Part 16
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys la dépesche que je vous ay faicte, le XXIIIe jour du moys passé, par la voye ordinaire des postes, j'ay receu voz lettres des XVIe, XXIIIe et XXVIIIe jours du dict moys passé[93]. Sur quoy je vous diray, sans m'arrester aux choses sur lesquelles vous n'avez pas besoin de responce, lesquelles vous m'avés faict bien grand plaisir de me mander, que vous avés très bien fait d'avoir confirmé et continué l'abstinence d'armes en Ecosse jusques à ce que l'on reprène les erres du dict traicté, au retour du comte de Morthon; estimant que, pour ceste occasion, si la dicte abstinence est bien résolue et accordée, la dicte Royne d'Angleterre se gardera d'entreprendre aulcune chose de ce costé là, ny aussy de permettre qu'il y soit couvertement rien entreprins par aulcun des siens: ce qu'il luy fault souvent réitérer, comme je m'asseure que vous sçavés très bien faire et à propos, affin que, continuant entre elle et moy toute bonne amitié et correspondance, il ne se puisse faire chose par les siens, ni aussy par les miens, qui nous engendrât inimitié.
[93] Voyez CLXXIe, CLXXIIIe et CLXXIVe dép., tom. IV, pag. 53, 69 et 71.
Mais cependant il fault que vous ne laissiés de faire tousjours honnestement tous les bons offices en mon nom que vous avés accoutumé, et que je vous ay souvant escript faire pour ma dicte sœur, la Royne d'Escosse; déclarant franchement à ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, que, si elle donne assistance à ceux des subjects de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, qui sont contre elle, que je fairay de mesmes, comme la raison le veut et les si expresses alliances qui sont de longue main, et encores modernement renouvellées, entre ces deux couronnes. Et luy dictes hardiment que le meilleur seroit qu'elle ni moy ne nous en meslassions aulcunement, et qu'on laissât faire à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et aux Escossois; aultrement, que, si elle s'en mesle apertement ou couvertement, qu'aussi seray je, à ceste occasion, contrainct de faire à bon escient, comme vous luy pourrés tousjours honnestement remonstrer; mais que je ne commenceray pas, pour l'espérance que j'ay qu'elle me tiendra la promesse, qu'elle vous a cy devant faicte, qu'en quelque sorte que ce soit elle fairoit mettre ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, en liberté, soit que ce traicté réheussît ou non.
Et pour ce, vous la prierés de ma part que, si elle cognoissoit que le retour du dict comte de Morthon ne feust si proschain que l'on pourroit desirer, et que le requièrent les affaires de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, qu'elle se souvienne de la dicte promesse qu'elle m'a faicte, parlant à vous; ce qu'en quelque sorte que ce soit il luy fault tousjours réittérer, comme le sçavés très bien faire.
Cependant je vous diray que l'archevesque de Glasco, ambassadeur, me vint hier trouver, et me fit entendre plusieurs aultres choses touchant les affaires de la Royne, sa Maistresse. Je luy ay promis que je luy fairay et à ses bons subjects, comme j'en ay tousjours fort bonne vollonté, la meilleure assistance qu'il me sera possible, et ainsi que j'ay cy devant faict; dont je m'asseure qu'il l'advertira, oultre ce, que je luy ay escript de ma main par le sieur de Seton, faisant responce aux lettres qu'elle m'escrivit par luy.
Au demeurant, je vous diray que Vérac, ayant été mis en liberté par le comte de Lenox, il s'en est revenu, m'ayant raconté bien au long l'estat des affaires d'Ecosse: ce qu'il vous escript, de mesmes qu'il m'en a discoureu; vous priant de me donner advis de toutes occurences à mesure qu'elles surviendront, comme vous avés fort bien faict jusques icy, et dont il me demeure toute satisfaction. Sur ce, etc.
Escript à Annet le VIIe jour de may 1571.
CHARLES. PINART.
LXXXIV
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIVe jour de may 1571.--
Débats du parlement d'Angleterre.--Surveillance à exercer sur les menées des Anglais en Écosse.--Instances faites par le roi auprès de Walsingham pour la mise en liberté de Marie Stuart.--Détails des secours envoyés de France en Écosse.--Défiance contre les seigneurs écossais nouvellement rattachés au parti de la reine.--Craintes inspirées par l'entreprise des Espagnols contre l'Irlande, et le projet de mariage de Marie Stuart avec don Juan.--Recommandation pour le frère du comte de Rothe.--Désir du roi qu'il soit permis à l'archevêque de Glascow d'aller visiter la reine d'Écosse.--Affermissement de la paix en France.--Répression des troubles d'Orange et de Rouen.
Monsieur de La Mothe Fénélon, par la dernière despesche que je vous ay faict despuys l'arrivée de Sabran, par la voye de la poste, je vous ay satisfaict à tout le contenu de voz despesches précédentes; et à peu près à celle du IIe de ce moys, que m'escrivistes par Sabran, présent porteur, et pareillement aux deux que j'ay encores depuys reçues de vous: l'une, il y a quattre jours, du VIIIe de ce dict moys, et l'aultre ce jourdhuy, du XIIIe ensuivant[94]; et vous diray seullement, quant aux honnestes propos que la Royne d'Angleterre, Madame ma bonne sœur, vous a tenus en voz dernières audiences, que je suis fort aise que luy ayés ainsi particullièrement et à propos respondu, et faict cognoistre que je desire, en tout ce qu'il me sera possible, tousjours conserver nostre bonne amitié et commune intelligence, ayant eu bien agréable d'apprendre aussy ce qui s'est passé journellement au parlement qui se tient par delà, en quoy je voy bien qu'il y a des divisions et partis, principallement pour le faict de la religion, et en ce qui s'y parle du tiltre du royaume et du faict de la police; mais, à la fin, comme il est très bien desduict par vostre dicte dernière dépesche, je ne doubte point que ce que desire et veut la dicte Royne ne s'y fasse.
[94] Voyez CLXXVe, CLXXVIIe et CLXXIXe dép., tom. IV, pag. 75, 88 et 103.
Je seray bien aise que vous continuiés à me tenir tousjours adverti de ce qui se passera au dict parlement, et aussy des délibérations que pourrés descouvrir qu'a icelle Royne pour le faict d'Escosse; car, comme je vous ay escript par ma dernière lettre, il fault prendre garde surtout qu'elle n'envoye secrettement ou évidemment des forces en Escosse et qu'elle n'y fasse entreprinse que je n'en sois bien certainement et auparavant adverti, pour y pourvoir d'heure, comme j'adviseray. Et sera aussy très bon que me mandiez si la suspension d'armes entre les Escossois n'a pas esté arrestée quand le comte de Morthon est retourné en Escosse, et si elle continue ou non; car il semble qu'elle soit interrompue pour ce que, par ce que me mandés, et par d'aultres nouvelles que Vérac, qui est icy, a eues d'Escosse, et aussy par des lettres que Cobron a escriptes à la Royne, Madame et Mère, il se void qu'ils se sont battus près de Lislebourg. Et si cella continuoit, il ne faudroit plus espérer la continuation du traitté commencé en Angleterre, mais il faudroit que vous fissiés souvenir à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, de la promesse qu'elle m'a faicte, parlant à vous, qu'en quelque sorte que ce feust que se terminast le dict traicté, qu'elle la mettroit en liberté ez mains de ses bons subjectz, et luy en faire toute instance honnestement, sellon sa dicte promesse.
Et desjà Ma dicte Dame et Mère et moy en avons, ce jourdhuy, parlé au Sr de Walsingam, et l'avons prié d'en escrire à la Royne, sa Maistresse; mais, affin que vous suiviés en cella le désir et vollonté de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, je suis bien d'advis, et vous prie ne faillir de l'advertir de ce que je vous mande, luy faisant aussy entendre que j'ay donné ordre que les quattre mille escus de ce moys seront baillés, dans quatre ou cinq jours, au frère du comte de Rothes, ou à celluy que le Sr de Glasco, son ambassadeur, voudra, pour estre incontinent envoyés en Escosse ez mains de qui, et ainsy que le dict Sr de Glasco avisera, avec deux milliers de salpestre affiné, deux cents boulletz de grande coulevrine, deux cens de bastarde, et six cens de moyenne, cent corselets blancs garnis et complets, deux cents harquebuses à mains garnies de fourniments, deux cents morions, deux cens piques ferrées et cent hallebardes; et tout cella sera, dedans deux ou trois jours, dellivré et baillé en la charge de Jehan Schelsolme, escossois, contreroolleur de son artillerie, pour le faire incontinent mener par mer en Escosse, avec un bon et seur saufconduict, advertissant aussy ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, que je désire bien qu'elle entende que, combien qu'elle et vous m'ayés mandé, de sa part, que l'on se pouvoit fier au frère du lair de Granges, et luy bailler tout ce que l'on voudroit, que néantmoins j'ay eu quelque crainte que ce que j'ay desjà envoyé par luy ne feust pas bien seur, ni aussy ce que je fais encore bailler, pour ce que j'ay peur que l'on s'ayde et serve de tout cella et de tout ce que j'y pourrois encores cy après envoyer contre elle mesmes; car, ayant esté cy devant le lair de Granges et Ledinthon et tous ces gens là mal affectionnés à son servisse, et s'estants remis et rangés despuys peu à sa dévotion, comme elle m'a mandé; je n'y voids pas trop de seureté.
Voylà pourquoy je désire qu'elle m'esclercisse en cella de sa vollonté et intention; et affin que ce que je fais pour elle, qui est le plus qu'il m'est possible, veu l'estat où sont réduits mes affaires, ne soit pas mal employé contre elle, car je y aurois trop de regret; vous voullant bien dire une chose, à laquelle il faut nécessairement que vous regardiés de près, car cella importe grandement pour mon servisse: c'est que j'estime, aux propos qu'ont tenus aulcuns escossois à Vérac, quand il est parti d'Escosse, et sellon quelques advis que j'en ay eu despuys, et à ce que j'ay aussy senti aujourdhuy, en parlant au dict ambassadeur Walsingam, que les deux partis des dicts Escossois, par la mennée du dict Ledinthon et du comte de Morthon, qui sont bons amis, et qui ont à present grand part au dict païs, se pourront accorder et unir ensemble, non seullement pour abandonner leur Maistresse, mais aussy pour empescher que les Anglois et aultres ne feussent maistres de l'Escosse; et peut estre aussy pour n'y admettre pas vollontiers les François et ce qui seroit à ma dévotion. Et combien qu'il leur seroit impossible de subsister, s'ils n'avoient support, et que je sois très asseuré qu'ils pensent bien que ils ne le sçauroient avoir, ni espérer plus franchement ni fidellement que de moy, suivant les anciennes alliances de ces deux royaulmes, si fault il que vous ayés l'œil ouvert à cella, et que vous soyés, s'il est possible, asseuré de leur résollution pour m'en advertir: et aussy si vous avés point apris quelque chose davantage que ce que m'avés dernièrement escript de l'entreprise que l'on tient pour certain de delà, que le Roy d'Espaigne faict sur l'Irlande avec l'intelligence et ayde du Pape.
J'ay veu pareillement ce que me mandés qu'avés entendu que la comtesse de Northomberland et milord Dacres ont dépesché un nommé Hervé en Espaigne pour moyenner le mariage de la Royne d'Escosse avec dom Joan d'Austria, et que le duc de Norfolc y pourra prendre jallousie. Ce sera bien faict que vous en enquériés encores bien diligemment pour m'en donner advis, et que vous continuiés à me tenir adverti de tout ce qui se passe de delà avecque le mesme soin que vous avés tousjours accoustumé jusques icy, et dont j'ay tel contantement que sçauriés desirer.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je ne veux oublier de vous dire, avant que finir ceste lettre, que le frère du comte de Rothes m'a faict dire que, pour l'affection qu'il a, de longue main, à mon servisse, et qu'il a tousjours eue à la Royne d'Escosse, sa souverainne, il desire que vous le cognoissiés et qu'il puisse parler quelquefois avec vous, pour ce qu'il a moyen de sçavoir beaucoup de délibérations de la Royne d'Angleterre, voire, ce qu'elle dict à ses plus secrects serviteurs, dont il vous advertira journellement. Et pour ce que c'est chose qui ne se doibt négliger, vous fairés fort bien pour mon servisse de l'ouïr parler et entendre ses moyens, sans toutesfois vous lascher à luy d'aulcune chose d'importance, car je ne le cognois sinon pour l'avoir veu ceste fois avec l'archevesque de Glasco qui m'a dict que ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, le cognoissant affectionné à elle, l'a envoyé icy avec les lettres qu'elle nous a escriptes par luy, pour la secourir de ce qui est cy dessus déclaré.
J'ay prié le sieur de Walsingam d'escrire à sa dicte Maistresse pour faire obtenir passeport au Sr de Glasco de pouvoir aller faire un petit voyage devers la Royne d'Escosse, ma sœur, pour luy faire entendre l'estat de son douaire et affaires de deçà; ce qu'il a aussy promis de faire, remettant au dict Sabran, présent porteur, le surplus de tout ce que je vous pourrois escrire, principallement pour vous dire comme la paix est, grâces à Dieu, bien establie en mon royaume, espérant qu'elle y continuera tousjours bonne. Vous en pouvés assurer ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, quand elle vous en parlera; et que l'exemple a esté desjà et sera encores si bien faict des émotions qui ont été à Oranges, et à Rouen[95], que tout le reste de mes subjects y prendra exemple. Sur ce, etc.
Escript à Gaillon le XXIVe jour de may 1571.
CHARLES. PINART.
[95] Voir les notes, tom. IV, pag. 49.
LXXXV
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
(_Lettre escripte de la main de la Royne._)
--du XXIVe jour de may 1571.--
Négociation du mariage.--Doute que la reine d'Angleterre soit franche dans ses propositions.--Sursis à la discussion de l'article concernant l'exercice de la religion.--Demande que les autres articles du contrat soient envoyés.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous avez veu par mon aultre lettre[96] comment l'ambassadeur d'Angleterre est venu parler au Roy, mon fils, et à moy, et qu'il ne nous a rien dict davantage que ce qu'il me dict à St Clou; ce qui me faict doubler que la Royne d'Angleterre ne se veuille servir de ce bruict, et qu'elle nous laisse là quand elle aura faict ses affaires. Pour ce, prenez y garde et nous advertissez de ce qu'il vous en semble et en pourrez sçavoir; car, encores que je vous aye escript par l'ambassadeur, je vous ay voulleu dépescher ce courrier, attandant que Sabran soit guéri, pour vous advertir de cessy, et que nous avons faict bonne mine à l'ambassadeur; et, suivant le conseil que nous avez donné de laisser indécis ce qui concerne la religion, pour entrer au traicté des demandes de la Royne d'Angleterre, nous luy avons dict que nous voyons tant de raisons de tous les deux côtés, de la Royne et de mon fils, que nous desirions de traicter tous les aultres articles, et espérions que Dieu cependant envoyera quelque moyen pour le faict de la religion, puisque c'est sa cause.
[96] Cette lettre manque.
Il nous a dict qu'il le trouve bon, et s'asseuroit que la Royne, sa Maistresse, envoyeroit bientot ses demandes et articles.
Encore que Pinart aye dépesché ce courrier, il ne sçait pas ce que je vous mande; pour ce, ne m'en mandés rien que par homme exprès. Voilà tout ce que je vous diray pour ceste heure, car je vous envoyeray le surplus par l'aultre, et je feray fin; priant Dieu, etc.
De Gallion, ce XXIVe jour de may 1571.
CATERINE.
LXXXVI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du IVe jour de juing 1571.--
Nécessité de ménager Élisabeth dans la négociation relative à Marie Stuart.--Nouvelles assurances de protection pour la reine d'Écosse.--Insistance afin qu'Élisabeth ne permette, sous aucun prétexte, aux seigneurs anglais de passer en armes en Écosse.--Résolution du roi de s'opposer à toute entreprise de la part de la reine d'Angleterre sur ce pays.--Réclamation en faveur de l'évêque de Ross.--Menées du duc d'Albe.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vos trois dépesches des XVIIIe, XXIIIe et XXVIIIe jours du moys passé[97], sont arrivées quasi à un même instant; de toutes lesquelles je reprendray principallement la dernière, et vous diray que j'ay esté bien aise de voir que, sur ce que je vous ay escript par la mienne, du VIIIe du moys passé, vous ayés pris occasion d'entrer en propos avec la Royne d'Angleterre, Madame ma bonne sœur, ayant esté bien advisé et considéré à vous de luy remonstrer et toucher doulcement ce que je desirois, sans toutesfois y rien obmettre de ce que je vous avois par ma dicte dépesche chargé de luy dire, bien à propos, comme j'ay veu par vostre dicte lettre que vous avez faict. Et sera bon que vous continuiés d'y procéder par ceste douce voye, quand vous luy parlerés du faict de la Royne d'Escosse, Madame ma sœur, puisqu'elle s'aigrit si fort quand on la met là dessus. Sur quoy j'attendray ce que vous aurés conféré le lendemain de la datte de vostre dernière avec le comte de Lestre et milord de Burgley, ainsi que m'avés escript que deviez faire.
[97] Voyez CLXXXe, CLXXXIe et CLXXXIIe dép., tom. IV, pag. 106, 110 et 113.
Quand à ce que vous m'escrivés qu'avés receuilli des propos que la dicte Royne d'Angleterre vous a tenus et des aultres advis, que vous avez d'ailleurs, que les choses vont en Écosse comme il est contenu au mémoire que m'avés envoyé[98], ce m'a esté plaisir de l'entendre ainsi particullièrement. Et j'ay très grand aise que le secours, envoyé par le frère du lair de Granges, soit arrivé si à propos qu'il ait fortiffié et accru le courage à ceux du parti de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse; laquelle je vous prie consoller et asseurer tousjours, autant qu'il vous sera possible, que je luy continueray ce que sçavés: et ne tiendra à cella, ny à chose que je puisse, que ses affaires ne prospèrent et prènent le bon chemin que je desire.
[98] Ce mémoire n'est pas joint à la dépêche.
Et pour le regard des gens de guerre que la dicte Royne d'Angleterre a donné commission à milord de Housdon de lever à Barwich, et de ce que vous voyés que, sans dissimulation ni aulcune couverture, le cappitaine du dict Barvich et beaucoup de la noblesse d'Angleterre se prépare pour assister le comte de Lenox; estant chose contraire à l'abstinence d'armes qui a esté cy devant accordée, il fault, et je vous prie, que vous en fassiés instance à ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre et luy remonstriez, si elle voulloit couvrir ce faict par dire que ce sont bannis et désadvoués qui s'y rettirent, que l'on cognoit bien comment ilz y vont et soubs quel adveu; et la prierez de les révoquer, et faire de sa part observer la dicte abstinence d'armes comme je veux faire de mon costé.
S'il se cognoist clairement que la dicte Royne veuille entreprendre quelque chose en Escosse, je suis délibéré de m'y opposer, tant pour ma réputation, sellon les anciennes alliances qui sont entre ces deux couronnes, que pour ne perdre pas aussy le pied que mes prédécesseurs et moy y avons de tout temps, que je veux tousjours affermir en quelque sorte que ce soit, et me servir en cela tant des moyens et erres que je y ay d'ancienneté que de ceux que je pourray avoir par le moyen de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et de ses bons subjects, auxquels je donneray tousjours et continueray, tant qu'il me sera possible, tout le secours que je pourray; ainsi que je vous ay escript par mes deux dernières dépesches. Mais, comme je vous ay mandé, je desire que ce soit secrètement, soubs la couverture que je vous ay escripte, et sans que, par là, la dicte Royne d'Angleterre puisse prendre occasion de se voulloir mesler de la guerre d'entre les subjectz du royaume d'Escosse, et en ce faisant, soubs prétexte de vouloir assister le petit Prince et le parti du comte de Lenox, s'emparer des places fortes et occuper le dict royaulme; vous asseurant que je suis bien marri de l'emprisonnement et assez rigoureuses et extraordinaires procédures qui se font contre l'évesque de Ross, et que l'on ait eu si peu de respect au lieu qu'il tient par delà, chose qui est du tout contraire au traictement que l'on doibt faire aux ambassadeurs. Et quelques raisons qu'ils veuillent dire pour colorer ce faict, ils ne peuvent cacher qu'il n'y ait de l'animosité et qu'ils cerchent de ruiner et traverser entièrement les affaires de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse.
J'escripts à la dicte Dame, Royne d'Angleterre, en faveur dudict esvesque de Ross, une lettre qui est à la fin de créance sur vous, ainsi que vous verrés par le double que je vous en envoye; suivant laquelle je vous prie faire toute l'honneste instance que vous pourrés envers la dicte Dame Royne pour le faire mettre en liberté, et luy faire faire un traictement plus agréable que celluy qu'il a receu despuis sa détention; et au surplus continuer par delà la mesme affection que vous avés tousjours portée, suivant ce que je vous ay souvent escript, aux affaires de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse; à laquelle je n'escriptz point, craignant de mettre ceste Royne en plus grande jalousie; mais vous le luy manderés de ma part, et l'assurerés que je fairay tousjours pour elle et ses bons subjects et serviteurs, tout ce qu'il me sera possible; vous priant, pour la fin de ceste cy, continuer aussy la mesme dilligence, de laquelle vous avés usé cy devant en tout ce qui s'est présenté par delà pour mon servisse; dont je suis très bien satisfaict et content, prévoyant et allant tousjours au devant des menées et pratiques que vous jugerés tendre à offencer ma réputation et reculler le bien de mes affaires, ou de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse. Dont, me reposant entièrement sur là bonne affection que je sçay que vous y avés, je ne fairay ceste cy plus longue que pour prier Dieu, etc.
Escript à Lions, ce IVe jour de juing 1571.
J'ay sceu que le duc d'Alve a faict dire à la Royne d'Angleterre qu'elle ne debvoit pas faire le mariage que sçavés, et qu'il ne falloit pas qu'elle attendît d'avoir Callais.
Ce IVe jour de juing 1571.
CHARLES. PINART.
LXXXVII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XIe jour de juing 1571.--
Satisfaction du roi au sujet de la conférence de l'ambassadeur avec Leicester et Burleigh.--Négociation relative à Marie Stuart.--Assurance que le mariage du duc d'Anjou sera profitable aux partisans de la reine d'Écosse.
Monsieur de La Mothe Fénélon, la dernière dépesche que je vous ay faicte, par la voye de la poste, qui est du IVe de ce moys, a esté principallement pour respondre à la vostre du XXVIIIe du passé, de laquelle dépend celle que j'ay receue despuis par le courrier Nicolas, dattée du IIe jour de ce dict moys[99], contenant la conférance que vous avés eue avec le comte de Lestre et milord Burgley sur les mesmes propos que vous aviés, le jour précédent, tenus à la Royne d'Angleterre, leur Maistresse, pour les affaires de ma sœur, la Royne d'Escosse; ayant veu que vous avés fort bien et sagement répliqué à la responce qu'ils vous firent à ce que leur proposastes; dont toutesfois vous n'avés eu enfin aulcune satisfaction sur les chefs que leur baillastes par escript lors, sinon qu'il falloit attandre le retour du mareschal de Barwich qui a esté envoyé en Escosse; la charge duquel j'ay bien esté aise d'entendre si particullièrement que me l'avés mandé par vos dictes lettres, lesquelles me font entrer en opinion que ma dicte sœur et cousine, la Royne d'Angleterre, veut tanter tous les moyens qu'elle pourra, pour exécuter du costé d'Escosse et y faire ses affaires, et cependant me paistre de parolles.
[99] Voyez CLXXXIIe et CLXXXIIIe dép., tom. IV. pag. 113 et 118.