Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 3/8)

Part 18

Chapter 183,633 wordsPublic domain

_Rue des Martyrs_[200]. Cette rue, qui est la continuation de celle du Faubourg-Montmartre jusqu'à la barrière, doit son nom à une chapelle érigée à l'endroit où l'on croit que Saint-Denis et ses compagnons ont été décapités. Elle étoit connue anciennement sous le nom de rue des Porcherons. Sur plusieurs plans on la trouve confondue avec la rue du Faubourg-Montmartre.

[Note 200: On a percé, dans cette rue, un chemin qui aboutit aux murs de Paris, et qu'on a nommé ruelle _Beauregard_.]

_Rue Neuve-des-Mathurins._ Cette rue, percée en 1778, aboutit d'un côté à la rue de la Chaussée d'Antin, de l'autre à celle de l'Arcade, où finit le quartier. Elle doit son nom à son emplacement sur lequel les Mathurins avaient plusieurs possessions.

_Rue de la Ferme des Mathurins._ Elle fut percée à la même époque dans la rue précédente, d'où elle va aboutir dans la rue Saint-Nicolas, ci-devant de l'Égout.--Il y a vis-à-vis un cul-de-sac qui porte le même nom.

_Rue de Menars._ Elle aboutit d'un côté dans la rue de Richelieu, de l'autre dans celle de Grammont. Le nom qu'elle porte lui vient d'un hôtel situé en cet endroit, lequel appartenoit au président de Menars. C'étoit autrefois un cul-de-sac qui avoit été percé en 1767 sur le terrain de l'hôtel de Grammont.

_Rue de la Michodière_[201]. Cette rue, qui fait suite à celle de Gaillon, et vient aboutir au boulevart, a été percée depuis 1780 sur une partie du terrain et des jardins de l'hôtel de Richelieu et des maisons adjacentes. Elle doit son nom à M. de La Michodière, conseiller d'état.

[Note 201: À côté de cette rue, et sur les jardins de l'hôtel de Richelieu, on a percé une rue nouvelle qui donne dans celle de Louis-le-Grand, et se nomme rue _du Port-Mahon_.]

_Rue Monthalon._ Cette rue, qui fait suite à la rue Coquenart, et vient aboutir à celle du Faubourg-Poissonnière, a été percée sur des jardins depuis 1780.

_Rue Montmartre._ La partie de cette rue qui dépend de ce quartier ne commence qu'à la rue Neuve-Saint-Eustache, et aboutit au boulevart. Dans cette rue se trouve le _cul-de-sac de Saint-Pierre_, qui doit ce nom à la rue Saint-Pierre dont il est voisin. En 1622 il portoit le nom _des Mazures_. Il prit ensuite celui de _cul-de-sac de la rue Neuve-Montmartre_; puis _des Marmouzets_. La Caille et Piganiol le nomment _Gourtin_ et _Saint Pierre Gourtin_.

Il y avoit encore autrefois dans cette rue un autre cul-de-sac nommé cul-de-sac _des Commissaires_. C'étoit anciennement une rue nommée de _l'Arche_, parce qu'elle étoit ouverte sur le fief de l'Arche, autrefois Saint-Mandé. Lorsqu'on eut coupé cette rue, la partie qui subsista fut nommée cul-de-sac de _l'Épée Royale_, comme on peut le voir dans de Chuyes; c'étoit le nom d'une enseigne. En 1647, il le quitta pour prendre celui d'un particulier appelé _Ragouleau_. Ce cul-de-sac est désigné sous ce nom dans un censier de l'archevêché de 1663. Enfin on lui avoit donné celui _des Commissaires_, nous ignorons à quelle occasion.

_Rue du Faubourg-Montmartre._ Elle va du boulevart à l'abbaye de Montmartre, en comprenant sous ce nom la rue des Martyrs dont nous venons de parler[202].

[Note 202: L'église et l'abbaye de Montmartre, étant situées hors des murs de Paris, se trouvent naturellement rejetées de notre plan. Cependant la célébrité du lieu est tel, que, sans en faire l'histoire, nous croyons devoir du moins lui consacrer une note. Il y avoit, dès la fin du septième siècle ou au commencement du suivant, une église consacrée sur cette montagne à Saint-Denis, et une petite chapelle, _ædicula, parva ecclesia_, où l'on conservoit les reliques de plusieurs autres martyrs dont les noms ne sont pas parvenus jusqu'à nous. En 1096, ces deux églises furent données, avec quelques terres qui en dépendoient, aux moines de Saint-Martin-des-Champs. Ces religieux les cédèrent, en 1133, au roi Louis-le-Gros, en échange de Saint-Denis-de-la-Chartre[202-A]; et, l'année suivante, ce prince et Alix de Savoie, sa femme, y fondèrent l'abbaye de Bénédictines, qui en jouissoit encore dans les derniers temps de la monarchie. Le couvent qu'on y voyoit occupoit la place de la chapelle: il fut d'abord érigé en prieuré dépendant de l'abbaye située sur le sommet de la montagne; mais depuis il avoit été réuni. Les religieuses, ayant fait ensuite bâtir des lieux réguliers et une église, laissèrent l'ancienne église pour le service de la paroisse.]

[Note 202-A: _Voyez_ t. Ier, p. 271, 1re partie.]

_Rue des Fossés-Montmartre._ Elle traverse de la rue Montmartre à la place des Victoires. Avant la construction de cette place, elle s'étendoit jusqu'à la rue des Petits-Champs, en face de l'hôtel de la Vrillière, aujourd'hui de Toulouse. Cette rue doit son nom au fossé qui se prolongeoit jusqu'à la porte Montmartre, et c'est sur son emplacement qu'elle a été bâtie. Elle fut d'abord nommée rue _du Fossé_, _des Fossés_. Cependant dès 1647 elle portoit le même nom qu'aujourd'hui.

_Rue Saint-Nicolas._ Voyez _rue de l'Égout_.

_Rue Papillon._ C'est une petite rue de traverse ouverte depuis 1780 qui donne d'un côté dans la rue Monthalon, et de l'autre dans celle d'Enfer.

_Rue le Pelletier._ C'est une rue nouvelle percée peu de temps avant la révolution, et qui donne sur le boulevart et dans la rue de Provence.

_Rue des Petits-Pères._ Elle aboutit d'un côté aux rues de la Vrillière et de la Feuillade, de l'autre au coin de la rue Vide-Gousset. C'est une continuation de l'ancien mail et de la rue qui en porte le nom. Elle doit le sien au couvent des religieux augustins réformés, vulgairement appelés _Petits-Pères_.

_Rue Pétrelle._ Voyez _rue de la Rochefoucault_.

_Rue Saint-Pierre._ Elle aboutit d'un côté dans la rue Montmartre, de l'autre, dans celle de Notre-Dame-des-Victoires. Elle doit son nom à une maison qui avoit pour enseigne l'image de Saint-Pierre. Elle prit en 1603 celui de _Pénécher_, d'un particulier qui y demeuroit. On en fit ensuite par corruption la rue _Péniche_; puis en 1666 rue _Péniche, dite de Saint-Pierre_. Il paroît qu'elle avoit été ouverte sur un terrain que les titres du seizième siècle appellent _le clos Gautier_, autrement des _Mazures_, et le _petit chemin herbu_.

_Rue Pigalle._ Voyez _rue Royale_.

_Rue des Postes._ C'étoit ainsi qu'on nommoit autrefois la partie de la rue Saint-Georges qui va de la rue Chantereine à celle de Saint-Lazare. Des postes de commis, établis en cet endroit par les fermiers-généraux pour empêcher la contrebande, lui avoient fait donner ce nom. Nous avons déjà fait connoître, à l'article de la rue Chantereine, celui sous lequel elle étoit désignée avant cette dernière dénomination.

_Rue Projetée._ C'est une rue nouvelle, ouverte sur la rue de Choiseul, et qui lui sert de communication avec la rue de la Michodière et celle de Louis-le-Grand: on la nomme aujourd'hui rue de Hanovre.

_Rue de Provence._ Le projet de cette rue fut conçu en 1771, lorsque l'on eut résolu de couvrir l'égout qui traversoit ce terrain dans toute sa longueur. Elle est devenue depuis une des plus belles rues de Paris, et n'est presque composée que d'hôtels somptueux et de maisons élégantes.

_Rue Ribouté._ Cette petite rue, ouverte depuis 1780, communique de la rue d'Enfer à celle de Monthalon.

_Rue de Richelieu._ La partie de cette rue située dans ce quartier commence à la rue Neuve-des-Petits-Champs et finit au boulevart. Dans le principe elle se nommoit rue Royale, et venoit aboutir à une porte du même nom, située près de la rue Feydeau. La porte fut démolie en 1701; et en 1704, un arrêt du conseil ordonna que la rue seroit continuée jusqu'au boulevart.

_Rue de la Rochefoucault._ Voyez _rue de la Tour-des-Dames_.

_Rue Saint-Roch._ Elle fait la continuation de la rue des Jeûneurs, ou Jeux-Neufs, et va de la rue du Gros-Chenet à la rue Poissonnière. Elle est indiquée _sans nom_ dans le plan de de Chuyes.

_Rue de Rochechouart._ Elle fait la continuation de la rue Cadet, et aboutit au chemin de Clignancourt. Elle doit sans doute son nom à Marguerite de Rochechouart de Mont-Pipeau, abbesse de Montmartre, morte en 1727. Le chemin sans nom qui est au bout de cette rue est nommé maintenant rue _Pétrelle_.

_Rue Richer._ Cette rue, qui communique de la rue du Faubourg-Montmartre à celle du Faubourg-Poissonnière, étoit un passage sans nom avant 1772. Depuis il avoit reçu celui de _Passage de la grille_. La rue Richer n'a été couverte de maisons que depuis la révolution.

_Rue Royale._ Ce n'étoit autrefois qu'un chemin qui, de la rue de la Croix-Blanche conduisoit à Montmartre. C'est maintenant une très-belle rue garnie de maisons élégantes, et qui se termine à la barrière nommée aujourd'hui de _Montmartre_[203].

[Note 203: Cette rue a été nommée, depuis la révolution, rue _Pigalle_, parce que ce sculpteur y avoit une maison. On y a percé à droite une rue transversale qu'on a appelée rue de _Laval_.]

_Rue du Sentier._ Cette rue fait la continuation de celle du Gros-Chenet, et aboutit au boulevart. Elle doit son nom au sentier sur lequel on l'a bâtie. On la trouve désignée mal à propos dans quelques plans sous les noms de _Centière_, _Centier_ et _Chantier_.

_Rue Taitbout._ Cette rue, percée depuis 1780 sur le boulevart, entre la rue d'Artois et celle de la Chaussée-d'Antin, va aboutir à la rue de Provence.

_Rue Thiroux._ Cette rue a été ouverte, depuis 1780, dans la rue Neuve-des-Mathurins, vis-à-vis la rue Caumartin. Elle donne dans celle de Sainte-Croix, qui en fait la continuation.

_Rue des Filles-Saint-Thomas._ Elle commence à la rue Notre-Dame-des-Victoires, et finit à celle de Richelieu, vis-à-vis la rue Neuve-Saint-Augustin. Cette rue doit son nom au couvent des Filles-Saint-Thomas qui y étoit situé; elle a été ouverte en partie sur le terrain des Augustins, partie sur celui de ces religieuses.

_Rue de la place Vendôme._ Voyez _rue Louis-le-Grand_.

_Rue Notre-Dame-des-Victoires._ Elle fait la continuation de la rue des Petits-Pères, et va, par un retour d'équerre, aboutir dans la rue Montmartre. Son nom lui vient de l'église des Augustins, qui étoit sous l'invocation de Notre-Dame-des-Victoires. On l'a nommée anciennement le _chemin Herbu_, rue des _Victoires_; et en 1647, rue des _Augustins déchaussés_, autrement, de _Notre-Dame-des-Victoires_.

_Rue Vivienne._ Elle traverse de la rue des Petits-Champs dans celle des Filles-Saint-Thomas, et se prolongeoit autrefois jusqu'à la rue Feydeau; mais dans cette dernière partie elle s'appeloit rue Saint-Jérôme[204]. Elle doit le premier nom à une famille très-connue qui portoit celui de Vivien. On la trouve indiquée sous ce nom de _Vivien_, sur les plans de _Gomboust_ et de _Bullet_.

[Note 204: Les religieuses de Saint-Thomas avoient ensuite renfermé cette partie de rue dans l'enceinte de leur monastère.]

_Rue Vide-Gousset._ Elle commence au bout des rues des Petits-Pères et de Notre-Dame-des-Victoires, et se termine à la place des Victoires. Avant la construction de cette place elle faisoit partie de la rue du Petit-Reposoir, qui se trouve de l'autre côté. Son nom lui vient probablement de quelque vol qui aura été commis dans cet endroit. Avant la construction de la place, elle faisoit partie de la rue qui existe encore de l'autre côté, et qui porte le nom du _Petit Reposoir_.

PLACES.

_Place des Victoires._ Voyez p. 205.

_Place de la Comédie Italienne._ Elle est peu spacieuse et formée par les rues de Favart et de Marivaux, par la façade du monument, et par un bâtiment isolé nommé le _Pâté des Italiens_.

PASSAGES.

_Passage Cendrier._ Il aboutit d'un côté à la rue Neuve-des-Mathurins, de l'autre à la rue Basse-du-Rempart.

_Passage des Petits-Pères._ Il aboutit d'un côté à la rue des Petits-Pères, maintenant rue Neuve-des-Petits-Pères et de l'autre à l'église.

_Passage Saulnier._ Il communique de la rue Bleue à la rue Richer.

RUES NOUVELLES.

_Rue Neuve-Saint-Augustin._ C'est une continuation de cette rue ouverte sur l'ancien terrain des Capucines. Elle traverse la rue de la Paix et vient aboutir au boulevart.

_Rue du Helder._ Elle a été ouverte depuis la révolution sur l'emplacement d'une caserne des gardes françoises, et aboutit d'un côté au boulevart, de l'autre à la rue de Provence.

_Rue de Laval._ Cette rue nouvelle, percée depuis la révolution, commence à la rue Pigalle et vient aboutir à la barrière.

_Rue de Louvois._ Elle a été ouverte sur le terrain de l'ancien hôtel Louvois, et donne d'un bout dans la rue de Richelieu, de l'autre dans la rue Sainte-Anne.

_Rue de Lully._ Cette rue ouverte sur le même terrain communique de la rue de Louvois à la rue Rameau.

_Rue Pinon._ C'est l'ancien cul-de-sac _Grange-Batelière_ que l'on a ouvert sur la rue d'Artois. Le nom de _Pinon_ est celui d'un président à mortier du parlement de Paris, propriétaire du fief de Grange-Batelière.

_Rue du Port-Mahon._ Elle commence au carrefour Gaillon, et donne, de l'autre bout, dans la rue de Hanovre.

_Rue Rameau._ Cette rue, ouverte sur le terrain de l'hôtel Louvois et parallèle à celle qui porte ce dernier nom, communique de même de la rue de Richelieu à la rue Sainte-Anne.

_Rue de la Paix._ Cette rue nouvelle ouverte sur l'ancien terrain des Capucines, commence à la rue Neuve-des-Petits-Champs, vis-à-vis la place Vendôme, et vient aboutir au boulevart: c'est une des plus belles rues de Paris.

PASSAGES NOUVEAUX.

_Passage Feydeau._ Ce passage ouvert sur l'ancien terrain du couvent des Filles-Saint-Thomas, communique d'un côté à la rue des Filles-Saint-Thomas, de l'autre à la rue Feydeau.

_Passage du Panorama._ Il a été ouvert dans la rue Saint-Marc, et communique de cette rue au boulevart.

CULS-DE-SACS NOUVEAUX.

_Cul-de-sac de Briare._ Il est situé dans la rue de Rochechouart, entre les rues de la Tour-d'Auvergne et Coquenart.

_Cul-de-sac Coquenart._ On le trouve dans la rue du même nom, presque vis-à-vis la rue de Buffaut.

Il y a dans la rue Richer un cul-de-sac sans nom.

ANTIQUITÉS ROMAINES

DÉCOUVERTES DANS LE QUARTIER MONTMARTRE.

_Sculptures en bas-relief; monuments sépulcraux._ Ces restes d'antiquités furent découverts en 1751 dans une fouille que l'on faisoit rue Vivienne, pour établir les fondements d'une écurie. On y trouva:

1º. Huit fragments de marbre, ornés de bas-reliefs qui représentent, entre autres sujets, un homme à demi couché sur un lit et un esclave portant un plat; Bacchus et Ariane; une prêtresse rendant des oracles, et un homme qui les écrit dans un livre; un repas de trois convives couchés sur des lits, et encore un esclave portant un plat, etc. M. de Caylus, qui a publié la gravure, et donné la description de ces fragments,[205] ne doutent point qu'ils n'appartiennent à des tombeaux; et, en effet, il n'eut point de sujets plus souvent répétés sur les cippes et les sarcophages qui nous sont restés de l'antiquité, que l'histoire symbolique de Bacchus, et ces repas funèbres que l'on faisoit en l'honneur des morts.

[Note 205: Recueil d'antiq., t. II, p. 373, et suivantes.]

2º. Un cippe cinéraire en marbre, dont la face principale est ornée d'une guirlande de fleurs et de fruits, que soutiennent deux têtes de bélier. L'inscription placée au-dessous de ce feston nous apprend que _Pithusa_ a fait exécuter ce monument pour sa fille _Ampudia Amanda_, morte à l'âge de dix-sept ans.

3º. Un couvercle de marbre, richement orné de sculptures, qui a dû appartenir à un autre cippe d'une plus grande dimension que le précédent.

_Autre monument sépulcral._ C'est un cippe cinéraire semblable à celui que nous venons de décrire. Il fut découvert dans la même rue en 1806, et dans une fouille que l'on faisoit également pour quelques réparations ou constructions, dans la maison de cette rue qui porte le numéro 8. À chaque angle de cette urne, des têtes de béliers soutiennent des festons de fleurs et de fruits, dont les quatre côtés du cippe sont décorés. Quatre aigles éployées occupent la partie inférieure des quatre angles, et sur le feston de la face principale où est gravée l'inscription, est sculptée une biche dont un autre aigle déchire le dos. Nous apprenons par cette inscription que _Chrestus_, affranchi, a fait ériger ce monument à son patron _Nonius Junius Epigonus_. Les autres faces offrent, au-dessous de chaque feston, une plante, un patère et une aiguière ou _præfericulum_.

Dans une autre maison de cette même rue, on trouva sous terre une épée de bronze que Montfaucon a fait graver dans ses antiquités.

On déterra encore à peu de distance de là, depuis la révolution, et en creusant la terre pour établir les fondations de la nouvelle Bourse, plusieurs fragments de poterie romaine, et deux poids antiques de verre[206].

[Note 206: «En 1628, un jardinier, fouillant la terre dans l'endroit de cette rue où se tenoit la Bourse, y trouva neuf cuirasses qui avoient été faites pour des femmes; on n'en pouvoit douter à la façon dont elles étoient relevées en bosse, et arrondies sur l'un et l'autre côté de l'estomac. Quelles étoient ces héroïnes, et dans quel siècle vivoient-elles? c'est ce que je n'ai pu découvrir; j'ai seulement trouvé dans Mézerai, année 1147, à l'article de la croisade prêchée par saint Bernard, que plusieurs femmes ne se contentèrent pas de prendre la croix, mais qu'elles prirent aussi les armes pour la défendre, et composèrent des escadrons de leur sexe, rendant croyable tout ce qu'on a dit des prouesses des Amazones.» (SAINT-FOIX.)]

Nous apprenons de Frodoart[207] que sur le penchant de ce monticule, et vers le nord, il existoit un vieil édifice qui fut renversé en 944, par un ouragan très-violent. On présumoit que c'étoient les restes d'un temple consacré à quelque divinité du paganisme, et probablement au dieu Mars, dont ce lieu avoit reçu le nom.

Des fouilles ayant été ordonnées dans cet endroit en 1737 et 1738, et d'après l'indication laissée par cet ancien historien, on y découvrit les restes d'un bâtiment dont le plan offroit un parallélogramme divisé en cellules, dont quelques-unes contenoient des fourneaux. On y reconnut les vestiges de deux chambres cimentées intérieurement et extérieurement; du côté du midi, un canal qui descendoit de la fontaine du Buc, apportoit l'eau dans cet édifice; et cette eau y pénétroit par une ouverture voisine des fourneaux. L'abbé Lebeuf, qui avoit suivi les travaux de ces fouilles, a cru y voir une maison de bains particuliers. M. de Caylus, qui recueillit depuis avec le plus grand soin toutes les notions relatives à ces recherches, pensa que ce pouvoit être un bâtiment destiné à des fonderies. Tous les deux s'accordent à n'y point reconnoître un temple payen. Dans les ruines de ce même édifice, furent trouvés un vase de terre d'un travail grossier, et une tête de bronze grande comme nature[207].

[Note 207: Antiquités, etc., t. III.]

Au bas de cette même montagne, et dans la partie opposée, on découvrit encore, en creusant un puits, deux fragments de bas-reliefs en marbre blanc, offrant des enfants ailés qui montent sur un char; un bras de bronze qui a dû appartenir à une statue d'environ huit pieds de proportion, un petit buste et quelques fragments de poterie romaine.

MONUMENTS NOUVEAUX

ET RÉPARATIONS FAITES AUX ANCIENS MONUMENTS DEPUIS 1789.

_Place des Victoires._ La statue colossale du général Desaix, tué à la bataille de Marengo, y a occupé quelques années la place où s'élevoit auparavant le monument de Louis XIV; et c'étoit là une de ces idées heureuses qui ne pouvoient entrer que dans une tête comme celle de Buonaparte. Cette statue étoit en bronze, et représentoit ce général entièrement nu, (ce qui étoit encore dans les convenances de ce temps-là), tenant une épée de la main droite, et affublé d'un petit manteau jeté sur l'épaule gauche. Même avant la fin du règne de l'usurpateur, on fut obligé de détruire ce monument monstrueux et ridicule tout à la fois; et rien jusqu'à la restauration ne l'avoit remplacé.

La statue de Louis XIV va reprendre la place qui lui appartient. Le grand monarque y sera représenté à cheval, et M. Bosio est chargé de l'exécution de ce monument.

_Église des Petits-Pères._ Cette église, qui a été rendue au culte, possède deux nouveaux tableaux dont la ville de Paris lui a fait présent, et que l'on a placés dans le choeur. L'un représente la _Conversion de saint Augustin_, l'autre, la _Vision de sainte Monique_. Tous les deux ont été exécutés par M. Gailliot, et forment le complément de l'Histoire de Saint-Augustin, dont les principaux événements ont été retracés dans les six tableaux de Carle Vanloo, déjà mentionnés.

À l'entrée de l'église, à gauche et au-dessus du bénitier, on a gravé sur une table de marbre, avec sa traduction latine, ce vers grec _rétrograde_ qui est très-connu,

[Grec: Nipson anomêmata mê monan opsin.]

Ablue peccata non solam faciem.

On fait dans la chapelle qui contenoit le tombeau de Lully les réparations nécessaires pour y replacer ce monument; et cette même chapelle est déjà ornée du portrait en médaillon de ce musicien célèbre. Au-dessous est gravée en lettres d'or une inscription en six vers latins, composée par Santeuil.

Il a été placé un pavillon télégraphique au-dessus du clocher de cette église.

_Théâtre Feydeau._ Cette salle fut élevée en 1791, sur une portion du terrain appartenant aux Filles-Saint-Thomas, et sur les dessins de MM. Legrand et Molinos. Elle avoit été construite pour une troupe de bouffons italiens, qui en prit possession dans cette même année; et cet édifice porta d'abord le nom de théâtre de _Monsieur_.

Après avoir été successivement occupée par plusieurs autres troupes, et un moment par les comédiens françois, cette salle appartient, depuis quinze ans environ, à la troupe de l'Opéra-Comique françois.

La façade de ce monument, entourée, dans la rue Feydeau de maisons qui permettent à peine de la voir, s'y présente obliquement sur un plan circulaire, et se compose de parties trop grandes pour l'emplacement resserré dans lequel elle a été construite. Trois arcs percés dans le soubassement permettent de descendre de voiture sous le vestibule: c'est une heureuse idée, et qui produiroit beaucoup d'effet, si elle avoit été exécutée et développée sur une ligne plus étendue. Des caryatides d'un bon style forment l'accompagnement de sept arcades qui décorent le premier étage. C'est un monument élevé avec célérité au milieu des difficultés insurmontables que présentoit le terrain, et qui par conséquent ne doit point être jugé avec sévérité.

_La Bourse._ Cet édifice, dont la première pierre fut posée en 1808, et qui n'est point encore entièrement achevé, s'élève sur l'emplacement du couvent des Filles-Saint-Thomas. Son plan offre un parallélogramme de 212 pieds dans sa longueur, et de 126 pieds dans sa largeur. Il est entouré d'un péristyle composé de 66 colonnes corinthiennes, formant, tout autour de l'édifice, une galerie couverte à laquelle on arrive par un perron de seize marches qui occupe toute la face occidentale du monument. Des bas-reliefs ornent cette galerie, et représentent des sujets symboliques, qui tous se rapportent au commerce et à l'industrie.

Un grand vestibule sert de communication pour se rendre à droite aux salles particulières des agens et des courtiers de change, à gauche au tribunal de commerce.

La salle de la Bourse, située au rez-de-chaussée et au centre de l'édifice, a 116 pieds de longueur sur 76 de largeur. Elle est éclairée par le comble, et peut contenir 2000 personnes.