Part 9
Conférence entre la reine-mère et l'ambassadeur d'Angleterre.--Offre de l'ambassadeur de faire la proposition du mariage du duc d'Anjou avec Élisabeth.--Désir de la reine que La Mothe Fénélon appuie les projets de mariage de Leicester.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz lettres du IXe, XIIIe et XVIIIe du moys passé, auxquelles l'on a différé de vous faire responce, tant pour attendre le retour du Sr de Biron et des depputés que la Royne de Navarre et les Princes, ses fils et nepveu, ont envoyé devers le Roy, Monsieur mon fils, que pour vous avoir mandé, par le Sr de Vassal, tout ce que nous vous pouvions escrire jusques à ce que l'on ait veu la résollution qui seroit prise de la négotiation de la paix. Et pour ce que, par les lettres que le Roy, Mon dict Sieur et fils, vous escript et les responces qu'il leur a faictes, qu'il vous envoye, vous serés bien amplement instruict de tout ce qui s'est passé en cest affaire jusques à présent; m'en remettant là dessus, je ne vous en manderay aulcune chose en la présente, m'asseurant que vous en fairez sagement et dextrement entendre à la Royne d'Angleterre ce que vous verrez et cognoistrez qu'il en sera de besoin;
Vous voullant bien advertir comme, à la dernière audience que je donnay à son ambassadeur, estant sur le propos de la Royne, sa Maistresse, je luy dis que le Roy, Mon dict Sieur et fils, et moy desirions, pour l'amitié que nous luy portons, qu'elle voullût mettre la Royne d'Escosse en liberté, et luy ayder et favoriser en tout ce qu'elle pourroit pour la remettre en son royaulme, avec l'autorité qui luy est deue; et aussy qu'elle prît une résolution de se marier et de choisir quelqu'un qui feust à sa dévotion et de qui elle peut disposer à sa vollonté; et par ce moyen elle demeurerait en plus grand repos en son royaulme, et osteroit les occasions des troubles qu'elle a heue naguières, et encores a; et que ceux, qui prétendent succéder après elle, n'auroient plus de prétexte d'y faire les remuements et menées qu'ils font ordinairement.
Sur quoy le dict ambassadeur me fit responce que, si je parlois pour mon fils, le Duc d'Anjou, qu'il en escriroit vollontiers, et qu'il pensoit que sa Mestresse auroit bien agréable d'en ouïr parler.
Et, sur ce, je luy remonstray que l'âge de mon fils estoit si inesgal au sien que cella ne se pourroit effectuer, et qu'elle debvoit regarder d'en choisir quelqu'un dans son royaulme tel que bon luy sembleroit: ce que je desire que vous faciés entendre au comte de Lestre, et comme, suivant ce que vous m'en avés cy devant escript, et les propos qu'il vous en avoit tenus, j'ay dict cella au dict ambassadeur; et que ce n'est à aultre fin que pour luy faire cognoistre la bonne vollonté que le Roy, Mon dict Sieur et fils, et moy luy portons, et que nous avons faict et fairons tous les bons offices que nous pourrons pour luy ayder à parvenir à ce qu'il peut desirer en cest endroict; nous asseurant aussy qu'il faira tousjours tous les bons offices qu'il pourra envers sa Mestresse pour entretenir la bonne amitié qui est entre nous.
Quand au faict de la Royne d'Escosse, vous verrés ce que le Roy, Mon dict Sieur et fils, vous en escript, et entendrés, tant par sa lettre que par ce que nous avons dict au présent porteur, qui est à vous, sur ce plus amplement son intention; qui me gardera de vous faire la présente plus longue. Sur ce, etc.
Escript à Chasteaubriant le IVe jour de may 1570.
CATERINE. FIZES.
XLIX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXXIe jour de may 1570.--
Affaires d'Écosse.--Nouvelle déclaration du roi pour qu'il soit enjoint à Élisabeth de retirer ses troupes de ce pays.--Offre acceptée par le roi de s'établir médiateur entre Élisabeth et Marie Stuart.--Charge donnée à l'ambassadeur de se rendre auprès de la reine d'Écosse.--Instruction pour le traité qui pourrait être conclu.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz lettres des XXIIIe et XXVIIe apvril, et IIIe et VIIIe du présent moys de may[53], par lesquelles vous me faictes bien et particullièrement entendre tout ce qui s'est passé de delà; et mesmes pour les forces que la Royne d'Angleterre a faict acheminer en Écosse, la façon de laquelle on y a procédé, ayant bruslé partout où ils ont passé, et prins le chasteau de Humes, où ils ont mis garnison, la deffaicte de la plus grande partie des forces qu'avoit milord Scrup, et particullièrement la responce que la Royne d'Angleterre vous a faicte, luy ayant faict entendre ce que je vous avois escript, et donné charge de luy dire, de ma part, pour le faict de la Royne d'Escosse et des forces qu'elle faisoit passer en son royaulme, et que, pour l'ancienne allience et amitié qui est entre ces deux royaulmes, je ne pourrois moins faire que de la secourir; ayant bien notté et considéré tout ce que vous m'en avés mandé et ce que Sabran, présent porteur, oultre le contenu en voz despesches, m'en a faict entendre amplement de vostre part. Sur quoy je vous veux bien advertir que j'ay trouvé très bon tout ce que vous en avés faict, qui est conforme à mon intention et vollonté, ayant résollu de tenir le mesme langage à son ambassadeur, lorsqu'il m'en parlera.
[53] Voyez CIIIe, CIVe, CVe et CVIe dép., tom. III, pag. 128, 130, 133 et 138.
Et cependant vous pourrés voir la dicte Dame, et luy dire que les propos, que je luy ay faict tenir par vous, ne sont point pour rompre aulcunement la forme de paix et amitié que nous avons ensemble; qu'elle sçait bien que ce n'est pas une allience nouvelle que je fais avec la Royne d'Escosse et son royaulme, pour ce qu'il y a neuf cens ans qu'elle a esté ainsi continuée par les Rois, mes prédécesseurs, et ceux du dict Escosse; et que, pour mieux entretenir l'amitié qui est entre nous, je n'avois point voullu, suyvant la prière et requeste que son dict ambassadeur m'en avoit faicte, envoyer aulcunes forces en Escosse, sur l'asseurance qu'il m'avoit donnée que la dicte Dame n'y en envoyeroit point aussy. Et voyant à présent le contraire, et que la Royne d'Escosse et les principaux de son païs me voudroient ou pourroient sommer de les secourir, suyvant les traités, je ne pouvois moins faire, pour entretenir l'amitié d'une part et d'aultre, que de luy faire remonstrer ce que vous luy avés desjà dict; et que, pour les raisons et considérations susdictes, je la prie de rechef de ne rien faire ou entreprendre sur la dicte Royne d'Escosse et son royaulme, et d'en faire incontinent rettirer ses forces, ayant bien agréable l'offre, qu'elle vous a faicte, de voulloir recevoir les conditions que la Royne d'Escosse luy demandoit sur la commodité de ses affaires, ou que je luy faisois offrir pour elle.
Et pour mieux et plus tot acheminer ceste négociation, vous la prierez de vous permettre d'aller trouver la dicte Royne d'Escosse pour luy en communiquer, et qu'elle puisse appeller aulcuns de son conseil, telz qu'elle advisera, affin qu'avec eulx elle puisse faire mettre par escript tout ce qui sera nécessaire pour l'entretènement d'une bonne paix, amitié et concorde entre elles deux; et que je vous ay donné charge de dire à la Royne d'Escosse que je desire que, de sa part, elle garde et fasse observer et entretenir inviolablement tout ce qui sera faict et accordé entre elles, et aussy qu'elle pardonne à tous ses subjects pour tout ce qu'elle pourroit prétendre avoir esté faict par eulx, soit en faveur de la Royne d'Angleterre, ou aultrement. Et pour cest effaict, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous regarderez par tous les moyens dont vous pourrés aviser à conduire si bien ceste résolution qu'elle a prinse, qu'il s'en puisse ensuivre bientost un bon accord, et la Royne d'Escosse mise en liberté et en l'authorité et commandement qu'elle doibt avoir en son royaulme.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous envoye un extraict de la lettre, que le maréchal de Dampville m'a escripte par Le Béloy, de la deffaicte d'un grand nombre d'hommes de cheval et à pied, qu'il a faicte sur mes subjects rebelles, affin que vous puissiez faire entendre au vray à la dicte Dame, et où il sera de besoin, ce qui en est. Et en attendant le retour des susdicts de Biron et de Malassise, que j'ay envoyé devers les Princes de Navarre et de Condé, et l'Admiral, pour leur faire entendre ma dernière résollution sur ce qu'on nous faict requérir et supplier, je suis allé en Bretaigne pour y prendre plaisir à la chasse; et m'achemine présentement, par la Normandie, vous avisant que vous ne me sçauriés faire servisse plus agréable que de me tenir ordinairement et continuellement adverti de toutes les nouvelles et occurences de delà, comme vous avés très bien, et à mon contentement, faict jusques ici, ainsi que j'ay donné charge à Sabran vous dire plus particullièrement de ma part. Sur ce, etc.
Escript à Mortaing, le dernier jour de may 1570.
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys la présente escripte, j'ay reçue voz lettres des XIIIe et XVIIe de ce moys[54], par lesquelles vous m'advertissez de ce qui s'est passé de delà, despuys voz dernières lettres, et de combien a servi ce que vous aviés faict entendre à la Royne d'Angleterre de ma part, ayant faict rettirer ses forces en la frontière; et sur ce que vous me mandez particullièrement de l'expédient que la dicte Dame veut prendre sur les affaires de la Royne d'Escosse, et comme elle pourra traicter seurement avec elle, de trois poincts; sçavoir est: du tiltre qu'elle prétend à la couronne d'Angleterre, d'une ligue et de la religion.
[54] Voyez CVIIe et CVIIIe dép., tom. III, pag. 150 et 154.
Pour le regard du tiltre et de la religion vous regarderez avec la dicte Royne d'Escosse et son conseil; et quand à la ligue qu'elles pourroient faire ensemble, il n'est pas raisonnable, comme vous sçavés, qu'elle soit faicte à mon préjudice; et pour oster la Royne d'Angleterre de tout soupçon, et luy faire mieulx cognoistre comme je veux vivre en bonne amytié avec elle, vous luy fairez entendre de ma part que je veux et desire entrer en ceste ligue avec elle et la Royne d'Escoce. Et, pour cest effaict, je veux et entend que vous y faictes pour moy, et en mon nom, tous ce que verrés et cognoistrés estre requis et nécessaire pour le bien de mon servisse, ainsi que j'ai donné charge plus particulière au dict Sabran de vous dire. Ce XXXIe jour de may 1570.
CHARLES. FIZES.
L
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du Xe jour de juing 1570.--
Approbation de la négociation faite par l'ambassadeur concernant l'Écosse.--Consentement donné par le roi au rappel des forces qu'il envoyait dans ce pays.--Confiance qu'Élisabeth va procéder au traité pour la restitution de Marie Stuart.--_Lettre de Mr de Fizes._ Déclaration que le roi ne consentira pas à ce qu'il soit accordé des otages français pour assurer l'exécution du traité relatif à Marie Stuart, mais qu'il ne s'oppose pas formellement à ce qu'il soit donné des otages écossais.
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys le partement de Sabran pour s'en retourner devers vous, j'ay receu vos lettres du XXIIe et XXVIIe du passé[55], par lesquelles vous me faictes bien particullièrement entendre tout ce qui a esté fait et négotié par vous, tant avec la Royne d'Angleterre que ceux de son conseil, pour le faict de la Royne d'Escosse et de son royaume; les cinq poincts qu'ils ont mis en avant pour parvenir à quelque bon accord, et pour accomoder les différents qui sont entre elles; et aussy les seurettés que la dicte Royne d'Angleterre demande pour l'entretènement de ce qui sera traicté et arresté, et enfin ce qui a esté résollu suivant le mémoire qui m'en a esté par vous envoyé. Sur quoy j'ay bien voulleu vous advertir que j'ay heu fort agréable tout ce que vous avés dict et faict entendre de ma part à la dicte Dame, et loue grandement la sagesse, prudence et dextérité de laquelle vous avés usé, selon que vous avés cogneu qu'il en estoit de besoin, et que l'occasion se présentoit; ce qui ne sçauroit avoir esté faict mieulx ni plus à propos, ni dont je puisse avoir plus de contentement et satisfaction, ni plus conforme à mon intention et vollonté, ayant résollu de tenir ce mesme langage à son ambassadeur qui m'a faict demander audience; laquelle j'espère luy donner dans deux jours, que je pourray estre à Alançon.
[55] Voyez CIXe et CXe dép., tom. III, pag. 157 et 161.
Et pour le regard de ce que vous avés accordé avec la dicte Dame et ceux de son conseil, ainsi qu'il est mis par escript par le dict mémoire; vous luy direz que, pour luy faire cognoistre comme je veux, de ma part, satisfaire à tout ce que vous luy avés dict, promis et accordé, et mesmes pour luy donner plus grand tesmoignage de la vollonté que j'ay d'entretenir la bonne amitié qui est entre nous, que, ayant agréable tout le contenu en icelluy, j'ay incontinent contremandé les cappitaines, avec les forces que j'avois déjà envoyées en Escosse, m'asseurant aussy que, de sa part, elle faira le semblable pour les deux mille arquebusiers qu'elle y a envoyés, despuys qu'elle a faict rettirer son armée à Barwich, et les vaisseaux qu'elle a fait mettre en mer; et que, de bonne foy, et avec telle syncérité qu'il appartient, et que je doibs espérer d'une Royne et princesse telle comme elle est, qu'elle satisfaira à ce qui est desjà accordé, et parachèvera de conclurre et arrester tout ce qui reste pour remettre la Royne d'Escosse, ma belle sœur, en liberté et en l'auctorité et commandement qu'elle doibt avoir en son royaulme, et aussy pour mettre une bonne fin, par accord et voye amiable, à tous les différents qui peuvent être entre elles et leurs royaulmes, affin que, par cy après, il n'y puisse survenir aulcune altération ni différent.
Et voyant comme vous avés fort sagement et bien conduit cest affaire jusques ici, je ne vous en manderay aulcune chose en particullier, m'en remettant et reposant de tout sur vous pour le négotier, selon et ainsi que vous cognoistrés estre convenable pour ma grandeur et réputation, et pour le bien et commodité de ceste couronne. Sur ce, etc.
Escript à Argentan le Xe jour de juing 1570.
CHARLES. FIZES.
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys la présente escripte, j'ay receu vostre lettre du premier de ce moys[56], à laquelle n'est point de besoin de vous faire aultre responce, y estant satisfaict par ce que je vous mande cy dessus, sinon que j'ay esté bien aise d'entendre ce qui s'est passé despuys vos dernières lettres.
CHARLES. FIZES.
[56] Voyez CXIe dép, tom. III, pag. 171.
(Plus est escript dans la lettre de Mr De Fizes à Mr de La Mothe Fénélon).
Monsieur, comme je voullois fermer ce pacquet, Leurs Majestés ont receu vos lettres du 1er de ce moys, que je leur ay faict voir, et particullièrement à la Royne ce que m'avés escript sur ce que vous prévoyés que la Royne d'Angleterre s'opiniastrera d'avoir des ostages pour l'entretènement du traitté qu'elle faira avec la Royne d'Escosse, nommément le filz, si elle peut, et principallement quelques uns de la maison de Guise ou d'Aumale. Sur quoy Sa Majesté m'a commandé vous escrire qu'elle n'en veut point parler au Roy, sçachant qu'il ne trouvera poinct bon et ne voudra, en quelque sorte que ce soit, bailler aulcuns otages françois. Et, pour le regard du Prince d'Escosse et des seigneurs escossois, qu'il ne s'en souciera pas, sinon en tant que vous verrés que cella luy pourra servir, et que, pour ce regard, luy en accorde ce que l'on advisera.
Le Xe jour de juing 1570.
Vostre bien humble et affectionné amy et serviteur.
FIZES.
LI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIe jour de juillet 1570.--
Négociation concernant Marie Stuart.--Articles sur l'exercice de la religion protestante et la ligue entre l'Angleterre et l'Écosse.--Avertissement donné aux gouverneurs des ports des entreprises projetées par les protestans.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ai receu vostre lettre du XXVe du passé[57], et par le contenu en icelle veu la façon dont vous avés procédé pour faire entendre à la Royne d'Angleterre mon intention, sur ce qu'on luy avoit voullu faire acroire de l'asprest que je faisois faire en Bretaigne pour envoyer des forces en Escosse, et luy oster l'opinion que, à la persuasion d'aulcuns de ses ministres, elle avoit conceu du contraire, nonobstant la promesse que j'en avois faicte à son ambassadeur et ce que je vous ay mandé et donné charge de luy dire de ma part; ayant trouvé très bon que, au lieu de luy escrire, vous ayez avisé d'attendre qu'elle ait moyen de vous donner audience, affin que vous mesmes, de vive voix, luy puissiés dire et asseurer tout le contraire de ce que on luy a voulleu persuader; et ce pendant ceux que vous m'escrivés, lesquelz sont absents de sa cour, seront de retour; et sur ce que vous me mandés avoir descouvert que aulcuns de son conseil, qui ont tousjours voulleu empescher la liberté et restitution de la Royne d'Escosse, voyant que leur Maistresse estoit délibérée de mettre une fin à cest affaire, et parachever ce qui est desjà commancé, ont résollu de se tenir fermes aux conditions portées par vostre lettre, et dont j'ay fait faire un extraict que vous trouverez avec la présente; sur quoy vous désirés entendre ma vollonté pour l'exposer quand il sera temps et qu'il en sera traité.
[57] Voyez CXVIIe dép., tom. III, pag. 212.
J'ai pensé que, à présent, vous aurés receu toutes les despesches que je vous ay ci devant faites, et mesmes les dernières par Vassal, et le sieur de Poigny[58], par lesquelles je vous ay satisfaict à la pluspart du contenu au dict mémoire, qui est que je ne voullois poinct bailler aulcuns otages françois, de quelque qualité qu'ils le puissent demander; et, pour le regard de ceux qu'ils voudront avoir du royaulme d'Escosse, que je m'en remectz entre elles deux et leurs ministres pour en accorder, ainsi que bon leur sembleroit, réservé le Prince d'Escosse, comme n'estant raisonnable qu'il soit mené hors son royaulme. Et à ceste occasion, je desire que vous faites tout ce que vous pourrés pour empescher qu'il ne soit poinct envoyé en Angleterre.
[58] Cette dernière lettre, en date du 27 juin 1570, manque.
Quand au faict de la religion protestante, pour estre establie et confirmée en Escosse; le serment solennel qu'ils veullent faire faire à la Royne du dict pays de ne se marier sans l'exprès consentement de la Royne d'Angleterre et de chasser les rebelles anglois qui se sont rettirés en son païs; la cession, qu'ils veulent qu'elle fasse à la Royne d'Angleterre et aux enfants qui viendront d'elle, de tout le droict et tiltre qu'elle prétend au dict royaulme; de déclarer, dès à présent, pour son successeur à celluy d'Escosse et aux droits qu'elle prétend à celluy d'Angleterre le Prince, son fils; je remetz cella à ce que vous en saurés bien meurement et sagement adviser avec la Royne d'Escosse et ses ministres, pour faire le traité le plus à son avantage qu'il sera possible, et qu'il ne me soit aulcunement préjudiciable.
Touchant la ligue offensive et deffensive entre les deux Roynes et leurs royaulmes, à laquelle me sera donné lieu pour y entrer, si bon me semble, vous aurés veu ce que je vous en ay mandé cy devant sur cest article, lequel méritte d'estre bien pesé et considéré par vous, ensemble celuy qui est ensuivant, par lequel il est dict qu'il ne sera loisible d'introduire nul estranger en armes dans le païs, d'où qui soit, ni par quelque coulleur ou prétexte que ce puisse estre; et se garder, le plus que l'on pourra, de n'entrer point à faire de nouveaux traictés qui puissent préjudicier aux anciennes alliances que mes prédécesseurs et moy avons heu, de si longtemps, et qui demeurent encore avec ceux d'Escosse. Et suffiroit seulement d'accorder ce que vous verrez estre bon pour l'entretènement d'une bonne et commune amitié entre elles et moy; et où vous verriés que l'on voudroit faire et accorder chose qui me feust préjudiciable, avant de passer oultre, je veux et entends que vous m'en advertissiés, pour, sur ce, vous faire entendre mes voulloir et intention.
J'ay veu aussy ce que vous me mandés des nouvelles que vous avés heues des forces d'Allemaigne, et ce que vous avés peu sçavoir de leur délibération, et pareillement de la descente que ceux de leur parti veullent faire par mer en aulcuns des ports et havres de Picardie, Normandie, Bretaigne ou Guienne, dont j'ay adverti les gouverneurs des provinces et ceux qui y commandent pour moy, affin de se tenir sur leurs gardes. Qui est tout ce que j'ay à vous escrire pour le présent, me remettant du surplus sur ce que je vous ay mandé par le dict Vassal, Sr de Poigny et celluy des vostres que vous m'avés dernièrement envoyé.
Despuys la présente escripte, j'ay receu vostre despesche du XXIXe du passé[59] et veu ce que, par icelle, vous me faictes savoir. Sur quoy n'est besoin vous faire aultre response pour ceste heure; en attendant l'advis de ce que vous aurés négotié par dellà.
Escript à Gaillon, le VIe jour de juillet 1570.
CHARLES. FIZES.
[59] Voyez CXVIIIe dép., tom. III, pag. 216.
LII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIXe jour de juillet 1570.--
Mission de Mr de Poigny en Angleterre.--Mécontentement du roi de ce qu'il ne lui a pas été permis de passer en Écosse.--Espoir d'une paix prochaine.
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys l'arrivée par deçà de Sabran, qui est à vous, j'ay receu deux de vos despesches du XIVe et du XIXe de ce moys[60], et par le contenu d'icelles veu ce que me mandés du faict de vostre négotiation de delà; en quoy vous me représentés si bien et particullièrement tout ce qui s'est passé après l'arrivée du Sr de Poigny, qu'avec très juste occasion je demeure fort content et satisfaict de la diligence, prudence et dextérité, dont y avés uzé, ne me pouvant trop esbahir des variétés et mutations de ceux de delà, à qui vous avez à faire, et des desfiances où ils entrent ordinairement; n'ayant voulleu permettre que le dict Sr de Poigny passât en Escosse. Et encore me semble il que vous avés beaucoup faict de luy faire accorder qu'il allast visitter la Royne du dict Escosse, ma belle sœur, laquelle n'en pourra recevoir que très grand plaisir; et tout ce qui dépend de vostre dicte négotiation tant mieux achemine; vous avisant que je retiendray encores le dict Sabran jusques à ce qu'estant les depputés des Princes retournés devers moy, la conclusion et résollution de la paix soit entièrement faicte et arrestée, affin de vous en donner avis. Cependant je vous ay bien voulleu faire ceste petite dépesche par la poste, pour seullement vous advertir de la réception de vos dictes lettres et vous asseurer du grand contentement que j'ay de vos continuelles actions et déportements; vous priant de ne vous lasser de nous faire sçavoir de vos nouvelles à toutes occasions qui se présenteront. Et sur ce, etc.
Escript à St Germain en Laye, le XXIXe juillet 1570.
CHARLES. FIZES.
[60] Voyez CXXIe et CXXIIe dép., tom. III, pag. 234 et 240.
LIII
LE ROY A MR DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IVe jour d'aoust 1570.--
Nouvelle que la paix peut être considérée comme définitivement conclue.