Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 1/8)

Part 29

Chapter 293,697 wordsPublic domain

_Rue de la Barillerie._ Elle commence à la descente du pont Saint-Michel, et finit à la rue Saint-Barthélemi. En 1398, la partie de cette rue qui commence à celle de la Calendre se nommoit _rue du Pont-Saint-Michel_[619]. Dès l'an 1280 elle est appelée _Barilleria_. Guillot la nomme la _grant Bariszerie_. Ce surnom de _grande_ a pu lui être donné pour la distinguer d'une ruelle de la _Barillerie_ qui lui étoit parallèle, et alloit de la rue de la Calendre à la rivière. Celle-ci est maintenant coupée et couverte de maisons.

[Note 619: Cens. de S. Éloi.]

_Rue Saint-Barthélemi._ Elle continue la rue de la Barillerie, et finit à la place du pont au Change. On ne la distinguoit point de cette dernière au quatorzième siècle. Cependant dès 1220 on lui trouve le nom qu'elle porte encore aujourd'hui[620].

[Note 620: Cart. Episc. Il y avoit autrefois derrière Saint-Barthélemi un cul-de-sac nommé rue des _Cordouagners_. Cette rue avoit été bouchée dès 1315. Le nom s'en perdit par la suite, et on l'indiquoit simplement sous celui de ruelle du _Prieuré_, ruelle _par où l'on va à Notre-Dame des Voûtes_. Notre-Dame des Voûtes étoit une chapelle située au chevet de Saint-Barthélemi. Elle fut depuis réunie à l'église.]

_Rue de Basville._ On a donné ce nom à une communication de la cour Neuve à celle de Lamoignon, construite par les ordres de Guillaume de Lamoignon, premier président et seigneur de Basville.

_Rue de la Calendre._ Elle donne d'un bout dans la rue de la Barillerie, et de l'autre dans la rue du Marché-Palu, vis-à-vis celle de Saint-Christophe. Elle portoit ce nom dès 1280; mais on ignore s'il lui venoit d'une enseigne ou si elle le devoit à quelque famille[621]. On trouve dans le censier de saint Éloi de 1343, une maison qui fut à _Jean de la Kalendre_[622]; une autre indiquée sous le même nom en 1351; et dans celui de 1367, la maison à _Nicolas le Kalendreur, où souloient être les lions du roi_. Cependant elle n'a pris ce nom que vers le milieu du treizième siècle, et avant cette époque on la voit désignée dans les titres sous la dénomination générale de _Via quâ itur à Parvo ponte ad plateam Sancti-Michaelis_.

[Note 621: Ceux qui sont pour la première opinion ne s'accordent point sur la représentation de cette enseigne. Les uns disent que c'étoit un de ces insectes qui rongent le froment, et qu'on nomme aussi _charançon_; d'autres, une espèce d'oiseau (grive ou alouette), que les Parisiens appeloient _calandre_; le plus grand nombre, que c'est une machine avec laquelle on tabise et polit les draps, étoffes de soie, etc. Sauval dit que c'est là la véritable origine de ce nom. Au-dessus de la boutique d'une lingère, qui faisoit le coin de cette rue et de celle de la Cité, on lisoit autrefois une inscription, dont la solution a été inutilement proposée aux antiquaires.

_Urbs me decolavit,_ _Rex me instituit,_ _Medicus amplificavit._]

[Note 622: Fol. 88, _verso_.]

_Rue des Trois-Canettes._ Elle donne d'un bout dans la rue de la Licorne, et de l'autre dans celle de Saint-Christophe. Elle est désignée sous les deux noms de la _Pomme Rouge_ et des _Canettes_, dans un arrêt du 4 juillet 1480[623]. Sauval rapporte l'extrait d'un compte de 1421[624], où est indiquée une rue de _l'Homme Sauvage_, dont la situation annonce de l'identité avec celle-ci. Le peuple a souvent substitué à l'ancien nom des rues celui d'une enseigne ou d'une maison plus remarquable.

[Note 623: Regist. du Parl., et ord. roy. de la Ville, p. 259.]

[Note 624: T. III, p. 319.]

_Rue des Carcaisons._ Elle aboutit à la rue de la Calendre et au Marché-Neuf. Ce nom, dont on ne peut découvrir l'origine, n'a jamais varié que dans la manière de l'écrire, Sauval l'appelle d'_Escarcuissons_, d'autres, _des Carquillons_, _des Carcuissons_ ou _Carcaissons_. Il y a dans cette rue un cul-de-sac du même nom.

_Rues Chanoinesse, des Chantres et du Chapitre._ On a donné ces noms à trois rues qui sont dans le cloître Notre-Dame. La rue du _Chapitre_ a reçu depuis peu le nom de rue _Massillon_.

_Rue Saint-Christophe._ Elle commence au coin de la rue de la Juiverie et du Marché-Palu, et aboutit au Parvis. Elle doit son nom à l'église qui existoit en cet endroit. Dans les anciens titres elle est indiquée sous celui de la _Regraterie_[625]. Guillot l'appelle _grant rue Saint-Christophe_ pour la distinguer d'une ruelle qui portoit le même nom et qui n'existe plus. Cette ruelle, désignée depuis sous le nom de rue de la _Huchette_, fut comprise dans le Parvis Notre-Dame.

[Note 625: Cartul. de N. D. des Champs.--Cens. de Sainte-Genev.--Cart. de Sorbonne.]

Dans la rue Saint-Christophe est un cul-de-sac qui porte le nom de cul-de-sac de _Jérusalem_.

_Cloître Notre-Dame._ On entend sous ce nom tout l'espace compris depuis le _Terrain_ jusqu'au pont Rouge; de là en suivant les rues d'Enfer et de la Colombe, jusqu'à l'extrémité de la rue des Marmousets, puis en retour l'alignement qui alloit rejoindre la porte placée, avant la révolution, auprès de l'église Notre-Dame. Dans cet espace étoient situées la chapelle de Saint-Agnan, l'église de Saint-Denis-du-Pas et celle de Saint-Jean-le-Rond[626].

[Note 626: La partie de cet espace qui longe le côté nord de la cathédrale forme aujourd'hui une rue que l'on nomme _Rue du Cloître Notre-Dame_; et de l'autre côté, le passage qui conduit au pont au Double, s'appelle _rue de l'Évêché_.]

_Rue Cocatrix._ Elle aboutit à la rue Saint-Pierre-aux-Boeufs et à celle des Canettes. Le nom de _Cocatrix_ est celui d'une famille fort connue au treizième siècle, et du fief qui lui appartenoit[627]. Il étoit situé entre la rue Saint-Pierre-aux-Boeufs et celle des Deux-Ermites. Un acte de 1300 l'indique ainsi: _Domus Cocatricis quæ contigit domui Marmosetorum._

[Note 627: Sauval, t. I, p. 126.]

_Rue de la Colombe._ Elle traverse de la rue des Marmousets dans la rue d'Enfer. On voit dans un acte d'amortissement de deux maisons, fait à l'Hôtel-Dieu[628], qu'elle portoit ce nom en 1223. Cependant Sauval dit qu'elle se nommoit rue _de la Couronne_ en 1408. Jaillot pense qu'il s'est trompé, et que ce nom n'a été donné qu'à la rue du _Chevet Saint-Landri_.

[Note 628: Arch. de S. Germ., A. 3, 7, 8.]

_Rue Sainte-Croix._ Elle aboutit aux rues de la Vieille-Draperie et Gervais-Laurent. Au douzième siècle on la nommoit _petite rue Sainte-Croix_, et dans les siècles suivants, _ruelle Sainte-Croix_[629].

[Note 629: Past., A. fol. 804.]

_Rue de la Vieille-Draperie._ Elle va de la rue de la Barillerie à celle de la Juiverie, vis-à-vis la rue des Marmousets. C'est une des plus anciennes rues de la Cité: elle étoit en partie habitée par des Juifs; et lorsqu'ils en furent chassés en 1183, Philippe-Auguste y établit des drapiers, auxquels il donna vingt-quatre maisons, moyennant cent livres de rente[630]: c'est ce qui lui fit donner le nom de _Judæaria Pannificorum_[631]. En 1293 on l'appeloit _la Draperie_, et en 1313 _la Viez-Draperie_[632]. Tous les titres du quinzième siècle l'appellent rue de la _Vieille-Draperie_, et depuis, ce nom n'a pas varié; elle fut élargie à ses deux extrémités dans le dix-septième siècle[633].

[Note 630: Regist. de la Ville, f. 3.]

[Note 631: Cart. S. Magl., fol. 104 et 238.]

[Note 632: Hist. de Paris, t. V, p. 620.]

[Note 633: Sauval, t. I, p. 132.]

_Rue Saint-Éloi._ Elle traverse de la rue de la Calendre dans celle de la Vieille-Draperie. En 1280 cette rue s'appeloit _Cavateria_; Guillot la nomme _la Chavaterie_, et les censives de Saint-Éloi de 1343 et 1367, _la Cavaterie_ et _la Saveterie_. Enfin elle fut nommée _de Saint-Éloi_, parce qu'elle fut ouverte sur la partie de l'église et du choeur du monastère de ce saint.

Dans cette rue est un cul-de-sac nommé de _Saint-Martial_, parce qu'il conduisoit à l'église de ce nom. On disoit _ruelle Saint-Macial_ en 1398[634], _ruelle du Porche Saint-Martial_ en 1404, et _rue Saint-Martial_ en 1459.

[Note 634: Cens. S. Élig.]

_Rue d'Enfer._ Elle commence à la rue Basse-des-Ursins, et aboutit à la porte du cloître de Notre-Dame et au pont Rouge. On ne doit chercher l'étymologie de ce nom que dans l'ancienne situation de cette rue, qui n'étoit pas alors séparée de la rivière par un quai[635]. Les registres capitulaires de Notre-Dame la nomment _via inferior, portus Sancti-Landerici_. En 1300, 1313 et depuis, on la nommoit _le port Saint-Landri_, _rue Saint-Landri_, _du port Saint-Landri_, et _grant rue Saint Landri-sur-l'Yaue_. Vers le milieu du seizième siècle, elle a pris le nom de rue _d'Enfer_[636]; et dernièrement le nom de cette rue a été changé en celui de _rue Basse-des-Ursins_.

[Note 635: Quelques auteurs ont pensé qu'il venoit, par corruption, du mot latin _inferior_ ou _infera_, inférieure, parce qu'elle étoit la dernière rue vers le port Saint-Landri.]

[Note 636: Reg. capit. 1555.]

_Rue l'Évêque._ Elle commence à la première porte de l'Archevêché, et aboutit à la rivière et au pont de l'Hôtel-Dieu. C'étoit en cet endroit que commençoit le port l'Évêque, c'est-à-dire le rivage qui règne le long du jardin de l'Archevêché, jusqu'au _Terrain_. On la nommoit, en 1282, rue _du port l'Évêque_ et rue _des Bateaux, vicus ad Batellos_[637]. La justice du chapitre s'étendoit jusque là, ainsi que le prouvent une de ses ordonnances, et la transaction passée entre Étienne Tempier, évêque de Paris, et le chapitre de Notre-Dame en 1272[638]. Plusieurs autres titres en font également foi.

[Note 637: Ord. du chap. de N. D.]

[Note 638: Gall. Christ., t. VII, col. 3.]

_Rue aux Fèves._ Elle va de la rue de la Vieille-Draperie à celle de la Calendre. On n'a guère varié que sur l'orthographe de son nom, mais les différentes façons de l'écrire ont donné lieu à différentes étymologies. Elle est nommée rue _aux Fèves_ dans un titre de 1291[639], ainsi que dans Guillot; et dans les actes du chapitre du quatorzième siècle, etc., _vicus Fabarum_. D'autres l'ont appelée rue _au Feure_, mot qui signifie _de la paille_; ce qui paroîtroit assez plausible, à cause du marché au blé qui en étoit voisin[640]. Enfin il y en a qui ont écrit: rue _aux Febvres_, _aux Fevres_ (_via ad Fabros_)[641]. Ce dernier nom paroît le véritable, parce qu'elle est indiquée ainsi dans le plus ancien titre qui en fasse mention. Ce sont des lettres de saint Louis de 1260, par lesquelles il cède trente sous de cens sur une maison; _in vico Fabrorum, prope S. Martialem_[642].

[Note 639: Manusc. des Coutumes de la Marchand., fol. 39.]

[Note 640: Cens. S. Élig., 1495.]

[Note 641: En effet, ce quartier étant occupé par des drapiers et des ouvriers qui donnoient le lustre aux étoffes, on peut croire qu'il renfermoit aussi des _fabricants_, dont le nom aura été transporté à la rue. Celui de _feure_ ne doit point embarrasser: personne n'ignore que nos anciens écrivains employoient souvent l'_u_ consonne pour l'_v_ voyelle.]

[Note 642: Cart. S. German. Autiss., fol. 10, _recto_.]

_Rue du Four-Basset._ C'étoit un passage qui communiquoit de la rue de la Juiverie dans la rue aux Fèves, et qui est fermé depuis long-temps. Guillot le nomme en 1300 la _petite Orberie_. Dans le rôle des taxes de 1313 il est indiqué rue du _Four-Basset_, soit que ce nom lui vînt d'un four bâti en cet endroit, soit qu'il le dût à une grande maison nommée la _Cour-Basset_, dont il est fait mention dans un censier de Saint-Éloi[643].

[Note 643: Cens. S. Élig., 1367.]

_Rue Gervais-Laurent._ Elle donne d'un bout dans la rue de la Lanterne, et de l'autre dans celle de la Vieille-Draperie. En 1248, 1250, etc., on la nommoit _vicus Gervasii Loorandi_, _vicus de Loorens_, _Lohorens_[644]; en 1300 et 1313, rue _Gervese-Lorens_. On a dit depuis _Gervais-Laurent_.

[Note 644: Cens. S. Genovefæ.]

_Rue de Glatigny._ Elle commence à la rue des Marmousets, et aboutit à la rivière. On donnoit le nom de _Glateingni_ à cette rue et aux environs de Saint-Denis-de-la-Chartre jusqu'à l'hôtel des Ursins. Des titres disent qu'on y voyoit une maison de _Glategni_, qui, en 1241, appartenoit à Robert et Guillaume de Glatigni[645]. En 1266 on trouve des maisons indiquées _in Glatigniaco_[646]. Dès le quatorzième siècle, cette rue étoit habitée par des femmes publiques, et on la nommoit _le val d'Amour_. En 1380 elle avoit aussi le nom de rue _au Chevet de Saint-Denis-de-la-Chartre_. Mais alors même on la nommoit, comme avant et après, _rue de Glatigny_.

[Note 645: Cens. S. Genovef.--Arch. de S. Martin.]

[Note 646: Past., A., fol. 702 et 801.]

_Rue de Harlay._ Elle traverse du quai de l'Horloge à celui des Orfèvres, et doit son nom, comme nous l'avons déjà dit, au premier président de Harlay, à qui le roi avoit donnée, en 1607, les deux petites îles qui étoient au bout du jardin du Palais. En 1672 on abattit une maison, afin d'y pratiquer une porte et un passage qui communiquât à la cour Neuve.

_Rue des Deux-Ermites._ Elle donne d'un bout dans la rue Cocatrix, et de l'autre dans celle des Marmouzets. En 1220 on la nommoit _la cour Ferri de Paris, proprisia Ferrici dicti Paris_. On la nomma ensuite rue _de la Confrérie Notre-Dame_, parce que la maison de la _Communalité des Chapelains_ y étoit située[647], et au seizième siècle, rue _de l'Armite_, ensuite _des Ermites_, et _des Deux-Ermites_, à cause d'une maison qui avoit cette enseigne. En 1640 elle est indiquée dans le rôle des commissaires de ce quartier, sous le nom des _Deux Serviteurs_[648].

[Note 647: Cens. S. Élig., 1367 et 1398.]

[Note 648: Arch. de S. Germ. des Prés, nº 1575.]

_Rue de la Juiverie._ Elle continue la rue du Marché-Palu, et aboutit à celle de la Lanterne. Les juifs qui y demeuroient lui ont fait donner ce nom, qui n'a varié que dans l'orthographe. Guillot écrit _la Juerie_; en 1313, _la Juyrie_; _la Juisvie en_ 1405, _Juiferie_ et _Juifrie_ en 1450 et 1560. Il y avoit dans cette rue un marché au blé, qu'on appeloit _la halle de Beauce_. Un titre nous apprend que Philippe-Auguste la donna à son échanson[649].

[Note 649: Traité de la Police, t. II, p. 727. La portion de cette rue qui s'étend vers le Marché-Neuf et en face de la rue Neuve-Notre-Dame, s'appelle aujourd'hui _rue du Marché-Neuf_. En 1507 cette rue fut élargie de vingt pieds entre les deux ponts.]

_Rue Saint-Landri._ Elle commence à la rue des Marmouzets, et finit à la rivière. Elle étoit anciennement désignée sous le nom de _port Notre-Dame_[650], et confondue avec la rue d'Enfer et celle des Ursins. En 1267 on la nommoit _Terra ad Batellos_[651]. L'évêque, vers ce même temps, y avoit une maison, nommée _de la Lavanderie_[652]. Le bout de ce chemin, vers le pont Rouge, se nommoit _Fimus_ en 1213; _Firmarium_ et _vicus Firmarii_ en 1219 et 1222; rue _du Fumer_ en 1248[653].

[Note 650: Past., A., fol. 725.]

[Note 651: Past., D., fol. 401; et I, fol. 147 et 152.]

[Note 652: Past., A., fol. 794.]

[Note 653: Past., D., fol. 300. _Ibid._, fol. 291; A., fol. 381 et 585; B., fol. 305. Le corps d'Isabeau de Bavière, femme de Charles VI, morte le dernier jour de septembre 1435, fut porté à Saint-Denis d'une façon singulière: on l'embarqua au port Saint-Landri, dans un petit bateau, et l'on dit au batelier de le remettre au prieur de l'abbaye.]

Au bout de cette rue étoit une petite ruelle qui aboutissoit à la rivière et qui depuis a été fermée à ses deux extrémités. En 1265 on la nommoit rue _Percée_[654].

[Note 654: Cens S. Élig.]

_Rue du Chevet-Saint-Landri._ Elle donne d'un bout dans la rue des Marmouzets, et de l'autre dans la rue d'Enfer; dès le treizième siècle on disoit _le Chevez-Saint-Landri_, parce que le fond de cette église, qu'on nomme _le Chevet_, donnoit dans cette rue. Dans un bail fait en 1451 par l'abbé de Saint-Victor, elle est nommée _rue de la Couronne_[655]. Il y a dans cette rue un cul-de-sac qui porte le même nom.

[Note 655: Arch. de S. Victor.]

_Rue de la Lanterne._ Elle continue la rue de la Juiverie, et aboutit au pont Notre-Dame. Elle est appelée, dans les cartulaires de Saint-Denis-de-la-Chartre, rue _de la place de Saint-Denis-de-la-Chartre_, rue _devant la place et l'église Saint-Denis_, rue _devant la Croix Saint-Denis_, rue _du Pont-Notre-Dame_[656]. Son dernier nom lui vient d'une enseigne; et on le trouve dès 1326[657], puis dans la liste des rues du quinzième siècle, dans Corrozet, et sur tous les plans.

[Note 656: Cart. S. Dionys. de Carc.]

[Note 657: Cens. S. Élig.]

_Rue de la Licorne._ Elle traverse de la rue Saint-Christophe à celle des Marmouzets. En 1269 elle étoit appelée rue _près le Chevet de la Madeleine_; mais elle étoit déjà connue sous le nom de _vicus Nebulariorum_, rue _as Oubloyers_, _des Oublayers_, _Oblayers_, _aux Obléeurs_ et _Oublieurs_[658]. Elle prit le nom qu'elle porte encore aujourd'hui, d'une ruelle qui y aboutissoit, et dans laquelle pendoit une enseigne de la Licorne.

[Note 658: Gens qui faisoient une espèce de pâtisserie.]

_Rue Saint-Louis._ Elle aboutissoit au pont Saint-Michel et au quai des Orfèvres. On commença à l'ouvrir sous le règne de Henri IV, pour faciliter la communication avec le pont Neuf. On l'appela d'abord la rue _Neuve_, et ensuite la rue _Neuve-Saint-Louis_[659].

[Note 659: La partie de cette rue qui bordoit la rivière, a été abattue lorsque l'on a construit la suite des quais qui entourent maintenant la Cité.]

_Rue du Marché-Neuf._ Elle commence au bout du pont Saint-Michel, et aboutit à la rue du Marché-Palu, en face de la rue Neuve-Notre-Dame. On comprend sous ce nom le marché et les deux petites rues qui y conduisent. Guillot l'appelle _la grant Orberie_. Elle étoit autrefois bouchée du côté du _Marché-Palu_, et ce ne fut qu'en 1557 qu'on l'ouvrit pour en faire un marché[660]. En 1560 le quai Saint-Michel fut construit[661], et l'on bâtit, quelques années après, dix-sept boutiques, une halle au poisson et deux boucheries aux deux extrémités, vers les deux ponts. Ces travaux ayant été terminés en 1568, les marchands de poissons et d'herbes qui se tenoient près le Petit-Châtelet eurent ordre de s'établir dans ce marché. En 1734, douze maisons furent démolies; on ne conserva qu'une boucherie, et l'on établit un corps-de-garde à l'autre extrémité[662].

[Note 660: Du Breul, p. 97 et 201.]

[Note 661: Reg. de la Ville.]

[Note 662: Il a été ouvert, sur l'emplacement de Saint-Germain-le-Vieux, un passage fermé de deux grilles qui conduit de cette rue dans celle de la Calendre.]

_Rue du Marché-Palu._ Elle commence au petit Pont et finit au coin des rues de la Calendre et de Saint-Christophe. Elle étoit connue sous ce nom au treizième siècle, et il ne paroît pas qu'elle en ait changé depuis[663]. Elle doit sans doute ce titre de _Marché_ à celui qui s'y voyoit de toute ancienneté, et qui s'étendoit dans la rue de la Juiverie. On y vendoit du blé, des herbes et des légumes. Le surnom de _Palu_ lui vient de ce que cet endroit étoit humide et non pavé. Il ne faut pas croire cependant que ce terrain, quoiqu'il ait été depuis considérablement exhaussé, fût alors un marais. Il y avoit une enceinte de murs autour de la Cité, qui en mettoit l'intérieur à l'abri des inondations, et le marché étoit à une certaine distance du rivage; mais les eaux pluviales et toutes celles de la Cité qui passoient par cet endroit pour se rendre à la rivière, comme elles y passent encore aujourd'hui, le rendoient extrêmement marécageux[664].

[Note 663: Arch. de S. Germ., A., 3, 1, 13.]

[Note 664: La _Morgue_, autrefois dans une des cours du Grand-Châtelet, a été transportée en cet endroit. (V. _monuments nouveaux_.)]

_Rue des Marmouzets_[665]. Elle commence à la rue de la Juiverie, et aboutit au cloître Notre-Dame, au coin de la rue de la Colombe. Elle doit ce nom à une grande maison appelée, dans les anciens titres, _domus Marmosetorum_[666]; ce nom n'a guère varié. Guillot la nomme _du Marmouzet_; le rôle des taxes de 1313, _des Marmozets_; la liste des rues du quinzième siècle, _des Marmouzettes_.

[Note 665: Une tradition populaire veut que cette rue doive son nom à un pâtissier qui faisoit des pâtés avec la chair des enfants qu'il attiroit chez lui, ou des victimes que son voisin le barbier égorgeoit pour son compte. Cette tradition est rapportée par Du Breul[665-A], qui ajoute que la maison dite des _Marmouzets_ fut rasée à cette occasion, avec défense de jamais rebâtir au même lieu, et qu'une pyramide fut élevée en sa place.

On n'a aucune preuve positive de ces faits, qui semblent bien invraisemblables; mais il est constant que, pendant plus de cent ans, il y a eu, dans cette rue, une place vide, sur laquelle le propriétaire ne croyoit pas qu'il fût permis de bâtir. Pierre Belut, conseiller au parlement, à qui elle appartenoit, en demanda la permission à François Ier; et ce prince, par des lettres-patentes du mois de janvier 1536, permit d'y faire réédifier une maison pour être habitée, ainsi que les autres maisons de Paris, nonobstant tout arrêt qui pourroit être intervenu, y dérogeant par ces lettres, et imposant silence perpétuel à son procureur présent et à venir. Quoiqu'on ne trouve nulle part ni informations ni arrêts qui parlent de ce prétendu crime, il ne s'ensuivroit pas de là qu'il fût faux. On sait que dans les crimes atroces et extraordinaires, il a toujours été d'usage, et même dans les derniers temps de la monarchie, de jeter au feu les informations et la procédure, pour les rendre en quelque sorte incroyables. _Nam sunt crimina quæ, ipsâ magnitudine, fidem non impetrant._]

[Note 665-A: page 111.]

[Note 666: Arch. de S. Éloi et de l'archevêché.--Past., A., p. 341 et 718.--Cart. Sorb., an 1284.]

_Rue du Haut-Moulin._ Elle aboutit aux rues de la Lanterne et de Glatigny. Guillot la nomme _rue Saint-Denis-de-la-Chartre_. Il paroît, par les titres de ce prieuré, que, dès 1204, elle s'appeloit _rue Neuve Saint-Denis_[667]; cependant, dans un acte de 1206, elle n'est indiquée que sous le nom de _Strata anterior_. Au milieu du seizième siècle, cette rue étoit partagée en deux parties; l'une s'appeloit rue _Saint-Symphorien_, et l'autre _des Hauts-Moulins_[668].

[Note 667: Cens. S. Dionys., de Carc.]

[Note 668: Corrozet, fol. 204, _verso_.]

_Rue de Nazareth._ Elle commence au quai des Orfèvres, et aboutit à l'hôtel du premier président[669]. Anciennement elle se nommoit rue _de Galilée_.

[Note 669: Maintenant la préfecture de police. Cette rue est aujourd'hui désignée sous le nom de rue de _Jérusalem_.]

_Rue Neuve Notre-Dame._ Elle aboutit au Marché-Palu et au Parvis de la cathédrale. Elle fut ouverte par Maurice de Sully, évêque de Paris; avant lui il n'y avoit point de rue en cet endroit, et l'on se rendoit de ce coté à Notre-Dame par la rue _des Sablons_, qui étoit située entre les maisons de cette rue et les bâtiments de l'Hôtel-Dieu. La rue nouvelle prit d'abord le nom de _Neuve_, qu'elle portoit encore en 1250. On y ajouta ensuite celui de Notre-Dame, qu'elle a toujours conservé depuis.

Il y avoit anciennement quatre rues qui aboutissoient à celle-ci, et qui ne subsistent plus. La première forme un cul-de-sac appelé _de Jérusalem_; les trois autres s'appeloient rues _du Coulon_[670], _de Venise_[671] et _du Parvis_[672]. Ces trois dernières rues ont été comprises dans l'agrandissement du Parvis et dans les bâtiments des Enfants-Trouvés.

[Note 670: Compte des Matines.]

[Note 671: Avant, _des Dix-Huit_, à cause du collége de ce nom.]

[Note 672: Auparavant, _de la Huchette_, à cause d'une maison ainsi appelée, qui faisoit le coin de cette rue et de celle de Saint-Christophe.]

_Place du Palais._ Elle fut construite, par ordre de Louis XVI, en 1787. Avant cette époque, la rue de la Vieille-Draperie se prolongeoit jusqu'à celle de la Barillerie, à l'exception du vide que formoit l'emplacement de la maison de Jean-Châtel.