Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 6

Chapter 63,879 wordsPublic domain

J'ay aussy entendu par vos dictes lettres comme, jusqu'au jour de la dacte d'icelles, les propos, que vous avez mis en avant touchant le mariage de la Royne d'Escosse avec le duc de Norfolc, avoient esté tenus comme venant de vous seulement, et non de moy, ce que j'ay trouvé bon; et que par cy après vous favorisiés cest affaire, et tout ce qui touchera la dicte Royne, en tout ce qui vous sera possible, pour le desir que j'ay de la voyr hors de la peine où elle est, et qu'elle soit remise en son royaume avec l'authorité et commandement sur ses subjects qu'il luy appartient; mais il faut que ce soit si dextrement et secrettement qu'on ne puisse descouvrir ny entendre que cela vienne de moy, ce que je m'asseure que vous sçaurés si sagement conduire, selon mon intention et volonté, qu'il n'en sera rien cogneu; vous asseurant que je ne manquerai, à la première commodité, et audience que je donnerai à l'ambassadeur d'Angleterre, de luy faire bien entendre le desplaisir que j'ay du mauvais traictement que reçoit la dicte Dame, par delà, de la dicte Royne d'Angleterre et de ses ministres; et pareillement de la vollerie de mon pacquet, duquel je vous prie faire toute l'instance que vous pourrés afin de vous le faire rendre.]

Au reste, vous entendrés par le sieur de La Croix, que je vous renvoye, comme les ville et chasteau de Lusignan ont esté remis et réduicts à mon obéissance par composition, où il a esté trouvé grand nombre de piques et autres armes, avec vingt quatre pièces de grosse artillerie, entre lesquelles y a sept ou huit canons et plusieurs coullouvrines; et y en a, entre autres, une pièce de celles qui ont esté envoyées d'Angleterre aux rebelles. La ville de Xainctes est aussi réduicte en mon obéissance. Et espère, dans peu de jours, loger avec mon armée dedans St Jean d'Angely que je tiens assiégé.

Et pour ce que vous entendrés plus au long les particularités par le dict La Croix, me remettant sur ce qu'il vous en dira, je ferai fin à la présente, etc.

Escript au camp devant St Jean d'Angely, le premier jour de novembre 1569.

[Faictes tout ce que vous pourrés sur ceste occasion qui se présente, du duc de Norfolc et autres qui sont prisonniers, pour les mettre en discention et en trouble entre eux, afin de brouiller leurs affaires le plus qu'il sera possible, pour, par ce moyen, les empescher de plus secourir.]

Depuis la présente escripte, j'ay vue vos lettres[32] du XVIIIe, et m'avez faict grand plaisir de me mander si particulièrement tout ce qui est passé par delà depuis vos précédantes. Et pour ce que l'ambassadeur d'Angleterre n'est icy près de moy, je luy ay escript ce que vous verrés par le double de la lettre[33] que je vous envoye, me plaignant tant de ce que vostre paquet a esté vollé que du mauvais traittement que la Royne, sa Mestresse, et ses ministres font à la Royne d'Escosse, ma belle sœur, afin qu'il en escrivît par delà et fît entendre le malcontentement que j'en ay, dont je vous ay bien voullu advertir.

Ce 1er jour de novembre 1569.

CHARLES. FIZES.

[32] Voyez LXVIe dép., tom. II, pag. 284.

[33] Cette lettre manque.

XXXII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du premier jour de novembre 1569.--

Instruction sur la conduite à tenir à l'égard de Marie Stuart.--Nouvelle recommandation de favoriser son mariage avec le duc de Norfolk, et de traiter cette négociation avec le plus grand secret.

Monsieur de La Mothe Fénélon, le Roy, Monsieur mon fils, et moy sommes grandement satisfaictz du bon debvoir et de la dilligence dont vous uzés à nous rendre compte, sy au long et par le menu, de l'estat des affaires de la Royne d'Escosse, ma belle filhe, et de celles du lieu où vous êtes. Sur quoy le dict Seigneur vous faict sy ample response, et sy au long entendre sa volonté, et de ce qu'il desire que vous faictes, tant pour la liberté que le bon trètement de ma dicte belle filhe, qu'il n'est jà besoing que je vous en dise aucune chose; mais je vous prie vous employer en sorte pour la dicte Dame qu'elle cognoisse par effect le fruict de vostre aide, et le desir que nous avons de la favoriser en ce qu'il nous sera possible.

[Et quant au mariage d'elle et du duc de Norfolc, nous avons trouvé bon ce que vous en avez faict jusques icy, et que cy après vous favorisiez à cest affaire, en tout ce que vous pourrez; mais il faut que ce soit avec dextérité et sy secrètement que la Royne d'Angleterre et ses ministres n'en puissent rien cognoistre.]

Le Sr de La Croix vous fera entendre la réduction des ville et chasteau de Luzignan et de Xaintes en l'obéissance du Roy, Mon dict Sieur et fils, et l'espérance que nous avons d'y recepvoir bientost Saint Jean d'Angely, qui me gardera vous en faire autre discours, ny la présente plus longue, etc.

Escript au camp devant Saint Jean d'Angely, ce premier jour de novembre 1569.

CATERINE. FIZES.

XXXIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIXe jour de novembre 1569.--

Dispositions prises pour secourir Dumbarton.--Négociation du mariage de Marie Stuart avec le duc de Norfolk.--Désir du roi de conclure la paix.--Approbation des articles proposés pour régler le commerce avec l'Angleterre.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu les lettres que m'avez escriptes, du XIIIe du passé[34], par le Sr Thomas Flemy; et, suivant le conteneu en icelles, et ce qu'il m'a faict entendre de la nécessité en laquelle estoit réduit le chasteau de Dombertrand, j'ay donné tel ordre et pourveu de façon à le faire secourir de ce que l'on m'a dict y estre nécessaire, que j'espère qu'il ne sera point pris et demeurera en l'obéyssance de la Royne d'Escosse, ma belle sœur; et despuys, par la voye de la poste, celles du XXIIIIe et par le Sr de Vassal, que vous avez dépesché devers moy, celles du XXVIIIe du dict moys[35], et entendu de luy bien particulièrement ce que luy aviez donné charge me dire de vostre part, et principallement sur les propos qui ont esté tenuz entre la Royne d'Angleterre et vous, à l'audiance du vingt ungniesme, sur le faict de la Royne d'Escoce et du duc de Norfolc, ayant trouvé très bon et fort à propos les responces et répliques que vous luy avez faictes, et mesmement sur la résolution que desiriez tirer d'elle, du secours et assistance qu'elle disoit entendre faire à la dicte Royne, ma belle sœur, pour la remètre en son estat.

[34] Voyez LXVe dép., tom. II, pag. 277.

[35] Voyez LXVIIe et LXVIIIe dép., tom. II, pag. 288 et 295.

Et surtout j'ay esté grandement satisfaict d'avoir entendu sy particulièrement, par vostre mémoire en chiffre[36], tant de l'estat de toutes les affaires de dellà que de celles de la Royne d'Escosse, et ce qui s'est passé pour le faict du mariage d'elle avec le duc de Norfolc, que pour le regard des discours qui ont esté tenuz entre l'évêque de Roz et le secrétaire Cecille touchant le mariage du dict duc avec la sœur de sa femme. Sur quoy il faudra, suivant ce que je vous ay mandé par ma dernière despesche, que vous favorisiez ce mariage et y teniez la main en tout ce que vous pourrez, selon ce que le dict évesque de Roz et vous adviserez ensemble; et de vostre part favoriser tousjours le party des Catholiques, et aussy, s'il est possible, de mettre dissention et discordes ez seigneurs de dellà, les uns contre les autres, affin de rompre et dyvertir les desseins de ceux qui, soubz main, vont aydant et favorisant mes subjectz rebelles, et par ce moyen leur oster l'occasion de les secourir en façon que ce soit, d'autant que cela estant bien conduict et manié, comme je m'asseure que vous sçaurez très bien faire, ne peut apporter que une grande commodité à mes affaires; et que le tout soit conduict sy dextrement et secrètement qu'il puisse réuscir selon mon intention et volonté, sans que l'on en cognoisse ny descouvre aucune chose.

[36] Voyez le Mémoire général joint à la LXVIIIe dép., tom. II, pag. 299.

Et quant aux propos que la dicte Royne d'Angleterre vous a tenuz: qu'elle desireroit que les troubles de mon royaume cessassent par ung bon accord, et qu'elle s'employeroit volontiers pour ayder à les pacifier, vous luy pourrez dire, de ma part, que je ne refuzeray point (comme je n'ay point faict jusques icy) de recevoir mes subjectz qui se vouldroient recognoistre et remectre en mon obéyssance, gardant mon autorité et ce qui m'appartient, comme estant Roy souverain et leur prince naturel: ayant trouvé bon ce que vous avez présenté à la dicte Dame pour le regard de la restriction du traffiq et commerce des Françoys de Flandres en Angleterre, et du dict pays en Flandres, ainsy que j'ay veu parla coppie du mémoire[37] que m'avez envoyé; ensemble de l'arrivée du Sr Chapin Vitel et du bon recueil qui luy a esté faict par icelle Dame. Sur quoy je vous prie de prendre bien et soigneusement garde, et m'avertir, le plus souvant que pourrez, de tout ce qui se passera par delà, ainsy que vous avez accoustumé de faire jusques icy, et comme j'ay donné charge au dict Vassal, présent porteur, que je vous renvoye, de vous dire de ma part avec d'autres particuliarités; qui me gardera, m'en remettant sur luy et sur la fiance que j'ay de l'affection que vous avez à mon service et au bien de mes affaires, que je ne vous fairay plus longue lettre, etc.

Escript au camp de Tonny Boutonne le XIXe jour de novembre 1569.

[37] Voyez le Mémoire joint à la LXVIIIe dép., tom. II, pag. 305.

Monsieur de La Mothe Fénélon, ainsy que le Sr de Vassal estoit prest à partir, et la dépesche cloze et fermée, j'ai receu vostre paquet du premier jour de ce moys[38], dont je vous ay bien voullu advertir, et comme j'ay veu tout le contenu en voz lettres. Sur quoy vous estant amplement répondu par la présente, et qu'il n'y a chose par la vostre qu'il faille que je vous fasse autres responces, je ne vous en escripray autre chose sinon pour vous dire le contantement que je reçoys d'entendre si souvant des nouvelles de dellà, et ne me sçauriez faire plus grand plaisir que de m'en advertir à toutes les occasions qui se présenteront, vous priant aussy de tenir tousjours l'œil à tout ce que vous cognoistrez concerner mon service et le bien de mes affaires, ainsy que je vous escriptz cy dessus.

Ce XIXe jour de novembre 1569.

CHARLES. FIZES.

[38] Voyez LXIXe dép., tom. II, pag. 308.

XXXIV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIe jour de janvier 1570.--

État de la négociation de la paix en France.

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous verrés par les lettres que le Roy, Monsieur mon fils, vous escript[39], en quel estat nous sommes, à présant, pour le faict de la pacification des troubles de ce royaume, et la responce qui a esté faicte sur ce que les députés de la Royne de Navarre, des Princes de Navarre, de Condé, et Admiral, ont proposé et demandé, qui me gardera, m'en remettant sur le contenu en icelles, de vous en mander aucune chose en particulier, en la présante, sinon de vous advertir de la réception de vostre lettre du XXIe du passé[40], et veu tout ce qui est par vostre despesche du dict jour, à laquelle il vous sera bientost fait responce.

[39] Cette lettre manque.

[40] Voyez LXXIXe dép., tom. II, pag. 403.

Cependant je vous prie de continuer à nous advertir de toutes les occurances de delà, comme vous avés très bien faict jusques icy; priant, etc.

A Angers, le VIe jour de janvier 1570.

CATERINE. FIZES.

XXXV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre ostensible._)

--du XIVe jour de janvier 1570.--

Espérance qu'Élisabeth, instruite par la révolte du nord, refusera de secourir les protestans de France.--Satisfaction du roi de ce que cette rébellion est apaisée.--Négociation de la paix en France.--Dispositions prises pour continuer la guerre.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu trois despesches de vous, assez près l'une de l'autre, des XVIIe, XXIe et XXVIIe du passé[41], par toutes lesquelles, ensemble les mémoires que a apportés Vassal, j'ay esté bien aise d'entendre, si particullièrement que me le discourés, comme toutes choses se passent, jour par jour, au delà; les changements qui s'y présentent ordinairement, et mesme d'avoir veu, par celle du XVIIe que, sentant maintenant la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, par elle mesme, le mal qui provient d'une rébellion de subjects, elle vous ait tenu un si honneste langage qu'elle a fait, avec démonstration de ne voulloir favoriser, en sorte du monde, mes subjects rebelles. A quoy je m'asseure que vous incisterés tousjours le plus soigneusement que vous pourrés, ainsi que vous avés faict jusques ici très dignement par vos sages et prudentes remonstrances, mesmes en la dernière instance, que vous luy avés faicte, de ne souffrir qu'il ne soit baillé aucuns bleds, argent ou poudres à ceux de la Rochelle, qui ont esté, puis naguières, envoyés en Angleterre pour cest effaict; qui est bien le plus digne service que vous me sçauriés faire pour le grand besoin que j'entends qu'ils ont de toutes ces choses là.

[41] Voyez LXXVIIIe, LXXIXe et LXXXe dép., tom. II, pag. 392, 403 et 410.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, touchant les mouvements du North, vous entendrés, à l'arrivée du Sr de Montlouet, qui sera bientost par delà, les offices que j'entends que vous faictes pour ce regard envers ma dicte bonne sœur et aultres; à quoy je me remétray.

Et vous prierai au surplus que, comme vous m'avés adverti avec grand soin et dilligence de toutes choses qui se sont, jusques icy, présentées de par delà, vous m'en donniez ordinairement advis, ayant esté bien aise d'entendre ce que vous me mandés, par vostre dernière lettre du XXVIIe, de la rupture de ceux qui s'étoient eslevés contre ma dicte bonne sœur. Dont je n'ay jamais espéré aultre chose, estant un juste jugement de Dieu, qui ne veut point que les subjects d'un prince s'eslèvent en armes contre luy pour quelque occasion que ce soit; et desire que vous alliés trouver ma dicte bonne sœur pour vous en conjouir avec elle, de ma part, de cest heureux succès; duquel vous l'asseurerés que je reçois tout plaisir et contentement, ainsi qu'il est convenable à nostre commune amitié; laquelle me faira tousjours desirer de voir son royaulme paisible et pacifique, espérant que ces petits mouvements, survenus en son royaulme, l'induiront de plus en plus à faire tous bons offices en mon endroict pour le regard des troubles qui sont en mon royaulme, et à ne se laisser vaincre des persuasions de ceux qui la peuvent solliciter de favoriser mes rebelles, contre la foy et promesses qu'elle a faictes, en suivant les traités de paix.

Je suis, tous les jours, attandant l'arrivée des depputés qui doibvent venir de la Rochelle pour la pacification des présents troubles; et de ce qui en réhussira, vous en serés tousjours adverti des premiers, m'estant advisé de faire quelque bon séjour en ceste ville pour prendre résollution, tant sur ce faict que plusieurs aultres affaires. Cependant mon cousin, le prince Dauphin, avec les forces que je luy ay baillés, aprochera toujours de mes ennemis qui sont vers Montauban, pour n'oublier rien de ce qui sera à faire, durant que les choses seront en estat d'hostilité. Sur ce, etc.

Escript à Angers, le XIVe jour de janvier 1570.

CHARLES. BRULART.

XXXVI

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre secrète._)

--du XIVe jour de janvier 1570.--

Injonction faite à l'ambassadeur d'assister les révoltés du nord, et de leur promettre des secours d'argent, si la rébellion peut tenir encore.

Monsieur de La Mothe Fénélon, vos dernières despesches des XVIIe, XXIe et XXVIIe du passé, avec les mémoires que Vassal a aporté, sont si amples, et nous ont si clairement représenté l'estat des choses de par delà qu'il ne se peut rien desirer davantage; et le Roy, Monsieur mon fils, a une très grande satisfaction du bon debvoir dont vous usés en cest endroit, desirant, pour le mouvement du North, si les choses sont encore en quelque estat, que vous confortiez tousjours les chefs d'iceulx, le plus que vous pourrés, et leur donniés espérance de recevoir de luy toute l'ayde et faveur qu'il sera possible, selon que plus amplement vous entendrés par le Sr de Montlouet, et mesme le secours d'argent que l'on leur peut faire de par deçà; ayant semblé que, où les comtes seroient rompus et deffaictz, selon ce que m'en mandés par vostre dernière lettre du XXVIIe, et que ceste nouvelle vient d'être confirmée de deux aultres endroicts, il sera fort à propos que vous alliez voir ma bonne sœur, la Royne d'Angleterre, sur ceste occasion, et luy user du langage que vous escript le Roy, Mon dict Sieur et fils. Si les choses continuent aussy au mouvement qu'elles étoient par vos précédentes, vous ensuivrés ce que le Sr de Montlouet vous faira sçavoir de l'intention du Roy, mon dict Sieur et fils, ayant advisé de vous faire ceste despesche par la voye de la poste, en attendant que, sur plus grande occasion, l'on vous puisse despescher Vassal. Et sur ce, etc.

Escript à Angers le XIVe jour de janvier 1570.

CATERINE BRULART.

XXXVII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIe jour de janvier 1570.--

État de la négociation de la paix.--Continuation de la guerre par l'Amiral et Montgommery.--Entreprise sur Bourges.--Crainte que les protestans ne veuillent traîner la pacification en longueur.--Position de l'Amiral.--Entreprise sur la Rochelle.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay entendu, par vostre lettre du IVe de ce moys[42], l'honneste responce que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, vous a faicte sur les propos que vous luy aviés tenus du commencement et ouverture qu'il y avoit de quelque traicté de pacification, selon ce que je vous en ay cy devant escript; et suis bien aise qu'elle ait faict démonstration d'estre bien joyeuse d'une telle nouvelle, comme je luy suys, de mon costé, de l'appaisement des mouvements du North, en quoy elle a esté grandement heureuse; et desire que, ainsi, par la conclusion de son propos, quand au faict des troubles, elle donne à cognoistre qu'il ne peut y avoir aucune légitime cause qui puisse raisonnablement mouvoir les subjects de s'eslever en armes contre leur prince, elle en ait tousjours bonne souvenance, pour (quand elle sera sollicitée de prester secours à mes rebelles) se garder en cella de faire chose où sa propre conscience soit offensée.

[42] Voyez LXXXIe dép., tom. III, pag. 1.

Or, pour revenir à ceste ouverture de pacification, je vous diray que, despuys que La Personne parla premièrement, il y a heu plusieurs allées et venues de leur costé; pandant lesquelles l'Admiral et Montgomeri n'ont laissé (comme gens, qu'il semble n'avoir pas grand desir de voir ce royaulme en repos) de faire la guerre, aultant ou plus cruelle qu'ils ayent poinct faict auparavant, et d'exercer pleusieurs grandes inhumanités, en quelques petites villes qu'ils ont surprises ez quartiers où ilz sont; et, d'un aultre costé, ceux de la Charité ont aussy faict une entreprise sur ma ville de Bourges, qui a esté si preste à exécuter que quelques uns de ceux qui étoient de la dicte entreprise ont esté prins, estant jà entrés dans la dicte ville par l'intelligence qu'ils y avoient, les aultres tués dedans les fossés, jusques au nombre de cent ou six vingtz hommes.

Pour tous ces mauvais déportements, je ne me suis point volleu démouvoir de mon premier propos, qui est de ramener mes dicts subjects à la bonne voye, comme faict le bon père de famille qui ne veut pas traicter ses enfants selon que mérite leur désobéissance, mais les conserver, de sorte que m'ayant, la Royne de Navarre, tantôt requis de luy envoyer un gentilhomme pour conduire par deçà les députés de la Rochelle, tantost de luy envoyer saufconduit et passeport pour despescher gens vers les Princes de Navarre et de Condé, je l'ay satisfaicte en toutes ces choses à son contentement; ayant néantmoins esté usé jusques ici, de leur part, d'une telle longueur à envoyer les dicts députés que je n'ay point encore certaines nouvelles quand est ce qu'ils pourront arriver. Et si, il y a bien près d'un moys que le Sr Du Croq est par dellà pour les conduire, faisans assez cognoistre, toutes ces longueurs, que les principaux d'entre eux n'ont pas grande vollonté d'ayder à une si bonne œuvre que de mettre mon royaulme en repos, et qu'ilz n'ont mis en avant ces premiers propos, dont La Personne fust le porteur, que pour m'amuser, s'ils peuvent, et cependant voir s'ils seront pour obtenir quelque secours de la Germanie; où je sçay qu'ils en font faire toutes les instances du monde envers les princes protestants, s'étant mesmement veu, par lettres interceptées, que le dict Admiral a escrites aux négociateurs qu'il a par delà, qu'il leur mande que, pour le bruict de paix qu'ils puissent entendre se traicter, ils ne cessent de solliciter le dict secours le plus qu'ils pourront. Par où l'on peut juger sa bonne et droicte intention.

Néantmoings je vous puis asseurer que ses forces sont en si piteux estat, et a si peu de moyen de se résoudre de la grande perte qu'il a faicte en la dernière bataille, qu'encore que, despuis la prise de St Jehan d'Angely, j'ay donné congé à toutes les compaignies de gendarmerie, et faict mettre toutes les bandes de gens de pied en garnison pour estre plus fresches et disposées à me faire, cy après, service, lorsque l'affaire le requerra, il n'ose comparoir en campagne, et s'esloigner du lieu où il s'est mis entre les deux rivières de Dordoigne et de Garonne.

Voylà, Monsieur de La Mothe Fénélon, en peu de parolles, ce qui s'est passé despuys ceste ouverture de pacification et de la lentitude avec laquelle il y a esté, jusques icy, procédé par ceux de la Rochelle; ne voullant oublier à vous dire que, voyant, aulcuns cappitaines qui avoient dressé, il y avoit plus de trois mois, une entreprise sur la dicte ville de la Rochelle, que l'on m'avoit voulleu ainsi surprendre ma ville de Bourges, se délibérèrent, il y a quelques trois sepmaines, de se mettre en debvoir d'exécuter la dicte entreprise, laquelle toutesfoys n'a pas réheussi; vous ayant bien voullu représenter toutes ces choses affin que, sçachant à la vérité comme elles sont passées, vous vous puissiez opposer aux faux bruits que mes rebelles pourroient faire courir par dellà pour rendre odieuses mes actions et déportemens, ainsi que c'est leur artifice accoustumé. Et sur ce, etc.

Escript à Angers, ce XXIe jour de janvier 1570.

CHARLES. BRULART.

XXXVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIe jour de febvrier 1570.--

Négociation de la paix.--Articles proposés.--Levées faites en Allemagne pour Élisabeth.--Assurance donnée par l'ambassadeur d'Angleterre qu'elles sont dirigées contre les rebelles du Nord.--Injonction faite à l'ambassadeur d'interpeller la reine pour savoir si elles ne doivent pas servir contre la France.--_Teneur des articles proposés._