Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 8/8)
Part 27
[Note 299: Il est, comme son père, à moitié couché sur des coussins, et couvert de son armure, avec cette différence qu'il tient un livre de la main droite. Sculpture moins mauvaise que la précédente, mais qui ne s'élève pas au dessus de la médiocrité. (Déposé dans le même Musée.)]
Robert Douglas, capitaine aux gardes, mort en 1662.
La comtesse de Dumbarton, femme de Georges Douglas, morte en 1691.
Georges Douglas, comte de Dumbarton, général des armées de S. M. britannique en Écosse, mort en 1692.
Guillaume-Mathias Douglas, mort en 1715.
Dans la chapelle de Saint-Casimir, le coeur de Jean Casimir, roi de Pologne, mort en 1672, abbé de Saint-Germain[300]. (Son corps avoit été transporté en Pologne.)
[Note 300: Il est représenté en marbre blanc, sur un tombeau de marbre noir, soutenant d'une main une chape sur ses épaules, étendant l'autre pour offrir son sceptre et sa couronne à saint Casimir, dont l'image étoit sur l'autel; devant et derrière lui sont groupées ses armes; aux angles, des captifs enchaînés à des trophées désignoient ses victoires sur les Turcs, les Tartares et les Moscovites. Ce monument, exécuté par Gaspard _de Marsi_, et comblé d'éloges par tous les historiens de Paris, est une production de la dernière médiocrité.
Au milieu de la base, un bas-relief en plomb, ouvrage d'un frère convers de cette maison, nommé Jean _Thibaut_, représente une des batailles de Casimir. Il est encore plus mauvais que le mausolée. (Le tout avoit été déposé aux Petits-Augustins.)]
Dominique du Gabré, évêque de Lodève, mort en 1558.
Jean Grollier, trésorier de Milan et de France, mort en 1565.
Pierre Danez, évêque de Lavaur, envoyé de François Ier au concile de Trente, mort en 1577.
Eusèbe Renaudot, de l'Académie françoise et de celle des Inscriptions et belles-lettres, mort en 1720.
Dans la chapelle Sainte-Marguerite, Charles de Castellan, abbé commandataire de Saint-Evre-de-Toul et de la Sauve-Majeure, mort en 1677.
François de Castellan, seigneur de Blénot-le-Ménil, mort en 1683.
Le coeur d'Olivier de Castellan, lieutenant-général des armées du roi, tué au siége de Tarragone en 1644.
Celui de Louis de Castellan, brigadier d'infanterie, blessé à mort au siége de Candie en 1669[301].
[Note 301: Leur monument, que l'on prétend être de la main de _Girardon_, se compose d'un tombeau de marbre blanc, au dessus duquel s'élève une colonne surmontée d'une urne antique. Deux statues, de grandeur naturelle, placées de chaque côté, et représentant la Piété et la Fidélité, soutiennent les portraits d'Olivier et de Louis Castellan; sculpture peu remarquable sous tous les rapports. (Déposé dans le même Musée.)
On voit encore dans le jardin de ce Musée une tombe de six pieds de longueur, dont le couvercle, fait en dos d'âne, est orné d'écailles de poisson, de palmettes et d'un cep s'échappant d'un vase. Il fut trouvé en 1704, dans une fouille faite à six ou sept pieds de profondeur, près du maître-autel de l'église Saint-Germain, et découvert de nouveau au commencement de la révolution. Ce tombeau renfermoit un personnage inconnu, mais couvert de vêtements qui annonçoient une haute dignité.]
Ferdinand Égon, landgrave de Furstenberg, mort en 1696.
François de La Marck, colonel du régiment de cavalerie de Furstenberg, mort en 1697.
François Henri, prince de La Tour-et-Taxis, chanoine de Cologne, mort en 1700.
Guillaume Égon, cardinal de Furstenberg, etc., abbé de Saint-Germain, mort en 1704.
N....., comtesse de La Marck, morte en 1704, peu de temps après sa naissance.
César, cardinal d'Estrées, abbé de Saint-Germain, mort en 1714.
Dans la chapelle de la Vierge, Pierre de Montereau, architecte célèbre du treizième siècle, mort en 1266[302]. (Agnès, sa femme, étoit inhumée dans le même tombeau.)
[Note 302: La pierre qui couvroit son tombeau, gravée en creux, le représentoit, une règle et un compas à la main. (Ce monument a été détruit dans les démolitions faites sur le terrain de l'abbaye.)]
Le P. Jean Mabillon, savant illustre, mort en 1707, etc.
Les historiens de Paris parlent encore de plusieurs tombeaux découverts dans les fouilles faites, à différentes époques, dans cette église, et dont quelques uns contenoient des squelettes enveloppés dans des étoffes précieuses, des restes de bottines, de baudriers et d'autres attributs, qui indiquoient des personnes du rang le plus illustre, et la plupart inhumées sous la seconde race.
Les bâtiments de ce monastère éprouvèrent successivement des changements et des augmentations considérables jusque dans le dix-huitième siècle. Vers 1585, le cardinal de Bourbon commença la construction du palais abbatial qui existe encore aujourd'hui, et les religieux relevèrent les murailles qui entouroient les fossés, du côté des rues Saint-Benoît et du Colombier. En 1684, ils firent élever le bâtiment qui régnoit le long du parvis, en face de leur jardin, et dans lequel étoient établis les bureaux de leurs officiers. Depuis 1699 jusqu'en 1715, on ouvrit plusieurs rues dans l'enclos abbatial, où se logèrent aussitôt un grand nombre d'artisans, dans l'intention de jouir du droit de franchise qui y étoit attaché. En 1715, on bâtit une nouvelle sacristie auprès de l'ancienne; enfin dans ce même siècle on reconstruisit, sous la direction du père de Creil, une partie du cloître et deux grands corps de logis qui renfermoient un vestibule et de grandes salles basses. Tous ces bâtiments, de vastes cours, plusieurs jardins, et une foule d'autres dépendances, étoient renfermés dans un espace circonscrit par les rues du Colombier, Saint-Benoît, Sainte-Marguerite, et de l'Échaudé.
BIBLIOTHÈQUE.
La bibliothèque de ce monastère, la plus belle et la plus nombreuse de Paris, après celle du roi, avoit été commencée par le père Dubreul; et dès-lors composée d'excellents livres, depuis sans cesse augmentée par les bibliothécaires qui lui succédèrent, elle reçut ses accroissements les plus considérables, d'abord en 1685, que Noël Vallant, médecin de mademoiselle de Guise, lui donna tous ses livres par testament. En 1700, Michel Antoine Baudran, prieur de Rouvres et de Neumarché, l'enrichit encore de sa bibliothèque. Elle eut en 1718 celle de l'abbé Jean d'Estrées; en 1720 les livres de l'abbé Renaudot; en 1732 la bibliothèque des manuscrits du chancelier Séguier; en 1744 et en 1762 les livres et manuscrits du cardinal de Gèvres, archevêque de Bourges, et de M. de Harlay, conseiller d'état. Cette précieuse collection contenoit environ cent mille volumes imprimés, parmi lesquels on comptoit un grand nombre d'éditions rares et anciennes; quinze à vingt mille manuscrits dans toutes les langues, dont plusieurs très précieux et très rares, surtout un psautier latin en lettres onciales, et deux ou trois bibles de la plus haute antiquité. On y voyoit le manuscrit des Pensées de Pascal, sur de petits papiers écrits de sa main et réunis dans un volume _in-folio_.
CABINET D'ANTIQUITÉS ET D'HISTOIRE NATURELLE.
Ce cabinet, formé vers la fin du dix-septième siècle contenoit une assez grande quantité d'antiquités égyptiennes, grecques, romaines, gauloises, chinoises, indiennes, des vases étrusques, des médailles, des pierres gravées, etc., et quelques objets d'histoire naturelle.
L'abbaye de Saint-Germain possédoit en outre un immense chartier, dans lequel étoient réunis un nombre considérable de titres et pièces très précieuses concernant l'abbaye elle-même, le faubourg Saint-Germain, la ville de Paris, et qui ont fort aidé à en débrouiller les antiquités.
BAILLIAGE DE L'ABBAYE.
Les abbés de Saint-Germain-des-Prés avoient autrefois toute juridiction, tant spirituelle que temporelle, sur le faubourg Saint-Germain. Ce n'est qu'en 1668 que M. de Péréfixe prétendit soumettre ce faubourg à la juridiction de l'ordinaire, comme tout le reste de la ville de Paris. Cette prétention, devenue la matière d'un procès, fut terminée par une transaction, dans laquelle il fut convenu que les droits de l'abbé seroient restreints à l'enclos de son monastère, mais sous la condition que le prieur de l'abbaye seroit vicaire général né et perpétuel de l'archevêque.
Les audiences de ce bailliage se tenoient en conséquence dans l'enclos. Le bailli portoit le titre de juge civil, criminel et de police, et remplissoit toutes ces attributions. Les appels se relevoient au châtelet.
PRISON DE L'ABBAYE.
Cette prison, située rue Sainte-Marguerite au fond du petit marché, étoit particulièrement affectée aux Gardes Françoises et autres militaires. Il y avoit une chapelle desservie par un prêtre de Saint-Sulpice[303].
[Note 303: Les bâtiments de l'abbaye Saint-Germain ont été en partie détruits, et l'on a percé plusieurs rues sur l'emplacement qu'ils occupoient. Le palais abbatial est habité par des particuliers. Sur l'emplacement de la chapelle de la Vierge, on a bâti des maisons; l'église, dépouillée de presque tous ses ornements, a été rendue au culte. (_Voyez_ l'article _Monuments nouveaux_.)]
LE SÉMINAIRE
DES MISSIONS ÉTRANGÈRES.
Le désir de voir la lumière de l'Évangile pénétrer dans les contrées encore plongées dans les ténèbres des fausses religions donna naissance à cet établissement. Ce fut M. Bernard de Sainte Thérèse, évêque de Babylone, qui en conçut le dessein; et en formant une société de Missionnaires qu'il destinoit à parcourir les pays étrangers, son intention étoit surtout qu'ils fissent de la Perse le théâtre de leurs travaux apostoliques. Il y consacra tous ses biens, ainsi que le prouve le contrat de donation passé le 16 mars 1663. Une des conditions portées dans cet acte fut que la maison qu'on alloit bâtir seroit appelée le _Séminaire des Missions Étrangères_, et qu'on en dédieroit la chapelle sous l'invocation de la _sainte Famille_. Les bâtiments furent élevés immédiatement après, sur un terrain appartenant à cet évêque, et situé au coin des rues du Bac et de la Fresnaie, dite depuis de _Babylone_. Des lettres-patentes du mois de juillet de la même année 1663 confirmèrent cette fondation; l'abbé de Saint-Germain ayant donné son consentement le 10 octobre suivant, les sieurs Poitevin et Gasil, au profit desquels la donation avoit été faite, y entrèrent le 27 du même mois. Une salle de cette maison leur servit d'abord de chapelle, et continua d'en servir jusqu'en 1683, époque à laquelle on en bâtit une plus régulière, dont la première pierre fut posée, au nom du roi, par M. François de Harlai, archevêque de Paris. Cette chapelle, qui est double, n'a rien de remarquable dans son architecture.
CURIOSITÉS.
TABLEAUX.
Dans la chapelle basse, sur l'autel principal, une Adoration des Mages; par _Mauperrin_.
Sur les deux autels à droite et à gauche, la Vierge et saint François-Regis; par le même.
Dans la chapelle haute, sur le maître-autel, l'Adoration des Mages; par _Carle Vanloo_.
Dans la chapelle à droite, la Sainte Famille; par _Restout_.
Dans la chapelle à gauche, une Vierge; par _d'André-Bardon_.
SÉPULTURES.
Dans cette église avoient été déposés:
Le coeur de Bernard de Sainte-Thérèse, archevêque de Babylone, fondateur de cette maison.
Le coeur de Louis Le Voyer d'Argenson, doyen et chanoine de Saint-Germain, l'un de ses bienfaiteurs.
Le coeur de Louise de La Tour d'Auvergne, dite mademoiselle de Bouillon, morte en 1683.
La maison de ce séminaire, qui fut entièrement rebâtie en 1736, étoit accompagnée d'un assez grand enclos. Elle possédoit une bibliothèque d'environ vingt-cinq mille volumes, où l'on comptoit plusieurs manuscrits intéressants, et une collection précieuse de livres chinois.
Quoique l'objet principal des directeurs de ce séminaire fût de former, suivant le voeu du fondateur, des ecclésiastiques propres à suivre la carrière des missions, et à travailler à la conversion des infidèles, cependant ils se rendoient encore utiles, à Paris même, dans les fonctions du saint ministère. Aux sermons publics ils joignoient des instructions particulières, faisoient le cathéchisme aux enfants, rassembloient des artisans et des ouvriers auxquels ils apprenoient leurs devoirs, et à sanctifier les dimanches et fêtes; enfin ne négligeoient aucune oeuvre de religion et de charité[304].
[Note 304: L'église a été rendue au culte; les bâtiments, long-temps habités par des particuliers, sont maintenant occupés par des prêtres de la mission.]
LES CONVALESCENTS.
Le projet de cet établissement, destiné à donner un asile aux pauvres convalescents qui sortent des hôpitaux, et qui, faute des secours nécessaires pour achever de revenir à la santé, sont exposés à des rechutes dangereuses et souvent mortelles, fut conçu par plusieurs personnes pieuses et charitables, dès 1628, ainsi que le prouvent les lettres-patentes de Louis XIII données cette même année; mais il ne fut exécuté qu'en 1650 par madame Angélique Faure, veuve de M. Claude de Bullion, surintendant des finances. Voulant suivre le précepte de l'évangile, elle essaya de cacher son bienfait en se servant du nom et du ministère d'un ancien chanoine de Reims, nommé André Gervaise. Celui-ci acheta à cet effet, de M. Le Camus, évêque de Bellay, une maison située rue du Bac, la fit disposer convenablement pour recevoir huit convalescents, et obtint, le 6 août 1650, la permission d'y faire bâtir une chapelle. Cette maison fut donnée, en 1652, aux religieux de la Charité: ils y furent introduits, le 15 août de cette année, par le premier grand-vicaire de Saint-Germain, qui bénit la chapelle sous le nom de _Notre-Dame des Convalescents_.
L'exemple de madame de Bullion eut quelques imitateurs; et, vers les derniers temps, on comptoit dans cette maison vingt-un lits pour les convalescents, qui pouvoient y rester huit jours[305].
[Note 305: C'est maintenant une fabrique d'ouvrages en cuivre.]
LE MONASTÈRE ROYAL DE L'IMMACULÉE CONCEPTION.
Cet ordre, fondé à Tolède en 1484 par Béatrix de Silva, fut mis, en 1501, sous la direction des Frères Mineurs par Alexandre VI, qui donna à ses religieuses la règle de Sainte-Claire: ce fut alors qu'elles prirent le nom de _Récolettes_, sous lequel elles ont été introduites en France. Quelques-unes d'entre elles, établies à Verdun, obtinrent, en 1627, par la protection de madame la présidente de Lamoignon, le consentement de l'abbé de Saint-Germain pour former un établissement sur son territoire; consentement que confirmèrent des lettres-patentes données en 1635. Sans entrer ici dans les discussions assez futiles qui se sont élevées entre nos historiens sur la date de leur établissement, il nous suffira de dire, d'après les autorités qui nous ont semblé les plus sûres[306], que ces Récolettes de Verdun, n'ayant pas jugé à propos de profiter de la permission qu'elles venoient d'obtenir, cédèrent, en 1634, à celles de Saint-Nicolas de Tulle, tous leurs droits et priviléges. En conséquence de cette cession, celles-ci achetèrent, rue du Bac, une maison où elles se logèrent en 1637.
[Note 306: JAILLOT, _Quartier Saint-Germain_, p. 11.]
Ces religieuses étoient sous la direction des Récollets. La distance qui séparoit les deux maisons rendant ce devoir extrêmement pénible à remplir pour ces religieux, ils obtinrent, en 1658, la permission de faire bâtir près de ce couvent un hospice pour quelques-uns d'entre eux. On le construisit, du côté de la rue de la Planche; mais depuis il fut entièrement abandonné.
La vie exemplaire des Récolettes avoit engagé la reine Marie-Thérèse d'Autriche à jeter les yeux sur elles, pour remplir le dessein qu'elle avoit formé d'établir un couvent de l'ordre de la Conception de Notre-Dame. Ces religieuses y ayant donné leur consentement avec joie, cette princesse obtint pour elles, en 1663, une bulle d'Alexandre VII, qui leur permettoit «de prendre l'habit, l'institut, la règle et la dénomination de religieuses de l'Immaculée Conception de la B. V. Marie, en demeurant toujours sous la direction des Récollets de la province Saint-Denis.» Les lettres-patentes qui confirmèrent cette bulle, en 1664, déclarèrent ce monastère de fondation royale; et les libéralités de Louis XIV procurèrent les moyens d'en rebâtir l'église. En 1693 la première pierre en fut posée par M. de Ligny et mesdemoiselles de Furstenberg, ses petites-filles. Elle fut achevée et bénite à la fin de l'année suivante[307].
[Note 307: L'église est changée en magasin; les bâtiments sont habités par des particuliers.]
CURIOSITÉS.
Sur le maître-autel, l'Immaculée Conception; par _La Fosse_.
LES FILLES SAINTE-MARIE, OU DE LA VISITATION.
Nous avons déjà parlé de l'origine de ces religieuses, de leur établissement à Paris, et des circonstances qui leur procurèrent en peu de temps trois couvents dans cette capitale[308]. Celui-ci, qui fut établi le dernier, devoit sa fondation à madame Geneviève Derval-Pourtel, qui consacra à cette bonne oeuvre un don que lui avoit fait, par testament, M. d'Eufréville-Cizei son mari, pour la fondation et dotation d'un monastère de tel ordre qu'il lui plairoit de choisir. En vertu de ce testament, approuvé par deux arrêts du parlement de Rouen en 1656 et 1657, madame d'Eufréville passa un contrat de fondation avec les religieuses de la Visitation du faubourg Saint-Jacques, ajoutant aux libéralités de son mari une somme de 40,000 livres. Les soeurs qui devoient former la nouvelle maison s'établirent d'abord, en 1660, rue Montorgueil; mais ne s'y trouvant pas logées commodément, elles achetèrent, rue du Bac, une maison dont elles prirent possession en 1673. On y construisit aussitôt les lieux réguliers et une chapelle, dont la première pierre fut posée par une pauvre femme, sans autre cérémonie.
[Note 308: _Voyez_ t. 2, 2e part., p. 1249.]
Cette chapelle fut reconstruite dans le siècle dernier, sur les dessins et sous la conduite de M. Hélin, architecte. C'est un assez joli petit bâtiment, décoré d'un porche d'ordre ionique, avec fronton. La reine en avoit posé la première pierre en 1775[309].
[Note 309: _Voyez_ pl. 211. Ce couvent est maintenant habité par des particuliers.]
CURIOSITÉS.
Sur le maître-autel, la Visitation; par _Philippe de Champagne_.
En face de la porte d'entrée, Notre Seigneur au jardin des Olives; par _Hallé_.
Dans les chapelles, des statues de saints et saintes; par _Bridau_.
LES JACOBINS RÉFORMÉS.
En parlant du couvent qu'avoient ces religieux dans la rue Saint-Honoré, nous avons fait mention de la réforme que le P. Sébastien Michaëlis avoit introduite dans leur ordre. Afin d'en assurer le succès, le P. Nicolas Rodolphi, général de l'ordre, résolut d'établir en France un noviciat général pour ceux qui voudroient embrasser cette réforme. Il y fut autorisé par un bref d'Urbain VIII, donné en 1629, par des lettres-patentes de Louis XIII, et trouva en même temps, dans le cardinal de Richelieu, un protecteur puissant, qui, par ses bienfaits, mérita d'être considéré comme le fondateur du nouvel établissement. Dès 1631, quatre religieux, tirés de la maison de la rue Saint-Honoré, avoient été placés dans celle-ci, située rue Saint-Dominique, et qui n'étoit alors qu'un bâtiment très simple, avec un jardin et un clos contenant sept arpents et demi. Ils y firent construire aussitôt une petite chapelle, qui fut bénite en 1632. Mais le nombre des sujets qui se présentoient pour subir les épreuves et obtenir leur admission dans l'ordre, augmentant chaque jour, il fallut penser à bâtir des lieux plus réguliers. Ils commencèrent par l'église, qui fut élevée sur les dessins de l'architecte Pierre Bullet. La première pierre en fut posée, en 1682, par M. Hyacinthe Serroni, archevêque d'Albi, et par madame Anne-Montbazon, duchesse de Luynes. Elle fut achevée l'année suivante.
Ce bâtiment, d'une médiocre grandeur, et décoré intérieurement d'un ordre de pilastres corinthiens, offre tous les caractères de l'architecture employée à cette époque dans les édifices sacrés, et du reste n'a rien de remarquable. Le portail, rebâti quelques années avant la révolution par le frère Claude, religieux de cette maison, se compose de deux ordres élevés l'un sur l'autre, dans la forme pyramidale adoptée pour le plus grand nombre des églises de Paris; mais ces deux ordres, dont l'ensemble a quelque apparence, sont d'une proportion, et surtout d'une maigreur qui peut choquer l'oeil le moins exercé[310].
[Note 310: _Voyez_ pl. 210.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.
TABLEAUX.
Dans les panneaux du choeur, dont la boiserie étoit exécutée avec soin, et très estimée, neuf tableaux, dont les sujets étoient tirés de la vie de Jésus-Christ; par le frère _Jean André_, religieux de cette maison.
Dans le plafond de ce choeur, la Transfiguration de Notre Seigneur; par _Le Moine_.
Au milieu du rond-point de l'église, la Résurrection de Jésus-Christ; par le frère _André_.
Dans l'attique, à l'entrée du choeur, saint Thomas-d'Aquin en extase; par le même.
En regard, le pape Pie V à genoux devant un crucifix, adressant ses voeux au ciel pour l'heureux succès de la bataille de Lépante; par le même.
Dans la chapelle du Rosaire, à gauche du maître-autel, la sainte Vierge donnant un rosaire à saint Dominique; par un peintre inconnu.
Dans la chapelle Sainte-Hyacinthe, sur l'autel, l'image de ce saint traversant un grand fleuve pour dérober les choses saintes aux Tartares qui pilloient la ville de Kiovie; sans nom d'auteur.
Dans la chapelle en regard de celle du Rosaire, la sainte Vierge donnant à un religieux de l'ordre le portrait de saint Dominique; la Visitation; la Présentation au Temple: ces trois tableaux étoient de frère _André_.
Dans la chapelle Saint-Barthélemi, le martyre de ce saint; par le même.
Dans la sacristie, les Pélerins d'Emmaüs, la Naissance de Jésus-Christ, saint Louis recevant les reliques de la Sainte-Chapelle, etc.; par le même.
Dans le réfectoire, le repas chez Simon le lépreux; par le même. Des portraits en médaillons représentant plusieurs religieux de cet ordre martyrisés à la Chine.
Dans une salle du premier étage, où se faisoient les offices nocturnes, cinq tableaux, par le même. Un Christ, par _Girault_.
Dans la salle des récréations, huit portraits par _Rigaud_, représentant le duc de Bourgogne, le duc de Vendôme, le comte de Toulouse, le duc de Bouillon, le comte d'Évreux, le maréchal de Villars, etc.
Dans une autre salle, tous les dessins et esquisses des tableaux du frère _André_, et le portrait du frère _Romain_, architecte célèbre.
Dans le parloir des étrangers, les portraits en pied de plusieurs papes de l'ordre de saint Dominique, de quelques généraux de l'ordre, du cardinal de Richelieu, etc.
SCULPTURES.
Le maître-autel, construit à la romaine, étoit orné de huit colonnes de marbre, offroit une gloire en bronze doré; accompagnée de chérubins. On y voyoit aussi la résurrection de Jésus-Christ, exécutée par _Martin_, sur les dessins de _Le Brun_.
Dans une salle à la suite de la bibliothèque, des bustes de divers personnages.
SÉPULTURES.
Dans cette église avoient été inhumés:
Le P. Vincent Baron, religieux de cet ordre, fameux théologien, mort en 1674.
Le frère François Romain, ingénieur et architecte, mort en 1735.
Dans la chapelle du Rosaire:
Philippe de Montault, duc de Navailles et maréchal de France, mort en 1684.
Suzanne de Parabère, sa femme, morte en 1700[311]. (Cette même chapelle contenoit la sépulture d'un grand nombre d'autres membres de cette famille.)
[Note 311: On avoit élevé à ces deux époux un tombeau qui a été détruit.]
Charles de Lorraine, duc d'Elbeuf, troisième du nom, mort en 1692.
Suzanne d'Elbeuf, duchesse douairière de Mantoue, morte en 1710.