Tableau historique et pittoresque de Paris depuis les Gaulois jusqu'à nos jours (Volume 1/8)
Part 17
[Note 273: Il disoit, en parlant des fondations faites en faveur de la société, «que les fondateurs auroient de la joie, s'ils revenoient au monde, de voir faire un si bon emploi de leurs biens. Ils ont _de bonnes lois_, ajoutoit-il, parlant encore des jésuites à ses ministres assemblés; laissons-les vivre selon leur règle, et qu'on ne me parle plus d'y rien changer.» (Vie du père Cotton, liv. II.)]
[Note 274: C'est dans ce discours qu'il déclara que tant s'en falloit qu'un jésuite eût trempé dans le projet d'assassinat de Barrière, que ce fut un jésuite qui l'_avertit de son entreprise_; et qu'un autre assura ce misérable qu'il seroit _damné_, s'il osoit l'entreprendre, etc. Enfin lorsque les jésuites vinrent apporter aux pieds de leur bienfaiteur l'hommage de leur vive reconnoissance, voici le discours que leur tint ce grand roi: nous le rapportons en entier sans y changer un seul mot.
«L'assurance suit la confiance, dit Henri IV; je me _confie en vous_, assurez-vous de moi; avec ce papier (le catalogue des colléges qu'ils tenoient de sa munificence), je reçois les coeurs de toute votre compagnie, et avec les effets, je vous témoignerai le mien. J'ai toujours dit que ceux qui craignent et aiment bien Dieu, ne peuvent faire que bien, et sont _toujours les plus fideles à leur prince_. Nous nous sommes _détrompés_; je vous estimois _autres que vous n'êtes_, et vous m'avez trouvé _autre que vous ne m'estimiez_. Je voudrois que _c'eût été plus tôt_, mais il y a moyen de récompenser le passé: _aymez-moi, car je vous ayme_.» (Matth., panégyr. de Henri IV.)]
La pyramide, ce monument que _l'impudence_ et _la malignité_ avoient consacré[275], que le parlement avoit fait élever aux dépens des jésuites dont il avoit confisqué les biens, fut renversée par ordre de ce grand roi; elle le fut en plein jour, malgré les alarmes hypocrites des ennemis des jésuites, qui, affectant de craindre un soulèvement populaire, conseilloient de ne l'abattre que la nuit[276], «et la gloire du rappel des jésuites, dit Mézeray lui-même, résulta de l'ignominie de leur bannissement.»
[Note 275: Ces expressions, nous les empruntons à un membre même de la magistrature, le président de Grammond: _pyramidam dirui mandat_, vetus in jesuitas monumentum procacitate respersum et satirâ. (_Hist. gall._, p. 107.)]
[Note 276: Le père Cotton, confesseur du roi, qui vit l'artifice «soutint que la pyramide devoit être démolie pendant le jour, disant tout haut que Henri IV n'étoit point _un roi de ténèbres_». (Journal de Henri IV, t. III.) Son avis prévalut comme le plus judicieux: le pilier «fut renversé en plein jour, au mois de mai, par le lieutenant civil Miron, envoyé pour ce sujet par Sa Majesté.» (Mém. de Sully, liv. XX).]
N'ayant pu empêcher la destruction de la pyramide, les mécontents voulurent du moins en conserver l'image, et recueillir surtout les inscriptions[277] dont elle étoit chargée. On en reproduisit donc l'estampe gravée depuis long-temps; et les calvinistes ainsi que les magistrats en ornèrent à l'envi leurs cabinets, jusqu'à ce que le roi, «pour oster du tout la mémoire à l'advenir de ce pilier, en envoya enlever la planche de cuivre chez l'imprimeur Leclerc, qui l'avoit faite dès l'an 1595[278].»
[Note 277: L'auteur de l'_Histoire physique, civile et morale de Paris_, rapporte exactement dans son livre (t. III, p. 420) toutes ces longues et fastidieuses inscriptions, où la même idée est répétée jusqu'au dégoût; et cette idée n'est pas autre chose que l'expression d'une haine contre les jésuites, furieuse jusqu'au délire. Au reste, dans tout ce que sa propre rage a pu inspirer à cet écrivain contre ces religieux, il n'y a pas un mot qui ne soit une bévue, un mensonge ou une calomnie; et cependant, telle est la puissance de la vérité, qu'à l'occasion du supplice du père Guignard, il ne peut s'empêcher d'avouer que le parlement poussa la rigueur _jusqu'à l'iniquité_. (T. III, p. 418.)]
[Note 278: Mercure françois, an 1605.]
C'est d'après une de ces gravures devenues extrêmement rares que nous donnons ici la représentation exacte de ce monument. L'architecture en est singulière: l'édifice s'élevoit sur un plan carré d'ordre ionique; il étoit composé, sur chacune de ses faces, de deux pilastres, avec entablement et fronton, une attique, un second fronton, quatre acrotères ornés de figures, et une aiguille en pierre surmontée d'une croix[279]. Cette construction, dans laquelle on reconnoît le goût déjà corrompu de ce temps-là, n'offre aucun caractère décidé; elle est, comme tous les monuments de la même époque, surchargée d'ornements, et composée de parties incohérentes.
[Note 279: Voyez pl. 25.]
ÉGLISE ROYALE ET PAROISSIALE
DE SAINT-BARTHÉLEMI.
Cette église, qui étoit située vis-à-vis le Palais, dans la rue qui porte son nom, est une de celles qui servent à faire connoître, par leur situation et leurs dépendances, l'ancien état de la Cité et même de la ville de Paris. Son origine remonte jusqu'aux rois de la première race, ce qui est prouvé par un fragment d'un auteur anonyme, lequel écrivoit sous le roi Robert[280]. Cet auteur nous apprend qu'elle avoit été _anciennement_ bâtie par nos rois, et comme le mot _antiquitùs_ qu'il emploie ne peut être entendu que d'une longue suite d'années, et même de plusieurs siècles, MM. Jaillot et Lebeuf en ont conclu avec raison qu'elle existait avant les rois de la seconde race.
[Note 280: Duch. t. III, p. 344.--Dubois, t. I, p. 547.--Ann. Bened., t. III, p. 719.]
Une autre particularité que l'on trouve dans le même anonyme, c'est que «les fidèles, de même que les rois, y avoient fait transporter les reliques et corps de plusieurs saints, pour enrichir, ainsi qu'il convenoit, une chapelle _royale_.» Or, un grand nombre de témoignages ne permettant pas de douter qu'il n'y ait eu, dès les premiers temps, un palais dans la Cité, ce passage porte à croire que cette église en étoit la chapelle; et sans doute elle avoit pris le nom de _Saint-Barthélemi_, à l'occasion de quelques reliques de ce saint qu'on y avoit apportées de l'Orient sous le règne de Clovis ou de Childebert, comme on peut le conjecturer d'un passage de Grégoire de Tours.
Cette chapelle étoit desservie par des chanoines: outre les biens dont ils jouissoient par la libéralité de nos rois, ils avoient encore, sur le chemin de Saint-Denis, un oratoire sous le titre de _Saint-Georges_, avec un terrain assez considérable qui l'environnoit, et dont une partie leur servoit de cimetière. Cet oratoire, qui prit depuis le nom de _Saint-Magloire_, ne se trouva renfermé dans la _ville_ que lors de l'enceinte que fit faire Philippe-Auguste.
Vers l'an 963, ou, selon d'autres, en 965, il arriva qu'un évêque d'Aleth[281] et plusieurs autres prêtres et religieux transportèrent à Paris un grand nombre de reliques, qu'ils vouloient soustraire aux insultes des Normands, qui ravageoient alors l'Armorique. Parmi ces reliques étoit le corps de saint Magloire: Hugues Capet, à cette époque duc de France, les fit solennellement déposer dans la chapelle de Saint-Barthélemi. La guerre étant terminée, chacun de ces exilés voulut s'en retourner dans son pays avec son trésor; Hugues, qui n'y consentit qu'à regret, obtint d'eux, pour prix de l'hospitalité qu'il leur avoit accordée, le corps entier de saint Magloire, et quelques autres parties des corps saints qu'ils avoient apportés. Il conçut aussitôt le projet d'agrandir cette chapelle, et d'y fonder une abbaye, pour honorer davantage des reliques aussi précieuses. Ce projet ne tarda pas à être exécuté; un monastère fut bâti, et aux chanoines il substitua des religieux de la règle de Saint-Benoît. Ces moines entrèrent également en possession de l'oratoire Saint-Georges, auquel le pieux fondateur ajouta encore de nouvelles concessions de terres, et l'église fut dédiée sous le titre de _Saint-Barthélemi_ et _Saint-Magloire_; mais le nom de ce dernier saint, beaucoup plus célèbre que l'autre, ayant bientôt prévalu parmi le peuple, pendant près d'un siècle elle ne fut appelée que l'église de Saint-Magloire. Tous ces faits sont également constatés par l'écrivain anonyme déjà cité.
[Note 281: _Voyez_ la note, page 85.]
Les religieux de Saint-Benoît restèrent dans cette abbaye jusqu'en 1138, que, s'y trouvant trop resserrés, ils se transportèrent avec leurs reliques dans leur chapelle de Saint-Georges, qu'ils avoient fait reconstruire, augmenter, et qu'ils consacrèrent sous le titre de l'autre saint. Alors l'église de la Cité reprit son ancien nom de Saint-Barthélemi, et devint une paroisse soumise au patronage des moines de Saint-Magloire, qui nommoient à la cure, et en outre y plaçoient un de leurs membres en qualité de prieur. Ils jouirent de ce droit jusqu'en 1564, que le titre abbatial fut supprimé, et l'abbaye réunie à l'évêché de Paris.
À l'exception des dépendances de la Sainte-Chapelle, tout l'enclos du Palais étoit dans la juridiction de cette paroisse, qui s'étendoit d'ailleurs depuis la rue de la Barillerie jusqu'au pont Neuf.
Au quatorzième siècle, l'église, presque ruinée, avoit été réparée, par un accord fait entre le curé et les religieux; depuis elle a été agrandie à diverses reprises, et reconstruite presque en entier dans les années qui ont précédé la révolution[282].
[Note 282: Sur le terrain de cette église, démolie peu de temps après, on avoit bâti une salle de spectacle, connue sous le nom de _Théâtre de la Cité_. Elle a été depuis changée en une vaste maison habitée maintenant par des particuliers.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-BARTHÉLEMI.
TABLEAUX.
Le Mariage de sainte Catherine, par _Loir_; sainte Geneviève, saint Guillaume et saint Charles Borromée, par _Hérault_.
SCULPTURES.
De chaque côté du portail, saint Barthélemi et sainte Catherine, par Barthélemi _de Mélo_.
TOMBEAUX.
Dans cette église avoient été enterrés: Claude Clersellier, savant philosophe cartésien, mort en 1684. Sur son tombeau étoit représentée la Religion; à ses pieds un génie, entouré d'instrumens de mathématiques, tenoit entre ses mains une tête de mort qu'il regardoit attentivement. Ce monument avoit été exécuté par le même Barthélemi _de Mélo_.
Louis Servin, avocat général au parlement de Paris, célèbre dans l'histoire de cette cour, et qui mourut en 1626 aux pieds de Louis XIII, tenant son lit de justice, au moment même où il faisoit à ce prince des remontrances sur quelques édits bursaux.
Toute la décoration de cette église, très-surchargée d'ornements où étoit empreint le mauvais goût du dix-huitième siècle, avoit été exécutée en 1736, sur les dessins des frères _Slodtz_.
Il y avoit dans cette église trois confréries, dont la plus ancienne datoit de 1353.
SAINT-PIERRE-DES-ARCIS.
On ne voit presque point d'anciennes abbayes, sous la première race de nos rois, qui n'eussent, outre l'église principale, des oratoires détachés et dispersés en différents lieux de leur enclos. Il est probable que l'église de _Saint-Pierre-des-Arcis_ et celle de _Sainte-Croix-de-la-Cité_, dont nous allons parler immédiatement après, étoient des chapelles situées d'abord dans l'enceinte du monastère de Saint-Éloi, et qu'elles doivent leur origine à la dévotion du fondateur ou de quelques-unes des abbesses qui lui ont succédé.
L'abbé Lebeuf pense qu'après l'incendie qui consuma Paris en 1034, ces deux oratoires furent rebâtis dans le voisinage de l'ancienne clôture, et qu'alors les religieuses, dont l'enclos étoit fort diminué, permirent qu'on élevât sur leur terrain des maisons, dont les habitants furent ensuite attribués à ces églises, lorsqu'on les érigea en paroisses. Cette érection dut avoir lieu vers le temps où les religieuses furent chassées de leur monastère, circonstance qui donnoit plus de liberté pour faire ces nouveaux arrangements[283].
[Note 283: Hist. du dioc. de Par., t. I, 2e p., p. 498.]
Quoi qu'il en soit de ces conjectures, qui sont ingénieuses et vraisemblables, la paroisse de Saint-Pierre-des-Arcis étoit effectivement une des dépendances du prieuré de Saint-Éloi dans la Cité. Au reste, l'étymologie de ce surnom (_des Arcis_) a beaucoup exercé l'imagination des savants, et quelques-uns d'entre eux l'ont expliqué d'une manière tout-à-fait ridicule.
M. de Launoy, dont Sauval suit aveuglément les opinions, prétendoit, d'après un passage mal interprété de Grégoire de Tours, qu'il y avoit eu autrefois beaucoup de _Syriens_ à Paris; et les confondant ensuite avec les _Assyriens_, comme si ce n'eût été qu'un même peuple, il conjecturoit de là qu'ils avoient pour leur nation une église nommée _Saint-Pierre-des-Assyriens_, laquelle ayant été brûlée par les Normands, fut ensuite rebâtie dans la Cité; et de là est venu, selon lui, le nom de Saint-Pierre-des-_Assis_ ou _Arcis_.
M. de Valois, qui a combattu cette opinion plus sérieusement et avec plus de chaleur qu'elle ne méritoit, en présente une autre qui ne semble guère mieux fondée, prétendant faire dériver ce nom de la maladie _des ardents_ ou _feu sacré_, dans laquelle on eut recours à l'intercession de saint Pierre. Celle de l'abbé Lebeuf, adoptée par Jaillot, paroît la plus raisonnable: il veut que ce mot vienne d'_arcisterium_, synonyme de _monasterium_, et qu'il ait été donné à cette église située entre deux monastères[284], pour rappeler son origine et sa première destination.
[Note 284: Derrière Saint-Barthélemi et vis-à-vis Saint-Éloi.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-PIERRE-DES-ARCIS.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, saint Pierre guérissant les boiteux, par _Vanloo_.
Le Lavement des pieds, par le même; une Cène, par _Lafond_.
SÉPULTURES.
Dans cette église avoit été enterré Guillaume De Mai, capitaine de six vingts hommes d'armes, mort en 1480. Il étoit représenté, sur son tombeau, dans le costume militaire de son siècle. Ce monument, rare dans son espèce, fut déposé au Musée des Petits-Augustins.
Saint-Pierre-des-Arcis fut érigé en paroisse vers le commencement du douzième siècle; en 1424, on rebâtit entièrement l'église; en 1711, on y fit des augmentations, des réparations et un nouveau portail, lequel fut élevé sur les dessins de _Lanchenu_[285].
[Note 285: Cette église a été démolie en 1800; et sur son emplacement on a ouvert une rue qui communique à celle de la Pelleterie.]
Cette église embrassoit dans ses droits curiaux presque toutes les maisons de la rue de la Vieille-Draperie, en allant vers le Palais; ils s'augmentèrent encore, en 1720, par l'adjonction qu'on lui fit des paroissiens de Saint-Martial. De l'autre côté, en allant vers l'église de la Magdeleine, elle avoit encore un certain nombre de maisons; de plus, une partie de celles qui faisoient l'entrée de la cour de Saint-Éloi, les cinq branches de la rue qui porte le même nom, le cul-de-sac Saint-Martial presque en entier, quelques maisons dans la rue aux Fèves, et enfin quelques-unes de celles qui composent la rue de la Juiverie[286].
[Note 286: Lebeuf, Hist. du dioc. de Paris, t. I, 2e p., p. 511.]
SAINTE-CROIX-DE-LA-CITÉ.
L'origine de cette église, qui étoit à l'extrémité de la rue de la Vieille-Draperie, dans la partie de cette rue la plus éloignée du Palais, est aussi obscure que celle de Saint-Pierre-des-Arcis; et sans se mettre en peine de ce qu'en ont imaginé MM. de Launoy, Dubreul et leurs copistes, il faut s'en tenir à cette opinion déjà mentionnée, qu'elle étoit d'abord une dépendance de Saint-Éloi, et qu'elle en fut détachée, puis ensuite rebâtie hors de la _ceinture_, lorsque ce monastère eut été donné à l'évêque. On ajoute qu'au milieu du douzième siècle, la dévotion à saint Hildevert, évêque de Meaux, s'étant introduite à Paris, cette chapelle lui fut dédiée, et qu'un bâtiment qui en dépendoit fut alors changé en hôpital pour les frénétiques et les malades attaqués de l'épilepsie. Cet hôpital ayant été depuis transféré à Saint-Laurent, l'église reprit son premier nom, et fut érigée en paroisse.
L'abbé Lebeuf présume que ce nom tiroit son origine de quelques morceaux de bois de la vraie croix que saint Éloi, dont les mains habiles ont fabriqué tant de précieux reliquaires, aura pu obtenir pour prix de quelques-uns de ses travaux, et qu'il aura ensuite déposés dans un des oratoires renfermés dans l'enclos de son monastère. Au reste, avant que l'église de Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie existât, celle-ci étoit appelée simplement _Sainte-Croix_ dans les anciens titres, sans aucun caractère distinctif.
Il ne restoit plus depuis long-temps aucun vestige du bâtiment qui existoit dans les douzième, treizième et quatorzième siècles; et le dernier, commencé en 1450, n'avoit été entièrement terminé qu'en 1529[287]. La cure, dont les droits étoient médiocres et d'une très-petite étendue, étoit à la collation de l'archevêque de Paris, depuis la destruction du titre abbatial de Saint-Maur-des-Fossés[288].
[Note 287: L'abbé Lebeuf, t. I, 2e. part., p. 507.]
[Note 288: Cette église a été démolie, et une maison la remplace. Une partie des murs extérieurs subsiste encore du côté de la petite rue Sainte-Croix.]
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINTE-CROIX-DE-LA-CITÉ.
SÉPULTURES.
Dans cette église avoit été enterré:
Pierre Danet, long-temps curé de cette paroisse et depuis abbé de Saint-Nicolas de Verdun, mort en 1709. Il est auteur de deux dictionnaires de la langue latine, qui jouirent autrefois de quelque estime, et de plusieurs autres ouvrages d'érudition.
Il existoit dans cette église une confrérie en l'honneur des cinq plaies de Notre-Dame: elle fut érigée en 1498, et on croit que c'est la première église de Paris où cette dévotion ait été admise.
Le territoire de la paroisse de Sainte-Croix embrassoit tout le carré sur lequel l'église étoit bâtie, une grande partie de la rue Gervais-Laurent, quelques maisons dans la rue de la Vieille-Draperie et dans la rue aux Fèves.
SAINT-GERMAIN-LE-VIEUX.
Vis-à-vis Sainte-Croix, et de l'autre côté de la Cité, étoit la paroisse de Saint-Germain-_le-Vieux_.
Il y a bien des traditions sur l'origine de cette ancienne église; et l'on a expliqué de bien des manières le patronage qu'y ont exercé pendant long-temps les moines de Saint-Germain-des-Prés: son nom de Saint-Germain-_le-Vieux_ a fait naître également plusieurs opinions contradictoires.
Tous les historiens conviennent que c'étoit, dans le principe, une chapelle baptismale dépendante de la cathédrale, sous le titre de Saint-Jean-Baptiste, et qu'elle existoit dès le cinquième siècle. L'auteur de la vie de sainte Geneviève vient à l'appui de cette tradition, en nous apprenant que la maison où la sainte décéda étoit sur le bord de la rivière, et voisine de l'oratoire de Saint-Jean, qu'il prétend même avoir été bâti sur un terrain dont elle avoit la propriété. Il ajoute cette particularité, qu'elle avoit fait rassembler les dames de Paris dans cet oratoire, comme dans un lieu sûr, pour s'y mettre en prières, lors du faux bruit de l'arrivée d'Attila à Paris.
Dans le neuvième siècle, cette même chapelle servit d'asile, contre les Normands, aux religieux de Saint-Germain-des-Prés, qui y déposèrent le corps de leur patron. L'abbé Lebeuf pense que, dès ce temps-là, cet hospice leur appartenoit. Jaillot contredit cette opinion, et convenant cependant, avec son docte adversaire, que, lorsque les religieux retournèrent à leur monastère, ils laissèrent dans l'oratoire de Saint-Jean un bras de saint Germain, il soutient que cette église ne prit le nom du dernier saint que lorsque le baptistère eut été transporté plus près de la cathédrale, à Saint-Jean-le-Rond; et qu'alors seulement l'évêque et le chapitre de Paris donnèrent le patronage de l'ancienne chapelle à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés. De telles questions sont aussi difficiles que peu importantes à éclaircir.
Son titre n'offre pas moins de difficultés: dès le douzième siècle, on trouve des actes qui font mention de l'église de Saint-Germain-le-Vieux, _Sanctus Germanus Vetus_; mais il n'en est aucun qui donne la raison de ce surnom. L'abbé Lebeuf ne semble pas heureux dans ses conjectures, lorsqu'il fait dériver ce mot d'_aquosus_, en françois barbare, _evieux_ ou _aivieux_; d'où, par corruption, on auroit fait _le vieux_, parce que, dit-il, cette église étoit située dans un endroit _aquatique_, duquel le marché _Palu_ a aussi tiré son nom[289]. Il paroîtroit plus probable que ce surnom lui étoit venu d'une ancienne tradition qui portoit que le saint patron s'y étoit retiré dans le sixième siècle.
[Note 289: Jaillot a démontré la fausseté de cette étymologie, en prouvant qu'au dixième et même au quatorzième siècle, on ne disoit point Saint-Germain _le Vieux_, mais _le Viel_ et _le Vieil_. Tous les titres, d'ailleurs, qui parlent d'églises situées dans des endroits marécageux, et il en existe un grand nombre, ne les désignent jamais que sous le nom de _la Palud_, ou _Palu_, du mot latin _palus_.]
En 1368, l'abbaye de Saint-Germain céda son droit sur la petite église de Saint-Germain-le-Vieux à l'Université de Paris; et depuis ce temps-là son recteur nommoit à la cure, qui s'étendoit, d'un côté, le long de la rue du Marché-Palu jusqu'au milieu du Petit-Pont, de l'autre, presque jusqu'à l'extrémité de celle de la Calendre. Elle possédoit en outre quelques maisons dans les rues Saint-Éloi, aux Fèves, toutes celles du Marché-Neuf et les édifices qui environnoient la paroisse.
CURIOSITÉS DE L'ÉGLISE SAINT-GERMAIN-LE-VIEUX.
TABLEAUX.
Sur le maître-autel, décoré de quatre colonnes de marbre de Dinan, le Baptême de Jésus-Christ, par _Stella_.
Dans la chapelle de la Vierge, une Assomption, par le même.
Dans une autre chapelle, le Lavement des pieds, par _Vouet_.
Derrière la chaire, tous les Saints du Paradis, par un peintre inconnu.
On exposoit dans cette église, aux grandes fêtes, une tapisserie faite du temps de Charles V, où étoit représentée la vie de saint Germain. Les personnages en étoient, dit-on, assez correctement dessinés, et offroient une image exacte et naïve des modes de ce temps-là, pour l'un et l'autre sexe.
Cette église fut rebâtie en entier et agrandie dans le seizième siècle. Le portail et le clocher n'étoient que de 1560[290].
[Note 290: Cette église, est restée long-temps en ruine; on en a achevé la démolition depuis quelques années, et sur le terrain qu'elle occupoit on a élevé des maisons.]
On prétend que saint Marcel, évêque de Paris, vint au monde dans la cinquième maison de la rue de la Calendre, à droite en entrant par celle de la Juiverie. D'après cette ancienne tradition, qui cependant n'est pas moins contestée que les autres, le clergé de Notre-Dame y faisoit une station le jour de l'Ascension, où il avoit coutume de porter processionnellement la châsse du saint.
Le territoire de Saint-Germain-le-Vieux commençoit du côté du petit Châtelet et sur le Petit-Pont; il continuoit à gauche, renfermant toutes les maisons qui étoient de ce côté; cette paroisse avoit quelques maisons dans la rue du Marché-Neuf, toutes celles du Marché-Neuf, le côté gauche de la rue Marché Palu, presque toute la rue de la Calendre, quelques maisons éparses dans les rues Saint-Éloi, aux Fèves, de la Juiverie et Saint-Christophe[291].
[Note 291: Lebeuf, Hist. du Dioc. de Paris.]
LA MAGDELEINE.
En sortant de Saint-Germain-le-Vieux, on entre dans la rue de la _Juiverie_, qui traverse la Cité dans toute sa largeur, et aboutit d'un côté au Petit-Pont, et de l'autre à celui de Notre-Dame. Au milieu de cette rue, dont le nom vient des Juifs qui l'ont autrefois habitée, étoit une église dédiée sous le titre de la Magdeleine.