Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 3

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Or, affin, Monsieur de La Mothe Fénélon, que les choses se puissent mieux establir à la conservation et entretènement de la paix entre ces deux royaumes, je trouve bon l'expédiant, que vous avés escrit à mon cousin le maréchal de Cossé, d'envoyer deux anglois en Normandie pour voir faire la délivrance des marchandises qu'ils maintiennent y avoir esté arrestées, et que mon dict cousin envoye deux de mes subjects, pour le mesme effect, en Angleterre, luy ayant dès maintenant escrit qu'il y satisface, au premier advis qu'il aura de vous, et qu'il donne tout libre accès aux dicts deux anglois pour l'exécution de ce que dessus; avant le partement desquels de leur pays, vous les fairés bien advertir qu'estans en mon pays, ils se gardent de toutes pratiques, ny de s'entremettre d'autre chose que du faict pour lequel ils seront venus, affin que, faisans le contraire, s'ils en estoient chastiés, cela ne fust cause de venir à nulle dispute avec ma bonne sœur, la Royne d'Angleterre. Laquelle pourra connoistre par là que je ne desire que l'entretènement des traittés de la paix d'entre nos deux royaumes.

Quant à mes affaires, les choses sont encore en l'estat que je vous ay fait entendre par ma précédente; sinon que la Royne, Madame et Mère, est partie, depuis quatre ou cinq jours, pour approcher de mon armée et conférer avec mon frère, le Duc d'Anjou, et les cappitaines qui luy adcistent, des moyens qui se debvront tenir pour rompre ou chasser le duc de Deux Ponts: dont je ne doubte point que Dieu me fasse la grâce, tant pour la justice de ma cause que pour les gaillardes forces que j'auray ensemble, quand mes deux armées seront joinctes, et toute ma noblesse, et autres forces qui estoient dispersées par mon royaume, lesquelles je fais assembler. Et espère vous en envoyer bientost quelques bonnes nouvelles. Cependant je fairai fin à ceste lettre par prière à Dieu qu'il vous ayt, etc.

A St Maur des Fossés le IIe jour de juing 1569.

CHARLES. DE NEUFVILLE.

X

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIIe jour de juillet 1569.--

Ordonnance pour la restitution réciproque, en un même jour, des prises faites tant par les Français que par les Anglais.

Monsieur de La Mothe Fénélon, desirant qu'il soit prins quelque fin et expédiant à la restitution des choses, qui ont été mal prises sur mes subjectz en Angleterre, et à celles qui ont esté mal prises aux Anglois de deçà, ainsy qu'il apartient à la commune amytié qui est entre la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, et moy, je vous faicts ce mot de lettre pour promètre et assurer, de ma part, à ma dicte bonne sœur, que je feray rendre et restituer aux Anglois tout ce qui a esté pris ou arrêté de leurs biens, en mon royaume, et que la réalle dellivrance leur en sera faicte, au mesme jour et temps que ma dicte sœur accordera aussy, par autre lettre signée de sa main: que ce qui a esté pris et arresté, en Angleterre, ou qui s'y trouvera, en essence, appartenir à mes subjectz, ou que mes dictz subjectz montreront et vériffieront sommairement leur appartenir, leur sera réallement restitué, trouvant bon que le terme des dictes restitutions se preigne au dernier jour de ce moys, ou à aultre; et que, au reste, nous facions mutuellement administrer bonne et prompte justice à nos communs subjectz des prises et pilleryes qui ont esté commises de costé et d'autre, selon que le contiennent les traictés; priant Dieu, etc.

Escript à Orléans le VIIIe jour de juillet 1569.

CHARLES. BRULART.

XI

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IXe jour de juillet 1569.--

Disposition d'Élisabeth à déclarer la guerre.--Nécessité de surveiller ses projets, et d'en donner promptement avis sur la frontière.--Position des deux armées.--Levée du siège de Niort.--Fausseté des nouvelles répandues en Angleterre.--Assurance que d'Andelot et le duc de Deux-Ponts ne sont pas morts par le poison.--Bon état de défense de Périgueux, qui est menacé par les protestans.--Projets de mariage du roi d'Espagne et du roi avec les deux filles de l'empereur, et du roi de Portugal avec Madame.--Siège de la Charité; espoir de la prochaine reddition de la place.

Monsieur de La Mothe Fénélon, tout ce que nous pouvons recueillir de vos dernières dépesches[14] c'est que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, n'oublie rien de toutz les appretz qui sont nécessaires pour l'acheminement d'une guerre, laquelle nous ne voyons pas s'adresser à aultres que à nous, estant ses affaires aux termes que vous le mandez pour le regard du costé de Flandres, et en telle voye d'accord que je tiens jà tous ces différants pour accordés; estimant bien que ce qui la peut retenir, jusques icy, de se déclarer ouvertement, c'est qu'elle veult auparavant veoyr ung peu clair à ce que auront d'heureux succez les affaires de nos ennemys. Quoy que ce soit, j'ay bonne espérance, quand elle en viendra là, qu'elle n'en raportera non plus d'honneur et de réputation qu'elle fist aux troubles de l'année soixante deux, vous priant, affin que nous ne puissions estre surpris, que, comme vous avez bien faict jusques icy, vous advertissiés ordinairement mon cousin le maréchal de Cossé, qui est pour pourveoir à la Normandye et la Picardye, de toutes les choses qui seront importantes au bien du service du Roy, Monsieur mon fils.

[14] Voyez XLIe et XLIIe dép., 15 et 21 juin 1569; tom. II, pag. 19 et 37.

Despuis le discours qui vous en fust dernièrement envoyé, de la façon que s'estoient passé une bien grosse escarmouche entre quelques gens de pied de notre armée et celle de nos ennemys, il n'est rien survenu de nouveau entre les dictes armées; et sont, l'une au camp de Larsac, qui est la nostre, et l'autre à N. Il est vray que, voyant l'Admiral que le comte Du Lude estoit pret de donner l'assault à Nyort, l'a envoyé secourir de deux mille chevaulx et quelques gens de pied, qui a esté cause qu'il a esté contrainct d'en laisser le siège, ce qu'il a faict sans aulcune perte.

Comme j'étois à l'endroict de ceste despesche, la vostre du XXVIIIe du passé[15] nous est arrivée, par laquelle j'ay veu les beaux advis que l'ambassadeur Norrys faict, sellon sa coustume, courir par delà, qui sont sy faulx, malicieux et controuvez qu'il n'est possible de plus. Car de dire que le poison de feu d'Andelot se soit avéré par l'exécution d'un sien serviteur qui a esté tiré à quatre chevaulx, cella est entièrement faulx, comme aussi ce qu'il fait courir de la façon de la mort du duc des Deux Pontz, estant advenu à l'ung et à l'aultre par une grosse fiebvre; à l'occasion de beaucoup de travail qu'il auroit pris, mesmes le dict duc des Deux Ponts, aux continuelles grandes journées qu'il fust contrainct de faire pour garder d'estre combatu de nostre armée, avant que joindre l'Admiral. Et tant s'en fault que le dict duc ayt mangé avec la Royne de Navarre, que, ung jour auparavant qu'il fust joinct au dict Admiral, il estoit jà extrêmement malade.

[15] Voyez XLIIIe dép., tom. II, pag. 61.

Pour le regard de Périgueux, les dictz ennemys ont bien faict quelque contenance d'y vouloir dresser la teste; mais ils n'en sont aprochez de plus de dix lieues. Et quant ilz voudroient entreprendre de l'assiéger, à quoy l'on ne voyt point d'apparance, y ayant une sy puissante armée si prez d'eux, ils la trouveront pourveue d'ung sy bon nombre d'hommes, qu'ils n'en raporteront que la honte.

Mon cousin le cardinal de Guise est icy arryvé depuys sept ou huit jours, de retour de son voyage d'Espaigne, et nous a raporté la résolution des mariages de la fille aisnée de l'Empereur avec le Roy Catholique, de la seconde pour le Roy, Monsieur mon fils, et du mariage du Roy de Portugal avec ma fille, avec toute assurence et confirmation de l'amityé du dict Roy Catholique, qui n'est en rien diminuée pour la mort de la feue Royne d'Espaigne, ma fille.

Le sieur de Sansac est au siège de la Charité, que nous espérons qu'il aura réduict à l'obéissance du Roy, Mon dict Sieur et fils, dedans peu de jours; priant Dieu, etc.

Escript à Orléans, le IXe jour de juillet 1569.

CATERINE. BRULART.

XII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XVIIe jour de juillet 1569.--

Levée du siège de la Charité.--Ordre donné par le roi de reprendre le siège et de le poursuivre avec vigueur.--Satisfaction des assurances d'amitié transmises au nom d'Élisabeth.--Contentement témoigné par le roi à l'ambassadeur.

Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous fais ceste despesche en haste, sur l'occasion d'une que l'ambassadeur d'Angleterre faict par delà, par laquelle je ne faictz point de doubte qu'il ne donne advis de la levée du siège de la Charité; dont, afin que vous saichiez les particullarités des choses, ainsy qu'elles sont passées, je vous en envoye ung petit mémoire, outre lequel, je vous veux bien dire que, m'estant venues nouvelles, de ce jourdhuy, que les ennemys n'estoient si approchez de la rivière de Loire que les précédans adviz le portoient, et l'on s'en estoit donné de peur, j'ai mandé au sieur de Sansac qu'il retourne au dict siège pour y faire tanter tout l'esfort que sera possible, à ce que la ville puisse estre réduicte en mon obéissance. Ce que je ne faictz pas tant pour importance dont elle soit, ny commodité qu'en tirent mes ennemys, qui ne peut estre grande en ce temps, ny pour le passaige de la rivière qui est guéyable en plusieurs endroictz, mais pour ma réputation: car j'auray toujours grand regret de faillir à mes entreprises, pour lesquelles mener à exécution je n'oublierai rien, voïans mes subjects demeurant dans leur obstination accoustumée.

Au demeurant, j'ay receu vostre lettre du Ve de ce moys[16] par laquelle j'ai veu le discours des propos que vous a tenuz la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, qui sont toutz pleins d'une honneste desmonstration du desir qu'elle a de conserver la paix, et vous prie que, à la première audiance que vous aurez d'elle, vous luy rendiez mes cordialles recommandations, avec ung gracieux mercîment de l'assurance, qu'elle vous a donnée, de l'affection qu'elle a à la prospérité de mes affaires, conservation de ma couronne et de la paix de mon royaume; en quoy elle se peut confier que je luy ay toute telle correspondance qu'elle sçauroit souhaister de prince de ce monde son meillieur allyé.

[16] Voyez XLIVe dép., tom. II, pag. 70.

Il est bien vray que les propos que vous ont tenuz les gens de son conseil semblent estre de personnes qui veullent bien donner à cognoistre qu'ilz ont moyen de nuire, quant ilz le vouldroient entreprendre, pour leur en sçavoir plus de gré quand ilz ne le feront poinct. A quoy vous avez saigement respondu et selon que je le puis desirer pour mon honneur et réputation; n'ayant aultre chose à vous dire par ce petit mot que je finiray en priant Dieu, etc.

Escript à Orléans ce XVIIe jour de juilhet 1569.

CHARLES. BRULART.

XIII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XVIIe jour de juillet 1569.--

Nécessité de découvrir les intentions secrètes d'Élisabeth, et d'exercer la plus grande surveillance en Angleterre.--Ordre donné pour une levée de Suisses et de Français.

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous faictes service bien fort agréable au Roy, Monsieur mon filz, de prendre occasion de visiter la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, le plus souvant qu'il vous est possible; car, encores que j'estime qu'elle soit en ses propos bien fort réservée, et sçache assez bien couvrir le font de ses intentions, sy est ce que, par ceste fréquantation, il vous sera tousjours aysé d'en descouvrir quelque partye, sy vous n'en pouvez sçavoir le tout; et pour ce, le mieux, que vous puissiez faire, c'est de continuer à la visiter bien souvant.

Vostre dépesche du Ve me confirme tousjours, de plus en plus, en l'opinion, que j'ay eue cy devant, que les différants d'Angleterre et des Pays Bas se composeront bientost amiablement, dont vous nous advertirés de ce qui succèdera, ensemble des aprestz qu'ilz fairont par dellà; à quoy je vous prye d'avoyr l'œil soigneusement ouvert, selon vostre vigilance accoustumée.

Le Roy, Mon dict Sieur et filz, ne voulant rien oublier en l'exécution de ceste entreprinse, puysque ses subjectz demeurent en leur obstination accoustumée, faict faire une nouvelle levée de douze mil Suysses et de quarante enseignes de François, qu'il espère avoir toutz pretz dedans la my aoust; estant tout ce que j'ay à vous dire par ce mot, auquel je fairay fin en priant Dieu, etc.

Escript à Orléans le XVIIe jour de juillet 1569.

CATERINE. BRULART.

XIV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIIe jour de juillet 1569.--

Remercimens du roi pour les communications qu'Elisabeth lui a fait transmettre.--Confidence secrète du projet de mariage de Marie Stuart avec le duc de Norfolk.--Injonction faite à l'ambassadeur d'en favoriser de tout son pouvoir l'exécution.--Recommandation du plus grand secret.--Nouvelles de la guerre.--Prise de Châtelleraut et de Lusignan par les protestans.--Nécessité où se trouve le duc d'Anjou de se tenir sur la défensive.--Envoi d'un secours par le roi d'Espagne.--Mesures prises pour solder les troupes.--Projet des protestans d'attaquer Saint-Maixent ou Poitiers.

Monsieur de La Mothe Fénélon, il y a quelques jours que vostre dépesche de l'unzième[17] m'est arrivée, par laquelle j'ay veu que la prompte levée qui s'est faicte, de cinq mille hommes de pied, a esté pour le costé d'Irlande; et comme, encore que le remuement qui est de ce costé là ne soit de petite importance, néantmoins l'on le veult rendre à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, le moindre que l'on peut, pour ne la divertir d'entendre à quelque autre entreprinse, comme vous jugez sagement qu'elle pourra faire, si elle en voit quelque commode occasion, encores que son langaige soit plein de toute honnesteté et courtoisie. Dont je desire néantmoins que vous la merciez de ma part, et luy dites que, sy elle desire, de son costé, qu'il ne m'advienne aucun mal de ceste guerre, je n'en desire pas moins pour elle du remuement que j'ay sceu estre advenu, puis naguières, au pays d'Irlande. Et puisqu'elle vous a dict qu'elle auroit certitude, dedans la sepmayne de la dacte de vostre lettre, de ce qui se fera de la levée que l'on dict que faict Cazimir, je m'asseure que n'aurés failly de la recorder de vous en dire ce qu'elle en sçayt.

[17] Voyez XLVIe dép., tom. II, pag. 80.

Au demeurant, l'on m'a adverty que la Royne d'Escosse est bien avant en propoz de mariage avec le duc de Norfolc, et que l'on espère que les choses s'en pourront mener à quelque bonne fin; ce que j'ai occasion de desirer beaucoup plustost qu'il se fasse, que avec le bastar d'Espaigne, ainsi que je sceus cy devant qu'il s'en praticquoit quelque chose. Et, à ceste cause, je vous prie, Monsieur de La Mothe Fénélon, que dextrement, comme de vous mesmes, et sans faire cognoistre en façon du monde que je vous en aye rien escript, vous fassiés tout ce qu'il vous sera possible pour faire trouver bon le dict mariage à la dicte Royne d'Escosse, et le favorisiez tant, par toutz les bons moyens que vous pourrés trouver de par dellà, qu'il se puisse conduire à quelque bon effect, n'oubliant à découvrir saigement ce qui en a jà esté miz en termes, et sy les choses sont sy advancées que l'on me les a faictes, dont vous ne faudrez de me donner adviz. Et surtout regardez à manier ce fait si secrètement que vous ne puissiez estre descouvert de personne, et qu'il ne vienne en cognoissance qu'il vous ayt esté rien mandé de deçà.

Quant à l'estat de mes affaires, vous avez sceu, par ma dernière, comme le faict du siège de la Charité s'est passé. Despuys, mes ennemys, s'estant advancez, sont entrés dedans Chastèlerault, où les soldatz qui estoient ordonnez pour la garde des postes, en petit nombre, leur ouvrirent la porte; et ont assiégé Luzignam, où, après avoir esté quelques jours, et avoyr enduré ceulx de dedans, qui n'estoient que deux ou trois centz hommes, deux assaux, auxquels ilz ont bien tué de mes dictz ennemys six ou sept cens hommes, enfin ilz se sont renduz à composition. Mon armée, que commande mon frère, le Duc d'Anjou, s'aproche tousjours d'eulx pour leur faire teste. Il est vray que, ayant donné congé à la pluspart de sa gendarmerye de s'en aller faire ung tour en leurs maisons, il n'a pas, à beaucoup près, tel nombre de gens de cheval françoys qu'il avoit cy devant; qui est cause qu'il n'a pas, jusques icy, peu aprocher de sy prez mes dictz ennemys ni les tenir si serrés comme l'on eust peu faire autrement.

Je vous ay mandé cy devant comme je faictz lever huict mil Suysses de nouveau, et cinquante enseignes françoises, affin d'estre tousjours plus renforcé et avoir plus de moyen de résister aux forces étrangères, desquelles l'on me menasse: [oultre lesquelles forces, le Roy d'Espaigne, mon beau frère, m'envoye quatre mil Espaignols]. Je suis venu à bonnes journées en ceste ville pour donner ordre aux provisions d'argent nécessaires pour l'entretènement des susdictes forces des gens de pied, Françoys et Suysses, affin que, y ayant pourveu, je puysse incontinent m'en retourner à Orléans. Dont n'ayant que faict deux journées jusques en ceste ville, il ne sera pas que ceulx qui essayent à descrier tousjours mes affaires de delà, le plus qu'ilz peuvent, ne facent, possible, semer le bruict que je m'en sois retiré par crainte de mes dictz ennemys; lesquels n'ont, jusques icy, faict aucune contenance de s'aprocher plus prez de la rivière de Loyre que le dict Chatèlerault. J'estime qu'ilz seront pour assiéger St Maizant ou Poytiers; lesquelles places sont pourvues d'ung sy bon nombre d'hommes que j'espère qu'il n'en adviendra aucun inconvéniant; estant tout ce que j'ay à vous dire et l'endroict où je prie Dieu, etc.

Escript à St Germain des Prez, le XXVIIe jour de juillet 1569.

Me faisant réponce sur le faict du susdict mariage, escripvez m'en par la lettre particulière que vous adresserez à Brulart, et non avec les dépesches que me fairez de l'estat auquel sont les choses par delà.

CHARLES. BRULART.

XV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIIe jour de juillet 1569.--

Négociation sur la restitution des prises.--Assurances d'amitié pour la reine d'Angleterre.

Monsieur de La Mothe Fénélon, la dépesche, que vous a portée Sabran, vous aura donné moyen de satisfaire la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, sur le faict des restitutions des marchandises qui ont été arrestées, tant du costé d'Angleterre à mes subjectz que du costé de deçà aux Anglois; de sorte qu'elle n'aura point d'occasion de penser que vous vous soyez en cela advancé plus que mon intention. Quant aux quatre subjectz de ma dicte sœur qui sont arrestez à Calais, dont elle vous a faict plaincte, vous luy en avez fort saigement respondu. Toutesfois, pour estre esclayrcy de ce qui en est, j'ay escript présentement au sieur de Gonrdan pour sçavoir l'occasion du dict arrest, pour, après l'avoir sceue, en faire faire toute telle raison qu'il apartient à la commune amityé, qui est entre ma dicte bonne sœur et moy, en laquelle elle se peut assurer que je continueray tousjours sans rien faire de mon costé, qui la puisse aulcunement altérer; priant Dieu, etc.

Escript à Paris le XXVIIe jour de juilhet 1569.

CHARLES. BRULART.

XVI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XVe jour d'aoust 1569.--

Remontrances qui doivent être faites à la reine d'Angleterre afin qu'elle arrête les secours destinés pour la Rochelle.--Dénégation qu'une ligue ait été formée par le roi avec l'empereur et le roi d'Espagne.--Desir manifeste d'Élisabeth de se tenir prête à profiter des troubles de France.--Avis de secours préparés en Allemagne pour les protestans.--Vive recommandation faite à l'ambassadeur de favoriser de tout son pouvoir le mariage de Marie Stuart avec le duc de Norfolk.--Envoi des lettres officielles annonçant le mariage du roi avec la seconde fille de l'empereur, et de Madame avec le roi de Portugal.

Monsieur de La Mothe Fénélon, par vos trois dernières despêches, des XIXe et XXVIIe du passé, et celle que j'ay receue hier du premier du présent[18], de l'une desquelles le Sr de Vassal a esté porteur, je cognois bien qu'il se continue tousjours par dellà plusieurs mauvais offices, mesmes pour le regard des deniers que l'on a tacitement permis à ceux de la Rochelle d'emprunter sur les bagues de la Royne de Navarre, bien que les propos de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, soient tousjours les plus honnestes qu'il est possible; lesquels elle ne sçauroit mieux faire cognoistre correspondre à la sincérité de son intention, que quand elle déniera faveur en son royaume à ceux qu'il luy est assés notoire m'estre rebelles. Dont je désire que vous la sollicitiez, de ma part, à toutes occasions, mesmes sur les dictz deniers, que vous avez entendu que l'on est après pour recouvrer en son pays, sur les bagues de la dicte Royne de Navarre, pour en ayder et secourir mes dictz rebelles, ce qu'elle ne peut souffrir sans bien avant contrevenir au traicté de payx, affin de tousjours luy faire bien cognoistre que je voys assez clair en ses déportemens, et que ses honnestes parolles ne me les peuvent tant déguyser que je ne sente bien en quoy elle se départ de l'office de bonne sœur et alliée qu'elle me doit estre, et de l'affection qu'elle vous a, tant de foys, dict porter au bien de mes affaires. Ce que vous regarderez de luy faire entendre sy dextrement, et à propos, qu'il serve à la contenir et garder de se laisser persuader à beaucoup de choses, ès quelles ceux qui n'ayment pas son repos desirent la faire résouldre: dont elle pourra, possible, en le faisant, recepvoir plustot désavantaige en ses affaires que quand elle vouldra, en observant sa foy, entretenir la paix qu'elle a promize et jurée avec moy; s'estant assés ordinairement veu que les princes qui, soubz une injuste querelle, mènent guerre couvertement ou appertement à leurs voysins, n'en rapportent enfin que perte et ruyne pour eux, leurs royaumes, pays et subjectz.

[18] Voyez XLVIIe, XLVIIIe et XLIXe dép., tom. II, pag. 89, 97 et 129.

J'ay bien considéré le mémoire ample que m'avez envoyé de l'estat des choses de delà, lesquelles, encore qu'elles semblent quelque peu préparées à remuement, si est ce qu'il n'est tel que pour cela l'on puisse penser qu'ilz soyent divertiz de porter mauvaise affection à mon royaume, et que les grands préparatifs que continue ma dicte bonne sœur ne soyent plustost pour entreprendre une offension que pour conserver son estat, si ce n'estoit que, sur l'opinion que ceux de delà se sont mize en la teste de la ligue qu'ils disent estre toute certaine entre l'Empereur, le Roy d'Espaigne et moy, ainsy que le secrétaire Cecille le vous a voullu prouver par ses raysons discoureues au dict mémoire, ma dicte bonne sœur fust en une perpétuelle deffiance que je la voullusse offenser. A quoy je ne voy point d'aparance, mais bien plustost qu'elle a l'œil ouvert pour tirer des malheurs de mon royaulme quelque proffict en ses prétantions; trouvant bon que vous ayez eu avec les seigneurs de delà, et semblablement avec ma dicte bonne sœur, les propos que me mandez par vostre lettre du dict premier de ce moys, qui peuvent servir à tousjours mieux sonder les fontz de leurs intentions.

Les adviz qui me viennent du costé d'Allemaigne se conforment, en quelque chose, à ce que le comte de Lescestre vous a dict du dict Cazimir. Et en conférant tout ce que j'entendz des dictz adviz, je voy bien qu'il y a grande apparance qu'il s'y doive faire quelque nouvel amas de gens de guerre; portant mesmement, ung des dictz adviz, qu'il a esté envoyé d'Angleterre de l'argent en Allemaigne pour l'Admiral, dont vous mettrez peyne de vous esclaircyr de ce qui en est.