Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 5

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A quoy je vous prie de penser, et de ne craindre point de faire des promesses bien ardies pour cest effect, faisant tousjours envers icelle Royne d'Angleterre bien vive instance pour le faict de la restitution de la dicte Royne d'Escosse et de son royaume, laquelle vous luy remonstrerés toucher bien avant à l'honneur commung de toutz ceux qui, pour luy estre alliez de sy près, et avoir avec elle de sy estroictes confédéracions, ne pouvons, sans estre cogneus défaillir grandement à nostre debvoir, la laisser plus longuement en l'estat qu'elle est pour ce jourdhuy; pendant lequel ses subjects rebelles regardent à establir leurs affaires au dict pays d'Escosse, et mêmes sont après à se vouloir saysir de Dombertran. A quoy je veux croire de sa bonne affection qu'elle voudra ayder la dicte Royne d'Escosse pour y remédier, et luy donner moyen de pourvoir la dicte ville de vivres et d'hommes, ainsy qu'il est très requis, et que, de ma part, je me dellibère de le faire, sellon que j'y suis raisonnablement tenu et obligé à ce que ses dictz subjectz rebelles ne s'en puissent emparer, ainsy qu'ilz sont pour le pouvoir faire, n'y estant pourveu promptement. Car ce seroit chose trop dure et indigne de nous, pendant que l'on tient la dicte Royne d'Escosse en quelque espérance de la restituer en son dict royaume, de laisser perdre une telle forteresse qui luy seroit bien mal aysé de recouvrer, puis après, par faulte de luy donner secours. A quoy, si elle estoit en sa pleyne liberté, elle regarderoit d'y pourvoir elle mesme.

Ce sont les choses que je vous ay voulu proposer de la déclaracion de mon intention; pour l'exécution de laquelle vous regarderez, sellon vostre dextérité et prudance accoustumée, de dresser sy bien vostre négociation que je soys servy en cest endroit sellon que je le desire, communicquant avec les susdictz le plus famillièrement qu'il vous sera possible, et leur faisant toutz les honnestes acceuils et trêtements que vous pourrez, pour les attirer à vous et les disposer à ma dévotion, pour servyr à remuer les affaires de la dicte Royne d'Angleterre; qui est le plus grand moyen que je puisse avoir, comme je pense, de la divertir d'entendre à favoriser mes rebelles, et ung service le plus notable que vous me sauriez faire par dellà.

Ung des secrétaires de la dicte Royne d'Escosse doibt bientost s'en aller trouver sa Mestresse, par lequel je luy manderay de mes nouvelles, et luy feray entendre combien je desire le susdict mariage s'effectuer, ainsi que vous luy fairés aussi sçavoir de ma part, afin que d'autant plus volontiers elle y entende; vous voulant, au reste, bien faire souvenir de vous monstrer bien advisé à manier ceste négociation, et de n'y rien faire, en ce, que avec ung grand jugement des personnes à qui vous aurez affaire, pour vous en déscouvrir à eulx autant que, avec raison, vous en aurez de confidance].

Despuis mon autre lettre escripte, les ennemys ont esté, quelques jours, vis à vis de mon armée, qui estoit campée à la Selle. Et, après avoir faict contenance d'avoir envye de combattre ma dicte armée, combien que, pour cest effect, ils n'ayent jamais ozé approcher du lieu, là où elle estoit campée, jaçoit qu'elle ne fust beaucoup forte de gens de cheval françoys, à la fin se sont retirés, de nuit, sans sonner tabourin ny trompette, faisant grande journée; ayant été suivys de ma dicte armée qui se retrouve ez quartiers de Montebelair, à une demye lieue près d'eux, sans ruysseau ny rivière; dont je ne puis espérer autre chose sinon qu'ils viennent bientôt à une bataille.

Du costé de Béarn, vous avez entendu cy devant comme les sieurs de Terride et Ste Columbe, s'estant retirez du siège de Navarrin, ont esté surprins dedans la ville d'Orthays, où ils ont esté prins prisonniers par Montgommery avec quelque peu de leurs gens, s'estant sauvé le reste. Il est vray que, despuys, mon cousin le mareschal Dampville, qui avoit des forces en Languedoc, et le Sr de Montluc se sont joinctz ensemble, en espérance de rompre et deffaire le dict Montgommery, ce qu'ils pourront faire, estant fortz comme ils sont. Sur ce, etc.

Au Plessis lez Tours, le XXe jour de septembre 1569.

CHARLES. BRULART.

XXIV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIe jour de septembre 1569.--

Assurance que le duc et le cardinal de Lorraine donnent leur consentement au mariage de Marie Stuart avec le duc de Norfolk.--Nécessité d'empêcher la reine d'Écosse d'accepter les propositions du duc d'Albe pour son mariage avec don Juan.

Monsieur de La Mothe Fénélon, je n'ay à vous faire responce à la dépesche, que nous a aportée Sabran, que sur la lettre que m'avez escripte de vostre main, par laquelle j'ay veu l'advancement que vous avez donné au mariage, dont je vous ay par mes précedantes escript; lequel je desire grandement s'exécuter, et que, pour ce faire, vous n'espargniez poinct le nom du Roy, Monsieur mon fils, et le mien, mais plustost donniez toute asseurance que nous ne deffaudrons en rien au duc de Norfolc en tout ce que nous pourrons l'ayder et favoriser pour y parvenir, et ferons, si besoing est, que mon fils le duc de Lorraine et mon cousin le cardinal de Lorraine y presteront leur consentement; vous voulant bien dire que, m'ayant mis, mon dict cousin le cardinal de Lorraine, sur ce propos de la Royne d'Escosse, il m'a dict que ung des secrétaires de la dicte Royne d'Escosse, venant de Flandres, lui avoit dict que le duc d'Alve lui avoit envoyé dix mil escuz, ce qui se conforme à ce que m'en avez mandé, et luy faisoit promesse, si elle vouloit entendre au mariage du bastard, de la secourir de vingt mil hommes qu'il envoyeroit en Escosse, dont y en auroit cinq mil espaignolz. En quoy l'on veoit bien que le dict duc d'Alve veult essayer de rompre les choses, qu'il a peut estre entendu estre si avancées, avec le dict duc de Norfolc; combien que l'on puisse bien s'asseurer que, quant il seroit pris au mot du secours qu'il offre ainsy, qu'il n'y satisferoit pas.

Partant je vous prie de regarder, de vostre costé, d'achever de conduire à bonne fin ce qui est bien commancé pour le regard du dict duc de Norfolc, et qu'il n'y soit point donné de traverse. Mon dict cousin le cardinal de Lorraine a le dict mariage grandement agréable et ne desire rien plus, ainsy qu'il m'a faict entendre, que de le veoir effectué; vous priant, encores ung coup, de mettre, s'il est possible, à exécucion l'intention du Roy, Monsieur mon filz, tant en cest endroict que en tout le reste qu'il vous mande par la seconde lettre[25] faisant cognoistre vostre prudence et dextérité en ceste négociation. Sur ce, etc.

Escript à Marmoutier le XXIe jour de septembre 1569.

CATERINE. BRULART.

[25] La lettre précédente, du 20 septembre.

XXV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXXe jour de septembre 1569.--

Satisfaction du roi des réponses d'Élisabeth aux communications qui lui ont été faites.--Refus de consentir à la restriction du commerce avec les Pays-Bas.--Recommandation en faveur de Marie Stuart.--Nouvelles assurances qu'il ne se fait pas de levée en Allemagne.--Envoi d'un secours d'hommes et d'argent à Dumbarton.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz deux dépesches des XIVe et XIXe de ce moys[26]; par la première desquelles j'ay entendu les propos que vous a tenuz la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, sur la nouvelle que je luy ay départye de mon mariage, de quoy elle fait démonstration de recepvoir quelque plaisir et contantement, dont je suis bien ayse, semblablement aussy de la promesse qu'elle vous a faicte que aucuns de ses subjectz ne secoureroient, en façon du monde, ceux de la Rochelle de pouldres, armes ny de monitions; à quoy vous aurez l'œil ouvert qu'il soit satisfaict et à toutes autres choses convenables à nostre commune amitié, sans en laisser passer une seule qui y contrevienne que vous n'en faictes instance.

[26] Voyez LVIIIe et LIXe dép., tom. II, pag. 229 et 237.

Quant à la restriction du trafiq des Pays Bas, c'est chose à quoy, si elle vous en reparle, je desire que vous luy faictes entendre que je ne le puis honnestement consentir pour estre contre les traictez, me semblant que ma dicte bonne sœur n'en doibt faire aucune instance, estant les différants, d'entre elle et le duc d'Alve, sur le point d'estre accordez; et que, si elle se vouloit arrester là dessus, cela fairoit cognoistre qu'elle auroit plustost envye de nourrir les dictz différantz que de les accommoder.

Pour le regard de la Royne d'Écosse, je vois bien que ma dicte bonne sœur continue toutjours à tenir la conclusion de ses affaires en longueur, mais vous la solliciterez ordinairement d'y prendre quelque résolution, ainsy mesmes que je le vous ai escript par celle que Sabran vous a portée; vous voulant bien dire qu'il y a quatre jours que j'ay parlé à l'ambassadeur de ma dicte sœur et luy fiz entendre comme il estoit bien convenable, pour la proximité d'alliance dont elle nous atouchoit, de l'ayder en toutz ses affaires, ce que je desirois qu'il le fist entendre à sa Maistresse afin que toutz deux y meissions ensemble la bonne main, à ce coup, à bon escient, n'ayant pas estimé d'encor passer plus avant. Sur quoy le dict ambassadeur m'a respondu que telle estoit la volunté de sa dicte Maistresse, l'ayant bien faict cognoistre par ce qu'elle avoit faict pour la dicte Royne d'Escosse, en escripvant au comte de Mora, duquel elle ne s'est contantée de la responce qu'il luy avoit faicte là dessus, qui est tout ce que j'ai eu de responce du dict ambassadeur.

N'ayant autre chose à vous dire sur la dicte lestre du dict XIIIIe, qui me fera venir à celles du XIXe, par laquelle vous me mandez que ma dicte bonne sœur continue tousjours d'avoir l'esprit fort tendu à faire son proffict des malheurs de mon royaume, envoyant mesmes pour cest effect de grandz deniers en Allemaigne, où, sy elle veult remuer quelque chose qui soit à mon préjudice, j'estime que ce ne pourra estre pour ceste année, ayant une grande conformité d'adviz qu'il ne s'y fait aucunes levées; ne me restant, pour ceste heure, autre chose pour estendre la présente que je finiray en priant Dieu, etc.

Escript au Plessis lès Tours, ce dernier jour de septembre 1569.

CHARLES. BRULART.

Il a esté pourveu, pour le regard de Dombertrand, où l'on envoye jusques à dix mille livres de vivres, et deux cents hommes de pied, harquebusiers.

XXVI

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXXe jour de septembre 1569.--

Confiance dans la prudence de l'ambassadeur pour traiter les négociations secrètes dont la direction lui a été remise.--Bonnes dispositions de l'armée catholique à livrer bataille.

Monsieur de La Mothe Fénélon, nous avons bien particulièrement entendu, par vos deux dernières despesches, des XIIIIe et XIXe de ce moys, l'estat auquel sont les choses de par dellà, les propos que vous a tenuz la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, sur la nouvelle que le Roy, Monsieur mon filz, luy a donnée des mariages de luy et de ma fille, et aussy sur le faict de la Royne d'Escosse, contre laquelle elle se monstre, de jour en jour, plus offencée, ainsy mesme que le tesmoingne la lestre que m'avez escripte de vostre main, desirant le Roy, Mon dict Sieur et fils, que vous regarderez à traicter dextrement ce qu'il vous a mandé par celle que Sabran vous a portée[27]; dont vous sçaurez bien juger si l'occasion ne s'en présente pas à propos.

[27] La lettre ci-dessus no XXIII, du 20 septembre 1569, pag. 53.

Quant à l'estat de nos affaires, il est tel que nostre armée estant aujourdhuy renforcée d'ung bon nombre de chevaux françoys, que mon frère a attendu au séjour qu'il a fait à Chinon, il est après à suivre nos ennemys, qui sont au dedans de leur conqueste, pour les attirer au combat; dont, dedans peu de jours, il se sçaura certainement ce qui s'en devra espérer, estant la dicte armée aussy belle et en la plus grande dellibération de bien faire qu'il se peut dire; priant Dieu, etc.

Escript au Plessis lez Tours, le dernier jour de septembre 1569.

CATERINE. BRULART.

XXVII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IVe jour d'octobre 1569.--

Première nouvelle de la victoire remportée à Moncontour.--Blessure du duc de Guise.--Confiance que cette victoire arrêtera les projets des princes protestans.--Assurance que les Anglais recevront toute protection en France pour leur commerce.

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous avez entendu par ma dernière en quel estat estoient les choses, entre mon armée et celle de mes ennemys, et l'espérance où j'estois que bientost mon frère, le Duc d'Anjou, les contraindroit de combattre; à quoy il a si bien travaillé que, quelque recullement qu'ils ayent faict, ils feurent hier par luy réduictz à telle perplexité qu'il leur a donné la bataille, laquelle il a gaignée avec une grande effuzion de sang de mes dictz ennemys. Je ne vous puis encore mander les particulliaritez pour ne m'avoir esté apportée ceste nouvelle que par ung courrier, que Villeroy m'a despesché, qui a laissé mon dict frère qui suivoit la victoire, et par un gentilhomme de mon cousin, le duc de Guyse, qui s'est trouvé à la dicte bataille, et ne demeura pas comme les autres à suivre la dicte victoire, à cause qu'il fallust qu'il aydast à ramener à Chinon mon dict cousin le duc de Guyse, qui a esté blessé d'une harquebusade dessus le pied, qui n'est pas grande chose. Vous fairés part de ceste bonne nouvelle à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, laquelle en recepvra plaisir et contantement pour l'amour et affection qu'elle porte au bien de mes affaires.

J'ay receu vostre despesche, du XXIIIe du passé[28], par laquelle j'ay veu ce que me mandez de quelle part a esté receue, de par delà, la nouvelle de la levée du siège de Poitiers, le retour de Quillegrey d'Allemaigne, ce que l'on dit qu'il a rapporté, dont le temps fera rabattre quelque chose; espérant bien que Dieu, monstrant son juste jugement sur mes rebelles par l'heureuse victoire qu'il m'a donnée, faira aussy penser toutz les autres princes à ne rien faire, par cy après, qui soit pour les favoriser.

[28] Voyez LXe dép., tom. II, pag. 243.

Au demeurant, je trouve fort bon que vous baillez toutes les lettres de recommandation, dont vous serez requis, aux angloix qui voudront venir trafficquer en ce royaume, qui y seront tousjours bien receuz et recueilliz; estant tout ce que j'ay à vous dire et l'endroict auquel je prye Dieu, etc.

Escript au Plessis lez Tours, le IIIIe jour d'octobre 1569.

CHARLES. BRULART.

XXVIII

LE ROY A Mr DE LA MAILLERAYE.

--du IVe jour d'octobre 1569.--

Détails sur la bataille de Moncontour.--Ordre de faire des réjouissances publiques en Normandie pour célébrer la victoire.

Monsieur de La Mailleraye, ayant pleu à Dieu tant prospérer mes affaires qu'il m'ait donné victoire de mes rebelles en la bataille qui leur fust hier donnée par mon frère, le Duc d'Anjou, je vous en ay incontinant voulu advertir et vous dire, quant et quant, que mes dicts rebelles ont bien perdu en la dicte bataille de dix à douze mil hommes qui sont demeurez morts dessus la place, sans que, du costé de mon armée, il se soit faict perte que de bien peu d'hommes, et de sy petit nombre qu'il est quasy incroyable, n'estant mort des gens signalez que le marquis de Bade, et les deux Ringraves bien peu blessés; mon cousin le duc de Guyse a esté aussy blessé à ung pied d'ung coup d'arquebuse, mais c'est peu de chose. Du costé des dictz rebelles, a esté tué le comte de Mansfelt, chef de leurs reystres; l'admiral est blessé d'un coup d'arquebouze au travers du corps, ainsy que La Noue, qui est prisonnier, l'a asseuré, et qu'il l'avoit laissé sy mal de sa blesseure qu'il ne pensoit point qu'il deust vivre encores une demye heure. Qui est ce que j'ay peu encores aprendre des particularités de la dicte bataille, que je vous ay voullu incontinant faire sçavoir, afin que vous communiquiez ceste bonne nouvelle en mon pays de Normandye, en faictes rendre grâces à Dieu et faictes faire les feux de joye, tirer l'artillerye et toutes autres récréables démonstracions qu'il est bien requis pour ung si heureux succès; priant Dieu, etc.

Escript au Plessis lès Tours, le IIIIe jour d'octobre 1569.

J'oubliois à vous dire que les dictz rebelles ont perdu douze pièces d'artillerye qui ont esté prinses sur la place.

XXIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIe jour d'octobre 1569.--

Envoi de la relation de la bataille de Moncontour.

Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous envoyé le discours contenant la façon que les choses sont passées, tant peu auparavant, que lorsque la bataille a esté donnée contre mes rebelles, en laquelle il a pleu à Dieu me donner une belle et heureuse victoire, affin qu'en faisant part à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, vous lui discouriez, quant et quant, la façon que les choses y sont passées, ne luy ayant point despesché de gentilhomme exprès, pour lui porter ceste nouvelle, parce que ung chacun est empesché en ceste guerre; tant l'on desire en veoir bientost une bonne diffinition, espérant bien que ceste victoire me donnera moyen de l'abréger, Dieu aydant, auquel, etc.

Au Plessis lès Tours le VIIe jour d'octobre 1569.

CHARLES. BRULART.

La relation annoncée dans cette lettre ne s'est pas retrouvée dans les papiers de l'ambassadeur. Elle a été publiée sous ce titre: _Discours de la bataille donnée le 3 octobre 1569, proche de Moncontour._ Paris, Dallier, 1569, Orléans, Gibier, 1569, in 8º, et Poitiers, 1621, in-12. La pièce suivante a précédé cette relation officielle, qui est contre-signée Neufville.

XXX

DISCOURS DE LA BATAILLE DE MONCONTOUR.

(_Archives du royaume, fonds de Symancas, carton K. 1395. B.--liasse 33, pièce 146._)

--du VIe jour d'octobre 1569.--

Relation sommaire de la bataille livrée le 3 octobre 1569.

Le vendredy, dernier de septembre, troys cornètes des reistres de l'admiral furent deffaictes en une escarmouche qui s'ataqua, et disoyt on que Mansefale y feust tué.

Le mardy, quatriesme du moys d'octobre, sur les cinq heures de matin, arriva, au Plessis lès Tours, Mº de Chely, gentilhomme de la maison de Mr de Guise, lequel porta nouvelle au Roy, estant Sa Majesté encores au lict, que, le lundy, troisiesme du dict moys, à une heure après midy, Monseigneur d'Anjou, frère du Roy, partant de Chinon pour aller loger son armée à Mirabeau, trouva, entre Moncontour et St Jehan de Saune, l'armée de l'ennemy, délibérée comme luy d'aller prendre le dict logis de Mirabeau.

Quoy voyant, le dict Seigneur d'Anjou ayant trouvé son ennemy en lieu commode pour le combatre, ce qu'il n'avoyt peu, de longtemps, à cause des rivières, et estans les uns et les aultres logés en pareilh advantaige dans les pleines de Giroux, entre le dict Montcontour et St Jehan, ny voullant le dict Seigneur d'Anjou perdre sy belle commodité, et mêmes voyant leur cavallerye esbranlée à la fuitte, chargea à toute oultrance, après avoir tiré plusieurs coups de canon dans la batalhe de l'ennemy, qui ne feut sans l'endomaiger beaucoup, voullant poursuivre l'heur de sa fortune, donna dedans les escadrons de l'infanterye de sy grand roydeur qu'il mit en pièces quinze mil ou plus, et print prisonnier l'Admiral[29].

[29] Le dict Admiral ne fut poinct prisonnier comme l'on a entendu despuis.

(_Note ajoutée sur la pièce._)

De ce que dessus le dict Sr de Chaly en asseura le Roy, suyvant l'asseurance duquel Sa Majesté, sautant du lict, rendict grâces à Dieu de la victoyre qu'il luy avoyt pleu luy donner; et soubdain, après en avoir faict advertir la Majesté de la Royne, Madame sa sœur, et tous Messieurs les Princes, Sa Majesté s'en alla, accompaigné de tous les susdicts au couvent des bons hommes lez Plécys, où ilz feirent rendre grâces à Dieu et chanter le _Te Deum_ par les dicts relligieux du dict couvent. Après, Sa Majesté ouyst la messe, sur la fin de laquelle arrivèrent les chantres de sa chapelle, ausquelz il feist chanter encores le _Te Deum_ en musique. Et soubdainement estans sourtys de l'esglise, Mr le cardinal de Guise monta à cheval pour aller veoir Mr de Guise, son nepveu, que l'on avoit faict porter à Chinon pour le pencer d'une pistollade qu'il avoyt eue sur la joincture du pied, ainsi que en faisoyt foy une chause de soye incarnade, que le dict Chally apporta à Mr le cardinal, son oncle.

Despuis le dict Chally arrivé, n'y eust aulcunes nouvelles de particullier de la dicte batalhe jusqu'à l'heure de vespres, estans Leurs Majestez au dict couvent des bons hommes. Et les vespres achevées, arriva Mr le comte de Retz, lequel confirma la victoyre avoir esté encores plus grande que n'avoyt dict le dict Chally; car il asseura Leurs Majestez y estre demeurez quinze mil hommes d'infanterye, de la part de l'ennemy, et unze pièces d'artillerye, tant cannons, collouvrines que pièces de campaigne, oultre plus troys mil charriotz des reistres, la pluspart désatellés; et bien encores huict ou neuf cens chevaulx, tant reistres que françois.

Plus, a asseuré le dict Sr conte de Retz à Leurs Majestez que Harn Mansefale, qui avoyt esté érigé à la charge du duc de Deux Pontz, pour collonel des reistres, avoyt esté tué, et aussi le marquis de Bade, qui avoyt ung régiment de troys mil reistres pour le Roy avoyt esté tué; et Monsieur, frère du roy, porté par terre, mais soubdainement rellevé par Mr l'admiral de Villars; Mr le marquis de Mayne porté par terre et soubdainement rellevé des siens sans aulcung mal; le jeune ringrave blessé d'une arquebuzade; et plus n'a dict le dict sieur conte estre demeuré des chiefz, cappitaines et seigneurs signallés, mais qu'il avoyt laissé Mon dict Seigneur d'Anjou à deux grandz lieues par dellà où le grand choc avoyt esté donné, poursuyvant le reste de l'ennemy qui s'estoit escartté en desroutte.

Plus a dict le dict sieur conte avoir entendu de La Noue, qui a esté encores reprins prisonnier, qu'il avoyt veu porter l'Admiral à quatre hommes, blessé à mort, d'une arquebuzade à travers le corps, qui a esté cause de radoubler la joye de Leurs dictes Majestez et à tous les princes et seigneurs de la cour; lesquelz, lendemain mercredy, cinquiesme, feyrent une fort belle procession généralle despuis St Germain jusqu'à St Martin de Tours, pendant laquelle le gentilhomme qui a donné l'advis de ce dessus se partist du dict Tours, le cinquiesme de ce dict moys.

XXXI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du premier jour de novembre 1569.--

Mise en arrêt du duc de Norfolk.--Protection assurée à Marie Stuart.--Secret qui doit être gardé sur les communications du roi à cet égard.--Nouvelles de la guerre.--Prise de Lusignan et de Saintes.--Siège de Saint-Jean-d'Angely.--Efforts que l'ambassadeur doit faire pour jeter la dissension parmi les seigneurs d'Angleterre.--Plaintes au sujet d'un paquet volé à l'ambassadeur.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay esté grandement satisfaict d'avoir entendu si particulièrement par vos lettres des IIIe, VIIe, VIIIe et XIIIe du passé[30] et par le double de celles de la Royne d'Escosse[31], ma belle sœur, l'estat de ses affaires, et celles du lieu où vous estes. Et ne me sçauriés faire plus grand plaisir que de mettre peine d'entendre bien au long ce qui surviendra cy après, pour m'en donner advis, d'autant que c'est chose qui importe grandement pour mon service au temps où nous sommes, mesmement à ce qui touche les affères [du duc de Norfolc et autres qui ont esté arrestés; de l'yssue et succès duquel arrest je seray bien ayse d'entendre ce que vous en espérés et le jugement que vous en faictes.

[30] Voyez LXIIe, LXIIIe, LXIVe et LXVe dép., tom. II, pag. 255, 259, 266 et 277.

[31] Lettre du 25 septembre 1569, jointe à la LXIIIe dép., tom. II, pag. 263.