Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 18

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Si, par malheur, les choses ne peuvent pas s'accorder pour mon dict fils, comme je le souhaite, je suis résollue de faire tous mes efforts pour le faire réheussir pour mon fils d'Alençon, qui ne sera pas si difficile. Cependant, comme on nous propose de tascher de faire une ligue avec icelle Royne, pour nous l'attacher davantage, et esloigner le fils de l'Empereur et aultres, ne faictes jamais semblant de cessy; mais bruslez la présente, après l'avoir leue, et ne croyés rien que l'on puisse vous dire, ou escrire, que ce que vous verrés par lettres signées de la main du Roy ou de moy, qui ne vous dis pas cella sans raison; car ceux qui ne desirent pas que les choses qui sont, grâces à Dieu, si bien advancées et disposées, réheussissent et s'effectuent, sont assés artificieux pour publier ou escrire ce qu'ils penseront qui soit pour empescher ce bon œuvre; priant Dieu, etc.

A Fonteinebleau, ce jeudi XXVe jour de juillet 1571.

CATERINE.

XCII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXXIe jour de juillet 1571.--

Retour de Mr de Larchant.--Réponse d'Élisabeth sur l'article concernant la religion.--Résolution du roi d'envoyer Mr de Foix en Angleterre pour discuter cet article.--Affaires d'Écosse.--Surveillance nécessaire à l'effet d'empêcher toute entreprise des Anglais sur ce pays.--Recommandation de faire en faveur de Mr de Vérac toutes les démarches utiles pour procurer sa liberté, s'il était vrai qu'il eût été fait prisonnier en Écosse.--Ferme assurance donnée par le roi qu'il n'abandonnera jamais Marie Stuart.--Recommandation faite à l'ambassadeur de se conduire avec assez de prudence pour éviter la guerre.--_Instruction remise à Mr de Foix._

Monsieur de La Mothe Fénélon, à ce que j'ay veu par les lettres que m'avés escrites, du IXe de moys, touchant la négotiation, et despuys par celles que m'avés aussy escriptes le XIe ensuivant, que m'a apportées le sieur de Larchant, et entendu par ce qu'il nous a dict de bouche, et davantage considéré ce que me mandés et à la Royne, Madame et Mère, par vos dépesches des XIVe, XXe, et XXIIe de ce moys[103], il se trouve de grandes difficultés sur l'article de la religion. Ayant à ce propos mis en grande considération ce que la Royne d'Angleterre, Madame ma bonne sœur et cousine, dict au dict de Larchant, et encores depuis à vous; qui est qu'elle ne pense ne pouvoir consentir que mon frère ait l'exercisse de la religion par delà, et que cella pourroit estre cause (si elle la luy accordoit comme nous le desirons pour luy et les siens) de troubler son estat, ce qu'elle aymeroit mieux être morte que de voir; voylà pourquoi je pense qu'il estoit très nécessaire, premier que envoyer mes depputés de delà, qu'il y allât quelque personnage bien entendu et agréable pour le faict de la dicte négotiation. Et pour ce que je pense que Mr de Foix, mon cousin, y seroit fort propre, je l'ay prié d'en accepter la charge, comme il a faict, lui ayant faict faire une instruction bien ample et lettres de ce que luy et vous aurés à faire en cella; ayant avisé de vous renvoyer cependant ce présent porteur pour vous en advertir, et pour vous dire que, avant hier, après disner, nous ouismes sur cella le Sr de Walsingam, qui s'est tousjours monstré bien affectionné à cest affaire, si ce n'est quand au dict poinct de la religion, pour lequel véritablement il se rend difficile, et croy qu'il en pourra escrire à sa Maistresse selon sa passion; mais, le dict sieur de Foix arrivant, comme il faira bientost par delà, vous faira entendre toutes choses et comme vous aurés à vous y gouverner en cella.

[103] Voyez CXCe, CXCIe, CXCIIe, CXCIIIe et CXCIVe dép., tom. IV, pag. 165, 169, 176, 180 et 188.

Cependant je ne veux oublier de vous dire que je suis après à pourvoir et donner ordre au faict d'Escosse, ainsi que vous m'avés escript, dont je vous tiendray adverti incontinent par vostre aultre secrettaire, que j'ay rettenu pour vous le renvoyer aussytost que cella sera faict. Mais je vous prie, Monsieur de La Mothe Fénélon, que cepandant vous ayez tousjours l'œil ouvert et preniez si bien garde aux actions de la Royne d'Angleterre du costé d'Escosse, qu'elle ne puisse rien entreprendre ni donner secours ou assistance que je ne sois promptement adverti de ses délibérations.

Et me sera très grand plaisir que vous sçachiez au vray si le petit vaisseau, dernièrement parti de ce païs pour aller en Escosse, a esté prins par ceux du Petit Lict et aussy Vérac, affin que, si ainsi est, vous fassiez instance pour la dellivrance du dict Vérac, car, comme l'on pourra avoir veu par les dépesches que je luy ay faict bailler, s'il est prins, je l'envoyois par delà pour estre médiateur et tascher à réconcillier en paix et amitié tous les subjects de la Royne d'Escosse, Madame ma bonne sœur, et pour y faire, en mon nom, tous les bons offices qu'il pourroit entre les uns et les aultres indifféremment. C'est pourquoy il ne peut estre retenu, ni ne doibt recepvoir aulcun mauvais traictement, comme vous avés à remonstrer à ma dicte bonne sœur et cousine, la Royne d'Angleterre, et à escrire, si besoin est, aux comtes de Lenox et de Morthon, affin que promptement ils le délivrent, et laissent aller et venir en toute liberté à Lislebourg et aultres lieux qu'il voudra, pour une si bonne œuvre.

Cependant asseurez tousjours ma dicte bonne sœur, la Royne d'Escosse, que je ne l'abandonneray jamais, comme je luy ay tant de fois asseuré, et que, oultre la si prosche alliance d'entre elle et moy, je demeureray tousjours en l'affection que j'ay et doibs avoir selon les anciens traictés d'entre ma couronne et la sienne, nos païs et subjectz, ainsi que par effaict j'ay jusques icy bien monstré: en quoi je me délibère de persévérer et faire de bref encore ce qui me sera possible pour elle et ses bons subjectz, ainsi que plus amplement je vous manderay par vostre aultre secrettaire.

Cependant vous vous comporterez pour ses affaires, et pour la restitution de l'évesque de Ross, envers la dicte Royne d'Angleterre, et aussy pour la fortification du Petit Lict, comme vous jugerez qu'il sera à propos en attendant que le dict Sr de Foix arrive de delà; et aussy, pendant qu'il y sera, afin que toutes choses passent par la plus douce voye qu'il sera possible et qu'il ne se puisse rien altérer de la bonne amitié et intelligence d'entre moy et la dicte Dame Royne d'Angleterre, et qu'elle ne puisse prendre nulle occasion de remettre à la longue l'effaict du bien et faveur qu'elle vous a promis de faire, pour l'amour de moy, à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse; dont vous la remémorerez tousjours à propos le plus honnestement que vous pourrez. Et sur ce, etc.

Escript à Fontainebleau, le dernier jour de juillet 1571.

CHARLES. PINART.

INSTRUCTION BAILLÉE A Mr DE FOIX.

--du XXIXe jour de juillet 1571.--

Le Roy, après avoir ouï le Sr de Larchant, à son retour du voyage que Sa Majesté lui a naguières envoyé faire devers la Royne d'Angleterre, et veu par sa dicte Majesté les lettres que le dict Sr de Larchant a raportées d'icelle Royne, ensemble la dépesche du Sr de La Mothe Fénélon son ambassadeur près d'elle, faisant mantion des honnestes propos du mariage d'entre icelle Royne et Monseigneur, frère du Roy;

Sa Majesté, après avoir sur le tout meurement considéré et délibéré, a avisé, pour la grandeur et importance de cest affaire, que le meilleur seroit, avant que faire partir ses depputés, pour en aller conclurre par delà, de choisir quelque digne personnage de son conseil, expérimenté et entendu à tel honorable affaire, pour aller vers icelle Royne, affin de plus amplement esclaircir certains poincts, ès quels Sa Majesté desire bien que la dicte Royne s'exprime davantage qu'elle n'a faict par les articles et responses qui ont esté escriptes aux conférances d'entre les dictz Sr de La Mothe Fénélon et aulcuns des ministres et principaux conseillers d'icelle Dame Royne;

Ayant, à ceste occasion, Sa Majesté choisi et fait élection du Sr de Foix, conseiller en son conseil privé, le cognoissant digne, capable, et grandement versé, non seulement aux affaires de ce royaulme, mais aussy cognoissant les formes de l'estat d'Angleterre, pour y avoir résidé et esté son ambassadeur auprès de ceste Royne.

Luy ayant, à ceste occasion, commandé de faire tant pour son servisse d'entreprendre le dict voyage, sçachant bien qu'il s'en sçaura très bien et dignement acquitter, et, estant là, communiquer ceste sienne charge au Sr de La Mothe Fénélon, pour, après, s'estantz bien entendus et résollus, aller trouver la dicte Royne et luy présenter les lettres que Sa Majesté luy escript de sa propre main, et celles de la Royne, sa mère, et de Mon dict Seigneur,

Aussy luy faisant entendre le grand contentement et satisfaction que Leurs Majestés et Mon dict Seigneur ont des honnestes propos contenus aux lettres qu'elle leur a escriptes de sa main par le dict Sr de Larchant, ayant cogneu par icelles sa bonne intention, affection, et grande vollonté de voir bientost, ce qui s'est si honnorablement commencé à négotier du dict mariage d'entre elle et Mon dict Seigneur, réhussir: et encores de la grande démonstration, qu'elle a de deçà tousjours faict faire par son ambassadeur, de le desirer;

Luy tenant, à ceste occasion, tous les honnestes propos de remerciement, dont se pourra adviser le dict Sr de Foix, ainsi que Sa Majesté sçait qu'il sçaura très bien et dignement faire.

En quoy le dict Sr de La Mothe Fénélon, aussi de sa part, interviendra à propos, comme le dict Sr de Foix et luy adviseront, pour fortiffier davantage la persuasion que faira en cella icelluy Sr de Foix; par laquelle il monstrera à icelle Royne combien Leurs Majestez et Mon dict Seigneur le desirent aussy, et louent la syncérité dont elle y procède, l'asseurant n'estre pas moindre de deçà; estimant Sa Majesté que icelle Royne, d'elle mesmes, entrera en propos plus avant.

Et lors, le dict Sr de Foix luy proposera la difficulté, en laquelle Sa dicte Majesté se retrouve, spécialement pour l'article faisant mention de la religion; lequel est, par les dicts mémoires, tellement contrainct pour Mon dict Seigneur et pour les siens, que, s'il ne luy estoit beaucoup davantage augmenté, il n'en pourroit avoir satisfaction, et demeureroit en grand peyne de la liberté qu'il a tousjours desirée pour luy et les siens en l'exercisse de sa religion; estimants Leurs Majestez, et aussy Mon dict Seigneur, qu'icelle Royne considérant, comme ilz la prient bien fort de faire, que, pour l'intégrité de conscience où mon dict Seigneur veut tousjours demeurer, il ne luy seroit honnorable de se contraindre et les siens en sa religion, allant de delà en la bonne et syncère délibération, où il est, de servir d'affection à icelle Royne, à la continuation de l'union et concorde de ses subjects et païs, et ne leur donner nulle mauvaise occasion;

Et, pour ceste cause, il plaise à la dicte Dame Royne de regarder d'accorder le faict et exercisse d'icelle religion à Mon dict Seigneur et aux siens, à sa satisfaction, et en faire passer l'article, comme le reste de ce qui sera accordé du traité, par le Parlement et Estats du païs; car aultrement et à grande difficulté se pourroit il résoudre, aussy Leurs dictes Majestez ne luy conseilleroient et ne seroient d'advis, en quelque sorte que ce soit, de passer plus oultre en ceste négociation, considéré ce que sur ce poinct la dicte Dame Royne a dict au dict Sr de Larchant et despuis au dict Sr de La Mothe Fénélon: qui est qu'il y auroit pour Mon dict Seigneur un extresme danger, et qu'elle aymeroit mieux mourir que de le voir.

Voylà pourquoy chascun en demeure en peyne de deçà; car, encores que Mon dict Seigneur aille avec toute bonne affection, et n'y voullant apporter aulcune cause ou occasion de rumeur ni trouble, si, n'y seroit il nullement en seuretté de sa personne, comme icelle Dame Royne a tacitement déclaré.

Et advenant qu'il y ait difficulté sur le dict point de la religion et libre exercisse d'icelle, qu'il ne se puisse, ainsi que dict est, terminer et que l'on désire absolluement que Mon dict Seigneur soit par delà pour le luy accorder et les siens, le dict Sr de Foix ne passera point oultre à tout le reste des dicts aultres articles, mais se despartira prudemment de la dicte négociation,

Et asseurera la dicte Dame Royne que Leurs dictes Majestez et Mon dict Seigneur, cognoissant par ce qu'elle en a dict si franchement aux dicts Srs de Larchant et de La Mothe Fénélon, et puis par les honnestes depportementz que l'on a tousjours cogneu en elle et aux siens, procédants à cest affaire; qu'il ne sera jamais que le Roy ni la Royne, sa mère, n'en ayent telle souvenance qu'elle se peut asseurer d'eux d'une vraye et parfaicte amour qu'ilz lui portent, comme ils fairont tousjours paroistre par effaict d'aussy grande affection et bonne volonté qu'elle sçauroit desirer envers elle et les siens, toutes et quantes fois que l'occasion s'en présentera.

Davantage luy dira aussy que, quand à Mon dict Seigneur, il se sent particullièrement tant obligé à elle de l'honneur qu'elle luy faict, qu'il ne sera jour de sa vie qu'il n'en ait souvenance pour luy faire aussy, l'occasion se présentant, de toute affection servisse, et aux siens toutes les honnestetés et courtoisies qu'il pourra, regrettant grandement que les choses ne se peuvent mieux accorder pour l'affection et grand amour qu'il porte à icelle Dame Royne, dont mal aisément se pourra il jamais despartir, ce qu'il la supplie très humblement croire, et le tenir tousjours en sa bonne grâce, et pour le plus affectionné de ses serviteurs.

Fait à Fonteinebleau, le XXIXe jour de juillet 1571.

CHARLES, CATERINE. _Au-dessous_, HENRY. _Et plus bas_, PINART.

XVIII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVe jour d'aoust 1571.--

Avertissement donné au roi que les protestans de France font tous leurs efforts pour empêcher le mariage du duc d'Anjou, et qu'ils ont proposé le mariage du prince de Navarre avec Élisabeth ou l'une de ses parentes.--Obstacle qu'il faut mettre à l'exécution de ce projet.--Assurance que doit donner l'ambassadeur que le mariage du prince de Navarre avec la sœur du roi est arrêté et conclu.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'attendz à vous faire responce à toutes vos dernières dépesches, après que j'auray communiqué des poincts qui sont importants par icelles à aulcuns seigneurs de mon conseil, qui ont praticqué les traictés d'entre mes prédécesseurs Roys et les Escossois, et prendray sur toutes vos dictes dépesches une bonne résolution, dont je vous advertiray incontinent; et vous esclerciray entièrement sur le tout de mon intention.

Cependant j'ay advisé de vous faire ceste dépesche pour vous dire que j'ay eu advis bien certain que, combien que le feu cardinal de Chatillon ayt faict l'ouverture et démonstration bien affectionnée, et ceux de la religion aussy, de desirer le mariage de mon frère avec la Royne d'Angleterre, que néantmoins c'estoit chose que le dict cardinal et les plus grands d'entre eulx ne voulloient pas, n'estant ce qu'ilz en faisoient que pour tousjours nous amuser; et que, tant s'en fault qu'ilz le souhaitassent à bon escient, qu'au contraire, pour empescher soubz main le dict mariage, et par mesme moyen celluy de ma sœur avec le Prince de Navarre, Mr l'Admiral a tant faict par ses menées que la Royne de Navarre, ma tante, et luy ont secrettement envoyé et escript en Angleterre pour, par le moyen des bons et certains amis qu'ils y ont, faire proposer, comme ilz ont faict, avec toutes les industries et plus belles couleurs qu'ils ont peu penser, à la dicte Royne d'Angleterre le mariage d'entre elle et le Prince de Navarre; et, si le parti du dict Prince n'estoit trouvé bien convenable et agréable à la dicte Royne d'Angleterre, et qu'elle persistast tousjours en l'opinion et résolution qu'ils sçavent (comme j'en ay eu aussy advis) qu'elle a, dès longtemps, de ne se marier jamais, qu'ilz luy ont par mesme moyen faict remonstrer et requérir que, pour seurement et bien establir ses affaires et les leurs aussy, elle donnât au dict Prince de Navarre en mariage une sienne niepce à laquelle elle pourroit, quand elle voudroit, faire beaucoup de bien.

Dont de tout ce que dessus je vous ay bien voulleu advertir, affin que, s'il advient que la dicte Royne d'Angleterre ou ses ministres vous mettent en propos du mariage de ma dicte sœur et d'icelluy Prince, vous en parliez comme si le dict mariage estoit du tout résollu, comme aussy sera il tousjours, quand il me plerra; et fault que vous ayez l'œil si ouvert, que vous puissiez descouvrir par delà les menées de ces gens là, et regarder d'y mettre secrettement tous les empeschements que vous pourrés; car, s'il est vray qu'ilz ayent ce dessein, je ne veux pas négliger les moyens, que Dieu m'a donnés, de la puissance que j'ay sur le dict Prince de Navarre, comme mon subject qu'il est, pour empescher que cella, qui ne pourroit qu'aporter très grande incommodité à mon servisse, ne se fasse.

Vous debvés tenir, comme je m'asseure que sçavés très bien faire, cessy secret, que nul ne s'aperçoive que nous le sçachions, affin qu'ilz ne changent ou couvrent les menées et pratiques qu'ilz font en cella. J'en escris à Mr de Foix et l'advertis seullement de l'advis que j'en ay eu, et, me remettant à vos prudences et dilligences pour y pénétrer plus avant que ce que en avons sceu de deçà, je n'estendray ceste cy davantage que pour vous dire que, comme je mande au dict Sr de Foix, il fault aussi qu'il regarde ce qu'il en pourra apprendre de sa part, et s'en servir à propos en ce qu'il a à négocier par delà; vous remettant au demeurant mes aultres affaires; et priant Dieu, etc.

Escript à Chenonceau, le XXVe jour d'aoust 1571.

_Par postille à la lettre précédente._

Monsieur de La Mothe Fénélon, il fault que vous dictes, quand on vous parlera du mariage de ma dicte sœur et du dict Prince de Navarre, qu'il est tout faict.

Ce XXVe jour d'aoust 1571.

CHARLES. PINART.

XCIV

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du Xe jour de septembre 1571.--

Réclamation du roi en faveur de Mr de Vérac, prisonnier en Écosse.--Négociation pour la pacification de ce pays.--Approbation donnée par le roi au projet d'associer le prince Jacques à la couronne.--Ordre transmis à l'ambassadeur de conduire cette négociation auprès de Marie Stuart.--Protestation du roi qu'il assistera toujours la reine d'Écosse; mais qu'il est hors d'état de soutenir une guerre contre l'Angleterre.--Charge donnée à l'ambassadeur de solliciter vivement la liberté de l'évêque de Ross et de se porter, en son absence, auprès d'Élisabeth, le représentant de Marie Stuart.--Désir du roi d'être tenu au courant des affaires d'Irlande.--Confirmation de l'avis sur le projet de mariage du prince de Navarre avec Élisabeth ou l'une de ses parentes.--Confidence faite par Cavagnes à la reine-mère d'une conférence qu'il a eue avec Walsingham, qui a mis en avant la proposition d'une ligue.

Monsieur de La Mothe Fénélon, en attendant l'arrivée du secrettaire du Sr de Foix, mon cousin, j'ay reveu toutes vos dernières dépesches qui sont du dernier de juillet, du Ve, IXe, XIIe et XIXe du passé[104], ayant avisé de vous y faire par ceste cy plus particullièrement responce que je n'ay faict en mes dernières. Je vous diray à présent que, ayant veu par deux dépesches que j'ay receues de Vérac, ces jours passés, qu'il n'est poinct encores en liberté, j'ay escript despuis bien expressément aux comtes de Lenox et de Morthon que, ayant cogneu, comme ilz ont, par les lettres et instructions que Vérac avoit de moy l'occasion de son voyage, qui estoit si bonne, je desirois qu'ilz le missent en liberté et luy laissassent continuer sa négotiation, comme j'espère qu'ils fairont, s'ilz ne l'ont faict desjà. J'escrivis aussy par mesme moyen à lair de Granges et au secrettaire Ledinthon, qui sont ensemble, comme sçavés, dedans le chasteau de Lislebourg, à ce qu'ilz persévérassent toujours en la bonne vollonté qu'ilz ont au servisse de ma sœur, leur souveraine; et qu'ilz se pouvoient asseurer qu'ilz auroient bientost de mes nouvelles, sans toutesfois leur faire aulcune expresse promesse de secours. Je leur ay faict tenir mes lettres par un vaisseau qui estoit arrivé à Dieppe, qui s'en retournoit promptement.

[104] Voyez CXCVIe, CXCVIIe, CXCIXe, CCe et CCIe dép., tom. IV, pag. 196, 202, 210, 214 et 217.

Quand à l'abstinence de guerre qui ne s'est peu encores accorder en Escosse, ce seroit un grand bien qu'ilz en peussent convenir bientost, affin de traicter des affaires de la Royne d'Escosse, mais il fault que ce soit en Angleterre et non pas envoyer faire ceste négotiation là sur les lieux, aux frontières d'Escosse: car, comme j'ay veu par voz dictes dépesches, et comme vous avés bien entendu par les advis en chiffre que ma dicte sœur, la Royne d'Escosse nous a donnés, il est bien croyable et certain que, si ma sœur, la Royne d'Angleterre, voulloit pratiquer le reste des Escossois qui tiennent le parti de la dicte Royne, ce luy en seroit, si la dicte négotiation se faisoit sur la frontière, une commodité, fort aisée.

Ayant bien considéré à ce propos ce que vous m'escrivés du moyen que le dict comte de Morthon a de remettre le païs d'Escosse en bonne pais, et de l'asseurance que vous avés qu'il seroit bien aisé à gaigner si ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, voulloit se condescendre à ce que le petit Prince, son fils, demeurât coinjoinctement Roy avec elle, chose qui me semble n'est debvoir négliger et que ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, peut et doibt desirer, voire honnestement procurer, estant ses affaires en si pauvre estat qu'elles sont, et se voyant si peu de ses subjectz fidelles, lesquelz, s'ilz viennent à considérer qu'il n'y a pas grande espérance de salut de ma dicte sœur, leur souvairenne, si ce n'est par un traité, se pourront aisément laisser aller à la partie la plus forte; considéré aussy ce que vous m'escrivés qu'il semble que les Anglois soyent comme à l'aguet, pour voir s'il sera temps de s'investir du tout du dict royaulme d'Escosse. A quoy n'est que trop sollicitée la Royne d'Angleterre par aulcuns mesmes du dict païs, ce que, pour le respect de l'alliance d'entre mon royaulme et celluy de l'Ecosse, et pour l'honneur que ma dicte sœur a d'avoir espousé le feu Roy François, mon frère, je ne pourrois souffrir avec ma réputation; aussy y veux je pourvoir autant qu'il me sera possible, pour évitter que cela n'advienne, et n'oublieray point de continuer la bonne assistance et ayde que j'ay tousjours faict à la Royne d'Escosse et au bien de ses affaires et bons subjectz. Mais, veu la dicte petite part qu'elle a à présent de ses subjectz à sa dévotion, considéré aussy l'estat de mes affaires, je ne veux pas, sans y penser, et soubz coulleur du secours et assistance que je luy veux bien vollontiers faire, me voir embarquer à la guerre avec la Royne d'Angleterre.