Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 8/8)

Part 25

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Le cabinet de minéralogie, qui occupe le pavillon du milieu au premier étage, est décoré de vingt colonnes corinthiennes d'un grand module, qui soutiennent une tribune régnant au pourtour dans la hauteur du deuxième étage; il est orné de bas-reliefs et d'arabesques. Les corniches, les chambranles des portes et des croisées, sont enrichis d'ornements sculptés et dorés, mais distribués avec goût et sans confusion. Un lambris circulaire renferme des banquettes pour les personnes qui assistent au cours de minéralogie, et sert de fond aux armoires établies sur sa face extérieure, pour renfermer la collection des minéraux. Personne n'ignore que cette collection précieuse est la plus complète qui existe en Europe.

La pièce qui la contient et que nous venons de décrire est d'un style très noble; mais elle pèche peut-être par un excès de richesse. Ces dorures, cette variété de couleurs dont elle est parée, lui donnent plutôt l'air d'une salle de concert ou de bal, que d'un lieu destiné à l'étude. Telle qu'elle est cependant, il n'en est aucune du même genre qu'on puisse lui comparer.

Les cours de l'école royale des mines, indépendants des cours publics qui se tenoient trois fois la semaine, avoient lieu tous les jours dans cette salle. Le public pouvoit y assister; mais on n'étoit admis au nombre des élèves qu'après avoir subi des examens.[265]

[Note 265: L'hôtel des Monnoies n'a point changé de destination.]

LE COLLÉGE MAZARIN, DIT DES QUATRE-NATIONS.

On sait que le cardinal Mazarin, n'ayant pu exécuter lui-même le projet qu'il avoit formé d'établir un collége en faveur d'un certain nombre de jeunes gentilshommes ou principaux bourgeois des pays nouvellement conquis, ordonna, par son testament du 6 mars 1661, que, sous le bon plaisir du roi, il seroit fondé un collége, sous le nom et titre de _Mazarin_, pour soixante gentilshommes ou bourgeois de Pignerol et de son territoire, de l'État ecclésiastique, d'Alsace et pays d'Allemagne, de Flandre et de Roussillon[266]. Dans le même acte, ce ministre inséra les statuts qu'il avoit fait dresser pour ce collége et académie, et légua, pour assurer le succès de sa fondation, deux millions en argent, 45,000 liv. de rente sur l'hôtel de ville et sa bibliothèque, suppliant en outre S. M. de vouloir bien unir à tous ces dons, et à perpétuité, le revenu de l'abbaye de Saint-Michel en l'Herm, dont il étoit titulaire. Toutes ces dispositions furent exactement remplies par MM. de Lamoignon, Fouquet, Le Tellier, Zongo-Ondedei, évêque de Fréjus, et Colbert, ses exécuteurs testamentaires. Comme un établissement aussi magnifiquement conçu demandoit un très vaste terrain et de nombreux bâtiments, ils jettèrent d'abord les yeux sur le palais d'Orléans dit le _Luxembourg_; mais le prix considérable qu'il auroit coûté, et les changements dispendieux qu'il auroit fallu y faire, les forcèrent d'y renoncer; et ils se déterminèrent à acheter ce qui restoit encore de l'hôtel et du séjour de Nesle. Ils y joignirent quelques maisons voisines, et obtinrent, au mois de juin 1665, des lettres-patentes, enregistrées le 14 août, par lesquelles Sa Majesté confirmant cette fondation, vouloit qu'elle fût considérée comme fondation royale.

[Note 266: C'est ce qui a fait donner, à cette fondation, le nom de collége des _Quatre-Nations_.]

Le monument, commencé sur les dessins de Levau, premier architecte du roi, fut exécuté par deux autres architectes, Lambert et d'Orbay. On démolit à cet effet, en 1662, la tour de Nesle, reste des anciens hôtels dont nous venons de parler; et sur ce vaste emplacement, s'élevèrent assez rapidement, et les immenses constructions qui forment le corps de cet édifice, et cette façade, unique dans son genre à Paris, qui se compose d'un avant-corps, surmonté d'un dôme et de deux ailes en demi-cercle, que terminent deux gros pavillons; mélange singulier de parties incohérentes, de lignes ressautées, de pilastres alliés avec des colonnes et de toutes les combinaisons systématiques de l'ancienne architecture françoise, mais dont la masse présente cependant une décoration d'un effet imposant, et tel qu'on pouvait le désirer pour accompagner heureusement la façade latérale du Louvre, située en regard, sur la rive opposée de la Seine[267].

[Note 267: _Voyez_ pl. 193.]

On a reproché aux deux pavillons du collége des Quatre-Nations d'intercepter le passage et même la vue du quai dans toute son étendue; et, depuis long-temps, l'opinion générale semble demander leur démolition. Le quai y gagneroit sans doute; mais il faudrait renoncer à l'heureux effet que produisent les masses combinées du dôme et de ces pavillons, disposition pittoresque et théâtrale que l'on trouve si rarement à Paris, où la plupart des monuments, ensevelis au milieu d'une foule de constructions étrangères, ne se présentent presque jamais, dans tout leur développement, et sous un point de vue agréable. Il est certain que, ces deux parties du bâtiment étant détruites, le dôme, isolé dans une trop vaste étendue, ne paroîtroit plus qu'un point maigre et de l'aspect le plus mesquin.

L'avant-corps, décoré de colonnes et de pilastres corinthiens et surmonté d'un fronton triangulaire, sert d'entrée à l'intérieur du dôme, autrefois la chapelle du collége, et dédiée sous le nom de _Saint-Louis_; cet intérieur a cela de singulier, qu'il est de forme elliptique, tandis que le dôme extérieur est circulaire, moyen ingénieux employé par l'architecte pour placer dans l'épaisseur des murs quatre escaliers à vis par lesquels on monte à quatre tribunes, et sur le comble de l'édifice. Autour de cette courbe ovale s'élevoient quatre grandes arcades séparées par des pilastres corinthiens, dont l'une servoit d'entrée et les trois autres de chapelles. La coupole, qui paroît un peu élevée pour son petit diamètre, offroit, dans toutes ses parties, un grand luxe de peinture et de sculpture; le dôme, décoré extérieurement de pilastres, est garni de bandes de plomb doré qui répondent symétriquement à ces pilastres, et se terminent au campanille placé sur son sommet[268].

[Note 268: _Voyez_ pl. 194.]

CURIOSITÉS DE LA CHAPELLE.

TABLEAUX.

Sur le maître-autel, une Nativité; par _Alexandre Véronèse_.

SCULPTURES.

Au dessus de la corniche du maître-autel, un bas-relief représentant saint Louis qui reçoit la couronne d'épines des mains du patriarche de Jérusalem; par _Bocciardi_.

Dans les pendentifs de la coupole, les quatre évangélistes en bas-reliefs; par le même.

Dans les angles des arcs, huit figures de femmes offrant les emblèmes des huit Béatitudes; exécutées en bas-reliefs par _Desjardins_.

Entre les pilastres de l'ordre supérieur, les douze apôtres en médaillons; par le même.

Sur la balustrade qui règne extérieurement au dessus du portail, les quatre évangélistes et les pères des églises grecque et latine; par le même.

Dans le fronton, un cadran accompagné des deux figures allégoriques de la Science et de la Vigilance.

Le pavé et toutes les décorations de l'autel, exécutés en marbre, présentoient une grande magnificence.

SÉPULTURE.

Dans cette chapelle avoit été inhumé le cardinal Mazarin, fondateur du collége. Son mausolée, de la main de _Coyzevox_, étoit placé dans une chapelle à droite du sanctuaire[269].

[Note 269: Le cardinal, revêtu des marques de sa dignité, est représenté à genoux sur un coussin, une main sur son coeur, l'autre étendue; derrière lui, un génie soutient un faisceau d'armes. Au dessus, deux figures qui accompagnent ses armoiries offrent chacune une double allégorie: d'un côté, la Charité et la Foi; de l'autre, la Religion et la Vigilance. Sur la base du monument sont assises trois figures en bronze, qui, par leurs attributs divers, indiquent la France et la Fidélité, l'Abondance et la Paix, la Prudence et l'art de gouverner. Ce monument, dont l'ensemble n'est pas à la vérité sans magnificence, mais que toutes les descriptions présentent comme un chef-d'oeuvre, nous semble d'un style maigre, dépourvu de vérité d'imitation dans les figures, de noblesse et d'élégance dans les draperies. La statue seule du cardinal est traitée avec plus de soin; la tête peut même passer pour belle. (Déposé, pendant la révolution, aux Petits-Augustins.)]

Les bâtiments de ce collége sont immenses et se prolongent le long de la rue Mazarine, divisés en trois cours. Toutes ces constructions, celles de la première cour exceptées, n'ont absolument aucun mérite sous le rapport de l'architecture. Cette première cour présente, de chaque côté, un portique en arcades, orné de pilastres corinthiens; l'un mène à la bibliothèque qui occupe le pavillon de la gauche, et la plus grande partie de cette face latérale; l'autre sert d'entrée à la chapelle.

La seconde cour, l'une des plus vastes de Paris, n'a de bâtiments que de deux côtés seulement. Au rez de chaussée étoient les classes, et au premier étage les appartements, des maîtres et les dortoirs des boursiers. La troisième, qui est la plus petite, renfermoit les cuisines, les offices, etc.[270].

[Note 270: Le collége des Quatre-Nations, connu aujourd'hui sous le nom de _Palais des Sciences et des Arts_, est consacré aux travaux et aux séances des quatre Académies, réunies sous celui d'_Institut_.]

BIBLIOTHÈQUE.

Cette bibliothèque, l'une des plus belles et des plus nombreuses de Paris, se compose des débris de cette fameuse bibliothèque du cardinal Mazarin, dont le parlement ordonna en 1652 la confiscation et la vente. Elle avoit été formée par Gabriel Naudé, le plus habile bibliographe de son temps; ce fut encore lui que le cardinal chargea, après la fin des troubles, d'en créer une autre en rassemblant ce qu'il pourroit retrouver de l'ancienne, ce qu'il fit avec tant de succès, qu'elle fut rétablie presque en son entier. On y joignit ensuite la bibliothèque de M. Descordes, chanoine de Limoges; après sa mort, celle de Naudé lui-même; et successivement l'on y ajouta tous les bons livres, tant manuscrits qu'imprimés, que l'on put recueillir dans toutes les parties de l'Europe. À la mort du cardinal, elle contenoit vingt-sept mille volumes et un grand nombre de manuscrits, qui furent transportés alors dans la bibliothèque du roi. Vers le milieu du dernier siècle, le nombre des livres, presque doublé, s'élevoit à plus de quarante-cinq mille. À cette époque (en 1740) les dimensions de cette bibliothèque furent changées, surtout par l'élévation des plafonds, de manière à contenir vingt mille volumes de plus qu'elle n'en renfermoit. Elle a reçu, depuis la révolution, des accroissements considérables, par les nombreux dépôts de livres qui y ont été annexés.

C'est la bibliothèque de Paris la plus riche en livres de médecine et en matériaux pour l'histoire d'Allemagne. Elle est enrichie de globes de _Coronelli_, et de bustes en bronze et en marbre, dont quelques-uns sont antiques.

LES AUGUSTINS RÉFORMÉS, DITS LES PETITS-AUGUSTINS.

Nous avons fait connoître avec beaucoup de détails l'origine des Augustins, l'époque de leur établissement à Paris[271], la réforme opérée dans leur ordre, la fondation faite dans cette capitale, par la reine Marguerite de Valois, d'un couvent de ces Augustins réformés, et le caprice singulier qui la détermina à révoquer la donation qu'elle avoit stipulée en leur faveur et à leur substituer d'autres religieux du même ordre, tirés de la province de Bourges[272]. Quoique le procédé de cette princesse eût toutes les apparences de l'injustice, ce changement n'en fut pas moins approuvé par un bref de Paul V, du 14 août 1613, et confirmé par des lettres-patentes de la même année. L'évêque de Paris et l'abbé de Saint-Germain y donnèrent aussi leur consentement[273].

[Note 271: _Voyez_ t. 3, 2e part., p. 600.]

[Note 272: _Voyez_ t. 2, 1re part., p. 217.]

[Note 273: MALINGRE, _Antiquités de Paris_, p. 369 et suiv.]

Deux ans après, la reine Marguerite mourut sans avoir pu exécuter les promesses qu'elle avoit faites; et les nouveaux habitants de ce monastère eussent tiré peu d'avantage de son bienfait, si quelques personnes pieuses ne fussent venues à leur secours, et par leurs libéralités n'eussent contribué à soutenir leur établissement naissant. La fondatrice y avoit fait bâtir une chapelle assez jolie, richement décorée[274], mais beaucoup trop petite: ces religieux se trouvèrent bientôt des ressources suffisantes pour faire construire une plus grande église, dont la reine Anne d'Autriche posa la première pierre le 15 mai 1617. Cet édifice, qui n'avoit rien de remarquable dans son architecture, fut achevé en 1619 et dédié sous l'invocation de _saint Nicolas de Tolentin_[275].

[Note 274: Ce petit monument fit alors une très grande sensation à Paris: c'étoit la première voûte en forme de coupole qu'on y eût élevée, et l'on se porta en foule pour voir un genre de construction dont on ne se faisoit pas même une idée.]

[Note 275: _Voyez_ pl. 221.]

Nous avons dit que le terrain accordé aux Augustins par la fondatrice consistoit en une place qui avoit précédemment appartenu aux Frères de la Charité, et en six arpents du petit pré aux clercs que cette princesse avoit pris à cens et à rente de l'Université[276]. Ces pères avoient trouvé le moyen de tirer un parti avantageux de cette partie de leur territoire en le rétrocédant, par portions, à des particuliers, à la charge d'y bâtir, et de leur payer certaines redevances annuelles; c'est ainsi que se formèrent les rues Jacob et des Saints-Pères. Mais les maisons qui les composoient n'étoient pas encore entièrement bâties, que l'Université résolut de rentrer dans ses droits, et se pourvut à cet effet contre le contrat passé entre elle et la reine Marguerite. Le parlement fit droit à sa demande, et donna en 1622 un arrêt pour la faire rentrer dans cette propriété; ce qui priva les Augustins du fruit de leurs travaux et de la plus belle partie de leurs revenus.

[Note 276: _Voyez_ t. 2, 1re part., p. 218.]

CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE.

TABLEAUX.

Dans le cloître, une suite de tableaux à fresque exécutés par des peintres médiocres et peu connus. Les deux principaux représentoient:

La reine Marguerite donnant à un moine Augustin le contrat de fondation qu'elle avoit passé en faveur de son couvent.

La conversion de saint Augustin: ce tableau, placé à l'entrée du cloître, étoit d'un peintre nommé _de Dieu_.

Le frère François _Gourdes_, religieux de ce couvent, avoit peint le paysage de tous les autres tableaux qui ornoient ce cloître; d'autres peintres les avoient achevés.

SCULPTURES.

Sur le maître-autel, décoré d'un ordre corinthien en menuiserie, un groupe en terre cuite très estimé, représentant un agonisant, accompagné de saint Nicolas de Tolentin, et soutenu par un ange qui lui montroit le ciel; par _Biardeau_.

Aux deux côtés du même autel, les statues de sainte Claire et de sainte Monique; par le même.

Sur le devant de l'autel, un grand bas-relief en métal doré, représentant le baptême de saint Augustin; par _Gaillard_.

SÉPULTURES.

Dans cette église avoient été inhumés:

Dans la chapelle de la reine Marguerite, le coeur de cette princesse; on y lisoit son épitaphe, composée par M. Servin, avocat-général au parlement de Paris.

François Porbus, peintre célèbre, mort en 1622.

René de l'Âge, seigneur de Puylaurent, sous-gouverneur de Gaston de France, etc.

Antoine de l'Âge, duc de Puylaurent, son fils, mort au château de Vincennes en 1635.

Renée de Kergounadech, femme du marquis de Rosmadec, morte en 1643. (Son tombeau, placé dans la nef du côté de l'évangile, étoit entouré d'une petite grille de fer.)

Le coeur de Sébastien de Rosmadec, marquis de Molac, etc., mort en 1699.

Nicolas Mignard, peintre, frère de Pierre Mignard, mort en 1668.

Jean Pontas, prêtre, sous-pénitencier de l'église de Paris, l'un des bienfaiteurs de ce couvent, mort en 1728.

Dans la chapelle Saint-Claude, à côté du grand autel, étoit la sépulture de la famille Le Boulanger, l'une des plus illustres de la magistrature.

Dans le cloître, on voyoit la tombe de Mathieu Isoré d'Airvaut, évêque de Tours, mort en 1716.

* * * * *

La bibliothèque de ces pères, riche de dix-huit à vingt-mille volumes, contenoit plusieurs livres rares et quelques manuscrits curieux; ils avoient, en médailles, une collection complète de tous les souverains pontifes.

La réforme qu'ils suivoient avoit été introduite en France par les pères Étienne Rabache et Roger Girard, le 30 août 1594. Elle prit le nom de _Réforme de Bourges_, parce que la maison de cette ville, de la province de Saint-Guillaume, l'avoit acceptée la première; et quoique le chapitre général, tenu en 1693, lui eût donné celui de _province de Paris_, elle étoit plus généralement connue sous le premier nom. Cette réforme, adoptée par trente-un couvents, consistoit particulièrement dans un détachement absolu de toute propriété, et dans la renonciation aux grades qu'on prenoit dans les Universités; ce qui n'a pas empêché cet ordre de produire un grand nombre de personnages recommandables par leurs talents et par leur érudition[277], parmi lesquels il faut distinguer le P. André Le Boulanger, prédicateur célèbre avant que les modèles de la prédication eussent paru; le P. Charles Moreau, qui a donné de Tertullien une édition estimée; les PP. Chesneau et Lubin, tous les deux grands théologiens, et le second habile géographe; le P. Ange Le Proust, instituteur de la congrégation des Filles de Saint-Thomas-de-Villeneuve, et bon prédicateur; les PP. Théophile Loir, Jacques Hommey, distingués par leur érudition; et surtout le P. Pierre de Bretagne, considéré, dans son ordre, comme un des génies les plus heureux qu'il ait produits. Son mérite l'ayant fait appeler à la cour de Bavière, il ne profita des faveurs dont il y fut comblé que pour le bien de son couvent, qui le comptoit, avec raison, au nombre de ses bienfaiteurs.

[Note 277: L'église, la maison et le jardin des Petits-Augustins, qui ont subi de grands changements dans leur intérieur, servoient, pendant la révolution, de dépôt à tous les tombeaux qu'on avoit enlevés des églises, et généralement à tous les monuments de la sculpture françoise qu'on avoit pu soustraire au vandalisme révolutionnaire.]

LES FRÈRES DE LA CHARITÉ.

Une maison de la ville de Grenade, louée, en 1540, par Jean de Dieu, pour y retirer et soigner les pauvres malades, devint le berceau d'une congrégation qui, dès son origine, s'est répandue dans une grande partie de l'Europe. Le charitable instituteur, que sa vertu sublime a fait mettre au nombre des saints, étoit pauvre et d'une naissance commune; mais la Providence, à laquelle il remit le succès de sa généreuse entreprise, ne l'abandonna point, et lui envoya de pieux associés qui se trouvèrent heureux de partager ses fonctions. Ainsi se forma une petite communauté, qui n'eut d'abord d'autre règle à suivre que l'exemple de son digne chef. Il mourut le 8 mars 1550; et sa congrégation ne fut approuvée par le saint siége et mise sous la règle de Saint Augustin qu'en 1572. Ayant bientôt formé des établissements en Italie, les Frères de la Charité se trouvèrent sous l'autorité immédiate du pape Sixte V, qui leur permit, en 1586, de dresser des constitutions, et de tenir un chapitre général. Leur ordre reçut en même temps le titre de congrégation de _Jean de Dieu_; et Paul V l'érigea en ordre religieux l'an 1609. Aux trois voeux ordinaires, ils ajoutèrent celui d'exercer l'hospitalité, en vertu d'un bref du même pape de l'année 1617.

Marie de Médicis n'amena point des Frères de la Charité en France, comme l'a prétendu le P. Hélyot; mais un an après son mariage, en 1601, elle en fit venir quelques-uns de Florence, et les établit, en 1602, au lieu qu'occupèrent depuis les Petits-Augustins. Ils obtinrent presque aussitôt des lettres-patentes du roi, le consentement de l'archevêque de Paris, etc.

Marguerite de Valois, ayant désiré avoir, pour sa fondation, le terrain qu'occupoient ces religieux, en traita avec eux en 1606, et les fit transférer dans une autre maison accompagnée d'un grand jardin, et située rue des Saints-Pères, près de la chapelle Saint-Pierre. Cette chapelle, dont nous allons bientôt parler, appartenoit alors à la paroisse Saint-Sulpice; et les Frères de la Charité, qui obtinrent alors la permission d'y célébrer l'office divin, n'en acquirent l'entière propriété qu'en 1659. Toutefois, à cette dernière époque, l'ancienne chapelle n'existoit plus depuis long-temps: dès 1613, elle avoit été démolie, et l'on avoit commencé aussitôt à en bâtir une plus grande sur le propre terrain de ces religieux. La reine Marguerite en posa la première pierre dans cette même année 1613; mais elle ne fut dédiée sous l'invocation de _saint Jean-Baptiste_ qu'en 1621; et l'on y mit enfin la dernière main en 1733, en y faisant construire un portail d'assez bon goût, qui fut élevé sur les dessins de de Cotte, architecte. En 1738, ces religieux acquirent une portion de terrain aliénée peu de temps auparavant par l'abbaye Saint-Germain, et sur cet emplacement firent bâtir des salles plus vastes pour y recevoir un plus grand nombre de malades. M. Antoine, architecte de l'hôtel des monnoies, donna le dessin et dirigea la construction d'une de ces salles, disposa la cour sur un nouveau plan, et décora l'entrée de l'hospice d'un petit porche à colonnes sans bases, d'un très bon style[278].

[Note 278: _Voy._ pl. 211. Cet architecte, recommandable principalement par le soin qu'il apportoit à l'exécution de ses ouvrages, voulut faire dans ce portail un essai de l'ordre dorique grec, et donner une légère idée de ces propylées célèbres, qu'alors les professeurs d'architecture commençoient à faire connoître dans les leçons académiques. Toutefois, en risquant une semblable nouveauté, M. Antoine crut qu'il étoit prudent de la modifier un peu, pour s'accommoder au goût françois, peut-être aussi pour y apporter quelque perfectionnement; mais l'événement prouva qu'on ne touche point impunément aux chefs-d'oeuvre de l'antiquité. En altérant les proportions générales et particulières de cet ordre, il lui ôta son nerf, son originalité. Cette représentation des propylées parut assez fidèle à ceux qui ne les connoissoient que superficiellement, et par les dessins qui en furent donnés dans le temps; mais ceux qui avoient étudié l'ouvrage alors très peu connu de Stuart, regrettèrent qu'on eût ainsi tronqué les proportions de l'original, en élevant le fronton, en retranchant sur l'architrave, en négligeant plusieurs détails dans les profils: les chapiteaux, trop saillants, n'ont point le caractère de l'antique; les triglyphes sont trop longs; en un mot, ce seroit prendre une très fausse idée de la sévérité, de la grâce et de l'harmonie de l'ordre des propylées, que de le juger sur ce petit monument.

Du reste, la disposition est la même à peu près pour les marches, dont une partie servant de base aux colonnes, forme en dehors un petit soubassement; et l'autre se trouve en arrière sous le porche, dans une demi-teinte favorable à l'effet de l'ensemble. (LEGRAND.)]

CURIOSITÉS DE L'HOSPICE DE LA CHARITÉ.

TABLEAUX.

Dans la nef de l'église qui étoit propre et régulière, le martyre de saint Pierre et celui de saint Paul; par _Cazes_.

Saint Jean prêchant dans le désert; par _Verdot_.

La Résurrection du Lazare; par _Galoche_.

La Multiplication des pains; par _Hallé_.

Notre Seigneur guérissant les malades; par _d'Ulin_.

La belle-mère de saint Pierre guérie de la fièvre; par le même.

Dans le choeur, un Christ; par _Benoît_.

Dans la chapelle à droite, une Annonciation et une Visitation; par _Verdot_.

Dans la chapelle à gauche, l'apothéose de saint Jean de Dieu; par _Jouvenet_.

Sur les deux côtés, Abraham visité par les anges, et le Samaritain; par _Restout_.

Dans la chapelle de la grande salle, saint Louis pansant un malade; par _Tételin_.