbier, le pont Sainte-Anne en l'honneur de la reine d'Autriche, le pont des Tuileries, parce qu'il y conduisoit, enfin plus communément le pont Rouge, de la couleur dont il étoit barbouillé. Ce pont, qui étoit aligné avec la rue de Beaune, ainsi que le prouve l'inspection de tous les plans, fut brisé plusieurs fois par l'effort des glaces et par la rapidité de l'eau, enfin emporté tout-à-fait le 20 février 1684. Alors Louis XIV ordonna qu'il seroit rebâti en pierre et à ses dépens; les fondements en furent jetés le 25 octobre 1685, sous la conduite des sieurs Mansart et Gabriel, auxquels succéda bientôt le frère François Romain, dont les talents supérieurs étoient reconnus dans ce genre de construction, et qui en effet surmonta avec beaucoup de hardiesse et de bonheur toutes les difficultés que lui présentoient, en cet endroit, la profondeur de l'eau et la rapidité du courant. Ce pont, dont la dépense ne monte qu'à 720,000 fr., fut, dès-lors, appelé _Pont-Royal_.

Il a soixante-douze toises de long sur huit toises quatre pieds de large, y compris l'épaisseur des parapets; on y compte quatre piles et deux culées, formant cinq arches dont la construction a plus de solidité que d'élégance.

CHAPELLE DE LA VIERGE.

Cette chapelle, qui existoit dans le dix-septième siècle, avoit été élevée sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui la rue Sainte-Marie, pour servir de succursale à la paroisse Saint-Sulpice. Elle est indiquée en 1652 sur le plan de Gomboust; on ignore quand elle fut démolie, mais il est prouvé par d'autres plans qu'elle n'existoit plus en 1674.

LES CHANOINESSES DU SAINT-SÉPULCRE.

Ces chanoinesses étoient vulgairement appelées les religieuses de _Belle-chasse_. Leur ordre, institué en Palestine vers la fin du onzième siècle, ne fut connu en Europe que long-temps après, ce qui vient de ce que les rois de Jérusalem ne l'avoient d'abord formé que pour des hommes destinés à la garde du Saint-Sépulcre; les femmes n'y furent admises par la suite que parce qu'elles devinrent nécessaires pour remplir un grand nombre de fonctions et de détails qui semblent appartenir particulièrement à leur sexe. Quelques-unes de ces religieuses établies à Viset, dans le pays de Liége, en furent appelées en 1622 par la comtesse de Challigni[317], qui les fixa à Charleville[318]. En 1632, la baronne de Planci en fit venir cinq à Paris. Leur établissement dans cette ville éprouva d'abord quelques difficultés, parce que l'on ne vouloit point y agréer de nouvelles institutions religieuses, à moins qu'elles ne fussent suffisamment dotées. Enfin, en 1635, la mère Renée de Livenne de Verville acheta d'un particulier nommé Barbier une maison située au lieu dit _Belle-chasse_; et l'année suivante, la duchesse de Croy les gratifia de 2000 liv. de rente. On acheva, dans cette même année, de bâtir leur monastère, où elles entrèrent le 20 octobre. Des lettres-patentes, données en 1637, confirmèrent cet établissement, qu'elles qualifient «Chanoinesses régulières de l'ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, sous la règle de Saint-Augustin.» Ces religieuses ont augmenté depuis leurs jardins, leurs bâtiments, et fait reconstruire leur chapelle, qui fut bénite en 1673[319].

[Note 317: _Histoire des Ordres religieux_, t. 2, p. 124.]

[Note 318: _Histoire de Lorraine_, t. 3, p. 775.]

[Note 319: Une partie des bâtiments de cette communauté a été détruite, l'autre est changée en habitations particulières. On a aussi percé une rue nouvelle sur le terrain qu'elle occupoit.]

LES PETITES CORDELIÈRES.

Nous avons déjà parlé de l'établissement de ces religieuses au faubourg Saint-Marcel[320]. Leur nombre s'étant fort augmenté, elles obtinrent, en 1632, des lettres-patentes qui leur permettoient «de fonder et instituer dans la ville un petit couvent de leur ordre, par forme de secour à leur monastère du faubourg[321]». Sur le consentement que l'archevêque donna la même année à ces lettres, elles s'établirent, sous le titre de religieuses de _Sainte-Claire de la Nativité_, dans une maison située rue des Francs-Bourgeois et Payenne, qui leur avoit été donnée par M. Pierre Poncher, auditeur à la chambre des comptes. En 1687, ayant acquis, à titre d'échange, l'hôtel de Beauvais, rue de Grenelle, elles obtinrent de Louis XIV la permission d'y transférer leur communauté, et y demeurèrent jusqu'en 1749, que ce monastère fut supprimé par un décret.

[Note 320: _Voyez_ t. 3, 1re part., p. 530.]

[Note 321: _Histoire de Paris_, t. I, p. 465, et t. 5, p. 89.]

L'ABBAYE DE NOTRE-DAME-DE-PENTEMONT.

Deux pieuses personnes, Catherine Florin et Jeanne-Marie Chésar de Martel, s'étoient associées dans l'intention de former une communauté qui se destineroit à l'instruction des jeunes filles. Ce nouvel institut, créé à Lyon en 1625, fut approuvé en 1631 par une bulle du pape Urbain VIII. Dès 1627, des affaires ayant appelé à Paris la dame de Martel, l'utilité déjà reconnue de son établissement la fit accueillir de la reine Anne d'Autriche, et de plusieurs personnes de la plus haute qualité; et, soutenue par d'aussi puissantes protections, elle forma aussitôt le projet d'avoir une seconde maison dans cette capitale. Ce ne fut toutefois qu'en 1643 qu'on lui accorda les lettres-patentes qui lui permettoient de s'y établir. Elle plaça son petit troupeau dans une grande maison accompagnée de jardins, dont la propriété appartenoit à l'hôpital général, et qui étoit située rue de Grenelle, au lieu dit _l'Orangerie_. La chapelle en fut bénite par le prieur de Saint-Germain, qui, en 1644, introduisit ces filles dans ce monastère, sous le titre _d'Augustines du Verbe Incarné et du Saint-Sacrement_. Cependant, comme cette communauté n'avoit pas de revenus suffisants pour assurer sa subsistance, les lettres-patentes de 1643 n'avoient point été enregistrées. Les filles du Verbe Incarné sollicitèrent et obtinrent en 1667 des lettres de surannation, au moyen desquelles elles espérèrent en 1670 se soustraire à la suppression qui fut faite alors de plusieurs hospices et maisons; mais ce fut moins en raison de ce titre qu'elles échappèrent alors à cette mesure générale, que parce que l'archevêque de Paris jugea leur maison propre à recevoir une partie des religieuses qui sortoient des couvents supprimés. Leurs lettres furent donc enregistrées, mais sous la condition de ne point recevoir de novices, jusqu'à ce qu'il en eût été autrement ordonné. Cette faveur qu'on leur accordoit étoit en effet bien illusoire; car, dès l'année suivante, une ordonnance du prieur de l'abbaye, confirmée par des lettres-patentes et par arrêt du parlement, les supprima et appliqua tous leurs biens à l'hôpital général[322].

[Note 322: Les filles du Verbe incarné furent alors transférées à la place du Puits-de-l'Ermite, dans la maison dite _de la Crèche_. (_Voyez_ t. 3, 1re part., p. 501.)]

Ce fut cet événement qui procura aux religieuses de Pentemont l'occasion de s'établir à Paris. Cette abbaye avoit été fondée, en 1217, par Philippe de Dreux, évêque de Beauvais, pour des Bénédictines: cinq ans après, elles embrassèrent la règle de Cîteaux. On pense que c'est de la situation de leur monastère, bâti près de Beauvais sur le penchant de la montagne de Saint-Symphorien, que le nom de _Pentemont_ leur a été donné. Cette situation étoit extrêmement désagréable, et les débordements de la rivière d'Avalon avoient plusieurs fois dégradé leurs bâtiments; enfin, en 1646, les ravages qu'y causa l'inondation furent tels, que ces religieuses se virent forcées de se retirer dans les faubourgs de Beauvais. S'y trouvant trop à l'étroit, et jugeant leur maison désormais inhabitable, elles obtinrent en 1672 des lettres-patentes qui leur permirent de s'établir à Paris; et, sur le consentement de leurs supérieurs, de l'archevêque et du prieur de Saint-Germain, elles achetèrent, à titre d'échange, des administrateurs de l'Hôpital général, le couvent dont nous venons de parler.

L'église de ce couvent fut rebâtie dans le siècle dernier sur les dessins et sous la conduite de M. Coutant, architecte du roi. Depuis, M. Fransque, son élève, et comme lui architecte du roi, acheva plusieurs détails de ce monument, que son maître avoit laissés imparfaits. La première pierre en avoit été posée, en 1755, par le dauphin père de Louis XVI.

C'est une assez jolie coupole, supportée par quatre pendentifs. Le maître-autel, placé en face de la porte d'entrée, étoit adossé à la grille du choeur; et l'église, du reste, n'offroit rien de remarquable que la fraîcheur de son exécution et l'extrême propreté des ornements dont elle étoit décorée. Le portail sur la rue est orné de deux colonnes ioniques que surmonte un fronton circulaire dont la forme pesante s'accorde mal avec la délicatesse de l'ordre[323].

[Note 323: _Voyez_ pl. 211. Les bâtiments de l'abbaye ont été changés en caserne; on a fait de l'église un dépôt d'effets militaires.]

LES CARMÉLITES.

Ces religieuses, établies d'abord à Notre-Dame-des-Champs, désirant avoir dans l'intérieur de Paris une maison qui, dans les cas extraordinaires, pût leur servir de refuge et de retraite, obtinrent en 1656 des lettres-patentes qui leur permirent d'établir, rue du Bouloi, un monastère dépendant de celui de la rue Saint-Jacques, toutefois avec défense d'y recevoir des novices, des professes ou d'autres religieuses que celles qui seroient envoyées de cette première maison. Ces défenses subsistèrent jusqu'en 1663 que la reine Marie-Thérèse d'Autriche voulut, en l'honneur de sa patronne et en action de grâces de la naissance du dauphin, fonder un nouveau couvent de Carmélites. Elle obtint en conséquence du roi de nouvelles lettres-patentes datées de cette même année, qui, détruisant les premières, déclarèrent l'indépendance de la maison de la rue du Bouloi, et permirent d'y recevoir des novices, des donations, des gratifications, etc. La reine fondatrice et la reine Anne d'Autriche posèrent la première pierre de l'église, le 20 janvier 1664; mais le peu d'étendue et l'incommodité du lieu qu'elles habitoient firent désirer à ces religieuses d'être transportées dans le faubourg Saint-Germain. Elles en obtinrent la permission en 1687, suivant l'historien de l'abbaye; en 1689, si l'on en croit Piganiol et de La Barre[324].

[Note 324: Ce couvent a été changé en une caserne de cavalerie.]

Le terrain qu'elles y occupoient, dans la rue de Grenelle, étoit vaste; les religieuses y étoient bien logées; mais leur église étoit petite et peu commode.

LES FILLES DE SAINTE-VALÈRE.

C'étoit une communauté de filles pénitentes que le succès de plusieurs autres établissements du même genre engagea quelques personnes pieuses à former. Le P. Daure, Dominicain de la maison du noviciat, y eut la plus grande part. Le 30 avril 1704, on acheta un terrain qui contenoit neuf cent trente toises de superficie; on y éleva les bâtiments nécessaires, avec une chapelle, et les filles pénitentes y furent admises en 1706. Cet établissement fut confirmé en 1717 par des lettres-patentes[325].

[Note 325: Les bâtiments de cette communauté sont maintenant habités par des particuliers.]

LES FILLES DE SAINT-JOSEPH OU DE LA PROVIDENCE.

Cette communauté de filles séculières devoit son origine à Marie Delpech, connue sous le nom de mademoiselle de Létan. Élevée à Bordeaux dans une maison d'orphelines, elle en devint la bienfaitrice, et lui procura des statuts, dressés en 1638 par Henri d'Escoubleau de Sourdis, archevêque de cette ville. L'utilité de cet établissement fit naître à quelques personnes pieuses le projet d'en former un semblable à Paris. Mademoiselle de Létan y fut appelée en 1639, et se logea d'abord, rue du Vieux Colombier. Le nombre toujours croissant de ses élèves la détermina, peu de temps après, à prendre à loyer, près du noviciat des Jésuites, une maison qui devint bientôt trop petite pour quatre-vingts orphelines, dont elle dirigeoit déjà les travaux. Elle acheta donc, en 1640, rue Saint-Dominique, la maison que cette communauté a occupée jusque dans les derniers temps, et l'agrandit, la même année, par l'acquisition de sept quartiers de terre contigus. Le roi permit cet établissement par lettres-patentes; et M. Henri de Gondi donna à ces filles des statuts, qu'elles ne cessèrent point d'observer avec la plus grande exactitude.

L'objet de cette institution étoit d'instruire des orphelines et de leur apprendre toutes les petites industries convenables à leur sexe, jusqu'à ce qu'elles fussent en âge d'être mariées, d'entrer en religion, ou de se mettre en service[326].

[Note 326: Les bureaux de la guerre sont placés dans cette maison.]

LE PALAIS BOURBON.

Ce palais, situé dans la rue de l'Université, à peu de distance de l'hôtel des Invalides, doit sa première construction à Louise-Françoise, duchesse de Bourbon. C'est en 1722 qu'il commença à s'élever sur les dessins de Girardini, architecte italien; continué par l'Assurance, élève de Jules-Hardouin Mansart, il fut successivement augmenté par Gabriel Barreau, Charpentier, Belisart, etc. On avoit, dans ces augmentations diverses, réuni aux constructions primitives, l'hôtel de Lassai, de manière à n'en former qu'un seul ensemble de bâtiments, dans lesquels les princes de la maison de Condé avoient rassemblé tout ce que la distribution intérieure a de plus recherché, tout ce que le luxe d'ameublement pouvoit offrir de plus élégant. La position de ce palais sur les bords de la Seine, en face des Tuileries et des Champs-Élysées, en faisoit une maison de plaisance autant qu'un palais, et du côté de la rivière, le caractère de l'édifice annonçoit moins un palais qu'une maison de plaisance.

Son aspect, sur cette face, se composoit de deux pavillons en longueur, symétriques par la dimension seulement, et formés chacun d'un simple rez-de-chaussée. Cette composition pouvoit déjà sembler assez mesquine; mais lorsque Louis XVI eut fait bâtir en avant de ces deux pavillons le pont auquel on donna son nom, l'obligation absolue où l'on se trouva de relever le terrain de ce côté fut cause que la façade entière se trouva masquée dans son soubassement et parut de loin comme enterrée. La petitesse de l'ordonnance n'en devint que plus choquante, et l'on peut présumer que, sans la révolution, le prince qui en étoit propriétaire eût senti la nécessité de faire disparoître de semblables incohérences[327].

[Note 327: _Voyez_ pl. 198. Cette façade a éprouvé plusieurs changements: on avoit d'abord élevé un attique sur l'ordonnance, ce qui exhaussa un peu la masse sans la rendre beaucoup meilleure. Depuis on l'a changée en un péristyle composé de douze colonnes corinthiennes, avec fronton. On doit cette construction à M. Poyet. (Voyez _Monuments nouveaux_.)]

L'entrée de ce palais sur la rue est une des plus magnifiques qui existent à Paris. Elle consiste en une grande porte accompagnée de chaque côté d'une colonnade d'ordre corinthien. Ce vestibule donne bien l'idée d'un grand et riche palais[328]. La première partie de la cour n'y répond que par son étendue[329]; et les bâtiments dont elle est formée n'ont aucun caractère. Mais la seconde cour offre un assez bel ensemble de portiques et de masses bien distribués. L'avant-corps du fond étoit couronné par un groupe de la main de Coustou jeune, représentant le Soleil sur son char, entouré des Saisons, que figuroient quatre Génies tenant les rênes des chevaux. À droite et à gauche, deux vastes péristyles en colonnes isolées servoient d'entrée aux appartements. Sur les avant-corps de ces ailes s'élevoient les statues des Muses, exécutées par Pajou[330].

[Note 328: _Voyez_ pl. 197.]

[Note 329: Cette cour a deux cent quatre-vingts pieds de long sur cent soixante-deux de large; et ses bâtiments se lient par une corniche continue à celle de l'ancien palais, qui formoit alors une cour d'honneur de cent quarante-un pieds de profondeur sur quatre vingt-seize dans l'autre dimension.]

[Note 330: _Voyez_ pl. 199. Au fond de cette seconde cour, s'élève et se détache maintenant, sur le nu du mur, un portique orné de colonnes corinthiennes qui annoncent l'entrée du monument. Cette décoration est de M. Gisors, architecte.]

L'ancien hôtel de Lassai formoit le petit palais Bourbon, et avoit subi, dans sa jonction avec le grand palais, des changements et des augmentations considérables. Dix cours principales composoient le commun des deux palais réunis, et les écuries pouvoient contenir plus de deux cent cinquante chevaux.