Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 35

Chapter 353,907 wordsPublic domain

A quoy il n'a peu contredire, mais a plustot approuvé ce que je luy en déclarois, me disant si on ne peut sçavoir encores de quoy le dict La Molle est convaincu?

A quoy je luy ay respondu qu'il ne se sçavoit poinct; mais que cest affaire estoit traicté avec toute la syncérité qui se peut dire, et que, après avoir esté le procès faict, nous en fairions part à sa dicte Maistresse pour luy faire cognoistre le fonds de la vérité des choses, que nous ne voudrions demeurer célé à personne qui nous touche d'amitié si intime.

C'est, en somme, le contenu des propos qui se sont passés entre nous, desquelz je vous ay bien voullu donner advis, affin que, si la Royne, ma dicte bonne sœur, vous en parle, par delà, ou vous dict ce qu'elle en aura sceu de son dict ambassadeur, vous en puissiés estre d'aultant plus asseuré par ce que présentement je vous en mande, et vous y conformer.

Au surplus, Monsieur de La Mothe Fénélon, attendant qu'il vous soit faict responce sur la dépesche que nous a porté le Sr de Vassal[156], je vous prieray d'user tousjours envers ma dicte bonne sœur de toutes les démonstrations de nostre bonne amitié qu'il sera possible, comme aussy ne nous est elle aulcunement diminuée par ces nouveaux accidentz, mais plustost accreue; priant Dieu, etc.

Escript au chasteau de Vincennes, le XXVe jour d'apvril 1574.

CATERINE. BRULART.

[156] Voyez CCCLXXVe dép., tom. VI, pag. 77.

CLXV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIe jour de may 1574.--

Protestation du roi qu'il n'a pas l'intention de s'allier avec le roi d'Espagne.--Son desir de voir réussir le mariage du duc d'Alençon.--Offre de faire prochainement l'entrevue.--Recommandation de surveiller les menées des protestans français en Angleterre.--Promesse qu'il sera fait droit aux réclamations de sir Arthus Chambernon.--Situation désespérée de Montgommery en Normandie.--Assurance que le roi est en meilleure santé.--Condamnation et exécution de La Mole et de Coconas.

Monsieur de La Mothe Fénélon, comme vostre secrettaire estoit dernièrement sur le poinct de partir et avoit desjà sa dépesche, Vassal arriva avec la vostre, du XVe du passé, despuys laquelle j'ay receu celle du XIXe[157]; et pour vous y respondre, je vous diray que j'ay bien considéré le mémoire dont vous avés chargé le dict Vassal, contenant plusieurs advis qui monstrent bien que celluy qui vous les a donnés a une singullière affection à la conservation de moy et de mon estat; dont je sçauray bien faire mon profict, Dieu aydant; mais, quand à ce qui touche les persuasions que l'on se veut donner par delà, que j'ay une privée intelligence et communiquation de conseilz avec le Roy Catholique, et ce que l'un des conseillers de ma bonne sœur vous a voulleu faire croire, c'est chose de la créance de laquelle j'estime qu'ilz sont grandement esloignés, et que l'on vous en a parlé pour vous faire ouvrir et déclarer là dessus, mes actions faisans assés cognoistre à ceux qui en voudront juger sainement que je ne suis poinct plus affectionné ez choses qui touchent le dict Roy Catholique que en ce qui concerne ma bonne sœur, l'amitié de la quelle j'ay recerché et recerche de confirmer perpétuellement par tous les meilleurs moyenz qu'il m'est possible.

[157] Voyez CCCLXXVe et CCCLXXVIe dép., tom. VI, pag 77 et 80. Le mémoire qui était joint à la première de ces dépêches n'a pas été transcrit sur les registres de l'ambassadeur.

En quoy il se peut dire que je n'y ay rien oublié de ce que je y ay peu advancer de mon costé, et que, si, du costé de delà, la disposition y eut esté aussy ouverte et sincère, il en feût desjà sorti un bon effaict au commun bien et utilité de noz deux royaulmes; et bien que ces derniers accidentz survenus soient telz qu'ilz ont interrompu le dessein et délibération que j'avois pris de m'aproscher de la Picardie, pour facilliter l'entreveue de mon frère le Duc d'Alençon, ainsy que je vous l'ay cy devant escript, si est ce qu'ilz n'ont en rien diminué la bonne vollonté que j'ay tousjours eue d'establir, par le moyen de son mariage, une indissoluble amitié entre noz deux royaulmes. Auquel desir je continue persévèremment, comme je feray jusques à ce que je voye que, du costé de delà, il ne s'en pourra plus rien espérer, n'ayant jamais donné à cognoistre au docteur Dale, qui est icy ambassadeur résident, qu'il y eût aulcun réfroidissement, de mon costé, en ce regard.

Bien ay je peu monstrer que ceste entreveue de mon frère, le duc d'Alençon, ne se pouvoit pas faire à ceste heure, et jusques à ce que les choses soyent un peu mieux remises qu'elles ne sont encores, et mesmes qu'il semble, par le propos qu'il m'a tenu de la part de sa Maistresse, que, si elle cognoissoit une mauvaise intelligence de mon dict frère envers moy et la Royne, Madame et Mère, cella diminueroit beaucoup la bonne amitié qu'elle luy portoit, fondée principallement sur la bonne affection qu'elle a à l'endroit de Ma dicte Dame et Mère et de moy. De quoy il a esté requis qu'elle feust premièrement asseurée, sellon qu'il a esté faict par les propos que l'on a eus avec son dict ambassadeur, et ce que vous avés eu charge de luy en exposer par delà; vous voullant bien dire que j'ay tant de desir de voir le faict de ce mariage conduict à une bonne et heureuse fin, que, si ma dicte bonne sœur vous veut asseurer qu'après avoir veu mon dict frère, elle l'espousera, sans qu'il se mette plus en avant aulcune difficulté, incontinent que l'estat des affaires de mon royaulme aura esté un peu remis, ce que j'espère dans peu de temps, je m'aproscheray de la dicte frontière de Picardie pour effectuer ceste entreveue, et luy fairay bien cognoistre que je ne suis aulcunement réfroidy du dict mariage; mais qu'il m'en demeure le mesme desir que je y ay eu cy devant, lequel m'est pleustost accreu que diminué.

J'ay veu ce que me mandés des excuses et prétextes que le comte de Montgomery a faict entendre, par delà, l'avoir induict à se venir employer au secours de ceux qui se sont eslevés en armes, lesquels sont aussy faulsement controuvés que toutes les aultres mauvaises inventions de telles personnes, pour donner coulleur à leurs meschantes entreprises. Or, en cella, et aux réquisitions qu'il faict d'avoir quelques secours, soit de gens ou de navires, et aussy aux sollicitations que le ministre Vilden, Robineau et le ministre de La Noue, nommé Textor, font par delà, c'est à vous à y avoir l'œil soigneusement ouvert, et faire de bien vives instances envers la Royne d'Angleterre à ce qu'elle ne souffre, selon ce qui appartient à nostre commune amitié et aux derniers traictés que nous avons faict, qu'ilz soyent ouïs aux choses qu'ilz pourront réquérir pour fomenter le trouble de mon dict royaulme et le secours de ceux qui se sont eslevés, et d'empescher qu'ilz n'obtiennent rien d'elle ni de ses subjectz, directement ou indirectement, qui est le meilleur servisse que me sçauriés faire pour le présent.

J'ay veu la coppie que m'avés envoyée du mémoire que vous a présenté le sir Arthus Chambernon, sur lequel ce que je vous peux dire c'est que le comte, de Montgomery faict assés cognoistre, par tous ses déportementz, qu'il n'a aultre vollonté que de poursuivre la ruine de mon royaulme, en tout ce qu'il pourra; dont il ne méritte de recevoir de moy aulcun bon traictement en ses biens, comme cy devant je luy avois offert, s'il se feust contenu doucement: à quoy je ne suis pas délibéré d'entrer. Mais, pour le regard de ce qui touche l'intérest du filz du dict Chambernon, et la jouissance qu'il demande pour luy du dot de sa femme, fille du dict comte, sur les biens qu'il a en ce royaulme, montant douze mille livres, je luy en fairay tousjours faire bonne justice en faveur de ma dicte bonne sœur; mais je desire que vous empeschiés dextrement que, soubz umbre de cella, il n'entreprenne un voyage de par deçà, de peur que ce ne feust pour aultre mauvaise intention. En quoy vous luy pourrés remonstrer qu'il n'est poinct de besoin qu'il s'y achemine pour telle occasion, mais qu'il suffira qu'il fasse présenter sa requeste par l'ambassadeur, qui est icy résident, sur laquelle il aura toute la favorable responce qu'il sera possible.

Au surplus, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous diray comme s'estant le dict comte de Montgomery réduict dedans Sainct Lô, (la tenant à ceste heure assiégée), enfin pour ne s'y trouver trop seurement, j'ay sceu que, avec vingt et cinq ou trante chevaux, il s'est hazardé de sortir pour s'aller mettre dans Carentan. J'ay envoyé bonne quantité de canons, poudres et munitions de ma ville de Paris au Sr de Matignon pour assiéger ces deux places là, oultre ce qu'il en a desjà de mon païs de Normandie, de sorte que j'espère que, dans peu de temps, il les aura remises en mon obéissance, n'estant encore en bon estat de fortification.

Ne me restant rien à vous dire, Monsieur de La Mothe Fénélon, si ce n'est que je ne fais poinct de doubte que l'on ne parle diversement, au lieu où vous estes, de l'estat de ma disposition, mesmement à cause des mèdecins de Paris, que j'ay faict venir pour me voir; et affin que vous n'en soyés en peyne, et en sçachiés la vérité, je vous asseure que m'ayant faict tirer du sang, je me sens grandement soulagé, et me trouve sans aulcune doulleur, avec espérance que, dans peu de jours, je seray entièrement guéri, et pourray me lever, Dieu aydant.

Et finirois en cest endroict ceste lettre, n'estoit qu'il faut que je vous die encores comme La Molle et le comte Coconas feurent hier jugés à avoir la teste tranchée, et le jugement exécuté, ayantz esté convaincus d'avoir attenté contre mon estat; et ont recogneu, avant que de souffrir le dernier supplice, que, méritoirement et à juste occasion, ilz avoient esté condemnés à mort, et que leur fin serviroit de grand exemple à toutes personnes qui auroient au cœur telles mauvaises entreprinses, que celles qu'ilz ont tentées; se pouvant dire qu'il a esté usé, à la confession et jugement de leur procez, de toute la plus grande sincérité, et les choses pesées avec le plus grand respect qui se puisse observer, et que, s'il se feût peu trouver quelque excuse pour eux, elle eût esté employée; mais ilz se sont trouvés si coulpables que eulx mesmes se sont condemnés et confessés dignes de mort beaucoup plus cruelle que celle qu'ilz ont soufferte; priant Dieu, etc.

Escript au boys de Vincennes, le IIe jour de may 1574.

J'ay faict garder ceste dépesche jusques aujourdhuy que je vous puis asseurer ma santé m'estre tousjours de plus en plus confirmée, et me trouver si bien, à ceste heure, que j'espère sortir dans peu de jours.

CHARLES. BRULART.

CLXVI

LE DUC D'ALENÇON A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON

--du Ier jour de juing 1574.--

Reconnaissance de la régence de Marie de Médicis par le duc d'Alençon, après la mort du roi Charles IX.--_Même déclaration_ faite par le roi de Navarre.--_Acte de reconnaissance_, par le parlement de Paris et les princes du sang, des pouvoirs conférés à la reine-mère.

Monsieur de La Mothe, je ne saurois assés vous exprimer l'extrême regrect, qui me demeure, de la perte, que j'ay faicte, du Roy Mon Seigneur et frère, qu'il a pleu à Dieu appeller à sa part. Toutesfois, me conformant à sa saincte vollonté, et considérant que c'est chose commune à tous hommes, je me forceray de surmonter ceste dolleur le plus vertueusement qu'il me sera possible, et vous diray que la dernière vollunté du Roy, Mon dict Seigneur et frère, a esté que la Royne, Madame et Mère, régist et gouvernast les affaires de ce royaume, en attendant le retour du Roy de Poullogne, Mon Seigneur et frère, ce qu'elle a accepté, meue de l'affection qu'elle porte au bien d'icelluy royaume. En quoy, sellon le naturel debvoir que j'ay envers la Royne, Madame et Mère, je m'esforceray de luy randre tout service et obéissance, vous priant, de vostre part, vous conformer en cella en ce qui est de vostre charge, et y randre la mesme dilligence et fidellité que vous avés faict le passé, comme nous avons toute fiance en vous; priant Dieu, etc.

Escript au bois de Vincennes, le premier jour de juing 1574.

Vostre bon amy. FRANÇOYS.

LE ROY DE NAVARRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du Ier jour de juing 1574.--

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous verrés par la lettre que la Royne vous escript[158], comme il a pleu à Dieu disposer du feu Roy Mon Seigneur, perte qui, est si notable à ce royaume qu'il ne peult qu'il n'en demeure ung regret infini à tous ceux qui en sont serviteurs affectionnés. Mais il nous demeure une bien grande consolation de ceste affliction, qui est que Sa Majesté, sentant sa fin, pour tesmoigner le singulier desir qu'elle a tousjours eu au repos de ses subjectz, a ordonné, par sa dernière vollunté, que l'administration et régence des affaires demeurent à la dicte Dame, attandant l'arrivée du Roy de Poullogne. Ce qu'elle sçaura très bien faire par sa prudance et la longue expériance qu'elle en a, et aussy pour la dévotion grande qu'elle a à ceste couronne. En quoy je l'assisteray et recognoistray, sellon qu'elle en est très digne par ses vertus, comme et semblablement fairont touts les principaux et bien affectionnés ministres de ceste couronne; vous priant, de vostre costé, faire en cecy ce qui est de vostre charge, et y randre le bon debvoir que l'on sçait que vous avés faict ci devant, ainsi que la dicte Dame s'en assure; priant Dieu, etc.

Escript au bois de Vincennes, le premier jour de juing 1574.

Vostre bon amy. HENRY.

[158] Voyez la lettre de Catherine de Médicis, en date du 31 mai 1574, _Additions aux Mémoires de Castelnau_, no CXI, tom. III, pag. 405.

ACTE DE RECONNAISSANCE,

Par le parlement et les princes du sang, des pouvoirs conférés à la reine-mère.

--du dernier jour de may 1574.--

Le lundy, dernier jour de may, mil cinq cens soixante quatorze, la Royne, Mère du Roy, estant au chasteau de Vincennes, accompagnée de Monseigneur le Duc d'Allençon, son filz, frère du Roy, du Roy de Navarre et de Monseigneur le Cardinal de Bourbon:

Les six présidents en la Cour de Parlement de Paris, assistés d'aulcuns présidens des enquestes, d'un grand nombre de conseillers, de l'un des advocatz et du procureur général en la dicte court, se sont présentés à la dicte Dame, et à icelle remonstré que la dicte court de Parlement, ayant entendu le trespas du feu Roy Charles dernier, son fils, naguières décédé, et considérant que le Roy Henry, son frère, à présent Roy de France et de Poulogne, ne peut si tost entreprendre l'administration des affaires de ce dict royaulme;

Icelle Court, pour s'acquiter de ce qu'elle doibt et veult rendre à son Roy et Souverain Seigneur, se seroit légitimement assemblée au palais de Sa Majesté, à Paris, lieu de sa séance ordinaire, où, estant, après luy estre apareu de la dernière vollunté du feu Roy Charles, par ses lettres patantes, peubliées en icelle Court, elle les a depputté devers la dicte Dame, avec charge expresse de la supplier et requérir de voulloir, en l'absance du dict Seigneur Roy, et attandant son retour, accepter la charge et administration des affaires de ce dict royaulme, pour les conduire et diriger par sa vertu, et comme elle a tousjours prudamant faict, durant la minorité du dict feu Roy Charles, au grand contantement de tous ses peuples et subjectz, luy offrant, à ceste fin, toute obéissance et recognoissance, en choses qu'il luy plairra ordonner pour le service de leur Roy et Souverain, comme à sa propre personne.

A quoy sont intervenus Mon dict Seigneur, frère du Roy, les dictz Seigneurs, Roy de Navarre et Cardinal de Bourbon, assistés de Monseigneur le chancellier de France et de plusieurs seigneurs du conseil privé, qui toutz unanimement ont faict pareille requeste à la dicte Dame, et offert de la servir, obéir et recognoistre en toutes choses;

Suivant laquelle requeste et instance, la dicte Dame, meue de l'affection maternelle qu'elle a envers le dict Seigneur Roy, son filz, et au bien de ce dict royaume, accepte la dicte charge.

Faict en présence de nous, conseillers et secrettaires du dict Seigneur Roy, au jour dessus dict.

FIZES. BRULART. PINART.

CLXVII

LA ROYNE RÉGENTE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du Ve jour de juing 1574.--

Conjuration formée en France par les Anglais attachés à l'ambassade.--Offres faites au duc d'Alençon au nom d'Élisabeth.--Charge donnée à l'ambassadeur de les porter à sa connaissance.--Déclaration de Catherine de Médicis qu'elle va faire arrêter les coupables.--Résolution de suspendre l'exécution de cette mesure.

Monsieur de La Mothe, je vous fis, avant hier, une bien ample responce à vostre dernière dépesche, et par mesme moyen vous manday comme ceste entreprinse et menée de la Royne d'Angleterre, se sont trouvées par elle faillies, sans vous déclarer autrement comme je le sçavois; mais despuis, j'ay pansé qu'il ne peult estre que bien à propos, pour le service du Roy, Monsieur mon filz, que vous saichiés que c'est: dont vous ne parlerés à personne qu'à la dicte Dame Royne mesme, car je croy certainement qu'elle est si sincère en la foy qu'elle a jurée et promise par le dernier traicté, et qu'elle s'asseure tant de nostre bonne vollunté et affection en son endroict, qu'elle ne sçait rien des mauvais offres et pratiques que ses ambassadeurs, qui sont par deçà, ont voulleu faire envers mon filz le Duc d'Allençon; auquel il a esté offert, au nom de la dicte Dame, de luy fournir comptant cinquante mille escuz, luy fère soudoyer deux mille reistres, vingt mille lansquenetz, sans d'autres françois, et tous les préparatifs et vaisseaux de guerre qui sont, comme ilz l'ont assuré, tous pretz à faire voille, en Angleterre, pour s'en servir, s'il eust voulleu croire le mauvais conseil et les persuasions que luy ont faict faire les dictz ambassadeurs, ainsi que mon dict filz mesme m'a déclairé, m'asseurant, comme je vous ay escript par ma dicte dernière dépesche, qu'il aymeroit mieux mourir que de tumber en telle faulte. Et aussi m'assuray je bien que la dicte Dame Royne est trop saige et princesse si vertueuse qu'elle ne vouldroit pas avoir commandé à ses dictz ambassadeurs telles choses; mais que ce sont de mauvais ministres qu'elle a, qui font ces maulvais offres, d'eux mesmes.

Vous luy dirés que je vous ay commandé de luy en donner compte et la prier, de ma part, ne trouver maulvaiz si je faictz arrester prisonniers ceux qui suivent et sont avec ses dictz ambassadeurs, faisant les menées auprès d'eux envers mon dict filz le Duc d'Allençon, et en divers autres lieux et en aulcunes maisons de ceste ville, comme je sçay, aussy certeinemant tout ce qu'ilz y ont faict, et ceux mesmes qui méritent pugnition. Toutesfois, pour le respect de la dicte Dame et de ses dictz ambassadeurs, il n'en sera faict aulcun tort ni déplaisir, mais les ferrai seullement mettre prisonniers pour vériffier le présent cas pour ceulx dont je suis advertye; ayant, dès hier, faict prandre Bonacourcy, qui est ung de ceux par qui ilz faisoient porter ces belles offres à mon dict filz, comme aussy je say certainement que le cappitayne Jaccob a faict bien souvant, despuis quelque temps; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le Ve jour de juing 1574.

Monsieur de La Mothe, despuis ceste lettre escripte, j'ay pensé qu'il vault mieux que je diffaire de faire prandre le dict cappitaine Jaccob et autres qui se sont meslés des dictes menées, fréquentant avec les dictz ambassadeurs d'Angleterre. Et pour ce, je vous prie que personne ne sçaiche le contenu en ceste lettre que vous, à qui je remectz de dire à la dicte Royne ce que verrés qui sera à propos de tout ce que dessus, et vous comporterés avec elle et ses ministres, par dellà, de façon que nous puissions faire continuer avec elle, et elle avec nous, la bonne et parfaicte amityé que nous nous sommes jurée et promise par nostre dernier traicté, et que je m'asseure que le Roy, Monsieur mon filz, continuera et entretiendra de sa part, mais qu'il soit arrivé; ainsi que je vous ay escript par ma dicte dernière dépesche.

CATERINE. PINART.

CLXVIII

LA ROYNE RÉGENTE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIIe jour de septembre 1574.--

Audience accordée à l'ambassadeur d'Angleterre.--Comparution devant Catherine de Médicis du secrétaire contre lequel elle a porté plainte.--Excuses qu'il présente.--Déclaration de l'ambassadeur qu'Élisabeth enverra prochainement en France une députation pour féliciter le roi sur son avènement.

Monsieur de La Mothe Fénélon, en attandant que le Roy, Monsieur mon filz, qui arriva seullement avant hier en ceste ville, vous puisse faire ample responce à la dépesche que vous nous avés faicte par Vassal[159], et mander son intention sur toutes les aultres choses qui sont à résouldre pour le faict de vostre charge et d'Escosse, dont il se résouldra dans trois ou quattre jours, je vous diray que, hier après disner, l'ambassadeur de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, m'ayant faict demander audience, amena en icelle le secrettaire que je vous ay escript qui a faict de si bons offices par deçà, comme je fis aussy entendre à la dicte Dame Royne par la lettre que je luy escrivis dernièrement de ma main, et de laquelle le dict secrettaire m'a rapporté responce, escripte de la main d'icelle Royne, dont je vous envoye le double, affin que vous voyez de quelle façon elle a pris ce que je luy ay mandé du dict secrettaire; qui voulloit s'excuser des choses passées comme s'il n'eut sceu que c'estoit, et qu'il ne s'en feust poinct meslé.

[159] Voyez CCCCIe dép. du 24 août 1574, tom. VI, pag. 214.

Sur quoy luy demandant s'il s'en voulloit justiffier, et qu'il y avoit icy des gens, par devers lesquelz l'on le mettroit, qui esclerciroient bientost ce faict, selon ce que la dicte Royne m'escrivoit que ce seroit bien faict de le faire chastier, s'il avoit faict ceste faulte; ce qui l'a bien estonné, estant assés empesché à me respondre sur cella: car, voyant qu'il voulloit monstrer de n'estre poinct coulpable, je luy ay réittéré, par deux ou trois fois, ce propos, auquel le dict ambassadeur s'est entremis, et a dict qu'il valloit mieux que les choses passées s'oubliassent.

Et est entré en aultre propos: que icelle Royne, sa Maistresse, envoyeroit bientost par deçà un seigneur de qualité pour se condoulloir avec le Roy, Monsieur mon filz, de la mort du feu Roy, que Dieu absolve, et par mesme moyen le visiter à son advènement; asseurant, le dict ambassadeur, que sa dicte. Maistresse a tout bon desir de continuer en bonne et vraye amitié et intelligence avec Mon dict Sieur et filz, si elle cognoit qu'il en veuille aussy réciproquement user en son endroict, de mesme comme faisoit le Roy mon dict filz, dont je l'ay bien asseuré que oui, et qu'il l'entendra de luy mesmes à sa première audience; priant Dieu, etc.

Escript à Lion, le VIIIe jour de septembre 1574.

CATERINE. PINART.

CLXIX

LE ROY (HENRI III) A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIIIe jour de novembre 1574.--

Voyage du roi, Henri III jusqu'à Avignon.--Accident arrivé au passage du pont Saint-Esprit.--Desir du roi de rétablir la paix dans son royaume.--Protestation d'amitié envers la reine d'Angleterre.--Assurance que le roi veut maintenir le traité conclu par son frère.