Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 2

Chapter 23,936 wordsPublic domain

Au demeurant, j'ay bien veu et bien considéré tous les poincts de vos susdictes dépesches et les menées que faict le cardinal de Chastillon, et ceux qui sont avec luy, par delà, ayant prins grand plaisir de voir tout ce qui s'y passe si bien desduict par le menu. Quant à la plaincte que le comte de Lestre vous a faict faire du tort qu'il dict avoir esté faict à l'un des gens de l'ambassadeur Noris, je trouve que vous luy avés très bien respondu: car aussi n'a ce pas esté par mon commandement, de mon sceu, ni sans grande occasion de soubçon que cela a esté faict; et ne sçai non plus que c'est de celuy qui a esté détenu prisonnier à Dieppe, et ne voudrois pas, pour le désir et affection que j'ay de nourrir et entretenir la paix et amitié qui est entre ces deux couronnes, qu'il feust fait aucun tort aux subjects de la dite Royne, ou chose qui y apportât altération, encore que ses actions fassent assés connoistre le peu d'envie qu'elle a de la conserver. Et afin qu'elle connoisse avec quelle sincérité je chemine, si les marchans de delà veullent quitter la route de la Rochelle et de Brouage, et ne plus traffiquer avec mes dicts rebelles, je les feray accommoder de toutes choses nécessaires qu'ils y vont quérir. Et si cela se fait, et que doresnavant les marchants ne se fournissent ailleurs que ès ports qui sont, de présent, en mon obéissance, j'auray tant moins de soubçon de leurs actions, car la coulleur, qu'ils ont d'aller à la Rochelle et de bailler les dicts rafraischissements, leur sera ostée.

Je vous prie donc asseurer la dicte Dame Royne de ma bonne et sincère intention envers elle et ses subjects, et que, comme elle veut voir les siens traittés, selon que la paix et amytié que nous avons entre nous le veult, elle ne fasse chose qui m'incite à y contrevenir, ainsi que je n'en ay point de volonté, ne demandant qu'à vivre en paix avec mes voisins: priant Dieu, Monsieur de la Mothe Fénélon, vous avoyr en saincte garde.

A Mets le IIe jour d'apvril 1569.

CHARLES. Et plus bas: DE L'AUBESPINE.

IV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIIe jour d'apvril 1569.--

Satisfaction du roi sur la déclaration d'Élisabeth qu'elle ne veut pas entrer en guerre avec la France.--Ordonnance pour la restitution des prises.--Plaintes contre les menées de l'ambassadeur d'Angleterre en France.--Maladie de la reine-mère.--Papiers trouvés sur le prince de Condé.

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous renvoyant le Sr de Sabran, présent porteur, je vous ay bien voulu faire entendre le grand contentement qui me demeure de ce que, par vos lettres des VIIIe et XIIIe du passé[6], m'avés si particulièrement satisfaict des responces de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, sur tous les poincts dont je vous avois escrit par mes despesches des VIIIe, XIIe et XIVe de febvrier[7], ayant esté très prudamment advisé à vous, en la poursuite de chose où elle n'eût, par avanture, eu volonté de faire si apparente déclaration, de rejetter sur autres que sur elle les causes qui m'ont meu de la rechercher en cest endroict; comme, en effaict, je me suis toujours persuadé que les mauvais déportemens qui se faisoient au préjudice de la bonne paix et confédération d'entre nous, et mon royaume, procédoient plustost de quelques mauvais ministres que d'elle. Aussi est il tout certain que je ne me suis meu à aucun ressentiment que premièrement je ne fusse certain de sa volonté; se pouvant asseurer que quelque alliance ni fraternité qui soit entre moy et le Roy Catholique, mon bon frère, ni chose que me voulleust donner à entendre le duc d'Alve, je ne condescendray, ni permettray, que mes subjects facent aucune chose qui puisse altérer nostre commune amityé et repos d'entre nos deux royaumes. Et suis contant, puisqu'elle se déclare si avant de n'avoir eu aucune part au voyage, faveur et support que son vice admiral Me Huynter a faict et porté à mes ennemis, estants à la Rochelle, de croire qu'il soit ainsi, puisqu'il a pleu à Dieu asseoir son jugement sur le chef de mes ennemis et rebelles, comme vous aurez entendu par Montaffier, que je vous ay puis naguières dépesché; et aussi que le temps nous pourra esclaircir de ce doubte pour l'advenir: ne trouvant autrement nécessaire respondre sur tous les poincts contenus au mémoire qui vous a esté baillé en réponse des articles que vous présentiés, puisque ce ne sont que objections pour couvrir les justes causes que j'ay d'avoir pour suspectes, et me plaindre des actions de l'ambassadeur Norrys, estant icy près de moy, comme aussi pour regard des entreprinses du Hâvre et Dieppe, et armements faicts en Angleterre, sans apparance d'aucune guerre déclarée; veu que, par toutes les despesches que je vous ay faictes, vous pouvez avoir connu les justes occasions que j'en ay eu.

[6] Voyez XXIIe et XXIIIe dép. II. 217 et 252.

[7] Ces lettres manquent.

Toutesfois, puisqu'elle est en si bonne volonté de vouloir entretenir et conserver la paix en laquelle nos deux royaumes ont vescu jusques icy, elle ne me trouvera de moindre affection en cest endroict, ainsi qu'elle pourra connoistre par l'ordonnance que j'ay faicte pour se publier par tous mes ports et hâvres, pour assurer la mer et la liberté du trafficq à tous ses subjects, avec commandement de leur rendre et restituer tout ce qui a esté cy devant pris, saisy et arresté sur eux, aussitost que j'ai veu, par l'ordonnance[8] que m'avez envoyée, avec vostre despesche du XVIe, qu'elle en avoit autant faict de son costé, vous envoyant une coppie de la mienne pour luy monstrer et aux seigneurs de son conseil, que vous pourrez asseurer de la sincérité de mon intention à l'observation de la paix et traittés; et que je ne faudray de faire donner à ses subjects toute seureté, faveur et bon traittement, qu'il me sera possible, en quelque endroict de mon royaume, pays et terres de mon obéissance où ils voudront traffiquer; de mesme qu'elle doit aussi tenir main que, pour la mutuelle seurcéance, faicte entre les païs du Roy Catholique et elle, mes subjects ne soient aucunement molestés, ny leur trafficq interrompu; m'estant, au pardessus, advis que la dicte Royne ne sçauroit avoir meilleur indice de la franchise, avec laquelle je desire procéder envers elle et son royaume, que de luy faire déclarer ouvertement les causes qui se présentent à moy et mes subjects de luy faire remonstrer les contreventions qui se font, à mesure que ses ministres m'en donnent occasion.

[8] Voy. XXIVe dép. p. 266.

Et pour conclure à ce propos, vous l'asseurerés, Monsieur de La Mothe Fénélon, qu'il ne faut qu'elle doubte aucunement que je ferme les oreilles à chose que son ambassadeur me veuille dire, soit pour se justifier des soubçons que j'ay eus à bon droit qu'il eust pratiques et intelligeances avec mes rebelles, ou pour autre chose concernant sa négociation, comme elle dict avoir esté faict au sien d'Espagne; car, si, par cy devant, il a toujours eu de moy bénigne et favorable audience et satisfaction, toutes les fois et en tout ce qu'il a voulleu rechercher de moy, comme il ne pourroit dire le contraire, s'il ne vouloit taire la vérité, il doit espérer le mesme pour l'advenir, de tant plus quand les effects se trouveront conformes à la déclaration qu'elle faict de vouloir continuer la bonne paix et amityé qui est entre nous et nos royaumes; laquelle, de ma part, je ne désire rien plus que de voir inviolablement observée.

Vous n'aurés par ceste dépesche aucunes lettres de la Royne, Madame et Mère, d'autant qu'elle n'est encore bien renforcée de la fiebvre qui l'a tenue par quelques jours, comme il vous a esté par cy devant escrit, de laquelle, grâces à Dieu, ne luy reste plus que la débilité. Et n'ayant encore eu aucunes nouvelles de ce que mon frère, le Duc d'Anjou, aura faict des reliques de la victoire qu'il a pleu à Dieu me donner, dont le discours vous a esté envoyé par le dict Montaffier, je ne vous fairai la présente plus longue que de prier Dieu vous avoir, Monsieur de La Mothe Fénélon, en sa saincte et digne garde.

A Mets le IIIe jour d'apvril 1569.

CHARLES. DE NEUFVILLE.

Monsieur de La Mothe Fénélon, entre plusieurs papiers, que je viens d'apprendre avoir esté trouvés sur le Prince de Condé, et ceux qui ont esté tués ou pris avec luy, y a un grand mémoire du cardinal de Chastillon, escrit partie en chiffre, par lequel il luy donnoit bonne espérance, et à ceux de son party, de leur faire avoir beaucoup de secours et faveurs de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, non sans espérance de la faire embarquer à prendre leur protection, et se déclarer ouvertement; ce que je ne veus croire, puisque vous m'avez si bien asseuré de sa bonne volonté: qui est cause que je ne vous envoye les dicts papiers pour luy en faire aultre instance, afin de ne luy imprimer que je sois en aucune deffiance d'elle ny de ses actions; le vous aïant néantmoins voulu faire entendre pour en faire vostre proffit, en ce que vous cognoistrés estre à propos pour mon service. Et, si vous luy en parlez, ce sera toujours en rejettant le tort sur la malice de ceux de mes subjects qui sont près d'elle. Et cependant ne sera que bon que vous continuiés d'avoir l'œil ouvert pour descouvrir leurs menées et pratiques. De quoy j'espère que vous m'advertirez.

V

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XVIe jour d'apvril 1569.--

Envoi des papiers trouvés sur le prince de Condé.

Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous ay, puis peu de jours, faict une ample despesche. Despuis, ayant advisé de vous envoyer certains mémoires et papiers qui peuvent beaucoup servir au bien de mes affaires, j'ay pensé qu'il seroit à propos de vous dépescher ce courrier en diligence, avec ceste cy, pour vous dire que, lorsque le Prince de Condé feust tué, on trouva sur luy un long mémoire envoyé à la Royne de Navarre par le cardinal de Chatillon, ensemble une lettre, par où vous verrez et sçaurés bien juger beaucoup de particulières négociations, tant du dict cardinal que des ministres, que mes rebelles ont près de la Royne d'Angleterre, et comme ils ont embarqué la dicte Royne, sans y penser, plus avant qu'elle ne cuydoit. Et d'autant que j'estime que le dict mémoire pourra servir au bien de mes affaires, je vous en envoye l'original, vous priant, Monsieur de La Mothe Fénélon, selon que les occasions se présenteront et qu'il vous semblera à propos, user du dict mémoire et vous en servir de façon que cella puisse nuire aux desseins et entreprises qu'il pourroit y avoir par delà, me remettant à vous, comme sçaurez très bien faire, de vous y conduire de telle façon que adviserez pour le bien de mon service. Et n'estant rien survenu depuis ma dernière dépesche digne de vous écrire, je prierai Dieu, etc.

A Nouyon le XVIe jour d'apvril 1569.

CHARLES. DE L'AUBESPINE.

VI

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XVIIe jour d'apvril 1569.--

Convalescence de la reine-mère.

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous verrés par la lettre du Roy[9], Monsieur mon fils, l'occasion de ceste despesche, qui me gardera de vous en rien dire, sinon que, grâces à Dieu, je me porte très bien, et suis en bon chemin de revenir en ma première santé; de quoy j'ay grande occasion de le louer et remercier; ce que je suis bien asseurée que vous fairés encore, de vostre costé, puisque je vous tiens pour le plus fidelle de tous mes serviteurs. Ce que j'ay bien voulu vous escrire et signer de ma main pour vous en asseurer davantage; priant Dieu qu'il vous ait en sa saincte garde.

De Nouyon le XVIIe jour d'apvril 1569.

CATERINE.

[9] Cette lettre manque.

VII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIVe jour de may 1569.--

Délai nécessaire pour prendre une résolution sur les offres secrètes faites à l'ambassadeur par les seigneurs catholiques d'Angleterre.--Succès remportés par le duc d'Anjou.--Confiance du roi que le duc de Deux-Ponts ne pourra pas traverser la France.--Mort de Mr d'Andelot.

Monsieur de La Mothe Fénélon, je voulois vous renvoïer le Sr de La Croix, aussitost après son arrivée par deçà, bien instruit sur tous les poincts principaulx de sa despesche[10]; mais d'autant que je ne le trouvai pas disposé de pouvoir si tost retourner par devers vous, pour beaucoup de raisons qu'il m'allégua, et aussi que je considéray qu'il estoit nécessaire de prendre une bonne et meure délibération sur un faict de telle importance, en lieu de sesjour, et où on eust eu loysir d'y penser; joint qu'il me semble n'estre pas à propos de commettre une affaire de telle conséquance entre les mains de personne qui n'eust autant de connaissance des affaires de delà comme le Sr de La Croix, je pensay, pour toutes ces raisons, qu'il seroit bon de différer jusques à tant que je visse quel train prendroient les affaires, de ce costé, et de Flandres, suivant lesquelles je pourrois vous despescher le dict Sr de La Croix pour vous faire sçavoir, plus au long, mon intention. Et cependant, pour vous donner plus de lumière de ce qui se passe par deçà, je vous dirai en quel estat sont mes affaires.

[10] Voyez XXXIe dép. du 20 avril 1569, tom. 1, pag. 317.

Vous avés sceu, Monsieur de La Mothe Fénélon, comme mon frère, le Duc d'Anjou, aïant battu mes ennemys par deux ou troys fois, il y est demeuré si bon nombre des leurs que, jusques icy, ils ont quitté la campagne, et se sont retirés ès petites villes qu'ilz avoient cy devant prises et occupées, layssans néantmoins toujours quelque nombre de cavaliers pour tanter s'il y auroit aucun moyen de passer la rivière de Loyre pour aller joindre leurs Allemands. Ce que prévoyant, mon dict frère a faict en sorte qu'avec son infanterie s'est attaché aux places, d'une bonne partie dequels il s'est déjà fait maistre; et avec la cavalerie s'est mis en lieu si à propos que, n'estant guières esloigné de la dicte infanterie, et toujours proche des passages de la rivière, il luy est facile, en peu de temps, secourir sa dicte infanterie, si elle en avoit besoing, ou bien empescher ceux qui voudroient passer la rivière; tellement que eux, réduits à ceste extrémité de ne pouvoir attenter aucune chose sur l'infanterie, qui est après à remettre les dictes places à mon obéissance, et ne pouvans aussi tenter aucun passage de la rivière, sans estre perdus et deffaits, je vous laisse à juger en quel estat ilz sont.

Il leur reste ceste seule espérance pour dernier reffuge que le duc de Deux Ponts se hazardera tant que de les aller chercher jusques là où ils sont, à quoy il n'y a pas grande apparance qu'une armée d'estrangers, suivie d'une autre, aussi puissante à peu près, qui n'a aucunes villes à soy, sans passage de rivière, n'estant favorisée de qui que ce soit en mon royaume, mourant de faim, travaillés et incommodés si souvant, puisse faire tant de chemin sans se perdre et dissiper d'elle même, quand bien je n'aurois aucunes forces pour les combattre.

Tout cela me faict espérer que leurs affaires n'yront pas si bien qu'ils voudroient le faire croire à un chascun, estant leur ressource fondée sur le secours du dict duc, lequel est véritablement avancé dedans mon royaume jusques près d'Autun; mais avec perte de tant de gens que, s'il continue à se laisser battre comme il a fait jusques icy, il n'yra guères loing, sans se repentir, à bon escient, de la folle entreprise qu'il a faicte d'entrer dedans ce royaume, et vouloir passer la rivière de Loyre, à laquelle on a si bien pourveu.

Voylà, Monsieur de La Mothe Fénélon, comme vont mes affaires de deçà, que je désire que vous fassiez entendre bien au long à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, comme chose certaine et véritable, et non pas ce que mes rebelles luy veulent imprimer et faire croire, qui ne sont que mensonges et tromperies; et que l'asseuriés toujours de la continuation de ma bonne amytié en son endroict, comme je luy fairai paraistre par effect. Aussi attends je d'elle le semblable, comme elle m'a toujours promis et asseuré, ce que vous sçaurez bien et sagement faire entendre; et la conforterez en ceste opinion, la sollicitant des effects convenables et nécessaires à la conservation de la dicte amytié, si vous voyés que ses ministres la veuillent persuader du contraire; priant Dieu, etc.

A Reyms le XIVe jour de may 1569.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis cette despesche faicte, j'ay eu advis certain que Mr d'Andelot est mort, ayant été frappé à la deffaite que fit mon frère, le Duc d'Anjou, dernièrement sur eux, d'un coup d'arquebuze dont il n'est depuis sceu guérir, ce que vous fairés bien entendre à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, m'asseurant que telles nouvelles luy apporteront plaisir.

Ce XIVe jour de may 1569.

CHARLES. DE L'AUBESPINE.

VIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIIIe jour de may 1569.--

Promesses faites par le roi à Marie Stuart.--Prise de la Charité par le duc de Deux-Ponts.--Mesures adoptées pour l'empêcher de se joindre aux protestans.--Marches des ducs d'Aumale et d'Anjou afin d'arrêter ses progrès.--Succès remporté par Montluc qui a empêché les vicomtes de s'avancer.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay, en peu de jours, receu deux dépesches de vous, l'une du XIIe et l'autre du XVIe de ce mois[11] sur lesquelles en général je vous dirai que je reçois un très grand contentement du soigneux debvoir dont vous usez par delà pour mon service; mais, pour plus particulièrement vous respondre sur icelles, je veux bien vous advertir que j'ay donné ordre de fère, pour ma bonne sœur, la Royne d'Escosse, ce dont m'escrivez; dont vous luy donnerez advis, à ce qu'elle connoisse la recommandation en laquelle j'ay ses affaires. Quant à vostre seconde dépesche, ce m'est un singulier plaisir de ce que me tenez si particulièrement adverti des occurrances qui s'offrent par delà, et des menées et pratiques dont mes rebelles y usent, vous priant continuer à avoir toujours l'œil ouvert pour descouvrir leurs actions, aussi soigneusement que vous avez faict jusques à ceste heure, et me tenez diligemment adverti de ce que en apprendrés, à ce que je ne puisse être prévenu de ce costé là, s'il est possible.

[11] Voyez XXXVe et XXXVIe dép., tom. I, p. 372 et 385.

J'ay veu les remonstrances que vous avez faites à la Royne d'Angleterre, ma bonne seur, que m'avez envoyé par vostre dernière dépesche, par où je connois d'autant plus le soing que vous employés par delà; ce que je vous prie continuer, et de la prudance que y avez usé jusques à ceste heure.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je veux bien vous advertir comme le duc de Deux Ponts a pris, despuis peu de jours, la Charité, chose qui est advenue par la lâcheté d'aucuns cappitaines qui estoient dedans; lesquels s'enfuyans desbauchèrent et emmenèrent, quant et eux, la plus grande partie des soldats qui y estoient: qui fut cause que les habitans d'icelle, se voyant ainsi abandonnés de ceux qui les debvoient conserver, se rendirent; ne pensant aussi que mon cousin le duc d'Aumale, qui laissant le dict duc devant, alla en diligence passer la rivière à Gien pour gaigner l'autre costé d'icelle, et par là secourir la dicte ville et y mettre plus de forces, comme il eust faict, encore que celles qui estoient dedans déjà feussent bastantes pour la garder; d'autant que le dict duc n'y pouvoit autrement grandement proffiter, n'aïant que deux petites pièces d'artillerie devant la dicte ville, dont il faisoit batterie. Ce que voyant, mon dit cousin est allé, avec mon armée, à Bourges pour estre à la teste de l'armée du dit duc, et lui empescher le passaige et de se joindre à mes rebelles; chose que je me promets à ceste cause ne luy faillir seulement[12], mais aussi venant mon frère le Duc d'Anjou se joindre avecque mon dict cousin, avec la plus grande et meilleure partie de l'armée qu'il avoit, ayant laissé le reste pour opposer à mes rebelles, s'ils vouloient se remettre en campagne et leur empescher le passaige. Et au demeurant [il a esté] si bien pourveu à toutes choses qu'ils ne pourront, quant ils voudroient, rien effectuer d'importance, [et j'espère] de bientost avoir la raison de son entreprinse, pour les grandes forces que j'auray à l'encontre de luy; qui seront renforcées de quatre mille hommes de pied et deux mille chevaus italiens, qui sont, il y a quelques jours, arrivés à Lyon, et seront en brief joincts à mon armée. Outre ce, que aussi les vicontes ne peuvent se joindre avecque le duc, comme il luy avoit esté promis, les tenants le sieur de Montluc tellement arrestés qu'ils ne peuvent et oseroient bouger du lieu où ils sont.

[12] Quand même il serait seul, et à plus forte raison venant mon frère le duc d'Anjou se joindre avec lui.

Ce que vous aurez, pour ceste heure, pour le faire entendre par delà sur ce que mes rebelles voudroient faire courir par delà au contraire, comme je vous en prie; et, au reste, vous employer le plus soigneusement que pourrez pour descouvrir ce que mes rebelles y voudroient pratiquer au préjudice de mes affaires, et que l'on voudroit entreprendre de faire en leur faveur, ainsi que j'en doubte aucunement, sur ce que le dit duc est ainsi passé et si avant entré en mon royaulme. Et ce j'attends, de vostre prudance et dextérité, et de la grande dévotion que vous portez au bien de mon service, que vous leur rompiés tellement leurs coups qu'ils ne puissent davantage obtenir chose aucune au préjudice de mes affaires; priant Dieu, etc.

A Saint Maur, le XXVIIIe jour de may 1569.

CHARLES. DE L'AUBESPINE.

IX

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du IIe jour de juing 1569.--

Satisfaction témoignée par le roi à l'ambassadeur.--Consentement donné à l'envoi de députés à Rouen pour traiter de la restitution des prises.--Voyage de la reine-mère à l'armée, à l'effet de prendre les mesures nécessaires pour arrêter le duc de Deux-Ponts dans sa marche.

Monsieur de La Mothe Fénélon, bientost après vous avoir faict ma dernière dépesche, du XXVIIIe du passé, qui vous a esté envoyée depuis cinq ou six jours, est arrivé le Sr de Vassal avec la vostre du XXIIIe du passé[13], fort ample sur toutes les choses qui se peuvent désirer d'entendre du lieu où vous estes; qui m'a esté d'autant plus agréable que j'ay bonne occasion de remarquer, en vous et en vos actions, toute la dextérité et diligence en un bon et fidel ministre et serviteur, ne pouvant que me servir infiniment à la conduite et direction de mes affaires, d'estre ainsy souvant et particulièrement adverti des humeurs et particuliers conseils de mes voisins. Si est ce que, n'y ayant dans vostre dépesche aucune chose qui requière une bien particulière réponse, je n'y entrerai plus avant que de vous prier de continuer ce que vous avez faict bien prudament jusques icy: qui est d'entretenir les seigneurs de ce conseil, que vous connoissés affectionnés à ma cause, en leur bonne volonté et user dextrement de la jalousie et deffiance, en quoy ils sont contre les autres, selon que vous pouvés juger qu'il viendroit à propos pour le bien de mes affaires, prenant soigneusement garde aux menées et pratiques de mes adversaires, à ce que, sinon du tout, au moins qu'ils remportent le moins qu'il sera possible en mon préjudice, et m'advertir souvent de toutes occurances.

[13] Voyez XXXVIIe dép., tom. 1, pag. 396.