Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 20

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A quoy je luy ay respondu que mon dict filz n'estoit pas si mal advizé qu'il ne recogneût bien que c'estoit le plus digne parti qui se puisse offrir pour sa grandeur; et que, quand ma dicte bonne sœur s'accomoderoit aux choses raisonnables que nous desirons d'elle, qui est la permission de pouvoir librement exercer sa religion avec sa famille, sellon que sa conscience le luy commande, que j'estimois qu'il ne s'y trouveroit poinct de difficulté; mais que, estant mon dict fils tant amateur de sa religion comme il est, ainsi que le dict Sr de Walsingam le pourroit assés cognoistre, quand soigneusement il s'en voudra enquérir, je ne pensois pas que, pour quelque grand avantage et grandeur que luy peust estre proposée en ce monde, il soit jamais pour condescendre à aulcun parti, si l'exercisse public de sa dicte religion ne luy demeure libre pour luy et tous les siens.

Et m'ayant là dessus respondu le dict Sr de Walsingam qu'il pensoit que ce seroit chose fort difficile, et qui ne se pourroit faire; je luy ay dict que je m'estois assez enquise de la vollonté de mon dict filz, mais que, le cognoissant comme je fais, je sçavois bien qu'il avoit tant de révérence à sa religion que, pour devenir le plus grand monarque du monde, il ne voudroit perdre à la pouvoir exercer publiquement avec tous les siens en telle liberté que sa conscience le luy commande, et pour rien du monde se mettre en danger d'y estre aucunement empesché soubz quelque petite permission que luy en pourroit faire ma dicte bonne sœur, à laquelle je m'asseurois qu'il n'avoit aultre vollonté, toute sa vie, que de faire servisse, se sentant luy estre obligé.

Vous ayant voulleu faire ce discours de tous ces propos que j'ay eu avec le dict Sr de Walsingam, affin que, en donnant advis à sa Maistresse, vous en soyés, de vostre part, informé, et en parliés ce mesme langage; réservant toutesfois à luy dire rien de ce dernier poinct, contenant la vollonté de mon dict filz, si elle ne vient à vous en parler la première; auquel propos vous luy pourrés dire davantage que, par là, elle peust cognoistre qu'il ne tient de nostre costé que les choses n'ayent esté conduittes à l'effaict que nous avons tant désiré. Et si, là dessus, pour luy faire mieux cognoistre combien nous avons envie de contracter alliance avec elle, et nous asseurer de son amitié, vous luy mettiés en avant mon filz le Duc d'Alançon, pour entrer en ceste place, lequel ne se randroit pas si scrupuleux au faict de sa dicte religion que faict mon dict filz, le Duc d'Anjou, j'estime que cella ne viendroit pas mal à propos. Toutesfois c'est chose que je remets à vostre jugement pour en faire selon ce que vous estimerés, voyant l'estat présent des choses s'en debvoir faire pour le mieux, ou bien s'il sera meilleur d'attandre à en faire l'ouverture au milord que doibt envoyer par deçà ma dicte bonne sœur.

Vous adjousterés à ce que dessus que nous sommes bien marris que nous n'avons une aultre personne, semblable à mon dict filz d'Anjou, pour la luy offrir; mais qu'il n'y a pas grande différence entre luy et mon dict filz d'Alençon, qui l'aprosche d'aage d'un an, estant toutesfois, selon que je vous mande, et que vous jugerés estre pour le mieux. Et sur ce, etc.

Escript à Blois, le XXVIIIe jour de septembre 1571.

CATERINE. BRULART.

XCVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du VIIe jour d'octobre 1571.--

Affaires d'Écosse.--Conférence de l'archevêque de Glascow avec Catherine de Médicis.--Vives sollicitations de sa part pour obtenir en faveur de Marie Stuart des secours d'hommes et d'argent.--Impossibilité où se trouve le roi d'envoyer un secours d'hommes.--Consentement donné à l'envoi d'un secours d'argent.--Instances que doit faire l'ambassadeur auprès d'Élisabeth pour Marie Stuart.

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous aurés entendu par la lettre que vous a escript la Royne, Madame ma mère, du XXVIIIe du passé, le propos qu'elle et le Sr de Walsingam ont eu ensemble, mesmes touchant le faict de la Royne d'Escosse, ma belle sœur, que je touche seullement d'aultant que la présente que je vous fais ne regarde que ce qui concerne ma dicte belle sœur; de laquelle je vous diray que l'ambassadeur vint avant hier trouver ma dicte Dame et Mère, et amena avec luy le Sr de Flamy, luy faisant entendre, que sa Maistresse luy avoit mandé de s'en aller en Escosse pour essayer à regaigner ce qu'il y avoit perdu, et aussy pour luy faire servisse et s'employer à reconquérir les choses qui avoient esté usurpées par ses subjects rebelles; mais que, auparavant son partement, il l'avoit chargé de sçavoir quel secours de gens et d'argent il me plairroit de donner à ma dicte belle sœur, en la nécessité où ses affaires estoient à présent réduicts en son royaulme, lesquelz avoient plus de besoin du dict secours que jamais; d'aultant que, d'un costé, il semble que la Royne d'Angleterre veuille y envoyer gens de guerre pour favoriser ses dicts subjectz rebelles, et, d'aultre part, tant s'en fault que la mort du comte de Lenox, naguières advenue, ait apporté un meilleur succès en ses dicts affaires que, au contraire, les Amilthons qui, de son vivant et pour la hayne mortelle qu'ilz avoient contre luy, favorisoient le parti de ma dicte belle sœur, commencent à s'accorder avec les aultres qui sont demeurés après le décès du dict comte de Lenox; de sorte que, sans le dict secours, elle ne voyoit pas que ses dictz affaires ne feussene; que pour se porter fort mal.

Sur quoy ma dicte Dame et Mère les a remis à sçavoir ma vollonté en cest endroict pour après la leur faire entendre; laquelle, je vous veux bien dire, sera telle que je ne me délibère, en façon du monde, de luy promettre d'envoyer gens de par delà, car, si je le faisois, cela tomberoit plus à son désadvantage que à son profit, d'aultant que, n'y en pouvant envoyer que bien petit nombre, à cause du traject de mer, c'est une chose toute asseurée que, quand je l'aurois faict, la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, ne manqueroit d'y en envoyer, de sa part, un bien plus grand nombre, comme il luy est assés aisé et qu'elle a grande commodité de le pouvoir faire; si bien que, au lieu d'esteindre ce feu de guerre, qui est de delà, ce seroit l'allumer et augmenter davantage, mais, quand à l'argent, estant un secours qui se peut mieux couvrir, je regarderay de luy en faire bailler quelque somme.

Qui est tout ce qu'il me semble que je pourray mieux faire de ce costé pour ma dicte belle sœur, de laquelle je desire que vous favorisiés tousjours par delà les affaires aultant qu'il vous sera possible, et que, à ceste fin, vous dictes, de ma part, à ma dicte bonne sœur que, ayant entendu qu'elle estoit en quelque vollonté d'envoyer des gens de guerre au dict Escosse, je la veux bien prier, au nom de nostre commune amitié, de s'en voulloir desporter, et de ne rien faire au domage des affaires de ma dicte belle sœur, comme seroit l'envoy des dicts gens de guerre; car, si elle le faisoit, je serois contrainct et ne me pourrois honnestement garder d'y envoyer aussy, de mon costé, pour les anciennes alliances qui sont entre mon royaulme et celluy d'Escosse, et mesmes pour l'estroicte et particulière que a avec moy ma dicte belle sœur, ayant esté femme de mon frère ayné.

Et, ce faisant, vous la pourriés asseurer que le plus grand desplaisir que je sçaurois recevoir en ce monde, ce seroit d'en venir là, car, tant s'en fault que je veuille entrer en chose qui puisse aulcunement altérer et amoindrir nostre commune bonne amitié et intelligence que, au contraire, je ne desire rien plus que embrasser tout ce qui la peut augmenter, en quoy j'espère qu'il me sera correspondu de son costé; vous priant de luy faire entendre ces choses le plus doucement que vous pourrés, affin que, sans l'aigrir, vous puissiés, s'il est possible, destourner la vollonté qu'elle pourroit avoir d'envoyer gens au dict Escosse, ou faire révoquer ceux qui, possible, se seroient jà acheminés, ainsi que par vostre dépesche du XXVIe du passé[108] vous me mandiés que l'on pensoit qu'elle le deubt faire; vous voulant bien dire sur icelle dépesche, que j'ay trouvé la lettre, que vous avés escripte au milord Burgley, fort sage, et que vous n'eussiés sceu mieulx faire, voyant l'aigreur et mauvaise vollonté en laquelle ma dicte bonne sœur estoit envers la dicte Royne d'Escosse, sellon ce que vous en a faict sçavoir le dict Burgley, que de ne vous avancer poinct davantage pour parler des choses contenues en ma dépesche du Xe. Toutesfois vous avez bien cogneu par les propos que ma dicte Dame et Mère a eus des affaires d'Escosse avec le Sr de Walsingam comme nous ne luy avons donné à cognoistre, en façon du monde, que nous tenions les dictz affaires en peu de compte, si bien que ma dicte bonne sœur ne pourra estre confortée de l'opinion que le comte de Lestre vous a dict qu'elle avoit, qu'il sembloit que vous fissiés en l'instance des dictz affaires plus qu'il ne vous estoit commandé, et penchassiés aulcunement du costé de la maison de Guise; n'ayant rien à vous dire davantage sinon de prier Dieu, etc.

Escript à Bloys, le VIIe jour d'octobre 1571.

CHARLES. BRULART.

[108] Voyez CCVIIe dép., tom. IV, pag. 241.

XCIX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXe jour d'octobre 1571.--

Affaires d'Écosse.--Audience accordée à l'archevêque de Glascow.--Supplications de l'archevêque afin d'obtenir pour Marie Stuart le secours du roi.--Déclaration faite par le roi à Walsingham qu'il désire savoir quelle conduite la reine d'Angleterre veut tenir à l'égard de Marie Stuart.--Résolution du roi d'autoriser le sieur de Flemy à préparer en Bretagne ou Normandie une expédition pour l'Écosse.--Satisfaction du roi d'apprendre qu'Élisabeth a suspendu ses préparatifs contre ce pays pour traiter de la ligue.--Avis sur les projets des Espagnols contre l'Écosse.--Contentement qu'éprouve le roi de la conduite de l'Amiral.--Approbation de la déclaration faite par l'ambassadeur qu'Edimbourg est placé sous la protection du roi.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis la dernière dépesche que je vous ay faicte, qui a esté du VIIe du présent, l'archevesque de Glasco a eu une audience de moy, avec le Sr de Leviston, qui m'a baillé des lettres de la Royne d'Escosse, ma belle sœur, et faict entendre bien amplement le misérable estat auquel elle est aujourdhuy réduitte, tant pour sa personne que l'on pourchasse à faire mourir, que pour ses affaires d'Escosse: qui est conforme à ce que m'en avés escript par vos dépesches du dernier du passé et VIe du présent[109], et mesmes, à ce que j'ay peu voir par les coppies des lettres que ma dicte belle sœur vous a escriptes, me requérant de nouveau de faire ouverte démonstration que je suis dellibéré d'entrettenir l'alliance de ceste couronne avec le royaulme d'Escosse, prendre elle, son fils et son royaulme, en ma protection, et de faire garder les promesses que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, luy a cy devant faictes de la mettre en liberté; à toutes lesquelles choses je leur promis lors d'aviser.

[109] Voyez CCVIIIe et CCIXe dép., tom. IV, pag. 245 et 248.

Et partant, y ayant pensé; un ou deux jours après, j'ay faict venir devers moy le Sr de Walsingam, lequel j'ay prié de remonstrer à sa Maistresse, de ma part, comme elle sçait bien que, jusques icy, je ne me suis poinct entremis des affaires d'Escosse que comme ami commun, desireux de voir ce royaulme là en bonne pacification, pour le respect que j'ay vouleu porter à la conservation de la bonne amitié et intelligence que j'ay avec elle, sans rien attanter de ce costé là dont elle se peût sentir offencée, l'ayant tousjours requise de faire traictement à ma dicte, belle sœur digne d'une Royne et souveraine princesse telle qu'elle est; et entendant que, au contraire de ce, elle use aujourdhuy envers elle de toutes les rigeurs du monde, et mesmes qu'elle veut envoyer gens de guerre en Escosse pour la faveur de ceux qui tiennent son parti contraire, je ne pouvois trouver toutes ces choses que bien fort indignes, et pour moy malaisées à supporter à cause de l'estroitte alliance et amitié que j'ay avec ma dicte belle sœur et le royaulme d'Escosse, laquelle ne me permettroit jamais, en servant à mon honneur et réputation, de la délaisser en ces besoings; et partant je desirerois que ma dicte bonne sœur s'en voullût esclaircir avec moy pour sçavoir à quoy je m'en doibs tenir et ce que je puis attendre de ses déportementz envers ma dicte belle sœur: chose que je ne fais poinct de doubte qu'il ne mande par delà; qui est cause que j'ay voulleu vous en donner ce mot d'advis affin que vous en parliés à ma dicte bonne sœur au mesme langage, en entrant en propos avec vous.

Or, pour tout cella, m'estant bien au vray représenté le besoin du secours que ont ceux de Lislebourg, tant par ce que le dict Leviston m'en a dict, que ce que j'ay veu par voz précédentes, je n'ay voullu attandre à leur donner quelque ayde, ayant eu agréable que le sieur de Flamy passât au dict Escosse quelques deux ou trois cens soldats qu'il m'a dict qu'il mettroit ensemble, et ordonné luy estre baillés dix mille livres et des vaisseaux, navires et mariniers pour charger les dictz soldatz en mes ports de Bretaigne ou de Normandie, ainsi qu'il trouvera plus à propos, ensemble deux pièces d'artillerie de campagne avec des boulés, et munitions qui ne seront marquées de mes armories, sans que l'on donne aulcunement à cognoistre que ce soit chose dont je me mesle en façon du monde; qui sera un assés bon rafreschissement, s'il peut arriver par delà à temps, et avant qu'il ait esté faict aulcun effort au dict Lislebourg, sellon la délibération qui avoit esté prinse ainsi que me l'avés mandé; ayant bien considéré ce qui a esté escript curieusement par le dict Sr de Walsingam du recueil de mon cousin l'Admiral en ceste cour, qui est conforme à la vérité; ce que aussy me donnés advis du voyage que doibt faire par deçà Quillegrey pour passer, puis après, en Allemaigne; auquel voyage je le fairay observer soigneusement pour la charge qu'il aporte avec soy.

Au demeurant, vous avés fort bien faict de faire demeurer le frère du comte de Rothes, auquel si vous pouvés faire bailler quelque mille livres pour son entretien, je regarderay à vous le faire rembourser. Au surplus, je seray bien aise d'entendre la responce qui aura esté faicte par ceux de Esterlin à la dépesche que fist ma dicte bonne sœur, au commencement de septembre, au comte de Lenox, pour induire ceux du dict Esterlin à la requérir de remettre en leurs mains la personne de ma dicte belle sœur.

Vous voulant bien dire, Monsieur de La Mothe Fénélon, pour fin de la présente, que, ainsi que j'estois sur le poinct de la vous faire, la vostre du Xe du présent[110] est arrivée, par laquelle ce m'a esté grand plaisir de voir que les propos que vous avés tenus à ma dicte bonne sœur, sur ma dépesche du XXVIIIe du passé, l'ayant si fort contantée qu'ilz ayent interrompu l'instante conclusion des intelligences que l'on voulloit traicter avec elle, qu'elle a mis en suspens, attandant qu'elle voye si elle se pourra accorder à quelque bonne ligue avec moy. A quoy je vous puis asseurer que je seray tousjours fort disposé; et ne me pouvoit rien estre plus agréable que de voir qu'elle ait aultant ou plus craint que je demeurasse offencé de la responce qu'elle m'a faict faire, sur l'exercisse de la religion de mon frère, que moy de la demande qui luy a esté faicte là dessus, et du despart qui s'est ensuivi de ceste négotiation de mariage; ce que je ne puis imputer que à la dextérité de laquelle vous et le Sr de Foix vous y estes gouvernés.

[110] Voyez CCXe dép., tom. IV, pag. 251.

J'ay eu advis, d'Espaigne, par le Sr de Fourquevaux, que Jullien Romène estoit allé en Biscaie pour trouver l'infanterie espagnolle, et qu'il estime qu'il se traicte quelque entreprise de ce costé là, ou pour l'Irlande, ou pour secourir l'Escosse, estants les affaires de ma dicte belle sœur en bon succès par le moyen de la mort du feu comte de Lenox; mais, si le dict secours n'est fondé que là dessus, il me semble mal assiz, veu que la dicte mort a plustot aporté domage à ses affaires que avantage; mais je le vous escris affin que, là dessus, vous ayés l'œil ouvert davantage à toutes occasions: qui est tout ce que j'ay à vous dire, si ce n'est qu'après avoir esté sept ou huict sepmaines de séjour à Blois, à donner ordre à pleusieurs affaires avec les gens de mon conseil, et résoudre pleusieurs difficultés qui se présentoient, pour le faict de l'édict de pacification, à la conférence qui en a esté faicte par mes cousins, les mareschaux de France, et aultres seigneurs du conseil avec mon cousin l'Admiral, j'ay esté prendre le plaisir de la chasse ez environs du dict Blois; et mon dict cousin l'Admiral, s'en est allé en sa maison de Chastillon, fort content et satisfaict, pour nous venir retrouver, mais que je sois arresté en lieu de séjour. Et sur ce, etc.

Escript au Chasteau Renauld, le XXe jour d'octobre 1571.

Comme je signois la présente, j'ay receu vostre dépesche du XVe[111], par laquelle j'ay veu ce que me mandés de la dépesche qui a esté faicte en dilligence du cappitaine Caje au mareschal de Barwich pour le faire aller devers ceux de Lislebourg affin de les exhorter à se rettenir à l'obéissance de leur jeune Roy avec ceux d'Esterlin, ou qu'elle envoyeroit ses forces par delà pour l'y ranger, les dépesches qui avoient esté desjà faictes de quelques cappiteines, et aussy le préparatif qui se faisoit au chasteau d'Herfort pour y remuer la Royne d'Escosse et bailler sa garde au Sr de Raphe Sadler; louant bien fort ce que, sur ces advis, vous avés remonstré aux seigneurs du conseil de ma dicte bonne sœur, et déclaré que j'avois prins en ma protection ceux du dict Lislebourg, faisant bien estat que, tant pour ce regard que pour la convenence qu'ilz auront trouvée à tous les propos que j'ay eu, par deçà, avec l'ambassadeur de ma dicte bonne sœur, les choses ne seront pas passées plus avant, et remettront à s'en résouldre après l'arrivée par deçà du milord qui viendra. Du XXe jour d'octobre 1571.

CHARLES. BRULART.

[111] Voyez CCXIe dép., tom. IV, pag. 234.

C

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIe jour de novembre 1571.--

Affaires d'Écosse.--Désignation du Mr Du Croc pour passer dans ce pays.--Précaution que l'ambassadeur doit prendre en réclamant contre l'arrestation du frère du comte de Rothe.--Nouvelle de la victoire de Lépante.--Prochain mariage du prince de Navarre avec Madame.

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous aurés entendu, par la dernière dépesche que je vous ay faicte, du XXe du passé, la provision que j'ay donnée du costé d'Escosse; de quoy je ne vous rediray rien par la présente, mais bien que je suis fort aise d'avoir entendu, par la vostre du XXe du mesme moys[112], que la remonstrance que vous avés faicte bien à propos sur les choses que l'on disoit se préparer en Angleterre pour le dict Escosse, et pour la Royne, ma belle sœur, ait donné occasion que, despuis, l'on n'a plus parlé de la remuer au chasteau de Herfort, en la garde du sieur de Raphe Sadler, ni de haster les préparatifs de guerre contre ceux de Lislebourg; vous advisant que je suis conforté, par ce que m'escrivés par vostre lettre, en la délibération, que j'avois prinse, d'envoyer au dict Escosse un personnage de qualité pour essayer à réduire les choses en quelque bonne pacification; pour lequel effaict j'ay choisi le Sr Du Croc, que j'ai mandé exprès, affin de l'y dépescher, trouvant que le faict du duc de Norfolc a mis la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, en de grands soubçons, puisqu'elle faict arrester tant de seigneurs contre son naturel, qui a tousjours esté enclin à manier plustot les choses par douceur que aultrement: ce qui pourra bien estre cause que, estant entièrement occupée à pourvoir à ce qui luy tousche de plus près, elle sera divertie de faire ce qu'elle eust bien désiré contre ceux du dict Lislebourg.

[112] Voyez CCXIIe dép., tom. IV, pag. 258.

Au surplus, je suis bien marri de l'arrest qui a esté faict du frère du comte de Rothes, que vous avés faict demeurer par delà pour maintenir la négotiation de ma dicte belle sœur, le réclamant comme un de mes serviteurs. Il est vray qu'avant que de le faire, je desire que vous vous enquériés bien soigneusement s'il ne sera poinct méritoirement chargé d'avoir eu intelligence avec ses subjectz, pour poursuivre quelque mauvaise entreprinse contre ma dicte bonne sœur, ainsi que je croy qu'il ne se trouvera pas: car, s'il estoit ainsi, l'instance que vous luy en fairiés lui fairoit peut estre penser que ce feust chose faicte par ma cognoissance et intelligence.

Je n'adjouxteray rien aultre chose à ceste lettre, si ce n'est de vous dire que nous avons eu nouvelles, despuis deux ou trois jours en çà, de l'heureuse victoire[113] que l'armée de mer des confédérés de la ligue a eu sur celle du Grand Seigneur, en laquelle il a esté bien tué vinct mille Turqs, cinq mille prisonniers, cent quattre vingt gallères prises, et dellivrés de trèze à quatorze mille Chrestiens, qui estoient sur les dictes gallères: ce qui a esté exécuté avec peu de perte de l'armée chrestienne; vous priant de nous mander de quelle façon aura esté receue ceste nouvelle de par delà, où je pense que vous l'aurés sceue quasi aussytost que l'avons sceue icy.

[113] La victoire de Lépante, remportée le 7 octobre 1571.

Nous sommes encores en nostre petit voyage, qui pourra durer jusques à la fin de ce moys; auquel temps ma tante, la Royne de Navarre, pourra estre joincte avec nous, pour donner perfection au mariage de son fils avec ma sœur, avec l'ayde du Créateur; que je prie, etc.

Escript à Vaujours, le IIe jour de novembre 1571.

CHARLES. BRULART.

CI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XVe jour de novembre 1571.--

Satisfaction du roi de la communication qui lui a été faite par l'ambassadeur au sujet de la mission de Quillegrey en France.--Protestation que doit faire l'ambassadeur contre toute entreprise sur Édimbourg, dont on a formé le siège.--Mécontentement du roi au sujet de la résolution prise par Élisabeth de retenir Marie Stuart toujours prisonnière.--Instances qui doivent être faites pour obtenir la suppression d'un libelle diffamatoire publié en Angleterre contre la reine d'Écosse.

Monsieur de La Mothe Fénélon, Vassal est arrivé despuis huict ou dix jours en çà, avec vostre lettre du XXIVe du passé[114], par laquelle vous me donnés advis de la dépesche qui a esté baillée au Sr de Quillegrey, s'en venant par deçà, pour soulager le Sr de Walsingam; et suis bien aise de l'asseurance qu'il vous a donnée de faire tous bons offices en sa commission, ayant entendu les choses desquelles vous estimez estre fort convenable que je feusse adverti avant l'arrivée du dict Quillegrey, et qu'il ait eu audience de moy; et vous advise que, comme je ne puis avoir que bien fort agréable le voyage de celluy des conseillers que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, a ci devant faict entendre voulloir envoyer de par deçà, pour l'espérance que j'ay qu'il s'en pourra receuillir une bonne conclusion en la ligue que je desire faire négocier avec elle et son royaulme, je luy en feray toute la démonstration extérieure qu'il me sera possible.

[114] Voyez CCXIIIe dép., tom. IV, pag. 263.