Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 22

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A quoy je luy ay respondu que, estant, sa Maistresse, si bonne amie du Roy, Mon dict Sieur et fils, je croy qu'elle ne voudroit, pour deux mille éscus, faire chose qui contrevienne à la dicte amitié. Et sur cella il m'a dict qu'il luy en escriroit, de sorte que je ne fais poinct de doubte que les dicts deux mille escus ne vous soyent restitués. Sur ce, etc.

Escript à Duretat, le 1er jour de décembre 1571.

CATERINE. BRULART.

NOTA. Ici, se trouve dans les cahiers déposés aux archives, qui jusques-là sont à peu près complets, une lacune de six mois entiers. Sauf deux lettres des 7 février et 28 mai 1572, qui se sont retrouvées dans les papiers de l'ambassadeur, la correspondance ne reprend qu'au 22 juin 1572, deux mois avant la Saint-Barthèlemy. Les lettres qui manquent, d'après les énonciations contenues dans les dépêches, sont celles des 19 et 24 décembre 1571; 5, 7, 9, 10, 11, 19 et 31 janvier; 11 février; 4, 8, 10, 20, 22 et 31 mars; 19, 20 et 22 avril; 2, 10, 27 et 28 mai; 7, 17, 23, 25 et 27 juin; 11 et 14 juillet, et 7 août 1572.

CV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIe jour de febvrier 1572.--

Mission donnée à Mr Du Croc en Angleterre pour traiter de la négociation concernant Marie Stuart et l'Écosse.

Monsieur de La Mothe, envoyant le Sr Du Croc, mon conseiller et maistre d'hostel ordinayre, présent porteur, par dellà, suivant ce qui a esté advizé entre mes depputés et les ambassadeurs de la Royne d'Angleterre, Madame ma bonne sœur, pour, avec le gentilhomme qui sera aussy député de sa part, procurer et moyenner d'ung commun consentement la réconcilliation et paciffication des troubles et divisions du royaume d'Escosse, et cependant fère accorder une cessation et abstinence d'armes entre ceux de l'un et l'aultre party du dict pays, je luy ay, par mesme moyen, donné charge de requérir et prier, de ma part, la dicte Royne d'Angleterre luy permettre de veoir et visiter la Royne d'Escosse, Madame ma sœur, suivant ce que j'ay, ces jours passés, escript à icelle Royne d'Angleterre, pour toute instance envers elle, de mettre en liberté ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et l'envoyer, icy, près de moy. En quoy je vous prie de vous employer, tous deux, avec une bonne et mutuelle intelligence; et, au demeurant, croire le dict Sr Du Croc de ce qu'il vous dira de ma part.

Escript à Blois, le VIIe jour de febvrier 1572.

CHARLES. PINART.

CVI

INSTRUCTION POUR LE FAICT DU MARIAGE.

--du XXVe jour d'apvril 1572.--

Négociation de Mr de Montmorenci et de Foix (_Original_).

Estant Monseigneur le duc de Montmorency, pair et maréchal de France, gouverneur pour le Roy et son lieutenant général à Paris et Isle de France, et Messieurs de Foix et de Boistaillé, conseillers en son conseil privé, despéchez, de la part de sa Majesté, pour aller en Angleterre affin d'estre présentz, et avec eulx le Sr de La Mothe Fénélon, ambassadeur de Sa Majesté au dict pays, pour assister au serment que la Royne d'Angleterre doibt faire pour l'entretènement et ratiffication du traicté qui a esté naguières conclud et arresté entre les depputez de Sa dicte Majesté et les ambassadeurs de la dicte Dame Royne,

Sa dicte Majesté a, oultre cella, advisé, pour un plus grand bien, et estreindre davantage leur amitié, de donner particullièrement pouvoir à mon dict sieur duc de Montmorency, et aus dictz sieurs de Foix, de Boistaillé et de La Mothe, de fère ouverture et proposer à la dicte Dame Royne le mariage de Monseigneur le Duc d'Allençon, frère du Roy, avec elle. Sur quoy ilz auront à luy dire de la part de Sa Majesté:

Qu'elle est infiniment aise, contente et satisfaicte de veoir la bonne et perfecte amityé, et intelligence d'entre eulx, renouvellée, confirmée et fortiffiée par ce dernier traicté, si bien qu'ilz se peuvent dire aujourdhui deux vrays et perfectz amys, voisins, alliez et confédérez; et, encores que Sa dicte Majesté s'asseure que, Dieu les ayant si bien uniz, il leur fera aussy la grâce de continuer et persévérer à jamais en ceste bonne amityé et voisinance.

Toutesfoys considérant qu'il n'y a rien qui lye plus estroictement, nourrisse et entretienne davantaige la paix et amityé entre les roys et grandz princes que le mariage et les alliances qui se font des ungs avec les aultres, Sa dicte Majesté, qui n'a rien plus à cœur que de demeurer ferme et constante en ceste bonne, vraye et perfecte amityé, voisinance et intelligence, qui est entre elle et la dicte Royne d'Angleterre, desireroit bien, pour la rendre inviolable, y adjouster ce dernier lyen indissoluble de mariaige.

Et considérant, Sa dicte Majesté, les moyens qu'elle pouvoit avoir de parvenir à ceste sienne seureté et sincère intention, ayant, à son très grand regret, failly à ce faire de la personne de Monseigneur le Duc d'Anjou, son frère, pour les difficultez et scrupulles qui y sont intervenuz à cause de l'exercice de relligion, elle a pensé qu'elle ne pouvoit mieulx renouer ceste négociation, et rentrer en ces termes de mariaige que par le moyen de Monseigneur le Duc d'Allençon, aussy son frère, estant ung subject pour mieulx pouvoir accommoder les conditions au contentement des deux partyes.

Et, sur ce, entreront, mon dict seigneur de Montmorency et les dictz sieurs de Foix et de Boistaillé et de La Mothe, à proposer et fère ouverture de ce mariage avec la dicte Dame Royne, remectant Sa dicte Majesté à eulx de luy fère si bien entendre les bonnes partyes qui sont en Mon dict Seigneur le Duc, lesquelles ilz cognoissent et savent, mieux que nulz autres, estre de très grande espérance; sur quoy ilz s'estendront comme ilz verront qu'il sera à propos et qu'ilz sauront très bien et dignement fère.

En faisant laquelle proposition, ilz représenteront à la dicte Dame Royne le grand bien qui adviendra du dict mariaige à toute la Chrestienté, spéciallement à ces deux royaumes, et aussy le contentement que cella aportera à l'une et à l'autre de Leurs Majestez; d'aultant que les dictz deux royaumes seront lors uniz avec une perfecte et sincerre intelligence, et que c'est chose que icelle Dame Royne doibt desirer, considéré l'estat de ses affères, avec plusieurs occasions qui sont et peuvent advenir journellement en diverses sortes; sur lesquelles Sa Majesté remect à eulx de parler et discourir en cella amplement, ou aller plus retenuz, ainsy qu'ilz verront et congnoistront qu'il sera à propos pour rendre le tout agréable à la dicte Royne.

Et, si icelle Royne entend voluntiers ce propos, comme Sa Majesté et la Royne, sa mère, désirent infiniment, pour un fort grand bien, suivant l'advis des plus grands conseillers de ce royaulme, les dictz Srs de Montmorency, de Foix, de Boistaillé et de La Mothe, entreront franchement en ce négoce, et y vaqueront selon le pouvoir qui leur en a esté baillé; observant exactement la responce et contenance qui leur sera sur ce faicte par icelle Royne, affin que, selon ce qu'ilz jugeront, ilz se comportent dextrement en cest affaire, pour tirer le plus de lumière qu'ilz pourront de son intention et volunté, regardans d'acheminer cest affaire avec la dicte Dame, Royne d'Angleterre, ou ceux qu'il luy plaira depputer pour en traicter, conclurre et arrester; dont et desquelles choses, et de toutes les autres particullaritez qu'ilz estimeront appartenir à cest affaire, ilz donneront bon et continuel advis à Sa dicte Majesté qui remect à eux, selon leur grande suffisance et affection qu'ilz ont à son service, de s'estendre au demourant en cest affaire aultant qu'ilz congnoistront qu'il sera besoing, suivant l'intention de Sa dicte Majesté, honneur et réputation d'elle et de ses affères.

Et, affin que les dictz seigneurs ambassadeurs se puissent ayder de tous les moyens qu'ilz pourront pour bien faire réussir leur négociation, faciliter et parvenir au dict mariaige, le Roy veult et leur ordonne qu'ilz trouvent les moyens que l'ung d'eulx face bien à propos entendre au Sr conte de Lestre le désir, que le Roy a, qu'il preigne alliance en quelque une des meilleures et plus grandes maisons de son royaulme, suivant la volunté qu'il s'est quelquefoys laissé entendre qu'il avoit de se marier en France, et la bonne et grande affection que Sa Majesté a de faire pour luy en cella, luy proposant le party de Mademoiselle de Bourbon, ainsy que Sa Majesté en a advisé avec mon dict seigneur de Montmorency, et encores despuis avec le dict sieur de Foix pour, après, selon qu'il se congnoistra de son desir, l'entretenir en ceste bonne volunté et l'asseurer tousjours qu'il aura en cella toute faveur et la mesme bonne asistance de Leurs Majestez et de Messeigneurs, frères du Roy, qu'il sçauroit desirer, et luy faire davantaige, selon qu'ilz congnoistront qu'il sera besoing, offre et assurance de biens et présents que luy fera le Roy, s'il se marie en France;

Voulant aussy Sa dicte Majesté que les dictz seigneurs ses ambassadeurs facent, par tous aultres moyens courtoys et honnestes, ce qu'ilz pourront faire et faire faire pour gaigner et réduire à leur dévotion les personnes qui se sont cy devant monstrez contraires au mariaige de Monseigneur le Duc d'Anjou et de la dicte Royne, quand il s'en est parlé; et qu'ilz n'y espargnent rien, mais regardent d'employer, à leur faire des présentz et à ceulx qui pourront servir en cest affaire, comme ilz verront qu'il sera à propos, jusques à dix ou douze mille escuz, dont le trésorier de l'espargne trouvera moyen de recouvrer lettres de crédict pour les faire fournir par delà, et il les rendra, icy, ensemble les intérestz.

Et, s'il plaist à Dieu que le dict propos de mariaige d'entre la dicte Royne et Mon dict Seigneur le Duc soit agréable par delà, et que l'on en entre en négociation, le Roy veult que mes dictz seigneurs ses depputez proposent les mesmes demandes et condicions qui furent faictes pour Mon dict Seigneur le Duc d'Anjou, et bailler par escript pour Mon dict Seigneur le Duc la déclaration de ses duchez, contés et seigneuries, qui sont de grand revenu, n'y comprenant toutesfoys la ville de Caen, ny le revenu d'icelle, à cause qu'elle est frontière, mais bien la valeur en aultre terre, que le Roy baillera à Mon dict Seigneur le Duc en récompense.

Faict à Bloys le XXVe jour d'apvril 1572.

CHARLES. PINART.

CVII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIIIe jour de may 1572.--

Nécessité de conclure sans retard le traité concernant le commerce.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Flandres et d'Espaigne ce qui vient bien à propos, car cella sera cause que doresnavant les dicts Anglois feront tout leur trafiq à commercer en ce royaume. Voylà pourquoy il sera bon que, le plus tost que vous pourrez, l'on face une résolution de ce qui reste à accorder pour le faict du fondicq[121] qu'ils veullent avoir de deçà, suyvant nostre dernier traicté, car cella leur apportera une grande commodité et sera cause d'un grand proffit pour nous, et, sy vous n'en pouvez faire une fin avant l'arrivée des dicts sieurs de Montmorency et de Foys pour les empeschemens que vous a dicts le milord de Burgley qu'ils ont à cause de leur dict parlement, il faudra qu'en négociant les autres affaires dont vous avez tous trois charge, vous faciez aussy une résolution de cestuy cy, car, le plus tost qu'il pourra estre expédié et le dict commerce estably, ce sera le meilleur pour eulx et pour nous. Et vous fais ceste dépesche pour le Roy, Monsieur mon fils, et pour moy, d'aultant qu'il est allé à la chasse. Et prie Dieu, etc.

Escript à Monpipeau, ce XXVIIIe jour de may 1572.

CATERINE. PINART.

[121] Magasin, entrepôt.

CVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--des XXIIIe et XXVe jours de juing 1572.--

Affaires d'Écosse.--Négociation du mariage.--Départ des seigneurs anglais qui avaient été envoyés en France pour complimenter le roi.--Présens qui leur ont été faits.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ordre pour le faict du dict païs d'Escosse et ez mains de qui sera randu le chasteau de Humes, d'aultant que j'estime que ceux du chasteau de Lislebourg ne le pourroient pas garder, à present, en l'estat qu'ilz sont. De le mettre aussy ez mains de ceux de l'aultre parti, ce seroit desfavoriser les dictz de Lislebourg, et estre cause de les désespérer et qu'ilz s'endurciroient et irriteroient davantage les uns contre les aultres. D'aultre part, il fault aussy que la Royne d'Angleterre vuide ses mains selon nostre traicté. Voylà pourquoy il est très nécessaire de cercher promptement quelque bon expédient, pendant qu'estes de delà, pour appaiser les troubles d'Escosse et accorder les subjectz sur le faict de l'administration des affaires du dict païs. Et cepandant je croy qu'il ne sera que bon que le dict chasteau de Humes soit mis ez mains et en la charge de quelque escossois, riche, sage et très bien affectionné à la paix du dict pays, qui se choisira avec l'advis du sieur Du Croc; à qui il sera bon que en escriviés pour nous en mander son opinion.

Je luy en escris aussy un mot que je vous prie luy faire tenir avec voz lettres, quand luy escrirés; vous priant, au demeurant, de vous employer, avec toutes les dextérités et moyens que penserés que pourront servir, au mariage de la Royne d'Angleterre avec mon frère le Duc d'Alençon, affin que je puisse estre résollu du tout, avant que partiés pour venir de deçà; car il importe, pour mon servisse et pour le bien de mes affaires, qu'il y soit mis fin promptement sans en laisser tirer à la longue la négotiation, comme peut estre il adviendroit si vous n'y pourvoyés ainsi que je desire et veux que fassiés et qu'il vous sera aisé; car s'en retournans à présent d'ici ces seigneurs anglois si contentz qu'ilz sont, et monstrants de desirer bien fort que le mariage se fasse avec mon dict frère le Duc d'Alençon, qu'ilz ont pour ce fort agréable, je ne double pas qu'ils ne fassent, par lettre et en personne, quand ilz seront de retour de delà, à ceste occasion, tous bons offices envers leur dicte Maistresse et envers ses principaux ministres aussy.

Ils doibvent partir ce jourdhuy, et a esté donné ordre qu'ilz seront accompaignés et conduicts fort honnorablement et accommodés de tout ce qu'il leur faudra jusques à Bouloigne, estant aussy mon cousin le duc de Longueville et le sieur de Piennes bien advertis pour cest effaict, de sorte qu'il ne leur manquera rien; et m'asseure qu'ilz se loueront bien fort du bon traictement qu'ilz auront eu par deçà. J'ay faict présent au Sr comte de Lincoln d'un fort beau buffet d'environ de la valleur de douze mille livres, au dict Smith d'un aultre d'environ mille escus, et au dict Walsingam d'un aultre d'environ deux mille livres, oultre les présentz qu'ilz eurent dernièrement. Je fais donner aussy, mais c'est sans aulcune cérémonie, au Sr de Mildemor et vice admiral, à chascun une cheine de six cens escus; et si, fairay servir le nefveu du comte de Lestre de gentilhomme de ma chambre, et sera tousjours bien vollontiers veu, pendant qu'il sera icy, pour l'amour du dict sieur comte son oncle.

Estant ce que, pour ceste heure, je vous puis escrire si ce n'est pour vous dire qu'il sera besoin qu'advertissiés souvent les Srs Du Croc et Vérac de ce que vous fairés pour le costé d'Escosse, affin qu'ilz asseurent ceux de Lislebourg et ceux aussi de l'autre parti, et que chascun cognoisse pareillement que ce que je fais et desire en cella n'est que pour establir, s'il est possible, la paix et repos en Escosse; priant Dieu, etc.

Escript au chasteau de Bouloigne, ce XXIIIe jour de juing 1572.

CHARLES.

J'espère renvoyer demain le Sr de L'Espinasse que le Sr Du Croc m'a envoyé pour les affaires d'Escosse. Sur quoy je ne puis prendre aultre résollution, mais le remets à ce que vous en ay escript par mes deux dépesches dernières et à ce que je vous en ay mandé encore par ceste cy; vous priant de vous y employer tous trois le plus tost et le plus dilligemment que vous pourrés; car, à ce que j'ay entendu et sceu certainement, ceux de Lislebourg sont à l'extrémité, et est à craindre qu'ilz se désespèrent et se mettent ez mains de quelqu'un de noz voysins, ce que je veux évitter, et conserver, en ce faisant, l'ancienne amitié que j'ay avec les Escossois, et observer aussy sincèrement et entièrement le dernier traicté d'entre la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, et moy, qui vous prie l'en asseurer, quand vous parlerés du faict du dict Humes et aviserés du dict faict d'Escosse.

Du chasteau de Bouloigne, ce XXVe jour de juing 1572.

CHARLES. PINART.

CIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--des XIe et XIIIIe jours de juillet 1572.--

Retour de Mrs de Montmorenci et de Foix.--Négociation du mariage.--Desir du duc d'Alençon de passer en Angleterre.--Motifs qui empêchent le roi de le lui permettre.--Conférence de Catherine de Médicis avec Walsingham.--Demande faite par les Anglais de la restitution de Calais, en considération du mariage, ou, à défaut, proposition d'un partage dans les Pays-Bas.--Affaires d'Écosse.--Nécessité d'insister auprès d'Élisabeth pour qu'elle abandonne les châteaux qu'elle occupe dans ce pays.--Espoir du roi qu'Élisabeth entrera en guerre avec le roi d'Espagne.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay, à ce matin, ouï avec grand plaisir le rapport de tout ce qui s'est passé durant le voyage qu'ont faict par delà les Srs de Montmorency, mon beau-frère, et de Foix, et veu, par vostre dépesche du Ier du moys, que je receus ce dict jour, icy, par l'ordinaire, et par celle que m'avés faicte par Sabran le Ve de ce dict mois[122], ce qu'avés faict despuys leur partement. Sur quoy je vous diray comme vous avés veu, par les dépesches que je vous ay cy devant faictes, qu'il importe, pour le bien de mes affaires et pour ma réputation, et de mesmes aussy pour icelle Royne d'Angleterre, Madame ma bonne sœur, que le mariage de mon frère, le Duc d'Alençon, avec la Royne d'Angleterre, Madame ma bonne sœur, se fasse bientost résouldre, et que ce soit ainsi que nous desirons; car elle y aura aultant ou plus d'avantage que nous, quand elle considèrera tous les poincts qui luy ont esté représentés et bien clairement desduictz en sa présence, comme j'ay veu par le rédigé qu'a faict le dict Sr de Foix de ceste négociation; voulant qu'en parlant avec elle vous l'asseuriés que, suivant la lettre que je luy escripts de ma main, que luy présenterés, je la corresponds avec toute sincérité et amitié; et que, de ma part, je ne desire rien tant en ce monde que de rendre nostre amitié parfaicte et indissoluble comme elle sera fermement, si le dict mariage se faict. Voilà pourquoy il fault, et je vous prie que le luy fassiés entendre bien expressément de ma part que l'affection et amitié que je luy porte, telle que je ne voudrois espargner ma personne mesme pour elle, s'il s'en présente occasion, sera par ce moyen estreinte et liée de telle sorte que jamais elle ne sçauroit diminuer entre nous, noz royaulmes et subjectz; mais au contraire se fortiffier et augmenter journellement.

[122] Voyez CCLXe et CCLXIe dép., tom. V, pag. 25 et 30.

Et pour ce que, par la lettre que vous escript mon frère le Duc d'Allençon, il vous mande qu'il entreprendroit vollontiers le voyage pour aller luy mesmes remercier la dicte Royne et luy offrir son servisse; si n'estoit la réputation, et qu'il craint aussy que ne luy voulussions permettre, je vous diray que c'est une chose que nous ne sçaurions luy accorder jamais (aussy n'est il pas raisonnable, quelque affection qu'il en ait), jusques à ce que tout soit d'accord; de quoy vous pourrés asseurer, si l'on vous en parle de delà: car, encore que nous soyons en bonne paix et amitié avec la Royne, et que nous l'ayons si expressément par nostre dernier traicté confirmée et fortifiée, l'on ne laisse pas tousjours de doubter et penser aux choses qui pourroient advenir, et que peut estre, contre son naturel, elle seroit conseillée de faire; et, oultre cella, si les choses ne réheussissoient, il y auroit occasion de moquerie. Je sçay bien que, si ceste permission ne dépendoit que de la vollonté de mon frère, qu'il ne se voudroit pas arrester à cella, et qu'il seroit bientost par delà; car il est si extrêmement affectionné et amoureux d'icelle Royne, qu'il ne se figureroit aulcune de toutes ces considérations, lesquelles néantmoins vous pourrés honnestement remonstrer, et faire, au demeurant, en cest affaire tout ce que vous verrés qu'il sera à propos, affin que nous y ayons, entre cy et quinze jours, que le moys escherra, la responce que nous en desirons et espérons, quand nous considérons que c'est un bien commun pour ces deux royaulmes et aussy utille pour la dicte Royne et pour ses subjectz que pour les nostres propres.

Le Sr de Walsingam tesmoigne de desirer bien fort l'accomplissement de ce mariage; ce que la Royne, Madame et Mère, m'a encore confirmé ce matin, et qu'elle l'a particulièrement cogneu à quelques discours qu'il luy tint hier en particulier, pendant que j'estois à la chasse avec mon frère le Duc d'Anjou et le Roy de Navarre. Je laisse les aultres particularités des propos qu'ilz eurent ensemble. Le plus important c'est qu'il luy dict que le milord de Burgley luy avoit mandé, comme de luy mesmes, que, pour faciliter le dict mariage, qu'il falloit que l'âge feust récompencé de quelque chose qui peût couvrir et escuser l'inégalité qui est entre la dicte Royne, sa souveraine, et mon dict frère, et par ce moyen asseurer parfaitement la paix entre ces deux royaulmes, luy parlant de Calais qu'il eût bien desiré qu'il leur eust esté restitué, à condition que mon dict frère en demeureroit gouverneur durant sa vie, et qu'après sa mort il reviendroit aux enfants qu'il auroit de la dicte Royne. Sur quoy Ma dicte Dame et Mère asseura le dict ambassadeur qu'il ne falloit pas qu'ilz s'attendissent à cella, pour ce qu'ilz n'y pouvoient prétendre rien plus pour les raisons qu'ilz sçavent assés que la paix seroit tousjours bien gardée de nostre part, et que Dieu, de sa grâce, avoit séparés et bornés de la mer pour un grand bien ces deux royaulmes. Il luy dict sur cella que le dict Calais estoit anciennement de la maison de Bouloigne, et qu'il estoit venu de la Royne, Madame et Mère, laquelle respondit que, pour ceste occasion, ilz y pourroient encores moins prétendre. Aussy sur cella il respondit qu'il voyoit bien que nous ne le leur rebaillerons pas, mais qu'il y avoit bien moyen de faire aisément quelque aultre chose, au lieu du dict Calais, qui seroit bien à propos: c'est que la Royne d'Angleterre peût avoir Flexingues en ses mains et protection, et que, combien que l'on eût faict de deçà une publication qui avoit apporté quelque desfaveur aux Gueux de Flandres, et à ceux qui sont allés de ce royaulme avec eux, et que cella eût aussy aulcunement faict rettenir ceux d'Angleterre, que néantmoings il falloit regarder de faire quelque partage et prendre, chascun de son costé, des Païs Bas en sa protection. Sur quoy Ma dicte Dame et Mère luy respondit que c'estoit un affaire dont elle ne pouvoit luy parler à cause de mon absance, mais qu'elle desiroit le bien et contentement de la dicte Royne, sa Maistresse, et qu'elle s'asseuroit que j'avois les mesmes souhaits.

Je me remets sur vous de cest affaire du mariage, lequel nous avons tant en affection que nous n'avons jamais desiré chose tant que ceste cy, puisque les termes et propos en sont si avant et si fort publiés. Car, enfin, si les choses ne succédoient bien, il ne peut qu'il n'y aille de nostre honneur et réputation comme vous sçavés très bien considérer.