Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 3/8)

Part 35

Chapter 353,577 wordsPublic domain

Les Soeurs de la Charité n'étoient, dans le commencement de leur institution, que des filles de la campagne ou d'une naissance commune, propres par leurs habitudes et leur éducation à des travaux pénibles et grossiers; mais la charité chrétienne qui rapproche tous les états, et la piété qui consulte moins les forces que le courage, montrèrent bientôt dans leurs rangs des filles de bonne famille et d'une naissance distinguée, qui, suivant à la lettre les maximes de l'Évangile, quittoient le monde pour Dieu, préféroient le vêtement le plus humble et les occupations les plus dures, les plus rebutantes, au luxe et à la vanité du siècle, souffroient avec patience et douceur les rebuts et les vivacités de ceux qu'elles servoient, et, par cette vertu plus qu'humaine, prouvoient qu'il est de ces âmes privilégiées qui réunissent tous les caractères que saint Paul donne à la charité, et qui en remplissent tous les devoirs. On les appeloit vulgairement _Soeurs Grises_, de la couleur de leur habillement. Après cinq ans d'épreuves, elles faisoient des voeux simples qu'elles renouveloient le 25 mars de chaque année. Leur emploi étoit de prendre soin des pauvres et des malades dans les paroisses, les hôpitaux, et d'instruire les jeunes filles auxquelles elles apprenoient à lire et à écrire. L'utilité de ces établissements en avoit si heureusement multiplié le nombre, qu'on en comptoit environ quatre cents dans le royaume. Il y avoit quarante de ces filles aux Invalides, vingt aux Incurables, et plus de quatre-vingts dans les principales paroisses de Paris[468].

[Note 468: Le bâtiment de cette communauté a été détruit en partie, et en partie changé en maisons particulières. Sur son emplacement on a percé une rue nouvelle qui conduit à l'église Saint-Laurent.]

LA FOIRE SAINT-LAURENT.

Nous avons déjà eu plus d'une fois l'occasion de rappeler que Louis-le-Gros avoit accordé une foire aux lépreux de Saint-Lazare, et que cette concession, confirmée par Louis-le-Jeune, avoit été rachetée, en 1181, par Philippe-Auguste, lorsqu'il fit établir les halles de Champeaux. Cette acquisition avoit été faite moyennant la somme de 300 liv., que ce même prince échangea ensuite avec la maison de Saint-Lazare, en lui accordant la foire Saint-Laurent, laquelle n'étoit, dans l'origine, qu'un rendez-vous momentané de marchands, tel qu'on en voit encore dans toutes les parties de la France, à certains jours de fêtes patronales. Cette foire, qui commençoit alors le matin de la Saint-Laurent, et finissoit le soir de la même journée, fut successivement prolongée jusqu'à quinze jours. Elle éprouva ensuite quelque interruption; et ce n'est que lorsque les Prêtres de la Mission eurent été établis à Saint-Lazare, qu'il fut question de faire revivre cet ancien privilége. Cependant, quoiqu'ils eussent été substitués à tous les droits de cette maison, et que cette foire leur eût même été spécialement accordée, ils furent obligés, dans cette circonstance, de recourir à l'autorité du roi, qui, par ses lettres-patentes du mois d'octobre 1661, enregistrées le 30 janvier 1665, «approuva, ratifia et confirma le don qui avoit été fait précédemment de la foire aux Prêtres de la Mission, avec tous les droits et priviléges qui y étoient attachés.»

Cette foire s'étoit tenue jusque là dans le faubourg, sur une place découverte que l'on appeloit le _Champ de Saint-Laurent_. Par ces mêmes lettres, il fut permis aux Prêtres de la mission de la transférer dans un lieu quelconque de leur domaine. Ils destinèrent à cet effet un champ de cinq à six arpents, entouré de murs, dans lequel ils firent percer des rues bordées d'arbres, et construire des boutiques qu'occupèrent des traiteurs, des limonadiers et des marchands de toute espèce. La foire de Saint-Laurent, qui n'a cessé d'être fréquentée qu'à la fin du dix-huitième siècle, duroit alors trois mois, étant ouverte le 1er juillet et finissant le 1er septembre. Ce lieu, jusque-là désert, s'animoit alors, devenoit le rendez-vous de toutes les classes de la société, et offroit ce mélange amusant et varié que présentent toutes les réunions publiques des grandes villes, réunions que la gaieté françoise rendoit encore plus piquantes et plus remarquables à Paris que partout ailleurs. Il s'y établit des spectacles qui pendant long-temps firent les délices de la société oisive et frivole de cette grande ville; et cette foire partagea avec celle de Saint-Germain la gloire d'avoir été le berceau de l'opéra-comique[469].

[Note 469: L'enclos de la foire Saint-Laurent, presque entièrement abandonné, n'est maintenant rempli que de masures, dans lesquelles cependant on trouve encore quelque trace de l'ancienne disposition des bâtiments.]

CHAPELLE SAINTE-ANNE.

Ce petit monument, qui n'existe plus depuis long-temps, avoit été élevé, sous l'invocation de cette sainte, dans la rue qu'on nomme aujourd'hui rue du Faubourg-Poissonnière, pour la commodité de quelques habitants trop éloignés de l'église de Montmartre. Sur la permission qu'il en obtint de l'abbesse de ce monastère, Roland de Buce, confiseur, destina à cet établissement une maison dont il étoit propriétaire dans ce faubourg. Il fit construire la chapelle et la maison du chapelain, puis céda le tout à l'abbaye de Montmartre, par contrat du 23 octobre 1656. Toutefois cette cession fut loin d'être désintéressée: car il ne la fit qu'à condition d'être remboursé de la valeur de la terre et des frais de la construction.

Cette chapelle, qui étoit située un peu au-dessus de la rue de Paradis et du côté opposé, fut bénite le 27 juillet 1657; et, le 11 août suivant, l'archevêque de Paris permit d'y célébrer le service divin, toutefois sous la condition expresse de reconnoître le curé de Montmartre comme pasteur.

HÔTELS.

_Hôtel de Bourgogne_ (détruit).

Cet hôtel avoit été originairement bâti pour les comtes d'Artois: il paroît qu'il étoit situé dans la rue Pavée, non loin des murs de l'enceinte de Philippe-Auguste, lesquels bornoient l'espace où il étoit renfermé. Cette enceinte ayant été reculée de ce côté, l'hôtel d'Artois s'étendit dans la rue Mauconseil jusque vis-à-vis Saint-Jacques-de-l'Hôpital. Marguerite, comtesse d'Artois et de Flandre, qui dès lors en étoit propriétaire, le porta en dot à Philippe-le-Hardi, fils du roi Jean, lequel fut la tige de la nouvelle branche de Bourgogne. Il devint ensuite l'habitation favorite de Jean-sans-Peur son fils, qui le préféra à l'hôtel de Flandre, dont ce prince lui avoit laissé le choix[470]. Les ducs de Bourgogne qui lui succédèrent en firent également leur demeure, sans qu'il perdît totalement pour cela son premier nom d'hôtel d'Artois, qu'on retrouve encore dans plusieurs actes; cependant dès lors et depuis on l'appela plus communément l'hôtel de Bourgogne.

[Note 470: Sauval rapporte que _Jean-sans-Peur_, assassin du duc d'Orléans, y avoit fait construire une chambre toute en pierres de taille, avec tous les accessoires nécessaires pour s'y défendre, et que c'étoit là qu'il couchoit toutes les nuits. Ces terreurs dont il étoit agité ont été, dans tous les temps, la première punition des grands crimes, et jamais surnom ne convint moins à un scélérat et à un tyran que celui de _sans Peur_ qu'on lui avoit donné.]

Cet hôtel, ainsi que les autres biens de la maison de Bourgogne, ayant été réuni à la couronne après la mort de Charles-le-Téméraire, tué au siége de Nanci en 1477, fut successivement occupé par différents particuliers, auxquels nos rois avoient accordé des logements dans les habitations royales, ce qui dura jusqu'au temps de François Ier. Alors cet antique édifice, apparemment mal entretenu, tomboit si fort en ruine qu'il devint presque inhabitable, ce qui détermina ce monarque à ordonner, par son édit du 20 septembre 1543, qu'il seroit démoli, et son emplacement divisé par portions, que l'on vendroit à l'enchère. Peu de temps après, les confrères de la Passion, qu'on venoit d'expulser de l'hôpital de la Trinité, achetèrent de Jean Rouvet, acquéreur principal, une partie de ce terrain, moyennant 16 livres de cens, et 225 livres de rente rachetable de 4500 livres, à la charge d'y faire construire une salle pour les représentations de leur spectacle, et des loges dont une appartiendroit audit Rouvet et aux siens leur vie durant. Le contrat d'acquisition est du 30 août 1548. Un arrêt du 17 novembre de la même année nous apprend que la salle étoit déjà construite, puisqu'il permet d'y jouer des sujets profanes et licites, et qu'il défend aux confrères d'y représenter le mystère de la Passion, ni quelque autre mystère sacré que ce soit. Des lettres d'amortissement pour cette acquisition furent expédiées par le roi Charles IX au mois de janvier 1566, et enregistrées en la chambre des comptes le 25 février 1567. Dès que les confrères eurent fait construire leur salle, on ne donna plus d'autre nom à cet édifice que celui d'hôtel de Bourgogne.

D'après la défense qui venoit de leur être faite, les confrères, ne croyant pas qu'il fût de leur honneur de monter sur le théâtre pour y représenter des pièces profanes, prirent le parti de louer leur hôtel[471] et leur privilége à une troupe de comédiens qui venoit de se former, se réservant toutefois deux loges pour eux et leurs amis, lesquelles furent appelées loges des maîtres.

[Note 471: Ils avoient fait sculpter sur l'une des portes (celle qui donnoit sur la rue Françoise), les instruments de la Passion; mais c'est à tort que Piganiol a prétendu que ce fut _pour marquer que leur théâtre étoit uniquement destiné à la représentation des choses saintes_, puisque l'arrêt de 1548 le leur défendoit expressément. Ils vouloient seulement indiquer, par cet emblème, le droit de propriété qu'ils avoient sur cet hôtel.]

Les confrères de la Passion demeurèrent propriétaires de l'hôtel de Bourgogne jusqu'au mois de décembre 1676, époque à laquelle cette association fut supprimée, et ses revenus furent attribués à l'hôpital général, pour la nourriture et l'entretien des enfants trouvés. On voit alors le théâtre de cet hôtel occupé par les comédiens italiens qui s'étoient introduits en France sous le règne de Henri III. Un ordre du roi ayant fait fermer ce théâtre en 1617, il servit ensuite de salle pour le tirage des loteries jusqu'au 18 de mai de l'an 1716, que le duc d'Orléans, régent, y rétablit les comédiens italiens.

Nous avons déjà raconté les révolutions, les alternatives de bonne et de mauvaise fortune qu'éprouva cette troupe étrangère jusqu'au moment où, réunie aux acteurs de l'Opéra-Comique, elle abandonna l'hôtel de Bourgogne pour venir s'établir dans le nouveau théâtre qu'on lui avoit construit sur l'emplacement de l'hôtel de Choiseul, événement qui n'arriva qu'en 1783[472].

[Note 472: _Voy._ p. 241.]

La salle fut ensuite abattue, et sur l'espace vide qu'elle occupoit on transféra, en 1784, le marché aux Cuirs, situé auparavant dans le quartier des Halles.

HÔTELS EXISTANTS EN 1789.

Parmi un assez grand nombre de maisons nouvellement construites à l'extrémité du quartier Saint-Denis, et principalement dans le faubourg Poissonnière, on remarque:

L'hôtel d'Espinchal, au coin de la rue des Petites-Écuries du roi. ---- de Jarnac, même rue. ---- de Tabari, même rue[473].

[Note 473: Depuis la révolution, le nombre des maisons élégantes bâties dans cette partie de la ville s'est prodigieusement augmenté.]

FONTAINES.

_Fontaine des Filles-Dieu._

Elle étoit située dans la rue Saint-Denis, à côté de la porte d'entrée de ce couvent; établie d'abord en 1265, détruite dans les siècles suivants, elle fut reconstruite au même endroit en 1605. Cette fontaine, qui n'a rien de remarquable dans sa construction, existe encore et reçoit l'eau de l'aquéduc des Prés-Saint-Gervais.

_Fontaine de la Croix de la Reine_ ou _de la Trinité_.

Cette ancienne fontaine subsiste encore au coin de la rue Greneta, et présente dans sa forme actuelle une portion de cercle adossée à l'angle de la rue. Son premier nom est le même que celui qu'avoit porté, dans l'origine, l'hôpital de la Trinité, et dont nous avons fait connoître l'étymologie[474].

[Note 474: _Voyez_ p. 206.]

_Fontaine du Ponceau._

Cette fontaine, réparée en 1605, donnoit alors de l'eau de l'aquéduc des Prés-Saint-Gervais; elle est alimentée aujourd'hui par le canal de l'Ourcq[475].

[Note 475: _Voyez_ l'article _Monuments Nouveaux_.]

_Fontaine Saint-Lazare._

Elle fut construite dans le treizième siècle, vis-à-vis de cette maison, et réparée dans le dix-septième. L'eau qu'elle donne vient de l'aquéduc des Prés-Saint-Gervais.

MARCHÉ AUX CUIRS.

_Voyez_ ci-dessus, p. 564.

BARRIÈRES.

Les limites de ce quartier terminent la ville du côté du septentrion, et renferment trois barrières, savoir:

1. Barrière Sainte-Anne[476]. 2. ---- Saint-Denis. 3. ---- des Vertus[477].

[Note 476: Depuis barrière Poissonnière, aujourd'hui du Télégraphe.]

[Note 477: Cette barrière a été fermée.]

RUES ET PLACES DU QUARTIER SAINT-DENIS.

_Rue Sainte-Apolline._ Elle traverse de la rue Saint-Denis dans la rue Saint-Martin. C'est par erreur que sur les plans de Jouvin et de Bullet elle est désignée sous le nom de _rue Neuve-d'Orléans_, la rue qui porte ce nom en étant très-éloignée et séparée par le boulevart.

_Rue Sainte-Barbe._ Elle commence à la rue Beauregard, et se termine au boulevart; cette rue étoit connue sous ce nom dès 1540, et le devoit à la chapelle érigée sous l'invocation de saint Louis et de sainte Barbe, dont nous avons parlé à l'article de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle.

_Rue Beauregard._ Elle aboutit aux rues de Cléry et Poissonnière; on la connoissoit, dès le seizième siècle, sous ce nom, dont nous ignorons d'ailleurs l'étymologie.

_Rue Beaurepaire._ Elle donne d'un bout dans la rue Montorgueil, et de l'autre dans celle des Deux-Portes. Cette rue, qui existoit dès 1255, se trouve indiquée dans les cartulaires de l'évêché de cette année[478], sous le nom de _Bellus locus_; on la trouve encore dans un acte de 1258 sous celui de _Vicus qui dicitur Bellus Reditus_[479]. Dès l'an 1313 cette rue et le terrain sur lequel elle étoit située avoient changé leur nom latin en celui de _Beaurepaire_. En 1478 on y voyoit une plâtrière qui portoit le même nom.

[Note 478: Fol. 162, _verso_, cart. 219.--Fol. 80, _verso_, cart. 3.]

[Note 479: _Parv. cart._, fol. 117, _recto_.--Cart. 185.]

_Rue de Bourbon[480]._ Cette rue, qui aboutit d'un côté aux rues des Petits-Carreaux et Montorgueil, et de l'autre vient finir à la porte Saint-Denis, doit son nom à dame Jeanne de Bourbon, abbesse de Fontevrault, à qui les dames de la communauté des Filles-Dieu, sorties de cet ordre, voulurent faire honneur; en effet ce furent elles qui changèrent son ancienne dénomination, laquelle étoit rue _Saint-Côme_ et _rue du Milieu des Fossés_, noms qu'elle portoit conjointement avec celles qui couvroient le fossé qu'on avoit creusé en cet endroit. On la trouve indiquée, dès 1639, sous le nom de rue de Bourbon.

[Note 480: Pendant la révolution elle a porté le nom de rue _d'Aboukir_. Les bâtiments de cette rue n'étoient pas encore entièrement achevés au commencement du dix-huitième siècle.]

_Rue du Bourg-l'Abbé._ Elle aboutit d'un côté dans la rue aux Oues (ou aux Ours), et de l'autre dans la rue Greneta. Il y a plusieurs opinions sur l'étymologie du nom de cette rue. Sauval[481] prétend qu'elle le doit à un particulier nommé _Simon du Bourg-l'Abbé_ ou _du Bourlabbé_; Jaillot présume qu'elle le doit à un ancien bourg qui existoit sous les rois de la seconde race. Ce bourg s'étant accru, on y construisit la chapelle de Saint-Georges, dont nous avons déjà parlé, laquelle prit depuis le nom de Saint-Magloire; et comme elle dépendoit de l'abbé de ce monastère, il lui paroît vraisemblable que le bourg voisin, qui s'augmentait tous les jours, en prit le nom de _Bourg-l'Abbé_.

[Note 481: T. I, p. 115.]

Le commissaire Delamare a cru que ce nom venoit de l'abbé de Saint-Martin-des-Champs[482], sur la censive duquel ce bourg étoit, dit-il, en partie situé; mais il a confondu le Beaubourg, qui étoit véritablement dans la censive de Saint-Martin-des-Champs, avec le Bourg-l'Abbé, qui a été jusqu'aux derniers temps dans celle de Saint-Magloire.

[Note 482: Traité de la Pol., t. I, p. 139.]

_Rue du Petit-Carreau_ ou _des Petits-Carreaux_. Elle commence à la rue Saint-Sauveur, et va jusqu'à celle de Cléri, en faisant la continuation de la rue Montorgueil. La plupart des anciens plans ne la distinguent point de cette dernière rue; mais ils indiquent en cet endroit _les Petits-Carreaux_, qui étoient l'enseigne d'une maison, laquelle subsistoit encore à la fin du siècle dernier, et devoit ce nom au lieu où elle étoit située. En 1628 le registre des ensaisinements désigne aussi la rue sous le nom _des Petits-Carreaux_; Sauval lui donne le même nom. Ce n'est que dans les plans et nomenclatures modernes qu'elle est nommée _du Petit-Carreau_. La partie de cette rue qui tient à la rue Poissonnière contenoit plusieurs étaux de bouchers, et s'appeloit, en 1637, rue _des Boucheries_[483].

[Note 483: Il y avoit autrefois dans cette rue deux culs-de-sacs. Le premier s'appeloit de la Corderie. Il forme aujourd'hui l'entrée de la rue Thévenot et le cul-de-sac de l'Étoile.

Le second a porté différents noms; en 1622 on l'appeloit ruelle du Crucifix, et il le portoit encore en 1646. Suivant les censiers de l'archevêché, de Chuyes et Valleyre le nomment cul-de-sac du Petit-Jésus; et sur plusieurs plans on le trouve sous la dénomination de cul-de-sac _de Saint-Claude_. Ces différents noms viennent des enseignes qu'on a substituées les unes aux autres. Il avoit repris son nom _du Crucifix_ au milieu du dix-septième siècle, et il est encore énoncé ainsi dans un arrêt du conseil du 9 août 1768, et dans les lettres-patentes expédiées en conséquence le 1er septembre suivant, en vertu desquelles, de l'avis du prévôt des marchands et des échevins, donné le 7 mars précédent, il est permis au sieur _Pierre Leprieur_ de le supprimer et d'employer le terrain à son profit, moyennant 3 deniers de cens par toise, et une redevance annuelle de 30 livres au domaine.]

_Rue Saint-Claude._ Cette rue, qui aboutit d'un côté dans la rue Sainte-Foi, et de l'autre dans la rue de Cléri, n'est ouverte que depuis 1652. On lui donna d'abord le nom de _Sainte-Anne_; celui qu'elle porte aujourd'hui lui vient d'une maison faisant l'un des coins de la rue de Bourbon, laquelle avoit pour enseigne l'image de Saint-Claude[484].

[Note 484: Reg. des ensaisin. de l'archev., 1666.]

_Rue de Cléri._ La partie de cette rue qui dépend de ce quartier commence à la rue des Petits-Carreaux, et se termine à celle de Saint-Denis. On a déjà remarqué qu'elle devoit son nom à l'hôtel de Cléri, et qu'elle le portoit, dès 1540, dans toute son étendue. Il y a quelques actes du dix-septième siècle dans lesquels la partie de cette rue qui s'étend du côté de la porte Saint-Denis est nommée rue _Mouffetard_.

Il y a dans cette rue une ruelle, autrefois sans nom, qui va dans la rue Beauregard; on la nomme aujourd'hui rue _des Degrés_.

_Rue Saint-Denis._ La partie de cette rue qui dépend de ce quartier commence aux rues aux Oues et Mauconseil, et aboutit à la porte Saint-Denis. Nous avons déjà remarqué qu'on l'appeloit anciennement _la chaussée_ et _la grant rue Saint-Denys_.

Il y a dans la rue Saint-Denis quatre culs-de-sac.

Le premier se nomme _cul-de-sac des Peintres_; il est situé près de l'endroit où étoit l'ancienne porte de l'enceinte de Philippe-Auguste, laquelle fut démolie en 1535. C'étoit anciennement une ruelle appelée de l'_Arbalète_, de l'enseigne d'une maison dans laquelle étoient deux jeux de paume pratiqués le long des anciens murs. On la nomma ensuite ruelle _sans chef_, _dite des Étuves_, puis ruelle _de l'Asne-Rayé_, de l'enseigne d'une hôtellerie qui lui étoit contiguë; enfin on croit que ce cul-de-sac a pris le nom qu'il porte aujourd'hui d'un peintre nommé Guyon Le Doux, qui fit bâtir une maison avec une tournelle en saillie au coin de cette ruelle: d'autres pensent que cette dénomination lui vient d'une famille qui y demeuroit au treizième siècle; car en 1303 la maison de l'Arbalète appartenoit aux enfants de _Gilles le Peintre_, ce qui est prouvé par un acte authentique de cette même année.

Le second, situé du même côté, près la Trinité, a le nom de _cul-de-sac de Bas-Four_; il a porté successivement ceux de _rue sans-chef_, _ruelle sans-chef_, _aboutissant à la Trinité_; _ruelle sans-chef_ appelée _Bas-Four_. On ignore l'étymologie de ce dernier nom, qui a prévalu.

Le troisième, appelé _cul-de-sac de l'Empereur_[485], est situé de l'autre côté de la rue. Il doit ce nom à l'enseigne d'une maison, et le portoit dès 1391; cependant il paroît que cette ruelle, ainsi que la rue Thévenot, portoient aussi les noms de rue _des Cordiers_ et _de la Corderie_, parce qu'elles renfermoient plusieurs ateliers de ce genre. On la trouve indiquée sous ce dernier nom, et en même temps sous celui de l'_Empereur_ dans un titre de 1591.

[Note 485: On le nomme maintenant _cul-de-sac Mauconseil_.]

Le quatrième cul-de-sac, appelé _cour Sainte Catherine_, doit son nom à une maison et à un jardin anciennement appelés le _Pressoir_, lesquels appartenoient aux religieuses de Sainte-Catherine; elles avoient acquis cette propriété pour venir y prendre de temps en temps quelque repos, et y avoient fait construire une chapelle en 1641.

_Rue des Degrés._--Voyez _rue de Cléri_.

_Rue du Faubourg-Saint-Denis._ Elle commence à la porte Saint-Denis, et finit à la maison de Saint-Lazare et au coin de la rue Saint-Laurent.

_Rue Neuve-Saint-Denis._ Elle traverse de la rue Saint-Denis dans celle de Saint-Martin. On l'appela d'abord rue _des Deux-Portes_, parce qu'elle aboutissoit aux portes Saint-Denis et Saint-Martin. On la trouve indiquée, dès 1655, sous le nom de rue _Neuve Saint-Denis_[486].

[Note 486: Arch. de l'archev.]

_Rue Basse-Saint-Denis._ Cette rue règne le long du boulevart, et continuoit autrefois jusqu'à la rue du Faubourg-Poissonnière; mais vers 1770 elle fut coupée presque à la moitié de son ancienne étendue. On l'appeloit autrefois rue _des Fossés-Saint-Denis_, _Basse-Villeneuve_, _Neuve-des-Filles-Dieu_.

Il y a dans cette rue trois culs-de-sac.

1º. Le _cul-de-sac Saint-Laurent_, qui doit sans doute son nom au territoire où il est situé, lequel dépendoit de la paroisse Saint-Laurent.

2º. Le _cul-de-sac des Filles-Dieu_, parce qu'il se trouve sur le terrain de leur ancien enclos. Ce cul-de-sac s'appeloit anciennement _ruelle Couvreuse_.

3º. _Le cul-de-sac des Babillards._ On ignore l'étymologie de cette dénomination; à l'extrémité de cette rue, du côté du faubourg Poissonnière, étoit le cimetière de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle[487].

[Note 487: Sur l'emplacement qu'il occupoit on a élevé une maison particulière.]

_Rue de l'Échiquier._ Cette rue, construite depuis 1780, traverse de la rue du Faubourg-Poissonnière dans celle de Saint-Denis. Elle a pris ce nom d'une maison dite de l'_Échiquier_, située sur une partie du terrain au travers duquel elle a été percée.

_Rue des Petites-Écuries._ Elle donne aussi d'un bout dans la rue du Faubourg-Saint-Denis, et de l'autre dans celle du Faubourg-Poissonnière, et doit son nom aux petites-écuries du roi, situées autrefois dans la première de ces deux rues.