Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 3/8)

Part 16

Chapter 163,654 wordsPublic domain

Il fut élevé en 1782 sur les dessins de Heurtier. Un péristyle de huit colonnes de l'ordre ionique antique en décore la façade. Six de ces colonnes sont placées sur le devant, et deux en retour sont engagées dans le massif du bâtiment. Les proportions de cette ordonnance ont un caractère mâle et peut-être trop sévère pour un édifice de ce genre. L'architecte s'est même abstenu d'y introduire aucun ornement de sculpture: un acrotère lisse couronne le dessus de l'entablement et les joints horizontaux de l'appareil sont la seule richesse qui relève le mur du fond, percé de baies, carrées au rez-de-chaussée, et cintrées en arcades au premier étage[173].

[Note 173: _Voyez_ pl. 75.]

La place sur laquelle donne cette façade est régulièrement bâtie, et ce monument a l'avantage de présenter une masse parfaitement isolée entre quatre points de communication, la place, le boulevart et les deux rues latérales; ce qui donne à son ensemble un aspect assez imposant. Toutefois les connoisseurs éprouvent quelque regret de voir adossée à cet édifice une maison particulière dont le terrain, réuni à celui du théâtre, eût fourni à l'architecte les moyens d'étendre sa composition, en pratiquant, du côté du boulevart, un portique, de vastes foyers, une salle de répétition; enfin en mettant cette partie dans un rapport symétrique avec le reste du monument. C'est ainsi que, dans les grandes entreprises d'architecture faites à Paris, il arrive trop souvent que des vues d'intérêt personnel viennent en traverser l'exécution, et mécontentent à la fois et le public et l'architecte.

L'intérieur de la salle offroit dans le principe une forme ovale divisée en trois rangs de loges, couronnées par un entablement, derrière lequel s'élevoit une grande voussure en caissons. Peu de temps après on jugea à propos d'y faire des changements dont la direction fut confiée à M. de Wailly. Dans la hauteur de cet entablement et de la voussure, il pratiqua deux rangs de loges de plus sur les côtés, et, dans la partie qui fait face au théâtre, un _paradis_ en forme d'amphithéâtre.

Le plafond, peint par Renou, représentoit Apollon et les Muses. Il a été détruit dans les dernières restaurations faites à cette salle[174].

[Note 174: Dans ces restaurations faites en 1797, l'architecte, M. Bienaimé, a jugé à propos de changer les dispositions intérieures de la salle, à laquelle il a donné une forme sphéroïdale; il a aussi donné une nouvelle distribution aux loges, et un aspect nouveau à la décoration générale. Tous ces changements ont paru de bon goût.]

LES CAPUCINS DE LA CHAUSSÉE-D'ANTIN.

Dans les vingt dernières années qui précédèrent la révolution, le quartier de la Chaussée-d'Antin avoit totalement changé de face; on y avoit percé de nouvelles rues et bâti un grand nombre de belles maisons qui se remplissoient d'habitants. Il en résulta bientôt que cette partie de la ville, devenant de jour en jour plus considérable, se trouva trop éloignée de la paroisse Saint-Eustache, dont elle dépendoit, pour en obtenir régulièrement les secours nécessaires à une si nombreuse population. Cette circonstance fit naître l'idée d'y établir un couvent de religieux; et le gouvernement ayant jeté les yeux sur les Capucins, qu'il jugea propres à remplir le but qu'il se proposoit, leur fit construire, au bout de la rue Thiroux, la maison dont nous parlons. Dès qu'elle fut achevée, les religieux de cet ordre qui habitoient le monastère de la rue Saint-Jacques y furent transférés solennellement, ce qui se fit le 15 septembre 1783. La bénédiction de l'église avoit été faite par l'archevêque le 20 novembre 1782.

Ce monument, qui existe encore[175], offre, du côté de la rue Thiroux, une surface de vingt-sept toises de largeur sur sept de hauteur, y compris le portail de l'église. La façade, d'une belle proportion, présente, dans son étendue, un corps de logis et deux pavillons en avant-corps[176]. Les pavillons sont composés d'un grand fronton et d'un petit attique, et sur la ligne entière de la façade sont pratiquées huit niches destinées à recevoir des figures; au-dessus étoient placés deux bas-reliefs de _Clodion_, qui ont été arrachés.

[Note 175: On y a établi un collége de l'université.]

[Note 176: _Voy._ pl. 77.]

On entre dans cet édifice par trois portes percées dans le corps de logis et dans les deux pavillons. Celle du milieu conduit à une grande cour couverte en terrasse; elle est élevée de deux marches, et décorée d'un ordre toscan, qui présente en petit une imitation des monuments de _Pestum_[177]. Cette galerie servoit de point de communication entre les diverses parties de l'édifice: elle conduisoit à l'église, située dans le pavillon à gauche, et aux logements des religieux, qui occupoient celui de la droite. La façade contenoit un vestibule, les parloirs, les escaliers; et par les portes latérales extérieures on entroit dans l'église et dans les cellules.

[Note 177: _Voy._ pl. 76.]

Ce joli monument fait le plus grand honneur à son architecte, M. Brongniart. Les formes en sont gracieuses, les profils purs, l'ordonnance générale d'une noble simplicité. L'intérieur de l'église est également digne d'attention: il est décoré d'une ordonnance dorique; des joints d'appareil sont tracés sur toute la surface des murs et des voûtes; et cette décoration, élégante et simple, est exécutée avec autant d'intelligence que de goût.

Le porche d'entrée de l'église forme tribune; l'ancien autel en forme de sarcophage, étoit en bois; et au fond du choeur des religieux, pratiqué derrière cet hôtel, on voyoit pour toute peinture une grisaille imitant le bas-relief, laquelle représentoit la prédication de saint François.

Plusieurs personnes se sont étonnées et s'étonnent encore de ce que, dans une église si nouvellement bâtie, on ne voit de chapelles que d'un côté: c'étoit un usage anciennement établi dans les maisons de l'ordre de Saint-François, et l'architecte a été forcé de s'y conformer.

Cet ordre n'est pas le seul où cet usage singulier, et dont nous n'avons pu découvrir l'origine, soit constamment pratiqué. Plusieurs autres maisons d'ordre mendiants l'observent dans la construction de leurs églises; et nous citerons entre autres les Augustins, qui n'ont également qu'un rang de chapelles latérales.

Au-delà du cloître est un jardin d'une assez grande étendue, et une cour de service ayant entrée sur la rue.

La bibliothèque de ces religieux étoit composée de cinq à six mille volumes, parmi lesquels on distinguoit la première bible imprimée au Louvre. On y voyoit aussi cinq tableaux de _Vignon_, représentant différents traits de la vie de saint François.

LA CHAPELLE NOTRE-DAME-DE-LORETTE, OU DES PORCHERONS.

Cette chapelle étoit située[178] au bout du faubourg Montmartre, à l'extrémité de la rue Coquenart. On ignore et l'époque précise de son érection et le nom de son fondateur. Le premier acte authentique où il en soit fait mention est un titre du 13 juillet 1646, par lequel M. de Gondi, archevêque de Paris, permet aux habitants des Porcherons, des paroisses de Saint-Eustache et de Montmartre, d'y établir une confrérie sous le titre de Notre-Dame-de-Lorette, dont la fête devoit être célébrée le jour de la Nativité de la Sainte-Vierge. On y voit, par les lettres que ce prélat fit expédier à cette occasion, que c'étoient ces mêmes habitants qui avoient demandé et obtenu la permission de faire construire cette chapelle pour y recevoir, _en cas de nécessité_, les sacrements et autres consolations spirituelles. Comme elle fut bâtie sur le territoire de la paroisse de Montmartre, elle ne fut reconnue alors que pour une _aide_ de cette paroisse, et non pour une succursale, comme le dit Jaillot, qui confond mal à propos ces deux dénominations. En effet, les lettres de l'archevêque de Paris dont nous venons de parler portent que les confrères n'y pourront faire chanter la messe à haute voix, excepté les jours de fêtes consacrés spécialement à la Vierge; qu'on n'y fera point d'eau bénite, et qu'il n'y sera offert de pain à bénir que pendant ces mêmes solennités. Ce n'est que vers la fin du dernier siècle que le service divin s'est fait dans cette chapelle d'une manière régulière, comme dans une église succursale. Nous n'avons pu découvrir si cet usage s'introduisit par le consentement formel du curé de Montmartre, ou simplement avec son approbation tacite.

[Note 178: Elle a été détruite. Il n'en reste plus que la façade à demi ruinée; et son intérieur forme maintenant un cul-de-sac où l'on a construit des baraques.]

Le jour de la fête de la présentation, dite de _la Chandeleur_, tous les garçons des Porcherons et des environs avoient le privilége d'y rendre le pain bénit, et alloient à l'offrande un cierge à la main.

LA CHAPELLE SAINT-JEAN-PORTE-LATINE.

Cette chapelle, bâtie peu de temps avant la révolution, sur la droite de la grande rue du faubourg Montmartre, au-dessus de la rue de Buffaut, étoit desservie par deux prêtres, et servoit d'aide à la paroisse Saint-Eustache.

On y a depuis quelque temps transporté la dévotion de Notre-Dame-de-Lorette; et elle est devenue paroisse sous ce dernier nom.

HÔTELS.

ANCIENS HÔTELS DÉTRUITS.

_Hôtel de Beautru._

Il étoit situé rue Neuve-des-Petits-Champs. On en fit depuis les écuries d'Orléans.

_Hôtel de Choiseul._

Il étoit situé rue de Richelieu, à l'endroit où est maintenant la rue Neuve-Saint-Marc. C'est sur l'emplacement de ses jardins qu'ont été bâtis le théâtre italien et les édifices qui l'environnent[179].

[Note 179: _Voyez_ p. 241.]

_Hôtel de Cléry._

Cet hôtel existoit en 1540 dans la rue qui porte son nom, et aboutissoit alors aux fossés de la ville.

_Hôtel de la Ferté-Senecterre._

Ce vaste édifice, isolé entre les rues Neuve-des-Petits-Champs et des Fossés-Montmartre, fut abattu lors de la construction de la place des Victoires[180].

[Note 180: _Voyez_ p. 206.]

_Hôtel de Menars._

Cet hôtel, élevé dans la rue qui en a pris le nom, avoit succédé à celui de Grancey et au jardin Thevenin, dont Sauval fait une longue et pompeuse description.

_Hôtel de Grammont._

Il étoit situé rue Neuve-Saint-Augustin. Cet hôtel fut démoli en 1766, et c'est sur son emplacement que fut ouverte la rue désignée sous le même nom, et qui aboutit au boulevart. C'étoit un édifice immense qu'accompagnoit un jardin magnifique. Les ducs de Grammont l'ont possédé pendant trois ou quatre générations.

_Hôtel de Louvois._

Cet hôtel s'élevoit dans la rue de Richelieu, où il occupoit un terrain considérable en face de la rue de Colbert. Il avoit été mis en vente peu de temps avant la révolution, et étoit dès ce temps-là destiné à être abattu, pour ouvrir une communication avec la rue Sainte-Anne. Ce projet a été exécuté depuis, et un grand nombre de constructions nouvelles ont été élevées sur son vaste emplacement[181].

[Note 181: Trois rues ont été percées, et deux théâtres ont été bâtis, depuis la révolution, sur le terrain de cet hôtel. (_Voyez_ les articles _Rues nouvelles_ et _Monuments nouveaux_.)]

HÔTELS EXISTANTS EN 1789.

_Hôtel de la duchesse de Bourbon_ (rue Neuve-des-Petits-Champs).

Tout l'intérieur en avoit été décoré par Rousset, architecte du roi. Il étoit enrichi de peintures des plus grands maîtres.

_Hôtel de la compagnie des Indes._

Cet hôtel, dont la principale entrée est sur la rue Neuve-des-Petits-Champs, faisoit anciennement partie du palais Mazarin, le plus grand qu'il y eût alors à Paris, après les maisons royales. Il s'étendoit depuis la rue Vivienne jusqu'à celle de Richelieu, et se composoit, dans ce vaste espace, d'un très-grand nombre d'appartements magnifiquement décorés, où ce ministre, plus puissant et plus riche que bien des souverains, avoit rassemblé une quantité immense d'objets d'arts les plus précieux. On comptoit dans ce palais plus de quatre cents morceaux des plus belles sculptures antiques en marbre, en bronze, en porphyre, etc. Il étoit décoré de plus de quatre cents tableaux des plus grands peintres, parmi lesquels il s'en trouvoit sept de _Raphaël_, trois du _Corrège_, huit du _Titien_, deux d'_André del Sarte_, douze de _Louis Carrache_, cinq de _Paul Véronèse_, vingt-un du _Guide_, vingt-huit de _Vandick_, etc., etc.

La bibliothèque, placée dans une galerie qui règne le long de la rue de Richelieu, étoit composée des livres les plus rares; et si l'on en croit _Gabriel Naudé_, un des plus savants bibliothécaires de ces temps-là, on y comptoit plus de quarante mille volumes[182]. Tous ces livres furent dispersés pendant ces troubles de la fronde qui forcèrent le cardinal Mazarin à sortir du royaume.

[Note 182: Pour bien apprécier un luxe aussi prodigieux, il faut se rappeler qu'à cette époque la bibliothèque du roi en contenoit à peine sept mille.]

Après la mort de ce ministre, son palais fut partagé en deux parties par ses héritiers. La plus considérable demeura au duc de Mazarin, et continua de porter le nom de palais Mazarin, jusqu'en 1719, que le roi en fit l'acquisition pour y placer les bureaux de la compagnie des Indes. C'est aussi dans l'enceinte de cet hôtel qu'en 1724 on établit la _Bourse_ du commerce de Paris.

L'autre partie, qui étoit échue en partage au marquis de Mancini, duc de Nevers, prit le nom d'hôtel de Nevers qu'il porta jusqu'à l'époque où le régent en fit l'acquisition pour y établir la banque royale, dont le trop fameux _Law_ fut le directeur. Nous avons déjà dit qu'après la suppression de cette banque, on y plaça la bibliothèque.

_Ier hôtel de Choiseul_ (rue Grange-Batelière).

Il fut bâti par Carpentier, architecte du roi, pour feu M. Bouret. Il a appartenu successivement à M. de La Borde, à M. de La Reynière, et en dernier lieu à M. le duc de Choiseul dont il a pris le nom.

_Hôtel de Colbert_ (rue Vivienne, en face de la rue de Colbert).

Cet hôtel fut appelé de Croisi, parce qu'il avoit appartenu à M. de Colbert, marquis de Croisi.

_Hôtel du contrôleur-général_ (rue Neuve-des-Petits-Champs).

Louis Levau en fut l'architecte; et il l'avoit bâti pour Hugues de Lionne, secrétaire d'état. Louis Phelippeaux de Pont-Chartrain, chancelier de France, l'acheta en 1703. Cet hôtel fut ensuite destiné par le roi, d'abord au logement des ambassadeurs extraordinaires, ensuite à celui du ministre des finances. Lorsque M. de Calonne parvint à ce ministère, il y fit faire de grands embellissements, et l'orna d'un grand nombre d'objets d'arts extrêmement précieux, entre autres d'une collection de tableaux des trois écoles qui a joui d'une grande réputation[183].

[Note 183: Cet hôtel n'a point changé de destination, et depuis la révolution, n'a point cessé d'être habité par le ministre des finances.]

_Hôtel de Gesvres_ (rue Neuve-Saint-Augustin).

Il fut élevé par l'architecte Le Pautre, pour M. de Boisfranc, chancelier du duc d'Orléans. Par le mariage de la fille de ce personnage avec le duc de Tresme, cet hôtel passa dans cette maison; il fut connu depuis sous le nom d'hôtel de Tresme.

_Hôtel des Menus-Plaisirs_ (rue Bergère).

Cet hôtel, qui a sa principale entrée sur cette rue, occupe une vaste étendue de terrain. Il servoit d'entrepôt aux machines employées dans les divertissements destinés à la cour, et l'on y avoit bâti une jolie salle de spectacle, dans laquelle on faisoit les répétitions des opéras et des ballets qui devoient se donner à Versailles[184].

[Note 184: Cet hôtel sert encore de magasin pour toutes les décorations et machines de l'Opéra.]

L'école royale de chant et de déclamation étoit placée dans un bâtiment construit exprès au coin des rues Poissonnière et Bergère, et qui fait partie de l'hôtel des Menus-Plaisirs. L'ouverture de cette école, établie sous la monarchie par les soins de M. le baron de Breteuil, se fit le 1er avril de l'année 1784[185].

[Note 185: Cet hôtel, qui conserve toujours la même destination, est connu maintenant sous le nom de _Conservatoire de Musique_.]

_Grand hôtel de Montmorency_ (rue Saint-Marc).

Ce grand et magnifique hôtel, bâti en 1704 sur les dessins de Lassurance, de l'académie royale d'architecture, dans une situation avantageuse, avec un superbe jardin[186], appartenoit, au moment de la révolution, à M. le duc de Montmorency, qui y avoit fait faire des embellissements considérables. La façade sur la cour est décorée d'un ordre d'architecture ionique, élevé sur les dessins de Perin.

[Note 186: Sur les divers changements qu'a éprouvés cet hôtel, _Voy._ l'article _Monuments nouveaux_.]

_Petit hôtel de Montmorency_ (rue Basse-du-Rempart).

Il a vue sur le boulevard; ses deux faces équilatérales sont décorées de colonnes, à l'aplomb desquelles on a placé des figures. Ce joli édifice a été élevé sur les dessins de Le Doux, architecte du roi.

_Hôtel de Richelieu._

Cet hôtel, situé rue Neuve-Saint-Augustin, avoit été bâti en 1707 avec plus de dépense que de goût et de régularité, sur les dessins d'un architecte nommé Pierre Levé. Son premier propriétaire fut un riche financier; il passa ensuite au comte de Toulouse, puis au duc d'Antin, directeur-général des bâtiments; enfin le maréchal de Richelieu, qui l'acheta en 1757, en fit sa demeure habituelle, et l'embellit de tout ce que les arts purent lui fournir alors de plus riche et de plus élégant.

Ces décorations, qui passeroient aujourd'hui pour être de mauvais goût, ont été entièrement changées; mais ce qui étoit digne, dans cette maison, de fixer en tout temps l'attention des connoisseurs, c'étoient trois statues placées dans ses jardins, dont une étoit antique, et les deux autres passoient pour être de la main de Michel-Ange[187].

[Note 187: Les deux statues attribuées à Michel-Ange ont été transportées au Muséum, et placées pendant quelque temps à l'entrée de la grande galerie des tableaux.

Les jardins de l'hôtel de Richelieu, qui s'étendoient jusqu'au boulevard, où ils étoient terminés par un joli pavillon nommé _pavillon d'Hanovre_, ont été considérablement diminués depuis la révolution; une rue nouvelle a été ouverte, et beaucoup de maisons ont été bâties sur la partie qu'on en a détachée.]

_Hôtel Thélusson_ (rue de Provence, en face de la rue d'Artois).

Il avoit été bâti pour madame Thélusson, par l'architecte Le Doux. Peu de temps avant la révolution il étoit occupé par M. de Pons-Saint-Maurice.

Cette maison, construite dans un goût tout-à-fait moderne, est remarquable par une très large voussure décorée de caissons, qui en forme l'entrée. Elle est composée d'un avant-corps circulaire qui domine sur les deux ailes, ce qui donne à ce petit édifice de la grâce et de la légèreté. C'est une des plus jolies habitations particulières de Paris.

_Hôtel d'Uzès_ (rue Montmartre).

Ce bâtiment a encore été construit sur les dessins de Le Doux. Il est remarquable par l'arc de triomphe qui lui sert d'entrée, et par la décoration imposante de la façade qui règne sur la cour[188].

[Note 188: L'hôtel d'Uzès est actuellement occupé par l'administration des douanes.]

_Hôtel de la Vallière_ (rue Neuve-Saint-Augustin.)

Il appartenoit, dans le principe, au duc de Lorges, qui le vendit à la princesse, première douairière de Conti. À sa mort, arrivée en 1739, le duc de La Vallière, étant devenu propriétaire de cet hôtel, lui donna son nom, qu'il a toujours porté depuis.

AUTRES HÔTELS

LES PLUS REMARQUABLES DE CE QUARTIER.

Hôtel d'Aubeterre, rue d'Artois.

---- d'Aumont, rue Caumartin.

---- de Balincourt, rue de la Chaussée-d'Antin.

---- de Bertin, au coin de la rue Neuve-des-Capucines et du boulevart[189].

---- de Bérulle, rue de Richelieu.

---- de Boufflers, rue de Choiseul, au coin du boulevart.

---- de Boulainvilliers, rue Bergère.

---- de Brancas, au coin de la rue Taitbout et du boulevart.

---- de Caumont, même rue.

---- (deuxième) de Choiseul, rue d'Artois.

---- du Dreneuc, rue de Provence.

---- d'Egmont, rue de Louis-le-Grand.

---- de Gouy, rue de Provence.

---- de Grammont, rue Grange-Batelière.

---- d'Inécourt, rue Boudreau.

---- le Pelletier-d'Aunay, rue Neuve-des-Mathurins.

---- de Lubert, rue de Cléry.

---- de Marsan, rue Neuve-St-Augustin

---- de Massiac, place des Victoires.

---- de Mathan, rue Neuve-des-Capucines.

---- de Miromesnil, rue de Richelieu.

---- de Montfermeil, rue de la Chaussée-d'Antin.

---- de Montesson, rue de Provence.

---- de Montholon, boulevart Montmartre.

---- de Moy, rue de Richelieu.

---- de Noé, rue Neuve-des-Mathurins.

---- de Pons, rue Neuve-Saint-Augustin.

---- de St-Chamant; rue Chantereine.

---- de Talaru, rue Vivienne.

---- de Thun, rue de Provence.

---- de Tourdonnet, rue de Richelieu.

---- de Valentinois, rue Saint-Lazare.

[Note 189: Cet hôtel est maintenant occupé par le ministre des affaires étrangères.]

BARRIÈRES.

Les limites du quartier Montmartre terminent la ville de Paris du côté du septentrion, dans un espace qui s'étend depuis la barrière de Mouceaux jusqu'à celle de Sainte-Anne, et comprend dans cette partie des nouvelles murailles cinq barrières placées dans l'ordre suivant:

1. Barrière de Clichy.

2. ------ de la Croix-Blanche.

3. ------ des Martyrs.

4. ------ Rochechouart.

5. ------ Poissonnière.

FONTAINES.

_Fontaine des Petits-Pères._

Cette fontaine adossée au mur du couvent de ces religieux, au coin des rues Vide-Gousset et Notre-Dame-des-Victoires, n'a rien de remarquable que l'inscription suivante composée par Santeuil.

_Quæ dat aquas, saxo latet hospita nympha sub imo: Sic tu cum dederis dona, latere velis._

_Fontaine de Colbert._

Cette fontaine, qui donne de l'eau de la Seine, est située dans la rue Colbert dont elle a pris le nom.

_Fontaine de la rue Montmartre._

Elle a été construite dans la rue qui porte ce nom, vis-à-vis celle de Saint-Marc, donne également de l'eau de la Seine, et n'offre rien, dans sa construction, qui mérite d'être remarqué.

RUES ET PLACES DU QUARTIER MONTMARTRE.

_Rue d'Amboise._ Cette rue, qui donne, d'un côté dans la rue de Richelieu, de l'autre dans celle de Favart, fut percée vers le temps où l'on bâtit le Théâtre Italien, c'est-à-dire, de 1783 à 1784.

_Rue Sainte-Anne._ La partie de cette rue qui dépend de ce quartier commence à la rue Neuve-des-Petits-Champs et finit à la rue Neuve-Saint-Augustin. Dans tous les plans publiés au commencement du siècle dernier, elle est désignée sous le nom de _Lionne_, qu'elle devoit à l'hôtel de M. de Lionne, secrétaire d'état. Nous ignorons à quelle époque elle prit celui de Sainte-Anne, que portoit déjà l'autre partie, et que la rue entière a gardé jusqu'au commencement de la révolution[190].

[Note 190: Elle fut nommée alors rue _Helvétius_. Elle a repris, depuis 1815, son ancien nom.]

_Rue d'Antin._ Elle donne d'un bout dans la rue Neuve-Saint-Augustin, de l'autre dans la rue Neuve-des-Petits-Champs, vis-à-vis l'hôtel d'_Antin_, depuis de _Richelieu_, d'où elle a pris son nom. Dès le 14 mai 1713, il avoit été ordonné qu'il seroit percé une rue en face de cet hôtel; mais cet arrêt n'ayant pas été exécuté alors, il en fut rendu un second confirmatif du premier, avec lettres-patentes du premier décembre 1715, enregistrées le 8 février suivant.

Le marché aux chevaux se tenoit anciennement dans l'espace occupé par la rue et l'hôtel d'Antin.

_Rue d'Artois_[191]. Elle fut ouverte en 1769 sur le boulevart, et vis-à-vis la rue de Grammont. On la perça à travers des jardins qui appartenoient à M. de La Borde. Alors la rue de Provence n'existoit point encore, et la nouvelle rue aboutissoit à un égout situé sur une partie du terrain que l'autre occupe aujourd'hui.

[Note 191: Pendant la révolution, elle a porté le nom de _Cérutti_. Depuis 1814 cette rue a repris son premier nom.]