Supplément à la Correspondance Diplomatique de Bertrand de Salignac de La Mothe Fénélon, Tome Septième Ambassadeur de France en Angleterre de 1568 à 1575

Part 11

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Déclaration faite par le roi à l'ambassadeur d'Angleterre que c'est par son ordre que Mr de Vérac est passé en Écosse, et que des préparatifs se font en Bretagne pour secourir Marie Stuart.--Espoir que le traité entre la reine d'Angleterre et la reine d'Écosse sera bientôt conclu.

Monsieur l'ambassadeur, j'ay veu par vostre lettre, escripte du jour de hier, la remonstrance que vous aviés à me faire de la part de la Royne d'Angleterre, Madame ma bonne sœur. A quoy je vous diray que je suis bien fort aise de la vollonté qu'elle a de prendre une si bonne résollution sur les affaires de la Royne d'Escosse, ma sœur, et que, pour cest effaict, elle envoye le secrettaire Cecille et aultres ses ministres; mais, pour ce que je desire que cella soit accéléré, et qu'il y soit mis une prompte fin, je ne puis que je ne la prie ceste fois, pour toutes, et sans plus de remise ou longueur, ne voullant pas vous nier que je n'aye ci devant envoyé le sieur Vérac, dont vous faictes mention par vostre lettre, avec quelques gens et munitions, pour secourir Dombertrand, que j'entendois, lors, que l'on voulloit aller assiéger, et que, pour l'ancienne alliance qui est entre ce royaulme et celluy d'Escosse, et particullièrement, parce que la dicte Royne d'Escosse, ma sœur, me touche de si près, je ne sois délibéré de la secourir en ceste nécessité, et de procurer sa liberté par tous les moyens que Dieu a mis en ma puissance; ayant véritablement, selon cella, donné ordre de faire quelques préparatifs en Bretaigne pour cest effaict, sans voulloir toutesfois rien offenser ni altérer de la bonne amitié et intelligence qui est entre la dicte Royne, vostre Maistresse, et moy; qui mettray, de ma part, tousjours peyne de la nourrir et confirmer par tous les bons et honnestes moyens et déportements dont je me pourray aviser; m'asseurant que, de sa part, elle voudra faire le semblable, et que, ceste fois, elle faira parroistre à ma dicte bonne sœur, la Royne d'Escosse, que, quand il n'y auroit que l'instante prière que je luy en fais, qu'en cette faveur le traicté, que j'espère qui se faira bientost, sera si bien establi que dorsenavant ce sera une mutuelle amitié entre elles et moy, aussi comme, de ma part, je le desire bien fort. Et estant ce que je puis escrire pour le présent, je prieray Dieu, Monsieur l'ambassadeur, vous avoir en sa garde.

Escript à Escouen, le XVIIe jour d'octobre 1570.

_Signé_ CHARLES; _contresigné_ PINART.

_Et dessus_: à Monsieur de Noreys, ambassadeur de Madame ma bonne sœur, la Royne d'Angleterre.

LXII

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XIXe jour d'octobre 1570.--

Persistance du roi dans sa déclaration concernant l'Écosse.--Satisfaction des nouvelles diverses données par l'ambassadeur.--Prochaine arrivée en France de la jeune reine.--Mission de Mr de L'Aubespine en Angleterre.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis le partement de Vassal qui vous a porté la résollution et satisfaction, tant de la despesche que m'envoyastes par luy[70], que de celles que m'avés despuys faictes, par l'ordinaire, jusques à son partement, j'en ay encores receu deux, auxquelles je vous ay satisfaict aussy par l'ordinaire despuys quatre jours. Mais ayant receu une lettre de l'ambassadeur de la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, et à icelluy faict responce, je vous ay bien voullu faire ceste cy, et vous envoyer les doubles de sa dicte lettre et de la responce que je luy ay faicte par escript[71], affin que, vous entendiés les termes où nous en sommes; et que, parlant à la dicte Royne d'Angleterre, comme je suis bien d'advis que vous en preniés l'occasion le plus souvant que vous pourrés, vous luy teniés tousjours modestement le langage que je vous ay ci devant escript, conforme à la responce que j'ay faicte à son dict ambassadeur, ainsi que vous verrés par le double d'icelle.

[70] Voyez CXXXIe dép. du 5 septembre 1570, tom. III, pag. 289, et dép. suiv.

[71] Voyez les deux lettres qui précèdent.

J'ay, ce soir, receu vostre lettre du Xe de ce moys[72], et ay veu par icelle le raport que le Sr de Walsingam a faict à la dicte Royne, sa Maistresse, de son voyage par deçà, et que vous avés entendu que s'est faict au passage de la Royne d'Espagne, où j'ay prins bien grand plaisir: desirant, sur ce que vous m'escripvés, (qu'il n'y a pas tant de mauvaise vollonté entre les Espaignols et Anglois qu'ils n'accommodent bien le différant qui est entre eux), que vous y pénétriés le plus que vous pourrés, et me faictes entendre comme ils s'en seront accordés ou desportés, et en quelle satisfaction s'en retourneront les commissaires que y avoit envoyé le duc d'Alve.

[72] Voyez CXXXVIIIe dép., tom. III, pag. 323.

Et, pour le regard de ce que l'agent portugais, dont aussy vous m'escripvés, a voullu dire de Sores et de ceux de la Rochelle, j'en avois bien desjà sceu quelques nouvelles; mais je vous diray et asseureray que, par toutes les despesches que je fais à ceux de la dicte Rochelle, je ne leur recommande rien tant que de se contenir sans offancer les subjects de mes bons amis et alliés, et leur en fairay encores une deffence, par la première occasion, à ce qu'il ne s'y fasse chose dont il puisse venir plainte.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, c'est seullement de vostre costé que j'ay nouvelles de l'eslection[73], dont m'escrivés, à quoy je ne vois pas grande apparance. Toutesfois je vous prie d'en sçavoir plus clairement ce qui en est, m'esbahissant que je n'en ay heu advis, s'il en est quelque chose, d'Italie et d'Allemaigne. Ce me fera plaisir que m'advertissiés souvent de tout ce que vous entendrés de delà, ainsi que vous avés faict cy devant, dont vous me donnerés toute satisfaction et contantement; n'ayant pour ceste heure aultre chose à vous dire, si n'est que, suivant ce que je vous ay par ma dernière escript, ayant heu advis certain que la Princesse Elysabeth partira le XXIVe de ce moys de Spire pour s'acheminer en France, mon frère, le Duc d'Anjou, et ma sœur de Lorraine partiront aussy, d'icy, entre six ou sept jours, pour aller au devant d'elle à la frontière, deux ou trois journées par delà Mezières, la recepvoir et accompaigner, la menant, (passant par le dict Mésières, où elle faira sa première entrée, et où elle trouvera toute sa maison), droict à Compiègne, où elle pourra arriver le douxiesme du moys prochain; et, le XVe, se faira et consommera nostre mariage, Dieu aydant.

Escript à Escouen, le XIXe jour d'octobre 1570.

[73] L'élection du roi des Romains. Voyez tom. III, pag. 298.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis ceste lettre escripte, j'ay advisé d'envoyer devers vous le secrettaire de L'Aubespine, présent porteur, affin que, par luy, vous me puissiés amplement faire responce à toutes mes précédentes lettres, et à ceste cy; mesmement de ce que vous aura respondu la Royne d'Angleterre sur ce que je luy manday par le Sr de Walsingam, et que je vous ay despuis escript luy dire modestement, conforme à la responce que j'ay faicte par escript à son ambassadeur.

CHARLES. PINART.

LXIII

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXe jour d'octobre 1570.--

Mission de Mr de L'Aubespine en Angleterre.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay avisé de vous envoyer le secrettaire de L'Aubespine affin que, par luy, vous nous puissiés escrire ce que la Royne d'Angleterre vous aura respondu sur le propos que le Roy, Monsieur mon fils, lui a mandé par le sieur de Walsingam, pour le faict de la Royne d'Escosse, ma fille; et sur ce que vous luy en avés aussy modestement déclaré, suivant la despesche que nous vous en avons faicte, conforme à ce que mon dict fils a, pour cella, respondu par escript à l'ambassadeur de la Royne d'Angleterre.

Quand vous me voudrés escrire du contenu en ceste lettre, il fault que ce soit de vostre main; et suffira que me mandiés, par une lettre à part, que c'est de l'affaire dont je vous ay escript par le dict de L'Aubespine, sans exprimer davantage: car je l'entendray bien.

A Escouen, ce XXe jour d'octobre 1570.

Vostre très affectionnée.

CATERINE. PINART.

LXIV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre escrite de la main de la Royne Mère à Mr de La Mothe Fénélon, pour luy estre rendue en mains propres._)

--du XXe jour d'octobre 1570.--

Proposition du mariage d'Élisabeth avec le duc d'Anjou.--Détails confidentiels sur les dispositions qui pourraient être prises à l'effet de marier le duc d'Anjou avec l'héritière qui serait désignée pour la couronne d'Angleterre.--Autorisation donnée à l'ambassadeur de communiquer à cet égard avec Cécil.--Recommandation du plus profond secret.

Monsieur de La Mothe Fénélon, Mr le cardinal de Chastillon a faict tenir propos à mon fils, le Duc d'Anjou, d'une ouverture de mariage de la Royne d'Angleterre et de mon dict fils; en quoy celluy qui en a parlé donne telle espérance qu'il croit qu'il se faira fort aisément, si nous voullons. Mais, parce que nous avons pensé que ceste ouverture se faisoit pour l'intelligence et peut estre menée de la Royne d'Angleterre, et beaucoup plus en intention de se servir du temps et de nous, pendant que cessi se négotieroit, qu'elle fairoit conduire à la longue, que pour vollonté qu'elle heust de se marier, je répondis à celuy qui m'en parla que je ne pensois pas que la dicte Royne d'Angleterre se voullût mettre en la subjection d'un mari; mais que, s'il y avoit quelque femme ou fille à marier qui luy appartînt de si près qu'elle la peut faire et asseurer héritière de la couronne après elle, qu'il seroit beaucoup plus convenable ainsi; et que, si cella se pouvoit faire de ceste façon, que la dicte Royne auroit, par le moyen de ceste alliance, tous les contentements et grandes amitiés qu'elle pourroit desirer et espérer en ce monde, tant du Roy, Monsieur mon fils, que de mon dict fils, le Duc d'Anjou; et par conséquent de tous ceux de mon royaulme, et aussy des grands qui y sont alliés.

Et, au second voyage de celluy qui tint ce propos de la part du dict sieur cardinal de Chastillon, celluy, qui m'en a parlé, m'a dict, à ceste occasion, que icelluy sieur cardinal avoit sceu qu'à ces proschains Estats, qui se debvoient tenir en Angleterre, icelle Royne seroit fort pressée, voire contraincte de se marier à quelque grand prince, et qu'il falloit nécessairement qu'elle avisât de s'en résoudre. Sur quoy je n'ay rien respondu. Aussy, par mesme moyen, il me dict que celluy, qui en a parlé à mon dict fils, avoit encores en cella quelque chose à me faire entendre. Je sçauray que c'est.

Mais cependant je vous diray que, si l'on cognoissoit clairement que la dicte Royne heust franche vollonté de se bien establir avecque nous par le moyen du mariage de mon dict fils avec celle qu'elle voudroit faire héritière de sa couronne, après elle; comme j'estime que c'est chose qu'elle a et doibt avoir en affection pour son repos et contentement, à présent qu'elle se void hors d'espérance d'espouser l'archiduc Charles, qui se marie à sa niepce, la fille du duc de Bavière, je croy qu'il seroit expédiant, et j'estime que c'est chose que nous et elle devons desirer, pour le bien de la Chrestienté, et principallement de ces deux couronnes, qu'elle fist déclarer, aux dicts proschains Estats d'Angleterre, la plus prosche à sa couronne héritière après elle de sa dicte couronne et royaume; et, en ce faisant, faire expressément résoudre, aussy par les dicts Estats, le mariage de ceste héritière là avec mon fils; chose qui, je suis très asseurée, apporterait à la dicte Royne tous les contentements qu'elle sçauroit espérer, comme s'il estoit son propre fils; car il est de si bon naturel que, si elle luy faisoit et procuroit ce bien, il la serviroit et honnoreroit d'affection. Et, oultre cella, se pourroit icelle Royne prévaloir grandement, à l'occasion de ce mariage, en tous ses affaires, tant de la faveur et des moyens du Roy, Monsieur mon fils, que de mon fils le Duc d'Anjou, qui a heu cest honneur d'avoir, à son âge, conduit et commandé heureusement de si belles armées, et gaigné de si grandes batailles, y ayant acquis l'expérience et telle réputation, par toute la Chrestienté, que prince ne la sçauroit desirer plus grande ni meilleure qu'il l'a.

Je vous ay bien voulleu faire tout ce discours, vous priant de le tenir si secret que nul des vostres, ni aultre, quel que soit, n'en sçache rien. Et fault tascher de descouvrir et voir si vous pourriés rien apprendre de cessi, pour m'en donner advis à toutes occasions; et, si vous cognoissés que l'on en puisse espérer quelque bon fruict, il fault que, secrettement et accortement, comme je sçay que vous sçavés très bien faire, que vous en parliés, comme de vous mesmes, au secrettaire Cecille, qui s'est allié à une maison qui a, comme j'ay entendu, faict tousjours concurrance à la Royne d'Escosse, ma fille, pour la succession de la couronne et royaulme d'Angleterre, affin qu'il regarde quelle femme ou fille, de ceste maison là, seroit la plus apte à s'y introduire; et, sur cella, entrer en propos avec luy, à bon escient, et luy faire amplement entendre, comme vous sçavés très prudemment faire, le grand bien qu'il se fairoit, à luy mesme et à sa maison, de moyenner et conduire cella à perfection; et que, par ce moyen, il honnoreroit et asseureroit du tout sa dicte maison, et si, demeureroit à jamais grand, maniant encores, avec beaucoup plus d'authorité qu'il n'a jamais faict, le royaulme et affaires d'Angleterre. Et, oultre cella, il se serait employé pour un prince, qui recognoistroit si bien le bon office qu'il faira en cella pour luy, qu'il n'en pourroit espérer que tout heur et félicité à luy et aux siens.

Il y a, ce me semble, une femme de ceste maison là qui a esté longtemps prisonnière avec son mari et deux leurs fils[74]. J'ay ouï dire que le dict mari est mort en prison, il faudroit sçavoir si elle seroit la plus proche, et, si ainsi estoit, pour ce que, si on luy faisoit ce bien là, et qu'il n'y feust par mesme moyen pourveu, ses fils seroient héritiers de la dicte couronne d'Angleterre, il faudroit faire, pour remédier à cella, que les susdicts Estats la déclarassent héritière de la couronne d'Angleterre, et, pour certaines grandes occasions, les dictz enfans, descendants du mariage d'elle et de mon dict fils seullement, et non d'aultres mariages.

[74] Voyez la réponse jointe à la CXLIIIe dép., tom. III, pag. 357, et la note pag. 359.

Je vous ay bien voulleu commettre ce discours, sçachant bien que vous estes si affectionné à ceste couronne et si prudent que vous en sçaurés dignement user, et vous y comporter comme il fault, vous priant que j'aye, sur ce, de vos nouvelles, le plus souvant que vous pourrés, et que personne du monde ne sçache rien de ce que je vous escriptz, ne failhant, quand vous me manderés quelque chose, de m'en faire, de vostre main, une lettre à part que vous plierés fort menu. Et ne m'en escrivés jamais que quand vous m'envoyerez quelqu'un exprès pour les aultres affaires de vostre charge, ou par homme seur, qui vous pourra estre envoyé d'ici; et, quand vous m'en escrirés, vous dirés à celluy, à qui vous baillerés vos lettres, que, s'il se trouvoit pressé ou en danger d'estre arresté ou foullié, combien que nous soyons hors de ceste crainte là, puisque Dieu nous a donné la paix, qu'il jette ou fasse des dictes lettres en sorte qu'elles ne soyent point veues ni trouvées de personne; priant Dieu, Monsieur de La Mothe Fénélon, etc.

Escript à Escouen, le XXe jour d'octobre 1570.

LXV

LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

(_Lettre escrite de la main de la Royne Mère._)

--du XXe jour d'octobre 1570.--

Défense expresse de faire aucune communication à Cécil des ouvertures de mariage.--Nouvelle recommandation du plus profond secret.

Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis ma petite lettre escripte, j'ai parlé au personnage que je vous escriptz par icelle, qui avoit encore quelque chose sur ce faict là à me dire; et par ce que cella me met en doubte que cessi se fasse à quelque intention, qui n'est pas peut estre si syncère qu'ils la proposent, je vous prie et charge, sur vostre honneur, de n'en parler aulcunement au secrettaire Cecille, ni à quelque personne que ce soit, et n'en faire aulcun semblant ni démonstration que vous en sçachiés rien, ni que je vous en aye escript: car aussi l'advis que je vous en donne n'est à aultre intention que pour l'asseurance que vous m'estes fidelle et asseuré serviteur, que cella demeurera ensepveli en vous, et que vous ne perdrés une seulle occasion et moyen de descouvrir et pénétrer, par delà, à quoy tend ce faict, et qui conduit cessi auprès de la Royne d'Angleterre; et aussy de quelle vollonté ils y procèdent, et la dicte Royne aussy. Mais surtout comportés vous en cella si dextrement que créature qui vive ne puisse penser qu'en sçachiés rien; priant Dieu, Monsieur de La Mothe Fénélon, etc.

D'Escouen, le XXe octobre, au soir, bien tard, 1570.

Vostre meilleure amye. CATERINE.

LXVI

LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.

--du XXVIIIe jour d'octobre 1570.--

Négociation concernant Marie Stuart.--Affermissement de la paix en France.--Communications faites au nom du roi d'Espagne.--Surveillance à exercer sur les négociations du duc d'Albe.--Discussion des articles relatifs à Marie Stuart.--Mission de Mr de L'Aubespine.

Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu voz deux despesches, des XVIe et XVIIe de ce présent moys[75], par vostre secrettaire, présent porteur; et ay veu par la première ce que contiennent en substance les articles présentés à la Royne d'Escosse, ma bonne sœur, par le secrettaire Cecille et Me Mildmay, députés de la part de la Royne d'Angleterre, leur Maistresse. J'ay aussy veu, par le mémoire et instruction qu'il a apporté avec icelle[76], en quelle opinion ils sont par delà de l'establissement et continuation de la paix que Dieu m'a faicte la grâce de remettre en mon royaulme; en quoy ils ne se trompent pas. Et vous prie les y conforter, aultant qu'il sera possible, les asseurant tousjours que je n'oublieray rien de ce que je penseray pouvoir profiter à la rendre perpétuelle, cognoissant combien c'est chose utille et nécessaire pour le bien de mes affaires et de mon dict royaulme; ayant esté fort aise d'entendre que, non seullement les Anglois, mais aussy tous ceux qui en avoient contraire opinion, croyent et voyent, par effaict, comme le dict establissement s'en faict si bien qu'il ne se pourroit mieux desirer.

[75] Voyez CXXXIXe et CXLe dép., tom. III, pag. 327 et 330.

[76] Voyez le Mémoire joint à la CXXXIXe dép., tom. III, pag. 331.

J'ay bien considéré ce qui vous a esté dict sur ce propos par l'ambassadeur du Roy Catholique, Monsieur mon bon frère, et ce qu'il vous a discouru, en le continuant. Sur quoy, vous luy avés fort bien respondu et à la vérité, mesmes pour le regard des garnisons que j'ay renvoyées en Picardie et à Calais, ainsi qu'elles estoient auparavant les troubles, et aussy sur ce qu'il vous a discouru de la ligue d'entre le Pape, le Roy son Maistre, et les Vénitiens, contre le Turc, en laquelle il semble qu'il espère que l'Empereur pourra pareillement entrer.

J'attands, comme je vous ay escript par mes précédentes despesches, ce qui réhussira du différend d'entre la dicte Royne d'Angleterre et le duc d'Alve, lequel, ainsi qu'il est porté par vostre dict mémoire, entretient les dictz Anglois en telle opinion de l'amitié du Roy Catholique, son Maistre, qu'ils s'en tiennent asseurés. Mais je ne puis penser à quelle fin il a envoyé recognoistre quelque commode descente en Escosse; et sera bon que vous ayés tousjours l'œil ouvert affin que, s'il se faisoit quelque entreprinse de ce costé là, ou que le dict duc voullust entrer en traicté avec les dictz Escossois, que j'en sois incontinent adverty.

Et, quand à vostre seconde dépesche, j'ay veu la coppie des articles que m'avés envoyés, conformes à ce que vous m'en escrivés en substance par vostre première lettre; et si, j'ay aussy veu la responce que vous avés sur ce faicte, par forme d'advis, sur chascun article à l'évesque de Ross. En quoy vous avés très bien desduict mon intention, spéciallement sur le troisième article que vous avés pris comme il se debvoit prendre, pour la ligue qu'ils proposent de faire entre la Royne d'Angleterre et ma dicte sœur la Royne d'Escosse; car, si cella se faisoit ainsi, ce seroit du tout au préjudice de l'alliance qui est, de si longtemps, entre mon royaulme et celluy d'Escosse. Et, pour ce, se faudra conduire en cella ainsi qu'avés bien desduict par vostre dicte responce.

Mais vous n'avés pas assés expressément respondu au dict évesque de Ross sur le neufviesme article, en ce que, par icelluy, la dicte Royne d'Angleterre demande que la dicte Royne d'Escosse soit tenue de faire amener son fils en Angleterre comme ostage, devant qu'elle puisse estre mise en pleine liberté, vous priant luy faire bien entendre qu'il se garde d'accorder aulcune chose de cest article, n'y ayant point d'apparence en icelluy, car ils auroient tout ce qu'ils demandent, s'ils tenoient le dict Prince d'Escosse. Et ne fault point, soubz quelque coulleur que ce soit, qu'il soit mené en Angleterre, mais, au contraire, il fault que vous advertissiés soigneusement ceux du conseil et parti de la Royne d'Escosse qu'ils ne sauroient mieux faire que de tenir le dict Prince d'Escosse en leur païs: et leur remonstriés et persuadiés que, s'il en estoit hors, qu'il faudroit qu'ils fissent tout ce qui leur seroit possible pour le ravoir; car il n'y a plus de salut ni d'espérance de leur repos que par ce moyen.

Et, aussy, ne semble pas raysonnable que la Royne d'Escosse quitte aulcune chose des tiltres et prétentions qu'elle peut avoir au royaulme d'Angleterre, à tout le moins fault incister sur ce poinct, tant que faire se pourra, comme vous fairés entendre au dict évesque de Ross; auquel toutesfois vous remettrés, et à ceux du conseil de la Royne d'Escosse, de traicter et se laisser aller en cella, aultant qu'ils verront estre nécessaire pour accommoder les choses et faire un bon accord et traicté.

Quant au dousiesme article, il ne faut, pour responce à icelluy, que les déclarations en forme qui ont esté envoyées d'icy il y a quelque temps, signées et scellées, et mises ès mains de la Royne d'Angleterre[77], qui l'asseurent et esclaircissent assés pour ce regard.

[77] Voyez les Déclarations des 10 et 17 juillet 1569, tom. I, pag. 431 et 433.

Les aultres responces, que vous avés faictes au surplus, sont telles que j'eusse pu désirer. Et ne pense avoir autre chose à vous dire, sinon que ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et ceux de son conseil doivent plustost demander ostages que d'en bailler pour l'entrètenement de ce qui sera accordé, et moins encore de laisser aucunes places à la Royne d'Angleterre; comme vous avés bien sceu respondre au dict sieur évesque de Ross.

Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, vous aurés esté bien satisfaict par le secrettaire de L'Aubespine, que je vous ay naguères envoyé, sur le contenu en vos précédentes dépesches, et instruict de la responce, que j'ay faicte à l'ambassadeur de la dicte Royne d'Angleterre, sur la remonstrance qu'il m'a faicte de la part d'icelle. Attendant au retour du dict de L'Aubespine ce que vous aura dict la dicte Royne sur ce que je donnai charge au Sr de Walsingham luy dire, et que je vous ay escrit, despuis, luy faire doucement entendre; et aussy de ce qui se peut espérer de ceste négociation, pour laquelle je vous prie vous emploïer d'affection, et faire en sorte, par tous les moyens que vous pourrés trouver, qu'elle preigne bientost quelque bonne fin; donnant en cela toute l'assistance et confort qu'il vous sera possible à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse, et à ceux de son conseil; et me tenés adverti, à chaque occasion, de ce qui se faira en la dicte négociation, afin que je vous puisse faire sçavoir mon intention là dessus. Sur ce, etc.

Escript à l'abbaye St Germain des Prés, lès Paris, le XXVIIIe jour d'octobre 1570.