Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 3/8)
Part 36
_Rue d'Enghien[488]._ Cette rue, parallèle à celle de l'Échiquier, et plus avancée dans le faubourg, traverse également de la rue du Faubourg-Poissonnière à celle du Faubourg-Saint-Denis. Elle a été ouverte quelques années avant la rue de l'Échiquier.
[Note 488: Pendant la révolution elle avoit pris le nom de rue de _Mably_.]
_Rue Saint-Étienne_ ou _rue Neuve-Saint-Étienne-à-la-Villeneuve_. Un de ses bouts donne dans la rue Beauregard, l'autre sur le boulevart. Elle étoit connue sous ce nom en 1540, et on le lui a redonné, environ cent ans après, lorsqu'on a rebâti les maisons de la Villeneuve.
_Rue des Filles-Dieu._ Elle va de la rue Saint-Denis dans celle de Bourbon. Le censier de l'archevêché de 1530 la nomme _rue Neuve de l'Ursine_ alias _des Filles-Dieu_. Dans celui de 1643 on indique une _rue Saint-Guillaume_ entre les rues Neuve-des-Fossés et de Cléri, et une maison sise rues Saint-Guillaume et Sainte-Foi. Ainsi l'on doit en conclure que la rue Saint-Guillaume est représentée par le retour d'équerre que fait aujourd'hui la rue des Filles-Dieu dans celle de Bourbon.
_Rue Sainte-Foi._ Elle commence à la rue Saint-Denis, et se termine à celle des Filles-Dieu. On l'appela _rue du Rempart_, ensuite _des Corderies_, enfin rue _Sainte-Foi_. Elle portoit ce dernier nom dès 1644.
_Rue Françoise._ Elle traverse de la rue Mauconseil dans la rue Pavée. Le premier nom qu'elle ait porté étoit simplement _rue Neuve_. On la trouve ainsi indiquée dans plusieurs actes concernant la vente et l'adjudication de l'hôtel de Bourgogne. On la voit désignée sous celui de _rue Neuve-Saint-François_ dans Sauval; et un autre auteur ajoute à ce nom l'épithète de _Percée_. Corrozet ne l'indique que sous le nom général de _rue qui traverse par dedans l'hôtel de Bourgogne_. Elle fut ouverte, en 1543, par ordre de François Ier, sous le règne duquel il se fit de grands changements dans ce quartier par la démolition de l'hôtel de Bourgogne.
C'est dans cette rue qu'étoit la principale porte de la salle des confrères de la Passion, au-dessus de laquelle on voyoit encore, peu de temps avant la révolution, une croix et quelques autres instruments de la Passion.
_Rue Greneta._ Elle va de la rue Saint-Denis dans celle de Saint-Martin. Tous les titres du treizième siècle nous apprennent que cette rue se nommoit alors _Darnetal_ ou _d'Arnetal_. On la trouve cependant désignée, dans un acte de 1236, sous le nom de _la Trinité_. Le nom d'_Arnetal_, qu'elle portoit en 1262, 1265, etc., s'altéra insensiblement dans les siècles suivants, et se changea en ceux de _Guernetat_, _Garnetat_, et _Grenetat_, enfin, en supprimant la lettre finale, _Greneta_. Dans cette rue étoit placée la principale entrée de l'hôpital de la Trinité[489].
[Note 489: Cette entrée et la cour de cet hôpital forment maintenant un passage qui donne de la rue Greneta dans celle de Saint-Denis, vis-à-vis l'ancien emplacement de Saint-Sauveur. Il se nomme _passage de la Trinité_.
C'étoit à l'origine de la rue Grenata qu'étoit placée la porte aux Peintres, bâtie du temps de Catherine de Médicis.]
_Rue Guérin-Boisseau._ Elle traverse de la rue Saint-Denis dans celle de Saint-Martin, et doit son nom à un particulier. Cette rue étoit connue dès le milieu du treizième siècle, et les actes de ce temps en font mention sous le nom _vicus Guerini Bucelli_[490]; au commencement du siècle suivant on disoit _rue Guerin-Boucel_, et dès 1345 rue _Guérin-Boisseau_.
[Note 490: Arch. de S. Martin des Champs.]
_Rue Hauteville._ Cette rue, qui fut ouverte dans le siècle dernier, donne d'un bout dans la rue Basse-Saint-Denis, et, se prolongeant dans le faubourg, va aboutir dans celle de Paradis. Nous ignorons l'étymologie de ce nouveau nom. Dans l'origine elle portoit celui de la _Michodière_.
_Rue du Grand-Hurleur._ Elle aboutit d'un côté dans la rue Bourg-l'Abbé, et de l'autre dans celle de Saint-Martin. Elle est nommée de _Heuleu_ et _Huleu_ dans un bail à cens du mois de février 1253[491]; et ce nom se retrouve dans un nombre infini de titres[492], ainsi que sur les anciens plans. Jaillot dit avoir vu des manuscrits où elle est indiquée sous le nom de _rue du Pet_; et en effet elle est ainsi désignée sur les plans de Gomboust et de Bullet. Dans des actes de 1627 et 1643, on la nomme _rue des Innocents_, autrement dite _du Grand-Heuleu_; elle porte le même nom des _Innocents_ dans le procès-verbal du 24 avril 1636.
[Note 491: Arch. de l'archev.]
[Note 492: Cart. de S. Magl., fol. 75, 76, 369, etc.]
_Rue du Petit-Hurleur._ Elle commence rue Bourg-l'Abbé, et aboutit dans celle de Saint-Denis. On l'appeloit, suivant Corrozet et Boisseau, _du Petit-Heuleu_, de même que la précédente avoit le nom _du Grand-Heuleu_; et _du Petit-Leu_, suivant Gomboust et Bullet. Elle est nommée sur quelques plans _rue Palée_; ce nom venoit apparemment de Jean Palée, l'un des fondateurs de l'hôpital de la Trinité, ou de quelqu'un de sa famille, car dans une transaction du mois d'octobre 1265, elle est nommée _vicus Johannis Palée_[493]; elle le portoit encore en 1540.
[Note 493: Arch. de l'archev.]
Piganiol remarque, d'après Adrien Le Valois, que le nom de ces rues est altéré; qu'il faut dire _Hue-le_. Selon ces auteurs, l'étymologie de ce mot vient de ce que, ces rues étant autrefois habitées par des filles publiques, dès que le peuple y voyoit entrer un homme, il excitoit les enfants à se moquer de lui, en disant _hüe-le_ (_raille-le, crie après lui_). Jaillot combat cette étymologie, qui ne soutient pas l'examen d'une saine critique. En effet, nous venons de voir qu'il n'y avoit que la rue du Grand-Hurleur qui fut appelée _de Heuleu_ tout court; ainsi l'étymologie de M. Le Valois n'auroit aucune application à la petite; en outre, dans le nombre des rues désignées, par les ordres de saint Louis et de ses successeurs, pour servir de retraite aux femmes publiques, qu'ils se virent forcés de tolérer, on ne trouve point celle de _Heuleu_. Elle ne devoit donc pas son nom aux huées que méritent les courtisanes et ceux qui les fréquentent. Il y a plus, l'ordonnance de saint Louis n'est que de 1254; et, comme nous l'avons observé plus haut, la rue se nommoit de _Heuleu_ dès 1253 et même auparavant. Jaillot pense qu'il est plus vraisemblable de croire que cette rue doit son nom à un particulier. Il est certain, ajoute-t-il, qu'anciennement on disoit _Heu_ pour _Hugues_ et _Leu_ pour _Loup_. On trouve un amortissement fait par un chevalier nommé _Hugo Lupus_, d'un don fait à l'église de Saint-Magloire au mois de mars 1231[494]; et enfin, dans les archives de l'abbaye d'Hières, il y avoit un acte de concession d'un moulin faite à cette abbaye vers l'an 1150, par lequel on voit que Clémence, abbesse d'Hières, étoit soeur de _Heu-Leu_, _Hugonis Lupi_. Il conclut de tout ceci que l'ancienne orthographe usitée du temps de saint Louis, où l'on écrivoit _hüe leu_, est la véritable. L'abbé Lebeuf avoit avant lui adopté cette opinion[495].
[Note 494: _Cart. S.-Magl._, fol. 42.]
[Note 495: T. I, p. 298.]
_Rue Saint-Laurent._ Elle traverse du faubourg Saint-Lazare dans celui de Saint-Laurent, et doit son nom à l'église Saint-Laurent, qui se trouve auprès. On l'a quelquefois appelée _rue Neuve-Saint-Laurent_, pour la distinguer de celle du faubourg, qu'on appeloit aussi _rue Saint-Laurent_.
_Rue du Faubourg-Saint-Lazare._ Ce n'est que la continuation du faubourg Saint-Denis, à laquelle on a donné ce nom, et même celui de _rue Saint-Lazare_, parce que l'église y étoit située[496].
[Note 496: On l'appelle aujourd'hui indistinctement _faubourg Saint-Denis_. On comptoit dans cette rue trois casernes des Gardes-Françoises.]
_Rue du Petit-Lion._ Elle fait la continuation de la rue Pavée, et aboutit à celle de Saint-Denis. En 1360 elle s'appeloit rue _du Lion d'or outre la porte Saint-Denis_[497]. Dans ce même siècle et dans le suivant, on la nommoit simplement _rue au Lion_ ou _du Lion_; mais dans les quinzième et seizième siècles on l'appeloit _rue du Grand-Lion_, de l'enseigne d'une maison qui y étoit située; elle prit peu de temps après le nom _du Petit-Lion_, qu'elle a toujours gardé depuis. Sauval[498] et quelques autres ont dit que cette rue s'est quelquefois appelée _rue de l'Arbalète_ ou _des Arbalétriers_, qui, dit-il, y ont eu long-temps un lieu très-vaste destiné à leurs exercices: toutefois elle n'est ainsi nommée dans aucun titre; mais comme en 1421 les maisons de la _rue au Lion_ aboutissoient, par-derrière, au jardin du maître des arbalétriers[499], on peut croire qu'elle en avoit reçu la dénomination populaire de rue _de l'Arbalète_.
[Note 497: Reg. des Chartres.]
[Note 498: T. I, p. 147.]
[Note 499: Compt. des confisc. 1421, p. 36.]
_Rue de la Longue-Allée._ Ce n'est qu'un passage qui conduit de la rue Saint-Denis dans celles du Ponceau, des Égouts et Neuve-Saint-Denis; elle s'est appelée aussi _rue de la Houssaie_. On la nomme aujourd'hui _passage Lemoine_.
_Rue de la Lune._ Elle va d'un bout dans la rue Poissonnière, et de l'autre au boulevart, près la porte Saint-Denis. Elle étoit bâtie dès 1648, et l'on croit que son nom lui vient de quelque enseigne.
_Rue Martel._ Cette rue, percée depuis 1780, donne d'un bout dans celle des Petites-Écuries, de l'autre dans la rue de Paradis.
_Rue Mauconseil._ Elle traverse de la rue Saint-Denis dans celle de Montorgueil; il ne paroît pas que cette rue ait jamais porté d'autre nom; dès 1250 elle est appelée _vicus Mali Consilii_; en 1269, 1300, etc., _rue Mauconseil_. Sauval[500] pense que le nom de _Mauconseil_ vient du seigneur du château de Mauconseil, situé en Picardie: cette étymologie paroît assez vraisemblable.
[Note 500: T. I, p. 150.]
_Rue Montorgueil._ Elle fait la continuation de la rue Comtesse-d'Artois, et aboutit à celle des Petits-Carreaux. On ignore l'étymologie du nom de cette rue, qu'on désignoit, dès le treizième siècle, sous celui de _vicus Montis Superbi_.
Il y a dans cette rue un cul-de-sac appelé _cul-de-sac de la Bouteille_, qui règne le long des anciens murs de l'enceinte de Philippe-Auguste. Ce cul-de-sac se nommoit, dans le dix-septième siècle, _cul-de-sac de la Cueiller_[501], et devoit ce nom à une maison qui y étoit située en 1603. Il fut nommé ensuite _rue Commune_, et prit enfin, d'une enseigne, le nom de cul-de-sac de la _Bouteille_, qu'il porte aujourd'hui.
[Note 501: Arch. de l'archev.]
Vis-à-vis de ce cul-de-sac, et au milieu de la rue Montorgueil, on voyoit encore, à la fin du quinzième siècle, une tour de l'ancienne enceinte; mais comme elle gênoit le passage pour arriver aux halles, sur la requête des habitants de cette rue et de Nicolas Janvier, marchand de poisson, la ville en ordonna la démolition le 17 décembre 1498.
_Rue Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle._ Elle traverse de la rue Beauregard au boulevart. Il paroît qu'elle a remplacé une ancienne rue qui étoit en cet endroit avant la démolition de la Villeneuve, et qui s'appeloit _rue Neuve-Saint-Louis et Sainte-Barbe_. Elle doit son nom à l'église de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle.
_Rue Notre-Dame-de-Recouvrance._ Elle va également de la rue Beauregard au boulevart; en 1540 elle portoit déjà ce nom. Quand on la rebâtit, au commencement du dix-septième siècle, on l'appela _Petite rue Poissonnière_, probablement parce qu'elle est parallèle à la rue Poissonnière; depuis elle a repris le nom qu'on lui avoit donné dans son origine.
_Rue Neuve d'Orléans._ Elle traverse, le long du boulevart, du faubourg Saint-Denis à celui de Saint-Martin, et n'offre qu'un rang de maisons qui donnent sur cette promenade. Quelques-uns ont cru que la rue Sainte-Apolline avoit anciennement ce nom. Si véritablement elle l'a porté, on a voulu le conserver en le donnant à celle-ci, qui n'étoit dans l'origine qu'un simple chemin, lequel ne fut couvert de maisons que long-temps après l'autre. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle étoit désignée ainsi il y a plus de cent cinquante ans, ce qui est prouvé par des plans qui remontent à cette époque.
_Rue aux Ours (ou aux Oues)._ Elle donne d'un bout dans la rue Saint-Denis, de l'autre dans celle de Saint-Martin. Nous avons déjà dit que c'étoit par corruption que cette rue étoit appelée _aux Ours_, et désignée ainsi sur les inscriptions qui sont à ses extrémités. Nos ancêtres écrivoient et prononçoient _Oë_ ou _Ouë_ pour Oie; et comme il y avoit, dès le treizième siècle, des rôtisseurs établis dans cette rue, la grande quantité d'oies qu'ils faisoient cuire en avoit fait donner le nom à la rue, _vicus ubi coquuntur anseres_[502], la rue où l'on cuit les oies; _vicus Anserum_, la rue _as Oues_, _via ad Aucas_, _vicus ad Ocas_[503].
[Note 502: Cart. de Saint-Martin-des-Champs.]
[Note 503: Au milieu de cette rue, et au coin qui la joint à la _rue Salle-au-Comte_, étoit autrefois une statue de la Vierge, enfermée dans une grille de fer, et connue vulgairement sous le nom de _Notre-Dame de la Carole_. Il n'est aucun historien de Paris qui ait omis de parler d'un attentat sacrilége commis sur cette statue par un soldat, le 3 juillet 1418. On rapporte que ce malheureux, sortant désespéré d'un cabaret où il avoit perdu tout son argent, frappa cette figure de plusieurs coups de couteau, _qui_, ajoute-t-on, _en firent sortir du sang_. Ayant été pris et conduit devant le chancelier de Marle, son procès lui fut fait, et il subit le dernier supplice. Toutes ces circonstances étoient représentées dans un tableau qu'on voyoit à Saint-Martin-des-Champs, dans la chapelle de la Vierge, derrière le choeur. Les uns ajoutent qu'après cet attentat la statue fut portée dans cette église, et qu'il est vraisemblable que c'étoit elle qu'on voyoit posée dans la nef sur un autel, où elle étoit révérée sous le nom de _Notre-Dame de Carole_, parce que cet événement arriva, disent-ils, sous le règne de Charles VI: d'autres prétendent qu'elle fut laissée à sa place, et que c'étoit la même qu'on voyoit encore dans la rue au moment de la révolution.
Quelques auteurs judicieux, entre autres Jaillot, ont manifesté des doutes sur la réalité du fait qui a donné lieu à cette dévotion et à tout ce qui s'est pratiqué depuis à ce sujet. Voici les motifs sur lesquels ils se fondent pour ne pas adopter légèrement cette histoire, d'après une tradition incertaine.
1º. Le journal de Charles VI, l'histoire de ce prince par Jean Juvénal des Ursins, la continuation de celle de Le Laboureur, par Jean Lefèvre, de même que nos meilleurs historiens, ne parlent point de ce fait.
2º. En le supposant vrai, on ne peut pas dire que le coupable ait été traduit devant le chancelier de Marle, puisque ce magistrat, victime de la faction de Bourgogne, avoit été massacré le 12 juin précédent.
3º. Les registres du parlement portent que le 29 mai, avant l'aurore, le duc de Bourgogne étant entré dans Paris, le parlement suspendit ses fonctions, et ne les reprit que le 25 juillet suivant.
4º. La chapelle de Notre-Dame de la Carole, qui étoit au rond-point ou chevet de l'église de Saint-Martin-des-Champs, et la statue qu'on y voyoit, existoient sous ce nom avant le règne de Charles VII; enfin, ce n'est que sur la tradition de l'événement dont il s'agit qu'on plaça à l'entrée de cette chapelle un tableau qui en représentoit les diverses circonstances.
Quoi qu'il en soit, il y avoit un grand concours de peuple dans cette rue le 3 juillet de chaque année; le soir on y allumoit un feu d'artifice, et l'on brûloit ensuite une figure d'osier revêtue de l'habit des Suisses. Cette nation réclama contre un usage qui lui étoit injurieux, et dont elle avoit d'autant plus lieu de se plaindre qu'il n'y avoit point de Suisses en France à l'époque où l'on suppose que cet événement arriva. Sous le règne de Louis XV, le gouvernement fit cesser ces justes plaintes; et l'on supprima d'abord le feu d'artifice, qui d'ailleurs, dans un endroit si resserré, pouvoit occasionner des incendies. Toutefois la coutume de promener le même jour dans Paris une figure gigantesque et ridicule, qui n'étoit propre qu'à effrayer les femmes enceintes et les enfants, subsista encore quelque temps, et ne fut abolie que peu d'années avant la fin de la monarchie.]
_Rue de Paradis._ Elle aboutit d'un côté à la rue du Faubourg-Saint-Denis, de l'autre à la rue Poissonnière. Ce n'étoit autrefois qu'une ruelle indiquée sous ce nom dès 1643; auparavant elle se nommoit rue Saint-Lazare, parce qu'elle faisoit la continuation de la grande rue de ce nom, ainsi que la rue d'Enfer.
_Rue Pavée._ Elle commence à la rue Montorgueil, et se termine à celle du Petit-Lion, au coin de la rue des Deux-Portes; elle est très-ancienne, et énoncée sous ce nom dans le rôle de taxe de 1313, et dans plusieurs actes postérieurs.
_Rue Saint-Philippe._ Elle va de la rue de Bourbon dans celle de Cléri, et fut ouverte, en 1719, sur un terrain vide qui étoit entre ces deux rues. On ignore pourquoi elle porte le nom de Saint-Philippe.
_Rue Poissonnière._ Elle fait la continuation de la rue des _Petits-Carreaux_, et se termine au boulevart. Avant que la clôture de Charles VI eût été reculée sous Louis XIII, ce n'étoit qu'un chemin appelé _du val Larroneux_; il est ainsi nommé dans un acte de l'an 1290, _cheminus qui dicitur vallis Latronum_[504]. Il devoit ce nom au terrain auquel il est contigu: on le nomma aussi _chemin et rue des Poissonniers et des Poissonnières_, parce que c'étoit par cet endroit qu'arrivoient les marchands de marée. On le trouve aussi sous les noms _de la Poissonnerie_ et de _rue de Montorgueil_, dite _de la Poissonnerie_. Une partie des bâtiments qui forment cette rue fut faite en 1633; le terrain sur lequel elle est située s'appeloit, en 1391, le clos _aux Halliers_[505], autrement dit _les masures de Saint-Magloire_; depuis on l'a nommé _le champ aux Femmes_.
[Note 504: _Cart. S. Germ. Autiss._, fol. 44.]
[Note 505: Arch. de l'archev.]
_Rue du Faubourg-Poissonnière._ Elle fait la continuation de la rue Poissonnière par-delà le boulevart, et traverse jusqu'à la barrière cette portion de Paris connue sous le nom de la _Nouvelle-France_[506]. Cet endroit, dont la population étoit considérable dès le milieu du dix-septième siècle, fut érigé en faubourg en 1648, et prit, ainsi que la rue, le nom de _Sainte-Anne_, de la chapelle qui y fut bâtie à peu près dans ce temps sous l'invocation de cette sainte. Telle est l'opinion de quelques historiens de Paris; cependant comme la chapelle ne fut érigée qu'en 1655, il est plus probable que le nom de rue Sainte-Anne lui venoit d'une porte construite à l'entrée du faubourg en 1645, et qui avoit été ainsi nommée pour faire honneur à la reine Anne d'Autriche. Auparavant cette rue n'étoit connue que sous le nom de _chaussée de la Nouvelle-France_.
[Note 506: La Nouvelle-France étoit autrefois une des guinguettes de Paris.]
_Rue du Ponceau_ ou _des Égouts_. Elle va de la rue Saint-Denis à celle de Saint-Martin. Les plans de Paris et les tables des rues diffèrent presque tous en cet endroit; les uns ne présentent qu'une seule rue des Égouts, d'autres distinguent cette rue de celle du Ponceau; il y en a qui placent la rue du Ponceau, du côté de la rue Saint-Martin, jusqu'au coude qui s'y trouve; d'autres, au contraire, lui donnent ce nom depuis ce coude jusqu'à la rue Saint-Denis; et c'est l'opinion qui paroît la mieux fondée[507].
[Note 507: Cette division avoit été adoptée dans ces derniers temps; mais, dans la dernière nomenclature, la rue entière étoit désignée sous le nom de _rue du Ponceau_.]
Ces deux noms viennent d'un égout qui passe encore aujourd'hui dans cette rue, et d'un petit pont qu'on avoit construit au-dessus pour la facilité du passage. On trouve dans les archives de Saint-Martin-des-Champs une foule de titres qui font mention, dès le quatorzième siècle, _du Poncelet des maisons bâties sur le Poncel, à l'opposite de la chapelle Ymbert, et près le Ponceau et la rue Guérin-Boisseau_. Les registres capitulaires de Notre-Dame indiquent en 1413 _le Ponceau Saint-Denis emprès les Nonains_ (les Filles-Dieu.)
Cet égout fut couvert en 1605, et l'on y fit une rue par l'ordre et aux dépens de M. Miron, alors prévôt des marchands. Ce magistrat fit en même temps réparer la fontaine voisine, qui porte le même nom.
_Rue des Deux-Portes._ Elle va de la rue Pavée dans la rue Thévenot. Ce nom lui vient de deux portes qui la fermoient autrefois à ses extrémités; en 1427 elle finissoit à la rue Saint-Sauveur, et se nommoit alors _rue des Deux-Petites-Portes_.
_Rue du Renard._ Elle aboutit d'un côté dans la rue Saint-Denis, de l'autre dans celle des Deux-Portes. Sauval n'a point parlé de cette rue, quoiqu'elle soit fort ancienne; il en est fait mention dans le rôle des taxes de 1313, sous le nom de _rue Perciée_, et depuis _rue Percée_. Il y a toute apparence qu'elle doit son nom à un particulier: car on trouve dans le censier de l'évêché, de 1372, que Robert Renard avoit sa maison au coin de cette rue, devant la Trinité; et dans celui de 1399, que cette maison avoit pour enseigne _le Renard_: la rue en avoit pris le nom dès la fin du quatorzième siècle.
_Rue Saint-Sauveur._ Elle va de la rue Saint-Denis à l'endroit où se joignent les rues Montorgueil et des Petits-Carreaux: ce nom lui vient de l'église Saint-Sauveur. On voit par plusieurs actes que cette rue existoit dès l'an 1285.
_Rue Neuve-Saint-Sauveur._ Elle aboutit dans les rues de Bourbon et des Petits-Carreaux, et fut ainsi nommée parce qu'on avoit projeté d'ouvrir une rue qui devoit traverser de la rue de Bourbon dans celle de Saint-Sauveur. Ce projet n'ayant pas été exécuté, on a donné à celle-ci le nom qu'on avoit destiné à l'autre. Anciennement elle s'appeloit _rue de la Corderie_, ensuite _rue Boyer_, du nom d'un particulier. On la trouve sous ces deux noms dans les censiers de l'archevêché: celui de 1603 la nomme _rue des Corderies_, alias _cour des Miracles_, et celui de 1622, _rue Neuve-Saint-Sauveur_, anciennement dite _Boyer_[508].
[Note 508: Dans cette rue est la cour des _Miracles_. Ce nom étoit commun à tous les endroits où se retiroient autrefois les gueux, les vagabonds et gens sans aveu, et celui-ci étoit un des plus considérables. Cette cour consistoit en une place assez vaste et un très-grand cul-de-sac[508-A]. On assure qu'avant qu'on enfermât les mendiants dans l'Hôpital-Général, à Bicêtre, etc., on y comptoit plus de cinq cents familles entassées les unes sur les autres.
Ce fut par antiphrase que l'on donna aux lieux qui étoient habités par de pareilles gens, le nom de _cour des miracles_, parce que ces gueux, qui pendant la journée erroient dans la ville, contrefaisant les malades et les estropiés, trouvoient, _sans miracle_, en rentrant le soir dans leur repaire, la santé la plus parfaite et le libre usage de leurs membres.
Dans les années qui précédèrent la révolution, on avoit établi dans cette cour, et du côté de la rue Bourbon-Villeneuve, une halle au poisson qui n'existe plus.]
[Note 508-A: La disposition des lieux est changée. La cour des Miracles offre actuellement un passage qui communique par trois ouvertures à différentes rues. _Voyez_ l'art. _Rues nouvelles_.]