Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 8/8)
Part 26
Notre Seigneur chez le Pharisien, et les noces de Cana; par _Restout_.
Dans la salle Saint-Michel, la Charité; par _Le Brun_.
Dans les autres salles, plusieurs tableaux de _La Hire_, _Le Brun_, de _Sève_, etc.
SCULPTURES.
Dans une des chapelles de l'église, une statue en marbre de la Vierge; par _Le Pautre_.
SÉPULTURES.
Dans la même chapelle avoit été inhumé Claude Bernard, dit le pauvre prêtre, mort, en 1641, en odeur de sainteté. Sa statue, en terre cuite, étoit d'un sculpteur nommé _Benoît_.
Cet hospice, au moment de la révolution, pouvoit contenir environ deux cent trente malades, qui y étoient traités avec un soin, un zèle et une charité qu'on ne pouvoit trop admirer. Les religieux de la Charité possédoient une pharmacie, un jardin botanique et un cabinet d'histoire naturelle[279].
[Note 279: Au pied d'une butte qui s'élevoit auprès de la rue Saint-Guillaume, étoit, en 1534, le cimetière des lépreux. Il subsistoit encore à la fin du siècle dernier, et servoit de sépulture à ceux qui mouroient à la Charité.]
* * * * *
LES ENFANTS TEIGNEUX.
Presque tous nos historiens ont confondu cet établissement avec les Petites-Maisons, parce qu'effectivement la ville avoit destiné, dans ce dernier établissement, des salles pour recevoir les personnes affligées de la teigne. Dans la crainte que cette maladie ne se communiquât, on les plaça bientôt dans des bâtimens séparés; enfin, pour éloigner jusqu'à l'ombre du danger, on fit construire, rue de la Chaise, un nouvel hospice réservé uniquement pour les teigneux, avec une chapelle, qui fut bénite sous l'invocation de _sainte Reine_. Sauval donne à cet établissement la date de 1655: il faut qu'il soit antérieur à cette époque, puisqu'on le trouve sur le plan de Gomboust, publié en 1652[280].
[Note 280: L'hôpital de la Charité n'a point changé de destination; les Enfants teigneux sont maintenant réunis aux Petites-Maisons.]
L'ABBAYE ROYALE
DE SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.
Tous nos historiens[281] s'accordent à dire que cette abbaye, l'une des plus anciennes et des plus illustres de France, fut fondée par Childebert Ier, fils de Clovis; mais ils varient entre eux de 543 à 556, sur la date de cette fondation. Jaillot, sans prétendre que la première de ces deux époques, présentée par Adrien de Valois,[282] soit appuyée d'autorités incontestables, la considère cependant comme celle qui offre le plus de vraisemblance. Ce critique, même en regardant comme douteuse la tradition qui veut que Childebert, dans son expédition d'Espagne, ait obtenu des habitants de Saragosse, qu'il assiégeoit, la tunique de saint Vincent,[283] et n'ait fait bâtir la basilique dont nous parlons que pour l'y déposer, paroît persuadé cependant que ce fut effectivement, à son retour de cette contrée, qu'il éleva ce monument, soit par une dévotion particulière à l'égard de ce saint, soit qu'il voulût placer honorablement quelques unes de ses reliques qu'il auroit pu se procurer à Valence, lieu de son martyre. Alors la date de 543 doit paroître la véritable; et du reste le même historien explique d'une manière assez satisfaisante la charte de Childebert, dont les expressions ont déterminé dom Mabillon et plusieurs autres savants à reculer de douze à treize ans ce grand événement[284].
[Note 281: MABILLON, _Ann. Bened._, t. I, liv. V, ch. 42.--BOUILLART, _Hist. de l'abbaye Saint-Germain_, p. 4 et 297.--_Gall. Chr._, t. 7, p. 416.]
[Note 282: _Deff. de Basil._, part. I, ch. 4.]
[Note 283: _Quartier Saint-Germain-des-Prés_, p. 21. Plusieurs de nos historiens prétendent en effet que loin d'avoir rien obtenu des habitants de Saragosse, son armée fut battue devant cette ville, et forcée de se retirer.]
[Note 284: _Quartier Saint-Germain-des-Prés_, p. 22.]
Cette église fut dédiée sous l'invocation de _saint Vincent_, _de la sainte Croix_ etc., par saint Germain, alors évêque de Paris, le jour même de la mort de Childebert, le 23 décembre 558. C'étoit seulement le 6 du même mois, que ce prince avoit donné sa charte de fondation de la nouvelle abbaye, portant donation du fief d'Issi avec ses appartenances et dépendances, du droit de pêche sur la rivière, depuis les ponts de Paris jusqu'au _ru_ de Sèvre, d'un chemin de dix-huit pieds de large des deux côtés de la rivière, et d'une chapelle de Saint-Andéol, qu'on suppose avoir été remplacée depuis par l'église Saint-André-des-Arcs[285].
[Note 285: _Hist. de l'abbaye Saint-Germain_, _preuves_, p. 1; DU BREUL, p. 296.]
On sait que les monastères anciens les plus célèbres renfermoient ordinairement, dans leur enceinte ou dans leurs dépendances, plusieurs églises séparées, quelquefois même assez éloignées les unes des autres, et dont les plus petites n'avoient que le simple titre d'oratoire. Saint Germain, qui avoit eu tant de part à la fondation de l'abbaye de Saint-Vincent, fonda une chapelle de ce genre, au midi de l'église, sous l'invocation de saint Symphorien; c'est là qu'il fut enterré, ainsi que son père Éleuthère et sa mère Eusébie. Vers le même temps, on construisit au nord, sous le nom de Saint-Pierre, l'oratoire dont nous avons déjà parlé, à l'article de Saint-Sulpice, ainsi que la chapelle Saint-Martin des Orges. Quant au monastère lui-même, il fut occupé d'abord par des religieux soumis à la règle de saint Basile, que le saint évêque fit venir d'Autun, et qu'il mit sous la conduite de Droctové, généralement regardé comme leur premier abbé[286]; et telle fut l'affection qu'il porta à cette abbaye, sinon créée, du moins organisée par ses soins, qu'après l'avoir comblée de biens, il voulut encore se démettre, en sa faveur, des droits de son siége, et lui accorder l'exemption de la juridiction épiscopale, dans toute l'étendue du territoire d'Issi, que Childebert venoit de lui donner. Il est vrai que les chartes qui établissent cette exemption ont été vivement attaquées, dans le dix-septième siècle, par des savants du premier ordre; mais il est certain aussi qu'une possession non contestée de onze cents ans formoit un titre de prescription assez respectable; et que, malgré le droit commun et les décrets des conciles qui soumettoient les moines à l'autorité des évêques, il y a des exemples si éclatants d'exemptions de ce genre, et de priviléges particuliers accordés à certains monastères, que la règle générale ne peut être nullement alléguée ici, comme une preuve vraiment péremptoire. Jaillot entre à ce sujet dans une longue discussion, dont le résultat est de prouver, par une foule d'actes solennels, cette _dépendance immédiate du saint siége_, toujours revendiquée avec succès par l'abbaye Saint-Germain, et qui confirme jusqu'à la dernière évidence, l'authenticité des chartes sur lesquelles elle étoit fondée[287].
[Note 286: _Vita S. Droct._, lib. 2.]
[Note 287: _Quartier Saint-Germain-des-Prés_, p. 24 et seq.]
Le saint évêque de Paris mourut, et bientôt la dévotion des peuples excitée par les miracles qui s'opéroient, dit-on, sur son tombeau, s'empressa de joindre son nom à celui du patron de cette abbaye. Dans une infinité d'actes des 7e et 8e siècles, elle est indistinctement appelée la basilique de _Saint-Germain_, de _Saint-Vincent_; de _Saint-Vincent et de Saint-Germain_. Cependant les fidèles accouroient de toutes parts dans la chapelle Saint-Symphorien, où reposoit le corps du bienheureux, et le concours en devint si prodigieux, que le roi Chilpéric forma le projet de faire bâtir une basilique nouvelle, uniquement pour recevoir les restes de ce saint évêque. Nous avons parlé, à l'article de Saint-Germain-l'Auxerrois, de ce projet qui resta sans exécution; et ce fut seulement en 754, que ces restes précieux furent transférés de la chapelle Saint-Symphorien dans la grande église, cérémonie qui se fit en présence de Pépin et de ses deux fils, Charles et Carloman. On plaça la tombe qui les contenoit dans le rond-point du sanctuaire.
Cette abbaye éprouva, à diverses reprises, toute la rage des Normands. Ils la pillèrent en 845 et 858, et y mirent le feu en 861. Elle fut réparée, huit ans après, par les soins de l'abbé Gozlin; mais, au rapport de Dubreul, ces barbares, revenus en 885 dans les environs de Paris, la détruisirent presque de fond en comble, et tellement, que, soit qu'on craignît de nouvelles incursions, soit que d'aussi grands malheurs eussent réduit ses religieux à l'indigence, l'église et le monastère ne furent entièrement rebâtis qu'en 990. Piganiol place cette construction en 1014; mais il ne fait pas attention que l'abbé Morard, qui en fut l'auteur ainsi qu'il le reconnoît lui-même[288], mourut le 1er avril de cette année, et qu'alors l'église étoit entièrement finie. Elle fut dédiée en 1163 par le pape Alexandre III; et ce souverain pontife déclara lui-même publiquement que cette église n'étoit soumise à aucun archevêque ou évêque, mais au Saint-Siége seulement[289]; ce qu'il confirma quelques jours après, dans le concile qu'il tint à Tours.
[Note 288: L'épitaphe qu'on lisoit sur sa tombe portoit que l'église Saint-Germain avoit été brûlée trois fois par les Barbares; qu'il l'avoit fait rebâtir de fond en comble; qu'il avoit fait élever une tour dans laquelle il avoit mis des cloches, etc.]
[Note 289: _Hist. de l'abbaye Saint-Germain_, _preuves_, p. 40, 55e pièce.]
Le relâchement s'étant introduit parmi les religieux de l'abbaye Saint-Germain, Guillaume Briconnet, évêque de Lodève, qui en étoit abbé au commencement du 16e siècle, résolut de rétablir l'ancienne discipline, et pour y parvenir, appela dans ce monastère environ trente religieux de celui de Chézal-Benoît. Cette réforme se soutint un siècle entier; mais commençant à décliner vers 1618, on fit venir, pour une réforme nouvelle, des religieux de la congrégation de Saint-Maur. Avec eux entrèrent, dans cette maison, la régularité, la piété, la pénitence, l'étude des saintes lettres; et alors commença cette suite d'esprits distingués et de savants illustres, qui ont donné un si grand éclat à cette célèbre abbaye.
Si l'on en croit les anciennes traditions, la première basilique, bâtie par Childebert, étonnoit par sa magnificence. Les colonnes qui en soutenoient la voûte étoient de marbre, l'or éclatoit de toutes parts sur les murs et sur les lambris, l'extérieur même étoit tout couvert de cuivre doré[290]. Alors l'abbaye Saint-Germain, isolée dans la campagne, avoit toutes les apparences d'une citadelle; ses murailles étoient flanquées de tours et environnées de fossés; un canal large de treize à quatorze toises, qui commençoit à la rivière, et que l'on nommoit _la petite Seine_, couloit le long du terrain où est présentement la rue des Petits-Augustins, tomboit dans ces fossés, et séparoit le grand pré aux Clercs du petit. Celui-ci étoit le plus proche de la ville. Lorsque l'abbé Morard entreprit de rétablir cette église déjà plusieurs fois dévastée, il n'en conserva qu'une grosse tour sous laquelle il fit construire le portail que l'on voit encore aujourd'hui. Tous les piliers de la nef et de ses collatéraux sont de son temps, ainsi que les quatre piliers qui supportent les petites tours placées des deux côtés du choeur. La tour principale est donc le seul débris des constructions faites par Childebert, et encore faut-il en excepter son couronnement, dont les piliers, entièrement semblables à ceux de la nef, doivent être également attribués à l'abbé Morard. Cependant l'abbé Lebeuf pense que certaines arcades par lesquelles on alloit de la tour septentrionale à la chapelle de la vierge, pourroient être aussi du temps de la fondation de l'abbaye. Les parties extérieures des petites tours lui sembloient être seulement de la fin du onzième siècle.
[Note 290: Elle en avoit reçu la dénomination populaire de _Saint-Germain-le-Doré_.]
Après l'abbé Morard, il se fit encore beaucoup de travaux dans l'église; et l'on a remarqué que, dans ces constructions nouvelles, on ne suivit pas exactement l'alignement de l'ancien édifice. L'abbé Eudes éleva un nouveau cloître en 1227. Simon, son successeur, fit construire, en 1239, le réfectoire et les murs de l'abbaye; Hugues d'Issi, qui le remplaça, fit bâtir la chapelle de la vierge dont nous venons de parler; et l'abbé Gérard ordonna, en 1273, la construction du chapitre et du dortoir qui étoit au-dessus.
Cette chapelle de la vierge, située au nord de l'église, en étoit séparée par le petit cloître et par la sacristie, bâtie sous le règne de saint Louis, par le célèbre architecte Pierre de Montereau. Elle étoit admirée comme un des chefs-d'oeuvre gothiques les plus élégants qu'il y eût à Paris. Il en étoit ainsi du réfectoire, séparé seulement de ce monument par le dortoir, construit sur le même plan et sans doute par le même artiste. Les anciennes cryptes de l'abbaye étoient, suivant dom Bouillart, à la place où fut depuis élevée la chapelle bâtie par Montereau.
Les dernières réparations faites à l'église, avant la révolution, remontent à l'année 1653. On éleva alors une voûte à la place d'un vieux lambris qui en couvroit les murs, et les deux côtés furent ouverts pour y pratiquer des ailes. Tel qu'il est cependant, ce bâtiment n'offre rien de très remarquable. Construit en forme de croix, il présente une dimension de deux cent soixante-cinq pieds de longueur, sur soixante-cinq de large et cinquante-neuf de hauteur[291]. La croisée est éclairée à ses deux extrémités par deux grands vitraux qui en occupent toute la largeur; le choeur, placé dans le rond-point, est entouré de huit chapelles, et le grand autel est isolé entre le choeur et la nef.
[Note 291: La plupart des chapiteaux des colonnes ou piliers, qui séparent la nef des bas-côtés, offrent une particularité dont nous ne croyons pas qu'il y ait d'exemple dans aucune autre église de Paris. Ils sont couverts de figures en bas-relief, représentant des oiseaux, des sphinx, des griffons, des apôtres, des saints, etc. Ces sculptures, qui toutes sont du gothique le plus grossier, pourroient bien dater du temps de la construction primitive.]
Cette basilique n'en méritoit pas moins d'être visitée pour quelques précieux restes d'antiquités qu'elle conservoit. Il est assez probable que nos premiers rois chrétiens l'avoient choisie pour le lieu de leur sépulture. Nous apprenons, par Grégoire de Tours que Childebert et Chilpéric y furent inhumés; les historiens, qui écrivoient après lui, témoignent que plusieurs autres y furent ensevelis; et c'est une ancienne tradition qu'on y déposoit les corps de toutes les personnes royales qui, étant mortes de mort violente, n'avoient rien ordonné touchant leurs sépultures. Toutefois, on ne comptoit dans cette église que six tombeaux de ces princes de la seconde race, et encore l'authenticité de plusieurs étoit-elle contestée.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS.
TABLEAUX.
Sur les deux piliers du choeur, près du maître-autel, la translation de saint Germain et le martyre de saint Vincent; par _Hallé_.
Sur la menuiserie qui entouroit le choeur, neuf tableaux par _Cazes_: 1º saint Vincent et l'évêque Valère jugés devant Dacien; 2º saint Vincent et Valère traînés en prison; 3º saint Vincent prêchant devant l'évêque Valère; 4º le saint ordonné diacre par le même évêque; 5º une descente de croix; 6º le sacre de saint Germain; 7º saint Germain présentant au roi Childebert le plan de l'abbaye; 8º le roi Clotaire malade, guéri miraculeusement par saint Germain; 9º la mort de saint Germain.
Dans la nef:
Saint Pierre guérissant le boiteux; par le même.
Ananie et Saphire; par _Le Clerc_.
Le Baptême de l'Eunuque; par _Bertin_.
Ananie imposant les mains à saint Paul; par _Restout_.
Saint Pierre ressuscitant Tabithe; par _Cazes_.
Saint Pierre délivré de sa prison; par _Vanloo_ aîné.
La conversion de Serge-Paul et l'aveuglement de Barjésu; par _Le Moine_.
Saint Paul et saint Barnabé refusant les sacrifices de la ville de Lystre; par _Christophe_.
Les portes de la prison s'ouvrant miraculeusement devant saint Paul; dans la même ville; par _Hallé_.
Saint Paul mordu d'une vipère dans l'île de Malte; par _Verdot_.
Dans la chapelle Saint-Symphorien: Hérode-Agrippa frappé de Dieu; par _Pierre_.
Saint Pierre guérissant les malades avec son ombre; par le même.
Saint Étienne devant les docteurs; par _Natoire_.
La conversion de saint Paul; par _Jeaurat_.
À l'autel, le martyre de saint Symphorien; par _Hallé_.
Dans la sacristie neuve, les esquisses terminées de tous les tableaux de la nef; une copie de la Transfiguration de Raphaël, et l'ancien tableau dont nous avons déjà parlé[292], représentant l'abbé Guillaume et sa famille, en adoration auprès d'un Christ mort.
[Note 292: _Voyez_ t. I, 2e part., p. 768. On conserve ce tableau au Musée des Petits-Augustins; il est remarquable non seulement pour les antiquités curieuses dont il retrace seul l'image, mais encore pour le mérite de la peinture, qui réunit un bon coloris à une vérité d'imitation, à une délicatesse de pinceau, vraiment étonnantes dans un siècle où l'art étoit encore à sa première enfance.]
Dans le réfectoire: une Nativité, par _Van-Mol_; et une copie des Pélerins d'Emmaüs, de _Paul Véronèse_, dont l'original est à Versailles.
Dans la bibliothèque, le meurtre d'Abel; par _Le Brun_.
Dans l'apothicairerie, Apollon et Esculape; par _Cazes_.
SCULPTURES.
Sur le maître-autel, décoré de six colonnes de marbre cipolin, avec baldaquin, palmes, feuilles d'acanthe, etc., un ange tenant le suspensoir du Saint Sacrement, et deux autres à genoux sur des enroulements, supportant la châsse de saint Germain, suspendue au milieu de cette décoration; le tout exécuté, sur les dessins d'_Oppenord_, par les frères _Slodtz_.
La châsse de saint Germain, en vermeil, exécutée en 1408 par les soins et les libéralités de l'abbé Guillaume III. Ce monument d'orfévrerie, d'un travail très délicat, et couvert de pierres précieuses, avoit la forme d'une église entourée d'arcades en ogives, et offrant douze niches où étoient placés les douze apôtres. Le portail étoit orné d'un groupe représentant la Sainte Trinité, l'abbé Guillaume, le roi Eudes[293], saint Germain, saint Vincent et saint Étienne, ces deux derniers en habit de diacre.
[Note 293: C'étoit à ce prince que l'on devoit l'ancienne châsse, dont l'or fut employé dans la construction de la nouvelle. Celle-ci avoit environ deux pieds dix pouces de longueur, et contenoit vingt-six marcs deux onces d'or, et deux cent cinquante marcs d'argent.]
Un devant d'autel en cuivre doré, autre don du même abbé, et offrant, sous sept arcades très précieusement terminées, d'abord et au milieu, un Christ accompagné d'un groupe, dans lequel on reconnoissoit la figure du donataire; ensuite, et de chaque côté, les figures de divers saints apôtres et archanges. (Toutes ces figures étoient en vermeil.)
Sur l'autel, une belle croix, exécutée sur les dessins du frère _Bourlet_, religieux de cette maison.
Dans la chapelle Saint-Maur, au retable de l'autel, un bas-relief en pierre de Tonnerre, représentant l'apothéose du saint; par _Pigale_.
Dans la chapelle de Sainte-Marguerite, la statue de cette sainte; par le frère _Bourlet_.
Dans le vestibule de la chapelle de la Vierge, un Christ en plâtre; par le même.
Dans la bibliothèque, un bas-relief en marbre à la gloire du comte de Caylus; par _Bouchardon_; et plusieurs bustes en bronze, parmi lesquels on remarquoit ceux du janséniste Arnauld et de Boileau; par _Girardon_.
Dans le vestibule de l'église, des deux côtés de la porte, huit statues gothiques représentant des rois, des reines et un évêque[294].
[Note 294: Ces statues, détruites pendant les jours révolutionnaires, ont fait naître de grands débats parmi les antiquaires. D. Ruinart, qui les regarde comme aussi anciennes que l'église, prétend qu'elles représentoient saint Remi, Clovis, la reine Clotilde, Clodomir et Thierri leurs fils, Childebert, Ultrogothe et Clotaire II. L'abbé Lebeuf, qui ne peut nier que les deux figures les plus éloignées de la porte ne fussent effectivement celles de Clodomir et de Clotaire II, parce qu'elles portoient leurs noms gravés sur des inscriptions, soutient que les autres statues offroient, suivant un usage assez commun, des rois et des reines de l'ancienne loi; et que Jésus-Christ, placé au milieu de la porte sur un trumeau qui n'existe plus, étoit le symbole de la nouvelle. D'autres y voyoient la famille de Charlemagne, saint Germain à la place de saint Remi, et rapprochoient ainsi de plusieurs siècles l'antiquité de ce monument. De toutes ces opinions, la première nous semble encore celle qui présente le plus de probabilités.]
Dans la sacristie, un grand nombre de reliques précieuses, de croix, de vases sacrés, d'ornements, où éclatoient l'or, les diamants, les pierreries, et qui n'étoient pas moins remarquables par l'excellence du travail que par la richesse de la matière.
SÉPULTURES.
Dans cette église avoient été inhumés:
Dans le choeur, Childebert, roi de France, et fondateur de cette abbaye, mort en 551, et Ultrogothe sa femme. La pierre qui couvroit sa tombe le présentoit couché, tenant son sceptre d'une main, et de l'autre, le modèle de l'église de Saint-Germain[295].
[Note 295: Cette pierre avoit été déposée au Musée des Petits-Augustins. L'antiquité n'en est point équivoque.]
Dans le sanctuaire, du côté de l'évangile, Chilpéric Ier, roi de France, assassiné en 584, et Frédégonde sa femme, morte en 597[296]; Childéric II, assassiné en 673.
[Note 296: La pierre qui couvroit la tombe de cette reine offre une mosaïque formée d'un nombre considérable de petits émaux liés ensemble par un mastic, et incrustés dans une pierre de liais, où ils représentent une figure, dont le visage est indiqué par un simple contour, sans aucun trait intérieur; il en est ainsi des pieds et des mains. Elle est couronnée de trois fleurs-de-lis, revêtue d'une longue robe, et porte à la main un sceptre terminé également par des fleurs-de-lis. Ce monument curieux, et qui date certainement du temps de Frédégonde, étoit déposé aux Petits-Augustins.]
Du côté de l'épître, Clotaire II, mort en 628, et Berthrude, sa première femme, morte en 620, Bilihilde, femme de Childéric II, et son fils Dagobert, assassinés en 673[297].
[Note 297: Les tombes de Clotaire II, de Berthrude, de Childéric II, se voyoient dans le même Musée; mais elles sont modernes, et furent exécutées, dans le siècle dernier, d'après les débris d'anciens monuments.]
Clovis et Mérovée, fils de Chilpéric Ier, morts en 577 et 581, tous les deux victimes des fureurs de Frédégonde.
Catherine de Bourbon, fille de Henri de Bourbon, prince de Condé, et de Marie de Clèves, morte en 1595.
Marie de Bourbon-Conti, fille de François de Bourbon-Conti et de Louise de Lorraine, morte en 1610, douze jours après sa naissance.
François de Bourbon-Conti son père, mort en 1614.
Le coeur de Henri de Bourbon, duc de Verneuil, fils naturel de Henri IV, et abbé de Saint-Germain, mort en 1682.
Louis-César de Bourbon, comte de Vexin, fils naturel et légitimé de Louis XIV, mort en 1683.
Dans la chapelle Saint-Christophe, consacrée à l'illustre famille des Douglas, princes d'Écosse, Guillaume Douglas, comte d'Auguise, mort en 1611[298].
[Note 298: Il est représenté couché, revêtu de ses armes, la tête appuyée sur son coude: c'est de la sculpture la plus barbare. (Déposé aux Petits-Augustins.)]
Jacques Douglas, son petit-fils, mort en 1645[299].