Part 23
Quand aux affaires d'Escosse, je suis bien aise de la résolution qui a esté prise que ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, et vous, escrirés par un gentilhomme exprès affin que la suspension d'armes soit establie au dict païs pour deux moys, pendant lesquels l'on faira en sorte que la paix y sera aussy faicte et les divisions et guerres, qui y sont, appaisées; mais il est besoing que vous fassiés souvenir la dicte Royne de la restitution de Humes, et de ce qu'elle tient encore du dict royaulme d'Escosse, affin qu'elle le rende suivant la bonne intention de nostre traicté, et que, de sa part, elle se comporte, pour le faict du dict païs d'Escosse, sincèrement, comme j'ay tousjours faict, despuys que mes depputés commencèrent à traicter avec les ambassadeurs, et que je fais encores, et veux faire sellon ma foy et promesse; ne voullant aulcunement assister un parti plus que l'aultre, mais seullement tascher, tant qu'il sera possible, à les accorder, affin que le dict royaulme d'Escosse, au lieu qu'il se destruict, soit conservé, et que la paix y soit bien establie. J'escripts un mot de lettre, suivant cella, à Mr Du Croq; laquelle vous luy fairés tenir; priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le XIe jour de juillet 1572.
Je vous envoye le pouvoir pour recevoir la ratiffication de nostre traicté, ensemble les actes dont je vous envoye les formes telles que je les ay baillées par deçà.
CHARLES.
Monsieur de La Mothe, despuys ceste dépesche faicte, j'ay receu la lettre que m'avés escripte par Jaques le courrier, et j'ay veu celle que je receus de vous par Sabran, présent porteur, que j'ay advisé de vous envoyer en la plus grande dilligence qui sera possible, affin que vous puissiés vous servir des lettres que nous escrivons de noz mains, et faire en cest affaire tout ce qu'il sera possible: car, s'il ne succédoit comme nous desirons, il ne peut estre qu'il n'y aille de nostre réputation, ayant esté les choses si avant que chascun a creu qu'elles feussent faictes et résollues. Et quant aux nouvelles que me mandés qui sont venues de Flexingues, je seray bien aise, à vous dire vray, que la Royne d'Angleterre s'embarque avec les Gueux bien avant, et qu'elle se déclare, par ce moyen, ouvertement contre le Roy d'Espaigne, pour les raisons que vous entendrés de Sabran, qui vous dira aussy les préparatifs qui se font pour le mariage de ma sœur et de mon frère, le Roy de Navarre, qui sera consommé dans quinze ou dix huict jours, comme vous pourrés dire à la dicte Royne d'Angleterre. Je vous fairay responce à ce que vous m'avés mandé sur les lettres que ma sœur, la Royne d'Escosse, vous a escriptes, et vous les renvoyeray aussytost que Dardoy sera arrivé icy.
De Paris, ce XIVe jour de juillet 1572.
CHARLES. PINART.
CX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXe jour de juillet 1572.--
Mission de Mr de La Mole en Angleterre sur la négociation du mariage.--Vives recommandations pour le succès de cette affaire.--Desir du roi de connaître les projets des Anglais sur la Flandre.--Affaires d'Écosse.--Mécontentement du roi contre le sieur de Flemy.
Monsieur de La Mothe Fénélon, afin de n'oublier rien qui puisse ayder pour avoir bonne responce de la Royne d'Angleterre sur le mariage de mon frère, le Duc d'Allençon, nous avons trouvé à propos d'envoyer vers la dicte Dame le Sr de La Moosle, présent porteur, avec les lettres que nous escrivons de noz mains à ma dicte bonne sœur et au comte de Lestre et milord de Burgley, que nous vous envoyons ouvertes affin que les voyés, puis les fermerés bien. Vous assisterés le dict La Moosle, en les présentant à la dicte Dame, à laquelle il tiendra tel propos que vous adviserés et penserés qu'il conviendra, selon les termes où seront toutes choses pour le faict du dict mariage. Mon dict frère, oultre la lettre qu'il vous escript, qui se pourra bien monstrer, si vous voulez, escript aussy au dict comte de Lestre et milord de Burgley, à chascun une lettre de sa main, qui vous sont aussy envoyées ouvertes, affin que vous voyés le contenu d'icelles, pour, après, les fermer et les leur bailler vous mesme, ainsi qu'avés accoustumé.
Je vous recommande cest affaire singulièrement, et vous prie, sur tous les servisses que desirés de me faire, y employer tout ce que vous pourrés de vostre prudence et dextérité pour le conduire à l'heureuse perfection que je desire, comme aussy font singulièrement la Royne, Madame et Mère, et mon dict frère d'Alençon, qui ne vous en sçauront pas moins de gré que moy, qui vous prie encore instruire si bien le dict La Moosle comme il aura à se comporter par delà, que son voyage serve en l'affaire de mon dict frère d'Alençon; car aussy l'a il choisi comme un de ses plus confidents et de ceux qu'il ayme le plus, comme vous sçavès, affin que la dicte Royne luy en sçache plus de gré et qu'elle puisse cognoistre que, pour l'affection grande qu'il a à elle, ne pouvant avoir ce bien de passer de delà, il y envoye un de ses serviteurs qu'il ayme le plus, et en qui il se fie beaucoup, et s'asseure qu'il luy faira service par delà, selon le conseil et advis et ainsi que luy sçaurés bien faire entendre qu'il aura à faire envers la dicte Royne et les aultres personnes à qui il pourra parler.
Je vous prie m'escrire, le plus souvent que vous pourrés, des nouvelles que vous aurés du costé de Flandres; et aussy comment se comporte la dicte Royne d'Angleterre envers ceux de ses subjectz qui vont servir les Gueux, et s'il y en va grand nombre; qui les soldoye, et soubz qui ilz marchent?
J'ay veu le deschiffrement de la lettre que vous a escript Vérac, et aussy le postscript de celle du Sr Du Croc; mais, pour l'espérance que j'ay que bientost la suspension d'armes sera establie en Escosse, et que ce sera un moyen d'y faire la paix, je ne vous diray aultre chose sur cella.
Je trouve fort estrange que le Sr de Flamy, qui avoit receu icy vingt et quattre mille livres, il y a six ou huict moys, pour porter à ceux qui sont à Lislebourg, n'y est arrivé que depuis peu de temps, et encore ne leur a il baillé que trois mille escus. Il a grand tort: et me fera plaisir que en advertissiés, si pouvés, secrettement et sans qu'il soit sceu, la Royne d'Escosse, ma sœur; et luy donniés advis aussy de ce que je vous escripts de la confience qu'elle doibt avoir, affin que la Royne d'Angleterre n'ait poinct de nouvelle occasion de s'irriter contre elle; car il me semble, par ce que nous a rapporté mon cousin le duc de Montmorency, qu'elle est bien adoucie et qu'elle luy faira doresnavant meilleur traictement qu'elle n'a eu despuys quelque temps. Puisque Dieu a permis qu'elle soit prisonnière et ainsy réduicte avec la Royne d'Angleterre et aussy avec ses subjects escossois, je lui conseilleray tousjours de se comporter doucement; et cependant je feray tousjours, comme je veux aussy que faictes de ma part, envers icelle Royne d'Angleterre, mais que ce soit doucement et bien à propos, sans l'aigrir ny luy donner nouveau soubçon, tout ce que vous pourrés pour elle, espérant que la paix sera bientost establie en son royaulme parmi ses subjectz, et que Dieu luy faira la grâce que icelle Royne d'Angleterre, voyant sa constance, s'adoucira et faira pour elle mieux que nous n'avions pensé jusques icy. Je vous prie d'escrire souvent au Sr du Croc et à Vérac, et me mander, chasque fois que vous m'escrirés, en quel estat ils seront; priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le XXe jour de juillet 1572.
CHARLES. PINART.
CXI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IXe jour d'aoust 1572.--
Négociation du mariage.--Réponse d'Élisabeth sur la mission de MMrs de Montmorenci et de Foix.--Explications données par Walsingham.--Desir du roi que la négociation soit continuée, alors même qu'il resterait peu d'espoir de la voir réussir.--Recommandation pour que le traité concernant le commerce s'achève.--Instances de Marie Stuart afin qu'il soit permis à quelqu'un de sa maison en France de se rendre auprès d'elle.--Nouvelles assurances de la protection du roi en sa faveur.--Affaires d'Écosse.--Nouvelles de Flandre.--Intention du roi que l'ambassadeur pousse Élisabeth à déclarer la guerre au roi d'Espagne.--Prochain mariage du roi de Navarre avec Madame.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay eu fort agréable la façon de laquelle vous vous estes comporté despuis le partement du duc de Montmorency, mon beau frère, et du Sr de Foix, mon cousin, en la négociation du traicté du mariage de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, avec mon frère, le Duc d'Alençon, ayant eu grand plaisir de voir par voz lettres les honnestes et véritables persuasions que, sur cella, vous avés, comme je vous avois escript, faictes de ma part, et de la Royne, Madame et Mère, et aussy de mon dict frère d'Alençon, à la dicte Royne, ainsi que j'ay veu par vos dépesches des XXe, XXIIe et XXIXe du moys passé[123] que j'ay receues, les deux premières par l'ordinaire, et l'autre par Vassal, présent porteur; lequel, oultre ce que par voz dictes lettres nous escrivés bien particulièrement, a fait encore verballement entendre à la Royne, Madame et Mère, ce que luy aviés donné charge nous dire, et qu'il a apris en cest affaire, négociant avec le milord de Burgley, toutes les foys que l'avés envoyé vers luy pour cest effaict; ayant trouvé le tout fort conforme à ce que le Sr de Walsingam déclara, hier au matin, au dict duc de Montmorency, mon beau frère, luy baillant une honneste lettre de sa Maistresse, faisant mention de la responce que nous attendons d'elle sur le propos du dict mariage; dont aussy le dict ambassadeur en manda aultant au dict Sr de Foix par son secrettaire, leur monstrant les lettres que icelle Royne, encore qu'elle n'ait acoustumé d'escrire à ses ambassadeurs, luy en avoit néantmoins voullu escrire elle mesme sa délibération, à cause de l'importance de l'affaire; ayant le dict ambassadeur présentement, en l'audience que nous lui avons donnée, faict entendre à la Royne, Madame et Mère, vers laquelle il est allé premièrement, pour ce que je disnois, faire entendre la responce que nous faisoit sa Maistresse au dict propos de mariage; et nous l'a déclaré en mesmes termes qu'il avoit dict au dict duc de Montmorency et mandé au dict Sr de Foix, conformément à ce qui lui étoit prescript par la première lettre qu'il avoit receue de sa Maistresse; qui est du XXIIe de juillet, laquelle contient, comme il nous a dict, que:
«Pour la grande inesgalité de l'âge d'entre elle et mon dict frère d'Alençon, il n'estoit possible que les choses se peussent faire et réheussir comme elle eût bien desiré pour son contentement et le nostre; mais qu'elle nous prioit que, ne se pouvant faire, pour ceste légitime occasion, cella ne feust cause de diminuer aulcunement nostre amitié ni altérer nostre dernier traicté, et que, de sa part, elle y persévèreroit et continueroit de tout son pouvoir sans y rien espargner.»
[123] Voyez CCLXIVe, CCLXVe et CCLXVIe dép., tom. V, pag. 57, 62 et 65.
Et, poursuivant son propos, nous a dit que, par l'aultre lettre que luy a escripte la dicte Royne, sa Maistresse, despuis l'audience qu'elle vous avoit donnée, en laquelle luy présentastes et fistes voir les lettres que, de si bonne affection, je luy avois escriptes de ma main, et aussy la Royne, Madame et Mère, et pareillement mon dict frère d'Alençon, de l'extrême desir qu'il avoit de luy faire servisse et méritter ses bonnes grâces, elle luy mandoit qu'elle eût bien desiré de voir mon dict frère d'Alençon, et que luy l'eût veue aussy; car, en telles choses, cella serviroit beaucoup.
Sur quoy, suivant la résolution que nous en avons à ce propos prise, à ce matin, avec aulcungs seigneurs de mon conseil, qui ont toujours eu communication de cest affaire, la Royne, Madame et Mère, qui luy a premièrement donné audience, a, sur ce, respondu au dict ambassadeur, comme aussy ay je despuis, que, si nous sçavions et que luy cogneût que la dicte entreveue servît à nous donner le contentement que nous avions espéré et que nous desirons encore en cest affaire, que nous voudrions très vollontiers que mon dict frère allât plus tot aujourdhui que demain en Angleterre; mais aussy que, si la dicte Royne avoit changé la vollonté qu'elle et ses ministres vous ont dicte, il y a assés longtemps, qu'elle avoit de se marier, ou qu'elle n'eût agréable mon dict frère, que véritablement, se faisant en vain la dicte entreveue, que cella seroit cause certainement que nous aurions lors beaucoup plus grande occasion de mécontentement que nous n'avons à présent de la responce qu'elle nous a faicte, et peut estre que cella seroit cause de diminuer bien fort et altérer, possible, entièrement nostre amitié, laquelle, au contraire, nous espérions, le dict mariage se faisant, estre à jamais parfaicte et indissoluble par le moyen d'icelluy, comme, de vray aussy, seroit elle, s'il se faisoit, et en recevrions, elle et nous, noz royaulmes et communs subjectz, un extrême bien; et considéré l'estat auquel elle se peut retrouver en ses affaires et entre ses subjectz, j'estime qu'elle en auroit encore plus de commodité et de bien que nous.
Le dict ambassadeur, après y avoir un peu pensé, a supplié la Royne, Madame et Mère, que, sur cella, il luy pleût qu'il luy parlât en serviteur et non pas comme ambassadeur, car il n'avoit, pour ce faict, aultre charge que ce qu'il avoit dict. Il la supplioit que nous voullussions encore faire conduire cest affaire doucement, sans le rompre si soudain, et que, tousjours bien à propos, l'on en parlât sellon les occasions qui se présenteront, mesmes qu'il estimoit qu'il ne seroit que bon que j'escrivisse ou fisse dire par vous à la dicte Royne, et que la Royne, Madame et Mère, luy escrivît aussy plus affectionnément comme il luy est permis, estant mère, le grand desir et espérance que nous avons tousjours eue, despuis qu'elle vous avoit faict déclarer qu'elle estoit résollue de se marier en maison royalle, qu'elle espouseroit mon dict frère d'Alençon; et que, considéré encore le grand bien que cella apporteroit à ces deux royaulmes et à elle principallement, ses subjectz et païs, nous ne pouvons, la voullant parfaictement aymer, comme nous y sommes du tout disposés, si cella se faisoit, que nous ne le desirions encore infiniment.
Le dict ambassadeur monstrant d'estre très marri que nous n'en avions eu ceste fois aussy bonne responce que nous attendions, a faict croire à la Royne, Madame et Mère, et à moy aussy, qu'il y a fort grande affection que le dict mariage se fasse comme nous avons tousjours pensé de luy, pour ce que c'est le bien de sa Maistresse et particullièrement de ses païs et subjectz; mais aussy avons nous soubçonné, à l'instant, une chose où il y a quelque apparence, considéré ce que l'on vous a conseillé de delà, comme vous m'avés escrit: qui est de ne rompre pas du tout ceste négociation; et sommes entrés en quelque opinion, voyant la contenance du dict ambassadeur, et considérant l'humeur et cœur de sa Maistresse, qu'elle nous pouvoit bien avoir faict faire ceste responce pour se revancher de celle qui luy feust faicte pour mon frère le Duc d'Anjou, affin que cella luy servît de quelque réparation, et que nous n'eussions, en ceste négotiation, rien plus qu'elle, estimant que, si l'on revenoit, d'ici à quelques jours, à remettre en avant, doucement et de bonne façon, le propos du dict mariage d'elle et de mon dict frère d'Alençon, qu'avec l'ayde de Dieu, qui est le directeur de telles œuvres, elle y entendra, et qu'avec les grandes occasions qu'elle a de se marier et les persuasions et les dextérités dont vous saurés bien user en cest affaire, nous y verrons bientost quelque bonne espérance.
Il fault que vous travaillés à cella tant que vous pourrés; car, encore que cella ne se fît, combien que nous en ayons bonne espérance, sellon nostre grand et extrême desir, si fault il nécessairement que cessi nous serve, pour quelque temps, à entrettenir nostre amitié et establir mes affaires. Et pour ceste cause, vous aviserés, Monsieur de La Mothe Fénélon, à vous conduire en cella de façon qu'encore que vous vissiés qu'il n'y eût aulcune espérance au dict mariage, d'en mener tousjours le propos honnestement, et en parler à la dicte Royne, et à ses ministres, de bonne façon, monstrant que nous y avons tousjours espérance et toute affection d'entretenir, de nostre part, envers elle, sincèrement nostre bonne amitié, et la fortiffier du tout par le moyen du dict mariage.
Je ne luy en escris poinct pour ceste heure, ni aussy la Royne; Madame et Mère, comme estoit d'advis icelluy ambassadeur, et n'y a que mon dict frère, le Duc d'Alançon, duquel je vous envoye la lettre ouverte, que vous fermerés après l'avoir leue, pour la présenter et faire voir à la dicte Royne; et aussy, si vous voyés qu'il soit à propos, luy monstrerés celle qu'il vous escript affin que ce vous soit une nouvelle occasion de commencer à renouer et entretenir ceste négociation, pour laquelle nous verrons ce que La Mosle nous rapportera. Mais, quoy que ce soit, et en quelque estat que puisse estre, à son partement, cest affaire, il fault, et je vous prie ne faillir, quand bien il seroit du tout rompu, et que verriés qu'il n'y auroit nulle espérance, de trouver moyen d'en entrettenir toujours doucement le propos, d'ici à quelque temps; car cella ne peut que bien servir à establir mes affaires et aussy pour ma réputation.
Il est aussy bien besoin que vous acheviés le faict et establissement du commerce sellon l'intention de nostre traicté; duquel j'ay receu la ratification que m'avés envoyée, faicte par la dicte Royne d'Angleterre en bonne forme, mais il est besoing que la dicte Royne envoye au Sr Walsingam un pouvoir pareil à celluy que je vous ay dernièrement envoyé pour le faict de la dicte ratiffication; car icelluy Sr de Walsingam n'en a poinct qui soit exprès pour cest effaict, à ce qu'il dict.
Cepandant je vous diray que, pendant que nous avons faict cette dernière saillie pour aller à la chasse, j'ay faict bailler à l'ambassadeur de la Royne d'Escosse, ma sœur, les deux longues lettres qu'elle vous avoit escriptes, ensemble tout ce que Derdoy a raporté, et que luy avoit baillé la dicte Royne; et si, luy a dict, de vive voix, le dict Derdoy, tout ce qu'elle m'a mandé, et que j'avois donné charge au dict duc de Montmorency luy dire de ma part, de sorte que le dict ambassadeur est bien capable de toutes les intentions de ma dicte sœur; laquelle desire, à ce que nous a dict le dict ambassadeur, qu'il pleût à la Royne d'Angleterre luy permettre que son thrésorier ou un aultre de ses gens, tel que l'on voudra choisir, soit gentilhomme ou aultre, eût saufconduict pour aller d'ici à elle, instruict de toutz les affaires des biens qu'elle a de deçà à cause de son douaire, affin de les luy faire entendre et luy en rendre compte, et sçavoir aussy, sur plusieurs choses qui en dépendent, son intention et vollonté. Je vous prie, Monsieur de La Mothe Fénélon, luy en parler à la première audience que vous aurés, si vous voyés qu'il soit à propos, et que cella ne puisse préjudicier au traictement de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, ny aussy nuire au propos de mon dict frère le Duc d'Alençon; car, comme vous sçavés, j'ay tousjours faict et veux faire pour elle ce que honnestement il me sera possible et avec telle discrétion que mes assistances luy servent à son bon traictement et à sa conservation.
Et, quand aux affaires d'Escosse, j'ay veu par la pénultiesme dépesche que m'avés envoyée du Sr Du Croc comme ils se sont battus du costé du Nort, et que le frère du duc de Hontelly a surpris ceux que le parti du Petit Lict avoit laissés en garnison du costé de Hambletons, qui a esté cause, avec les dilligences et persuasions que le dict Du Croq m'escript par la dernière dépesche avoir tousjours faictes de ma part, et le Sr de Drury avecque luy de la part de la Royne d'Angleterre, qu'ilz sont en termes de faire une suspension d'armes pour deux moys, pendant laquelle ilz accordent tous d'assembler les Estatz au païs, et faire une bonne paix. A ce que j'ay entendu, et comme le dict Du Croc mesme m'escript, ceux de Lislebourg ne sont pas en si grande nécessité que l'on disoit, et ont encores bien bon moyen de résister, si la paix ne se faict entre eulx; pour laquelle j'escris encore présentement au dict Du Croc et aussy à Vérac qu'il fault qu'ilz travaillent tant qu'ilz pourront; car c'est la chose qui est la plus nécessaire au dict pays, et que je desire aultant que si c'estoit pour mes propres subjectz.
Vous aurés, à mon advis, bien entendu la défaicte du Sr de Genlis[124] et de quelques françois, mes subjectz de la nouvelle religion, qui s'estoient mis avec lui, et passés, sans mon adveu, en Flandres, ces jours icy; mais la deffaicte n'estoit pas si grande que l'on l'aura publiée par delà. Je vous en ay bien voullu dire ce petit mot.
[124] Voyez la note tom. V, pag. 44.
L'on croit que la guerre se faira bien fort en Flandres, mais ce ne sera pas de mon costé, si ce n'est que les Espagnolz assaillent les premiers mon royaulme. Il seroit bien bon pour mes affaires que la Royne d'Angleterre, qui a tant de moyens, s'y mist de piedz et de mains, et qu'elle pratiquât en Zélande et ez villes qui sont, de ce costé là, tant ses voysines. Si cella estoit, le prince d'Orange, qui marche droit vers Monts avec son armée, quand il aura en passant pris quelque argent et artilleries des villes maritimes, seroit bien plus asseuré et fort qu'il ne sera; car il n'aura de mes subjectz de la nouvelle religion que ceux qui pourront s'eschaper à cachette. Il sera très bon que vous continuiés accortement à eschaufer, tant que vous pourrés, ceste Royne à se déclarer ouvertement, s'il est possible, contre le Roy d'Espagne: car cella faira qu'elle desirera davantage et tiendra plus chère la conservation de mon amitié, et que plus aisément elle consentira aussy au propos du mariage d'elle et de mon dict frère d'Alençon, qui n'oubliera jamais, ny moy aussy, la peyne que y avés prinse et prendrés encore.
Les fiançailles de ma sœur avec mon frère, le Roy de Navarre, se fairont, avec l'ayde de Dieu, mècredy prochain, et les nopces lundy. Le surplus des nouvelles vous l'entendrés par Vassal présent porteur; priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le IXe jour d'aoust 1572.
CHARLES. PINART.
CXII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du Xe jour d'aoust 1572.--
Négociation du mariage.--Espoir qu'elle pourra être conduite à bonne fin.--Assurance d'une vive reconnaissance pour les soins donnés par l'ambassadeur à cette affaire.
Monsieur de La Mothe Fénélon, ainsi que Vassal, présent porteur, estoit prest à monter à cheval pour s'en retourner, la despesche que nous aviez faict, de Brichil, le IIIe de ce moys[125], est arrivée, laquelle j'ay aussytost veue, ayant eu plaisir de voir le contenu en icelle, qui me donne encore quelque espérance. En quoy je suis bien asseurée que vous ne perdrés une seule occasion de tout ce qui se peult faire en cella, pour nous faire avoir, s'il est possible, du fruict et contantement que nous en desirons de si grande affection, que vous pouvez, estant assuré que, si ce mariage se faict, vous nous aurés donné le plus grand contantement que puissions, pour ceste heure, desirer et espérer; et dont vous aurés telle rémunération que jamais gentilhomme ne l'a receu meilleure ni de meilleur cœur que nous la vous fairons. Et quand encores les choses ne succèderont si bien que nous vouldrons, sachant bien que vous vous y estes employé de la plus grande affection que se peult, nous ne laisserons de recognoistre vos bons services d'aussi bon cœur que je prie Dieu, etc.
Escript à Paris, le dimanche, Xe jour d'aoust 1572.
CATERINE. PINART.
[125] Voyez CCLXVIIe dép., tom. V, pag. 76.
CXIII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIe jour d'aoust 1572.--