Part 33
Monsieur de La Mothe Fénélon, oultre ce qui est contenu en mon aultre lettre, je vous diray que j'ay pensé, si la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, est résollue de venir à Douvres au premier jour de septembre, ainsi que vous me l'avés mandé et que son ambassadeur me l'a dict par deçà, je suis résollu de dépescher devers elle, au mesme temps qu'elle s'y pourra trouver, quelque gentilhomme pour la visitter, s'approschant ainsi près de ma frontière; lequel sera bien esclercy de la résollution que j'auray prinse sur le faict de l'entreveue, et aultres particularités qui seront requises, pour tousjours entrettenir une bonne et sincère amitié avec ma dicte bonne sœur; qui est ce que je desire plus que toute aultre chose de ce monde: dont je vous prie de l'asseurer en toutes les occasions qu'il viendra à propos, estant infiniment marri que la maladie intervenue à mon frère, le Duc d'Alençon, de laquelle il ne peut estre en estat de sortir hors de son logis de quinze jours, encores qu'il soit en bon chemin de recouvrer sa santé, nous ait empesché de nous résoudre et de conduire si tost à bon effect ceste entreveue que nous le desirions, ce que vous pourrés témoigner à ma dicte bonne sœur.
Au surplus, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous diray que j'ay receu voz dépesches des XXVIe et dernier du passé, Ve et IXe du présent[150]; sur lesquelles je vous diray que, pour le regard des soubçons et deffiences, ès quelles, sans aulcune occasion, l'on a voulleu mettre la dicte Royne d'Angleterre, tant sur le voyage que a faict en Normandie la Royne, Madame et Mère, que aussy sur les préparatifs de l'armement des vaisseaux que j'avais advisé de faire faire pour porter les quatre mille Gascons en Pouloigne, que l'on commançoit dire estre destinés à aultre effaict; tout cella sera passé et assoupi, à ceste heure, qu'ilz verront les dictz préparatifz entièrement cessés.
[150] Voyez CCCXXXIe, CCCXXXIIe, CCCXXXIIIe et CCCXXXIVe dép., tom. V, pag. 380, 383, 385 et 387.
J'ay veu ce que me mandés de la réputation qu'a donné par delà aux affaires du Roy Catholique la prinse d'Harlen, et ce qui vous a esté rapporté de l'occasion pour laquelle est advenue si soudainement la prise du chasteau de Lislebourg, et comme il est bien requis que j'envoye quelque personnage d'authorité en Escosse pour y résider; à quoy je regarderay à pourvoir cy après.
Cependant je vous diray que je loue bien fort la responce que vous avés faicte à ma dicte bonne sœur, sur ce qu'elle vous a dict, à propos du saufconduict que luy avés demandé, que mon cousin le cardinal de Lorraine ayant eu la puissance de rompre le mariage de mon frère, le Roy de Poulogne, avec elle, (qu'elle sçavoit bien que la Royne, Madame et Mère, et luy desiroient), il pourroit bien, en chose de moindre conséquence, et pour la faveur de la Royne d'Escosse, sa niepce, faire destourner les forces, qui estoient destinées pour aller en Poulogne, en quelque autre lieu.
Tous les ambassadeurs de Poulogne ont esté fort bien receus et recueillis partout, en Allemagne, despuis leur partement de Leppsic, mesmement à Francfort, et au païs de mon cousin le comte Palatin, et arriveront en ceste ville mardy ou mècredy proschain; où je vous asseure que j'ay bonne vollonté de leur faire faire bonne chère: ne voulant obmettre de vous dire, en passant, que j'ay nouvelles de Poulogne, du XVIe de juillet dernier, comme toutes choses y sont en bon estat et pacifique, n'y estant survenu aulcune nouveauté, tant du dedans du royaulme que des voysins, au contraire de ce qui s'en est dict par delà, que vous debvés tenir pour chose controuvée; priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le XVIIIe jour d'aoust 1573.
Comme je voullois signer ceste lettre, je me suis résollu d'envoyer en Angleterre mon cousin le maréchal de Retz, pour faire l'office dont est faict mention au commencement de ceste lettre, au moyen de quoy je vous prie que vous me fassiés incontinent sçavoir le lieu où il pourra trouver ma bonne sœur. Ceux de Rouen me viennent de faire encores plainte des pyratteries qui sont ordinairement faictes par les Anglois: qui est cause que je vous prie d'en faire, envers ma dicte bonne sœur, toute l'instance qui sera possible.
CHARLES. BRULART.
CLIV
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIIe jour d'aoust 1573.--
Arrivée des ambassadeurs de Pologne à Paris.--Réception qui leur est faite.
Monsieur de La Mothe Fénélon, ceste cy sera pour vous advertir comme les ambassadeurs polonois, qui sont douze, suivis de deux cents gentilshommes, arrivèrent mècredi dernier en ceste ville, en assés bon équipage, au devant desquelz feust envoyé la maison du Roy de Poulogne, mon filz, et tous les princes et principaux seigneurs qui se trouvèrent en ceste cour, pour les conduire jusques en leurs maisons. Le lendemain, qui feust le jeudy, ilz désirèrent que l'on les laissât reposer en leurs maisons, pour, le jour d'après, qui estoit vendredy, venir salluer le Roy, Monsieur mon filz, la Royne ma belle fille, et moy; ainsi qu'il a esté faict en meilleur ordre et équipage qu'il a esté possible, ayant fait l'évesque de Posnanie, qui est le principal de la dicte ambassade, une fort belle harangue sur l'occasion de leur venue. Cejourdhuy ilz ont faict le semblable à l'endroict de mon filz, le Roy de Poulogne, et receu la plus grande joye du monde de le voir, comme il a faict, de sa part, de se voir salué d'une si belle compaignie, qui se peut dire, au jugement de ceux qui l'ont veue, la plus honnorable et mieux en ordre que aultre qui se soit jamais trouvée en ce royaulme; ne se sentant rien que de toute courtoisie, et monstrant beaucoup la grandeur du royaulme dont ilz sont venus et qu'ilz apportent à mon dict filz; vous laissant juger quelle joye j'en puis recevoir en mon cœur.
Il s'est trouvé à dire deux ambassadeurs en ceste dicte compagnie, à sçavoir: l'un qui estoit beaucoup demeuré à partir après les aultres, qui, ayant esté arresté en Slésie, auprès de la frontière de Pologne, a mieux aymé s'en retourner au païs, après avoir esté mis en liberté, pour ce qu'il cognoissoit bien qu'il arriveroit fort tard de par deçà, que de poursuivre son chemin; l'aultre s'est mis par mer avec le Sr de Lanssac, qui n'est encores arrivé. Dans peu de jours, nous espérons accomplir toutes choses qui dépendront du faict de la dicte élection, et sera faict si bon et honnorable traictement aux susdictz ambassadeurs et à toute leur suitte, ainsi qu'il s'y est bien commencé despuis leur arrivée en ce royaulme, qu'ilz en raporteront tout contentement: n'ayant aultre chose à vous dire par ce petit mot que je finiray, priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le XXIIe jour d'aoust 1573.
CATERINE. BRULART.
CLV
LE ROY DE POULOGNE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du premier jour de septembre 1573.--
Explications données par le roi de Pologne sur une plainte de l'ambassadeur d'Angleterre.--Protestation de dévouement pour Élisabeth.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay sceu que l'ambassadeur de la Royne d'Angleterre, qui est icy résident, a esté visitter les ambassadeurs polonois, despuis quelques jours en çà, comme en ayant charge de la part de sa Maistresse; leur ayant faict entendre qu'elle ne desiroit rien plus que de conserver et entrettenir la bonne amitié et intelligence qui estoit entre le royaulme de Poulogne et l'Angleterre, encores que moy, qui estois esleu Roy de Poulogne, n'eusse pas faict grand compte d'une lettre qu'il m'avoit présentée, il y a quelque temps, de la part de la dicte Dame, par laquelle elle se conjouissoit avecque moy de mon heureuse élection. Lequel a eu grand tort de faire ainsi entendre aux dictz ambassadeurs; car je vous puis dire que, quand je receus de luy la dicte lettre, ce feust avec tout l'honneur et honneste respect que je sçaurois jamais faire à lettre venant de la part d'une princesse, de laquelle je fais si grand compte et estime que je fais d'elle. Il est bien vray que je ne luy en baillay pas si tost la responce que j'en avois vollonté, à cause que, en mesmes temps, ou peu après, qu'il me l'eût présentée, je feus contrainct, pour prévenir une maladie qui me menassoit, de prendre quelque purgation et apozèmes, qui me tindrent trois jours empeschés de pouvoir vacquer à aulcuns affaires; qui feust cause que je ne signay si tost la dicte lettre, qui demeura un jour, après avoir esté signée, sans estre baillée au dict sieur ambassadeur, à cause que l'on ne le peut pas trouver chez luy à propos; estant toute l'occasion de sa plaincte, laquelle je vous laisse à juger si elle est bien fondée ou non. Et, si vous apercevés qu'il en ayt escript quelque chose à sa dicte Maistresse, je vous prie luy en faire entendre la vérité telle qu'elle est escripte cy dessus; priant Dieu, etc.
Escript à Paris, ce Ier jour de septembre 1573.
Vostre bon ami.
HENRY.
CLVI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XIe jour de septembre 1573.--
Satisfaction de l'accueil promis au maréchal de Retz en Angleterre.--Serment prêté par le roi de Pologne.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz dépesches du XXVe et dernier du passé, et IVe du présent[151], par lesquelles, à ce que j'ay peu comprendre, la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, a esté bien fort aise de la résolution que j'ay prinse d'envoyer par delà mon cousin le mareschal de Retz, que vous avés sagement faict de luy conforter estre pour l'estime que je fais d'elle et de son amitié, et l'honnorer en toutes choses aultant qu'il m'est possible; me promettant bien que j'ay aultant d'occasion d'attendre et espérer un bon fruict du voyage de mon dict cousin, en ce que je desire, que d'aulcun aultre ministre que j'eusse sceu envoyer par delà; et que, à son retour, toutes choses me seront bien amplement esclercies de l'intention de ma dicte bonne sœur; envers laquelle et les gens de son conseil vous m'avés faict servisse fort agréable de faire une bien vive instance des pilleries et déprédations qui se font ordinairement sur mes subjectz, et vous prie ne vous en lasser en sorte du monde, mais y incister si obstinément qu'il y soit par elle mis un bon ordre, ainsi qu'il est très requis pour le bien commun de nos deux royaulmes.
[151] Voyez CCCXXXVIIe, CCCXXXVIIIe et CCCXXXIXe dép, tom. V, pag. 396, 398 et 401.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous veux bien dire comme, après avoir esté négotié, par quelques jours, avec les ambassadeurs de Poulogne par mon frère leur Roy, enfin toutes choses concernant ce faict ont esté unaniment conclues et accordées avec tout le plus grand contantement d'un chascun que l'on eût sceu desirer, de sorte que, hier, feurent faictz les sermentz solennelz par moy et mon frère, le Roy esleu de Poulogne, des choses conclues et ratifiées et confirmées, en la grande esglise de Nostre Dame, après que la messe y eût esté chantée; où assistèrent tous les ambassadeurs de Poulogne et les ambassadeurs des princes estrangers: sçavoir; le nonce, l'ambassadeur d'Espaigne, celluy d'Escosse et de Venise, mes cousins les cardinaux de Bourbon, de Lorraine, de Guise et d'Est, avec tous les princes et seigneurs qui sont près de moy; et se passa ceste cérémonie avec le plus grand contentement et allégresse d'un chascun qu'il se puisse dire. Dimanche, se faira la présentation du décret au palais, qui est le principal acte de ce qui concerne le faict du dict royaume de Poulogne; qui est tout ce que je vous puis dire, en priant Dieu, etc.
Le XIe jour de septembre 1573.
CHARLES. BRULART.
CLVII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--des XVe et XVIIe jours de septembre 1573.--
Présentation faite au roi de Pologne du décret contenant son élection.--Fêtes données aux ambassadeurs polonais.
Monsieur de La Mothe Fénélon, craignant que mon cousin le mareschal de Retz soit parti pour retourner de deçà, lorsque la lettre que je luy escripts présentement luy sera rendue, j'ay bien voullu vous faire ceste cy de pareille substance; et vous dire que, dimanche dernier, XIIIe de ce moys, toutes choses ayant esté, ces jours passés, accordées et résollues avec les ambassadeurs polonois, qui sont icy pour le faict de l'élection du Roy de Poulogne, Monsieur mon frère, iceulx ambassadeurs nous vindrent trouver sur les trois heures après midy, dedans la grande salle de mon palais, en ceste ville, où nous estions assemblés avec ordre et cérémonie. Là, ilz nous déclarèrent publiquement, fort révéremment et honnorablement, la dicte élection, et en présentèrent le décret, très autentiquement faict en l'assemblée de leurs Estatz, à mon dict frère; lequel, après la lecture d'icelluy, accepta la dicte élection, le tout avec tant de belles et grandes cérémonies qu'il ne feust jamais faict acte en mon royaulme, ni peut estre en la Chrestienté, plus célèbre. Et le lendemain, qui feust hier, se fit l'entrée de mon dict frère en ceste ville, au meilleur ordre et avec telle magnificence qu'il ne seroit possible de voir rien de plus beau; et se fit, le soir, le festin royal en la dicte salle de mon palais, ainsi que de coustume, comme vous entendrés plus particullièrement par un discours que je vous envoyeray de ce qui a esté observé ez dictes cérémonies. Cependant vous le fairés entendre avec occasion à la Royne d'Angleterre, si mon dict cousin le maréchal de Retz estoit en chemin pour s'en venir, et vous en réjouirés avec elle de nos parts; estants asseurés qu'elle participe au contentement que nous en recevons pour la parfaicte amitié d'entre elle et nous; et luy dirés, par mesme moyen, que le plus grand desir, que nous ayons maintenant, est de voir réheussir à l'heureuse fin la négotiation pour laquelle mon dict cousin est allé par delà, affin que la dicte Royne puisse, avec plus d'occasion et comme sœur, participer davantage avec nous au contentement et honneur que ce nous est de la dicte élection de Poulogne et des prospérités qu'il plaict à Dieu nous donner, adjoustant à cella les plus honnestes parolles que vous pourrés. M'asseurant que vous n'y oublierés rien, je ne vous en diray davantage, priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le XVe jour de septembre 1573.
Monsieur de La Mothe Fénélon, ceste dépesche feut partie, dès avant hier au matin, mais j'ay différé jusques à cejourdhuy pour ce que, avant hier au soir, la Royne, Madame et Mère, fist son festin en son palais, où les seigneurs polonois feurent si honnorablement traictés, et y receurent tant de plaisir qu'ilz disent bien n'avoir jamais rien veu de plus beau ni de si bien ordonné, demeurants très contents de l'honneur qu'ilz reçoivent par deçà.
A Paris, le XVIIe jour de septembre 1573.
CHARLES. PINART.
CLVIII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIIe jour de septembre 1573.--
Retour du maréchal de Retz.--Satisfaction au sujet de la réponse qu'il a rapportée sur la négociation du mariage.--Remerciemens du roi pour les bons offices de Leicester et de Burleigh.
Monsieur de La Mothe Fénélon, il ne seroit possible d'avoir plus de contentement que celluy que j'ay eu au retour de mon cousin le mareschal de Retz, ayant entendu par luy les honnestes démonstrations de parfaicte amitié de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, envers moy et tout ce qui me touche, et aussy la bonne vollonté en laquelle il l'a laissée, et les principaux seigneurs de son conseil, de prendre bientost, à présent que son parlement sera assemblé, une bonne résollution sur le faict de la négotiation pour laquelle mondict cousin le mareschal de Retz estoit allé par delà, affin de vous en envoyer advertir par quelque honnorable seigneur ou gentilhomme des siens, comme icelle Royne a promis: ce que nous attandons avec très grand desir. Et cependant ayant le dict mareschal de Retz receu une lettre d'icelle Royne et une aultre du Sr de Smyt, par lesquelles il est prié d'escrire de quelle façon nous aurons prins la response qu'il nous a rapportée d'elle, qui est en la meilleure part qu'il est possible, comme aussy il leur mande, asseurant, comme nous avons veu par sa lettre, qu'il ne seroit possible d' estre plus contents que nous sommes, comme il est vray, pour l'espérance que nous avons de voir bientost qu'elle aura prins une bonne et heureuse résollution du mariage d'elle et de mon frère, le Duc d'Alençon, qui se porte à présent très bien; estant, Dieu mercy, entièrement guéry et aultant affectionné serviteur qui se peut desirer, ayant toute bonne vollonté de continuer à honnorer et servir d'affection, toute sa vie, icelle Royne, s'il plaict à Dieu, comme nous l'en prions tous, que les propos commencés puissent réheussir à une heureuse fin pour un grand bien à la Chrestienté, principallement à noz trois royaulmes et alliés, ainsi que la Royne, Madame et Mère, et moy, et aussy le Roy de Poulogne, Monsieur mon frère, et pareillement mon dict frère le Duc luy escrivons, de nos mains, par un des gens du Sr Smith qu'il a envoyé devers mon dict cousin le mareschal de Retz, lequel vous escript aussy de sa part bien amplement pour vous rendre capable du contenu en ses lettres à ce que vous puissiés, avec plus d'intelligence, continuer à faire, selon cella et le contenu cy dessus, tout ce qu'il vous sera possible pour persuader tousjours à icelle Royne et à ses dicts principaux ministres, avec tant de bonnes et grandes raisons que luy scaurés bien représenter, pour se résoudre au dict mariage: car aussy sera ce, s'il se faict, un bien indicible, profitable et honnorable pour elle et pour nous, aussy pour noz royaulmes, et beaucoup plus, à présent que ce grand royaulme de Poulogne y est adjoinct, et qui le seroit aussy à elle. Vous estes si capable de mes droictes intentions, non seulement en cest affaire, mais en toutes les aultres choses qui concernent mes affaires et service par delà, qu'il n'est jà besoin vous en escrire pour ceste heure davantage; aussy n'estendray je ceste cy que pour vous prier m'advertir souvent de l'estat de cest affaire et de toutes aultres occurrences; priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le XXIIe jour de septembre 1573.
Monsieur de La Mothe Fénélon, je ne veux oublier vous dire que, par ce que j'ay entendu de mon dict cousin le comte de Retz, nous avons bien occasion de nous louer des seigneurs du conseil de la dicte Dame Royne, pour les bons offices qu'ilz ont faict par delà, pendant que mon dict cousin y a esté, l'assistantz d'affection, ainsi qu'il m'a asseuré, en cest affaire; principallement Mr le comte de Lecestre et le milord grand thrésorier, lesquels je vous prie remercier de ma part, de celle de la Royne, Madame et Mère, et de mon dict frère d'Alençon, les asseurant, principallement le dict Sr comte de Lestre, que j'ay un extrême desir de m'en revancher en son endroict, et aussy du dict milord grand thrésorier, par si bons effaictz que je m'asseure qu'ilz demeureront très contentz et se loueront grandement de moy, aussy de ma dicte Dame et Mère et de mon dict frère d'Alençon.
CHARLES. PINART.
CLIX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXVIe jour de septembre 1573.--
Négociation du mariage.--Regret témoigné par le roi de ce que Quillegrey a été désigné pour passer en France.--Nécessité où se trouve le roi de laisser encore La Mothe Fénélon en Angleterre.
Monsieur de La Mothe Fénélon, nous achevasmes hier une despesche que la Royne, Madame et Mère, le Roy de Poulogne, Monsieur mon frère, mon frère le Duc d'Alençon et moy faisons à la Royne d'Angleterre et à vous, laquelle estoit preste à partir, quand Vassal est arrivé avec la vostre bien ample du XXe de ce moys[152]; par où j'ay veu fort particullièrement comme mon cousin le comte de Retz s'est dignement comporté de delà, et acquité de sa légation, et aussy les grandes correspondances et démonstrations de bonne amitié envers nous que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, et tous les siens ont monstré, et faict cognoistre vous porter, et comme ilz ont eu très agréable que telle et si importante légation ait esté par nous commise. J'ay aussy veu ce qui s'est passé de delà, despuis le despart du dict comte, et comme icelle Royne a résollue d'envoyer de deçà Quillegrey. Sur quoy, après avoir considéré les mauvais offices que vous sçavés qu'il a faictz, j'ay advisé de vous escrire encores ceste cy pour vous respondre seullement à ce que vous discourés du dict Quillegrey et vous prier de faire dextrement, comme je m'asseure que vous sçavés bien faire, en sorte, s'il est possible, que ce soit quelque aultre que icelluy Quillegrey qui vienne par deçà pour l'effaict que mon dict cousin le comte de Retz résollut avec la dicte Royne, et qu'il luy escript présentement fort sagement, ainsi que nous avons avisé. Mais, si icelle Royne demeure résollue fermement au dict Quillegrey, après avoyr veu la lettre d'icelluy sieur comte, ne monstrés pas davantage que nous en eussions desiré un aultre, affin que, s'il venoit de par deçà, il n'ait aulcune occasion que de bien faire et rapporter, à son retour, la vérité de ce qu'il verra pour effacer les impostures que l'on a dittes, de delà, de mon dict frère d'Alençon; lequel, au contraire de ce qu'on a publié, est beaucoup amandé de ceste maladie dernière qui l'a purgé, luy ayant osté beaucoup de rougeurs que la petite vérolle luy avoit laissées au visage; estant maintenant, avec la barbe qui luy vient fort, beaucoup plus agréable qu'ilz n'ont dict de delà. Il a bien creû, et tant s'en fault qu'il soit bossu, comme l'on a dict à la dicte Royne, qu'au contraire il est aussy droict et gaillard prince et d'aussy belle taille qu'il y en ait en la Chrestienté. Et pour ce que, par nostre dicte dépesche d'hier, que vous rendra ce porteur, il vous sera entièrement satisfaict au reste de la vostre qu'a apportée le dict Vassal, me remettant aussy à ce que vous a escript encores mon dict cousin le mareschal de Retz, je n'estendray ceste cy que pour prier Dieu, etc.
Escript à Paris, ce XXVIe jour de septembre 1573.
[152] Voyez CCCXLe, dép., tom. V, pag. 403.
_Par postille à la lettre précédente._
Monsieur de La Mothe Fénélon, nous avons ouï tout ce que nous a dict le dict Sr comte de Retz pour obtenir vostre congé, et veu aussy ce que m'en escrivés; mais il n'y a encores occasion de pouvoir vous l'accorder, jusques à ce que ceste négociation ait prins fin. C'est pourquoy je vous prie prendre résollution de demeurer de dellà jusques à ce que cella soit faict ou failly, continuant à y faire tout ce que pourrés pour y voir clair, et vous asseure que vos servisses, que nous avons très agréables, seront, à vostre retour par deçà, fort vollontiers et de bon cœur recognus envers vous et les vostres, aux premières occasions qui se présenteront. Ne croyés pas que je ne cognoisse bien la peyne que vous avés prinse et que vous prenés chasque jour. Je sçay le grand soin que vous avés prins pour conserver la vie à la Royne d'Escosse, et le travail que vous avés eu pour rettenir tous les orages qui menassoient, de vostre costé, mon royaulme, pendant les désordres qui y ont esté, et comme vous vous estes dignement acquitté en l'un et en l'aultre. Il fault que je vous prie que vous ayés patience pour voir quelle fin prendra ce traicté de mariage; car, à vous dire vray, si je vous ay rettenu longtemps de delà, c'est parce que je ne trouvois personne qui feût capable de m'y servir si bien que vous faisiés, pour le mettre en vostre place. Je suis encores dans la mesme peyne pour le faict de mon dict frère d'Alençon; je vous prie donc de ne vous impatienter pas.
CHARLES. PINART.
CLX
LE ROY DE POULOGNE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XIe jour de novembre 1573.--
Protestation d'amitié.--Recommandation faite par le roi de Pologne à l'ambassadeur de veiller à ses intérêts auprès d'Élisabeth.--Assurance donnée par le roi de son attachement à la reine d'Angleterre.