Part 15
Par la première de vos dictes lettres, j'ay veu le bon chemin que vous aviés tenu pour disposer accortement les dépputés de la Royne d'Escosse, ma bonne sœur, à ne consentir que le dict Prince, son fils, feust amené en Angleterre. J'ay veu aussy ce que vous avés descouvert du pouvoir qu'ils ont là dessus, et comme vous jugés qu'ils seront pour faire peu d'empeschement et de résistence en cella. Dont, à ce que m'escrivés, vous estes en peyne, et desirés sçavoir quel aultre remède s'y pourra trouver. A quoy je ne vous puis dire aultre chose, sinon que vous employés tout ce que vous pourrés de prudence et dextérité pour les divertir de consentir à ce poinct là, ainsi que je vous ay bien amplement faict entendre par mes précédentes dépesches; lesquelles vous suivrés, tant pour ce regard que pour ce que vous verrés toucher à mon service, au traicté qui se faira entre les depputtés des dictes deux Roynes et ceux de l'autre parti.
Et, par vostre aultre lettre, j'ay veu et ay esté bien ayse d'entendre ce que vous m'escrivés de la déclaration que la dicte Royne d'Angleterre vous a faicte de vouloir persévérer en nostre amitié; de la satisfaction, qu'elle a, de l'honneste congé que j'ay donné au sieur de Norrys, et du bon recueil que j'ay faict au sieur de Walsingam, et pareillement de l'honneur qu'elle a entendu qui a esté faict au milord Boucaust, auquel j'ay faict présent d'une chaisne de mille escus; à l'escuyer de la Royne d'Angleterre, qui m'a présenté les six hacquenées que sa Maistresse m'a envoyés, d'une aultre chaisne de quattre cens éscus; à celluy du comte de Lestre, qui m'a amenés les deux hacquenées qu'il m'a envoyées, d'une aultre cheisne de deux cens; à un gentilhomme des leurs, qui m'a présenté les dogues, je luy ay pareillement donné une chaisne de deux cens escus, m'asseurant qu'ils sont si bien édiffiés de moy et de mes subjects qu'ils en raportent tout contentement. Il sera bon que vous sçachiés, si vous pouvés, ce qu'ils en diront à la Royne, leur Maistresse, à leur arrivée par dellà, et aussy de ma dicte entrée.
Cependant, encores que, par lettres séparées que j'escris par le dict milord Boucaust, je remercie la dicte Royne de ce qu'elle m'a envoyé une si honnorable ambassade pour se conjouir de mon heureux mariage, si, ne laisserés vous de la remercier encore de ma part bien à propos, et aussy du présent qu'elle m'a faict des dictes six hacquenées, que j'ay trouvées belles, bien fresches et bien enharnachées; et l'asseurerés que je me revancheray, quand il se présentera occasion que je sçauray qu'elle desirera quelque chose des commodités de deçà.
J'ay, au demeurant, esté bien aise de voir, par vostre dicte dernière dépesche, que la dicte Royne d'Angleterre ait prins à grande satisfaction ce que vous luy avés dict pour le faict d'Irlande, et asseuré que je n'avois sceu ni entendu qu'il s'y fist aulcune entreprise par mes subjects, chose véritable, et que, toutes et quantes fois qu'il viendra à propos d'en parler, vous luy pourrés confirmer, trouvant que vous avés fort sagement respondu à la dicte Royne sur ce qu'elle vous a dict avoir entendu que mon cousin le cardinal de Lorraine, le Nonce de Nostre Sainct Père et l'archevesque de Glasco ont proposé à mon frère le duc d'Anjou; et suis bien aise que vous l'ayés laissée en ceste bonne opinion de moy, de la Royne, Madame ma mère, et de mon dict frère le Duc d'Anjou, de laquelle elle ne se trouvera jamais trompée; satisfaisant de sa part à ce qu'elle m'a promis pour la liberté de ma dicte sœur, la Royne d'Ecosse. Dont je vous prie la solliciter incessament; et, pour y parvenir, faire qu'il soit procédé au dict traicté le plus diligemment qu'il sera possible, pour lequel vous vous conduirés en sorte que ce soit sans jalousie d'aulcuns des partis, comme je suis seur que vous sçavés bien faire, sellon vostre prudence accoustumée. Et, n'y ayant, au reste de vos dictes dépesches, chose pour laquelle vous ayés besoin de responce, je finirai la présente; priant Dieu, etc.
Escrit au fauxbourg St Honoré, le VIIe de mars 1571.
CHARLES. PINART.
LXXIX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du Xe jour de mars 1571.--
Affaires d'Écosse.--Négociation du traité concernant Marie Stuart.--Détermination prise par le roi de ne point envoyer de secours en Écosse, afin d'éviter tout prétexte de rompre la négociation.
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis la dépesche de Vassal j'ay advisé qu'il demeureroit ici jusques après mon entrée, que je fis en ma ville de Paris le VIe de ce moys; affin que, oultre le discours que j'ay commandé au secrettaire Pinart de dresser pour vous l'envoyer, comme je fais, il vous en peust parler particulièrement; et, sur son départ, j'ay receu vostre dépesche du premier jour de ce moys[88], ayant par icelle veu ce que me mandés du voyage faict par Me Prestal, l'un des fugitifs d'Angleterre, en Escosse, et l'occasion d'icelluy, qui est conforme à ce que le sieur de Fourquevaux m'escript d'Espaigne. Sur quoy je vous diray qu'il fault que vous fassiés tousjours ce que vous pourrés pour estre adverti de ce qui se voudra exécutter en cella, et m'en donner advis, vous comportant aux choses qui sont entre le Roy Catholique, le duc d'Alve et la dicte Royne d'Angleterre, et ses subjects, comme je vous ay ci devant escript en chiffre.
[88] Voyez CLXIIe dép., tom. IV, pag. 1.
J'ay veu aussy ce que m'avez escript du comte de Morthon, et de la forme qui se commence à prendre au traicté de la Royne d'Escosse, Madame ma bonne sœur, pour laquelle je ne manqueray, suivant ce que me mandés, de parler au sieur de Walsingam, de la même affection que je sçay que, pour le bien des affaires de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, il est à présent requis, affin que l'on puisse tousjours cognoistre que je l'ay assistée aultant qu'il a esté possible et qui se pouvoit; mais je suis bien d'advis que vous fassiés, de vostre part, ce que vous pourrés pour voir bientost quelque bonne résollution au dict traicté, et que ce soit, le plus que l'on pourra, à la satisfaction d'icelle ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, avant trouvé très bon la responce que vous avés faicte au comte de Sussex et ce que vous aviés faict faire par Cobron envers le dict comte de Morthon, estant très aise qu'ils soyent en opinion de ne consentir que le Prince d'Escosse soit mené en Angleterre; car aussy, pour les raisons que vous avés veues par la responce des articles que je vous envoyay appostilliés, et par mes précédentes dépesches, il n'y auroit point de raison qu'il se fît.
Et quand à ce que vous escript le sieur de Vérac: qu'il est bien estonné de ce que le Sr Thomas Flamy a esté envoyé de France en Escosse sans lettres de moy, il ne se fault pas mettre en peyne pour cella, car ce qui me garda d'escrire comme il désire par sa dicte lettre, fust pour ce que l'abstinence et suspension d'armes estoit lors desjà accordée; ce que vous luy pourrés faire entendre, si en avés le moyen bien seur, et l'asseurés, et aussy les aultres seigneurs et gentilshommes et aultres qui sont du parti de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, que, si par la fin du traicté il ne se faict quelque chose de bon au contentement d'icelle ma dicte sœur, que je m'esforceray, aultant qu'il me sera possible, pour l'assister et luy donner, et à ses bons subjects, tout le secours qu'il me sera possible; mais j'ai espérance, sellon ce que vous mesmes m'escrivés, qu'il se faira bientost en cella quelque chose de bon. Cependant, affin qu'il ne se puisse dire que, de ma part, j'aye enfreint ce qui a esté accordé de la dicte suspension d'armes pendant le dict traicté, et que ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, ne puisse aussy prendre nulle occasion qu'elle ne tienne et satisfasse ce qu'elle m'a si expressément promis pour la dellivrance de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, je suis délibéré de ne rien entreprendre du secours dont le dict Vérac et le dict de Granges vous ont escript cy devant, et encores par ce que j'ay veu du deschiffrement de la lettre du dict Vérac.
Et pour ce que, par le dict Vassal, présant porteur, vous entendrés toutes aultres choses des nouvelles de deçà, je n'estendray ceste cy davantage. Et sur ce, etc.
Escript à Paris le Xe jour de mars 1571.
CHARLES. PINART.
LXXX
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
(_Lettre escripte de la main de la Royne._)
--du IIIe jour d'apvril 1571.--
Négociation du mariage.--Satisfaction de la reine au sujet de la réponse faite par Élisabeth.--Résolution d'envoyer Cavalcanti en Angleterre pour commencer le traité.
Monsieur de La Mothe Fénélon, sur le propos que je tins dernièrement à milord Boucaust, du mariage de la Royne d'Angleterre et de mon fils le Duc d'Anjou, elle nous a fait faire responce, par son ambassadeur icy résidant, d'en avoir receu contentement, et qu'elle trouvoit en mon dict fils toutes choses convenables pour l'effectuer, et que, si elle pensoit qu'il y heust aulcune juste occasion qui y peût porter empeschement, qu'elle ne voudroit que l'on en traictât, de peur de diminuer en quelque chose la bonne intelligence et amitié qui est entre nous et elle; et partant, si mon dict fils voulloit mettre entre les mains de son ambassadeur, ici résident, les conditions qu'il desire pour y parvenir, qu'elle luy en fairait responce; mais qu'elle trouveroit beaucoup meilleur que le Roy envoyât quelque personne de qualité devers elle pour négotier cest affaire.
Sur quoy nous a semblé plus expédient de dépescher le Sr Cavalcanti, comme personne de qualité, devers elle, neutre et confident de la dicte Dame, et ayant bon accès et intelligence avec des principaux de delà, avec les lettres et mémoires dont vous trouverés les coppies cy encloses[89], l'ayant chargé expressément de nous rapporter les dictes lettres, et proposer, de bouche, le contenu ez dictz mémoires, que ne luy avons voullu bailler tout à propos signés, affin que, si ce négoce ne prenoit l'issue que nous desirons, il n'en demeure rien par escript devers la dicte Dame. Comme il ne faira rien que par vostre conseil, je vous prie de luy donner les adresses et les moyens que vous jugerés nécessaires.
[89] Ces lettres et mémoires manquent.
Il nous a aussy promis de nous apporter lettres d'elle, et responce aux dicts mémoires, ensemble les demandes qu'elle voudroit faire de son costé pour effectuer ce négoce, affin que celluy que nous y envoyerons du conseil du Roy, après le retour du dict Cavalcanti, pour, avecque vous, traicter de cest affaire, puisse estre mieux instruict de nos intentions et plus esclerci de celles de la dicte Dame. Sur quoy il sera bon que vous l'alliés trouver pour luy dire que le Roy, mon fils d'Anjou et moy, avons eu fort agréable la dicte responce que son ambassadeur nous a faicte; et desirons, en ce négoce, deux choses: l'une, qu'il passe fort secrettement, tant pour la dignité des deux costés que pour obvier aux empeschementz que plusieurs, tant de dedans que dehors nos royaulmes, y voudraient donner; l'aultre, d'en avoir prompte résollution et expédition pour ne demeurer longuement en suspens, et pour évitter les inconvénients que la longueur y pourroit apporter. Je vous recommande cest affaire. Et sur ce, etc.
A Paris, ce IIIe jour d'apvril 1571.
CATERINE.
LXXXI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XIe jour d'apvril 1571.--
Audience accordée à Walsingham.--Etat de la négociation concernant Marie Stuart.--Autorisation accordée au comte de Morton de retourner en Écosse.--Instance du roi pour que Marie Stuart soit immédiatement remise en liberté.--Secours d'argent et de munitions envoyé par le roi à Edimbourg.--Secret qui doit être gardé sur cette circonstance.--Prudence dont Mr de Vérac doit user afin d'éviter la guerre.--Détails des mesures prises par le roi pour réprimer la sédition de Rouen.
Monsieur de La Mothe Fénélon, parce que, par la dernière despesche que je vous ay faicte, je vous ay respondu aux deux dernières que j'ay receu de vous du XXVIIIe du passé et Ier de ce moys[90], celle cy est seullement pour vous dire que, en l'audience que j'ay donné, ce jour mesme, au Sr de Walsingam, il m'a faict entendre que la Royne, sa Maistresse, luy avoit escript ce qui s'étoit passé jusques à ceste heure entre les depputés de la Royne d'Escosse, ma belle sœur, et le comte de Morthon, avec les aultres depputés qui sont avecque luy, de la part du gouverneur d'Escosse; et qu'il estoit venu pour me le faire entendre, et m'a discouru comme, à cest abouchement, il avoit été maintenu, par le dict comte de Morthon et les dicts députés qui sont de son parti, que la dicte Royne d'Escosse ne pouvoit plus avoir l'administration de son royaume, pour ce qu'elle en avoit esté déchargée avec son consentement; et que le Prince d'Escosse, son fils, a esté couronné Roy, et beaucoup d'aultres particularités qu'il m'a aussi dittes. Sur quoy les depputés de ma dicte sœur avoient maintenu le contraire, de sorte que de cella et des dictes particularités dont ils estoient en débat, mesmement pour la restitution et dellivrance de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, il ne s'estoit peu rien résouldre; ayant sur ceste occasion le dict comte de Morthon demandé congé de retourner en Escosse, ce que la dicte Royne luy auroit accordé, pour assembler le parlement, où il se proposeroit tout ce qui est passé au dict abouchement, et qu'il en raporteroit une résollution; m'ayant davantage dict, le dict Sr de Walsingam, que la Royne, sa Maistresse, estoit bien marrie que cella n'alloit mieux pour la Royne d'Escosse, tant pour l'amour qu'elle luy porte que particullièrement pour le respect et amitié qu'elle a pour moy, mais qu'elle fairoit tout ce qu'elle pourroit, au retour du dict de Morthon.
[90] Voyez CLXVIIe et CLXVIIIe dép., tom. IV, pag. 34 et 38.
Sur quoy je n'ay pas failli de lui dire qu'il seroit bien plus à propos, si elle la voulloit, comme elle pouvoit bien, faire mettre en liberté et restituer dès ceste heure, et qu'elle luy en auroit obligation plus grande, si elle le faisoit ainsi, sans attandre que toutes ces choses se fissent et le retour du dict comte de Morthon, qui ne pouvoit estre de longtemps; et que, si elle le faisoit sans attandre tout cella, que j'en recevrois bien grand plaisir.
Il est encores rentré en discours sur cella, me parlant des instances que je vous ay si souvent donné charge d'en faire, et d'en parler si fréquemment à la dicte Royne, sa Maistresse, comme s'il eust désiré que l'on n'en eust pas faict tant de poursuitte; mais pourtant je vous prie, quand vous verrés qu'il sera à propos, d'en faire tousjours honnestement instance, et d'assister les ministres de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, le mieux que vous pourrés.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, affin que ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, cognoisse tousjours par effaict combien je désire de l'assister, j'ay, suivant ce que m'avés escript, faict secrettement bailler au sieur Kergoons, frère du sieur de Granges, gouverneur de Lislebourg, dix mille livres en escu sol, et escus pistoles, avec dix milliers de poudre grosse grenée, deux milliers de fine poudre, menue grenée, et vingt arquebuses à croq de bronze avec leurs morèles, et quelques boulets; dont j'ay donné advis à Vérac par ses gens qui estoient icy, que j'ay renvoyés. Et l'ay bien adverti qu'il ne fault pas que la dicte Royne d'Angleterre, ni pas un des siens et de ceux qui sont à sa dévotion, en entendent rien; mais que si, d'avanture, l'on sçavoit que le dict frère d'icelluy de Granges eust amené quelque chose en ce royaulme, il fault dire que cella est des gens de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et qu'ils l'ont recouvert des deniers de son douaire, et que ç'a esté sans que j'en aye, ni mes ministres, sceu chose aulcune. Il sera bon, s'il s'en parloit en Angleterre, que vous teniés ce mesme langage, affin que cella s'accorde à ce que pourra dire le dict Vérac.
J'ay aussy envoyé de l'argent à icelluy Vérac pour son entrettènement, et luy ay escript qu'il advisât de tenir tousjours, de ma part, les plus honnestes propos qu'il pourra aux seigneurs d'Escosse, qui sont à présent à Lislebourg tous assemblés, à ce qu'il m'a mandé, pour voir ce qu'ils auront à faire pour son servisse, sellon l'affection qu'ils ont, comme ils disent, à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, leur souverainne; si cest abouchement et assemblée en Angleterre pour sa restitution ne réheussit à sa satisfaction et desdicts seigneurs; mais il sera bon que vous teniés la bride au dict de Vérac, à ce qu'il ne permette pas que les susdicts seigneurs, assemblés au dict lieu de Lislebourg, entreprennent rien par delà qui y augmente la guerre: car, au lieu de bien faire aux affaires de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, cella les empireroit.
Vous voullant bien cependant dire que, incontinent que j'ay sceu l'esmotion advenue à Rouen[91], désirant d'en faire punition exemplaire, comme j'espère et m'asseure qu'elle se faira, j'ay envoyé mon cousin le duc de Montmorency, avec un des quattre présidents de ma cour de parlement de ceste ville, et sèze des plus notables conseillers, tant de ma dicte cour que maistres des requestes, gens de bien et bien affectionnés au bien et repos de mon royaulme, que je m'asseure qui y sçauront très bien pourvoir, et que de ce qui se faira par eulx au dict Rouen demeurera tel exemple en mon royaulme que je m'asseure que la paix demeurera bien establie; car aussi en ay je, comme aussy la Royne, Madame et Mère, et mes frères, avec tous les gens de bien, parfaicte vollonté, ce que je vous prie asseurer tousjours à ma dicte bonne sœur la Royne d'Angleterre et à tous ceux qui vous en parleront; priant Dieu, etc.
Escript à Paris ce XIe jour d'apvril 1571.
CHARLES. PINART.
[91] Voyez note, tom. IV, pag. 49.
LXXXII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIIIe jour d'apvril 1571.--
Réflexions sur la tenue du parlement en Angleterre et sur les propositions qui y sont faites touchant la religion.--Négociation concernant Marie Stuart.--Crainte que la prise de Dumbarton, si elle se vérifie, n'entraîne la rupture de cette négociation.--Précautions qu'il est nécessaire de prendre dans le cas où Mr de Vérac serait prisonnier.
Monsieur de La Mothe Fénélon, par voz lettres des VIe et XIe jours de ce moys[92], que j'ay reçues despuys le départ de Sabran, j'ay veu ce qui a esté proposé aux deux premières assemblées, qui se sont faites par les Estats d'Angleterre. Sur quoy je vous diray qu'il semble que le faict de la religion les pourroit bien troubler au repos qu'ils ont eu despuis quelques années par delà, s'ilz n'y donnent bon ordre, car les lois si estroictes et sévères qui se font aux dicts Estats pour le dict faict de la religion, avec le mauvais ménage en quoy ceste Royne et les ministres du Roy Catholicque, et les aultres voysins d'Angleterre sont, ou commencent à estre, amèneront par delà quelques nouveaultés. En quoy je ne vous réittèreray poinct ce que je vous ay cy devant escript en chifre; car je sçay que vous vous y sçaurés très bien conduire à ceste occasion et considérer tout ce que vous debvés pour en user dextrement; car, encore que, grâces à Dieu, la paix soit si bien establie en mon royaulme que je m'asseure qu'il n'est pas possible à tous ceux qui y voudroient brouiller de la pouvoir rompre, faisant faire punition si bonne et si prompte de ce qui est advenu à Rouen, que je m'asseure que l'exemple y sera grand, toutesfois je pense que, quand l'orage, qui est passé ici, retomberoit ailleurs, ce seroit encores plus de moyen pour moy d'establir et asseurer davantage le repos en mon dict royaulme.
[92] Voyez CLXIXe et CLXXe dép., tom. IV, pag. 45 et 50.
J'ay aussy veu tout ce que m'avés escript pour le faict du traité commencé pour la restitution de ma belle sœur, la Royne d'Escosse, et le départ du comte de Morthon pour aller en Escosse contre le consentement de ma dicte belle sœur. En quoy je cognois davantage que la dicte Royne d'Angleterre ne demande qu'à tirer ce faict à la longue, et cependant se servir du temps pour establir et faire ses affaires; mais, puisque je croy que l'évesque de Ross est maintenant allé en Ecosse, où il sollicitera le retour du dict comte de Morthon, et que la Royne d'Angleterre a promis de rechef qu'en cas que le dict comte ne revînt, incontinent après le commencement du moys de may prochain, qu'elle abandonnera icelluy comte et les siens, et faira procéder au traicté; persévèrant tousjours en sa dellibération de faire restituer ma dicte sœur, la Royne d'Ecosse, comme elle m'a promis; je croy que le meilleur sera d'attendre ce temps là, où nous serons incontinent, et cependant, suivant ce que je vous ay escript par Sabran, en faire toujours honnestement et à propos instance à la dicte Royne d'Angleterre; et remarquant bien ce que la dicte Royne vous en dira quand vous luy en parlerés, pour, à chascune fois, m'en advertir: car, s'il estoit vray que ceux du Prince d'Ecosse eussent surprins Dombertrand, et prins prisonnier milord Flamy, Mr de Saint André, et Vérac; je croy qu'il ne fauldroit plus rien espérer du traicté, et que tout cella seroit rompu.
Je vous ay escript par le dict Sabran ce que j'ay fait fort secrettement au retour du frère du lair de Granges, qui sera bientost en Ecosse; mais, si le dict Vérac est prisonnier, il sera bon que vous donniés ordre de faire advertir secrettement le sieur de Ross de ce qui a esté baillé, et ce que a emporté et faict amener le frère du dict de Granges, afin que cella soit bien employé pour le servisse de ma dicte sœur, la Royne d'Ecosse; et faudra que le dict de Ross, s'il s'en descouvroit quelque chose en Ecosse ou en Angleterre, dise que cella est venu et a esté envoyé par les serviteurs de ma sœur, la Royne d'Ecosse, du revenu de son douaire.
J'en avois escript en chiffre, comme je vous ay mandé, au dict Vérac, mais son homme, qui luy portoit la lettre, a esté vollé auprès de Rouen et son pacquet perdu, à ce que j'ay entendu. Voylà pourquoy j'ay faict refaire la dicte dépesche que je vous envoye pour luy faire tenir par le plus seur moyen que vous pourrés. Et si le dict Vérac estoit prisonnier, renvoyés moy le dict pacquet. Cependant je vous diray que j'ay dict au Sr de Seton, qui s'en retourne trouver la Royne d'Ecosse, ma dicte sœur, et par lequel nous vous avons escript, que nous fairions toujours tout ce que nous pourrions pour ma dicte sœur et qu'il l'en asseurât hardiment, en quoy, s'il parle à vous, vous le fortifierés. Et sur ce, etc.
Ecript à Paris, ce XXIIIe jour d'apvril 1571.
CHARLES. PINART.
LXXXIII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIIe jour de may 1571.--
Approbation de la nouvelle suspension d'armes conclue en Ecosse.--Déclaration du roi qu'il est résolu à donner toute assistance aux partisans de Marie Stuart au cas où Elisabeth fournirait des secours à ses ennemis.--Recommandation d'insister vivement pour la mise en liberté de Marie Stuart.--Promesse faite par le roi à l'archevêque de Glascow qu'il n'abandonnera pas la reine d'Ecosse.--Retour de Mr de Vérac en France.