Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 24

Chapter 244,017 wordsPublic domain

Négociation du mariage.--Espoir de l'heureux succès de la mission de Mr de La Mole.--Desir du roi que Leicester soit chargé de passer en France.--Protestation de reconnaissance envers Leicester.--Affaires d'Écosse.--Célébration du mariage du roi de Navarre avec Madame.--Nouvelles de Marie Stuart.--Charge donnée à l'ambassadeur de continuer toujours à solliciter pour elle.--Assurance que le roi ne s'opposera point aux projets d'Élisabeth sur Flessingue.

Monsieur de La Mothe Fénélon, je receus hier seulement, à l'arrivée du Sr de L'Espinasse, venant d'Escosse, vos deux despesches des VIIe et XIe de ce moys[126], et, ayant très grand plaisir d'avoir veu si amplement et particulièrement par icelles, ce qui s'est passé aux deux audiences que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, vous a donnée sur l'occasion du voyage du Sr de La Mole; ce que j'espère, comme vous, servira bien à induire tousjours ceste princesse à entendre plus volontiers au mariage d'elle et de mon frère, le Duc d'Alençon, voyant qu'elle est recherchée de si bonne affection par mon dict frère, et que nous tous y avons aussi si bonne volonté pour rendre nostre amitié parfaicte et indissoluble; ainsi que vous aurez veu par la despesche que vous avons faite par Vassal, et que le Sr de Walsingam, son ambassadeur, aura, de sa part, escript à la dicte Royne, sur la responce qu'elle nous a, (au bout du moys qu'elle avoit prins de terme) faict faire par mon beau frère, le duc de Montmorency, et le dict ambassadeur.

[126] Voyez CCLXVIIIe et CCLXIXe dép., tom. V, pag. 79 et 83.

J'estime que le dict Vassal et le courrier, que icelluy ambassadeur despescha sur ceste mesme occasion, seront arrivés bientost après vostre dicte despesche de l'unziesme à Quilingourt, et qu'estans auprès d'icelle Royne les comtes de Lestre, de Sussex et de Lincoln, et aussi milord trésorier, il se sera faict quelque bonne résolution sur ce que icelluy ambassadeur aura escript que la Royne, Madame et Mère, et moy luy respondismes du peu d'apparance qu'il y a que mon dict frère d'Alençon doibve aller de dellà, que premièrement il n'y ayt asseurance du dict mariage. Ce a esté cependant très bien faict à vous d'avoyr si dextrement bien introduict le dict de La Molle envers la dicte Royne et ceulx de sa court; et n'eust esté possible de se pouvoir mieux, à mon gré, comporter envers elle, sur l'occasion du voyage d'icelluy La Molle, que vous avez faict, comme j'ay veu par vos lettres. J'en espère quelque bon fruict, atandant en bonne dévotion son retour.

Et cependant je prens fort bonne estime de ce que le dict comte de Lestre persévère tousjours de vouloir venir par deçà se conjoyr de la part de la dicte Royne, sa Mestresse, avec moy de la naissance de l'enffant que j'espère que Dieu me donnera bientost, et que icelle Royne vous ayt dict qu'elle le y envoira si c'est un fils, en quoy je desire, soit que ce soit fils ou fille, qu'il vienne; car, par cella congnoistra on s'il desire sincèrement le dict mariage, et aussi si la dicte Royne y est résolue, pour ce que, si ainsi est, elle voudra, comme j'estime, pour l'honnorer, luy faire faire le dict voyage, et luy l'entreprendra plus volontiers, pour avoir cest honneur de nous déclarer la volonté et les condicions que la dicte Royne desirera au dict mariage, et pour, par mesme moyen, captiver la bonne grâce et amitié de mon dict frère d'Alençon, lesquelles ne luy manqueront poinct, ny toutes les bonnes volontés qu'il pourroit desirer et attandre de luy. Dont vous le pouvez asseurer que je veux estre et me constitue la vraye caultion de mon dict frère, et que je desire infyniement de le voir de deçà affin de le marier aussy et luy faire cognoistre, par un bon et grand effect, que je ne veux demeurer ingrat envers luy des bons offices qu'il a faicts, et que je me suis tousjours promis et si certainement assuré qu'il faira en cest affaire envers icelle Royne.

La Royne, ma femme, est en son huictiesme moys, et espère que, dedans peu de jours, nous yrons à Fontainebleau où elle faira ses couches; et seroit bien à propos, pendant que serons là, si le dict mariage a à réussir, comme nous le desirons tous, que la dicte Royne s'en déclarast apertement affin que nous en peussions bientost voir la conclusion et résolution au voyage du dict comte de Lestre, que je desirerois qui partist au plus tard, dedans six ou sept semaines, pour venir icy; et bientost après, se fairoit non seulement l'entreveue dont son dict ambassadeur nous a parlé de sa part, et elle à vous, mais la consummation du dict mariage.

Je vous ay tant de foys, par ci devant, escript les vifves et apparentes raisons qui luy doibvent, et à ses ministres, estre représentées du bien et commodité qu'elle recevra, s'il se faict, et vous m'en avez aussi, de vostre part, si souvent escrit, que je me remetz à vous pour en sçavoir user selon les occasions et ainsi qu'il sera à propos.

Je suis bien fort aise de la suspension d'armes accordée en Escosse, ainsi que m'avez escript, et que j'ay aussi entendu par le Sr de L'Espinasse, lequel je fairay renvoyer incontinant que j'auray prins résolution sur sa despesche avec ceulx de mon conseil, que j'assembleray dedans un jour ou deux, après que les tournoys des nopces de ma sœur et du Roy de Navarre seront parachevez.

Il ne sera que bien à propos, si voyez bientost ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, de luy dire comme le dict mariage se feist fort sollempnellement, lundy dernier, en ceste ville, en la grande église Nostre Dame, et les festins et cérémonies, comme il est de tout temps accoustumé, au palais et au Louvre; et qu'encores solempnisons nous, tous ces jours icy, les dictes nopces en tournois et allégresses, dont touts mes subjectz indifféremment se resjouissent, ainsi que je pense bien que son dict ambassadeur luy aura escript.

Je suis bien aise du retour de vostre secrétaire qu'aviez envoyé vers ma sœur, la Royne d'Escosse, et d'avoir veu par vostre lettre qu'elle se porte bien. Il sera bon que tousjours, quand verrez qu'il sera à propos, vous contynuyez tous bons offices pour elle, de ma part, envers la dicte Royne d'Angleterre et ses ministres.

Et, quant à ce que m'escrivez que l'on dict par dellà, que le Sr de Strossi avoit escript à ceux de Flexingues, encores que chascun aura bien cogneu despuis le contrayre, si suis je bien d'advis que, s'il vient à propos, quant parlerez à la dicte Royne, que l'asseurerez, ou ses ministres, que je ne la veux ni voudrais aulcunement empescher en ses desseins, et que, si elle y en a quelcung de ce costé là, qu'elle n'y sera aulcunement traversée de moy ni de mes subjectz, et ne faillyr de luy en donner toute assurance de ma part; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, ce XXIe jour d'aoust 1572.

_Par postille à la lettre précédente._

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'escriptz un mot de lettre au Sr Du Crocq, lequel je vous prie de luy envoyer par la première commodité. Ce XXIe d'aoust 1572.

CHARLES. PINART.

CXIV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIe jour d'aoust 1572.--

Négociation du mariage.--Proposition d'une entrevue sur mer.--Affaires d'Écosse.--Recommandation pour Marie Stuart.

Monsieur de La Mothe Fénélon, considérant voz deux despesches des VIIe et XIe de ce moys, je suis encore en quelque bonne espérance du propos du mariage de la Royne d'Angleterre et de mon fils d'Alençon; en quoy je suis très asseurée que vous n'obmettrez rien de tout ce qui se peult, pour en voir la bonne et heureuse fin que desirons; aussi ne vous en fairay je pas longue lettre, me remettant à ce que vous en escript le Roy, Monsieur mon filz. Et seullement vous diray que, s'il y avoit quelque chose de bien commancé et asseuré au dict mariage, il seroit bien fort aizé à faire que la dicte Royne d'Angleterre, mon filz d'Alençon et moy, nous verrions avec seuretté, pour elle et pour nous, en un beau jour, bien calme, entre Boullongne et Calais et Douvres, ainsi que l'on pourroit aizément disposer toutes choses, comme nous en avons devisé amplement, mon cousin le duc de Montmorency et moy, car je n'ay pas moindre vollonté de la voir qu'elle moy, et que si elle estoit ma propre fille, ainsi que vous ferez entendre à ses ministres doulcement, et à elle aussi, si voyez que bon soit, et qu'il se puisse espérer quelque bon succès du dict propos de mariage.

Cependant nous regarderons, ces jours icy, au faict d'Escosse, pour renvoyer incontinent le Sr de L'Espinasse, afin qu'ilz n'ayent pas seulement la suspension d'armes mais aussi une bonne paix entre eux, vous recommandant tousjours ma fille, la Royne d'Escosse, et priant de continuer, de ma part, quand il sera à propos, envers la dicte Royne d'Angleterre et ses ministres, les bons offices qu'avez accoustumé faire pour elle; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXIe jour d'aoust 1572.

CATERINE. PINART.

CXV

LE DUC D'ALENÇON A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIe jour d'aoust 1572.--

Remerciemens des soins donnés par l'ambassadeur à la négociation du mariage.--Attente du retour de Mr de La Mole.

Monsieur de La Mothe Fénélon, je voy par voz dépesches comme vous estes sy affectionné, en l'affaire qui me concerne, que vous pouvés croire et estre asseuré que jamais je ne l'oublieray, vous priant continuer, affin que je puisse recevoir le bien et contantement que j'attandz de ceste négociation. Nous espérons que le Sr de la Molle sera bientost de retour, l'attandant en grande dévotion, pour l'extrême desir que j'ay qu'il nous raporte quelque bonne résolution sur l'occasion de son voyage, et que tant de peynes qu'en prennés succèdent bien pour me rendre fort contant; car il faut que je vous confesse, Monsieur de La Mothe Fénélon, qu'ayant ouy parler des vertus de la Royne d'Angleterre et des partyes qui sont en elle, que j'estime toutes perfections, je ne vois pas que je me puisse jamays despartir de l'affection que je luy porte, comme vous aura peu dire le Sr de La Molle; priant Dieu, etc.

De Paris, le XXIe jour d'aoust 1572.

Vostre bien bon amy. FRANÇOYS.

CXVI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIIe jour d'aoust 1572.--

Blessure faite à l'Amiral.--Assurance qu'il sera rendu justice.--Mesures prises pour l'observation de l'édit de pacification.--Les Guises signalés comme les auteurs de l'attentat.

Monsieur de La Mothe Fénélon, ainsi que mon cousin, le Sr de Chastillon, Admiral de France, sortoit présentement du Louvre, pour aller disner en son logis, il luy a esté tiré, par la fenestre d'une maison, où loge le Sr de Villemeur, qui estoit précepteur de mon cousin, le duc de Guyse, un coup de harquebuse, duquel il a esté fort bien blessé à la main droicte et au bras gauche; dont je suis infinyement marry, ayant aussytost faict faire tout ce qui se peut pour prendre (comme j'espère qu'on faira) celluy qui a donné le coup, et sçavoir d'où cella procède, afin d'en faire faire promptement telle et si grande justice que ce soit exemple par tout mon royaume; ayant aussi escript, par toutz les endroicts de mon dict royaume, aux gouverneurs des provinces et des principalles villes combien je trouve mauvais ce malheureux acte, et la résolution où je suis d'en faire faire justice très exemplaire, deffandant très expressément que, soubz ce prétexte, ni aultre que ce soit, nul de mes subjectz s'en esmeuve; mais au contraire que chascun ayt à garder et observer inviolablement, plus que jamais, mon édict de paciffication.

Et pour ce que je ne doubte pas que incontinant les nouvelles n'en soient par delà, je vous ay bien vouleu avec ceste dépesche, qui estoit preste à partir, advertir, affin que vous faciez entendre de ma part à ma sœur, la Royne d'Angleterre, ce que je vous en escriptz, et la dellibération où je suis d'en faire faire si grande justice que chascun y prendra exemple en mon dict royaume, et de faire, au demeurant, garder entièrement et inviolablement mon dict édict de paciffication; priant Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXIIe jour d'aoust 1572.

Monsieur de La Mothe Fénélon, je ne veux oublier de vous dire que ce méchant acte procède de l'inimitié d'entre sa maison et ceux de Guyze; et sauray bien donner ordre qu'ils ne mesleront rien de mes subjectz en leurs querelles: car je veux que mon édict de paciffication soit de point en point observé.

CHARLES. PINART.

CXVII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXIVe jour d'aoust 1572.--

Première nouvelle de la Saint-Barthèlemy.--Soulèvement de la maison de Guyse contre la maison de Chatillon.--Meurtre de l'amiral Coligni et de ses adhérens.--Efforts du roi pour apaiser la sédition.--Mesures qu'il a dû prendre afin de se préserver lui-même.--Le roi de Navarre et le prince de Condé gardés auprès du roi.

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous aurez entendu ce que je escrivis avant hyer de la blesseure de mon cousin l'Admiral, et comme, après ce faire tout ce qui m'estoit possible pour la vérification du faict et en faire faire si grande et prompte justice qu'il en feust exemple par tout mon royaume, à quoy il ne s'est rien oublié; despuis il est advenu que ceux de la maison de Guyse et les autres sieurs et gentilhommes qui leur adhèrent, qui n'ont petite part en ceste ville, comme chascun sçait, ayant sceu certainement que les amis de mon dict cousin l'Admiral vouloient poursuivre, et exécuter sur eux vengeance de ceste blesseure, parce qu'ils les soubçonnoient d'en estre la cause, se sont esmeus ceste nuit passée, si bien qu'entre les uns et les autres il s'est passé une grande et lamantable sédition, ayant esté forcé le corps de garde qui avoit esté ordonné à l'entour de la maison du dict sieur Admiral, luy tué avec quelques autres gentilshommes, comme il en a esté aussi massacré d'autres en plusieurs endroicts de la ville: ce qui s'est meu avec une telle furie qu'il n'a esté possible d'y apporter le remède tel que l'on eût peu désirer, ayant eu assez à faire à employer mes gardes et autres forces pour me tenir en seureté dans mon chasteau du Louvre, ayant donné cependant ordre partout d'appaiser la dicte sédition, qui s'est extrêmement eschauffée par toute ceste ville. Ce qui est advenu par la querelle particullière qui est, de longtemps, entre ces deux maisons.

De laquelle ayant tousjours préveu qu'il adviendroit quelque mauvais effaict, j'avois cy devant faict tout ce qui m'avoit esté possible pour l'appaiser, ainsi que chascun sçait; n'y ayant en cella rien de la rupture de mon édict de pacification, lequel je veux au contraire entretenir plus exactement que jamais, ainsi que je le fais sçavoir par tous les endroictz de mon royaume, et que je vous prie aussi faire entendre par delà à ma sœur, la Royne d'Angleterre, et aux autres qu'il sera besoin, afin que l'on n'entre en aucune opinion de la rupture du dict édict, ni que j'y aye aucune volonté; mais que chascun cognoisse que j'ay grand desplaisir de ce qui est ainsi mal advenu, et que c'est bien la chose que je déteste le plus.

J'ay près de moy mon frère, le Roy de Navarre, et mon cousin, le Prince de Condé, pour avoir mesme fortune que moy.

Sur ce, je prierai Dieu, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous avoir en sa saincte et digne garde.

Escript à Paris, le XXIVe jour d'aoust 1572.

CHARLES. PINART.

Je vous prie de faire tenir, au plus tost, au Sr Du Croq la lettre que je luy escris.

CXVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVe jour d'aoust 1572.--

Continuation de la sédition.--Découverte d'une conspiration tramée par les protestans contre le roi, ses frères et la reine-mère.--Recommandation faite à l'ambassadeur de garder le silence sur ces évènemens jusqu'à nouvelles informations.--Attente de plus grands éclaircissemens.--Ordre donné de retenir les dépêches envoyées pour Mr Du Croc en Écosse.

Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous feis hyer une despesche de l'émotion qui advint, dès le matin, qui continua hyer, et qui véritablement, à mon très grand regret, n'est encore apaysée; mais, pour ce que l'on a commencé à descouvrir la conspiration que ceux de la religion prétandue réformée avoient faicte contre moy mesmes, ma mère et mes frères, vous ne parlerez poinct des particullaritez de la dicte émotion et de l'occasion, jusques à ce que vous ayez plus amplement et certainement de mes nouvelles; car j'espère, dedans aujourdhuy au soir ou demain matin, avoir esclaircy le tout; et vous en manderay aussitost la vérité, ayant advisé vous despescher ce courrier en toute dilligence, priant Dieu, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous avoir en sa saincte garde.

Escript à Paris, le lundy, XXVe jour d'aoust 1572.

N'envoyez pas au Sr Du Croc les dernières lettres que je luy escripvois de la dicte émotion, et que je vous mandois luy faire tenir pour ce que je luy en fairai demain, comme à vous, une bien ample.

CHARLES. PINART.

CXIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIe jour d'aoust 1572.--

Affaires d'Écosse.--Instances que doit faire l'ambassadeur auprès d'Élisabeth au sujet de l'occupation d'Édimbourg.--Explication du traité concernant la suspension d'armes.--Charge donnée à Mr de L'Espinasse de passer en Écosse.--Pension payée par le roi au lair de Grange pour retenir le château d'Édimbourg.--Secret qu'il faut garder sur cette circonstance.--Nécessité où se trouve le roi de conserver la paix avec l'Angleterre.--Envoi d'un mémoire justificatif de la Saint-Barthèlemy.--Espoir que la négociation du mariage pourra se continuer.

Monsieur de La Mothe, renvoyant le Sr de L'Espinasse, présent porteur, en Escosse, j'ay advisé de vous adresser sa despesche toute ouverte, afin que voyés le contenu en icelle, et que puissiés faire envers la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, qu'elle mande et fasse faire, de sa part, comme j'escriptz au Sr Du Croc faire, de la mienne, envers mon cousin le comte de Mar, et aultres seigneurs tenant son parti en Escosse, pour faire incontinent sortir de la ville de Lislebourg les soldats qui y sont, suivant l'abstinence et suspension d'armes, laquelle j'escriptz aussi au dict Du Croc et Vérac faire, s'il est possible, prolonger encore pour deux moys, afin qu'ilz ayent plus de moyen et de temps de traitter quelque bonne et ferme paix au dict païs d'Escosse, sellon la charge que je en ay donnée et le pouvoir que je en ay envoyé.

Je luy escriptz aussi, comme verrés par mes dictes lettres, l'interprétation qu'il fault qu'il se fasse de ces mots: _que chascun rentrera en leurs maisons_. De quoy il fault pareillement que ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, escrive bien expressément au Sr de Drury, et qu'elle luy envoye un bon pouvoir pour tout ce que dessus, et pour résouldre, avec le dict Sr Du Croq, suivant ce qui a esté accordé par les Escossois, les difficultés qui se pourront mouvoir, en traittant de la paix d'entre eux, vous priant de renvoyer incontinant le Sr de L'Espinasse en Escosse, afin qu'il soit bientost par delà.

J'envoye par luy la somme de trois mille livres, pour ayder à payer les soldats que ceux du bon parti ont licentiés, et, oultre cela, j'envoye au Sr de Granges, capitaine du chasteau de Lislebourg, mille livres pour le prochain mois de l'entretènement que j'ay promis luy bailler secrettement, par forme d'entretènement, par chascun moys, afin que tousjours il tienne et garde bien le dict chasteau à la dévotion de ma sœur la Royne d'Escosse, et de moy pareillement; car je ne veux rien perdre de l'accès et bonne intelligence que mes prédécesseurs et moy avons accoustumé d'avoir au dict païs d'Escosse, en laquelle ce moyen aydera bien à me maintenir; mais il faut tenir secret l'entretènement que je donne au dict de Granges, et prendre seuretté de luy, signée de sa main et scellée du scel de ses armes, de la promesse qu'il m'en faira, comme j'escriptz au dict Sr Du Croq. Et se fault bien garder que l'on le sçache, car il seroit à craindre que le comte de Mar et ceux de son party se despartissent, du tout, de ma confédération, et aussi que la dicte Royne d'Angleterre prînt occasion, par cela, d'altérer le traicté qu'elle et moi avons faict dernièrement, lequel je désire bien fort entretenir, et plustost fortiffier et augmenter nostre amitié que la diminuer. A quoy je vous prie tendre toujours tant que vous pourrés.

Je vous envoye un mémoire[127] à la vérité comme les choses sont passées en ceste dernière émotion, affin que, sellon icelluy, vous le fassiés entendre à ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, à ses principaux ministres et à ceux que verrés qu'il sera à propos, me donnant advis de ce que l'on en dira par delà et des autres occurrences comme avés accoustumé.

[127] Voyez ci-après, CXXI, pag. 330.

J'attends toujours le retour du Sr de La Molle, desirant bien fort qu'il nous apporte quelques bonnes nouvelles du propos du mariage de la Royne et de mon frère d'Allençon, ce que je vous recommande tousjours d'affection; et prie Dieu, etc.

Escript à Paris, ce XXVIe jour d'aoust 1572.

CHARLES. PINART.

CXX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIIe jour d'aoust 1572.--

Retard apporté au départ de Mr de L'Espinasse.--Annonce de l'envoi du mémoire justificatif de la Saint-Barthèlemy par un courrier exprès.--Desir du roi de connaître quels sont les protestans français qui se sont réfugiés en Angleterre, et si Montgommery est du nombre.--Nécessité d'avertir promptement le roi de tout ce qui se passera entre Élisabeth et le roi d'Espagne.--Prompt départ de Mr de L'Espinasse.--Protection accordée pendant les troubles à Walsingham.

Monsieur de La Mothe Fénélon, je pensois que le Sr de L'Espinasse deût partir dès ce soir, pour aller, en toute diligence, comme je luy avois expressément commandé, passer vers vous en Angleterre, et, de là, s'acheminer en Escosse, avec la responce et résolution de la dépesche, pour laquelle il estoit venu icy[128]; et, par mesme moyen, pour vous porter le mémoire, au vray, comme toutes choses sont passées en ces émotions advenues, vendredy dernier, afin que, suivant ce que je vous ay dernièrement escript, vous puissiés en parler selon les termes portés par icelluy; lequel, pour ce que je voy que le dict de L'Espinasse n'ait pu si tost partir, et que peut estre il ne fairoit pas assés de diligence, j'ay advisé de vous l'envoyer, avec ce petit mot de lettre, par ce courrier exprès, qui faira toute diligence, vous priant d'user du dict mémoire de telle sorte, envers ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, que ce qui est advenu de deçà ne soit point cause d'altérer nostre bonne amitié; mais, au contraire, que le propos de mariage d'elle et de mon frère, le Duc d'Allençon, se puisse heureusement effectuer, attendant tousjours en bonne dévotion le retour de La Mole; vous priant aussy de vous enquérir doucement quels de mes subjects de la religion se sont retirés en Angleterre, et principalement Montgomery; car je doubte qu'il s'y soit saulvé pour ce que ceux qui estoient allés après luy ne l'ont peu attraper.

[128] Voyez CCLXXe dép. du 13 août 1572, tom. V, pag. 89.

Vous me ferés aussi fort grand service de me tenir continuellement adverti des occurrances de delà, et comme la dicte Royne se comportera du costé de Flexingues et avec le Roy d'Espagne, et ses ministres, et aussi avec les Escossois, et pareillement avec les princes de la Germanie protestans. Et cependant je prie Dieu, etc.

Escript à Paris, le XXVIIe jour d'aoust 1572.

Despuis ceste lettre escripte, le dict de L'Espinasse est venu en ce Louvre, ayant asseuré qu'il partiroit incontinent, voylà pourquoy j'ay différé de vous envoyer ceste cy par homme exprès, mais la luy fairai bailler. Le Sr de Walsingham a esté soigneusement conservé, pendant ce trouble, en son logis, et le fairai tousjours, luy et les siens, assyster, comme le requiert la vraye amitié d'entre ma sœur, la Royne d'Angleterre, et moy.

CHARLES. PINART.

CXXI

INSTRUCTION A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

Mémoire justificatif de la Saint Barthèlemy.