Part 10
Monsieur de La Mothe Fénélon, vous avés cy devant entendu comme, quelque temps après le retour des Srs de Biron et de Malassise de leur voyage vers les Princes, où je les avois envoyés de Chasteaubriant, les depputés des dictz Princes sont arrivés en ce lieu pour achever ceste négociation de paix, de si longtemps commancée. A quoy j'ay tant travaillié despuys mon arryvée en ce lieu, avec la bonne assistance de la Royne, Madame et Mère, et de mes frères, les Ducs d'Anjou et d'Alençon, pour le desir que j'ay heu de remettre mon royaulme en repos, et faire cesser les grands et exécrables maux que nourrit et entretient ceste guerre, que je tiens pour ce jourdhuy les choses terminées en une bonne pacification, selon les articles qui en ont desjà esté arrestés, que je vous envoyeray par cy après; qui n'a pas esté sans assés longues disputes. Néanmoings j'ay voullu préférer le repos général de mon peuple à toutes aultres considérations particullières, ayant bonne vollonté de suyvre tous les plus propres et convenables moyens qui se pourront tanter, pour establir si bien la paix par tout mon dict royaulme, qu'il ne puisse plus tomber ez inconvéniens, desquels il a esté enveloppé despuys trois années en çà. Qui sera chose, comme j'estime, fort agréable à toutes les nations estrangères, qui ayment la conservation de mon dict royaulme, et mesmes à la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, à laquelle je vous prie faire part de ceste bonne nouvelle, pour estre celle qui, ainsi que je m'asseure, en recevra grande joye et plaisir; priant Dieu, etc.
Escript à St Germain en Laye, le IVe jour d'aoust 1570.
CHARLES. BRULART.
LIV
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XIe jour d'aoust 1570.--
Réponse aux nouvelles d'Angleterre.--Espoir que la pacification va rompre les projets hostiles des Anglais.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu vostre lettre du XXVe du passé[61], par laquelle vous m'avés bien au vray représenté l'estat auquel sont toutes choses par delà; mesmes l'espérance où est le duc de Norfolc de sa délivrance; les préparatifs d'armes que faict la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, tant par mer que par terre, soubz coulleur du soubçon qu'elle a prins de l'armement que faict faire le duc d'Alve, pour le passage de la Royne d'Espaigne; et aussy la grande intelligence qui s'est découverte parmi les Catholiques d'Angleterre, pour faire une nouvelle sublévation dedans le royaulme; ce que je pense estre plus pour ceste occasion que pour entreprinse qu'ils ayent sur mon royaulme. Dont, s'ils a voient heu quelque mauvaise vollonté, j'espère qu'elle leur sera diminuée par la pacification des troubles, que j'ay conclue avec les depputés des Princes, qui s'ont près de moy, estant le meilleur conseil que j'heusse peu prendre, puisque, par ce qui est contenu au mémoire et instruction particullière[62] que m'avés envoyé, il se cognoit clairement que ceux de delà regardent à accommoder leurs affaires avecque les Flamans, et à nourrir la guerre en mon dict royaulme, le plus qu'ils pourront, pour le rendre entièrement ruiné. Mais, quand ils entendront la nouvelle de la dicte pacification, je croy qu'ils se trouveront fort esloignés de leurs desseins, et que, si les seigneurs du conseil de par dellà vous ont cy devant faict quelque plus grande confirmation et démonstration de la bonne amitié que me porte la Royne d'Angleterre, ma bonne sœur, qu'ilz en fairont encores, à ceste heure, davantage, estant bien de tel humeur de se gouverner en semblables choses, selon qu'ils voyent noz affaires estre en bon train.
[61] Voyez CXXIIIe dép., tom. III, pag. 246.
[62] Voyez les Mémoires joints à la CXXIIIe dép., tom. III, pag. 250 et 254.
Touchant la Royne d'Escosse, ma belle sœur, il se recognoistra, au retour de Poigny, de quel fruict luy aura esté son voyage par delà, desirant que, en tout et partout, vous favorisiés ses affaires aultant qu'il vous sera possible; priant Dieu, etc.
Escript à St Germain en Laye, le XIe jour d'aoust 1570.
CHARLES. BRULART.
LV
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XVIe jour d'aoust 1570.--
Retour de Mr de Poigny.--Avis donné au roi d'une entreprise projetée par les Anglais sur Calais.--Injonction faite à l'ambassadeur de demander à cet égard des explications à la reine d'Angleterre.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu vos lettres du VIe de ce moys[63] par le Sr de Poigny, et entendu de luy bien particullièrement tout ce qu'il a négotié avec vous envers la Royne d'Angleterre, pour le faict de la Royne d'Escosse; et attands, par la première dépesche, que vous me fairés, de sçavoir tout ce qui sera succédé, despuys son partement, en ceste négociation, m'asseurant bien que vous n'y obmettrés aulcune chose de tout ce que vous cognoistrés y debvoir estre faict pour le bien de mon servisse et prospérité de mes affaires.
[63] Voyez CXXVe dép., tom. III, pag. 263.
Au demeurant, Monsieur de La Mothe Fénélon, je vous ay voullu dépescher ce courrier exprès, et vous envoyer le double de l'advis qui m'a esté donné de l'entreprinse que l'on veut faire sur ma ville de Calais, affin que vous faciés entendre, de ma part, à la Royne d'Angleterre, qu'ayant faict envers elle tous les bons offices d'amitié qu'il m'a esté possible, lesquels j'ay tousjours heu vollonté de continuer, mesmes à présent, que j'ay pacifié les troubles de mon royaulme, j'aurois grande occasion de faire le contraire, s'il estoit vray qu'elle y heust aulcune vollonté ou intelligence, ou qu'elle ait commandé à ceulx, qui ont charge de ses forces sur mer, de ce faire.
Et, pour ceste occasion, je desire d'en estre esclerci et entendre par vous son intention et l'occasion pour laquelle elle a faict faire le dict armement, affin que, heue vostre responce là dessus, je pourvoye, de mon costé, à ce que j'auray à faire. A ceste cause, je vous prie que, incontinent que vous aurés receu la présente, vous regardiés de parler à elle le plus tôt que faire se pourra, et me mander ce que vous aurés peu cognoistre et sçavoir du contenu au dict advis. Sur ce, etc.
Escript à Paris le XVIe jour d'aoust 1570.
CHARLES. FIZES.
LVI
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XIe jour de septembre 1570.--
Rupture du traité concernant l'Écosse.--Envoi d'un courrier exprès pour faire connaître à l'ambassadeur les intentions du roi.
Monsieur de La Mothe Fénélon, j'ay receu vos lettres du XXVIe du passé[64], par lesquelles vous m'avés faict particullièrement responce à ce que je vous avois escript par le courrier que je vous avois dépesché, et aussi le peu d'espérance que la Royne d'Escosse a que ses affaires réhussissent, sellon les belles parolles et promesses que l'on avoit données, et le traicté qui avoit esté commencé. Sur quoy je me remettray à ce que j'ay donné charge à Sabran, que j'envoye exprès devers vous, vous dire de ma part, par lequel vous entendrés particullièrement mon intention; qui me gardera de vous faire plus longue lettre que de prier, etc.
Escript à Paris le XIe jour de septembre 1570.
[64] Voyez CXXXe dép., tom. III, pag. 285.
J'ay, despuys, receu voz lettres et entendu par Vassal ce que vous luy avés donné charge de me dire[65]. A quoy je vous fairay responce aussytost que nous serons de retour à Paris.
CHARLES. FIZES.
[65] Voyez CXXXIe dép. du 5 septembre 1570, tom. III, pag. 289, et le Mémoire pag. 294.
LVII
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--des XXIIe et XXIIIe jours de septembre 1570.--
Départ de Walsingham.--Plainte que lui a faite le roi au sujet de l'entreprise récente du duc de Sussex en Écosse.--Déclaration du roi qu'il veut employer ses forces pour la délivrance de Marie Stuart, et pour la rétablir dans ses états.
Monsieur de La Mothe Fénélon, s'en retournant le sieur de Walsingam devers la Royne d'Angleterre, sa Maistresse, je vous ay bien voullu advertir de la réception de vostre despesche du Ve de ce moys, mais parce qu'elle a esté suivie de deux aultres voz despesches[66], que j'ay ce jourdhuy receues, ensemblement, avant que la responce en feust résollue, je remettray à vous satisfaire aux trois ensemble par la première commodité, ayant faict responce et remercier par le dict sieur de Walsingam la dicte Royne de ce qu'elle m'a escript et faict dire par luy, de sa part, sur la pacification des troubles de mon royaulme, que, comme je luy ay faict entendre, je délibère faire bien exactement observer. Et en attandant que je vous fasse ample responce à toutes vos despesches, qui sera bientost, je prie Dieu, etc.
A Paris, le XXIIe jour de septembre 1570.
[66] Voyez CXXXIe, CXXXIIe et CXXXIIIe dép. des 5, 10 et 15 septembre 1570, tom. III, pag. 289, 302 et 306.
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuis ceste lettre escripte, j'ay donné charge au Sr de Walsingam, comme il prenoit congé de moy pour s'en retourner devers la Royne d'Angleterre sa Maistresse, de luy dire, de ma part, que je m'estois tousjours asseuré que, suivant ce qu'elle m'avoit si expressément promis, qu'elle ne fairoit ni permettroit point qu'il se fist en Escosse aulcune chose au préjudice de la Royne d'Escosse, ma sœur; et qu'ayant entendu que le comte de Sussex estoit allé de ce costé là, avec des forces, ayant, comme j'ay sceu par les derniers advis que j'en ay heus, desjà commancé à faire beaucoup de mal et de brulleries en Escosse, je m'estonnois fort de cella, et le trouvois merveilheusement estrange, veu l'asseurance qu'elle m'avoit donnée que, jusques à ce qu'il se vît ce qui pourroit réhussir de l'apointement qui se traittoit, il ne seroit faict aulcune entreprinse de ce costé là: m'ayant sur cella son ambassadeur, qui est ici, et le Sr de Walsingam respondu que le dict comte de Sussex n'estoit point advoué de la dicte Royne, leur Maistresse. Toutesfois estimant qu'il n'entreprend pas telles choses de luy mesmes, je leur ay bien faict entendre que, s'il y avoit de mes subjects qui usassent de tels déportements à mes voysins, je y sçaurois fort bien pourvoir, et en fairois faire telle exécution et justice que ce seroit exemple; et que, pour ceste cause, je priois la dicte Royne, leur Maistresse, d'y pourvoir, et me faire cognoistre qu'elle a vollonté d'entretenir ce qu'elle m'a si expressément promis en cella, et aussy pour la prompte dellivrance et liberté de ma dicte sœur, la Royne d'Escosse; et que, si cella se faisoit aultrement, et qu'elle ne satisfît à sa dicte promesse, j'avois grande occasion de m'en ressentir, comme je ne fauldrois pas de faire délibération de ne laisser aulcunement ma dicte sœur, mais au contraire de l'assister et ayder, non seullement pour sa personne, affin qu'elle puisse estre bientost mise en liberté, et aussy pour les affaires et conservation de son païs, et de n'espargner en cella les moyens que Dieu m'a donnés.
Dont j'ay bien voullu vous avertir, affin que, de vostre part, vous regardiés de le faire entendre doucement à la dicte Royne d'Angleterre, observant bien sa contenance et ce qui se pourra en cella juger et estimer d'elle, lorsque luy en parlerez. Dont m'escrirés le plus tôt que vous pourrés ce que sur cella elle vous respondra; et que vous faictes aussy entendre le tout à ma dicte sœur, la Royne d'Escosse. Sur ce, etc.
De Paris, ce XXIIIe jour de septembre 1570.
CHARLES. PINART.
LVIII
LA ROYNE MÈRE A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--des XXIIe, XXIIIe et XXVIe jours de septembre 1570.--
Recommandation pour la reine d'Écosse.--Assurance donnée aux réfugiés français en Angleterre qu'ils peuvent en toute sûreté rentrer en France.--Secret que doit garder l'ambassadeur au sujet des secours qui sont envoyés par le roi en Écosse.
Monsieur de La Mothe Fénélon, par la lettre que le Roy, Monsieur mon filz, vous escript, vous verrés qu'il remet à vous satisfaire en brief à trois despesches que nous avons, puis naguières, receues de vous, dont les deux dernières n'ont encores esté leues; qui me faict aussy attendre à respondre à ce que par icelles vous m'escrivés. Et n'estant ceste despesche faicte que pour accuser la réception des vostres, affin que n'en demeuriés en aulcune peyne, je n'estendray ceste cy davantage que pour prier Dieu, etc.
Escript à Paris, le XXIIe jour de septembre 1570.
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys ceste lettre escripte, nous avons ouvert et veu vos dictes despesches, auxquelles le Roy, Monsieur mon fils, vous faict si amplement responce qu'il n'est besoin, me remettant à ses dictes lettres, vous en dire davantage; comme aussy ne fairay je que pour vous prier d'assister, en tout ce que vous pourrés, ma fille, la Royne d'Escosse, et faire, s'il est possible, que, par les moyens que nous vous mandons, elle puisse estre bientost mise en liberté et ses affaires aller bien; priant Dieu, etc.
Escript à Paris, le XXIIIe jour de septembre 1570.
Monsieur de La Mothe Fénélon, nous avons veu, par vostre despesche du XIXe de ce moys[67], que nous avons receu en fermant ceste cy, ce que nous mandés de l'armement des grands navires et préparatifs de vivres qui se font par delà, et l'occasion pour laquelle vous estimés que c'est: à quoy, toutesfois, il ne se fault pas trop fier. Et sera bon que ayés tousjours l'œil ouvert, comme avés acoustumé, pour voir de quel costé l'on les voudra employer, pour nous en advertir continuellement.
[67] Voyez CXXXIVe dép., tom. III, pag. 309.
Nous avons aussy veu, par vostre lettre, le retardement du partement du secrettaire Cecille et de ceux qui debvoient aller avec luy pour la négotiation des traictés et affaires de ma fille, la Royne d'Escosse.
Quand aux françois qui estoient de delà, et que nous mandés qui font difficulté de revenir en France pour le danger qu'ils pensent qu'il y auroit pour eulx, retournant à Rouen, Dieppe et Calais, et que l'on faict difficulté de les y recevoir, vous les pourrés bien asseurer qu'ils doibvent venir asseurément, et que le Roy, Monsieur mon fils, a pourveu qu'ils y seront doucement receus et maintenus.
Et quant aux marchands qui poursuivent de delà des déprédations, vous aurés veu ce qu'en aura esté accordé par l'édict de pacification qui vous a esté envoyé, à quoy il vous fault régler; vous priant, pour la fin de ceste lettre, de continuer à nous advertir tousjours de ce que vous pourrés apprandre de l'ambarquement et passage de la Royne d'Espaigne et des aultres occurances. Et sur ce, etc.
Escript à Paris, le XXVIe jour de septembre 1570.
L'ambassadeur de ma fille, la Royne d'Escosse, m'a présentement dict que vous aviés escript à sa Maistresse, ou faict dire, que nous ne la pouvions aulcunement secourir des harquebusiers dont nous luy avons donné espérance. Sur quoy je n'ay aultre chose à vous dire si ce n'est qu'il fault que vous vous comportiés en cella avec la plus grande discrétion que vous pourrés, envers la Royne d'Angleterre; toutesfois sans dire chose qui nous mette à la guerre; faisant néantmoings tous les bons offices que vous pourrés pour assister ma dicte fille, la Royne d'Escosse, à sa prompte délivrance et au bien de ses affaires, comme le Roy, Monsieur mon fils, vous a escript.
Ce XXVIe jour de septembre 1570.
CATERINE. PINART.
LIX
LE ROY A Mr DE LA MOTHE FÉNÉLON.
--du XIIIe jour d'octobre 1570.--
Attente de la réponse d'Élisabeth sur la déclaration du roi touchant l'Écosse.--Désignation de Cécil et de Me Mildmay pour discuter le traité concernant Marie Stuart.--Crainte que cette négociation ne reste sans résultat.--Recommandation faite à l'ambassadeur de surveiller les nouvelles d'Allemagne.--Détails sur le mariage du roi.--Satisfaction exprimée à l'ambassadeur à raison de ses services.
Monsieur de La Mothe Fénélon, despuys le partement de Vassal que je vous ay renvoyé ces jours icy, j'ay receu deux lettres de vous, l'une du XXIVe et l'aultre du XXIXe du moys passé[68]; et, avant que vous y faire responce, je vous diray que, à l'arrivée du dict Vassal par delà, vous aurés esté amplement satisfaict de tous les points portés par vos précédentes despesches, et si, aurés entendu de luy le desir que j'ay de sçavoir bien particullièrement la responce que vous aura faicte la Royne d'Angleterre sur ce que je luy manday par le sieur de Walsingam, et que je vous ay despuis escript luy dire modestement. Dont j'attands de vos nouvelles en grande dévotion combien que j'estime, suivant ce que m'escrivés par vostre dicte lettre du dernier du passé, que la dicte Royne monstrera tousjours avoir expressément deffendu le déportement du dict de Sussex, et que, pour négotier quelque bon traicté, elle a despéché son secrettaire Cecille avec Me Mildmay et le sieur de Ross pour y aller faire quelque bon appoinctement, mais je demeure en opinion que tout cella ne seront enfin que parolles. Toutesfois, il fault que vous y faites tout ce que vous pourrés pour y voir clair, et m'en donner continuellement advis, faisant à ma sœur, la Royne d'Escosse, et à ses affaires, toute l'assistance qu'il vous sera possible.
[68] Voyez CXXXVe et CXXXVIe dép., tom. III, pag. 313 et 317.
Cependant, pour responce à vos dictes deux dernières lettres, je vous diray que j'ay bien considéré ce que m'escrivés par celles du dict XXIVe du passé, de l'advis que l'on a par dellà du retardement qui pourra estre au passage de la Royne d'Espaigne, si elle suit ce que luy a esté, . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ceste lettre, nous avons receu vostre despesche du Ve de ce moys[69], à laquelle vous verrés qu'il est aussy comme du tout satisfaict par ce que j'en ay escript cy dessus. Et tout ce que je y puis adjouster est que vous apreniés tout ce que vous pourrés du costé d'Allemaigne, et persévériés à nous en donner avis; voullant bien, au demeurant, vous dire, pour le regard de mon mariage, que l'archiduc d'Austriche doibt espouser Madame Elisabeth en mon nom: et s'en doibt faire la cérémonie à Espire par l'archevesque de Mayence; ayant envoyé le comte de Retz par delà pour porter les pouvoirs au dict archiduc et assister à la dicte cérémonie. Et, comme nous serons advertis quelle s'acheminera pour venir, mon frère, le Duc d'Anjou, et ma sœur de Lorraine s'avanceront jusques sur la frontière pour la recevoir avec tout l'honneur qu'il appartient, et dont il se pourra aviser, et de là la conduiront à Mésières, ou elle trouvera tous ceux de sa maison qu'elle y recevra; puis l'amèneront à Compiègne, où nous serons pour y consommer les nopces. Et, cella faict, nous la mèneront à St Denis en France pour le couronnement, puis après à Paris pour y faire entrée. Je sçay que vous serez bien ayse de ces agréables nouvelles, puisque vostre emploi vous prive d'y estre présent. Je vous assure que je ne me souviendrai pas moins de vous dans les occasions, voulant bien vous dire, en passant, que jamais ministre ne m'a servi plus fidèlement que vous et sans aucun reproche. J'espère que continurés de mesme, et je vous continuerai mes affections. A tant, je prierai Dieu, etc.
Escrit à Escouen, le XIIIe jour d'octobre 1570.
CHARLES. PINART.
[69] Voyez CXXXVIIe dép., tom. III, pag. 320.
LX
L'AMBASSADEUR D'ANGLETERRE AU ROY.
--du XVIe jour d'octobre 1570.--
Communication faite au roi des noms des commissaires désignés par Élisabeth pour discuter le traité relatif à Marie Stuart.--Remontrance sur ce que Mr de Vérac serait entré avec des forces dans Dumbarton.--Et sur les secours qui seraient préparés en Bretagne pour l'Écosse.
Sire, suivant vostre desir, je vous envoye, par escript, la négotiation que la Royne, ma Maistresse, m'avoit commandé de vous faire entendre, suppliant très humblement Vostre Majesté de faire telle faveur de me donner responce à icelle, semblablement par escript.
En premier lieu, Sire, suivant vostre desir et de la Royne, vostre mère, j'ay faict entendre à la Royne, ma Maistresse, combien il seroit bon, et à vous agréable, qu'il luy pleust donner quelque bon moyen et ordre touchant la Royne d'Escosse, tellement que ce peust estre avec son honneur et seureté.
Et comme, Sire, Sa Majesté a tousjours prins en bonne part vostre motion et sollicitation, ainsi a elle plusieurs fois commencé de procéder à quelque bon accord avec la dicte Royne; mais, quand elle a esté sur les termes et voyes de ce faire, Sa Majesté a esté entièrement empeschée et retardée, tant par les propres faicts et actions de la dicte Royne que de ses subjects, lesquels elle a commis en authorité en Escosse, en ce qu'ils ont non seullement entretenu et maintenu ouvertement et publiquement au dict païs les rebelles à Sa Majesté, mais aussy leur ont aydé et assisté à faire invasion en son royaume; tellement que Sa Majesté n'a peu faire aultrement qu'elle a faict pour son honneur et seureté, qui est d'avoir deffendu son royaume, poursuivi les dicts rebelles et chastié ceux qui leur assistoient. Mais maintenant, Sire, voyant que la dicte Royne d'Escosse et ses subjects sont contents de se contenir de poursuivre leurs premières actions et mauvais desseins et usages, et consentir et promettre de garder et maintenir la paix avec les fidelles subjects de la Royne, ma Maistresse, elle a résollu d'envoyer personnages de bon crédit, fidélité et marque, de son conseil privé, vers la Royne d'Escosse, affin d'entendre l'entière résollution et intention d'icelle. Aussy, Sa Majesté a octroyé passeport et saufconduit pour tels notables personnages que la dicte Royne d'Escosse voudra envoyer par devers icelle, tant pour négotier pour elle et adviser de mettre quelque bonne fin entre elle et ses subjects, qu'aussy entre Leurs Majestés. Aussy, Sire, Sa Majesté vous prie d'interpréter son intention en la meilleure part; vous asseurant, Sire, qu'elle a bien sincère vollonté d'y procéder plènement et sans dellay, si la Royne d'Escosse monstre, de sa part, de faire le semblable.
Davantage, Sire, Sa Majesté a entendu qu'un nommé Vérac, soy disant être à vostre service, est dernièrement arrivé à Dombertran avec certains soldats et munitions, donnant confort et ayde, au dict nom de Vostre Majesté, à tels escossois qui ont peu désir et vollonté d'avoir quelque bon accord en Escosse, leur donnant entendre que s'ils diffèrent encore quelque temps d'accorder entre eux, au dict païs d'Escosse, ils auront davantage d'aide et secours de la France. De quoy Sa Majesté ne peut et ne doit moins que informer Vostre Majesté; trouvant ceste chose fort estrange, Sire, veu les promesses et asseurances que vostre ambassadeur, résidant près d'elle, luy a toujours faictes du contraire. Pourquoi, Sire, Sa Majesté vous prie de l'en esclercir, et de cognoistre vostre vraye intention; sur laquelle elle se puisse asseurer.
Semblablement, Sire, Sa Majesté a esté advertie qu'il se fait préparation, en Bretaigne, de quelques navires par un nommé de La Roche, pour icelluy transporter avec certain nombre de gens de guerre en Irlande. Et veu, Sire, que vostre dict ambassadeur l'a dernièrement, et par plusieurs fois et instamment asseuré, de vostre part, d'observer entièrement, par tous bons moyens possibles, la paix, l'amitié et accord entre Voz Majestez, Sa dicte Majesté a trouvé bon de vous advertir de ce que dessus; vous priant, Sire, de donner ordre que vos gouverneurs de Bretaigne ayent l'œil que nulle personne attente telle chose.
Voylà, Sire, le contenu de la charge que j'ay dernièrement receu de la Royne, ma Maistresse, vous suppliant, Sire, y avoir esgard.
Sire, je supplie le Créateur de préserver, maintenir et acroistre Vostre Majesté, et vous donner toujours l'assistance de son esprit en toutes voz bonnes actions.
A Paris, ce VIe (XVIe) jour d'octobre 1570.
_Et plus bas est escript._ Vostre très humble et obéissant.
HENRY NOIREYS.
LXI
LE ROY A L'AMBASSADEUR D'ANGLETERRE.
--du XVIIe jour d'octobre 1570.--