Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 28

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Monsieur de La Mothe, l'ambassadeur de la Royne d'Escosse me vint hier trouver, et me pria d'envoyer ung gentilhomme exprès vers la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, pour la prier, de ma part, d'avoir ses affaires pour recommandé, et de ne souffrir qu'il luy soit faict aucun nouveau mauvais traictement pour ce qu'il crainct que, à ce parlement, il ne soit traicté de quelque chose à son préjudice: ce que je luy ay respondu me sembler n'estre à propos de faire en ceste saison, et que cella serviroit, possible, plustot à aigrir ma dicte bonne sœur contre la dicte Royne d'Escosse.

CXXXII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IVe jour d'octobre 1572.--

Danger qu'il y aurait pour Catherine de Médicis d'accepter une entrevue en Angleterre.

Monsieur de La Mothe, nous avons aujourdhuy receu vostre dépesche du XXIXe du passé, et quelques jours auparavant, j'avois eu celle du XVIIIe[138], à laquelle il n'eschet aucune responce, n'estant que responsive à mes précédantes dépesches; et aussi d'autant que, par ma dernière, vous avés esté à plein satisfaict sur les poincts desquels vous désirés estre esclaircy par celle qui vous est faicte présentement, il ne vous sera poinct respondu au contenu de la vostre, du dict XXIXe, d'autant qu'elle vous est faicte un peu en haste, afin de vous envoyer promptement le saufconduict qu'il est besoin estre bientost par delà. Ce qui me gardera d'estandre ceste cy plus avant, sinon de vous dire, en passant, qu'il semble, par la responce que vous a faicte la Royne d'Angleterre touschant nostre entrevue, que nous en sommes assés esloignés; car, de passer à Douvres, je pense qu'il n'y a guière de personnes qui me le conseillassent au temps où nous sommes, et parmi le regret, que monstre porter en son cœur ma dicte bonne sœur, des choses qui sont advenues le XXIVe du mois d'aoust passé, qui est tout ce que je vous dirai en ce lieu, que je prierai Dieu, etc.

Escript à Paris, le IVe jour d'octobre 1572.

CATERINE. BRULART.

[138] Voyez CCLXXVe et CCLXXVIe dép., tom, V, pag. 133 et 138.

CXXXIII

LE DUC D'ALENÇON A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Escripte de la main de Monseigneur le Duc._)

--du VIIIe jour d'octobre 1572.--

Protestation de dévouement à la reine d'Angleterre.

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous ne sçauriés faire chose qui me soit plus agréable que de faire tousjours cognoistre à la Royne d'Angleterre l'entière amitié et sincère affection que je luy porte; car, comme elle est si parfaicte en son endroict qu'elle peut dire avoir maintenant beaucoup plus de puissance sur moy et en pouvoir mieux disposer que moy mesmes, qui me suis desdié à la servir et luy en obéir de tout mon cœur, aussy desirè je bien qu'elle en cognoisse et s'en persuade quelque chose. Et me sera tousjours grand contantement, bien qu'il soit mal aisé de luy fère par les parolles une assés vive expression et telle qu'elle soit pour correspondre à ma vraye affection de penser qu'elle en croye, pour le moingz, une partie, et demeure persuadée qu'il n'y aura jamais prince en la Chrestienté, qui soit plus à son commandement, et duquel elle puisse si librement disposer qu'elle faira tousjours de moy; qui prie Dieu, etc.

Escript à Paris, le VIIIe jour d'octobre 1572.

Vostre bon amy.

FRANÇOIS.

CXXXIV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIIIe jour d'octobre 1572.--

Conférence avec Walsingham.--Desir de Catherine de Médicis que l'entrevue ait lieu à Jersey; et que Leicester soit envoyé en France.--Son desir de savoir si Élisabeth consentirait à être marraine de l'enfant du roi.--Motifs qui doivent dispenser le roi de jurer de nouveau le traité d'alliance.--Assurance donnée aux marchands anglais qu'ils peuvent continuer à faire le commerce en France.

Monsieur de La Mothe, attandant que l'on vous face responce à trois ou quatre dépesches que nous avons receues de vous, et dont la dernière est du XVIIIe de ce moys[139], qui m'a esté apportée présentement, je vous ay bien vouleu advertir de la réception d'icelles, et comme l'ambassadeur d'Angleterre vint hier parler à moy sur trois poinctz, qui avoient esté par vous proposés à la Royne, sa Mestresse:

[139] Voyez CCLXXVIIe, CCLXXVIIIe, CCLXXIXe et CCLXXXe dép. des 2, 7, 13 et 18 octobre 1572, tom. V, pag. 152, 160, 164 et 173.

Le premier, c'est l'entrevue en l'isle de Gersay ou de Grènezay, au XXe de ce mois, m'alléguant les mesmes raisons et difficultés, contenues tant en vostre lettre qu'en la responce que ceux du conseil vous ont baillé par escript de sa part.

Sur quoy je luy respondis que ce que j'en avois ainsy advizé estoit, pensant que ce fust le plus comode, d'autant que l'on m'avoit dict que l'entreveue ne se pouvoit faire sur la mer, et qu'il estoit meilleur de la faire en terre ferme, et qu'il me sembloit que je ne pouvois choisir lieu plus à propos que celluy là, estant les dictes isles à elle, comme elles sont; et, pour le reguard du jour, que ce que j'en avois mandé, estoit pensant que la Royne, ma fille, se deust acoucher plus tost qu'elle n'a faict, et, cepandant qu'elle eust esté en ses couches, je desirois de faire ce voyage, et la dicte entreveue.

Le second est d'envoyer icy le conte de Lecestre ou milord grand trésorier pour visitter la Royne, ma dicte fille, en ses couches; qu'il pensoit que ce avoit esté faict en intantion de tenir à batesme pour elle l'enfant que Dieu donnera au Roy, Monsieur mon filz, et qu'elle, n'estant point de nostre religion, n'y pouvoit assister.

Je luy dis, sur ce, que l'on n'avoit point pensé encores de fère élection des compères ou commères, jusques à ce que la Royne, ma dicte fille, sera acouchée; ains seulement pour le desir que nous avions qu'elle, envoyant sur ce prétexte quelcun des grands devers nous, nous puissions conférer avec telle confiance avec luy comme si c'estoit avec sa personne propre, et qu'elle se peust asseurer que cella ne tand à aultre fin que pour l'entretènement de nostre amitié, et luy faire entendre nous mesmes particullièrement plusieurs choses pour cest effect; et que le Roy Édouard, qui estoit de mesme religion qu'elle, avoit bien tenu sur les fonds mon filz le Duc d'Anjou.

Là dessus je desire que, soubs main et plus dextrement que vous pourrés, et sans en parler de la part du Roy, Monsieur mon filz, ny de la mienne, vous sçachiés son intention, si, la priant d'estre commère, elle ne le vouldra pas accepter, et m'en advertir incontinant que vous en aurés peu sçavoir sa volonté.

Le troisième, de renouveller le traicté qui a esté dernièrement faict entre nous par nouveau sèrement, voyant les choses qui s'estoient passées despuis en ce royaume, ce que nous luy avons accordé, selon qu'il seroit advizé debvoir estre faict; mais ayant veu despuis, par leur responce, comme elle dict qu'il n'y a pas occasion de ce faire de sa part, il n'en y a poinct aussy de celle du Roy, Mon dict Sieur et filz, d'autant qu'il n'a esté rien faict contre elle et ses subjectz, et ne luy a esté donné aucune occasion de penser que nous veuillions aucunement enfraindre nostre traicté, et la promesse et sèrement que nous avons faict; et si le Roy a esté contrainct de chastier ses subjectz rebelles, et qui avoient conspiré contre sa personne et son estat, cella ne luy touche aucunement. Et, pour ce qu'ilz disent que, voyant les meurtres qui ont esté faictz en plusieurs villes de ce royaume par les Catholiques contre les Huguenotz, ils ne se peuvent asseurer de l'intantion et volonté du Roy qu'ilz n'en voyent quelque punission et justice et ses édictz mieux observés, elle cognoistra bientost que ce qui est advenu ès autres lieux que en ceste ville, a esté entièrement contre la volonté du Roy, Mon dict Sieur et filz, lequel a délibéré d'en faire faire telle pugnition et y establir bientost ung si bon ordre que ung chascun cognoistra quelle a esté en cest endroit son intantion.

Le dict ambassadeur m'a parlé aussy du peu de seureté que les marchans anglois avoient, à présent, pour leur commerce, tant à la Rochelle que ez autres portz et hâvres de ce royaume.

A quoy je l'ay asseuré qu'il y sera pourveu dedans peu de jours de telle façon qu'elle aura occasion d'en demeurer contante et satisfaicte, dont vous serés bientost adverty pour le leur faire entandre; aussy que nous avions sceu qu'elle avoit retiré en ses portz et hâvres un pirate françois, qui commectoit plusieurs pirateries et larcins, que je le priois le mander à la Royne, Sa Mestresse, qu'elle le chassast et ne permist plus qu'il y feust, afin que, tant de leur cousté que du nostre, ilz ne feussent plus receus ny favorisés en noz portz et hâvres; priant le Créateur, etc.

Escript à Paris, le XXIIIe jour d'octobre 1572.

CATERINE. FIZES.

CXXXV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIIe jour d'octobre 1572.--

Naissance de la fille du roi.--Offre faite à Élisabeth d'en être la marraine.

Monsieur de La Mothe, ayant pleu à Dieu me faire père d'une fille, je vous ay aussytost faict dépescher ce porteur, pour vous prier de sentir dextrement si la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, prandra à plaisir que je l'envoye prier de la tenir sur les sainctz fondz de batesme; et incontinant vous ne faillirés de me ranvoyer ce dict porteur et m'en résouldre. Et n'estant ce mot à autre fin, je prierai Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXVIIe jour d'octobre 1572.

CHARLES. FIZES.

CXXXVI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIIe jour de novembre 1572.--

Mécontentement qu'éprouve le roi de la résistance à laquelle se préparent les habitans de la Rochelle.--Déclaration que les massacres faits dans les provinces ont eu lieu sans l'ordre du roi, et que la punition des coupables sera poursuivie.--Remontrances contre les armemens que les protestans pourraient tenter en Angleterre.--Protestations d'amitié, et déclaration que l'armée de Strozzi est réunie pour marcher contre la Rochelle.--Assurance que le légat du pape n'est envoyé en France qu'au sujet de la ligue contre le Turc.--Desir du roi que sa fille soit tenue sur les fonts de baptême par Élisabeth, et que Leicester soit chargé de passer en France à cette occasion.--Communication à la reine d'Angleterre du jugement rendu contre l'Amiral et ses complices.--Satisfaction donnée sur toutes les plaintes des Anglais.--Protestation particulière du roi que les massacres de Rouen ont été exécutés sans son ordre.--Assurance donnée aux protestans réfugiés en Angleterre qu'ils peuvent rentrer en France.--Affaires d'Écosse.--Impossibilité où se trouve le roi d'accorder à l'ambassadeur son rappel.--_Déclaration du roi_ concernant ceux de la religion en Normandie.

Monsieur de La Mothe, despuis l'ample dépesche que je vous fis le VIIe du mois passé[140], j'ay receu les lettres des IIe, VIIe, XIIIe et XVIIIe du dict moys, à aucuns poinctz desquelles je vous ay faict responce, et par ceste cy je vous satisferay à ce qui reste, et aussy à vostre dépesche du XXIIe du dict mois[141], que je receus avant hier de vostre secrétère; et vous diray que, comme je congnois fort bien de quelle importance m'est la ville de la Rochelle, j'ay faict essayer, par tous les moyens les plus doux que j'ay peu, et faict tenter, par personnes que j'ay pansé que mes subjectz de la dicte ville auroient plus agréables et en qui ils auroient plus de créance et assurance de ma bonne volonté, pour essayer de m'y faire obéyr et randre l'obéyssance qui m'est deue par voye amiable, dont j'ay esté quelques jours en assés bonne espérance; mais il samble maintenant que l'on les en dissuade et qu'ilz n'y soient pas si bien disposés que j'espérois, dont il me déplaist bien fort: car les ay faict asseurer de tout ce qu'il m'a esté possible de leur pouvoir accorder, comme encores je fais. Et ay quelque opinion que ce qui les a divertis de la bonne volonté où ilz monstroient, il y a quelques jours, d'estre, est que l'on leur promect assistance et ayde, de quoy il me déplaist bien fort; car si, par la voye amiable, ils ne se réduisent à me randre l'obéissance qu'ilz me doibvent, je seray contrainct, à mon très grand regret, d'y pourvoir par aultre moyen, délibérant pour ceste occasion d'envoyer mon frère, le Duc d'Anjou, de ce costé là, pour leur faire faire toutes les persuasions qu'il sera possible, et leur bailler et faire toutes les plus grandes seuretés qui se pourront.

[140] Cette lettre manque.

[141] Voyez CCLXXVIIe, CCLXXVIIIe, CCLXXIXe, CCLXXXe et CCLXXXIe dép., tom. V, pag. 152, 160, 164, 173 et 180.

Cepandant vous faictes fort bien (aux exagérations qui se font par delà, comme j'ay veu par vostre lettre, des choses qui sont icy advenues et du grand nombre des personnes que les ministres, qui s'en sont fuis en Angleterre ont dict avoir esté tués, tant en l'esmotion de ceste ville de Paris que despuis), de persister tousjours à dire que ces choses sont advenues contre ma volonté et à mon très grand regrect, comme aussy la vérité est telle; et mesmes que ce qui a esté exécuté, depuis quelques jours en ça, à Roan et aultres villes, ce a esté par meschantes personnes qui ne demandent qu'à piller et qui n'ont espargné non plus les biens des Catholiques que ceux des aultres, s'ils ont peu mectre la main dessus. Dont je fais poursuivre la pugnition exemplaire avec toute la dilligence qui se peut, comme en chose qui me déplaist infiniment et dont j'ay bien fort à cueur de faire justice.

J'ay bien considéré ce que me mandés de Sores et aultres cappitaynes de marine, mes subjectz, qui sont passés de dellà. Je vous prie de faire toute l'instance qu'il vous sera possible envers ma bonne sœur, la Royne d'Angleterre, à ce qu'ilz n'obtiennent aucune permission d'exercer choses semblables qu'ilz ont faictes aux derniers troubles; car ce seroit autoriser et donner lieu aux pirateries qui, sans cela, s'exercent aujourdhui assés grandes entre l'Angleterre et les costes de mes païs de Normandie et Bretaigne, dont il m'est venu plusieurs plainctes par les marchands du dict païs de Normandye. A quoy le dict Sr de La Meilleraye m'a escript vous avoir envoyé les mémoires pour en faire remonstrance à ma dicte bonne sœur; ce que je vous prie de faire soigneuzement; luy faisant bien entandre que, comme, de mon costé, j'ay porté et porte, ung infiny respect à toutes choses qui touchent la conservation de nostre commune amitié, elle veuille aussy, de sa part, en faire de mesme, et ne croire aysément gens passionnés comme sont les dicts ministres, que me mandés qui sont fuis d'icy à sa court: lesquelz, ou leurs semblables, elle vous a aultresfoys confessé estre cause de toutes les discentions qui se nourrissent entre les peuples, ny aussy les autres impostures qui luy sont proposées pour la retirer de mon amitié; estimant que la remise qui vous fut faicte, comme j'ay veu par vostre dépesche du dict VIIe du passé, de vous donner audience, n'a pas esté du tout fondée sur l'indisposition de ma dicte bonne sœur, mais pour avoir plus de temps et de loisir à vous faire faire les responces que ceux de son conseil vous ont despuis baillées; et voir cepandant ce qui luy seroit mis en avant par les depputés du duc d'Alve, et aussy mes déportemens sur la grande doubte que me mandés qu'elle a des vaisseaux et gens de guerre qu'a le Sr de Strossi.

Sur quoy je vous prie l'asseurer tousjours de ma parfaicte amitié en son endroict, et de la sincère affection, que j'ay, de garder et observer inviollablement nostre dernier traicté, et que ce qui a esté cause que j'ay faict rassembler les forces du dict Strossi, que j'avois, pour certain, entièrement licentiées, a esté pour ce que je voy que les dictz de la Rochelle, au lieu de l'espérance que j'avois qu'ilz seroient si saiges que de se conformer à ma volonté et accepter les résonnables offres et conditions que je leur ay envoyées, je veoy ce soudain changement en eulx; aussy que j'ay certainement sceu et veu par des lettres interceptées que le conte de Montgommery et aultres de mes subjectz, qui sont en Angleterre, les asseurent qu'ilz auront secrètement tout le secours qu'ilz voudront de la dicte Royne d'Angleterre et toute l'assistance qui leur sera nécessaire, sans que, pour cella, elle se déclaire à la guerre contre moy. Qui vous prie, pour ceste raison, le luy faire entandre et l'asseurer que, comme je suis parfaictement résolu d'entretenir la vraye amitié d'entre elle et moy, et la secourir, quand elle en aura besoing, contre qui que ce soit où elle pourroit avoir affaire de forces, et feût ce pour cause de religion; et qu'ayant veu ce que m'avés si souvant escript qu'elle vous a partant de fois dict, et que m'a encores asseuré de sa part son ambassadeur despuis la dernière esmotion advenue en ceste ville, je ne puis penser ny ne veux croire cella d'elle, mais au contraire la persévérance de nostre dicte bonne et perfaicte amytié, laquelle j'ay tousjours extrême desir et espérance de voir augmenter et randre indissoluble entre elle et moy et les miens; vous priant le luy dire bien expressément et l'en asseurer; et luy présentant les lettres que je vous envoye, sur la créance desquelles vous l'asseurerés aussy que le légat du Pape, que Sa Saincteté envoye vers moy, qui doit estre bientost par deçà, estoit parti de Rome avant le jour de ces esmotions adveneues en ceste ville, et qu'il vient, à ce que j'ay sceu, pour me persuader de la part de Sa Saincteté (voyant, par elle, que le Turc faict ung grandissime préparatif pour l'année prochaine) d'entrer en la ligue, ce que suis délibéré et entièrement résolu de ne pas faire, pour ce que mes affaires ne le peuvent maintenant permettre.

Et sera aussy bon et bien à propos que l'asseuriés expressément qu'il ne vient pour nulle aultre occasion, luy faisant par mesme moyen entandre l'acouchement de ma femme, et comme Dieu m'a donné une belle fille, dont vous vous réjouirés de ma part avec elle, et luy dirés la charge que je vous ay donnée de ce faire, desirant bien fort que, suivant ce que je vous ay, ces jours icy, escript, vous sentiés accortement d'elle ou de ses ministres, mais monstrant que ce soit comme de vous mesmes, et sans qu'elle ny eux cognoissent que je vous en aye escript, si elle auroit agréable que je l'envoyasse prier d'envoyer tenir ma dicte fille sur les sainctz fonds de bastême par le Sr conte de Lecestre; car je pense que cella, ainsy que j'ay aussy veu par une de voz lettres, seroit bien à propos et ung vray moyen, comme m'escripvés, de renouveller la vraye et entière amitié d'entre elle et moy et noz subjectz; car je m'asseure que, y envoyant pour elle le dict Sr conte de Lecestre, ce ne seroit pas sans qu'elle luy donnast aussy bien expresse charge de la négociation ez laquelle nous desirons, il y a desjà si longtemps, veoyr quelque heureuse fin, ny aussy sans que le dict Sr conte de Lecestre s'en retournât fort contant, et qu'il ne se prînt avant son partement par mesme moyen quelque bonne résolution en la dicte négociation de mariage.

Et encores que je ne sois tenu randre aulcun compte à qui que ce soit de mes actions, toutesfois, pour faire veoir clèrement à la dicte Royne la malheureuse délibération du feu Admiral et de ses adhérans, je vous envoye le jugement qui a esté donné contre eux, par lequel elle verra clèrement comme ma court de parlement a jugé, avec toute intégrité, ainsy qu'elle a accoustumé, les dictz conspirateurs; en laquelle conspiration, comme il s'est deuement vériffié, ilz avoient délibéré (qui ne les eût bien soudain prévenus) de venir exécuter jusques en mes chasteaux ceux qu'ilz avoient en inimitié, et n'esparnier aussy mes frères et la Royne, ma mère, voire s'adresser à moy mesme, ou, pour le moingz, me retenir en leur puissance et miséricorde. Et ne sçay qu'ilz eussent faict s'ilz se feussent veus plus avant; car ilz avoient desjà adverty en toutes leurs esglizes de prandre les armes, dont les plus près debvoient estre icy dedans deux ou trois jours après.

Sur quoy je remets à vous de vous estendre ou restreindre selon l'occasion, et ainsy que verrés qu'il sera à propos, vous conformant à ce que je vous en ay cy devant escript; l'asseurant aussy, par mesme moyen, que, suivant ce que j'estime que son ambassadeur luy aura faict entendre, j'ay faict faire incontinant entièrement à sa satisfaction les expéditions sur les trois articles que m'a présanté son ambassadeur, ainsy que verrés par les apostilles escriptz sur les marges d'iceux, desquels et des dictes expéditions je vous envoye aussy les doubles, voulant que la priez de ma part, et ceulx de son conseil, de faire samblable bonne expédition et justice à mes pauvres subjectz, qui se pleignent journellement à moy et à mon conseil des déprédations qui se font sur eux par les subjectz d'icelle Royne; estant bien ayze que les marchans anglois soient partis pour la flotte des vins, m'asseurant qu'ilz ne recevront aucun desplaisir, mais, au contraire, seront receus et recueillis aussy humainement et seurement en tous les endroictz de mon royaume qu'ilz sçauroient desirer.

Ne voullant, au demourant, oublier de vous respondre aux propos que vous ont tenus ces trois seigneurs du conseil de la dicte Royne; je vous diray, sur ce qu'ilz dient que j'ay commandé, comme aucungz les ont asseuré, faire l'exécution de ce qui est adveneu à Rouen, que c'est une imposture bien grande; car, tant s'en fault, qu'au contraire j'escrivis, par plusieurs fois, fort expressément au Sr de Carrouges de garder, par tous moyens, qu'il n'advînct au dict Rouen aulcune esmeute, et, Dieu m'en est tesmoing, combien j'ay de regret que les personnes qui n'avoient intelligence des mauvaises conspirations des chefz de la dicte relligion ayent souffert et pâty, m'asseurant que vous ouïerés bientost parler de la justice exemplaire qui en sera bientost faicte au dict Rouen.

Quant aux nouvelles de Rome, se sont aussy impostures, à quoy l'on ne doit prandre guarde, mais, au contraire, penser, comme chacun sçait, que je ne donne charge de mes affaires au dict Rome qu'à mon ambassadeur.

Quand à ceux de mes subjectz qui se sont retirés de delà, vous avés très bien faict, comme j'ay veu par une de vos dictes dépesches, d'avoir remonstré à la dicte Royne que je ne puis que cella ne me déplaise, attandu qu'ilz ont plus de seureté par toutes les provinces et villes de mon royaulme qu'ilz n'ont en Angleterre, veu les doubtes où est icelle Royne d'eulx ou des estrangers qui sont en son dict royaume; et puisqu'elle en faict faire descriptions, c'est signe qu'elle mesme n'en a pas grande asseurance. J'ay faict une ordonnance qui sera bientost publiée, par laquelle ilz verront ma bonne intention, et comme je ne veux ny n'entans qu'il leur soit faict aucun tort ny desplaisir ez leurs personnes et biens, ce que encore vous pourrés dire à ceux de mes dictz subjectz qui parleront à vous, afin de les faire revenir, comme je desire qu'ilz fassent, dedans ung mois après la publication d'icelle.