Part 12
CHARLES. PINART.
LXVII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIe jour de novembre 1570.--
Satisfaction du roi au sujet de la réponse faite par Élisabeth à sa déclaration concernant l'Écosse.--Et de l'engagement qu'elle a pris de rétablir Marie Stuart.--Crainte que l'on ne veuille traîner cette négociation en longueur.--Raffermissement de la paix.--Nouvelles des fiançailles du roi célébrées à Spire.--Prochaine arrivée en France de la jeune reine.
Monsieur de La Mothe Fénélon, par vostre lettre du XXVe du passé[78], vous m'avés fort particulièrement, et à ma très grande satisfaction, discouru tout ce qui se passa à l'audience que vous donna la Royne d'Angleterre, sur la despesche que je vous fis de ce que j'avois faict entendre au Sr de Walsingam, et de la charge que je luy avois donnée de dire et déclarer sur cella à la dicte Royne, sa Maistresse, m'ayant été fort grand plaisir d'avoir veu que, après qu'elle vous heût avec si grande attention ouï parler, qu'à la fin de son discours elle vous ait si expressément asseuré qu'elle remettra la Royne d'Escosse, Madame ma bonne sœur, par la voye du traicté qui se négotie entre elles, le plus honnorablement qu'elle pourra, en son royaulme; et que, quand elle ne le pourra faire en ceste façon, qu'encore me donne elle parolle de la renvoyer, comment que ce soit, à ceux qui tiennent son parti, en son païs, et qu'elle ne la veut plus rettenir en son royaulme. En quoy je vous prie l'entrettenir de façon que, par effaict, elle me le fasse paroistre bientost; mais que ce soit avec toute syncérité, et que la liberté où elle promet de la mettre, ez mains de ceux de son parti en Escosse, en cas qu'elles ne se puissent si bien, comme je désire, accorder de toutes choses, que la dicte liberté, où elle la mettra, ne luy aporte pas un nouveau tourment et peyne; et que cella ne tire à la longue que le moins qu'il sera possible, comme, par vostre lettre du XXXe du dict moys[79], que je viens de recepvoir présentement, il semble que la dicte Royne y veuille mener la dicte négociation, puisque l'on parle de faire pour deux moys en Escosse suspension d'armes, qui debvoit être la première chose accordée, quand l'on a commencé la dicte négociation; de la quelle j'attends, par voz premières despêches ou au retour du secrétaire de L'Aubespine, que je suis bien aise qui soit arrivé de delà, ce qui aura esté faict, et aussy ce que en résouldra la dicte Royne d'Angleterre, au retour de ses depputés, sur tous les poincts proposés par les articles baillés par le secrétaire Cecille; sur lesquelz je vous ay escript, par vostre secrettaire qui s'en est retourné depuis dix jours, ce que je desirerois en cella pour le bien et repos de ces deux Roynes et de leurs royaulmes et subjects: vous voullant bien dire que, grâces à Dieu, mon royaulme est aussi paisible que je sçaurois désirer, s'establissant mon édict de pacification le mieux et le plus aisément qu'il est possible de souhaiter, n'en desplaise à celluy qui a escript les lettres de delà, qui sont toutes contraires à la vérité.
[78] Voyez CXLIe dép., tom. III, pag. 339.
[79] Voyez CXLIIe dép., tom. III, pag. 346.
J'ay veu aussi le receuil escript, par voz dictes deux lettres, de toutes les choses qui se y dient, et, combien que souvant toutes les nouvelles ne soyent pas entièrement véritables, et que, comme vous dictes par la lettre qu'escrivés à la Royne, Madame et Mère, elles augmentent ou diminuent venant de loin, si vous priay je de continuer tousjours à nous mander tout ce que vous pourrés sçavoir: car cella, avec les aultres advis que nous avons d'ailleurs, nous sert quelquefois.
Cependant je vous diray que, par la dernière despesche que j'ay heu d'Allemaigne, mes fiançiailles furent fort honnorablement faictes à Espire, le dernier dimanche du moys passé, avec la Princesse Élysabeth, laquelle doibt arriver, selon la supputation de ses journées, à Mézières, le vingtième de ce moys, où je me trouveray aussy, comme je vous ay cy devant escript, pour y achever mon dict mariage, sans y faire les grandes magnificences que j'avois délibéré, lesquelles, à cause que la ville est fort petite, j'ay remises, et veux estre faictes, avec les aultres pompes et tournois de mon entrée à Paris, que je fairay au premier jour de janvier prochain; aydant Dieu, auquel je prie vous avoir, etc.
Escript à Paris, le VIe jour de novembre 1570.
CHARLES. PINART.
LXVIII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du VIe jour de novembre 1570.--
Assurance donnée à l'ambassadeur qu'il n'a rien à craindre des faux rapports qui peuvent être faits contre lui.
Monsieur de La Mothe Fénélon, par la lettre du Roy, Monsieur mon fils, vous serés si amplement satisfaict à vos deux dernières despesches, des XXVe et XXXe du moys passé, qu'il n'est besoin de vous en dire davantage, si n'est que nous sçavons très bien que vous vous estes toujours porté pour les affaires de ma fille, la Royne d'Escosse, avec la bonne et grande affection que vous sçavés que nous avons de l'assister et secourir, et ne nous sçauroit on rien persuader de vous, et n'en ayés peur, qui nous altère la bonne opinion que nous avons du bon debvoir que nous sçavons que vous y avés tousjours faict, et faictes encores, vous renvoyant pour ceste occasion les lettres qu'elle vous a escriptes et aussy celles que l'évesque de Glasco, son ambassadeur, qui est ici, escrivoit à l'évesque de Ross; lesquelles j'ay faict voir au Roy, Mon dict Sieur et fils, et à mon fils le Duc d'Anjou, qui ont bien jugé par icelles, comme aussy ay je faict, principallement par celle du dict ambassadeur, ce que m'avés escript venir de luy et non pas de vous. Mais je croy que delà l'on n'a pas, ceste opinion, puisque la Royne d'Angleterre vous a donné, pour la dicte Royne d'Escosse ma fille, la bonne espérance que vous nous escrivés par vos dictes deux dernières despesches, sur lesquelles il ne me reste plus rien à vous dire. Sur ce, etc.
Escript à Paris, le VIe jour de novembre 1570.
CATERINE. PINART.
LXIX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXIe jour de novembre 1570.--
Détails de la réception faite par le roi à l'ambassadeur d'Angleterre, à raison de laquelle il a porté plainte à sa souveraine.--Explications données à ce sujet.--Persistance du roi dans sa déclaration à l'égard de l'Écosse.--Injonction faite à l'ambassadeur de veiller à ce que le traité concernant Marie Stuart ne renferme rien de préjudiciable à la France.--Remerciemens sur les complimens d'Élisabeth à l'occasion du mariage du roi.--Bon accueil réservé aux seigneurs d'Angleterre qui seraient envoyés pour assister aux fêtes du mariage.--Ferme assurance que la paix est parfaitement rétablie en France.--Nécessité d'exercer la plus exacte surveillance sur les entreprises que pourraient tenter les Anglais.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay esté bien amplement satisfaict, au retour du secrettaire de L'Aubespine, tant par la lettre que vous m'avés escripte[80] que par ce qu'il m'a dict de bouche. En quoy je n'ay à vous respondre que sur ce que me mandés que la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur et cousine, a estimé que l'on faisoit ici bien peu de cas de ses ambassadeurs, pour ce que j'ay parlé au sieur de Norris au millieu de la cour d'Escouen, l'ayant rencontré, au retour de vespres, ainsi que je m'en allois aux toiles, après l'avoir longuement et assés tard attendu. Mais, comme vous luy avés bien sceu dire, quand elle considèrera que, l'ayant ainsi inopinément rencontré, en voullant sortir pour monter à cheval, et voyant qu'il avoit à se rettirer à Paris, dont il étoit venu, pour ce qu'il n'avoit poinct faict demander de logis au dict Escouen, je pensois faire pour luy, usant comme je fis si privément, luy ayant toutesfois donné tout loisir de me dire tout ce qu'il voullut, sans le remettre à une autre fois, ni luy donner la peyne de monter à ma chambre.
[80] Voyez CXLIIIe dép. du 9 novembre 1570, tom. III, pag. 350.
Et, pour vous en parler franchement, je fus despuys bien aise que cella advînt ainsi, car, après l'avoir fort privément et bien amplement ouï, et faict son audience si longue qu'il voullut; après luy avoir faict instance des affaires de ma sœur, la Royne d'Escosse, je le priai de m'envoyer par escript ce qu'il m'avoit dict, affin que je luy fisse responce aussy par escript, et que l'on se peut mieux souvenir doresenavant des promesses que la Royne d'Angleterre, sa Maistresse, me faisoit; et qu'elle m'avoit tant de fois, et il y avoit si longtemps, réittérées, pour l'élargissement et liberté de ma sœur, la Royne d'Escosse.
Il ne fallit pas, dès le lendemain, de m'escrire, et moy, à l'instant mesme, par un de ses gens, de luy faire la responce, dont vous avés heu, par le dict secrettaire de L'Aubespine, les coppies au vray, estant bien esbahi que la dicte Royne vous ayt dict que la dicte coppie, que vous luy monstrastes, ne soit pas semblable à celle que j'avois envoyé à son dict ambassadeur; car elle est toute pareille. Je suis bien d'advis que, la première audience que vous aurés, vous ne falliés, pour la satisfaire de tout, comme me mandés qu'elle desire, de luy dire que, si je n'heusse pensé faire honneur et plaisir à son dict ambassadeur, comme je desire faire tousjours suivant nostre bonne et mutuelle amitié, je ne l'heusse, quand je le rencontray en la dicte cour du chasteau, estant prest à monter à cheval, si famillièrement ouï, mais l'heusse remis à une aultre fois, sans plaindre ses peynes.
Je croy aussy que ce n'est pas là l'encloueure, mais qu'il luy fasche sur les termes qu'elle vous réittéra, qui sont véritablement portés par les lettres que j'escrivis à son dict ambassadeur, comme vous avés veu par la dicte coppie, qui sont que:--Suivant les anciennes alliances, confirmées entre ceste couronne et celle d'Escosse, et puis la proximité et fraternité d'entre ma sœur, la Royne d'Escosse, et moy,--«Je la voullois secourir en ceste sienne nécessité, et procurer sa liberté _par tous les moyens que Dieu avait mis en ma puissance_.» Ce que j'ay esté bien ayse qu'elle ait considéré, et qu'elle vous ait, sur ce, tant incisté comme elle a faict, car je croy certainement que cella est cause, avec ce que je dis au Sr de Walsingam, et aussy le langage que vous luy tîntes à vostre précédente audience, comme je vous avois commandé, qu'elle vous a asseuré, comme vous m'avés escript, que, quand bien, par la voye du traicté qui se négotie entre elles, elle ne pourroit mettre ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, si honnorablement qu'elle vouldroit en liberté, que néantmoins elle me donne parolle de la renvoyer, comment que ce soit, en son païs, à ses subjects qui tiennent son parti.
Ce que je desire bien de voir effectué, pourveu que ce soit avec toute syncérité, et sans qu'il y ait rien de mauvais, qui la puisse faire retomber ou remettre en nouvelle peyne; car, comme je vous ay escript plusieurs fois, et comme vous pouvés bien penser, oultre les anciennes alliances de nos deux couronnes, la fraternité me convie naturellement de faire pour ma dicte sœur, la Royne d'Escoce, tous les bons effaicts qu'il me sera possible. Ce que vous continuerés à luy remontrer, ainsi que vous avés tousjours sagement et gratieusement faict, comme je vous ay mandé. Mais si, vous priè je ne permettre aulcunement que, au traicté qui se faira, il soit rien innové au préjudice des alliances et confédérations anciennes d'entre mon royaulme et celluy d'Escosse; et au contraire je desire qu'elles soyent entièrement confirmées. Et affin que vous soyés plus certain quelles elles sont, je vous envoyeray par ma première despesche les doubles des traictés ou extraicts qui en font mention.
Et, quand au propos que la dicte Royne vous a tenu de mon mariage, vous l'en remercierés fort affectueusement de ma part, à la première audience, du plaisir qu'elle dict avoir receu et du bonheur, félicité et contentement qu'elle s'asseure qui y sera, et qu'elle souhaitte, et aussy du desir qu'elle a heu de pouvoir de bon cœur estre à la feste; ce que, de ma part, je desirerois aussy bien fort, et l'estimerois à grand honneur et faveur, comme vous luy dirés, la remerciant de tous ces honnêtes propos; et l'asseurant, comme vous luy avés dict à vostre dernière audience, que je souhaitte et désire de la voir, à son contentement, aux mesmes termes en quoy vous luy avés fait entendre que je suis de mon dict mariage, lequel, Dieu aydant, se faira dimanche prochain, à Mésières; où, suivant les lettres que j'ay receues du comte de Fiesque, la Royne, ma femme, ne peut arriver plus tost que sabmedy prochain, à cause des difficultés des passages des rivières qui sont desbordées, et des mauvais chemins qu'elle a trouvés.
Il faudra, aussi, dire à la dicte Royne d'Angleterre que les gentilshommes, qu'elle vous a dict qu'elle eust faict préparer pour envoyer à mon dict mariage, si elle heust creu que mes dictes nopces heussent esté si prochainement, y heussent esté les très bien venus, et de bon cœur receus, comme ils seront tousjours, venants de sa part, soit pour ceste occasion là, ou pour aultre qui se pourra présenter.
Cependant, pour vous satisfaire à tout le reste de vostre lettre, et esclercir sur ce que m'a dict, de bouche, le dict de L'Aubespine: qu'il court un bruit par delà que la paix n'est pas bien establie en mon royaulme; et sur les aultres particularités que m'a, à ce propos, aussy bien au long déclaré de vostre part le dict secrettaire de L'Aubespine, je vous asseureray que ce sont choses du tout contraires à la vérité; car, grâces à Dieu, mon édict s'observe fort droictement, et n'espère pas qu'il y ait aulcun empeschement, ayant les mareschaux de France et les seigneurs, que j'ay envoyés aux provinces, comme je vous ay escript cy devant, desjà si bien establi cella, suivant ma franche vollonté et intention, que, grâces à Dieu, toutes choses y sont en bonne paix et repos, et y continueront tousjours, y tenant, comme je me délibère de faire, estroictement la main. Aussy vois je que tout mon peuple, de l'une et de l'aultre religion, se range et obéit fort vollontiers à mon dict édict, sans aulcune difficulté ni contrevention, quelque bruict que l'on fasse courir du contraire par delà. Et sera bon, pour ceste occasion, que vous ostiés, le plus que vous pourrés, ceste opinion à la dicte Royne et aux seigneurs qui en parlent ainsi, à quoy la vérité vous aydera grandement; et que vous continuiés à me tenir ordinairement adverti de toutes les aultres occurences, et de tout ce que vous pourrés apprendre de leurs discours, et principalement de ce qui se passera journellement pour le faict de la Royne d'Escoce, ma sœur, à présent que les depputés du païs d'Escosse sont arrivés auprès de la Royne d'Angleterre, et qu'ils s'y pourront eschaufer à traicter et à résoudre leurs appointements, s'ils en ont envie; ayant aussy l'œil ouvert à ce que, si la dicte Royne d'Angleterre avoit quelque entreprinse qu'elle voullût faire exécuter en Escosse ou en nos frontières, que j'en sois tout incontinent adverti, pour y pourvoir: car je me doubte que, si elle avoit quelque délibération, comme nous en avons esté cy devant en doubte, et m'avés aussi escript plusieurs fois, que, à présent, soubz prétexte de ce que je dis au Sr de Walsingham, et sur ce que écrivis au sieur de Norris, son ambassadeur, elle pourroit prendre de là occasion de l'exécuter.
Voylà pourquoy je vous prie mettre toutes les peynes que vous pourrés d'observer et considérer ses délibérations et les descouvrir le mieux que vous pourrés; mais que ce soit si dextrement que la dicte Royne d'Angleterre ni ses ministres ne cognoissent pas que nous y pensions; priant Dieu, etc.
Escript à Tannay le Moulin en Vallaige, le XXIe jour de novembre 1570.
CHARLES. PINART.
LXX
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--des XXIe et XXIXe jours de novembre 1570.--
Recommandation faite à l'ambassadeur au sujet du traité concernant Marie Stuart.--Assurance que le roi ne négligera rien pour procurer sa délivrance.
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous nous avés si amplement escript et faict entendre si particullièrement toutes choses, par le secrettaire de L'Aubespine, que je vous asseure que le Roy, Monsieur mon fils, et moy en demeurons bien fort satisfaictz, vous priant de continuer, à présent que les depputés, d'une part et d'aultre, seront arrivés auprès de la Royne d'Angleterre, et vous tenir tousjours prêt à ce que, par le traicté que je desire et espère qui se faira pour la liberté de ma fille la Royne d'Escoce, il ne soit rien altéré ni préjudicié aux confédérations et alliances anciennes d'entre ceste couronne et celle d'Escosse; nous tenants aussy advertis de toutes aultres occurrences comme avés accoustumé. Et sur ce, etc.
Escript à Tannay le Moulin en Vallaige, le XXIe jour de novembre 1570.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay faict retarder ceste despesche jusques à ce que j'heusse escript et faict responce, de ma main, à la Royne d'Escosse, Madame ma fille, à laquelle je vous prie la faire tenir et l'asseurer tousjours que, sans l'asseurance que nous a donnée la Royne d'Angleterre de sa dellivrance, que nous n'heussions pas failli de faire tout ce qu'il nous heust esté possible pour elle; mais estant la négotiation si acheminée, nous creignons que cella luy heust porté préjudice, et diverti la dicte Royne d'Angleterre de ceste bonne vollonté, que je ne pense pas qu'elle ne tienne; aultrement, comme j'escripts, de ma main, à ma dicte fille, la Royne d'Escosse, le Roy, Monsieur mon fils, aura juste occasion de se ressentir et souvenir de ses promesses et asseurances.
De Mézières le XXIXe jour de novembre 1570.
CATERINE. PINART.
LXXI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XXVIe jour de décembre 1570.--
Vives assurances de protection pour Marie Stuart.--Surveillance qu'il faut exercer sur les menées du duc d'Albe à l'égard de l'Écosse.--Nouvelles explications données au sujet des plaintes de l'ambassadeur d'Angleterre en France.--Meilleure disposition d'Élisabeth qui doit être attribuée aux troubles du pays de Lancastre.--Désir du roi de connaître l'état des négociations relatives aux prises faites sur les Espagnols, et à l'alliance d'Élisabeth avec le roi d'Espagne.--Ambassade envoyée au roi par les princes protestans d'Allemagne.--Bon accueil préparé à lord Buckhurst, envoyé pour assister aux fêtes du mariage.--Satisfaction donnée à l'ambassadeur d'Angleterre en France.--_Réponse du roi_ sur les félicitations des princes protestans de l'Allemagne à l'occasion de son mariage avec la fille de l'empereur et de la paix faite en France.--Protestations d'amitié.
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys la dernière dépesche que je vous ay faicte, j'ay receu, quasi tout à un coup, trois dépesches de vous, l'une du dernier du passé, l'autre du VIIe et l'autre du XIIIe de ce moys[81], par lesquelles j'ay veu ce qui s'est journellement faict pour les affaires de la Royne d'Escosse, ma sœur. En quoy je vous diray que vous me faictes un très grand servisse de vous employer, comme vous faictes, vous priant continuer et asseurer tousjours ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et ceux qui sont de delà pour son servisse, que je ne sçaurois recevoir plus grand plaisir que de la voir en la liberté et satisfaction qu'elle desire; et que, comme je leur ay cy devant promis et asseuré, je fairay non seullement instance et poursuitte envers la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, par tous les moyens de prière qu'il me sera possible: voire, si tant estoit que ce traicté ne réheussît, je ne manqueray de luy donner tout le secours que mes affaires pourront permettre, selon les moyens que j'en pourrois avoyr, ayant toutesfois bonne espérance que, suivant ce que vous a si expressément asseuré ma dicte sœur, la Royne d'Angleterre, et que vous m'avés escript de sa part, dès le XXVe jour du moys dernier passé[82], quand bien il ne se pourroit faire aulcun traicté entre les dictes Roynes, la dicte Royne d'Angleterre mettra ma dicte sœur la Royne d'Escosse en liberté ès mains de ses bons subjects qui sont de son parti.
[81] Voyez CXLVIIe, CXLVIIIe et CXLIXe dép., tom. III, pag. 382, 394 et 399.
[82] Voyez CXLVIe dép., tom. III, pag. 376.
Et c'est, en tout évènement, ce qu'il faudra procurer, observant bien pour vous ce que le sieur Seton, qui est allé devers le duc d'Alve, pourroit avoir obtenu, tant sur le secours qu'il luy requéroit de la part de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, sa Maistresse, que sur les moyens que le dict Seton proposoit au dict duc de conduire le dict secours si à propos, et aux endroictz où il disoit, qu'il seroit ainsi bien receu des Escossois comme me mandés; et pareillement sur la promesse, que icelluy duc luy a faicte, de faire fournir dix mille escus pour secourir de rafreschissement les chasteaux de Lislebourg et Dombertrand, après que de tout il auroit eu responce du Roy d'Espaigne, son Maistre, auquel il en avoit escript; car toutes ces menées et poursuittes là tandent, à mon advis, à quelque aultre intention.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, pour le mescontentement que m'escrivés que la dicte Royne d'Angleterre continue de monstrer avoir des propos que j'ay tenuz à son ambassadeur, et de la responce que par escript je luy fis dernièrement à Escouen, vous avés veu ce que je vous ay là dessus plusieurs fois mandé, ne pensant pas que, sur cella, la dicte Royne ait aulcune raison de se plaindre; et fault dire que son dict ambassadeur luy a faict les choses aultres qu'elles ne sont, ou qu'elle feinct ce mescontentement pour cercher quelque argument ou inquiétude nouvelle. Toutesfois, à ce que j'ay peu voir par vos dernières dépesches, elle commence à s'adoucir et prendre le tout en meilleure part qu'elle ne faisoit cy devant, dont je suis bien aise; estimant que ce qui la fait ainsi soudain et si souvant changer et prendre ces couleurs de mescontentement, procède des précipittées instances que m'avés escrit que aulcuns de son conseil lui faisoient pour la divertir de sa bonne vollonté aux affaires de la Royne d'Escosse, ma sœur; et que ce qui est cause qu'elle reprend à présent le chemin de voulloir qu'il s'en négotie quelque bon traicté, c'est la persévérance et assistance dont j'ay tousjours usé, et vous, de vostre costé, pour ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et l'alarme que la dicte Royne d'Angleterre a eue du costé de Lanclastre. Dont je vous prie de vous informer tousjours dilligemment pour me tenir adverti du cours que prendra cella; car il n'est pas possible, y ayant eu telle esmotion que m'avés escript, que cella soit si tost adouci.