Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 3/8)
Part 17
_Rue Neuve-Saint-Augustin._ Elle aboutit d'un côté à la rue de Richelieu, et de l'autre à celle de Louis-le-Grand. Cette rue, qui fut percée vers le milieu du dix-septième siècle, s'appela rue _Saint-Augustin_ depuis la rue Notre-Dame-des-Victoires jusqu'à celle de Richelieu, et l'on donna ensuite indifféremment le même nom et celui de rue _Neuve-Saint-Augustin_, à la continuation qu'on en fit jusqu'à la rue de Gaillon. Dans un censier de l'archevêché de 1663, on la trouve indiquée sous le nom de _rue Neuve-de-Saint-Augustin, jadis dite de Saint-Victor_; mais il n'est point dit dans quelle partie elle a pu porter ce dernier nom. Elle finissoit à la rue de _Lorges_, nom que portoit alors la partie septentrionale de la rue de Gaillon. Ce ne fut qu'en mars 1701 que le roi ordonna qu'elle seroit prolongée, et qu'elle formeroit jusqu'à la rue Neuve-des-Petits-Champs un retour d'équerre qui seroit appelé rue de _Louis-le-Grand_. Cet arrêt fut confirmé par un autre du 3 juillet 1703, par lequel il paroît que depuis la rue de Gaillon jusqu'à celle de Louis-le-Grand, la continuation de la rue Neuve-Saint-Augustin devoit être appelée rue _de Lorges_. Soit qu'il se fût élevé des difficultés sur l'acquisition des terrains nécessaires, soit que les religieux de Saint-Denis-de-la-Chartre, qui avoient des droits sur cet emplacement, eussent fait naître alors des obstacles à l'exécution de ces arrêts pour la conservation de leur censive, ou pour en être indemnisés, on voit par un troisième arrêt, du premier décembre 1715, que ce projet avoit été suspendu, au moins en partie. Il n'a été absolument exécuté qu'en 1718.
La rue Saint-Augustin étoit ainsi nommée, parce qu'elle régnoit le long d'un mur de clôture des religieux augustins, vulgairement appelés Petits-Pères.
_Rue de la Tour-d'Auvergne._ Elle va transversalement de la rue de Rochechouart à celle des Martyrs. Cette rue ne se trouve indiquée sur aucun plan avant 1762; c'étoit la continuation du chemin qui conduisoit de la Nouvelle-France à Montmartre.
_Rue Basse_ ou _chemin du Rempart_. Elle règne le long du boulevart. Par arrêt du conseil, du 7 août 1714, il avoit été défendu de bâtir le long du rempart à plus de trente toises de distance. L'objet de cette défense étoit de conserver ce chemin pour les voitures, et de ménager à ce moyen le sol du boulevart. Les mêmes défenses furent renouvelées en 1720, mais avec une exception qui permettoit à la ville de supprimer ce chemin depuis la Ville-l'Évêque jusqu'à la chaussée de Gaillon. Il le fut en effet, mais on ne tarda pas à sentir combien il étoit nécessaire, et l'on décida qu'il seroit rétabli. Ce fut alors qu'on commença à construire dans sa longueur les jolies maisons qui lui ont fait donner le nom de rue _Basse_, parce que le terrain en est beaucoup plus bas que celui du rempart.
_Rue Baudin._ C'est une petite ruelle qui, commençant d'un côté à la rue Blanche, aboutit de l'autre à la rue Saint-George, dans les marais des Porcherons; elle tenoit ce nom d'un jardinier qui avoit présidé à l'établissement d'une grande partie des jardins dont sont accompagnées les maisons qui forment cette rue[192].
[Note 192: On a changé son nom en celui de rue _de la Tour des Dames_; elle se trouve fermée par un mur élevé dans la rue de _la Rochefoucault_, où elle vient finir aujourd'hui.]
_Ruelle Beauregard._--Voyez _rue des Martyrs_.
_Rue Bellefond._ Elle traverse de la rue Poissonnière dans celle de Rochechouart. On croit qu'elle doit son nom à madame de Bellefond, abbesse de Montmartre. Dans quelques plans on la trouve mal à propos indiquée sous le nom de rue _Jollivet_.
_Rue Bergère._ Elle aboutit à la rue Poissonnière et à celle du Faubourg-Montmartre. Ce n'étoit dans son origine qu'un chemin dont la direction a souvent varié du côté du faubourg Montmartre. La communication en fut ensuite interrompue, et il ne forma plus qu'un cul-de-sac dans lequel il y en avoit un autre plus petit qui subsistoit encore en 1738. Tous deux aboutissoient à des jardins potagers. Enfin ce chemin fut ouvert et continué en ligne droite, et l'on commença à y bâtir des maisons. Comme cette rue coupe en partie le terrain qu'on appeloit anciennement _Clos aux Halliers_, elle ne fut long-temps connue que sous cette dénomination générale donnée à tout le territoire. Cependant d'anciens titres de l'archevêché prouvent que le nom de rue _Bergère_ qu'on lui donna ensuite, étoit un vieux nom sous lequel elle étoit désignée dès 1652. On la trouve aussi indiquée dans quelques plans sous celui de rue _du Berger_.
_Rue Blanche._--Voyez _rue de la Croix-Blanche_.
_Rue Bleue._--Voyez _rue d'Enfer_.
_Rue Boudreau._ Cette rue, percée depuis 1780, donne d'un côté dans la rue Caumartin, de l'autre dans celle de Trudon.
_Rue de Buffaut._ Cette rue, percée également depuis 1780, aboutit d'un côté à la rue du Faubourg-Montmartre, de l'autre à la rue Coquenart.
_Rue Cadet._ Elle commence au faubourg Montmartre presque vis-à-vis la rue de Provence, et aboutit à la rue de Rochechouart, au coin des rues d'Enfer et Coquenart. Sur presque tous les plans on la trouve indiquée sous le nom de _Voirie_, parce qu'en effet il en a existé une pendant long-temps dans cet endroit. On a depuis donné le nom de _Cadet_, tant à cette rue qu'à une croix élevée à l'une de ses extrémités. Ce nom vient du _clos Cadet_ lequel étoit situé au-dessous à droite.
_Rue Neuve-des-Capucins._ Cette rue fut ouverte dans la chaussée d'Antin à l'époque où l'on bâtit le nouveau couvent de ces religieux; elle donne d'un côté dans la rue Thiroux, et de l'autre dans celle de la chaussée d'Antin[193].
[Note 193: Cette rue a pris, dans la révolution, le nom de rue _Joubert_.]
_Rue des Capucines._ Elle fait la continuation de la rue Neuve-des-Petits-Champs, depuis la rue Louis-le-Grand et la place Vendôme jusqu'au boulevart. Elle doit son nom au couvent des religieuses capucines qui y étoit situé. Quelques historiens ne la distinguent pas de la rue Neuve-des-Petits-Champs.
_Rue Caumartin._ C'est une de ces rues nouvelles percées depuis 1780 dans les marais de la chaussée d'Antin. Elle est ouverte d'un côté sur le boulevart, et aboutit de l'autre à la rue Neuve-des-Mathurins.
_Rue de Chabanais._ Cette rue, ouverte en 1777, commence dans la rue Neuve-des-Petits-Champs, entre les rues Sainte-Anne, et de Richelieu, et, par un retour d'équerre, se termine à la rue Sainte-Anne.
_Rue Neuve-des-Petits-Champs._ Elle aboutit à la rue de la Feuillade et à celle des Capucines. Son nom vient du lieu où elle est située, lequel étoit couvert de marais et de jardins potagers. Elle commençoit autrefois à la rue des Petits-Champs (depuis rue de la Vrillière), et ne fut prolongée que successivement. Il paroît que, de là jusqu'à la rue Vivienne, elle fut appelée ensuite rue _Beautru_, du nom d'un hôtel qui y étoit situé.
_Rue Chantereine._ C'étoit autrefois une petite rue qui faisoit la continuation de la rue des Postes, et aboutissoit à celle du Faubourg-Montmartre; elle se nommoit alors _Chantrelle_. Jaillot avoit déjà pensé que ce nom étoit un mot altéré qui venoit de _Chante-Reine_, lequel avoit été le véritable nom de cette rue. Ce n'étoit autrefois, ainsi que la rue des Postes, qui en fait la continuation, qu'une ruelle qui traversoit des jardins, et toutes les deux ne sont désignées dans les plans du siècle dernier, que sous le nom de _ruellette au marais des Porcherons_. Aujourd'hui la rue Chantereine, qui se prolonge jusqu'à la rue de la Chaussée-d'Antin, est couverte de beaux édifices, et a pris place parmi les plus belles rues de Paris.
_Rue Chauchat._ Cette rue nouvelle, percée depuis 1780, donne d'un bout dans celle de Provence, de l'autre dans la rue Chantereine.
_Rue de la Chaussée-d'Antin_[194]. Elle va du boulevart à la rue Saint-Lazare. Ce n'étoit, dans le dix-septième siècle, qu'un chemin tortueux qui conduisoit aux Porcherons[195]. Il commençoit à la porte de Gaillon, et tout le long régnoit un égout découvert. De là lui sont venus les différents noms de _Chemin des Porcherons_, de _rue de l'Égout de Gaillon et de Chaussée de Gaillon_. On l'a aussi appelée, dès ce temps-là, _la Chaussée d'Antin_, à cause de l'hôtel d'Antin, depuis de Richelieu, en face duquel ce chemin étoit ouvert. Il prit ensuite le nom de chemin de _la Grande Pinte_, de l'enseigne d'un cabaret situé à son extrémité. Enfin on le désigna sous celui de rue _de l'Hôtel-Dieu_, à cause d'une ferme appartenant à cet hospice, située rue Saint-Lazare, et d'un pont placé sur l'égout, appelé le pont de l'Hôtel-Dieu.
[Note 194: Cette rue a reçu, dans la révolution, le nom de rue de _Mirabeau_ et celui de rue du _Montblanc_.]
[Note 195: Les Porcherons étoient autrefois une espèce de bourg séparé du quartier Montmartre, et situé un peu au-dessus des barrières. Ce lieu étoit rempli de cabarets, où le peuple se rendoit en foule le dimanche, parce que le vin s'y vendoit à meilleur marché. Depuis que les Porcherons ont été compris dans l'enceinte de Paris, ils ont cessé d'être fréquentés, et c'est principalement à Belleville que se font maintenant ces sortes de rassemblements. Il y avoit et il y a encore aux environs de Paris un assez grand nombre d'endroits de cette espèce, que l'on désigne sous la dénomination générale de _Guinguettes_, tels que la Nouvelle-France, la Petite-Pologne (auprès des Porcherons), la plaine des Sablons, et celle de Grenelle, le moulin de Javelle, Vaugirard, le Grand et le Petit-Chantilly, la Rapée, le Grand et le Petit-Charonne, Ménil-Montant, la Haute-Borne, la Courtille, le Gros-Caillou, le Port-à-l'Anglais.]
Le quartier de Gaillon s'étant considérablement augmenté au commencement du dix-huitième siècle, surtout après la mort de Louis XIV, le roi ordonna, par son arrêt du conseil, du 31 juillet 1720, que le chemin de Gaillon, qui, comme nous l'avons dit, alloit en serpentant, seroit redressé jusqu'à la barrière des Porcherons, dans la largeur de dix toises, et planté d'un rang d'arbres de chaque côté; mais, la ville ayant représenté qu'il seroit plus convenable et plus utile de faire construire une rue droite de huit toises de large, et de redresser l'égout jusqu'à la barrière de la Grande Pinte, une ordonnance du 4 décembre de la même année lui en accorda la permission. L'égout fut revêtu de murs et voûté, et la rue percée et alignée d'après le plan présenté.
Telle est l'origine de la rue de la _Chaussée d'Antin_, maintenant l'une des plus belles de Paris; les rues qui l'environnent se formèrent successivement, et un nouveau quartier, le plus riche aujourd'hui et le plus brillant de tous, fut ajouté à la ville.
_Rue du Gros-Chenet._ Elle aboutit d'un côté dans la rue de Cléry, de l'autre dans celle du Sentier, et doit son nom à l'enseigne que portoit autrefois une maison située au coin de la rue Saint-Roch. Valleyre la désigne, sur son plan, sous le nom de _Gros-Chêne_. Il paroît que c'est une erreur, et rien n'indique qu'elle ait jamais porté ce nom.
_Rue de Choiseul._ Elle a été ouverte depuis 1780, à travers les hôtels qui bordoient la partie septentrionale de la rue Neuve-Saint-Augustin, et de là elle s'étend jusqu'au boulevart.
_Rue de Cléry._ La partie de cette rue qui est de ce quartier, va de la rue Montmartre à celle des Petits-Carreaux. Son nom vient de l'hôtel de Cléry qui y étoit situé. Valleyre dit que cette partie de la rue s'appeloit aussi _Mouffetard_. C'est une erreur; ce nom n'a été donné autrefois qu'à la partie qui va des Petits-Carreaux à la porte Saint-Denis.
_Rue de Clichy._ Cette rue, qui commence dans celle de Saint-Lazare, et aboutit à une des barrières de Paris, a porté jusqu'en 1780 le nom de rue _du Coq_. Elle le devoit à une grande maison située vis-à-vis de son ouverture, et qu'on appeloit le _Château-Cocq_ ou _du Cocq_, du nom d'une ancienne famille dont on voyoit encore, vers la fin du siècle dernier, les armes sculptées sur une vieille porte murée, avec la date de 1320. Au-dessus étoit une chapelle où l'on disoit la messe les dimanches et jours de fêtes. L'hôtel _Cocq_ étoit aussi connu sous le nom de _Château des Porcherons_.
La rue du Coq n'est désignée sur les anciens plans que sous le nom de _Chemin de Clichy_, parce qu'effectivement elle conduit à ce village.
_Rue de Colbert._ Elle traverse de la rue Vivienne dans celle de Richelieu, et doit son nom à l'hôtel de Colbert, en face duquel elle a été ouverte vers le milieu du dix-septième siècle, sur une partie de l'emplacement du palais Mazarin.
_Rue Coquenart._ Elle donne d'un bout dans la rue du Faubourg-Montmartre, de l'autre elle joint l'extrémité de la rue Cadet. Elle est ainsi appelée du lieu où elle a été percée, lequel est désigné dans de vieux titres sous ceux de _Coquemart_ et _Coquenart_. L'abbé Lebeuf l'appelle rue _Goguenard_. À la fin du dix-septième siècle elle reçut de la chapelle qui y est située, le nom de rue de _Notre-Dame-de-Lorette_.
_Rue du Croissant._ Elle va de la rue Montmartre à celle du Gros-Chenet, et doit à une enseigne ce nom sous lequel elle étoit connue dès 1612.
_Rue Sainte-Croix._ C'est une rue nouvelle percée depuis 1780, laquelle fait la continuation de la rue Thiroux, et aboutit à la rue Saint-Lazare.
_Rue de la Croix-Blanche._ Elle commence à la rue Saint-Lazare ou des Porcherons, et aboutit à la barrière. On l'appeloit aussi simplement _rue Blanche_.
_Rue de la Tour des Dames._ Cette rue est parallèle à la rue de la Croix-Blanche, et fut ainsi nommée d'un moulin qui s'y trouvoit, lequel appartenoit aux dames de Montmartre. On l'appelle maintenant rue de _la Rochefoucauld_.
_Rue de l'Égout._ Elle fait suite à la rue de Provence, prenant son origine à la rue de la Chaussée d'Antin, et finissant à celle de la Pologne, où se termine le quartier. Cette rue, qui fut ouverte à peu près en même temps que celle dont elle est la continuation, doit son nom à l'égout découvert qui se prolongeoit autrefois sur ce terrain et dans cette direction. On la nomme aujourd'hui rue Saint-Nicolas.
_Rue d'Enfer._ Elle aboutit d'un côté dans la rue Cadet, de l'autre dans la rue Poissonnière où finit le quartier. On ignore l'origine de ce nom qu'elle a changé, pendant la révolution, contre celui de rue _Bleue_.
_Rue Neuve-Saint-Eustache._ Elle donne d'un bout dans la rue Montmartre, et de l'autre dans celle des Petits-Carreaux. Cette rue, qui fut formée sur l'emplacement du fossé de l'enceinte de Charles VI, s'appeloit anciennement _rue Saint-Côme_ ou _du Milieu-du-Fossé_[196]. Dès l'an 1641 on la trouve désignée sous le nom de rue Neuve-Saint-Eustache.
[Note 196: Arch. de l'archev.]
_Rue Favart._ Elle commence à l'extrémité du _Pâté des Italiens_, forme à droite un des côtés de la place de la Comédie italienne, et va se terminer au boulevart. Elle fut construite en même temps que le monument.
_Rue de la Feuillade._ Elle fait la continuation de la rue Neuve-des-Petits-Champs, et aboutit à la place des Victoires. On lui a donné ce nom en l'honneur de M. de La Feuillade, qui avoit fait bâtir la place des Victoires et élever le monument qui la décoroit. Avant cette époque cette rue étoit connue sous le nom de _rue des Jardins_[197].
[Note 197: Arch. de l'archev.]
_Rue Feydeau._ Cette rue donne d'un bout dans la rue Montmartre, de l'autre dans celle de Richelieu; elle a été ainsi appelée du nom d'une famille qui, sous la monarchie, avoit rempli les plus hautes places de la magistrature. On la désignoit en 1675 sous le titre de rue _des Fossés-Montmartre_ auquel on ajouta l'épithète de _Neuve_, pour la distinguer de celle des Fossés-Montmartre, qu'on nommoit alors simplement rue _des Fossés_. La rue Feydeau ne portoit ce nom qu'à son extrémité, du côté de la porte _Gaillon_; mais elle s'étendoit sous celui _des Fossés_ jusqu'à la porte Montmartre. Toute cette partie ayant été couverte des maisons et jardins qui formèrent la rue Neuve-Saint-Augustin, on donna à celle qui fut conservée le nom de _Feydeau_, qu'elle avoit déjà porté vers la fin du dix-septième siècle.
_Rue Saint-Fiacre._ Elle va de la rue des Jeûneurs aux boulevarts, et, à la fin du dernier siècle, elle se fermoit encore à ses deux extrémités. Cette rue doit son nom à l'ancien fief de Saint-Fiacre sur lequel elle est située. Sauval l'a confondue avec le cul-de-sac du même nom, situé rue Saint-Martin, qu'il appelle _rue du Figuier_. Elle conserve aujourd'hui le premier de ces noms qu'elle portoit originairement, comme on le voit dans les plans de de Chuyes, et même dans un acte de 1630[198].
[Note 198: Arch. de l'archev.]
_Rue des Trois Frères._ Elle a été percée pour ouvrir une communication entre la rue de Provence et la rue Chantereine. Nous ignorons l'étymologie de son nom, de même que celui de _Houssaie_ que porte aujourd'hui sa partie méridionale.
_Rue de Gaillon._ Cette rue qui s'étendoit autrefois d'un côté jusqu'à la rue Saint-Honoré, se prolongeoit de l'autre entre les emplacements de l'hôtel de Richelieu et de celui de la Vallière jusqu'à une des portes de la ville, qui avoit reçu d'elle le nom de porte _Gaillon_. Louis XIV ayant ordonné en 1645 que toutes les places vides entre les portes Saint-Denis et Saint-Honoré fussent vendues et couvertes d'édifices, la partie de celle-ci qui dépassoit la rue Neuve-Saint-Augustin fut supprimée, et la porte abattue en 1700. Nous avons déjà fait connoître, en parlant de la rue Saint-Roch, l'étymologie du nom de celle de Gaillon.
_Rue Saint-Georges._ Ce n'étoit dans le principe qu'une ruelle qui donnoit dans la rue Baudin et dans celle de Saint-Lazare; c'est maintenant une rue superbe, couverte de riches hôtels, qui traverse cette dernière, et se prolonge jusqu'à la rue de Provence.
_Rue de Grammont._ Elle fait la continuation de la rue Sainte Anne et aboutit au boulevart. Cette rue a été percée, en 1767, sur l'emplacement de l'hôtel de Grammont rue Neuve-Saint-Augustin, lequel fut démoli à cette époque.
_Rue Grange-Batelière._ Elle commence au boulevart, et conduisoit à une maison appelée encore dans le siècle dernier _la Grange-Batelière_, laquelle lui a donné son nom. Cette maison, qui avoit appartenu, dans le principe, à l'évêque, fut donnée par la suite avec son territoire au chapitre de Sainte-Opportune, et le prélat en conserva seulement la suzeraineté; elle passa depuis en plusieurs mains. À la fin du quatorzième siècle, on voit que ce fief étoit possédé par Gui, comte de Laval; et un acte de 1424 contient la donation que fait Jean de Malestroit, évêque de Nantes et chancelier de Bretagne, de l'hôtel, cour, grange, colombier, jardins, etc., de la Grange-Batelière, au monastère de Saint-Guillaume des Blancs-Manteaux. On apprend par le même acte que cet hôtel relevoit de l'évêque de Paris, et que les terres qui en dépendoient contenoient 120 arpents. En 1473 il appartenoit à Jean de Bourbon, comte de Vendôme, qui sans doute l'avoit acheté de ces religieux.
Lorsqu'on traça le boulevart, il y avoit devant cette maison une place vague où les eaux et les boues de la rue de Richelieu venoient se perdre dans une fosse profonde qu'on y avoit creusée; ce qui répandoit une infection dangereuse pour les quartiers environnants. Cette circonstance détermina à former de cette place une rue de même largeur et dans la même direction que la rue de Richelieu. On en perça une autre en retour d'équerre jusqu'à la rencontre du chemin des marais; on y pratiqua un égout découvert qui alloit se perdre dans le grand, et cette nouvelle rue fut appelée rue _des Marais_. Telle est l'origine du cul-de-sac _de la Grange-Batelière_. Le retour d'équerre que fait la rue du même nom dans celle du Faubourg-Montmartre fut alors appelé rue _Neuve-Grange-Batelière_, quoiqu'il eût été tracé avant l'autre partie. Il y passoit aussi un égout.
Les noms de la Grange-Batelière varient beaucoup dans les anciens titres. Elle est indiquée en 1243 sous celui de _Granchia Batilliaca_; en 1252 et 1254, elle est appelée _Granchia Bataillie_; en 1290, _Granchia-Bail-Taillée_, et en 1308, _la Grange au Gastelier_, etc.
_Rue de Grétry._ Elle forme derrière le pâté des Italiens un retour d'équerre avec la rue de Favart, et aboutit de l'autre côté à la rue de Grammont. Elle a été construite, comme toutes les rues environnantes, en même temps que le théâtre italien.
_Rue de Hanovre._ Voyez _rue Projetée_.
_Rue de la Houssaie._ Voyez rue _des Trois Frères_.
_Rue des Jeûneurs._ Elle va de la rue Montmartre à celle du Gros-Chenet. Le véritable nom de cette rue est celui de _Jeux-Neufs_, lequel vient de deux jeux de boules dont elle occupe la place; et ce n'est que par corruption qu'on la nomme rue des Jeûneurs. Cependant cette dernière dénomination a prévalu. Elle portoit ce nom de _Jeux-Neufs_ en 1643[199].
[Note 199: Arch. de l'archev.]
_Rue Joquelet._ C'est une petite rue qui traverse de la rue Montmartre dans celle de Notre-Dame-des-Victoires. Elle a pris ce nom d'un bourgeois qui y avoit une maison. Elle le portoit dès 1622.
_Rue Saint-Joseph._ Cette rue, qui aboutit à la rue Montmartre et à celle du Gros-Chenet, est désignée sur tous les plans publiés dans le dix-septième siècle sous le nom de rue _du Temps-Perdu_. Cependant elle étoit connue sous celui de Saint-Joseph dès 1646; et c'est ainsi qu'elle est appelée dans un contrat ensaisiné à l'archevêché le 13 juillet de cette année. De Chuyes l'indique aussi sous ces deux noms dans son _Guide des chemins_ de 1647. Celui de Saint-Joseph lui vient de la chapelle qui y étoit située.
_Rue Joubert._ Voyez _rue Neuve-des-Capucins_.
_Rue Saint-Lazare._ Elle va de la Pologne à la rue du Faubourg-Montmartre. Elle est aussi connue sous le nom de rue des Porcherons. Plusieurs plans du dernier siècle la nomment _rue des Porcherons_ ou _d'Argenteuil_, parce qu'elle conduit à ce bourg.
_Rue de Louis-le-Grand._ Elle commence à la rue Neuve-des-Petits-Champs, et finit au boulevart. D'après les plans manuscrits et gravés du siècle dernier, il paroît qu'il y avoit, le long du monastère des Capucines, un chemin qui fut depuis couvert par les maisons de la rue Louis-le-Grand. Un arrêt du conseil, du 20 mars 1701, ordonna l'ouverture de cette rue. Elle ne devoit s'étendre que depuis la rue Neuve-Saint-Augustin jusqu'à celle des Petits-Champs; mais on la prolongea jusqu'au boulevart, en vertu d'un arrêt du 3 juillet 1703. Elle avoit reçu, dans la révolution, le nom de rue des Piques. On l'appelle maintenant rue _de la Place Vendôme_.
_Rue du Mail._ Cette rue aboutit dans celle des Petits Pères et dans la rue Montmartre; elle doit son nom à un _mail_ ou _palemail_ sur lequel elle fut ouverte, et qui régnoit depuis la porte Montmartre jusqu'à celle de Saint-Honoré. Elle portoit ce nom dès 1636. Un traité fait sous Louis XIII, pour la continuation des fortifications commencées par ordre de Charles IX, adopté par le conseil le 23 novembre 1633, et enregistré au parlement le 5 juillet de l'année suivante, portoit entre autres clauses l'ouverture et la construction des rues du Mail, Cléry, Neuve-Saint-Eustache, Neuve-Saint-Augustin, Notre-Dame-des-Victoires, Neuve-des-Petits-Champs, Richelieu, Sainte-Anne, Neuve-Saint-Honoré, etc.
_Rue Saint-Marc._ Elle traverse de la rue de Richelieu dans la rue Montmartre. C'étoit un chemin de communication entre les faubourgs Montmartre et Saint-Honoré. Elle a été ouverte vers le milieu du dix-septième siècle, et doit vraisemblablement son nom à quelque enseigne.
_Rue Neuve-Saint-Marc._ Elle fait la continuation de la précédente, et donne d'un bout dans la rue de Richelieu, de l'autre sur la place de la comédie italienne. Cette rue a été ouverte sur une partie de l'hôtel de Choiseul.
_Rue de Marivaux._ Cette rue parallèle à celle de Favart, et qui a reçu, comme elle, le nom d'un des auteurs les plus renommés du théâtre italien, a été construite en même temps et sur le même plan.