Part 4
Je vous recommande l'affaire dont, par mes dernières despesches, je vous ay escript, auquel je vous prie vous y employer sy avant que le mariage que sçavez se puisse fère, y uzant de toutz les meilleurs et plus exprès moyens, dont vous vous sçaurez saigement adviser.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, estant le faict de mon mariage avec la fille puisnée de l'Empereur, et de ma sœur avec le Roy de Portugal, sy advancé que j'ay envoyé pouvoir à mon ambassadeur, qui réside en Espaigne, pour en contracter avec ceux que le Roy d'Espaigne, qui a pris toute la charge de cest affaire, voudra députter, la Royne, Madame et Mère, et moy en avons voullu donner adviz à ma dicte bonne sœur par les lettres que nous luy escripvons, que vous luy présenterez avec nos cordialles et affectionnées recommandations; priant Dieu, etc.
Escript à Amboise le XVe jour d'aoust 1569.
CHARLES. BRULART.
XVII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XVe jour d'aoust 1569.--
Désir de la reine-mère que la pacification soit faite en France.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . choses à ce que ceste guerre soit abrégée le plus que l'on pourra, ainsi que nous espérons que Dieu nous en fera la grâce, le priant, Monsieur de La Mothe Fénélon, qu'il vous ayt en sa saincte et digne garde.
Escript à Amboise le XVe jour d'aoust 1569.
CATERINE. BRULART.
XVIII
Mr DE LA MEILLERAYE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XVIIe jour d'aoust 1569.--
Plaintes contre les déprédations des Anglais.--Vive recommandation adressée à l'ambassadeur de communiquer sans retard les entreprises qui pourraient être préparées en Angleterre.--Nouvelles de la guerre.--Siège de Poitiers. --Secours introduit dans la place.--Bon espoir que la ville ne pourra être forcée.
Monsieur, j'ay receu vostre lettre en dabte du dixiesme du présent, avecques celles que escrivez à Mr le mareschal de Cossé, lesquelles j'ay ouvertes suivant ce qu'il m'en a dict, à son partement de ce païs, pour y aprendre chose pour le service du Roy qui requist prompt remède. Et à mesme instant j'ay envoyé vostre dicte lettre par l'un des myens que j'ay envoyé vers Leurs Majestés, auquel j'ay donné charge d'en pourchasser la responce, et pareillement d'aultre vostre despesche, du premier jour de ce mois, qui a passé par mes mains; par toutes lesquelles j'ay apris le bon acheminement que vous prenez pour faire raison aux subjectz du Roy qui certainement ont esté jusques à icy fort gourmandez; et pour m'asseurer que vous vous y emploierez de tout vostre pouvoir, je ne vous en feray plus ample recommandation, et seullement vous diray que, de jour à aultre, il se commect sur les dictz subjectz plusieurs piratteries et déprédacions, et ne puis croire que, si la Royne d'Angleterre commandoit en estre faict quelque pugnition exemplaire, telles chozes ne cessassent en peu de temps. Bien est vray que nous ne nous pouvons plaindre des expédictions qu'elle faict donner en son conseil pour la restitution des dictz biens déprédés, mais l'exécution ny les effectz ne sont semblables.
Et quand au regard des préparatifs qui se font par delà par la conduicte de l'agent du prince d'Orange et autres qui s'empeschent de telz dessaingz, en intention, comme il est bien à penser, de porter dommage aux affaires du Roy, je vous prye, à tout le moyns, sy n'avez moïen de les faire rompre et divertir, que soyons advertiz à temps de leur embarquement et des chozes qui le mériteront pour tant plus nous préparer de les recepvoir au cas qu'ilz nous voulsissent venir veoir; vous voullant bien dire sus ce propos, qu'il reste par deçà une bonne quantité d'hommes qui ont très bonne dévotion de les empescher d'entreprendre choze qui tourne au préjudice du service du Roy; et trouveront le tout en aultre estat que beaucoup ne le despeignent, en intention de tant plus les convier à exécuter ce que eux mesmes ne peuvent faire sans l'aide d'aultruy; et néantmoyns espère bien que tous ensemble y perdront leur peine.
Et quand à ce qui touche l'estat des affaires de la guerre, je ne vous en feray long discours pour le présent, sinon vous dire que, ayans les ennemys assiégé Poictiers, et admené bonne quantité de monitions en intention d'y faire brêche, en voïant le peu d'advantage qu'ils en espéroient, ont changé de batterye et remplacé leurs pièces aultre part, qui est un tel signal que pouvez penser, joinct le grand nombre de gens de bien qui sont dans la dicte ville, que l'on n'en doibt attendre que une très bonne yssue pour le service du Roy. Et y sont entrez de renffort, puys quelques jours, le cappitaine Annoux, maistre de camp, le cappitaine Sarrioux et aultres hommes signallez, accompaignez de mil ou douze centz harquebuziers choisys; lesquelz en entrant, ont taillé en pièces le corps de garde des dictz ennemis, qui font grandes pertes aux saillyes qui se font journellement, de sorte qu'ilz n'eussent peu entreprendre choze plus à leur ruyne pendant que nostre armée s'est quelque peu rafreschye, et que l'on a rassemblé la gendarmerye, laquelle faict monstre généralle dans le vingt cinquiesme de ce mois. Et croïez que, le tout remys ensemble, il fauldra que les dictz ennemys changent de desseing; qui sera, comme je présume, très bon subject de refroidir ceux qui auroient envye d'entrer en ceste province.
Et pour la fin de ma lettre, je vous puis asseurer que je seray fort songneux, d'icy en avant, de vous faire part des occurrences qui s'offriront par deçà, comme aussy je vous prye en faire le semblable de vostre part, estant très certain que mon Maistre aura ceste correspondance fort agréable; qui sera l'endroict où présentant mes affectionnées recommandations à vostre bonne grâce, etc.
De Fontaines le Bourg, ce XVIIe jour d'aoust 1569.
Vostre bien humble et plus affectionné amy,
FRANÇOIS.
Je vous prye, venant homme seur par deçà, me faire entendre en quel estat sont les affaires d'Escosse et Hirlande, et quelle obéissance y est rendue à la Royne d'Angleterre.
XIX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXXe jour d'aoust 1569.--
Nouvelles du siège de Poitiers.--Déclaration du roi qu'il ne veut poser les armes qu'après la soumission des protestans.--Résistance de Poitiers.--Résolution du roi de faire approcher son armée pour forcer les protestans à lever le siège.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Poictiers ny de tenir un si long siège, qu'il y a qu'ilz sont, sans y avoir rien gaigné là, grâce à Dieu, que la perte de beaucoup d'hommes, vous voulant bien dire sur ce que me mandez qu'elle a fort essayé de sçavoir de vous: si mon intantion estoit de mestre fin à ceste guerre et aux différans de la religion, par armes ou autrement, que je désire, si elle tombe, cy après, avec vous sur semblables propos, que vous luy faictes entendre que le vray et principal but de la présente guerre c'est de me fère rendre par toutz mes subjects l'obéissance qui m'est due; d'establir ung bon repos en mon royaume, et de régner roy paysible sur mes subjectz, ainsy que ont faict mes prédécesseurs, ne voulant plus que les troubles et remuemens, qui ont esté cy devant suscytez sur l'occasion de mes jeunes ans, soient, à ceste heure, continuez, que Dieu, par sa grâce, m'a donné eaige et sens pour gouverner mes dictz subjectz.
Ainsy que j'estois sur le point de vous faire la présente, la vostre du XVe est arrivée[19], par laquelle me mandez les sollicitations que continuent de faire de par delà mes dictz rebelles; à quoy je ne vous sçaurois dire autre chose, sinon que vous vous y oposiez tousjours, le plus vivement que vous pourrez. J'ay veu le beau discours qu'ils ont envoyé par delà auquel ilz n'ont pas manqué, comme de coustume, d'estendre les choses fort à leur avantage sans ..... vérité qui ..... leurs ordinaires artifices qui ne peuvent ..... qu'il est.....
[19] Voyez LIIe dép., tom. II, pag. 152.
Il y a plus d'ung moys que mes dicts rebelles sont au siège de Poitiers, où, après avoir faict bapterie d'artillerye en plusieurs endroictz, consommé ung grand nombre de monitions, et tanté par quelquefoys s'ils pourroient entrer dedans par la force, ilz ont trouvé si forte résistance des gens de bien qui y sont, que, se voyant désespérez de l'avoir par la force, ilz se sont résoluz d'attandre que la nécessité des vivres contraigne ceux dedans de se randre; vous laissant à penser si ceste leur espérance est bien fondée, estant la dicte ville grandement pourveue de vivres, comme elle est, et estant mon armée preste à estre remise toute ensemble dedans quatre ou cinq jours; qui sera bien le nombre de sept à huit mille chevaux et de quinze ou seize mil hommes de pied, avec laquelle je suis dellibéré de les faire approcher de sy prez qu'ils seront contrainctz de lever le siège. Priant Dieu, etc.
Escript au Plessis lès Tours, le XXXe jour d'aoust 1569.
CHARLES. BRULART.
XX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIe jour de septembre 1569.--
Satisfaction du roi de la conduite de l'ambassadeur.--Demande que défense soit faite aux navires anglais de se rendre à la Rochelle.--Offre de Bordeaux pour fournir au commerce des Anglais.
Monsieur de La Mothe Fénélon, depuys la dernière despesche que je vous ay faicte, qui a esté du XXXe du passé, m'ont esté aportées les deux vostres des XXIIe et XXVIe du dict passé[20]; par la première desquelles vous me discourez bien amplement des honnestes propos que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, a tenuz aux marchans qui sont allez par delà pour l'accord de la restitution des marchandises arrestées, et l'instance que vous luy avez faicte sur la sortye des ourques, qu'elle a excusée le mieulx qu'elle a peu. Toutesfois il se cognoit assés, par la tacite permission qu'elle a donnée de les emmener, que c'est toujours soubz main favoriser les entreprinses des rebelles; et faictes bien, voyant telles choses, de vous y opposer fort fermement, car cella la rendra plus retenue et réservée en ses actions, et à empescher qu'elle ne se laisse du tout surmonter aux persuasions de ceux qui luy conseillent de se remuer contre moy.
[20] Voyez LIIIe et LIVe dép., tom. II, pag. 165 et 174.
L'instance que vous avez faicte aussy, envers ma dicte bonne sœur, pour la Royne d'Ecosse, n'a esté que bien à propos, quant ce ne seroit que pour découvrir le fonds de l'intention qu'elle a en son endroict, de laquelle je me suis toujours bien doubté; et que les déclarations[21] qu'elle a demandées de la Royne, Madame et Mère, de mon frère et de moy, n'ont esté que pour remettre les choses toujours les plus à la longue qu'elle pourra. Et toutesfoys ce n'est peu faict de l'avoir pressée sy fort qu'elle ait été contraincte de vous dire, en descouvrant le mescontantement qu'elle a de la dicte Royne d'Escosse, que l'on ayt patiance jusques à quinze jours, dedans lesquels elle procèdera en son affaire de telle sorte que les princes chrétiens en auroient contantement; vous priant de l'entretenir en ceste bonne volonté, et de faire tant, s'il est possible, qu'elle réussisse à quelque bon effect.
[21] Voyez la déclaration du roi, en date du 10 juillet 1569, et celle du duc d'Anjou, en date du 17 juillet, tom. Ier, pag. 431 et 433.
Qui est tout ce que j'ay à vous dire sur la dicte lettre, et qui me fera venir à celle du dict XXVIe, par laquelle me mandez la diversité des advis que avez euz du chemin que prenoyent les françois et flamans, sortys de Londres; sur lesquels vous avez eu bon subject de tenir aux seigneurs du conseil de par dellà le langaige dont vous leur avez uzé, encores que tousjours ilz parent leurs actions des plus belles excuses qu'il leur est possible; et ferez fort bien, survenant telles choses, d'en tenir tousjours advertys de bonne heure les Sr de Piennes et de La Meilleraye, afin qu'ils soient plus sur leurs gardes.
Je desire que vous requerriez ma bonne sœur qu'elle ne souffre que ses subjects aillent à la Rochelle, et luy dictes que, s'ilz veuillent aller à Bourdeaux, ils y trouveront les danrées et marchandises qu'ils desirent achepter, avec autant et plus de commodité qu'ilz feroient à la Rochelle; et si, en ce faisant, sera entretenir le commun bon respect que nous nous debvons l'un à l'autre.
Qui est tout ce que je vous puis escripre pour le présent et l'endroict où je prie Dieu, etc.
Escript au Plessis lès Tours, le VIe jour de septembre 1569.
CHARLES. BRULART.
XXI
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIe jour de septembre 1569.--
Assurance qu'il n'a été remis au roi aucune remontrance de la part des protestans qui font le siège de Poitiers.--Approbation de la conduite tenue par l'ambassadeur à l'égard de Marie Stuart.--Départ du duc d'Anjou pour se mettre à la tête de l'armée, et faire lever le siège de Poitiers.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je suis bien aise de la bonne espérance que vous avez que les marchans qui sont allés par delà pour la restitution des marchandises arrestées, tant en Angleterre que en ce royaume, pourront conduire les choses à quelque bon accord; et est ce que nous desirons grandement, m'esbahissant fort, d'autre part, de ce que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, vous a dict, sur le propos du siège de Poitiers, de la remonstrance que ceux, qui sont devant le dict Poitiers, ont envoyé présenter au Roy, Monsieur mon fils, et que même il ayt esté mandé par delà que l'on l'ayt envoyée par le comte de Retz; car c'est chose évidemment contraire à la vérité. Et n'avons jamais, le Roy, Mon dict Sieur et fils, ny moy, veu la dicte remonstrance, sur laquelle vous avez répondu fort prudemment et selon l'intention du Roy, Mon dict Sieur et fils, qui n'aura occasion de recepvoir jamais aucune remonstrance d'eulx qu'ils ne soient premièrement mis en estat de bons et loyaulx subjectz, en déposant les armes et se randant dignes, par tel moyen, d'estre receuz en sa bonne grâce, laquelle il ne leur refuzera jamais, quand, de leur costé, ils la rechercheront, selon qu'ils le doibvent faire; estant, au demeurant, bien resjouye de veoir, par vostre lettre du XXVIe, qu'il y ayt plus d'espérance à l'accommodement des affaires de la Royne d'Escosse qu'il n'y avoit, lors de vostre dépesche précédante du XXIIe; et ne sera oublyé, pour toujours les favoriser, de tenir à l'ambassadeur d'Angleterre le mesme langaige que vous avez faict par delà à ma dicte bonne sœur.
Au demeurant, quant à noz nouvelles, je vous veux bien dire que, hier, mon filz, le Duc d'Anjou, partit pour aller trouver nostre armée, qui s'estoit jà acheminée devant au lieu de la Haye, distant de Poitiers, de douze petites lieues seulement, d'où il espère bien de s'approcher sy bien du dict Poitiers, dedans peu de jours, qu'il contraindra ceulx qui sont devant d'en lever le siège; se disant par les dernières nouvelles, que nous avons confirmées de diverses personnes, que l'Admiral estoit bien fort malade, et qu'il ne sortoit point de la chambre. Dedans peu de jours, nous verrons la résolution qu'ilz prendront, voyant nostre dicte armée les aprocher, chose qui leur ostera toute l'espérance qui leur restoit de prendre la dicte ville de Poitiers par nécessité, après avoir veu que la force n'y pouvoit rien; et sera bien pour confirmer le mauvais mesnage qui commanceoyt jà estre entre eux et leurs reystres, desquels ils ont assigné le payement sur la prinze du dict Poitiers; ayant, au demeurant, escript par toutz les endroits à ceulx de leur opinion qu'ilz regardassent à les aider et secourir de deniers et d'hommes dont ils ont perdu un grand nombre au siège du dict Poitiers. Et sur ce, etc.
Escript au Plessis lès Tours, le VIe jour de septembre 1569.
CATERINE. BRULART.
XXII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XIVe jour de septembre 1569.--
Espoir que les mauvaises intentions des Anglais resteront sans effet.--Promesse en faveur de Marie Stuart.--Assurance donnée au roi qu'il ne se fait pas de levée en Allemagne.--Ordre d'insister toujours vivement pour Marie Stuart.--Adhésion à l'accord proposé pour la restitution des prises et concernant le commerce.--Nouvelles de la guerre.--Marche des protestans après la levée du siège de Poitiers.--Les deux armées en présence auprès de Chatelleraut.--Motifs qui ont empêché de livrer la bataille.
Monsieur de La Mothe Fénélon, la despesche, que m'avez faite par Sabran[22], m'a bien au clair représenté l'estat des affaires de par delà, ès quels l'on veoit toujours quelque incertitude de résolution et ung préparatif de personnes qui veullent avoir des moyens prêtz à nuyre et porter dommaige en mon royaume, s'ils peuvent, quand ils seront bien résolus de l'entreprendre. Toutesfois j'ay bonne espérance que l'on n'y prouffitera en rien, et qu'il n'y sçauroit advenir sy peu d'heureux succez en mes affaires que cela ne réfroidisse bien la volonté de mouvoir que ont beaucoup de gens de par delà.
[22] Voyez LVe dép. du 1er septembre 1569, tom. II, pag. 189.
Touchant les affaires de la Royne d'Escosse, il sera teneu à l'ambassadeur d'Angleterre ung mesmes langaige que celuy que vous avez tenu par delà, lequel servira, comme je pense, à les favoriser en quelque sorte, combien que, à la vérité, les déportementz de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, donnent à cognoistre qu'elle en rejectera la conclusion le plus à la longue qu'il luy sera possible.
Les advis, qui nous viennent du costé d'Allemaigne, ne parlent point de levées dont le bruict court par dellà, mais au contraire qu'il ne s'y en fait point. Bien est il vray que l'Empereur a esté en quelque propos de mettre sus les III mille chevaux et VI mille hommes de pied, qui luy ont esté accordez à la diette de Francfort, pour la conservation de la paix du pays, et engarder que les reystres, qui sont en ce royaume d'une part et d'autre, retournans, ne facent dedans les terres de l'Empire les mesmes pilleryes qu'ilz ont faict en venant; mais il s'estime plustost qu'il ne les lèvera point que autrement.
Comme j'avois commencé à vous faire la présente, voz deux despesches des Ve et VIe de ce moys[23] m'ont esté aportées; par la première desquelles j'ay veu les nouveaux acrochementz qui sont dressez à la dicte Royne d'Ecosse, et comme la Royne d'Angleterre luy veult faire acroire qu'elle oze entreprendre sur son estat, estimant que, quand elle s'en sera bien faict cognoistre innocente, l'on trouvera encores quelque nouveauté pour tousjours reculler la conclusion de ses affaires. A quoy vous ne laisserez tousjours d'incister, comme vous avez bien faict jusques icy, et d'autant plus vifvement que l'on veoyt qu'ilz veulent remettre les choses en une longueur trop ennuyeuse.
[23] Voyez LVIe et LVIIe dép., tom. II, pag. 218 et 227.
J'ai faict veoir l'escript que ceux du conseil d'Angleterre ont arresté par delà pour le faict du traficq et entrecours de marchandises entre mes subjectz et les Anglois, lequel, à la vérité, ils ne debvroient aucunement restraindre pour le regard des commerces des Pays Bas. Toutesfois je ne suis pas d'adviz que vous faictes là dessus plus grande instance que celle que jà vous avez faicte par vostre responce sur le dict article; car aussy bien cela ne serviroit de rien, et faudra regarder de passer les choses le plus doucement que l'on pouvra.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, depuys ma lettre du VIIe[24], par laquelle je vous ay adverty de la levée du siège de Poitiers, les ennemis se sont advancez de deçà Chatellerault assés prez du fort de Pille, où mon frère avait faict mettre ung nombre de harquebusiers pour le garder, d'autant que les ennemys voulloyent essayer de gaigner ce logis là; s'estant logé mon dict frère avec mon armée au lieu de la Selle, de sorte qu'il y a eu sy grande voisination entre les deux armées, l'espace de quatre ou cinq jours, que l'artillerye a tiré d'ung camp à l'autre. Il est vray que la rivière estoit entre deux, mais elle est gayable: et se sont cepandant passées plusieurs escarmouches ès quelles les dictz ennemys ont toujours eu du pire. Ils ont faict contenance jusques d'avoir grande envye de combattre, toutesfois ils n'ont jamais osé venir assaillir mon armée au lieu où elle estoit logée; laquelle, d'un autre costé, ne pouvoit, par la raison de la guerre, aussi habandonner ce lieu là bien advantaigeux, et qu'il failloit garder son advantaige, n'estant guère arrivé de nostre gendarmerye. Mon cousin le duc de Guyse est, de ceste heure, auprès de mon dict frère; lequel lui a amené ung bon renfort, et espère que bientost il s'ensuivra quelque bonne exécution utille et profitable au bien commung et universel de mon royaume. Escript le XIIIIe jour de septembre 1569.
CHARLES. BRULART.
[24] Cette lettre manque.
XXIII
LE ROY A MR DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXe jour de septembre 1569.--
Desir du roi que le mariage de Marie Stuart avec le duc de Norfolk s'accomplisse.--Ordre donné à l'ambassadeur d'encourager le duc dans sa poursuite, et de lui faire toutes les promesses qu'il jugera utiles.--Nécessité d'encourager les seigneurs catholiques à rétablir la religion, et de fomenter les divisions en Angleterre afin de détourner Élisabeth de porter secours aux protestans de France.--Vives instances qui doivent être renouvelées en faveur de Marie Stuart.--Résolution du roi de secourir le château de Dumbarton.--Conseil qu'il se propose d'adresser à Marie Stuart par un des secrétaires de cette princesse.--Nouvelles de la guerre.--Retraite de l'armée protestante.--Marche de l'armée catholique, qui la suit.--Espoir d'une prochaine bataille.--Succès remporté dans le Midi par Montgommery.--Réunion du maréchal de Danville et de Montluc pour le combattre.
Monsieur de La Mothe Fénélon, [=Chiffre=, j'ay sceu ce qui a esté mis en avant pour le faict du mariage de la Royne d'Escosse, ma belle sœur, avec le duc de Norfolc, lequel j'ay occasion de desirer qu'il s'effectue pour beaucoup de grands respectz et considérations, et mesmes pour l'affection que j'ay tousjours cognue que le dict duc de Norfolc a porté à l'entretènement de la paix entre ce royaume et celuy d'Angleterre, et aussy que je croy qu'il ne se pourroit présenter aucun autre party, du quel ma dicte belle sœur puisse recepvoir plus de bien, proffit et advantaige, pour son particullier, que de celluy là; et à ceste cause, je veux que vous vous employés dextrement en cest affaire, et le favorisiés de si bonne façon qu'il en puisse réuscyr quelque bon effect, et ne puissiez y estre traversé, ainsy que je croy que la Royne d'Angleterre l'essayera pour le soupçon qu'elle a conceu contre la Royne d'Escosse, qu'il ne fault doubter qui n'augmente, aprenant qu'il se traittera du dict mariage. Et fault qu'en cecy vous donniez courage au dict duc de poursuivre son entreprise et de n'en estre destourné pour quelque empeschement que la dicte Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, s'essaye d'y donner, sy elle le faict; car je suys tout résolu et veux que vous luy donniez cest asseurance de ma part, que je l'assisteray et ayderay, ensemble ceux de son party, tant en cest affaire que en toutes autres choses qu'ilz voudront entreprendre par dellà, soit en la faveur de ceux de la religion catholique ou pour autre cause, de toutz les moyens de gens et argent que Dieu m'a donné, ainsy que je le pourray commodément faire, me voyant en beau chemin de sortir bientost hors des affaires que j'ay; m'estant advis que, puisque la dicte Royne d'Angleterre ne crainct point, sous main, d'ayder et favoriser, comme elle a faict jusques icy, ceux qui me sont rebelles, il ne seroit que très utille d'essayer de luy remuer par dellà ung peu de mesnage, et se servir dextrement et à propos de la division qui est aujourdhuy entre ceux de son conseil.