Part 25
Le Roy a, du vingt deuxiesme de ce mois, donné advis au Sr de La Mothe Fénélon, son conseiller et ambassadeur en Angleterre, de la blesseure qui advint, le jour mesme, au feu Sr de Chastillon, admiral de France, affin de le faire entendre à la Royne d'Angleterre, et, quant et quant, le regrès que Sa Majesté y avoit, bien délibérée de faire fère toute la poursuite qu'il seroit possible pour la vérification du maléfice, ainsi qu'il y avoit jà bien esté commancé, et continué jusques au jour de devant hier, avec toute la diligence qui se peult user en affère que Sa Majesté a bien fort à cueur;
Ayants esté députés, pour instruire le procès de ceulx qui se trouveroient coulpables du dict maléfice, aucuns des principaulx conseillers de son conseil privé et maistres des requestes de son hostel, mesmement le maistre des requestes, Cavaignes, qui a tousjours esté le principal conducteur des affaires de ceulx de la nouvelle religion, affin qu'il feût mieulx cogneu, parmy eulx, le bon pied, dont Sa Majesté faisoit procéder en ce faict.
Dont, encores que le dict sieur Admiral, et tous les seigneurs et gentilshommes de la dicte nouvelle religion, ses adhérans, qui estoient près de luy, eussent occasion d'estre contens, et du bon ordre que Sa Majesté avoit donné pour le tenir en seureté dedans sa maison, et empescher que les malveillans et le peuple de Paris, pour beaucoup de respects particulliers, assez cognus à ung chascun, mal affectez envers luy, ne luy fissent aucune offance, ce néantmoins, il s'est descouvert que luy et les autres seigneurs gentilshommes de la dicte nouvelle religion, qui estoient en assés bon nombre en ceste ville, avoient faict une entreprinse et conspiration, pour, (sans attandre l'effect de la justice, que Sa Majesté s'estoit mis en tout debvoir de leur faire fère et administrer, et en laissant ceulx, qu'ilz soubçonnoient en estre autheurs), s'attaquer à Sa dicte Majesté, la Royne sa Mère, et Mes Seigneurs ses frères, qu'ils vouloient mettre à mort et exécuter sur eulx; ce à quoy ilz avoient, d'autres fois, failly, ainsi mesmes que aucuns de ceulx de la dicte nouvelle religion l'ont déclaré, meuz de bon zèle et fidélité envers Sa dicte Majesté, l'avoient dict et déclaré, pour avoir ouy le conseil qui en avoit esté pris entre le dict Admiral, Telligny, La Rochefoucault et Cavaignes; et d'autres, avant que mourir, ont confessé qu'ils recepvoient une juste pugnition de leur mauvaise conspiration, en ce qu'ils avoient heu volonté de faire à l'endroict de Leurs dictes Majestés.
De quoy advertye, Sa dicte Majesté, et voyant que ces advis se conformoient grandement aux menasses que Thelligny n'avoit point esté honteux de fère: qu'ils prandroient les armes, si, dedans deux jours, il n'estoit faict justice de la dicte blesseure; pour se guarantir du danger qui luy estoit tout certain, à la Royne, sa Mère, et à mes seigneurs ses frères, elle a esté contraincte de lascher la main à Messieurs de la mayson de Guyse, qui, le XXIIIIe de ce mois d'aoust, avec quelque petit nombre de soldats, ont tué le dict Admiral et quelques autres gentilshommes de sa faction; s'estant l'esmotion grandement acreue parmy le peuple, pour estre jà imbu de la susdicte conspiration, et luy bien fort irrité d'avoir veu Sa dicte Majesté contraincte avec la Royne, sa Mère, et Mes Seigneurs ses frères, de se resserrer dedans son chasteau du Louvre avec leurs guardes, et de tenir les portes fermées pour s'asseurer contre la force et violence que l'on leur vouloit faire; et pour laquelle exécuter aucuns gentilshommes de la faction du dict Admiral, mesmes Pilles et Mouny, ses principaulx factieux, avoient passé la nuict dedans le dict chasteau, cachés en des chambres pour ayder à ceulx qui debvoient venir de dehors en plus grand nombre et forcer les portes du dict chasteau et exécuter leur entreprinse: ce qui fut descouvert de grand matin, et les dicts gentilshommes déchassés du dict chasteau.
De toutes lesquelles choses le peuple aigri, a exercé grande viollence sur ceulx de la nouvelle religion; dont tous les chefs, qui se trouvoient au dict Paris, ont esté tués.
Ce qui est advenu au grand regrès de Sa dicte Majesté, et toutesfois pour l'occasion qu'ils en ont donnée eulx mesmes les premiers; de quoy Sa dicte Majesté a bien voullu donner advis au dict Sr de La Mothe, affin de faire entendre à la Royne d'Angleterre comme les choses sont passées; dont ne luy veult rien déguiser. Et, en ce faisant, le dict Sr de La Mothe asseurera, de la part de Sa Majesté, à la dicte Royne qu'en ce qui est ainsi advenu, il n'est point question du faict de la religion ni de la rupture de l'édict de pacification; mais que la chose est procédée de la malheureuse conspiration qu'ils avoient faicte contre Sa dicte Majesté, cogneue par tant de certains indices que l'on ne la pouvoit ignorer et tarder à y pourvoir, sans le certain péril de leurs personnes, ayant esté tant plus mal aisé à supporter la dicte conspiration, que Sa Majesté leur avoit tousjours faict tous les favorables traictemens dont elle eût sceu user à l'endroict de ses plus fidelles subjects, et gratifié le dict feu sieur Admiral des grands biens, et faict, despuis l'édit de pacification, comme plusieurs autres gentilshommes de la nouvelle religion qui ont esté receus aux honneurs et dignités qui ont vacqué, ainsi que les autres bons et loyaux subjects catholicques.
CXXII
LE DUC D'ANJOU A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IIIe jour de septembre 1572.--
Assurance que la tranquillité est rétablie.--Demande que Cavaignes soit livré à la France, s'il s'est réfugié en Angleterre.
Monsieur de La Mothe Fénélon, le Roy, Mon Seigneur et frère, vous escript bien amplement[129] l'estat paysible auquel est à présent, et despuis troys ou quatre jours, ceste ville et les autres de son royaulme, ensemble le propos que nous eusmes hyer avec le Sr de Walsingham, ambassadeur de la Royne d'Angleterre, Madame ma bonne sœur et cousine, sur ces évènementz; qui me gardera vous en faire aucune redicte par ceste lettre, laquelle sera seulement pour vous prier de prendre soigneusement garde sy Cavaignes, qui se trouve chargé de la conspiration faicte contre le Roy, mon dict frère, et son estat, est par dellà, où l'on dict qu'il s'est sauvé et retiré, et faire toute l'instance que vous sera possible, envers la dicte Dame Royne, pour le faire arrester et vous permettre de le renvoyer par deçà soubz bonne et seure garde. Et vous fairés bien grand et agréable service au Roy, Mon dict Seigneur et frère, priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le IIIe jour de septembre 1572.
Vostre bon amy. HENRY.
[129] Cette lettre manque.
CXXIII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIIe jour de septembre 1572.--
Retour de Mr de la Mole.--Satisfaction qu'éprouve le roi du résultat de sa mission.--Adhésion donnée à l'entrevue demandée par Élisabeth pourvu qu'elle ait lieu sur mer.--Affaires d'Écosse.--Desir que la suspension d'armes soit continuée, et qu'il soit procédé à un traité définitif.--Cessation des troubles dans les provinces.--Mesures prises pour assurer la tranquillité.--Arrestation de Cavagnes.--Fuite de Montgommery à Jersey ou Guernesey.--Injonction faite à l'ambassadeur de demander à Élisabeth l'autorisation de l'arrêter dans ces îles.--Attente d'une réponse au sujet des dépêches sur la blessure et la mort de Coligni.--Desir du roi de connaître la conduite que tiendra Élisabeth avec le prince d'Orange et ceux de Flessingue.
Monsieur de La Mothe Fénélon, hyer, à l'arrivée du Sr de La Molle, j'ay fort particullièrement, et à mon gré, bien entendu, tant par vostre dépesche[130] que par ce qu'il nous a discouru amplement de bouche, comme toutes choses se sont passées en son voyage devers la Royne d'Angleterre, ma bonne seur et cousine, ayant, vous et luy, veu en la dicte Royne toutes les bonnes et grandes démonstrations d'amitié envers moy et les miens qui se peuvent desirer; dont je suis infiniment ayse, la correspondant, en cella, de ma part, comme aussy font la Royne, Madame et Mère, et mes frères, sincèrement, autant qu'il se peut dire, et encore plus mon frère d'Allençon, qui, ayant ouy parler le dict La Molle, a beaucoup augmenté l'espérance qu'il avoit du bon succès du mariage d'icelle Royne et de luy. Et ayant veu et bien considéré, avec la Royne, Madame et Mère, et mes dicts frères, vostre lettre, et l'escript qui vous a esté baillé par les conseillers de la dicte Dame, que nous a rapporté le dict La Molle, enfin nous avons résolu, (pour voir clair, gaigner le temps en cest affaire, et l'effectuer bientost, s'il plait à Dieu qu'il réussisse), de vous donner charge, comme je fais, de regarder les moyens qu'il y aura que l'entrevue, que desire la dicte Royne, se fasse en un beau jour, sur la mer, entre Boullongne et Douvres, que nous desirerions bien estre vers le XXe du moys proschain, où Madame et Mère, et elle, et mon frère d'Alençon, se verront, ainsi que Ma dicte Dame et Mère vous a escript par nostre dépesche du XXIe du passé.
[130] Voyez CCLXXIe dép. du 28 août 1572. tom. V, pag. 91.
Si la dicte Royne le veult ainsi, il sera bien aisé d'aviser, d'entre cy et là, aux surettés et l'ordre qu'il y faudra donner d'une part et d'autre, dont mon beau frère, le duc de Montmorency, escrira de delà pour en adviser. J'espère qu'à la dicte entrevue se faira la conclusion du dict mariage; car, à ce que nous a dict le dict La Molle, il y a veu la dicte Royne fort disposée, et ses conseillers aussy; dont je me resjouis bien fort, et en prens fort bonne estime par toutes les particularités du discours de vostre lettre, m'asseurant que le Sr de Walsingham, que je sçay certainement qui y a faict tous bons offices pour le service de ma sœur et cousine, sa Maistresse, et pour nostre particullier aussi, persévèrera, tant qu'il pourra, au bien de cest affaire, vous priant l'excuser envers ma dicte bonne sœur, sa Maistresse, et luy dire, de ma part, que ce qu'il y a eu de faulte d'intelligence aux termes qu'il me tint et à la Royne, Madame et Mère, en la responce qu'il nous fit au bout du mois, est venue de nous et non de luy; à qui, pour ceste cause, je la supplie n'en sçavoir nul mauvais gré, car il s'est tousjours porté et démonstré fort desireux et bien affectionné à entretenir et fortifier la bonne amitié d'entre elle et nous, qui l'asseurons, comme luy pourrés aussi dire de nostre part, qu'elle trouvera tousjours en nous toute la droicte et bonne correspondance de parfaicte amitié qu'elle pourroit desirer.
J'ay veu le deschiffrement de ce que ma sœur, la Royne d'Escosse, a escript au Sr Du Croq, ce qu'il vous en a mandé, elles deux lettres qu'elle vous a aussi à ce propos escriptes. Sur quoy je suis d'advis que le dict Sr Du Croq fasse en sorte, ainsi que je luy ay mandé par L'Espinasse: que la dicte ville de Lislebourg soit restituée et laissée libre, comme il a esté accordé par le traicté de la suspension d'armes; que la dicte suspension continue encore pour deux mois, s'il est possible; et qu'il fasse, au demeurant, honestement tout ce qu'il pourra, ainsi que je luy ay tousjours commandé faire, et que je sçai aussi qu'il a faict, pour l'adventage de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et ses bons subjects; observant entièrement les traittés que mes prédécesseurs et moy avons, de si longtemps, avecque les Escossois, et pareillement celluy que j'ay dernièrement faict avec la dicte Royne d'Angleterre; car je suis résolu de le garder, sans y rien enfreindre en quelque sorte que ce soit. Et faut que vous et luy advisiés par delà de bien suivre en toutes choses l'intention du dict traitté, afin de continuer tousjours la bonne paix et amitié d'entre elle et moy, que je veus entièrement conserver; estimant que, quand je continueray en cela avec elle, que j'auray plus de moyen d'ayder à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, qui le doit, ce me semble, considérer et ainsi desirer, et s'asseurer aussi que je fairai tousjours pour elle, comme j'ay faict, tout ce qu'il me sera possible; ce que luy fairés entendre, de ma part, quand en aurés le moyen.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, grâces à Dieu, l'esmotion advenue, comme je vous ay escript, en plusieurs villes et endroicts de mon royaulme, à cause de la mort et conspiration du feu Admiral et ses adhérans, est maintenant appaisée, espérant que tous mes subjects, vivans en paix les uns avec les aultres, se conformeront à ma volonté, sellon la publication que j'en ay faict faire par tout mon royaume, et que mes gouverneurs et mes lieutenans généraulx, qui sont par les provinces, donneront bon ordre, comme je leur ay donné tout pouvoir d'asseurer de ma bonne et droicte volonté ceux qui pourroient estre en crainte, et qui ne sont de la malheureuse conspiration dont je vous ay escript.
Le maistre des requestes, Cavaignes, que je vous avois mandé qui estoit passé en Angleterre a esté pris despuis deux jours, et mis ès mains de justice; mais j'ay sceu certainement que le comte de Montgomery, qui est un des principaux participans à icelle conspiration, est passé ès isles de Grènesay et Gersay, où il a, à ce que j'ay sceu, délibéré de demeurer, comme il fit quelque temps durant les troubles, expressément pour avoir et tirer tousjours la commodité des maisons qu'il a le long de la coste de Normandie et Bretaigne, qui sont bien près des dictes isles, où je l'eusse envoyé prendre, comme il m'estoit fort aysé et que j'en ay bien le moyen, pour estre les dictes isles fort près de moy; mais, ne voullant en façon que ce soit donner aucune occasion à la dicte Royne, ma bonne sœur et cousine, de penser que je veuille rien faire faire ny entreprendre sur ses possessions sans sa permission, j'ay différé et retenu ceux qui l'y eussent aisément esté prendre, jusques à ce que luy en ayés parlé, et requis, comme vous fairés de ma part, me permettre d'y pouvoir envoyer, sans qu'il soit faict tort à nul de ses subjects, ny que cela altère aucune chose de nostre bonne amitié.
J'attends, à toutes heures, de vos nouvelles sur les dépesches que je vous ay faictes despuis la blessure et mort du dict Admiral, desirant aussi que vous fassiés secrètement voir comme ceux de mes subjectz, qui sont de la religion prétendue refformée, passans de là, sont recuillis et receus, et leurs déportemens et les noms des principaux et plus apparans qui y sont, et pourront encore aller.
Je seray aussi bien ayse et desire bien fort que me mandiés comme se comportera maintenant la dicte Royne d'Angleterre envers le prince d'Orange et ceux de Flexingues, et combien il y peut avoir de ses subjects, et si elle persévèrera à y en envoyer, et comme elle s'y comportera. Au demeurant, m'asseurant aussi que vous n'oublierés de m'advertir des autres occurances, je ferai fin à ceste cy et prierai Dieu, etc.
Escript à Paris, le VIIe jour de septembre 1572.
CHARLES. PINART.
CXXIV
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIIe jour de septembre 1572.--
Négociation du mariage.--Motifs qui doivent engager à accepter l'entrevue sur mer.--Satisfaction témoignée par Catherine de Médicis du dévouement de Walsingham.
Monsieur de La Mothe Fénélon, le Roy, Monsieur mon filz, et moy avons résolu que vous proposerés à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, que nous ferons volontiers l'entrevue qu'elle desire, comme aussy faiz je, pour avoir ce bien que j'ay souvant desiré de la voir, et mon filz d'Alençon encores plus qu'elle ny moy, tant il est parfaictement son serviteur; mais il faut que l'entrevue se face sur la mer, comme je vous ay, ces jours passés, escrit, et qu'elle vienne à Douvres, et mon dict filz d'Alençon et moy yrons à Boullongne ou à Callais, par un beau jour, nous acheminer en mer, et sy ce n'est assés d'un jour nous nous pourrons encores revoir. J'espère en Dieu que, sy nous nous voyons (estant toutz les articles accordez) comme me mandez qu'ils sont pour mon dict filz, le Duc d'Allençon, ainsy qu'ils estoient pour mon filz le Duc d'Anjou, excepté celluy de la relligion, à quoy vous préparerés, entre cy et là, quelque bon et honneste et salutaire expédiant, que nous ne nous départirons poinct que nous ne facions le dict mariage, pour lequel je vous prye travailler d'aussy grande affection qu'avés tousjours faict, afin que nous en ayons la bonne yssue que nous desirons. Et croyés que jamais services ne feurent sy bien recognuz envers bon serviteur (comme vous estes) qu'ils seront en vostre endroict, non seullement par le Roy et par moy, mais aussy par mon dict filz d'Alençon, lequel je vous recommande.
Vous priant, au demeurant, suivant ce que le Roy, Mon dict Sieur et filz, vous a escrit, requérir de nostre part la dicte Royne de ne sçavoir aucun mauvais gré au Sr de Walsingam, son ambassadeur, des termes qu'il nous a dict dernièrement, nous faisant la responce, au bout du moys, dont elle luy aura donné charge, car ce feust nous mesmes qui interprétasmes le tout, ainsy qu'il nous fut escrit. Je vous asseure qu'il est bien affectionné (à ce que j'ay cogneu) à entretenir la bonne paix et amytié d'entre elle et nous, qui l'aymons pour ceste occasion, et aussy pour les bons offices que nous avons sceu qu'il a faicts pour la négociation du dict mariage; en quoy, encores que ceste émotion soit advenue icy, j'estime qu'il persévèrera, car il a veu comme nous avons eu très grand soing de le conserver et toutz les siens, comme ilz ont esté, et n'y a eu que en la perquizion de Bricquemault qu'il s'esmeut un peu, mais cella feust soudain passé, et envoya faire l'excuse comme vous a escrit mon dict filz. Je vous prye nous escrire le plus tost que pourrez des occurrances de dellà, priant Dieu, etc.
Escrit à Paris, le VIIe jour de septembre 1572.
CATERINE. PINART.
CXXV
CONJOUISSANCE DE Mr LE CARDINAL DE LORRAINE, au nom du Roy, faicte au Pape, le VIIe jour de septembre 1572, sur la mort de l'Admiral et de ses complices.
D. O. M.
BEATISSIMO PATRI GREGORIO XIII, PONTIFICI MAXIMO, SACRO ILLUSTRISSIMORUM CARDINALIUM COLLEGIO, S. P. Q. R.
Carolus IX, Christianissimus Francorum Rex, zelo zelatus pro Domino Deo exercituum, repentè, velut angelo percussore divinitùs immisso, sublatis unâ occidione propè universis regni sui hereticis perduellibusque, tanti beneficii immemor nunquam futurus, consiliorum ad eam rem datorum, auxiliorum missorum, duodecennalium precum, supplicationum, votorum, lacrimarum, suspiriorumque ad Dominum Omnipotentem Maximum,
Suorum et Christianorum omnium planè stupendos affectus, omninò incredibiles exitus, modis omnibus redundantem divino munere satietatem, ipse nunc solidissimorum gaudiorum aflluentissimus gratulatus,
Tantam felicitatem, quæ, Beatissimi Patris Gregorii XIII pontificatûs initio, non multò post ejus admirabillem et divinam electionem, evenerit, unà cum orientalis expeditionis constantissimâ et promptissimâ continuatione, ecclesiasticarum rerum instauratione, marcescentis religionis vigorem et florem certò protendere auguratur.
Pro isto tanto beneficio, conjunctis vobiscum hodiè ardentissimis votis, absens corpore, presens animo, hìc, in æde Sancti Ludovici, avi sui, Deo Omnipotenti Maximo gratias agit quàm maximas, utque spes hujusmodi ne fallat, ejus bonitatem supplex deprecatur.
Carolus tituli Sancti Apollinaris S. R. E. Cardinalis de Lotharingiâ hoc omnibus significatum et testificatum esse voluit; anno Domini M. C. LXXII, II Id. septembris.
(Litteris romanis aureis majusculis descriptum, festâ fronde velatum, ac lemniscatum, et supra limen ædis Sancti Ludovici Romæ affixum, anno et die prædictis).
CXXVI
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIIIe jour de septembre 1572.--
Papiers trouvés chez l'Amiral.--Conseil qu'il donnait au roi de se tenir en garde contre le roi d'Espagne et la reine d'Angleterre.--Communication de ces papiers à Walsingham.--Protestation de Catherine de Médicis contre les avis donnés par l'Amiral.--Assurance qu'elle veut, ainsi que le roi, demeurer en constante amitié avec Élisabeth.--Inquiétude sur la manière dont elle aura accueilli la nouvelle de la Saint-Barthélemy.
Monsieur de La Mothe Fénélon, il s'est trouvé, entre les papiers du feu Admiral, une longue lettre qu'il escrivoit au Roy, Monsieur mon fils, laquelle il avoit commencée, dès quand il alla à la Rochelle, et continuée tousjours jusques à la mort; il y avoit une autre lettre avec, qu'il escrivoit à Telligny, par laquelle il le chargeoit expressément qu'après sa mort il présentât et fît voir au Roy la dicte lettre, par où il traitte et discourt plusieurs choses, luy faisant des remonstrances; et, entre autres particullarités, luy veut persuader que les plus grands ennemis qu'il ayt sont et seront tousjours le Roy d'Espaigne et la Royne d'Angleterre, quelque démonstration qu'ilz fassent du contraire, les apellant anciens ennemis de ceste couronne; et conseille le Roy, Mon dict Sieur et fils, de ne cesser jamais tant qu'il les ayt ruynés tous deux: ce que je veux faire voir au Sr de Walsingham, escript de la main du dict feu Admiral, afin qu'il cognoisse comme il n'estoit pas si affectionné à l'endroit de la dicte Royne qu'il disoit, ny tant desireus de nous entretenir en amitié avec elle; qui jugera bien sur cela que ce n'estoit que fiction du dict Admiral et un très dangereus et malin esprit qui ne pouvoit faire sinon mal, l'ayant bien monstré en la malheureuse conspiration qu'il avoit faicte contre son Roy et nous tous, qui luy avons tousjours faict tant d'honneur et de bien;
Vous ayant bien voullu escrire ce que dessus, afin que, si voyés qu'il soit à propos, vous en puissiés parler, et le faire entendre à la dicte Royne d'Angleterre; et l'asseurer que nous fairons tousjours envers elle le contraire du très malein conseil du dict Admiral; car nous sommes résolus de continuer à jamais, aultant qu'il nous sera possible, de nostre part, la vraye et parfaicte amitié d'entre elle et nous: et tant s'en fault que la veuillons diminuer ny changer, qu'au contraire, nous desirons la fortiffier, comme peut bien croire la dicte Royne; desirant et recherchant de si bon cœur et si fort son alliance, comme nous faisons; et en quoy, suivant ceste dépesche, je vous prie de persévérer tousjours, afin qu'en ayons la bonne issue que nous desirons, et que nous faict espérer vostre dernière dépesche, et ce que de La Mosle nous a dict de bousche;
Vous priant, au demeurant, nous escrire en quelle part aura pris la Royne d'Angleterre ce que luy aurés dict de la conspiration du dict Admiral et de ses adhérans, estant très nécessaire que vous entreteniés tousjours si bien ceste princesse que nous puissions demeurer avec elle en bonne paix, et que, du costé d'Escosse, nous y ayons la bonne part et intelligence que nous avons de tout temps acoustumé; car il nous importe grandement. Et m'asseurant que vous y continuerés vos soings et que vous n'y oublierés rien, je prierai Dieu, etc.
Escript à Paris, le VIIIe jour de septembre 1572.
CATERINE. PINART.
CXXVII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XIe jour de septembre 1572.--
Conférence de Catherine de Médicis avec Walsingham sur la négociation du mariage.--Espoir qu'elle pourra être menée à bonne fin.--Proposition de l'entrevue dans l'île de Jersey ou de Guernesey.