Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 21

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Et estant esclerci maintenant de plusieurs choses importantes en cecy, je sçauray beaucoup mieux me résouldre des propos que j'auray à luy tenir là dessus, pour servir à mon intention, que je n'eusse faict sans en avoir esté adverti de vous, me persuadant que, si, de la part de ma dicte bonne sœur, il est procédé lentement à la conclusion de ceste ligue, selon que vous en avez opinion, cella donnera assés à cognoistre que, en me voulant repaistre de ceste espérance, elle aura l'esprit tendu au dessein de ses affaires du costé d'Escosse, selon que l'apparance y est fort grande; mesmement par ce que j'ay veu en vostre dépesche du dernier du dict passé[115], par laquelle vous me donnés advis comme, à sa suasion, ceux du Petit Lict ont assiégé Lislebourg, encores que je fasse bien mon compte que ce ne sera chose si aisée à exécuter, veu le nombre d'hommes qui est dedans, et le peu d'équipage d'artillerie et munitions que ont les assaillants; ne pouvant rien faire davantage pour le secours des dictz assiégés que ce que vous avés entendu cy devant avoir esté donné de moyen au sieur de Flamy. Bien pourrés vous, de vostre costé, remonstrer tousjours à ma dicte bonne sœur, sur ces effaictz et démonstrations si évidentes qu'elle faict de voulloir opprimer ceux du dict Lislebourg que vous luy avés cy devant faict entendre estre en ma protection, que, en cella, elle faict chose qui contrevient entièrement à nostre commune amitié et bonne intelligence, qu'il me sera bien malaisé de supporter; pour tousjours, s'il est possible, la faire aller un peu plus rettenue en ces choses;

Encores qu'il soit assés notoire qu'elle y est grandement résollue, mesmes par l'extraict de la lettre qu'elle a, puis naguières, escripte au comte de Barwich, qui m'a esté envoyée; par laquelle il se voit assés clairement comme sa délibération est de ne donner jamais liberté à ma dicte belle sœur, ains de la rettenir tousjours en l'estat où elle est, de présent, faisant par là cognoistre, et par toutes aultres démonstrations, son aigreur plus grande à l'encontre d'elle que jamais; et notamment en ce qu'elle à dernièrement permis estre imprimé le livre que m'avés envoyé, duquel l'intitulation seulle est si honteuse[116] et tant au déshonneur de ma dicte belle sœur, que, gardant le respect et honnesteté qui doibt estre entre tous princes et princesses, elle ne pouvoit jamais souffrir avec raison le dict livre estre mis en lumière, quelque inimitié qu'elle luy porte; desirant à ceste occasion que vous incistiés, envers ma dicte bonne sœur, de faire deffendre et censurer le dict livre; car, encores qu'il ait jà coureu par le monde qui en aura esté imbu, croyant assés souvent plustot le mensonge que la vérité, pour le moins elle cognoistra, par la dicte instance, que je ne puis entendre que avec grand regret qu'elle ait souffert un si villain escript estre publié d'une personne, de laquelle, pour la qualité qu'elle a de princesse, sa prosche parante, elle debvoit avoir l'honneur plus recommandé, aussy, pour avoir eu mon alliance, ayant esté femme de mon frère ayné, sans se monstrer en cest endroict si avant vaincue de la hayne, qu'elle luy porte, qu'elle luy ayt faict oublier ce qui estoit de sa grandeur et dignité. Sur ce, etc.

Escript à Duretat, le XVe jour de novembre 1571.

CHARLES. BRULART.

[115] Voyez CCXVe dép., tom. IV, pag. 266.

[116] Voyez tom. IV, note, pag. 301.

CII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXXe jour de novembre 1571.--

Affaires d'Écosse.--Résolution d'Élisabeth de régler les différends entre les Écossais.--Nécessité d'attendre pour prendre une détermination.--Satisfaction du roi sur la disposition d'Élisabeth à former une ligue, regret qu'elle y mette pour condition la captivité de Marie Stuart.--Assurance que malgré la victoire de Lépante le roi d'Espagne ne pourra pas tourner ses armes contre l'Angleterre.--Nouvelles de Flandre.--Fuite de l'ambassadeur d'Espagne qui résidait auprès du roi.--Plaintes contre la conduite qu'il a tenue.--Assurance qu'il ne peut y avoir aucune crainte de guerre entre la France et l'Espagne.

Monsieur de La Mothe Fénélon, vos dépesches du Xe et XVe de ce moys[117], m'ont esté rendues à un jour près l'une de l'aultre, ayant veu, par celle du Xe les propos que vous avés tenus avec ma dicte bonne sœur, au commencement de vostre dernière audience, lesquelz, comme vous avés bien sceu estendre en tout langage convenable à l'opinion que je désire qu'elle ait de la continuation de ma bonne amitié et intelligence en son endroict, ainsi suis je bien aise qu'elle les ait receus avec toute démonstration de contentement, ayant bien notté la responce qu'elle vous a faicte sur l'instance des affaires d'Escosse, que vous avés bien sceu estendre pour servir à mon intention, se voyant assés clairement qu'elle ne se veut pas despartir des dictz affaires, comme de chose qu'elle estime luy appartenir de droict; estant ordinairement advenu par le passé, ainsi qu'elle dict, que, quand les Escossois ont esté les uns contre les aultres en division, en leur royaulme, les Rois d'Angleterre en ont décidé et esté les arbitres. Sur toutes lesquelles choses il ne fault rien précipiter, mais attandre ce que aura charge d'en négotier avec moy celluy des seigneurs de son conseil qu'elle envoyera devers moy, par lequel elle remet de s'en esclercir avec moy; qui est, comme j'estime, pour tousjours gaigner temps, pendant lequel, si elle faisoit quelque nouvelle démonstration de faveur à ceux d'Esterlin, soit pour leur envoyer secours de gens ou d'argent, pour leur rellever le cœur à cause de l'honteuse retraicte qu'ilz ont faicte de devant Lislebourg, je desire que, venant à vostre cognoissance, vous luy en faictes instance ainsi prudemment que vous avés tousjours bien sceu faire jusques ici, pour servir à l'empescher d'y aller aussy librement, que je ne fais poinct de doubte qu'elle en est incessamment sollicitée.

[117] Voyez CCXVIIe et CCXVIIIe dép., tom. IV, pag. 274 et 282.

Et estant tout ce que j'ay à vous respondre sur vostre dicte lettre du Xe, je viendray à celle du XVe, et vous dirai que j'ay trouvé fort sage la responce que vous avés faicte au comte de Lecestre sur les propos qu'il vous a tenus du desir, que ma dicte bonne sœur a, de continuer toute sa vie en mon amitié, sans s'en vouloir jamais despartir, et que vous ne fissiés aulcun doubte qu'elle ne voullût passer oultre, ou à l'alliance jà commencée, ou bien à une fort estroicte confédération avec moy, et aussy entendre à accommoder, pour mon respect, les affaires d'Escosse, pourveu que je ne la fasse presser de se despartir de la déterminée résollution qu'elle a prinse de ne se désemparer jamais de la personne de ma dicte belle sœur; d'aultant que c'est chose qu'elle ne peut faire pour sa seurté, à cause des grandes pratiques qui se sont jà descouvertes qu'elle faisoit traicter, qu'elle continuerait encores davantage, estant dellivrée, soit avec le Pape, le Roy d'Espaigne, ses parents ou ses propres subjects, dont elle ne pourroit vivre en repoz en son estat; comprenant par ce propos que l'on ne peut faire plus grand desplaisir à ma dicte bonne sœur que de luy parler de la dellivrance de ma dicte belle sœur; qui est cause que je ne suis pas d'advis que vous luy en parliés, mais bien, si elle s'eslargissoit à voulloir donner quelque secours à ceux du dict Esterlin selon la capitulation qu'il vous a esté donné advis que milord d'Housdon a faicte avec eux, vous continuerés là dessus vos instances accoustumées, ainsi qu'il est contenu cy dessus; trouvant, au reste, extrêmement à propos l'advis, que vous me donnés, de ne faire poinct démonstration de sçavoir aulcune chose de la délibération, (qui vous a esté déclarée ma dicte bonne sœur avoir prinse), de ne mettre jamais en liberté la Royne d'Escosse, ma belle sœur; mais je seray bien ayse que vous m'ouvriés les moyens, qui se pourront trouver sans cella, honnorables et non trop mal aisés pour entrer en intelligence au bien et repos des trois royaulmes.

Vous voulant bien dire, au surplus, pour le regard de la nouvelle de la victoire du Turc, qu'elle est, à la vérité, belle et grande, et d'une perte de près de deux cens gallères, ainsi que portent les derniers advis, que nous en avons eu; mais non toutesfois telle que, pour cella, il y ait apparance que ma dicte bonne sœur doibve craindre que le Roy Catholique tourne ses entreprises du costé d'Irlande; vous voullant bien dire, au surplus, que le Sr de Mondoulcet, qui est mon agent en Flandres, m'a mandé qu'il avoit esté grand bruit, par delà, d'une entreprise qui se faisoit sur l'Angleterre, qui est, à mon opinion, celle dont faict mention vostre dépesche du XXe[118], laquelle s'est descouverte par l'accusation d'aulcuns des seigneurs qui sont prisonniers à la Tour. Il m'a aussy escript que Seton, qui s'estoit embarqué pour passer en Escosse, avoit esté contrainct de relascher en Flandres, à cause de ceste descouverte, et estoit entièrement destourné de ce voyage.

[118] Voyez CCXIIe dép., tom. IV, pag. 258.

Au surplus, Monsieur de La Mothe Fénélon, pour ce que l'on pourra parler diversement par delà du despart de l'ambassadeur d'Espaigne de ma ville de Paris, je vous veux bien dire que, ayant séjourné longuement au dict Paris, sous coulleur de l'indisposition qu'il disoit avoir, il a, pendant son dict séjour, employé ordinairement le temps à faire toutes les mauvaises pratiques qui luy a esté possible avec mes propres subjects, dont, se sentant coulpable, comme je pense, et jugeant bien que cella estoit venu à ma cognoissance, il s'en est allé, déguisé, en Flandres, sans avoir prins congé de moy; qui est une façon nouvelle, et convenable à tous les aultres mauvais offices qu'il a faict pendant qu'il a résidé par deçà, vous pouvant asseurer qu'il n'a eu juste occasion de crainte, qui l'ayt deu faire ainsi quitter, s'il ne la s'est donnée luy mesmes par le jugement de sa propre conscience; et que, pour cella, on ne doibt penser que je sois en aulcune mauvaise intelligence avec le Roy Catholique, mon beau frère, lequel ayant adverti de ses déportements, a trouvé très mauvaise la façon du dict ambassadeur, et s'en est grandement courroucé; qui est cause qu'il n'a osé aller trouver son Maistre; priant Dieu, etc.

Escript à Duretat, le dernier jour de novembre 1571.

CHARLES. BRULART.

CIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du premier jour de décembre 1571.--

Arrivée de Quillegrey en France.--Audience qui lui est accordée par le roi.--Explications sur la remise de l'argent envoyé par La Mothe Fénélon à Marie Stuart.--Détails donnés par Quillegrey sur la conspiration du duc de Norfolk et la correspondance de Marie Stuart avec le duc d'Albe.--Projets des Espagnols de s'emparer du prince d'Écosse et de faire une entreprise sur l'Angleterre.

Monsieur de La Mothe Fénélon, le Sr de Quillegrey, estant arrivé depuis quelques jours, je luy ay donné, ce jourdhuy, audience, en laquelle il a commencé à me dire, après ses lettres présentées, que ma dicte bonne sœur l'avoit envoyé pour résider, pendant que le Sr de Walsingam se fairoit guérir de sa maladie, luy ayant donné charge de me dire que, ayant entendu comme je remettois à faire plus certain jugement sur la responce qui a esté faicte par elle aux articles cy devant proposés par mon cousin le Sr de Foix, touchant le mariage de mon frère le Duc d'Anjou, de ce que j'en debvois espérer, à la venue de l'un des seigneurs de son conseil qu'elle me doibt envoyer, pour avoir trouvé quelque obscurité ès dictes responces, elle continuoit en sa résollution de le dépescher par deçà au plus tost que faire se pourra; ayant escusé le retardement de son partement sur les grands affaires que a eu Madame ma bonne sœur, mesmes en ce faict de conspirations, qui se sont, puis naguières, descouvertes contre sa propre personne et son estat.

A quoy je luy ay respondu que, en quelque temps et heure que vînt le dict seigneur de son conseil, il sera tousjours le très bien venu, et receu de moy comme personne envoyée de la part de la princesse de ce monde, de qui j'estime plus l'amitié, laquelle je desire confirmer tousjours davantage, soit par une bonne alliance ou par une plus estroicte confédération, ne pouvant estre, pour nostre commune bonne intelligence, que bien fort marri du trouble que l'on luy a voulleu susciter. Puis je suis venu à luy parler de la restitution des deux mille escus, au mesme langage que aviés escript par vostre lettre du Ve de novembre[119], qui est que la moytié d'iceulx vous a esté envoyée par moy, et l'autre est procédée d'une partie que je vous ay faict addresser par l'archevesque de Glasco, pour estre le tout par vous envoyé à Vérac, mon agent; m'ayant là dessus respondu que ma dicte bonne sœur avoit, jusques ici, pensé qu'ilz eussent esté baillés par l'ambassadeur d'Escosse pour secourir les gens de ma belle sœur, mais, puisque la chose estoit ainsi que je la luy ay dicte, il ne manqueroit de le luy escrire, de sorte que je ne fais poinct de doubte que les deux mille escus ne vous soyent rendus.

[119] Voyez CCXVIe dép., tom. IV, pag. 269.

Après cella, il est entré à me dire qu'il estimoit que je n'avois pas sceu ce qui s'estoit descouvert, de particulier, des dictes conspirations; et a commencé à me raconter qu'il y a assés longtemps que, s'estant cognu que le dict de Norfolc, qui est maintenant prisonnier à la Tour, avoit eu quelques promesses de mariage avec ma dicte belle sœur, la Royne d'Escosse, et aultres mauvaises intelligences, il avoit esté constitué prisonnier en la dicte Tour; et despuis, après avoir recogneu sa faulte, et renoncé à toutes les dictes promesses et intelligences, elle l'avoit fait mettre en liberté, où, ayant demeuré pour quelque temps, il est despuis retombé en la même faulte; dont il a esté faict de nouveau prisonnier, s'estant descouvert par son accusation en plusieurs lettres, qui se sont trouvées, de ma dicte belle sœur, qu'elle estoit entrée en grande deffiance de moy, et n'espéroit plus de secours, de mon costé, en ses affaires; mais estimoit que j'adhérois plustost à la Royne d'Angleterre, ma dicte bonne sœur, si bien qu'elle avoit pris résollution de s'adonner du tout au Roy Catholique, mon beau frère, et d'entendre au mariage de don Jehan d'Austria; et par mesme moyen d'envoyer son fils en Espaigne, pour le marier avec l'une de mes niepces; parmi toutes lesquelles choses il s'est vériffié qu'il y avoit de grandes intelligences avec le duc d'Alve, pour surprendre aulcuns des ports de son royaulme.

Sur quoy je luy ay dict que j'entendroys tousjours avec grand desplaisir qu'il se fasse aulcune chose contre son estat et son royaulme, le repoz duquel je desire comme celluy du mien propre; mais que, tenant ma dicte belle sœur prisonnière, comme elle faict, je la prie de ne luy faire, pour cella, aulcun pire traictement, ainsi qu'il est convenable à sa grandeur et magnanimité.

Et sur ce propos, le dict Sr de Quillegrey s'est départi d'avec moy, vous ayant bien voullu faire ce petit discours, affin que vous sçachiés particullièrement de quelle façon s'est passée l'audience qu'il a eue de moy. Qui est tout ce que j'ay à adjouster à mon aultre lettre[120]; priant Dieu, etc.

A Duretat, le premier jour de décembre 1571.

CHARLES. BRULART.

[120] La lettre précédente, qui est du 30 novembre.

CIV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du premier jour de décembre 1571.--

Audience donnée à Quillegrey par Catherine de Médicis.--Prochaine arrivée en France d'un seigneur du conseil pour la négociation du mariage.--Discussion relative à Marie Stuart et aux affaires d'Écosse.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay aujourdhui donné audience au Sr de Quillegray, lequel, m'estant venu trouver, a commencé ses propos par me dire que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, l'envoyant par deçà pour se tenir près du Roy, Monsieur mon filz, pendant le temps que le Sr de Walsingam se faira penser de sa maladie, elle luy a donné charge de me voir par mesme moyen, avec commandement de me communiquer de tous affaires, ainsy qu'au Roy, Mon dict Sieur et filz, d'aultant qu'elle sçait bien que luy et moy ne sommes qu'une mesme chose; et aussi pour le respect de l'amitié qu'elle me porte, me tenant au lieu de sa bonne mère; m'ayant faict entendre qu'il a une entière bonne affection de s'acquitter de la charge qui luy est commise, avec tous les dignes offices qui luy seront possibles, pour entrettenir la bonne intelligence qui est entre nous et sa Maistresse, portant une particullière affection à ce royaulme pour y avoir esté longuement nourry.

A quoy je luy ay respondu que ma dicte bonne sœur avoit assés d'occasion de m'aimer pour sçavoir qu'il n'avoit pas tenu à moy et que je n'aye faict tout mon possible pour l'allier d'alliance avec la personne de ce monde qui m'est la plus chère, ainsi que j'en ay encore une bonne vollonté, et de servir de toutes choses qui seront en ma puissance, au dedans de ce royaulme, la bonne vollonté et amitié qu'elle me porte.

Puis est venu à me dire que sa dicte Maistresse avoit entendu, avec grand plaisir, que le Roy, Mon dict Sieur et filz, ait pris en bonne part la responce que a aporté d'elle le Sr de Foix sur l'effaict du mariage, laquelle, encores qu'elle luy ayt assés déclarée et qu'il ne soit besoin d'en faire nulle aultre expression, si est ce que, d'aultant que le dict Sr de Foix luy a dict que le Roy, Mon dict Sieur et filz, auroit grand plaisir qu'elle envoyât devers luy quelqu'un pour cest effaict, elle a délibéré d'y envoyer l'un de ceux de son conseil, combien qu'elle ait jà donné à entendre ce qu'elle pouvoit faire en cest endroit, et qu'elle s'y soit mise plus avant qu'elle ne devoit, estant fille comme elle est; que le retardement du parlement du dict seigneur de son conseil estoit procédé à l'occasion des grands affaires qu'elle a eus, despuis quelque temps en çà, à cause des conspirations qui se sont descouvertes; car, ayant esté choisi une fois pour ceste charge, milord Coban, il s'est trouvé l'un de ceux qui sont fort chargés des dictes conspirations; et, despuis, ayant esté destiné un aultre en sa place, sa dicte Maistresse en avoit aussi eu quelque soubçon qui l'empeschoit de se pouvoir fier à luy; de sorte qu'elle a esté contraincte de se résoudre à un aultre qu'il estime debvoir partir bientost, et que nous aurons agréable. Toutes lesquelles choses je lui ay bien fort gratiffiées et asseuré que le dict seigneur seroit le très bien venu.

Après ces propos, il s'est un peu rettiré de moy, comme s'il eust voulleu prendre congé, toutesfois estant demeuré un espace de temps ferme devant moy sans me parler, je luy ay demandé des nouvelles de la Royne d'Escosse, ma belle fille; sur quoy il m'a dict qu'elle estoit en la maison du comte de Scherosbery, bien traictée, ainsi qu'il appartient à son estat, mais non toutesfois en telle liberté qu'elle a esté cy devant, pour faire beaucoup de mauvaises entreprinses, ainsi qu'il s'est descouvert qu'elle voulloit faire, s'estant trouvé, par l'accusation du duc de Norfolc, et aulcune de ses lettres qu'elle luy a escriptes, comme elle estoit entrée en deffience du Roy, Mon dict Sieur et fils, et de moy, disant que nous adhérions plustost à ma dicte bonne sœur, ez choses qu'elles avoient à débattre ensemble, que à elle; et que partant elle estoit résollue, se voyant ainsi destituée de nostre costé, d'entendre au mariage de don Jehan d'Austria, et d'envoyer son filz en Espaigne, par le moyen d'un sieur auquel elle en escrivoit, affin d'en faire aussy là le mariage.

Je luy ay respondu, là dessus, que j'estois bien aise que ma dicte bonne sœur eût, par là, occasion de cognoistre combien l'on estime que nous marchons syncèrement en la conservation de son amitié; et estimois que l'on mettoit sus beaucoup de choses à ma dicte belle fille que je ne pouvois quasi croire.

Sur quoy il m'a répliqué que, si le Roy, Mon dict Sieur et filz, voulloit, toutes les mauvaises pratiques qu'elle a faictes contre sa Maistresse et les choses contenues cy dessus se vériffieroient en peu de temps, en Angleterre, avec vous, par les procès verbaux et originaux des lettres escriptes, qui vous seroient représentées.

Après cella je luy ay dict que le Roy, Mon dict Sieur et filz, desireroit bien sçavoir du bon portement de ma dicte belle fille, et seroit en quelque bonne vollonté, pour en estre plus assuré, de l'envoyer visitter.

Il ma dict que sa Maistresse estoit princesse de vérité, et l'asseuroit de son bon portement, et qu'il peut croire qu'elle ne luy voudrait poinct faire aulcun mauvais traictement, luy semblant que ce ne luy est pas beaucoup d'honneur, estant telle qu'elle est, de s'en soucier si fort.

Après ce propos, il m'a dict qu'il avoit charge, de sa dicte Maistresse, de parler à moy ouvertement, et de me déclarer ce qu'elle a sur le cœur, qui est que, si le Roy, Mon dict Sieur et filz, voulloit prendre résollution avec sa Maistresse d'appaiser les troubles d'Escosse, et d'y establir l'obéissance du jeune Roy, sans parler, en façon du monde, de la dicte Royne, ma belle fille, elle estime que les choses se pourroient aisément accorder au commun bien et repos de tout le royaulme et à nostre contentement.

Sur lesquelz deux derniers poincts, à sçavoir: de vériffier avec vous les charges de ma dicte belle fille; et le dernier, de l'accommodement des affaires du dict Escosse; je luy ay respondu que j'en parlerois au Roy, Mon dict Sieur et filz, pour luy en rendre responce à Bourgueil, auquel lieu je luy ay assigné une nouvelle audience. Bien luy voullois je dire, comme de moy mesmes, que le Roy, Mon dict Sieur et filz, ne pourrait jamais délaysser la dicte Royne d'Escosse; car, oultre ce, qu'elle est Royne d'un royaulme qui a une ancienne et estroicte confédération avec le sien, elle est son alliée de si près, qu'il ne seroit jamais trouvé bon qu'il l'abandonnât en son affliction, telle qu'elle l'a aujourdhuy, luy semblant appartenir à son honneur d'assister à tous les princes qui sont ses alliés, et ne les délaisser non plus qu'il ne le voudroit faire à l'endroict de sa dicte Maistresse, en façon du monde, quand elle viendroit à tomber en quelque affliction.

Il m'a replicqué là dessus que le Roy, Mon dict Sieur et filz, n'auroit poinct occasion de rien craindre en cessi, ayant, d'un costé, l'amitié des princes protestants, comme elle luy est bien asseurée par le moyen de l'édict de pacification, et, d'un aultre costé, celle de l'Angleterre, me priant de rechef que je luy en parlasse.

Qui est le sommaire de tout le propos que j'ay eu avec luy, désirant, le Roy, Mon dict Sieur et filz, avoir vostre advis sur ce qu'il a proposé de vériffier, en vostre présence, tout ce qui s'est dict par delà des menées et conspirations qui ont esté conduittes par ma dicte belle fille, la Royne d'Escosse; dont je vous prie le rendre certain par vostre première dépesche. Cependant il ne manquera de vous donner, cy après, advis de ce qu'il résoudra et respondra sur iceulx poinctz au dict Sr de Quillegray; auquel j'ay aussy parlé des deux mille escus au mesme langage porté en vostre dépesche du Ve du passé; et ay escusé ce que j'en avois cy devant respondu au dict Sr de Walsingam sur ce que je ne l'avois bien entendu.

A quoi il m'a réplicqué qu'il sembloit que vous eussiés eu quelque intelligence avec les gens du dict de Norfolc. Laquelle je luy ay dict avoir possible esté pour l'adresse des dictz deux mille escus, mais qu'elle ne se trouvera poinct s'estre estendue ez choses dont l'on accuse le dict duc. Ce qu'il m'a confessé, me disant qu'il fauldroit donc rendre les dictz deux mille escus.