Part 8
[49] Voyez lettre du 17 février 1570, jointe à la LXXXIXe dép., tom. III, pag. 53.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous prie de me mander ce que vous pourrés cognoistre de l'opinion que la Royne d'Angleterre a pour le faict de la paix de ce royaulme, et aussy le cardinal de Chastillon, et ce qu'ils en disent. Je vous veux bien advertir comme le sieur de Téligni parlant dernièrement à moy, je le voullus mettre en propos des troubles qui estoient lors en Angleterre; lequel me dict, sur ce que je trouvois raisonnable de punir et chastier tous les subjects qui portent les armes contre leurs princes souverains, qu'ils avoient bien faict, puisque leur Royne ne leur gardoit, de son costé, ce qu'elle debvoit; et cella vous servira pour un bon subject envers la dicte Dame, et pour tascher de luy oster l'opinion qu'elle a en leur endroict; d'aultant qu'ils se réjouissent de voir que ses subjectz feussent eslevés contre elle.
Ce IIIe jour de mars 1570.
CATERINE. FIZES.
XLII
Mr LE CARDINAL DE LORRAINE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IIIe jour de mars 1570.--
Remerciemens à l'ambassadeur.--Assurance de reconnaissance.
Monsieur de La Mothe Fénélon, ayant receu ce jourdhuy la lettre que vous m'avés escripte du XXIIe de ce moys, et veu par icelle, et par la coppie de celle qu'avés envoyée au comte de Lecestre, combien la bonne affection que vous portés aux affaires de la Royne, Madame ma niepce, est accompagnée et conduicte de bon advis et meilleur effaict, je n'ay pu vous en louer ni remercier assés à mon gré, prenant espérance en la dextérité dont vous usés en ceste négociation, qu'elle pourra prendre quelque heureuse fin, si vous ne vous lassés point de continuer les bons et grands offices que vous avés jusques ici tant heureusement employés à cest effaict. Dont je vous prie, d'aultant plus affectueusement, que j'aurois regret que ceste bonne occasion se passât inutille, et qu'oultre la naturelle affection que j'ay à la dicte Dame et à son servisse, Leurs Majestés se réjouissent infiniment, en recevant quelque bonne espérance, et voyant la promptitude et dilligence dont vous usés suyvant leur intention; et croyés que la dicte Dame, ma niepce, et tous nous aultres, qui avons cest honneur de luy appartenir, n'aurons pas seulement cognoissance de la grande obligation que vous aurés acquis en nous par un si digne et recommandable servisse, mais perpétuelle mémoire pour le recognoistre de toute nostre puissance selon vos mérites. Je vous prie de rechef, puisqu'avés conduitte ceste négotiation en si bon chemin, ne vous arrester et nous acroistre par l'achèvement, le plaisir que vous nous avés baillé de ce bon commancement, dont Leurs dictes Majestez, ayant veu vos lettres, ont prinse la meilleure part. Et sur ce, etc.
D'Angers le IIIe jour de mars 1570.
Vostre meilleur ami. Le CARDINAL DE LORRAINE.
XLIII
Mr DE MORVILLERS, ÉVESQUE D'ORLÉANS, A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IIIe jour de mars 1570.--
Conseils sur les devoirs d'un ambassadeur.--Félicitations sur la manière dont La Mothe Fénélon s'acquitte de sa charge.
Monsieur, j'ay veu, despuys que vous estes en ceste charge, que vous avés tousjours traicté les affaires d'une façon merveilleusement louable, et de laquelle me semble qu'un homme réhussit tousjours à son honneur: c'est de ne dire ni faire chose que les princes, avec lesquels l'on a affaire, puissent arguer de mensonge, déguisement ou malice; et qu'un ambassadeur, en toutes ses actions, soit cogneu sincère, et procédant rondement. Il y en a toutesfois qui pensent que, pour estre habille homme, il fault tousjours aller masqué, laquelle opinion j'estime du tout erronée, et celluy qui la suit grandement déceu. Le temps m'a donné quelque expérience des choses; mais je n'ay jamais veu homme, suivant ces chemins obliques, qui n'ait embrouillé les affaires de son Maistre, et, luy, perdre beaucoup plus qu'acquérir de réputation; et au contraire ceux, qui se sont conduits prudemment, avec la vérité, avoir, pour le moins, rapporté de leur négociation ce fruict et l'honneur d'y avoir faict ce que les hommes, avec le sens et jugement humain, peuvent faire.
Je vous diray, Monsieur, sans flaterie, que, tant plus je vois de vos dépesches, plus je loue le chemin que vous tenez; et espère que, le continuant, les affaires, que vous maniés, succèderont à bonne fin, au contantement du Roy, et sans offense de la princesse près de laquelle vous estes.
Au reste, vous entendés, par la dépesche du Roy et ce que vous dira le présent porteur, l'intention de Leurs Majestez sur tous les poincts de vos précédentes. Et vous diray seullement que bien heureux seroient les rois et monarques de la Chrestienté, si, de bonne foy, se voulloient ensemble réconcillier et se conforter les uns les aultres à maintenir leur juste auctorité dessus leurs subjectz; lesquels on void, de toutes parts, ne tendre à aultre fin qu'à secouer le joug et se dellivrer de toute subjection. Ils autorisent souvant des mauvais exemples, dont ils souffrent ordinairement à leur tour.
Monsieur, je me recommande humblement à vostre bonne grâce, et prie Dieu vous donner, en santé, longue vie.
D'Angers le IIIe jour de mars 1570.
Vostre bien humble ami et serviteur.
DE MORVILLERS, ÉV. D'ORLÉANS.
XLIV
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIIIe jour de mars 1570.--
Réclamation à raison du pillage d'un navire français échoué en Angleterre.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'escriptz présentement à la Royne d'Angleterre la lectre, que je vous envoye, en faveur de François Salomon, Jehan Colombel et Jehan Chenadec, marchands et bourgeois de ma ville de Vannes, en Bretaigne, sur ce qu'ilz m'ont faict entendre qu'au mois de novembre dernier passé, ils auroient faict conduire jusques en Flandres le navire à eulx appartenant, nommé la _Bonne Advanture_, de Vannes, et icelluy faict charger de plusieurs marchandises, entre aultres, de diverse sorte de soyes, comme tafetas et satins, toilles de Hollande, plomb, estein, crain, cires, bufles, poudre fine et grosse, grand nombre d'érain en œuvre, serges d'Arscot et aultres marchandises, revenants bien à la valleur d'environ dix huict mille livres. Lequel navire, ainsi chargé, ils avoient délibéré faire amener au dict Vannes en Bretaigne, et, ayant prins la route du dict païs, seroient, environ le quinzième jour de janvier dernier, arrivés au port de Rosco, distant du dict Vannes de XL lieues; et estimans, après y avoir quelque temps séjourné, avoir le vent à propos et commode pour faire voille, se seroient mis en mer, où le vent leur auroit esté si impétueux et contraire que le dict navire feut jeté en la coste d'Angleterre, cuydans y estre en aussy grande seuretté comme en mon royaulme, pour la bonne et parfaicte amitié, bienveillance et commune intelligence qui est entre noz royaulmes, païs et subjects.
Les habitants du dict lieu de Falmeu, et aultres circonvoysins, subjects de la Royne d'Angleterre, se seroient jectés sur la dicte navire, et icelle déprédé, pillé, saccagé, remporté toutes les marchandises et choses qui estoient dessus, montants et revenants à la susdicte somme d'environ dix huict mille livres, oultre les agrès, appareils et munitions y estants, vallants plus de deux mille livres, qu'ils auroient aussy prins, remportés, et faict constituer prisonniers le maistre du dict navire, nommé Loys Corno, ensemble les mariniers qui y estoient.
Par quoy, et que je me suis tousjours asseuré, comme je fais encore, que la dicte Royne d'Angleterre ne le voudroit aulcunement tollérer ni permettre, et qu'elle ne l'a jamais entendu, je vous prie, Monsieur de La Mothe Fénélon, après luy avoyr présenté mes dictes lettres, faire telle instance envers elle que le dict navire, et marchandises qui estoient dessus, agrès, appareils et munitions, soyent randus et restitués à ceux de mes dictz subjects, aux quels ils appartiennent, si les choses sont encores en nature; sinon la juste valleur et estimation d'iceulx, et les mariniers, et aultres personnes estants dessus, mis en plaine et entière liberté. Vous verrés les informations qui de ce ont esté faictes, lesquelles vous sont présentement envoyées, et employerés la créance, que je vous donne par ma dicte lettre à la Royne d'Angleterre, de tous les plus honnestes propos et remonstrances dont vous vous pourrés aviser; m'advertissant, à la première occasion, de ce que vous aurés faict et de la responce que vous en aurés heüe. Et sur ce, etc.
Escript à Angers le VIIIe jour de mars 1570.
CHARLES. FIZES.
XLV
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XIIe jour d'apvril 1570.--
Remerciemens sur les offres de médiation d'Élisabeth, que la pacification prochaine doit rendre inutiles.--Remontrances sur les armemens faits en Angleterre.--Déclaration du roi qu'il ne souffrira pas qu'ils soient tournés contre l'Écosse.--Demande qu'Élisabeth retire ses troupes de ce pays, et qu'elle rende la liberté à Marie Stuart.--Garantie offerte par le roi pour l'exécution du traité.--Ordre donné pour qu'il soit satisfait aux réclamations des Anglais sur la pêche des côtes.--Argent envoyé à Marie Stuart.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz lettres des IXe et XIXe du mois de mars dernier; après, j'ay eu celles que m'a aportées le Sr de Vassal qui sont du XXVIIe du dict moys, ensemble les mémoires et instructions que vous luy avés baillé[50]; et, oultre le contenu d'icelles, encore quelles soient bien amples, entendu tout ce qu'il m'a particullièrement dict et exposé de vostre part, suyvant la charge qu'il en avoit de vous. Despuys, j'ay aussy receu les aultres lettres du dernier d'icelluy mois[51], me trouvant, en tout et partout, si bien et si suffisamment esclairci de tout ce qui se pouvoit apprendre, du costé du lieu où vous êtes, qu'il n'est possible de plus; tellement qu'avec très juste occasion j'en demeure fort content et satisfaict.
[50] Voyez XCIVe, XCVIe et XCVIIe dép., tom. III, pag. 79, 85 et 88.
[51] Voyez XCVIIIe dép., tom. III, pag. 103.
Et pour vous y faire responce, j'ay veu et remarqué, en premier lieu, ce que vous me faictes sçavoir du grand et singulier desir que avoit la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, d'intervenir et s'employer à la pacification des troubles de mon royaume, s'offrant d'envoyer pour cest effaict par deçà quelqu'un des siens, personnage de qualité correspondante à un tel négoce, ou bien d'en traiter par delà avec le cardinal de Chastillon. Sur quoy je ne la puis que grandement remercier de ceste sienne bonne vollonté et affection en mon endroict, vous priant faire de ma part cest office envers elle, avec toutes les plus honnestes parolles dont vous pourrez aviser, l'asseurant que, en semblable ou aultre occasion, je luy voudrois très vollontiers faire paroistre, par effaict, la correspondance de nostre bonne et commune amitié. Mais il ne sera point de besoin luy donner ceste peyne, d'aultant que ceulx de mes subjectz rebelles, qui se sont eslevés et prins les armes contre mon autorité, m'ont toujours faict remonstrer ne voulloir point entrer en capitulation avecque moy, qui suis leur roy et prince naturel et souverain; mais seullement avec toute révérence et humilité recevoir les offres que je leur fairois, tellement que, sur l'acceptation d'icelles que je leur ay cy devant envoyées, ils ont depputé quelques uns d'entre eulx pour me venir trouver, estantz desjà si bien acheminés qu'ils seront ici dans peu de jours, espérant que l'effaict de la dicte pacification sera bientost résollu: dont je ne faudray de vous advertir incontinent, affin que vous en faictes part et communication à la dicte Dame.
A laquelle vous remonstrerés cependant, pour le regard de ce qui touche le faict de si grandes forces, et l'ordre qu'elle donne encore tous les jours de les augmenter, ensemble les fournir de provisions et munitions de guerre, que je ne puis aulcunement penser que ce soit seullement pour chastier, comme elle dict, les fugitifs de son royaume qui se sont retirés au païs de la Royne d'Escosse, mais bien estimer et me persuader qu'elle a aultre intention, encore qu'elle soit sa proche parante; ce que je ne pourrai aulcunement souffrir ni tollérer, ayant le cœur grand et bon comme j'ay, et qui ne voudrois aulcunement dégénérer aux vertueux et magnanimes actes des Rois, mes prédécesseurs, qui ont toujours heu ceste résollution devant les yeux: d'employer non seulement les forces et moyens que Dieu leur a donné en main, mais encore leurs propres personnes, pour rellever et soulager les opprimés. Par quoy il ne faut pas que la Royne d'Angleterre trouve estrange si, pour l'ancienne et estroite amitié, alliance et confédération qui a esté de tout temps observée, et, de règne en règne, continuée et corroborée entre mes dicts prédessesseurs Rois et ceux d'Escosse, aussy pour m'estre la Royne du dict païs si prosche parente comme elle est, estant ma belle sœur, j'embrasse et veux embrasser le faict de sa cause comme la mienne propre, m'asseurant qu'en un si bon et saint œuvre je serai assisté de Dieu, faisant, comme je fairai, pour une Royne et princesse catholique, la quelle en ceste affliction ne sera jamais abandonnée du Roy d'Espaigne ni de tous les aultres princes chrestiens.
Mais pour n'en venir point jusque là, et devant que les choses passent plus oultre, vous prierés de ma part la dicte Royne d'Angleterre de faire rettirer ses forces du dict païs d'Escosse sans y en renvoyer d'aultres, au contraire mettre la Royne du dict Escosse en liberté pour gouverner et commander en son dict royaulme, ainsi qu'elle doibt et luy appartient de faire, estant née royne et princesse souveraine du dict païs, ou bien en laisser faire à ceux qui, de par elle et soubz son autorité, seront commis et depputés au dict gouvernement, attandu mesme que en cessi ne luy a esté donné aulcun empeschement sinon par ceux qui tiennent le parti d'icelle Royne d'Angleterre; avec laquelle je seray toujours très aise de continuer tous les bons offices d'amitié qui me seront possibles, l'asseurant que la Royne d'Escosse gardera, de sa part, tous les traités qui ont esté cy devant, et seront cy après, faicts et accordés avec la Royne d'Angleterre et ses prédécesseurs, et qu'elle vivra avec elle, gardant tout le debvoir d'une bonne et syncère amitié, sans y contrevenir aulcunement; et que je luy en veux donner telle promesse et asseurance qu'elle aura occasion d'en avoir grand contentement.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay veu par le double que vous m'avés envoyé de la lettre que vous ont escript ceux du conseil d'Angleterre, la plaincte que font les pescheurs de la Rie contre ceux de mes subjects, lesquels ilz prétendent contrevenir aux ordonnances faictes sur le faict des dictes pescheries, chose que je n'ay jamais entendue jusques à ceste heure. Et, à la vérité, je suis bien aise de le sçavoir, pour l'envie et la bonne affection que j'ay d'y pourvoir et remédier: et, à ceste fin, j'escriptz présentement au Sr de La Meilleray, mon lieutenant au gouvernement de Normandie, s'enquérir et informer bien soigneusement et dilligemment du faict d'icelles pescheries, et des contraventions aux dictes ordonnances, pour, sur ce, réduire et remettre les choses en l'estat qu'elles doibvent estre, et y demeurer en sorte qu'il n'en advienne plus aucune plainte; et qu'il ne faille à m'advertir incontinent de tout ce qu'il en aura faict et exécuté, affin que je vous le fasse entendre pour leur remonstrer par delà, et ez lieux et ainsi qu'il en sera de besoin, tellement que l'on cognoisse partout l'envie que j'ay de vivre en bonne et mutuelle amitié avec la dicte Royne d'Angleterre.
Je vous advise, Monsieur de La Mothe Fénélon, que la somme de dix sept mille livres, d'une part, et cinq mille qui seront cy après envoyés en Angleterre, n'est à aultre fin que pour estre baillée à la Royne d'Escosse, ma belle sœur, et non ailleurs, pour luy ayder à subvenir en ses affaires, comme estant de ses deniers; par quoy vous le luy fairez bailler et en prendrez quittance d'elle pour vostre descharge, que vous m'envoyerez pour faire aparoir comme elle les aura receus entre ses mains; vous ayant bien voullu renvoyer le dict Sr Vassal, sur lequel me remettant, je prie, etc.
Escript à Chasteaubriant le XIIe jour d'apvril 1570.
CHARLES. FIZES.
XLVI
LE DUC D'ANJOU A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
(_Lettre escrite de la main de Monsieur le Duc._)
--du XIIe jour d'apvril 1570.--
Protestation faite par le duc d'Anjou qu'il n'a jamais déclaré avoir l'intention, aussitôt la paix conclue, de faire une entreprise en Angleterre pour délivrer Marie Stuart.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous verrés par la despesche du Roy, Monseigneur et frère, responcive à celles que nous avons cy devant receu de vous, et mesme par le Sr de Vassal qui vous est présentement renvoyé, le voulloir et l'intention de Sa Majesté sur toutes vos dictes despesches, estant le tout si bien et amplement déduict qu'il ne me reste à vous dire davantage là dessus. Mais, pour le regard de ce que vous m'escrivés, en particullier, touchant quelques propos qui avoient esté tenus à la Royne d'Angleterre, et dont elle se sentoit piquée; disant que j'avois voullu persuader quelques gentilshommes, venus du camp de nos ennemis, à franchement recevoir les conditions de la paix que l'on leur offroit, et quitter toutes aultres passions pour se réunir ensemblement à une mesme bonne et entière vollonté, et que, après, je les mènerois à une très honnorable entreprise en Angleterre, pour y dellivrer une Royne que l'on y détenoit prisonnière; tellement qu'il sembloit par là que je luy voulleusse desjà dénoncer la guerre, dont elle ne pensoit m'avoir aulcunement donné l'occasion: sur quoy, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous luy avés fort bien et sagement respondu.
Et fault que je vous die qu'il estoit impossible de faire en cella meilleur office que celluy que vous avés faict, qui est la vraye et pure vérité, lorsque vous luy avez faict entendre qu'une telle vollonté ne m'estoit point tombée dans le cœur; et quand bien il en auroit heu quelque chose, ce que non, toutesfois tant s'en fault que je l'heusse dict à ceux que je tenois et tiens encore pour ennemis, durant le temps qu'ils porteront les armes contre moy, que seullement je ne l'heusse pas voulleu descouvrir à mes amis; vous priant d'assurer, de ma part, la Royne d'Angleterre que je trouve aultant estrange ceste nouvelle comme elle est éloignée de la vérité, n'y ayant jamais pensé en quelque sorte que ce soit. Mais ce sont quelques turbulents, esprits malicieux, qui s'exercent et passent le temps à forger telles malheureuses inventions; la priant bien fort de n'en voulloir croire aulcune chose, mais au contraire que j'ay toujours heu devant les yeux ceste bonne et ferme intention de voir ces deux royaumes, de France et d'Angleterre, continuer et persévérer en leur commune et mutuelle amitié; et à faire, de ma part, tous les meilleurs offices que je pourrois pour donner tesmoignage par effaict de ma dicte bonne vollonté, qui ne sera jamais aultre. Sur ce, etc.
Escript à Chasteaubriant, le XIIe jour d'apvril 1570.
Vostre bon ami. HENRY
XLVII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IVe jour de may 1570.--
Détails sur la négociation de la paix qui est près d'être conclue.--Réponse faite aux articles par les princes de Navarre et de Condé.--Insistance du roi pour qu'Élisabeth retire ses troupes d'Écosse.--Affaires de Marie Stuart.--Résolution du roi de faire rendre justice sur les plaintes des Anglais.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz lettres des IXe, XIIIe et XVIIIe du moys passé[52], et par icelles entendu, bien et particulièrement, en quel estat sont toutes choses de par delà, et tout ce qui s'y est passé jusques à l'arrivée du présent porteur qui est à vous; et m'avés faict bien grand plaisir de me tenir si souvent et si amplement adverti des occurrences du lieu où vous estes. Je n'heusse pas tant demeuré à vous faire responce sans ce, que j'attandois le retour du Sr de Biron, et ce qui réhussiroit de la négotiation de la paix, par la venue des depputés que la Royne de Navarre et les Princes, ses fils et nepveu, ont envoyéd evers moy; lesquels, oultre le contenu ez articles que je leur avois cy devant envoyés par le dict sieur de Biron, et dont je vous ay donné adviz et envoyé coppie, m'ont faict, de leur part, plusieurs aultres particullières supplications et demandes de ce qu'ils désirent obtenir de moy. Et ayant mis en considération les grandes calamités, misères, oppressions et ruines dont mes pauvres subjects sont continuellement affligés, pour raison des guerres provenant des troubles qui ont esté cy devant et sont encore à présent en mon royaulme, et pour éviter un plus grand mal et donner quelque repos et soulagement à mes subjects, j'ay bien voulleu, puisqu'il n'y avoit aultre moyen de parvenir à une pacification, leur accorder ce que vous verrés par les responces que je leur ay faictes, dont je vous envoye un double, affin que vous sçachiés les causes et raisons et occasions pour lesquelles je me suis condescendu à leur octroyer plus que de ce que je leur avois mandé par le susdict Sr de Biron et le Sr de Malassise, conseiller en mon conseil privé; ce que vous pourrés dextrement et sagement faire entendre à la Royne d'Angleterre, et luy en parler avec tel propos et langage que vous cognoistrés qu'il en sera de besoin pour mon servisse. Et n'oubliés de la remercier aussy bien fort, de ma part, de la grande démonstration qu'elle a tousjours faicte de désirer la paix et repos en mon royaulme, et la bonne vollonté qu'elle a heue de s'y employer elle mesme, tellement qu'estant toutes choses aux termes qu'elles sont, et veu les grandes et raisonnables offres que je leur fais, j'espère qu'il ne sera poinct de besoin de luy donner ceste peyne; et que ceux de mes subjects, estant de la nouvelle opinion, qui se sont eslevés contre moy, ne s'oublieront point tant qu'ils ne reçoivent la grâce que je leur fais avec les conditions contenues ès dictes responces qui leur seront offertes de ma part. Aultrement, avec juste occasion, je ne pourrois penser d'eux qu'avec très mauvaise vollonté, et que ce seroit plustôt leur ambition qui les pousserait à continuer la guerre que le zelle qu'ils disent avoir à la conservation de leur religion. Et sur ce faict je ne puis mander aultre chose jusques au retour du Sr de Biron et de Malassise.
[52] Voyez Ce, CIe et CIIe dép., tom. III, pag. 110, 113 et 116.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay trouvé très bons tous les bons offices que vous avés faict, de ma part, envers la dicte Dame pour la dicte Royne d'Escosse, ma belle sœur; et m'asseure que, suyvant ce que je vous ay escript par mes dernières lettres, que le Sr de Vassal vous a aportées, vous n'aurés rien oublié de mon intention pour tascher et empescher, par tous les moyens que vous aurés peu, que les forces qu'elle voulloit envoyer en Écosse n'ayent passé oultre, ce que je désire que vous continués, et y faictes tout ce qu'il vous sera possible. Et pour le regard du secours que la dicte Royne d'Écosse desire estre par moy envoyé en son royaulme, j'ay donné charge au présent porteur de vous faire sur ce entendre ce que j'ay résollu, et aussy du surplus de ce qui est contenu ez instructions et mémoires que vous luy avés baillé.
Quand à la plaincte que ceux de la Royne d'Angleterre vous ont faicte pour un de ses subjectz qui a perdu un navire, et dont vous m'avés envoyé la requeste qu'ils vous en ont présentée, j'ay commandé que l'on vériffie le faict et qu'il en soit faicte telle punition et justice qu'il appartient, qui est tout ce que je vous escripray. Et sur ce, etc.
Escript à Chasteaubriant le IVe jour de may 1570.
CHARLES. FIZES.
XLVIII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IVe jour de may 1570.--